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Jours tranquilles à Paris

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1 septembre 2019

Le Journal du Dimanche

journal

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1 septembre 2019

Demain rentrée scolaire...

rentrée33

1 septembre 2019

Sharon Tate en 1947 et en 1967

sharon tate 1947 et20 ans

1 septembre 2019

Reportage - A Londres, des milliers de manifestants ont défilé contre un « abus de démocratie »

brexit55

Par Cécile Ducourtieux, Londres, correspondante

Ils ont dénoncé, samedi, la suspension du Parlement britannique par Boris Johnson, avec le sentiment de vivre un moment crucial pour l’avenir de leur pays.

« Cette fois, c’est différent, c’est notre démocratie qui est en jeu. » Pourquoi sont-ils descendus dans la rue par milliers, et ont-ils convergé une fois de plus devant Downing Street, ce samedi 31 août à midi ? Beaucoup de manifestants londoniens répondent la même chose : au-delà du Brexit et de la peur du « no deal », c’est la décision de Boris Johnson de suspendre le Parlement britannique pour cinq longues semaines, à une période cruciale dans l’histoire du pays, qui ne passe vraiment pas.

Helen Swaffield porte à bout de bras une pancarte avec un slogan tout simple « I love Parliament » crayonné au feutre rouge. La dame, une cinquantaine d’années, est avocate de profession. « Je suis remainer [partisane du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne], mais je respecte le vote du référendum de 2016. Par contre, je ne respecte pas la prorogation [la décision de suspension de Westminster]. C’est un acte désespéré de notre premier ministre, il nous a fait des déclarations fausses pour couvrir ses réelles intentions. »

La Londonienne estime que Boris Johnson « agit en dictateur élu. Ce qu’il a décidé la semaine dernière, c’est sans précédent. Je suis attachée aux manifestations pacifiques, mais si cela ne marche vraiment pas, alors, oui, peut-être, il faudra bloquer les ponts et les routes. » Le mouvement « Momentum », proche du leader travailliste Jeremy Corbyn, a appelé l’avant-veille les Britanniques à la « désobéissance civique ». Samedi, quelques dizaines de ses militants ont bloqué brièvement le pont de Westminster. La police, discrète, a laissé faire. D’autres ont fait un sit-in à Trafalgar Square. En fin d’après-midi, la police confirmait cependant trois interpellations.

« Citoyens ordinaires »

Aleks, 56 ans, sans pancarte ni aucun sticker sur son tee-shirt orange, nous interrompt gentiment en désignant le panneau d’Helen : « Vous voyez, elle a été faite en carton d’emballage. Nous sommes des gens ordinaires. » Pas des militants. Aleks est lui aussi remainer, mais « c’est la première fois que je manifeste », nous assure-t-il. « Personne n’a voté pour Boris Johnson [propulsé à Downing Street après avoir été élu par les seuls tories à la tête du parti conservateur, le chef du parti qui commande une majorité au Parlement devenant, selon les institutions britanniques, premier ministre], mais la démocratie est en jeu, et ce qu’il a fait est un abus de démocratie. »

Une estrade a été montée, un peu plus loin sur Whitehall, la rue menant directement à Westminster, noire de monde. Laura Parker, une des coordinatrices de Momentum, y invite des « citoyens ordinaires », remainers, brexiters, à hurler leur colère au micro.

Dans la foule, trop loin pour entendre, Amy, 31 ans, brandit un « just No » sur sa pancarte. Elle est venue avec son compagnon et son petit garçon. La jeune femme ne pense pas que « les députés font forcément bien leur travail, mais ils doivent pouvoir faire entendre leur voix ». Elle essayera de revenir manifester la semaine prochaine. Une nouvelle mobilisation est prévue, devant Westminster, le 3 septembre, pour la rentrée parlementaire, après la trêve estivale. Les députés risquent de ne pas pouvoir siéger plus d’une toute petite semaine.

« Un moment crucial de notre histoire »

Clare, la trentaine, elle aussi « reviendra dans la rue la semaine prochaine, même si cela ne sert à rien », ajoute la jeune femme. Tom, la vingtaine, scande des « No one voted for Boris [personne n’a voté pour Boris] ! » avec son amie et le reste de la foule. « C’est la première fois que je participe à ces manifestations. Je suis OK pour que le Royaume-Uni quitte l’Union européenne, mais là, ce qui se joue est différent, nous sommes à un moment crucial de notre histoire. »

Maggie et son mari Nick sont originaires de l’Essex, au nord-est de Londres. Ce sont des remainers convaincus, eux aussi défilent pour leur démocratie parlementaire. « Je devais manifester pour pouvoir regarder mes enfants dans les yeux », dit Maggie. Nick, professeur de français, compte sur John Bercow, le président de la Chambre des communes, pour aider les députés à faire entendre leur voix dans le faible laps de temps qu’il leur reste avant le 31 octobre, et malgré la suspension décidée par l’occupant de Downing Street. « Je crois qu’il le peut. » M. Bercow a traité d’« outrage constitutionnel » la suspension du Parlement décidée par M. Johnson.

1 septembre 2019

Quiberon

quiberon

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1 septembre 2019

BRETAGNE : Attention ! Grandes Marées...

grandes marées

1 septembre 2019

Paris : le prix moyen du mètre carré passe à cinq chiffres

Par Isabelle Rey-Lefebvre

La flambée des prix – 66 % en dix ans – fait fuir les familles et modifie la physionomie de la capitale.

Les notaires franciliens l’annonçaient discrètement dans une note du 26 juillet 2019 et devraient le confirmer jeudi 5 septembre : le prix moyen du mètre carré parisien a, en août, franchi le seuil des 10 000 euros, à 10 190 euros précisément, soit une hausse de 7,3 % en un an. Aucune politique publique, aucun « choc d’offre », même promis par le président de la République, Emmanuel Macron, n’ont freiné l’inéluctable augmentation des prix, de 26 % sur cinq ans et 66 % sur dix ans, en complet décrochage avec l’évolution des revenus.

Les plus fortes hausses, de plus de 30 % en cinq ans, touchent les quartiers prisés du 6e arrondissement, Odéon (+ 35,3 %) ou La Monnaie (+ 39,5 %), et certains quartiers populaires qui partaient, en effet, d’une cote plus basse en 2014, flirtent aussi avec les + 30 %, comme, dans le 18e arrondissement, La Goutte d’Or (+ 29,1 %), La Chapelle (+ 27,9 %) et, dans le 17e arrondissement, Les Epinettes (+ 27,7 %).

« Même en ces mois de juillet et août, les biens partent en deux ou trois jours, avant que les annonces soient publiées », s’étonne Christine Fumagalli, présidente du réseau d’agences Orpi et à la tête de cinq d’entre elles, dans le 14e arrondissement, depuis 2004. Le site PAP (De particulier à particulier), lui, a enregistré, au cours du premier trimestre, 134 800 candidats à la recherche d’un appartement parisien, alors que le nombre de ventes par an dans la capitale plafonne à 40 000.

La petite couronne est également soumise à une pression immobilière irrésistible comme, en Seine-Saint-Denis, Saint-Ouen (+ 37,7 %, en cinq ans), le Pré-Saint-Gervais (+ 28 %) ou encore Pantin (+ 20,9 %) et, pas loin, Montreuil (+ 18,6 %). Les Hauts-de-Seine accueillent les familles nombreuses en quête d’espace qui font bondir les prix, comme, au nord, à Bois-Colombes (+ 22 % en cinq ans) ou Clichy (+ 22,5 %), et au sud, Malakoff (+ 20,5 %) et Bagneux (+ 19,9 %). Dans le Val-de-Marne, Joinville (+ 18,2 %) et Villejuif (+ 19,4 %) sont au diapason.

Trente et un ans de revenus

L’appétit immobilier est aiguisé par les taux bancaires très bas, sous le niveau de l’inflation depuis quatorze mois, de 1,20 % en moyenne en juillet 2019. Les prêts sont toujours plus longs, d’une durée moyenne de dix-neuf ans aujourd’hui mais dont 41 % sont consentis sur vingt-cinq ans et plus, précise l’Observatoire Crédit Logement. La tendance risque d’être durable : « La planche à billets fonctionne à fond, les liquidités inondent le marché et font monter les prix des actifs financiers et immobiliers, multipliés par 14 depuis les années 1980, alors que le smic ne l’a été que par 4, constate Xavier Lépine, de la société de gestion de fonds La Française, filiale du Crédit Mutuel Nord Europe. Le but des banques centrales est de soutenir l’activité économique et la croissance, mais là où il fallait 1 euro de dette pour créer 1 euro de produit intérieur brut, il en faut désormais 4 ou 5 », constate-t-il.

QUI PEUT SE PERMETTRE DE DÉBOURSER UNE TELLE SOMME ? LES RICHES, LES HÉRITIERS OU CEUX, DÉJÀ PROPRIÉTAIRES, QUI REVENDENT, ET LES CADRES, À CONDITION D’ÊTRE EN COUPLE…

Selon l’étude du Conseil général de l’environnement et du développement durable, pour devenir propriétaire de 100 mètres carrés à Paris, il faut aujourd’hui allonger l’équivalent de 31 ans du revenu moyen d’un Parisien, là où la moyenne française n’outrepasse pas sept ans ! Qui peut se permettre de débourser une telle somme ? Les riches, les héritiers ou ceux, déjà propriétaires, qui revendent, et les cadres, à condition d’être en couple… Selon les notaires, 86 % des acheteurs de l’année 2018 à Paris sont issus des catégories sociales professionnelles supérieures (CSP +) et des professions intermédiaires. Ils sont 75 % en petite couronne, soit 20 points de plus qu’en 1998. La part des cadres est passée, dans la même période, de 27 % à 37 % tandis que les employés et ouvriers ne représentent plus, en 2018, que 5 % des acheteurs à Paris et 7 % en petite couronne, contre 15 % il y a vingt ans.

La richesse va à la richesse, celle des parents qui font des donations à leurs enfants comme celle des deux membres d’un couple qui la mettent en commun. Les notaires parisiens confirment que 76 % des acquisitions dans la capitale sont le fait de couples bi-actifs de catégorie CSP+ : « L’homogamie des revenus dans un couple, jusqu’ici peu analysée, se renforce, juge Pauline Grégoire-Marchand, économiste, qui a publié en novembre 2018 une étude sur ce sujet pour France Stratégie. Depuis 1996, dans un contexte de baisse du nombre de couples, le taux d’activité des femmes ainsi que leur rémunération avoisinent ceux des hommes. Cela accroît la polarisation sociale entre les couples aisés et les autres, a fortiori les familles monoparentales, toujours plus nombreuses et dont, dans trois cas sur quatre, une femme est le chef. »

« Trois chambres et une terrasse »

Tout se conjugue, à Paris, pour que les enchères immobilières galopent. Cette ville d’un peu plus de 2 millions d’habitants est un concentré sociologique de la France et tout le monde veut y résider. Les riches du monde entier s’y aménagent un pied-à-terre, quitte à n’y venir que quelques jours par an : dans les quatre arrondissements du cœur de la capitale, 25 % des appartements sont vacants ou utilisés comme résidence secondaire.

Les cadres revenus de Londres pour cause de Brexit et au fort pouvoir d’achat lorgnent les grands appartements du 6e arrondissement ou, faute de mieux, ceux du 14e ou du 16e, près des « bonnes écoles » – écoles bilingues, collège Stanislas, La Rochefoucauld, Ecole alsacienne, dans les 6e et 7e, ou Saint-Jean de Passy, Saint-Louis-de-Gonzague, Gerson dans le 16e : « Dès que les établissements privés et les lycées publics recherchés publient la liste des élèves admis, le téléphone sonne sans relâche et c’est la razzia dans nos agences, sommées de trouver, à proximité, un bel appartement de 150 mètres carrés avec trois ou quatre chambres et une terrasse », témoigne Nicolas Pettex-Muffat, directeur général du réseau d’agences Daniel Féau, leader du haut de gamme parisien.

La métropolisation concentre la finance, la recherche, les emplois superqualifiés dans une ville-monde qui rivalise peut-être avec New York ou Londres, mais qui vide le reste du territoire de sa substance. Corinne Jolly, présidente de PAP, analyse :

« Ainsi, 50 % des recherches d’acquéreurs sur notre site ciblent 30 villes où n’habitent que 10 % de la population… Cette hyperconcentration ne fait que des perdants. Les propriétaires dans les régions qui se vident mettent des années à vendre leur maison et il devient impossible de se loger dans les grandes villes. Il est temps de réfléchir à un autre aménagement du territoire. »

Le tourisme ajoute sa pression sur la capitale avec l’emprise toujours plus forte des plates-formes de locations touristiques qui y font leurs meilleures affaires : 65 000 offres rien que sur Airbnb. « Plutôt 53 000 dont 30 000 gérées à l’année par des professionnels, et qui sont autant d’appartements retirés du parc locatif de longue durée », rectifie Franck Briand, habitant du 2e arrondissement à l’origine d’un regroupement citoyen pour évaluer les conséquences d’Airbnb (ParisVSbnb.fr).

Paris se dépeuple

Résultat, les familles de trois enfants et plus quittent Paris, qui se dépeuple au rythme de 10 000 à 12 000 habitants chaque année depuis 2011. C’est encore plus sensible dans le centre, par exemple le 2e arrondissement, transfiguré par le tourisme et les locations saisonnières, qui a perdu 10 % de sa population depuis 2015 et dont le maire (EELV), Jacques Boutault a vu, dans le même temps, fermer trois classes de maternelle : « Les locations Airbnb prolifèrent, notamment dans d’anciens ateliers textiles aménagés, déplore l’élu. Dans le Sentier, les rues deviennent des rendez-vous festifs avec bars, restaurants et terrasses animées la nuit, qui nuisent à la qualité de vie des habitants et à la propreté des espaces publics. Impossible, par exemple, de faire respecter, par des visiteurs de quelques soirs, les consignes de tri des déchets… Et les vendeurs d’un appartement font, eux, monter le prix, arguant de cette possibilité de percevoir des loyers élevés auprès des touristes. »

L’ARRIVÉE D’UNE POPULATION À FORT POUVOIR D’ACHAT MODIFIE AUSSI PROFONDÉMENT LE PAYSAGE COMMERCIAL DE PARIS

L’arrivée d’une population à fort pouvoir d’achat modifie aussi profondément le paysage commercial de Paris, si riche et diversifié, avec 62 507 boutiques (chiffre 2017, tiré de l’étude de la Ville de Paris, de la Chambre de commerce et d’industrie et de l’Atelier parisien d’urbanisme de mars 2018). Le maillage de magasins d’alimentation est toujours serré mais le nombre de supermarchés discount, par exemple, s’est effondré, passant de 116, en 2003, à 51, en 2017, au profit du bio et du circuit court, qui comptait 130 boutiques en 2003 mais 277 aujourd’hui, avec une prédilection pour le 11e arrondissement. Les commerces alimentaires de luxe prolifèrent : 221 cavistes ont ouvert en quinze ans, 99 chocolatiers confiseurs, 38 vendeurs de thé ou café, 201 marchands de produits régionaux et étrangers ou encore 61 pâtissiers tandis que disparaissaient 111 boulangeries sur 1 297 (bien que leur nombre se soit stabilisé depuis 2014) et 232 boucheries-charcuteries sur 780.

Les artisans de Paris sont éjectés en banlieue : 254 garages et concessions automobiles de moins en 2017 qu’en 2003, quand ils étaient 570, mais la vente et la réparation de deux-roues, motos et vélos, fait florès ; 362 professionnels du bâtiment partis sur 1 315 ; 57 menuisiers et vitriers sur 191 ; 43 serruriers sur 325 ; 178 tapissiers et ébénistes sur 588 ; 38 encadreurs sur 216. Pour beaucoup de ces professionnels, l’éloignement fait perdre des heures en trajet pour se rendre sur les chantiers et renchérit les coûts.

Paris reste une ville mosaïque où habitants aisés et pauvres se côtoient toujours, avec des îlots de prospérité dans les quartiers modestes et, inversement, de pauvreté dans des enclaves huppées. La ville peut encore revendiquer sa mixité grâce à la présence de Parisiens de longue date et au logement social, qui représente 20 % des résidences principales. Mais pour combien de temps encore ?

1 septembre 2019

Pierre et Gilles

pierre et gilles

pierre26

1 septembre 2019

Erdeven

erdeven99

1 septembre 2019

Enquête - Le stylo, symbole d’une écriture en voie de disparition

Par Pascale Krémer

Oubliés les pleins et les déliés ? Alors que l’expression manuscrite se fait de plus en plus rare au profit de la dactylographie, la pratique de l’écriture cursive reste essentielle pour le bon fonctionnement des méninges.

Vous souvenez-vous de la dernière fois où vous avez écrit à la main, où vous avez saisi un stylo et noirci une feuille de papier ? « Quelle drôle de question ! », se serait exclamé votre interlocuteur, au siècle dernier. Désormais, le silence se fait. Puis l’effort de mémoire. « Ah si, je sais ! J’ai laissé un mémo sur le frigo, samedi, pour les courses… »

Pas de doute, l’écriture manuscrite figure sur la liste « Tout se perd » ­tenue par les nostalgiques de l’ère prénumérique. Que reste-t-il, dans nos vies d’adultes, de cette pratique ancestrale ? La signature, éventuellement précédée d’un « Lu et approuvé », le formulaire administratif, les dix interminables lignes à recopier pour se porter caution, l’adresse sur l’enveloppe, la somme en lettres sur le chèque, l’info vite notée, au téléphone. Et le mot d’excuse sur le carnet de correspondance, rare occasion, pour un parent, d’exhiber ses compétences en graphie fine.

Les lettres, les cartes ? Remplacées par des prospectus au fond des boîtes, elles ne représentent plus que 4 % de l’activité postale. Les vœux, les condoléances, les félicitations, les joyeux anniversaires ? Expédiés par courriel ou SMS. Plus rapide, plus facile, plus amusant, l’on ajoutera une image animée. Les listes de tâches à accomplir ? Sur l’application Notes du smartphone. Lui, au moins, on ne l’oublie pas sur la table de la cuisine… La réunion au bureau ? S’y présenter sans ordinateur ni tablette, simple carnet en main, c’est passer pour un rétrograde dilettante, peu pressé d’agir et de communiquer.

« MON NEVEU DE 16 ANS NE SAIT PAS ENVOYER UNE LETTRE. OÙ NOTER L’ADRESSE SUR L’ENVELOPPE, OÙ COLLER LE TIMBRE ? » VANESSA MAHABO, AUTEURE DU BLOG « N’OUBLIE PAS D’ÉCRIRE »

« Nous continuons d’écrire beaucoup, mais différemment, sur outils numériques. Désormais, l’écriture la plus ­répandue est dactylographique », pose Jean-Luc Velay, chercheur CNRS au laboratoire de neurosciences cognitives de l’université d’Aix-Marseille. Le clavier évince papier et stylo, qui « semblent incompatibles avec les nouvelles dimensions spatiale et temporelle de la communication écrite », poursuit-il. « Nous écrivons souvent simultanément à plusieurs personnes dans le but d’acheminer un message très rapidement. »

Evidemment, les plus jeunes sont d’emblée pointés du stylo. Pour eux dont les doigts, la voix, sont devenus commandes numériques, l’écriture manuelle n’est plus qu’attendrissant vestige d’une époque révolue. Dans les chambres d’enfants, l’on ne piétine plus ni crayons, ni feutres, ni pastels. Les petits carnets, les journaux intimes se font plus rares dans les grottes adolescentes. « Mon neveu de 16 ans ne sait pas envoyer une lettre. Où noter l’adresse sur l’enveloppe, où coller le timbre ? Lors d’une commande sur Internet, il a indiqué son mail comme adresse de livraison », s’affole ­Vanessa Mahabo, 30 ans, auteure du blog « N’oublie pas d’écrire », qui tisse des correspondances entre particuliers.

L’école, dernier bastion

L’école, le collège, le lycée constituent pourtant l’ultime bastion de l’écriture manuscrite. Les enfants et les ados sont « les derniers des Mohicans, tout cela grâce aux profs, qui n’écrivent plus que sur les copies et éventuellement sur une liste de courses », ironise Mara Goyet, professeure d’histoire au collège, écrivaine et blogueuse. « Même s’ils sont plus lents qu’avant, les collégiens écrivent toujours beaucoup. » Ils y sont ­entraînés dès la moyenne section de maternelle, puis s’initient, en cours préparatoire, aux joies alambiquées des majuscules à l’ancienne.

Car, au pays des moines copistes et de la littérature, l’école a pour mission d’entretenir la tradition calligraphique. Le culte, même, voué à l’écriture, cursive de préférence (« en attaché », disent les petits). En témoignent le choix cornélien et solennel effectué par l’éducation nationale, en 2013, après concours de graphistes, de deux nouveaux modèles d’« écriture cursive recommandée » ; la quinzaine de nouvelles enseignes de ­papeterie haut de gamme apparues en une décennie (Papier tigre, Papier merveille, Le papier fait de la résistance…) ; ou encore l’opération « Paris’écrit », en mai, dans la capitale, incitant les promeneurs à renouer avec les effusions sur carte postale.

« Nous avons un attachement affectif à l’écriture manuscrite, à laquelle nous avons été formés enfants, et qui suscite les mêmes crispations que l’orthographe, observe le docteur en neurosciences Jean-Luc Velay. Et nous en rajoutons avec l’écriture cursive, qui s’était jadis imposée pour éviter de lever la plume et de faire des taches d’encre… » Selon lui, adopter la forme « script », semblable à celle des livres, comme l’ont fait Finlandais, Américains et Canadiens, et dont les « études ont montré qu’elle était aussi rapide, voire plus, à lisibilité comparable », n’aurait rien d’hérétique. D’autant que, dès la classe de 6e, tous les enfants concoctent leur propre cocktail cursif-script.

Pas question, en revanche, pour le chercheur, de renoncer totalement à écrire manuellement, à ce lien tissé ­entre main et cerveau, corps et esprit : « En traçant la lettre se crée une mémoire motrice dont on se sert ensuite pour identifier visuellement la lettre. Il existe une interaction très forte entre écriture et lecture. » Elaboration de la pensée, mémorisation, contrôle de la forme orthographique… Le bille l’emporte haut la main sur le clavier. Encore faut-il le manier avec dextérité.

« JE VOIS DES “E” COMMENCÉS PAR LA DROITE, DES “T” PARTANT DU BAS, DES STYLOS MAL TENUS, DES MAINS QUI SOUFFRENT » DELPHINE GUICHARD, ENSEIGNANTE DE CM1-CM2

Le hic du Bic, c’est qu’écrire devient lent, fastidieux, douloureux, même, pour une part grandissante des élèves. Les graffitis continuent de ­couvrir les tables, les petits mots de ­circuler en douce, mais au moment de recopier un paragraphe, les « Stop, ­madame, stop ! » fusent dans la classe. « On râle quand on ouvre le cahier côté leçons. A 17 heures, on a mal au poignet », assurent Lilou et Myrtille, 12 ans et 13 ans, pourtant brillantes collégiennes du Lot-et-Garonne.

« Je vois des “e” commencés par la droite, des “t” partant du bas, des stylos mal tenus, des mains qui souffrent, des ­cahiers pas jolis », s’inquiète Delphine Guichard, enseignante de CM1-CM2 en Loir-et-Cher et auteure du blog « Charivari ». Au collège, la graphie mal maîtrisée et son corollaire, les écrits illisibles, se répandent, note le dernier rapport de l’académie de Créteil sur l’éducation prioritaire. « Cela a empiré depuis mes débuts, en 1992. Les élèves ont des écritures perturbantes pour le lecteur, pensent qu’il est normal de souffrir, et sont si lents pour prendre des notes que, même en terminale, je dois parler à un rythme de dictée », regrette Nicolas Lakshmanan, professeur de lettres au lycée de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime).

Cours de rééducation en écriture

Pour Laurence Pierson, d’évidence s’opère « une prise de conscience que l’écriture manuscrite est au cœur du problème scolaire ». Regard clair sous une chevelure bouclée, l’ex-institutrice de Ménilmontant, reconvertie en graphopédagogue, dispense des cours particuliers de rééducation en écriture, dans le 19e arrondissement parisien. « Après Mai 68, l’écriture a été réduite à la science des ânes, aux lignes, aux brimades, à la copie des leçons de morale, rappelle-t-elle. Il fallait être créatif ! Le temps consacré à l’apprentissage de l’écriture s’est réduit comme peau de chagrin, pour ne plus dépasser deux heures par semaine. »

Moins d’entraînement, et l’automatisation du geste n’est plus parfaite, ce qui affecte orthographe et grammaire. « Comme dans la conduite auto, si l’on ­réfléchit en passant les vitesses, on n’est ­jamais à l’aise sur la route », décrit-elle, avant d’incriminer « les photocopies, les exercices à trous, les parents qui, n’écrivant plus, rendent cette activité moins désirable pour l’enfant ». Et surtout la très faible, voire l’inexistante, formation des enseignants en la matière (scripturale). « Nous arrivons à la troisième ­génération de professeurs non formés au geste d’écriture. Eux-mêmes n’ayant pas appris, ils ne peuvent pas transmettre. »

Sa collègue de cabinet (Ecriture Paris), Isabelle Freitas, toujours institutrice en maternelle, observe « au fil des années, des enfants qui ont plus de mal à utiliser leurs mains, des doigts insuffisamment musclés, des pouces qui ne peuvent pas faire la pince, par habitude de balayer l’écran… » Dans les familles, surtout populaires,les coloriages, dessins, découpages et autres pâtes à modeler ont été remplacés par des jeux à pixels. Comme ceux des orthophonistes dans les années 1960, les cabinets de graphothérapeutes (ou de psychomotriciens spécialisés) fleurissent donc partout en France « prospérant sur le déficit de l’éducation nationale », déplore Mme Pierson. « Parmi les enfants que nous recevons, 80 % n’ont aucun problème physique, neurologique, cognitif. Ils n’ont juste pas reçu de cours adaptés. »

Les adultes aussi réclament de l’aide : des enseignants payant de leur poche pour améliorer leur graphie et ­savoir dispenser les bons conseils, des cadres handicapés de l’écriture après des décennies de clavier, qui souhaitent passer un concours ou adresser des vœux manuscrits aux clients… Car, contrairement au vélo, la danse des doigts s’oublie. Cette « activité sensorimotrice très fine demande un entretien, assure M. Velay, sinon notre cerveau perd une plasticité, et elle devient plus difficile ».

Limiter l’usage du clavier

Les professeurs de l’université anglaise de Cambridge se sont plaints, en 2017, de copies tellement illisibles que leurs auteurs devaient être convoqués pour en dévoiler le contenu. Certains de leurs consœurs et confrères français, lassés de faire cours devant des dos d’ordinateurs, dans un cliquetis de claviers, puis de devoir déchiffrer des hiéroglyphes, se rebellent, limitant l’usage, interdisant même ces « armes de distraction massive », selon les termes d’Olivier Esteves, professeur d’anglais à l’université de Lille.

Passer la tête dans un amphithéâtre revient à pénétrer une forêt d’ordinateurs. Victor, 24 ans, tout juste sorti de Sciences Po Paris, s’est offert une rééducation avant de passer, et de réussir, un ­concours de la haute fonction publique. « J’écrivais mal, trop petit, je peinais à relire mes propres brouillons. Dès le premier jour de mes études supérieures, j’ai pris tous mes cours sur ordi. Au bout d’une heure trente, en amphi, tout le monde est sur les réseaux sociaux, dans ses mails ou à avancer sur une autre matière… Du coup, mon écriture a empiré. » Or pour les examens, il lui fallait renouer avec l’encre. « Discriminatoire ! », à l’en croire.

« L’ORDINATEUR LIBÈRE AUSSI CERTAINS ÉLÈVES, CAPABLES D’UN COUP DE CHOSES ÉTONNANTES, DE TROUVAILLES GRAPHIQUES » FRANÇOISE CAHEN, PROF DE LETTRES AU LYCÉE D’ALFORTVILLE

L’usage des ordinateurs et tablettes lors des examens ne semble pas à l’ordre du jour, ni du lendemain, dans l’enseignement supérieur – hormis en médecine et au sein de quelques business schools. Prendre des notes à l’ancienne est un gage de réussite, ont prouvé des travaux, notamment américains, qui ne s’arrêtent pas à l’argument de la concentration : puisque écrire à la main coûte, l’étudiant synthétise davantage le propos, opère une première « digestion » qui facilite ses révisions.

Des enseignants de cours moyen, de collège, de lycée, attachés au stylo-plume comme à leur premier 20 sur 20, en viennent pourtant à s’interroger. « Sans abandonner l’écriture à la main, l’école n’aurait-elle pas un pas à faire du côté de l’écriture numérique, qui est tellement demandée dans la vie courante ? » La question taraude Françoise Cahen, prof de lettres au lycée d’Alfortville (Val-de-Marne) et formatrice académique. Elle est la première à plonger ses élèves dans les brouillons d’écrivains, à les faire rédiger sur support papier.« Mais l’ordinateur, constate-t-elle, libère aussi certains, capables d’un coup de choses étonnantes, de trouvailles graphiques, et même de lire le livre sur lequel on travaille, si le devoir est demandé sous cette forme ! »

Le stylet, avenir de l’écriture manuscrite ?

Pourquoi inculquer exclusivement un mode d’expression tombé en quasi-désuétude chez les adultes ? D’autant que, contrairement aux idées reçues, les adolescents ne brillent pas par leur dextérité au clavier. « Il faut poser la question de l’apprentissage de l’écriture dactylographique au collège, insiste M. Velay, tout en continuant à enseigner l’écriture manuscrite. » Histoire de se souvenir de l’usage du crayon si l’électricité venait à manquer. De savoir toujours lire les documents rédigés manuellement, ou manier le stylet sur tablette, qui convertit toute graphie en document numérique.

« Je crains que, sans le stylet, l’écriture manuscrite, cet acquis de l’espèce humaine, ne disparaisse en deux générations. Puis peut-être l’écriture tout court, avec la reconnaissance automatique de la parole, alerte le chercheur, redoutant une telle perte cognitive. Regardez comme les jeunes dictent de plus en plus leurs SMS… » Et l’écriture, donc la lecture, d’être un jour réservée à une élite.

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