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Jours tranquilles à Paris
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12 juillet 2016

Theresa May, Première ministre du Royaume-Uni

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Après la démission d’Andrea Leadsom, Theresa May est assurée de devenir cheffe du Parti conservateur et Première ministre du Royaume-Uni. Elle prendra ses fonctions demain.

« Brexit veut dire Brexit » , a lancé, hier, Theresa May. La nouvelle cheffe du Parti conservateur et nouvelle Première ministre britannique, qui succédera demain à David Cameron, sera intransigeante.« Il n’y aura aucune tentative pour rester dans l’Union européenne » , martèle-t-elle, d’un ton sec. Sa dernière concurrente, Andrea Leadsom, a déclaré forfait, hier, estimant qu’une campagne serait« indésirable » pour le Royaume-Uni. À 59 ans, Theresa May deviendra donc la deuxième femme Première ministre, après Margaret Thatcher, en 1979. Autoritaire et froide, elle est souvent considérée comme l’héritière de la « Dame de fer ». Il se pourrait que Theresa May, cheveux gris coupés court, ait évité le pire : la division des Tories. Alors qu’elle a fait timidement campagne pour le maintien, celle qui apparaît peu médiatique, et que l’on juge ennuyeuse, a réussi à jongler entre les factions conservatrices pro et antiBrexit.

Fermeté et consensus

Cette femme de consensus, fille d’un pasteur, aura fort à faire avec les institutions européennes. La procédure de retrait devrait être activée début 2017, le temps d’affiner la position britannique. Theresa May est née à Eastbourne, ville côtière du sud de l’Angleterre. Après des études de géographie, elle entame sa carrière politique en 1986. Élue députée en 1997, cette carriériste qui n’a jamais eu d’enfant intègre rapidement le cabinet « fantôme » (gouvernement de l’opposition). David Cameron lui propose un poste de ministre lorsqu’il devient chef du gouvernement, en 2010. À l’Intérieur, Theresa May, connue pour sa force de travail et ses chaussures excentriques, a tenu une ligne très ferme. Une position qu’elle pourrait continuer de suivre à la tête du gouvernement. Le statut des Européens vivant au Royaume-Uni a été mis en question. Theresa May souhaite également l’accès au marché unique tout en contrôlant l’immigration. Ce qui ne devrait pas être du goût de Bruxelles… Article de Awenig MARIÉ.

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3 mars 2019

LE DÉFILÉ CHANEL RENDRA HOMMAGE À SON GÉNIE

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Une première Fashion Week sans Karl Lagerfeld a débuté cette semaine. La maison Chanel a décidé de lui rendre hommage lors de son défilé du 5 mars à 10h30 au Grand Palais.

Le 5 mars sera le point culminant de cette première Fashion Week avec le défilé Chanel sans Karl Lagerfeld. La maison clôturera la saison en dévoilant la dernière collection du grand couturier, qu'il avait dessinée pour la marque. La marque toujours très attendue sur les podiums a en effet signé sa saison automne/hiver 2019/20 par son plus grand génie, décédé le 19 février 2019, après 36 ans de règne à la direction artistique. Ce défilé a été préparé par le couturier avec Virginie Viard, son « bras droit et bras gauche à la fois », qui a été désignée pour succéder à son mentor. Elle avait expliqué à l’AFP en 2015 être « complémentaire » avec le styliste : «  Je le comprends bien, j’arrive à sublimer ce qu’il a envie de faire, j’ai compris où il voulait emmener Chanel ».

En hommage à son génie, quatre de ses créations griffées Chloé ou Chanel, qui évoquent son goût pour le XVIIIe siècle, l'Art déco et le style Memphis, dont il fut un fervent collectionneur, sont temporairement présentées dans les collections du Musée des Arts Décoratifs. La disparition du couturier risque de susciter un très fort intérêt de la part des amateurs de haute couture, avec peut-être l’envie d’une dernière pièce à collectionner ?

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21 octobre 2013

"L'affaire Pasolini" - Actuellement sur ARTE+7 (dépêchez-vous...)

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Rappel :

LA ROME DE PASOLINI

Jusqu'au 26 janvier 2014

actuellement à la Cinémathèque

http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/pasolini-roma/exposition.html

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Jusqu'au 26 janvier 2014, les cinéphiles ont l'occasion de découvrir à la Cinémathèque Française tout l'univers de Pier-Paolo Pasolini, sans doute l'un des artistes les plus sulfureux du XXème siècle.

Pour la première fois, la carrière du cinéaste Pier-Paolo Pasolini est présentée en France, à l'occasion d'une exposition très complète installée cet automne 2013 à la Cinémathèque Française. Toutes les facettes artistiques de le réalisateur de "L'Évangile selon saint Matthieu", du cinéma à la littérature, en passant par son travail de journaliste et scénariste, sont évoquées. Mais à travers l'oeuvre de cet artiste engagé, mort assassiné à Ostie (Rome) en 1975, c'est l'Italie de l'après-guerre que le visiteur découvre. Marqué à gauche, Pasolini a été un pourfendeur de la pensée et du mode de vie bourgeois, ainsi que du consumérisme.

A noter que l'exposition "PASOLINI ROMA" à l'affiche à la Cinémathèque propose un parcours chronologique, à partir de son arrivée à Rome en 1950 et invite à explorer ses rapports avec la ville en entrant de plain-pied dans tout ce qui le constitue et le définit : la poésie, la politique, le sexe, l'amitié, le cinéma. Des billets coupe-file sont disponibles sur Internet.

Infos pratiques

PASOLINI ROMA, exposition

Lieu: Cinémqthèque Française

Dates: du 16/10/2013 au 26/01/2014

Horaires: ouvert tous les jours sauf le dimanche (de 12h à 19h en semaine, jusqu'à 22h le jeudi, de 10h à 20h les dimanches)

Tarifs: tarif normal à 10 euros, 8 euros en promotion. Billets enfants à 5 euros.

26 février 2019

Australie : le cardinal Pell, numéro trois du Vatican, reconnu coupable de pédophilie

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Le religieux de 77 ans est le plus haut responsable de l’Eglise catholique condamné dans une affaire d’abus sexuels sur mineurs.

Le cardinal George Pell, numéro trois du Vatican, a été reconnu coupable de crimes sexuels sur mineurs en Australie. Il devient ainsi le plus haut responsable de l’Eglise catholique condamné dans une affaire de pédophilie.

Mgr Pell, 77 ans, avait été reconnu coupable, en décembre 2018 de l’agression sexuelle dans les années 1990 de deux enfants de chœur, alors âgés de 12 et 13 ans, dans la sacristie de la cathédrale de Melbourne. L’une des deux victimes est décédée en 2014.

Black-out médiatique

Mais le tribunal interdisait jusqu’à présent aux médias de faire état de cette affaire : la justice avait pris une « ordonnance de suppression », sous peine de poursuites. Cette obligation de silence avait été imposée dans le but de protéger le jury d’un second procès lors duquel le cardinal Pell devait initialement être jugé pour d’autres faits présumés.

Mais l’accusation a décidé de renoncer à cette seconde série de poursuites, ce qui a eu pour conséquence de lever le black-out médiatique, mardi 26 février, et révéler le verdict de culpabilité. La peine à laquelle le cardinal sera condamné n’a pas été fixée, mais il encourt jusqu’à 50 ans de réclusion. Une nouvelle audience est prévue mercredi.

Les avocats de Mgr Pell ont d’ores et déjà annoncé l’intention de leur client de faire appel. Le cardinal, qui avait pris congé de ses fonctions au Vatican pour se défendre, reste cependant sur le papier à la tête du secrétariat pour l’économie du Saint-Siège, où il a été nommé par le pape François en 2014 avec la mission de réformer les finances de l’Eglise catholique.

Une « bataille totale »

Cette annonce intervient dans la foulée d’une conférence de quatre jours du Vatican consacrée aux moyens de lutter contre les abus sexuels au sein de l’institution. Au dernier jour de celle-ci, dimanche, le pape François a appelé à une « bataille totale » contre les abus sexuels perpétrés sur des mineurs par des membres du clergé, crimes qu’il a qualifiés d’abominables.

Le Vatican avait annoncé en décembre 2018 le remaniement du C9 – le Conseil des cardinaux chargé de conseiller le pape François – pour en retirer notamment George Pell, sans préciser les raisons de cette décision.

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22 février 2019

In memorem : Sophie et Hans Scholl

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Comme le reste des jeunes Allemands, elle est embrigadée dans les jeunesses hitlériennes. Elle y ressent très tôt la restriction des libertés, en particulier de pensée et de religion. Chrétienne, elle est comme son frère profondément croyante1. Après le bac en 1940, elle devient garde d’enfants. Dans les « services du travail » et « service auxiliaire » qu'elle effectue en 1940-41 à Krauchenwies, elle parvient à garder, malgré l'interdiction de posséder des livres, les Confessions de saint Augustin ; elle garde en mémoire cette phrase : « Tu nous as créés pour que nous allions à Toi, et notre cœur est inquiet, jusqu'à ce qu'il repose en Toi. » Elle entame ensuite des études de biologie et de philosophie en mai 1942 à Munich. Influencée par son éducation protestante, par l'opposition déclarée de son père Robert Scholl au nazisme, et par l’expérience vécue par son frère, militaire étudiant en médecine à Munich, puis infirmier dans les hôpitaux du front de l’Est, qui est témoin de la barbarie de l'armée à l'encontre des juifs et des populations russes, elle prend conscience de la vraie nature du régime nazi. À partir de juin 1942, elle tient des réunions avec son frère Hans et Carl Muth. Elle les aide à imprimer et à diffuser les tracts hostiles au régime nazi et à la guerre. Sophie Scholl distribue également des tracts dans la rue, glissant des feuillets sur les voitures en stationnement et elle effectue quelques voyages à travers le pays pour promouvoir les idées de la Rose blanche auprès d'étudiants sympathisants.

Le 18 février 1943, après avoir lancé avec son frère Hans des tracts dans la cour intérieure de l'université de Munich, elle est repérée par le concierge de l'université, Jakob Schmid. Ils sont remis au rectorat où, après plusieurs heures d'interrogatoire par l'inspecteur Robert Mohr, le doyen et le président de l'université, ils sont remis à la Gestapo. Conduite devant le « Volksgerichtshof » (« Tribunal du peuple »), elle est condamnée à mort après un procès mené en trois heures seulement. C'est Roland Freisler lui-même, le chef du Tribunal du peuple, venu spécialement de Berlin, qui annonce la sentence pour faits de « haute trahison, propagande subversive, complicité avec l'ennemi et démoralisation des forces militaires ». Elle sera guillotinée le jour même le 22 février 1943 à Munich à la prison de Stadelheim par le bourreau Johann Reichhart4, et cela malgré la législation allemande qui imposait un délai de 99 jours avant l'exécution d'un condamné. Selon le témoignage des gardiens de la prison, elle fait preuve de beaucoup de courage lors de son exécution.

Elle est ensuite enterrée dans le cimetière proche de la forêt de Perlach, aux côtés de son frère Hans et de Christoph Probst, exécutés le même jour.

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12 octobre 2013

FEMEN lance une campagne en soutien au projet de loi français sur la criminalisation des clients des prostituées.

FEMEN exprime sa position à travers une campagne "You don't buy, I don't sell" réalisée dans des lieux de prostitution parisiens par les activistes FEMEN et le photographe Dmitry Kostuykov.

FEMEN a commencé ses activités en 2008 en se battant contre la prostitution, cette machine sanglante et dégueulasse ayant attiré dans ses filets plusieurs de nos amies, et qui aurait pu facilement nous avoir nous aussi. Pendant la campagne "Ukraine is not a brothel" nous avons proposé de combattre le désastre social qu'est la prostitution sur un plan juridique. Grâce aux initiatives de FEMEN, un projet de loi sur la criminalisation du client a été proposé. Mais ce projet n'a jamais été voté alors qu'il aurait permis aux femmes ukrainiennes de s'extraire de ce sale business toujours contrôlé par des hommes. La raison pour laquelle ce projet a été écarté est que certains politiciens sont juste ignorants ; ils sont d'ailleurs toujours ignorants quant aux problèmes des femmes dans cette partie du monde. Disons clairement aussi que certains d'entre eux avaient des intérêts personnels à ce que ce système ne disparaisse pas, puisqu'ils y participaient.

Aujourd'hui, FEMEN observe les discussions concernant l'adoption de ce même projet de loi en France. FEMEN félicite l'initiative du gouvernement socialiste à ce sujet.

STOP à la prostitution!

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18 février 2019

Une semaine sous tension pour l’Eglise catholique, attendue sur les violences sexuelles

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Par Cécile Chambraud - Le Monde

Le Vatican réunit à partir de jeudi des évêques du monde entier à Rome pour une conférence consacrée aux moyens de lutter contre ces abus.

Theodore McCarrick fut l’un des « princes de l’Eglise » catholique, l’une des figures les plus influentes de l’épiscopat américain. A 88 ans, cet ancien cardinal, archevêque émérite de Washington, n’est même plus autorisé désormais à célébrer une messe. La congrégation pour la doctrine de la foi, le « ministère » romain chargé du respect de l’orthodoxie et qui est aussi chargé de traiter et juger les affaires de pédophilie et de violences sexuelles, a annoncé, samedi 16 février, le renvoi de l’état clérical de ce prélat qui avait déjà dû renoncer à son titre de cardinal en juillet 2018. Il a en effet été reconnu coupable de « sollicitation [d’actes sexuels] en confession » et d’actes sexuels « contre des mineurs et des adultes, avec la circonstance aggravante de l’abus de pouvoir ».

Cette décision était anticipée depuis des semaines. Elle n’en est pas moins inédite. C’est la première fois, dans l’histoire moderne, qu’un cardinal (le plus haut titre dans l’Eglise catholique) est défroqué pour scandale sexuel. Elle contribue à approfondir l’état de choc dans lequel se trouve l’Eglise catholique, à quelques jours d’un important sommet, à Rome, sur « la prévention des abus sexuels sur les mineurs et les adultes vulnérables ».

Après les révélations en cascade de l’été 2018 (le rapport de la justice américaine sur cinquante ans de pédophilie en Pennsylvanie, les conclusions de la commission d’enquête en Allemagne sur les affaires depuis 70 ans outre-Rhin, les accusations portées contre le pontife par un archevêque de curie), le pape François avait pris l’initiative, en septembre, de convoquer tous les présidents de conférence épiscopale pour faire le point sur les abus sexuels. La réunion se tiendra du 21 au 24 février en présence d’une centaine d’entre eux, de représentants du Vatican, d’experts et de victimes qui témoigneront de ce qu’elles ont enduré.

Accusations « crédibles et fondées »

L’essor et la chute de Theodore McCarrick réunissent tous les ingrédients de la crise que traverse actuellement l’Eglise catholique. En juin, la conférence épiscopale américaine avait reconnu « crédibles et fondées », les accusations d’un ancien enfant de chœur qui dit avoir été agressé par l’ecclésiastique dans les années 1970. Un peu plus tard, un autre homme a affirmé que l’ancien prélat, qui était un ami de sa famille et était fréquemment invité par ses parents, l’a agressé sexuellement pendant des années à partir de l’âge de 11 ans, notamment lorsqu’il l’entendait en confession. Cette accusation de pédophilie a conduit le pape François à obtenir sa sortie du collège cardinalice, en juillet.

Mais Theodore McCarrick n’a pas seulement agressé des mineurs. Pour la première fois, un prélat est sanctionné pour avoir commis des violences sexuelles sur des adultes vis-à-vis desquels il était en position de pouvoir. Il a été accusé par d’anciens séminaristes (par lesquels il se faisait appeler « oncle Ted ») de les avoir contraints à des relations sexuelles. Parmi les affaires d’abus sexuels qui émergent dans de nombreux pays, plusieurs ont pour cadre des séminaires – où sont formés les prêtres –, comme au Chili ou aux Etats-Unis. Des formateurs, voire des évêques qui seront plus tard leurs « supérieurs », sont accusés d’avoir fait pression sur eux pour obtenir des faveurs sexuelles. Ailleurs que dans l’Eglise, cela s’appelle du harcèlement sexuel.

Le 5 février, lors d’une conférence de presse, le pape avait, pour la première fois officiellement, reconnu l’existence de violences sexuelles perpétrées par des prêtres sur des religieuses. Aux violences contre les mineurs s’est donc bien ajouté, reconnu par le chef de l’Eglise catholique, le scandale des violences contre des majeurs. L’enquête préliminaire ouverte le 24 janvier par le parquet de Paris à l’encontre du nonce (l’ambassadeur) du Vatican à Paris, Mgr Luigi Ventura, pour agression sexuelle contre un salarié de la mairie de Paris, et révélée vendredi par Le Monde, s’ajoute à cette liste.

L’étouffement du scandale

L’affaire McCarrick pose également, et à quelle échelle, la question de l’attitude de la hiérarchie catholique lorsqu’elle a vent de dérives sexuelles au sein du clergé. Qui, au Vatican, a protégé ou favorisé la prestigieuse carrière de Theodore McCarrick alors même que les rumeurs sur son comportement avec les séminaristes semblent très anciennes ? Un prêtre de New York, Boniface Ramsay, aurait ainsi alerté le Saint-Siège dès 2000, lorsque McCarrick, alors évêque de Newark, a été nommé archevêque de Washington par Jean-Paul II.

Cela n’a pas empêché le pape polonais de le créer cardinal l’année suivante. Par la suite, y compris après sa mise à la retraite comme évêque, le cardinal avait continué à se voir confier des missions qui l’ont conduit dans de nombreux pays, notamment en Chine, au Vietnam, à Cuba. Dans un « témoignage » très hostile au pape François et publié au mois d’août, en pleine visite apostolique en Irlande, un ancien nonce aux Etat-Unis, Mgr Carlo Maria Vigano, a accusé François d’avoir protégé Theodore McCarrick et même d’avoir effacé des sanctions prises à son encontre par Benoît XVI.

Relayée par les évêques américains, la question de l’étouffement du scandale au plus haut niveau de l’Eglise se pose maintenant avec acuité. En octobre, le Vatican a annoncé le lancement d’une enquête interne au sujet de la carrière du prélat américain. « Le Saint-Siège est conscient qu’(…) il pourrait apparaître que des choix faits dans le passé ne sont pas en phase avec une approche contemporaine de ces problèmes », avait prévenu la déclaration du Vatican. On ne sait pas si et quand les conclusions de cette investigation seront rendues publiques. Sur le terrain, des enquêtes sont par ailleurs en cours dans les quatre diocèses (New York, Metuchen, Newark et Washington) dans lesquels Theodore McCarrick a été évêque.

Parution de « Sodoma »

Un autre événement devrait marquer l’ouverture de la réunion des présidents des conférences épiscopales, jeudi. Il s’agit de la parution le même jour, dans vingt pays à la fois, du livre Sodoma. Ecrit par le journaliste et essayiste français, Frédéric Martel, il décrit un Vatican dominé par une homosexualité aussi cachée que structurante, en totale contradiction avec le discours de l’Eglise sur le célibat des prêtres, la morale sexuelle, l’homosexualité, le mariage gay, etc.

Dans cette atmosphère agitée, l’un des objectifs de la réunion sera de convaincre les épiscopats de toutes les latitudes que la pédophilie et les abus sexuels sont un fléau universel et non pas, comme l’assurent certains prélats, une particularité occidentale. Elle doit aussi diffuser l’obligation, pour les évêques, de ne pas protéger les prêtres fautifs.

Le Vatican n’a eu de cesse, ces dernières semaines, d’essayer de réduire les attentes suscitées par l’annonce de cette réunion. Les associations de victimes, qui seront aussi présentes à Rome, poussent au contraire pour que des décisions concrètes y soient prises. Dans le contexte de crise, de simples généralités auraient peu de chance d’être audibles. L’Eglise est sous la pression d’une exigence de résultat.

2 juillet 2016

ETEL : Quais. L'estacade déjà adoptée

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 Après la réfection des structures, l'aménagement des promenades sur les quais, entre l'abri du canot et la criée, avance à un rythme soutenu afin que l'accès puisse être ouvert en fin de semaine prochaine. Resteront les finitions, après l'été. Cette semaine, l'estacade panoramique emblématique de cet aménagement, en surplomb de la ria, a été terminée. Déjà, quand le chantier le permet, le public se l'approprie. « On a de bons retours ! », note Marina Le Corguillé, directrice du port, qui suit le chantier pour la compagnie des Ports, maître d'ouvrage. Source : Le Télégramme

29 juin 2016

« Brexit » : l’incroyable impréparation du vainqueur Boris Johnson

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« Take back control ! » (« Reprenons les commandes ! »). Quatre jours après le séisme du « Brexit » – la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) –, le fier slogan de la campagne qui a convaincu 17 millions de Britanniques de choisir le divorce avec l’Europe résonne désormais comme une bravade pathétique.

L’ancien maire de Londres et partisan du « Leave » Boris Johnson, qui l’a entonné des milliers de fois ces dernières semaines, ne s’y risque plus. La livre sterling dévisse, le Royaume-Uni a perdu sa note AAA, des délocalisations d’emplois sont annoncées vers le continent et les institutions du pays sont paralysées.

« Nous n’avons pas de gouvernement, nous n’avons pas d’opposition. Les gens qui nous ont mis dans ce pétrin se sont enfuis », a résumé, lundi, Alistair Darling, ministre des finances pendant la crise de 2008, mettant en garde contre le danger du « vide ».

Pendant le week-end, Boris Johnson, principal artisan du « Take back control », a joué au cricket et a reçu quelques députés dans sa propriété de l’Oxfordshire. Il a sans doute aussi écrit sa chronique publiée chaque lundi dans le Telegraph, dont le contenu cette semaine est ahurissant.

« Rien ne presse »

Le chef de la campagne du « Brexit » s’y félicite de la bonne tenue de la devise britannique qui, en réalité, s’effondre. Il y assure que « la Grande Bretagne fait partie de l’Europe », « qu’elle continuera à avoir accès au marché unique » et que « les Britanniques pourront continuer d’aller travailler dans l’UE ». Le « seul changement », insiste-t-il, est que le pays s’est dégagé des insupportables réglementations européennes.

Pas un mot sur le désormais fameux article 50 du traité de Lisbonne que Londres rechigne à actionner pour engager la procédure formelle de sortie de l’UE. Le premier ministre démissionnaire, David Cameron, ne devait pas lancer la procédure lors du Conseil européen des 28 et 29 juin : il a repassé la « patate chaude » à son successeur… qui ne sera désigné que début septembre. Boris Johnson, contesté mais favori pour reprendre le flambeau, ne dit rien sur ses intentions à ce sujet, simplement que « rien ne presse ».

« Nous ne pouvons pas avoir quatre mois pendant lesquels rien ne se passe, a encore réagi M. Darling. Les électeurs ont pris cette décision et nous n’avons aucun plan pour l’avenir. Boris traite ça comme une partie de rigolade. Mais nous avons quitté l’UE ! »

L’entourage de M. Johnson ne le cache pas : il ne s’attendait pas à la victoire et a accusé le choc, surtout quand il a réalisé que M. Cameron allait lui laisser la responsabilité de déclencher la procédure de sortie.

« Tout le monde n’arrête pas de répéter : “Voilà où nous en sommes”, mais personne ne semble avoir la moindre idée d’où ça se trouve », a tweeté malicieusement, dimanche, Rachel Johnson, sœur de l’intéressé, avant d’effacer ce message selon elle « mal interprété ».

Interviewé par le très tenace Nick Robinson de la BBC, Chris Grayling, l’un des lieutenants de M. Johnson, a bafouillé : « Nous allons commencer à constituer une équipe pour réfléchir à notre position afin d’être prêts quand les discussions commenceront. »

Trahison des promesses

L’impréparation des vainqueurs du référendum ne concerne pas seulement le calendrier du « Brexit ». Sur le fond, il ne leur a fallu que quelques heures pour se délier de l’essentiel des promesses faites aux électeurs. Iain Duncan-Smith, ancien ministre pro-« Brexit », a fait beaucoup jaser sur Twitter en affirmant : « Nous ne nous sommes pas engagés. Nous avons seulement fait une série de promesses qui étaient des possibilités. »

Après une campagne prônant la fin de la libre circulation des travailleurs en Europe, ce qui suppose la sortie du marché unique européen, Daniel Hannan, idéologue du « Brexit », a expliqué, vendredi, dès le lendemain du vote, que la nécessité de maintenir l’accès à ce marché unique supposait « la libre-circulation de la main-d’œuvre », autrement dit la trahison de la promesse sur le contrôle de l’immigration. Ce que M. Johnson confirme dans son article du Telegraph. Il affirme contre toute évidence que les électeurs ayant choisi le « Brexit » « n’étaient pas principalement motivés par leur crainte de l’immigration », alors qu’il n’a pas cessé lui-même d’attiser cette peur pendant la campagne.

En dehors même du choc économique et politique ambiant, les électeurs qui ont cru à la promesse du « Take back control of our borders » (« reprenons le contrôle de nos frontières ») risquent donc d’être déçus. Déjà, le thème de la « trahison » des promesses du « Brexit » par les politiciens et Bruxelles fleurit dans les tabloïds.

Nationalisme

La contradiction, pour ne pas dire la duperie sur l’immigration et le marché unique, s’éclaire lorsqu’on analyse les deux composantes du vote pro-« Brexit ». D’un côté des ultralibéraux thatchériens comme Boris Johnson, pour qui l’UE est une insupportable machine à réguler et l’immigration une nécessité si l’on veut peser sur les salaires et assurer la compétitivité du pays après le « Brexit ». De l’autre, la grande masse des populations déshéritées du nord de l’Angleterre, précisément les victimes de l’ultralibéralisme à la britannique, qui comprennent le « Take back control » comme un appel au retour de la protection de l’Etat que « Bruxelles » empêche, notamment en imposant un afflux de travailleurs est-européens.

La première catégorie rêve de transformer le Royaume-Uni en un vaste paradis fiscal dérégulé ; la seconde a la nostalgie de l’Angleterre de leur jeunesse, avant la désindustrialisation et le thatchérisme. Tout le talent de « Boris » est de les avoir rassemblés autour de leur seul dénominateur commun : le nationalisme anglais. Fils de grande famille payé 267 000 livres par an (320 000 euros, soit 26 000 euros par mois) pour sa chronique dans le Telegraph, il n’a pas hésité à appeler « le peuple » à se rebeller contre l’establishment en votant pour le « Brexit ».

« Le grand clivage britannique n’est pas entre Londres et le Nord ou entre les jeunes et les vieux, mais entre Johnson, Gove, Farage [les chefs de la campagne du « Brexit »] et les électeurs qu’ils arnaquent », écrit le journaliste Nick Cohen dans le Guardian en rappelant les relations compliquées de M. Johnson avec la réalité.

Au début de sa carrière de journaliste, il s’était fait limoger du Times pour avoir inventé une citation. Selon sa biographe, Sonia Purnell, qui a été sa collègue quand il était correspondant du Telegraph à Bruxelles, le « blond ambitieux » a théorisé depuis longtemps sa méthode pour se faire remarquer et avancer : affirmer sans vergogne des choses contradictoires en public et en privé.

D’après elle, « Boris » n’était pas favorable au « Brexit ». Mais il a enfourché ce cheval pour se démarquer de David Cameron, son copain et rival d’enfance. Voilà pourquoi le Royaume-Uni et l’Europe en sont là aujourd’hui.

Philippe Bernard (Londres, correspondant) - Correspondant au Royaume-Uni - Le Monde

9 février 2019

Quitter ou ne pas quitter Twitter ? Le dilemme de l’utilisateur

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Par Lorraine de Foucher - Le Monde

Considéré comme toxique par certains de ses utilisateurs, le réseau social fait face à de nombreuses désertions. Mais abandonner le réseau, c’est aussi céder la place aux « haters » et autres trolls. Un cas de conscience difficile à trancher.

Le matin, Mathilde Navarro a un rituel beauté. En sous-vêtements devant le grand miroir de sa chambre, elle passe sa main sur les bourrelets de son ventre, sur le gras qui tombe de ses bras et de ses jambes, et elle dit à son corps qu’elle l’aime. Comme il est : obèse. A 18 ans, cette étudiante en mode à Bordeaux, jolie brune fan de maquillage et de réseaux sociaux, tient ­depuis cinq ans un compte Twitter « body positive » – ce mouvement qui veut rendre visibles les corps, tous les corps : poilus, gros, minces, handicapés, abîmés, très loin des normes affichées par les magazines féminins.

Elle y poste des photos d’elle en soutien-gorge, en maillot de bain, dans des tenues moulantes. « “Baleine, tank, grosse vache, il faut que tu ailles à la salle, tu vas crever à 30 ans”… Je reçois une centaine de notifications de ce genre à chaque image publiée, et ça dure une semaine », explique la jeune fille. « Je suis habituée aux insultes, on m’insulte depuis la maternelle, mais parfois c’est trop dur. Alors je quitte Twitter pendant quelque temps. » Pourquoi donc ne pas partir définitivement de ce réseau et arrêter de s’exposer à ces photomontages d’elle en train de faire l’amour avec un cachalot ? « Quitter Twitter me fait du bien, mais ça leur donne raison aussi, ça leur montre qu’ils m’ont touchée, et ça m’empêche de montrer à mes 13 000 abonnés qu’on peut être grosse et s’aimer… »

Conflits intérieurs

Il y a dans ce témoignage beaucoup des conflits intérieurs qui traversent les dix millions d’utilisateurs de Twitter en France et les 326 millions à l’échelle mondiale. Les « printemps arabes », Black Lives Matter, #metoo, beaucoup des progrès sociaux récents n’auraient pas eu le même écho sans la firme à l’oiseau bleu. C’est un espace d’humour – rien de tel qu’une contrainte de longueur pour faire des bons mots. Un espace d’informations, d’échanges, d’ego aussi : c’est tout une société ­humaine qui s’est constituée depuis 2006.

Une société dont certains démissionnent. Le docteur Michel Cymes, l’animatrice Karine Le Marchand, l’acteur Issa Doumbia, le maire de Levallois-Perret ­Patrick Balkany, de nombreuses stars s’épanchent sur leurs départs de Twitter. Dernière disparue en date : EnjoyPhoenix, la plus grande youtubeuse française, avec ses 3,5 millions d’abonnés. Brushing, manucure et eye-liner impeccables, assise sur un canapé crème, Marie Lopez de son vrai nom a annoncé dans une vidéo ses résolutions pour 2019. Moins procrastiner, moins consommer d’animaux, et supprimer son compte Twitter : « Parce que j’en peux plus, parce que j’estime que c’est un réseau social qui [ne] sert à rien. »

« J’AI EU L’IMPRESSION DE COUPER UN BRUIT, COMME CES BRUITS DE TUYAUX CONSTANTS ET ÉNERVANTS QUAND VOUS AVEZ UN PROBLÈME DE CHAUDIÈRE. C’ÉTAIT UN GESTE POUR ARRÊTER UNE ASPHYXIE. » PASCALE ROBERT-DIARD, CHRONIQUEUSE JUDICIAIRE AU « MONDE »

« Je me souviens du jour où il y avait la petite icône qui tremblait sur mon écran, et que j’ai appuyé sur la croix », poursuit Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde, et fossoyeuse depuis l’automne d’un compte à 30 000 abonnés. « J’ai eu l’impression de couper un bruit, comme ces bruits de tuyaux constants et énervants quand vous avez un problème de chaudière. C’était un geste pour arrêter une asphyxie », décrit-elle.

Marquée par la tribune de Maggie Haberman, correspondante à la Maison Blanche pour le New York Times – qui a expliqué cet été qu’elle ne tweeterait presque plus –, Pascale Robert-Diard dénonce ce réseau ­devenu pour elle une « console de JE » : « Je me suis aperçue que mon humeur était indexée sur mes notifications, que Twitter était devenu une obligation ­sociale supplémentaire, une servitude ­volontaire, une deuxième société très contraignante et codifiée. Il y a les aristocrates, ceux qui ont des gros comptes et qui sont connus, les bourgeois, gros comptes pas connus, le petit peuple qu’on ne considère pas parce que pas assez de followers. Twitter ressemble à cette scène dans Belle du seigneur, d’Albert Cohen, à la Société des nations, où chacun cherche à s’approcher de son supérieur, à être vu avec quelqu’un en vue. Twitter et les ­retweets me faisaient le même effet de cour, et de perte de temps ». Depuis, la journaliste n’a jamais lu autant de livres, et dit se sentir « plus juste ».

« Hygiène mentale »

La journaliste Nadia Daam n’a eu d’autre choix que de supprimer son compte à la suite de la campagne très violente dont elle a été victime. L’histoire est connue, c’est même devenu une affaire judiciaire, au cours de laquelle trois de ses trolls ont été condamnés, marquant un tournant sur le cyber-harcèlement. Depuis, Nadia Daam a quitté Twitter, par « hygiène mentale ». Elle n’y est retournée qu’une seule fois, avec le compte d’un ami, et s’est dit au bout de deux minutes : « Mais comment j’ai fait pour y passer des heures par jour ? C’est comme recroiser un ex et se dire “comment j’ai fait pour rester aussi longtemps avec ce con ?”. »

A quoi ressemble sa vie d’après ? « J’ai tendance à répondre pour rire que j’ai des plus beaux cheveux, un meilleur teint, mais ça n’est pas tant une blague que ça. Les réseaux sociaux, Twitter en tout cas, épuisent, marquent. Que l’on y ait été harcelé ou non. Twitter a changé, aujourd’hui, ça n’est que du bruit. Je ne travaille pas moins bien qu’avant, et même peut-être mieux, puisque débarrassée du prisme de la “réaction” propre à ce réseau. »

Ces personnes qui larguent Twitter font partie de ce que l’auteur du ­Désenchantement d’Internet : désinformation, rumeur et propagande (FYP Editions, 2017) qualifie de « voix progressistes ». Romain Badouard est maître de conférences à l’Institut français de presse (IFP) en sciences de l’information. Pour lui, le départ ou les allers-retours de ces porteurs de messages ­tolérants et rationnels sont une mauvaise nouvelle pour la démocratie.

« DANS LES PREMIERS TEMPS, TWITTER, COMME LE WEB, PENCHAIT PLUTÔT À GAUCHE, C’ÉTAIT LE TERRAIN DES ASSOCIATIONS, DES HUMANISTES. DEPUIS LE DÉBUT DES ANNÉES 2010 ET L’ARRIVÉE DE MILITANTS PLUS RADICAUX, LA VIOLENCE ET LA CONFRONTATION ONT EXPLOSÉ. »

ROMAIN BADOUARD, MAÎTRE DE CONFÉRENCES À L’INSTITUT FRANÇAIS DE PRESSE

Selon lui, il ne s’agit pas d’une tempête dans un verre d’eau de journalistes parisiens surconnectés, mais bien d’un « refroidissement social grave ». « Dans les premiers temps, Twitter, comme le Web, penchait plutôt à gauche, c’était le terrain des associations, des humanistes. Depuis le début des années 2010 et l’arrivée de militants plus radicaux, la violence et la confrontation ont explosé. Les trolls sont là pour défendre la liberté d’expression, mais il est intéressant de constater que plus ils y ont recours, plus ils nuisent, et plus les modérés démissionnent. Cela assèche le débat public », analyse le chercheur.

Quant à la responsabilité des dirigeants de Twitter eux-mêmes (notamment du fondateur et PDG, Jack Dorsey), souvent attaqués pour leur gestion trop laxiste de la modération, elle serait assez évidente : « Abreuvés de l’idéologie libertaire de la Silicon Valley, ils se voient surtout comme des plombiers qui gèrent des tuyaux. Ils ont mis du temps à comprendre qu’ils avaient beaucoup à perdre dans ces départs et qu’il y avait un problème », précise Romain Badouard.

« Une addiction dangereuse »

Quitter ou ne pas quitter Twitter ? Longues dreads et yeux bleus incisifs, ­Jaron Lanier est un philosophe historique d’Internet, auteur de nombreux ouvrages à succès. Pour contacter le Californien, aucun réseau social, seulement une page Web personnelle au design ­vintage. Il vient de sortir Ten Arguments for Deleting Your Social Media Accounts Right Now – « Dix raisons pour quitter les ­réseaux sociaux, maintenant ! » – (Bodley Head, 2018, non traduit), et défend une approche plus définitive. « Il faut comprendre que quitter Twitter, c’est un choix, le même que celui d’arrêter une addiction dangereuse, comme l’alcool ou la cigarette. Twitter est toxique, a de vraies ­conséquences sur la santé mentale de ses utilisateurs. On ne compte plus les études aux Etats-Unis qui lient ces réseaux aux suicides adolescents, par exemple, ou qui montrent que les gens sont moins heureux dessus, puis plus heureux sans. »

Au téléphone, on tente de négocier avec lui, en expliquant qu’on a un tout petit compte pour faire de la veille de médias, que c’est pour le travail, qu’on ne poste rien et que le compte est fermé, il s’emporte : « Bah alors, pourquoi vous ne partez pas ? Vous ne pouvez pas lutter face à l’algorithme de Twitter qui est construit pour exciter vos émotions négatives et vous transformer en trou du cul. C’est le meilleur moyen de vous rendre dépendant, ce sont les ­mêmes ressorts comportementaux que les machines à sous dans les casinos. » ­Ultime résistance mentale de journaliste dépendante : mais quand même, #metoo, Black Live Matters (BLM), les « printemps arabes », sans Twitter, ça aurait été moins bien, non ? « Vous avez vu le contre-mouvement sur Twitter ? Les ­nazis et le Ku Klux Klan qui sont arrivés en réponse à BLM, les masculinistes harceleurs en réponse au féminisme ? A chaque progrès humain catalysé par Twitter, il y a un reflux horrible », enterre-t-il.

Alors si vraiment vous voulez rester sur Twitter, assumer votre addiction en vous protégeant un peu, une solution existe, l’appli Bodyguard, conçue par Charles Cohen, un petit génie français de l’informatique de 23 ans, qui s’est formé à la programmation à 10 ans sur l’ordinateur de sa chambre, et a codé tout seul le logiciel. Le principe est simple, il s’agit de détruire les tweets haineux avant qu’ils ne parviennent à leur destinataire. ­L’algorithme prend en compte les mots écrits, leur contexte, un peu d’intelligence artificielle et les relations entre les personnes, et propose à la fin une note d’agressivité sur le contenu. L’application a déjà été téléchargée plus de 16 000 fois, entre autres par le secrétaire d’Etat au numérique lui-même, Mounir Mahjoubi. « On inverse la technologie de Twitter, on met en valeur les choses gentilles », se réjouit Charles Cohen. Depuis, Mathilde Navarro, qui vient de l’installer, est un peu moins comparée à un cétacé.

16 juin 2016

Bac. Travail, histoire et désir au menu de la philo

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Le travail, le désir, l'histoire, les lois, Descartes, Arendt, Merleau-Ponty... : les quelque 500.000 candidats au baccalauréat général et technologique ont planché, hier matin, sur l'épreuve de philosophie, coup d'envoi traditionnel de cet examen de fin de scolarité. Comme chaque année, la philo a donné le coup d'envoi au gros des épreuves écrites pour les bacs généraux et techno. Une session 2016 marquée par une série de distractions potentielles et de perturbations : Euro de football, grèves dans les transports, sécurité renforcée, ramadan... Et, comme chaque année aussi, groupes de réflexion et responsables politiques rivalisent de suggestions pour « améliorer » le bac, jugé par certains trop coûteux et peu efficace. À l'issue de l'épreuve de philo, les candidats ont pu souffler ou se replonger dans les révisions, avant l'histoire et la géographie, ce matin pour les bacs généraux (« Aujourd'hui Descartes, demain des cartes », tweete@KevinAtton), histoire-géo ou mathématiques pour les bacs techno, arts appliqués et cultures artistiques pour des bacs pro de métropole. Premiers résultats le 5 juillet.

4 février 2019

Kendall Jenner photographiée par Mert et Marcus

Dehors, il fait froid, mais heureusement, les fesses de Kendall Jenner vont réchauffer votre journée. Photographiée par le duo Mert and Marcus, la petite sœur de Kim Kardashian a posé entièrement nue pour l’édition italienne du magazine Vogue.

Poser nue, c’est très en vogue. Le raccourci était très facile pour Kendall Jenner, qui a décidé de se dénuder pour Vogue Italia. Un exercice auquel la jolie brune ne s’était plus prêtée depuis plusieurs mois. Il faut en effet remonter au début de l’année 2018 pour découvrir ce qui était le dernier shooting en tenue d’Eve de la sœur de Kylie Jenner. À l’époque, Kendall Jenner avait pris la pose sans vêtements devant l’objectif de la photographe Sasha Samsonova, une grande amie de la famille Kardashian.

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Cette fois, c’est devant le prestigieux duo de photographes, Mert and Marcus que le mannequin s’est mis à nu… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat vaut le détour. C’est Mert Alas qui a publié sur son compte Instagram l’un des clichés que les lecteurs italiens de Vogue vont découvrir dans les pages du magazine. On y découvre une Kendall Jenner plus sensuelle que jamais. Immortalisée dans l'embrasure d’une porte, la jeune femme ne porte rien du tout.

Simplement habillée par ses talons hauts et des gants jaunes, Kendall Jenner parvient à montrer ses fesses et sa poitrine en même temps. Le cliché torride où un jeu d’ombres souligne les formes de la petite sœur de Kim Kardashian semble beaucoup plaire. Ils sont déjà plus de 46 000 à avoir aimé le cliché sexy posté par le photographe. Les commentaires des internautes, pour la plupart élogieux, confirment qu’il s’agit là d’une photo de Kendall Jenner qui fera date.

https://www.instagram.com/mertalas/?utm_source=ig_embed

16 juin 2013

La grande parade de l'Armada, c'est aujourd'hui

Les quarante-cinq bateaux de l'Armada quittent Rouen ce matin et vont descendre la Seine jusqu'au Havre. Un défilé exceptionnel que le public pourra admirer le long de la Seine toute la journée. Le premier bateau passe sous le pont Flaubert à 7 heures.

Après 10 jours de fête exceptionnelle, les quarante-cinq bateaux de l'Armada repartent ce matin. Ils vont descendre les 120 km de Seine jusqu'au Havre. C'est ce que l'on appelle la Grande Parade. L'occasion pour le public d'admirer une dernière fois les plus beaux voiliers du monde.

Dans tous les villages le long de la Seine, on se prépare à accueillir des milliers de personnes. Des parkings ont été prévues. Un plan de circulation a été élaboré par la préfecture de Seine-Martime car ce spectacle attire traditionnellement beaucoup de monde.

Seul le Kruzenshtern ne lève pas l'ancre aujourd'hui. Il ne partira que mercredi à cause de la hauteur de ses mâts dans l'attente d'une marée propice. Le quatre-mâts russe restera donc ouvert aux visites encore trois jours.

France Bleu Haute Normandie met en place un dispositif spécial pour couvrir la Grande Parade. A écouter en direct sur votre radio ou www.francebleu.fr.

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24 mars 2016

Exposition Serge Gainsbourg à la Galerie de l'Instant

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SERGE GAINSBOURG

​Quel que soit notre âge Serge Gainsbourg fait partie de nos vies. Nous avons tous eu notre période Gainsbourg, et nos époques préférées dans sa carrière...

"Cet artiste exceptionnel est pour moi comme un membre de la famille, dont on ne prendrait pas souvent des nouvelles, mais qui nous accompagne tout au long de notre vie.

C’est en réalisant avec stupeur qu’il nous a quitté depuis déjà 25 ans, que l’idée de cette exposition hommage est venue.

Cela fait tant d’années que nous présentons des tirages de Serge qu’il était temps de faire mieux et de lui faire enfin honneur.

Ainsi le public pourra se réjouir de nombreuses images inédites de Serge, seul ou accompagné, souvent de Jane Birkin, parfois aux côtés d’autres beautés…

Le point commun entre toutes ces images est sans aucun doute la beauté, saisie par certains photographes, de cet homme qui se voyait laid, et qui a pourtant séduit parmi les plus belles femmes du monde.

Comme souvent à la Galerie c’est une sélection extrêmement subjective, mais qui je l’espère surprendra les visiteurs et les touchera au cœur."

Tony Franck

17 novembre 2018

Le prince héritier saoudien est derrière l’assassinat de Jamal Khashoggi (CIA)

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La CIA a conclu que le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane (MBS) a commandité personnellement l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, contrairement à ce qu’affirme le royaume allié des Etats-Unis.

C’est le Washington-Post, journal dont Jamal Khashoggi était un collaborateur, qui a publié les conclusions de l’enquête de la principale agence américaine de renseignement, citant des sources anonymes au courant des investigations.

Le Washington Post précise que les Etats-Unis ont intercepté un appel entre Jamal Khashoggi et le frère de MBS, ambassadeur saoudien à Washington. Ce dernier, Khalid ben Salmane, aurait conseillé à Jamal Khashoggi de se rendre au consulat saoudien à Istanbul, lui assurant qu’il ne lui arriverait rien. Le journal ajoute que ce coup de fil a été passé à la demande de MBS.

4 octobre 2018

Départ de Collomb : rupture capitale

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Par Gilles Fumey, Géographe à Sorbonne Université — Pour Libération

Le départ surprise du ministre de l’Intérieur, retrouvant son trône de Lyon, apparaît comme un pied de nez au président de la République et à la toute-puissance symbolique de Paris.

Paris, province. C’est dans ce sens-là que Gérard Collomb prendra le train pour rejoindre l’hôtel de ville de Lyon. Un voyage sans retour qui s’inscrit dans une géohistoire houleuse des rapports entre un pays et sa capitale. L’hypertrophie parisienne est telle qu’elle a fabriqué une fracture territoriale profonde. Cette cassure symbolique appartient-elle au passé ? Lyon semble en effet échapper à la séparation : deuxième aire urbaine de France, elle est aussi une métropole au statut particulier, puisque la loi Maptam de 2014 (loi de modernisation territoriale) étend son périmètre au département du Rhône.

«Grosse tête»

Lyon fut toujours en première ligne lorsqu’il s’est agi de développer le train, l’autoroute ou le TGV. Pourtant, le fossé entre ce qui relève de l’Etat central et ce qui dépend des régions a été encore creusé depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Un mode de gouvernement jupitérien qui a fait dire à Collomb, peu avant sa démission : «Les provinciaux, et j’en suis, ont déjà une tendance naturelle à considérer que les Parisiens ont la grosse tête et les snobent.»

Historiquement, cette ligne de partage a été voulue par une lignée quasi ininterrompue de serviteurs de l’Etat née avec Louis XI (1461-1483), fondateur de la Poste royale. Si Henri IV (1553-1610) dote le royaume du premier réseau postal en étoile depuis Paris sans effacer le carrefour lyonnais, progressivement, le squelette géographique de l’Etat français se centre sur la capitale. Trudaine, directeur des Ponts et Chaussées en 1743, demande au géographe Mariaval des plans de routes qui soient les plus courtes possible, des lignes droites qui limitent les contestations, marquent l’autorité de l’Etat, et transmettent efficacement les ordres du roi aux provinces. L’euphorie révolutionnaire dessine une France marquetée par des départements, qui efface les anciennes provinces royales et propose une vision plus égalitaire du territoire. Jusqu’à ce que la vision jacobine l’emporte, pour longtemps. La décentralisation de 1982 en marquait le premier coup d’arrêt, mais le mal n’était-il pas déjà fait ?

Le cas de Lyon est emblématique. Pour le géographe Philippe Subra (Institut français de géopolitique), «Lyon n’est pas la capitale qu’elle aurait pu être». Même riche, la ville va-t-elle offrir à Collomb cette gloire qui lui a fait défaut avec l’onction ministérielle ? Quant aux nouvelles régions, Subra se demande si elles ne sont pas une solution de repli pour les barons parisiens de la politique que sont Valérie Pécresse (Ile-de-France), Xavier Bertrand (Hauts-de-France) ou Laurent Wauquiez (Auvergne - Rhône-Alpes).

«Terroirs»

Plutôt qu’un poste national, dans un ministère ou dans un parti, la région ou la métropole pourraient devenir des postes plus stratégiques, offrant le juste milieu entre le travail de terrain et la vision politique d’envergure. Auquel cas, quel est l’apport de la nouvelle carte des régions tant voulue par Valls Premier ministre, qui se rêvait en Clemenceau ? Du reste, Valls se fichait tellement de la géographie de la France qu’il a laissé Hollande dessiner la carte, à coup de SMS avec les barons du PS. Cet épisode croquignolesque est-il à l’origine de cette revanche de la décentralisation conduisant Collomb à rentrer au pays ? Subra renchérit : «Cette émergence des territoires laisse entendre qu’on a plus à faire à des terroirs, qui sont la négation de l’intérêt national au profit du local.» Dans le contexte de dégradation des rapports entre l’Etat et les régions, symbolisée par des mesures jugées vexatoires telles les 80 km/h, la fermeture de classes ou de maternités, «Paris nous emmerde» est un refrain qu’aiment entendre les électeurs. N’est-ce pas là résumée l’élégance avec laquelle le Lyonnais Collomb a pris congé de Paris ? - Libération

1 octobre 2018

"Jean-Michel Basquiat - Egon Schiele" à la Fondation Louis Vuitton

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C'est l'un des événements phare de l'automne 2018. La Fondation Louis Vuitton célèbre à la rentrée l'un des artistes majeurs du XXe siècle, soit Jean-Michel Basquiat. Ceux qui ont apprécié l'exposition dédiée au Centre Barbican de Londres seront tout aussi charmés par la monographie proposée par la fondation parisienne. Une centaine d’œuvres, conçue de 1980 à 1988, se déploiera sur les quatre étages du voilier de verre conçu par Frank Gehry. De la célèbre série des Heads de 1981-1982 à la fameuse collaboration entre Basquiat et Warhol en passant par des inédits, s'exprime ici le talent précoce de l'artiste mort à 28 ans, véritable pionnier de la mouvance underground. A ne pas manquer également, l'exposition Egon Schiele, donnée en parallèle et pensée en miroir avec l'oeuvre de Basquiat, pour une véritable leçon d'expressionnisme.

Jean-Michel Basquiat et Egon Schiele, du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019, Fondation Louis Vuitton, 8 Avenue du Mahatma Gandhi, 75116 Paris

29 septembre 2018

Colonies : les racines d’un racisme nommé désir

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«La séance photographique» de Jean-Louis Charbans, Sénégal, 1930. Le prétexte ethnographique permet de contourner la censure et de produire de la photographie porno-coloniale. «Chaque image peut avoir plusieurs niveaux discursifs, explique Pascal Blanchard. Il y a ce qu’elles montrent d’un soi-disant réel mais aussi le fantasme qu’elles véhiculent.» Photo Archives d’Eros 

Un ouvrage collectif retrace l’histoire coloniale par le prisme de la sexualité, où l’appropriation des corps est indissociable de la conquête des territoires. Un imaginaire fondé sur la domination qui continue de façonner les représentations de l’Autre.

Deux hommes blancs mesurent à l’aide d’un compas les larges fesses d’une femme noire (dessin «humoristique» anglais, 1810). Un marine américain rigolard pose sa main sur le sein d’une prostituée vietnamienne (photographie de 1969). Un croquis médical décrit les petites lèvres du sexe d’une femme hottentote au gonflement «anormal et malsain» (gravure, 1804). Une jeune actrice montre ses seins devant des barres HLM, sous un teaser : «Certaines femmes préfèrent par-derrière» (affiche du film porno la Beurette de la cité de Fred Coppula, 2017).

Sexe, race et colonies, qui sort jeudi en librairie (Ed. la Découverte, 65 euros), retrace l’histoire coloniale par le prisme de la sexualité. L’une ne peut se penser sans l’autre, soutiennent les historiens, anthropologues ou politologues qui y ont participé. Et cet imaginaire mêlant domination, race et érotisme, forgé six siècles durant, irrigue malgré nous, aujourd’hui encore, le regard que nous portons sur l’autre : «Un travail de déconstruction devient, aujourd’hui, plus que jamais nécessaire», écrivent les auteurs.

Dans ce livre monstre (544 pages, 1 200 illustrations et 97 auteurs) - et par son sujet souvent monstrueux -, les images sidèrent. Les mots, même les plus savants («typification raciale», «biopolitique coloniale»…) ont peu de poids face à la violence de cette profusion de fantasmes illustrés. C’est cette avalanche d’images, leur répétition jusqu’au vertige, qui montre, davantage que bien des discours, le caractère systématique de la domination sexuelle des corps colonisés ou esclavagisés. A la chaîne, page après page, des seins de femmes noires pincés par des colons égrillards en costumes blancs. Des corps exposés, exotisés, érotisés, martyrisés ad nauseam.

«Le partage des femmes»

Coloniser un pays, c’est donc aussi mettre l’autre à nu, le détailler, le posséder, le classifier, dans les tirages photographiques ou dans les livres d’ethnologie et de médecine. Ces milliers de cartes postales érotiques, ces chefs-d’œuvre de Delacroix, ce porno colonial économiquement fructueux ont fixé une «véritable frontière visuelle entre ces Ailleurs et leurs métropoles» qui appuiera bientôt la terrible hiérarchisation des races.

«La grande question de la colonisation, ce n’est pas la conquête des territoires, c’est le partage des femmes, assure l’historienne Christelle Taraud, qui fait partie des cinq coordinateurs de l’ouvrage, enseignante à Columbia University. S’installer dans le ventre de la femme, déviriliser les hommes, c’est la domination la plus radicale, inscrite dans le sang et plus seulement dans le sol.» Tous les empires coloniaux, européens ou japonais, mais aussi les Etats-Unis esclavagistes que les auteurs associent à leur étude, commencent par réglementer les unions, qu’elles soient sexuelles ou légales. «Le colonialisme a étendu à la sexualité sa volonté hégémonique, explique Françoise Vergès, politologue titulaire de la chaire Global Souths à la Fondation Maison des sciences de l’homme. L’esclavage colonial a formellement interdit les relations sexuelles entre Blanches et Noirs, interdit suprême. Les Britanniques ont criminalisé l’homosexualité. Les missionnaires ont discipliné les pratiques sexuelles dans le Pacifique. La médecine et la psychiatrie sont intervenues sur les corps colonisés et racisés.» La prostitution est organisée pour que les colons, loin de leur épouse, puissent y avoir recours. «Une semaine après la conquête d’Alger, précise l’historienne Christelle Taraud, la France réglemente la prostitution pour mettre en place un marché du sexe.» Et lors des décolonisations, les violences sexuelles se déchaînent.

Clos par une postface de la romancière Leïla Slimani («Sans cesse, nous nous demandons qui nous sommes, écrit-elle. Nos sociétés occidentales sont obsédées par les questionnements identitaires. Mais nous devrions plutôt nous demander qui est l’Autre»), le livre n’est pas un exercice de flagellation, de «repentance», mais bien la volonté scientifique de raconter une autre histoire coloniale, celle de l’imaginaire et des fantasmes, appuyée sur un outil puissant, l’image.

Généalogie

L’imaginaire érotico-violent, très largement diffusé dans les magazines ou au cinéma, ne s’est pas évaporé au jour des indépendances. Scandale Oxfam en 2018, agressions sexuelles de Cologne au nouvel an 2016, et plus largement débat sur le port du voile ou sur le rapport des pays du Sud face à l’homosexualité : «Toutes les grandes polémiques qui fracturent nos sociétés, en France, mais aussi aux Etats-Unis ou aux Caraïbes, sont liées à la sexualité», estime Christelle Taraud. De fait, le livre trace un fil, une généalogie, entre la «Tonkinoise» et la prostituée thaïlandaise, prisée du touriste sexuel du XXIe siècle, entre la Mauresque et le garçon arabe du porno gay contemporain. «Dire que notre présent post-colonial n’est que la reproduction de l’époque coloniale est d’une absurdité totale, prévient Nicolas Bancel. Mais le tourisme sexuel ou la crainte du métissage des xénophobes, héritière de l’imagerie autour du rapt des femmes blanches par les indigènes, en sont des traces.»

Mais pour démontrer ces faits, fallait-il montrer ces images - et en montrer tant ? Dès l’introduction de l’ouvrage, les auteurs justifient leur choix : «Nous pensons qu’il est impossible de déconstruire ce qui a été si minutieusement et si massivement fabriqué pendant près de six siècles, sans montrer "les objets du délit".» L’historien Nicolas Bancel, coordinateur du livre, en témoigne : «La question a donné lieu à des discussions interminables entre nous.» Des auteurs pressentis pour participer au projet l’ont décliné, pour cette raison, comme l’historienne Ann Laura Stoler. Les images pédophiles, trouvées en nombre, ont été éliminées du corpus. Chaque illustration a été enchâssée dans des textes scientifiques charpentés. Christelle Taraud a fait un casus belli de la couverture, pas question d’y exposer une femme nue : «Le débat de "montrer ou non" est une question qui traverse les féministes, comme les universitaires qui travaillent sur la prostitution ou la pornographie. Une école "prohibitionniste" pense qu’on ne devrait plus jamais montrer ces images humiliantes. Un autre courant, dont je suis, estime que la domination visuelle participe largement de la domination globale, et qu’on ne peut déconstruire sans dévoiler.»

Françoise Vergès, qui a participé au livre, avoue pourtant qu’elle n’est «pas toujours pour la reproduction de ce genre d’images». «Elles peuvent continuer à nourrir des fantasmes ou blesser les personnes qui s’y identifient ou qui y sont identifiées, explique-t-elle. Les femmes et les hommes racisés mis en scène n’ont pas de voix, ils restent des images silencieuses.»La politologue pointe aussi cette question : «Si un collectif de femmes racisées avait constitué ce corpus, il aurait été différent. Mais celui de Sexe, race et colonies existe, il permet de poursuivre le travail critique.» Par cette publication hors norme, les auteurs, tous chercheurs, veulent aussi donner les clés à un public plus large pour «décoloniser les imaginaires». Et montrer le politique au cœur du fantasme.

Sonya Faure

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29 septembre 2018

Dans les coulisses du "Fashion Freak Show" de Jean Paul Gaultier

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Jean Paul Gaultier ne fait plus partie des habitués de la Fashion Week de Paris depuis plusieurs années – mais il fait aujourd’hui son grand retour dans la Ville lumière avec un spectacle théâtral débridé aux légendaires Folies Bergère. Vogue a rencontré le designer pendant les derniers préparatifs de son show excentrique et non-conformiste

Jean Paul Gaultier est confronté à un problème que peu d’autres designers rencontrent : son travail est si connu que les références et plagiats involontaires sont très fréquents. De ses flacons de parfum en forme de buste, aux corsets à bonnets pointus, ses pièces maîtresses font désormais partie d’un langage visuel mondial – une sorte de répertoire post-moderne.

Quand on lui parle de ces hommages accidentels, il sourit. "Eh bien, c’est un compliment, non ?", répond-il en accueillant Vogue dans ses ateliers au cœur de Strasbourg-Saint-Denis. Sa réaction résume parfaitement sa personne : les pieds sur terre, attentif, mais léger et joyeux. Une philosophie au cœur de tout ce qu’il touche – y compris les costumes de son spectacle Fashion Freak Show qu’il s’apprête à nous dévoiler. A mi-chemin entre la revue et le défilé de mode, ce spectacle autobiographique et tapageur sera ouvert au public à partir du 2 octobre au légendaire théâtre des Folies Bergère. Alors que nous pénétrons dans cet espace industriel, une voix aigüe résonne dans la pièce : "Jean Paul ! Tu m’as prise pour un cintre, ou je rêve ?" Cette voix, c’est celle d’Anna Cleveland, runway model et fille de la célèbre Pat Cleveland, qui fait partie du cast très diversifié du spectacle. Elle émerge de derrière un paravent de manière théâtrale, vêtue d’une robe de soirée à sequins bleu électrique, avec une traîne si longue qu’elle repose sur son propre cintre, qui fait partie intégrante du look. Ils éclatent de rire tous les deux. En fin de compte, c’est ça Gaultier : un design qui ne se prend pas au sérieux, mais sérieusement bien coupé. "Je n’ai jamais été très mode solennelle et orthodoxe, et ce n’est pas maintenant que je vais m’y mettre… Je ne veux pas que mes spectacles soient accueillis avec une larme d’émotion, mais avec un petit rire ou un sourire."

Il y a aujourd’hui 42 ans, Gaultier créait une onde de choc dans l’univers de la mode, en présentant des vêtements haute couture en paille et en donnant une touche punk au chic français – sans oublier ses défilés d’hommes en jupe et ses références décomplexées au bondage. Si cette provocation a choqué, elle ne cherchait en aucun cas à contrarier, ce qui lui a valu le surnom d’enfant terrible de la mode. "J’ai toujours aimé les gens bizarres, ceux qui sortent du lot mais qui sont en fait tout aussi beaux – avec une esthétique mixte, des contrastes harmonieux. J’aime l’idée d’un bad boy qui séduit une duchesse", raconte-t-il pour résumer sa vision utopique qu’il a injectée sur les podiums, mais aussi dans la musique (pour la tournée Blond Ambition de Madonna) et dans le cinéma (en créant les costumes du Cinquième Elément de Luc Besson). C’est désormais sur une autre scène qu’il l’emmène, celle des Folies Bergère, la célèbre salle de cabaret où sont passés Joséphine Baker et Charlie Chaplin, et bien d’autres performeurs affriolants. Gaultier a toujours rêvé de s’y produire, et son show s’annonce tout aussi original que la réputation de l’illustre théâtre.

Son spectacle prend la forme d’une rétrospective de la vie du designer : souvenirs personnels, anecdotes pop, vie amoureuse, et amitiés, représentés par des éléments emblématiques revisités de son travail. Epiphanies et traumatismes d’enfance sont également au programme. Son nounours – première muse de Gaultier – fera une apparition (sous une forme encore inconnue) : enfant, il avait opéré sa peluche pour lui greffer des seins coniques, qui obtiendront plus tard le statut d’icones sur le corset de Madonna. Son ancien instituteur est également représenté, sous la forme de gribouillis de costumes qu’on lui confisquait et collait dans le dos pour lui donner une leçon (qui a eu l’effet opposé sur ses camarades de classe).

Chapitre suivant : sa jeunesse déjantée dans les années 1970 au Palace, et sa découverte du punk chic à Londres ; mais aussi le regretté Francis Menuge (décédé du sida dans les années 1990), son partenaire dans la vie comme au travail, qui a joué un rôle essentiel en donnant à Gaultier l’assurance et les conseils stratégiques dont il avait besoin pour lancer sa ligne. Chaque scène fait le récit d’une époque autant que de son histoire personnelle.

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Et ce récit est porté par les vêtements eux-mêmes. "Les vêtements ont le pouvoir de déclencher des souvenirs tout autant que de vraies questions. Ils ont une place centrale dans ce projet." Retravaillés pour s’adapter à la scène, être plus confortables et gagner en théâtralité, ses pièces signatures seront toutes au rendez-vous, plus expressives que jamais : les boudins utilisés pour accentuer les hanches, les épaules et d’autres parties du corps, les costumes de marins, les tenues tendance SM, et bien sûr le menswear qui bouleverse les notions de genre

"J’ai toujours aimé l’idée que, comme les gens, les choses pouvaient avoir une seconde vie ou une deuxième interprétation, une beauté soudaine", explique-t-il au sujet des canettes transformées en bracelets, ou des robes faites en sacs poubelle, pour un résultat très pop’art. "Comme un enfant qui n’a pas encore été conditionné par le jugement de la société et qui ne voit pas de différences entre les choses." Cette vision sans limites a marqué l’ensemble de sa carrière : il a régulièrement choqué le Paris intello en collaborant aussi bien avec Hermès que Coca-Cola Light, ou en faisant défiler des femmes inattendues, comme Björk ou Nabilla.

Et aujourd’hui, son cast ne fait pas exception à la règle, et met en avant des personnes de toutes les tailles, toutes les formes, et tous les talents : le mannequin Anna Cleveland, la diva du cinéma d’art et d’essai Rossy de Palma, Demi Mondaine, une chanteuse que Gaultier a repérée dans The Voice – sans oublier une flopée de strippers et contorsionnistes.

En backstage, Gaultier a fait équipe avec la réalisatrice Tonie Marshall et le compositeur Nile Rodgers pour créer un divertissement authentique et décadent. "C’est ce que les gens veulent. Je me souviens qu’un jour dans les années 90, un inconnu m’a arrêté dans la rue pour me complimenter sur l’un de mes défilés qu’il avait vu à la télé. Il m’a dit : "Le décor ! Les lumières ! C’était incroyable !", et je me suis dit "Les gens veulent juste assister à un bon spectacle."

Et à l’instar du pop’art, son spectacle soulève des questions sur la société qui l’entoure : la première du show destinée à la presse aura lieu en plein milieu de la Fashion Week de Paris, un calendrier dont Gaultier est absent depuis la fermeture de sa ligne de prêt-à-porter en 2014.

Faut-il y voir un message demandant à l’industrie de ralentir ? En tout cas, c’est ce qu’a fait Anna Cleveland : bien qu’elle ait été un top permanent de la Fashion Week par le passé, elle a décliné toutes les offres pour se consacrer entièrement à son rôle au cours des six prochains mois. "C’est un geste d’amitié extrêmement touchant, ce qui est une chose rare", commente le couturier.

Quant à Cleveland, son rôle – Joséphine Baker – est particulièrement touchant : "ma grand-tante était en fait la prof de catéchisme de Joséphine, et elle l’a poussée à tenter sa chance en tant qu’artiste… Elle m’a toujours inspirée", dit-elle, en ajoutant que les murs de sa chambre d’enfant étaient recouverts de posters de la star. Aujourd’hui, "Jean Paul met en valeur une certaine forme de beauté qui nous inspire et ouvre nos horizons." Un message sur le pouvoir de la visibilité qui semble être approuvé par l’équipe entière :

"Nous poursuivons sur la lancée de ce qu’il a toujours cherché à faire : transformer les différences en beauté et célébrer l’individu", explique Raphael Cioffi, scénariste humoristique connu pour ses sketchs à la télé, et qui a écrit le script de la performance. Ce spectacle, qui mélange les genres, "est à l’image de la mode originale et irrévérencieuse : créative, sincère, et surtout, divertissante."

Le Fashion Freak Show de Jean Paul Gaultier, aux Folies Bergère du 2 octobre au 30 décembre 2018

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24 septembre 2018

L’Aquarius demande l’autorisation de débarquer 58 migrants à Marseille

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Le navire humanitaire de SOS Méditerranée, qui sauve des migrants à la dérive, vient d’apprendre qu’on lui retirait son pavillon.

« Marseille est devenue un peu contre notre gré, mais avec un immense plaisir, notre port d’attache », explique ce lundi l’ONG SOS Méditerranée pour justifier que son navire humanitaire soit actuellement en route vers la Cité phocéenne. Lors d’une conférence de presse, le directeur des opérations, Frédéric Penard, a également demandé aux autorités françaises d'autoriser, « à titre exceptionnel », le débarquement des 58 migrants qui se trouvent à bord de l’Aquarius. Parmi eux, 17 femmes et 18 mineurs.

La capitale des Bouches-du-Rhône a en effet une place centrale dans l’action de l’association : « C’est là qu’est notre siège, que nos équipes sont et c’est là que nous souhaitons mener notre combat », a insisté un bénévole. Par ailleurs, « c'est la seule option que nous avons » pour permettre au bateau « de continuer sa mission » de sauvetage des migrants, a poursuivi le directeur des opérations. « Le port de Marseille est le seul port envisageable pour qu'il puisse repartir », a-t-il ajouté alors que le navire vient d'apprendre que les autorités panaméennes allaient lui retirer son pavillon.

La France cherche « une solution européenne »

« Le gouvernement italien fait pression sur le Panama pour stopper les opérations de sauvetage de l'Aquarius. SOS Mediterranée et Médecins sans frontières (MSF) exhortent les gouvernements de l’Union européenne à intervenir pour autoriser l'Aquarius à poursuivre sa mission », avait imploré l’ONG sur Twitter dimanche. Et MSF d’appuyer dans un communiqué : « Cette révocation résulte de la pression économique et politique flagrante exercée par le gouvernement italien et condamne des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants en fuite à rejoindre le cimetière marin qu’est devenue la Méditerranée. »

Dans la soirée, Matignon a réagi à la demande de l’ONG assurant que la France cherchait « une solution européenne » selon le principe du « port sûr le plus proche ». Depuis le début de la crise provoquée cet été par la fermeture des ports italiens aux migrants, la France n'a jamais accepté de laisser débarquer les navires humanitaires, arguant qu'en vertu du droit maritime les naufragés doivent être débarqués dans le « port sûr » le plus proche.

Pour l’instant, « le bateau est toujours dans les eaux internationales au large de la Libye » même si « nous reprenons la route du nord », a indiqué Sophie Beau, la vice-présidente de l'ONG. Ainsi, Frédéric Penard s'est dit incapable de prévoir quand le navire arrivera sur les côtes françaises « parce que les éléments changent », l'Aquarius étant « toujours susceptible d'être mobilisé » pour une opération de sauvetage en mer. Mais il faut « environ quatre jours », depuis la position actuelle du navire, pour gagner Marseille, a toutefois précisé Francis Vallat, le président de l'ONG en France.

Dernier navire humanitaire en Méditerranée

Aujourd'hui « l'Aquarius est le seul navire civil en Méditerranée centrale, qui est la route maritime la plus mortelle du monde », a par ailleurs fait valoir l’association, avec « plus de 1 250 noyés » depuis le début de l'année. Les autres navires humanitaires, qui étaient encore une dizaine il y a un peu plus d'un an au large de la Libye, ont quitté la zone pour des raisons diverses. Le Lifeline est bloqué à La Valette où les autorités ont ouvert une enquête administrative, tandis que le Iuventa, soupçonné de collusion avec des passeurs, a été saisi par les autorités italiennes en août 2017.

« Non seulement les Européens ne mettent pas en place de mécanisme de sauvetage pérenne, mais ils essaient de détruire la capacité de la société civile à répondre à cette crise en Méditerranée », s'est indignée Assiba Hadj-Sahraoui de MSF. Même si on est loin du pic des arrivées de 2015, la question migratoire divise encore profondément l'Europe, qui cherche à empêcher les départs clandestins. En juin, l'Aquarius avait déjà été au cœur d'une crise diplomatique, après avoir récupéré 630 migrants au large de la Libye, débarqués en Espagne après le refus de l'Italie et de Malte de les accepter. Le scénario s'était répété en août pour 141 migrants débarqués à Malte.

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18 septembre 2018

Affaire Benalla : « Le Sénat apparaît comme le principal contre-pouvoir de notre système présidentialiste »

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Par Olivier Beaud, professeur de droit public à l'Université Panthéon-Assas

Dans le cadre de l’affaire Benalla, la garde des sceaux Nicole Belloubet expliquait dans le « Monde » qu’une commission d’enquête parlementaire ne pouvait pas viser ce qui touchait le président. Un argument contesté dans une tribune par Olivier Beaud, professeur de droit public.

Dans une récente tribune [Le Monde des dimanche 16 et lundi 17 septembre], la garde des sceaux met en doute la compétence de la commission d’enquête parlementaire du Sénat pour traiter de l’affaire Benalla. Mme Belloubet propose une interprétation restrictive du champ d’intervention des commissions d’enquête en se fondant sur la Constitution, sur l’ordonnance du 7 novembre 1958 et sur le principe de la séparation des pouvoirs. Interprétation qu’on peut contester.

La première objection concerne l’argumentation portant sur le cas du chef de l’Etat. La ministre de la justice s’attache à restreindre au maximum la portée des articles 24 et 51-2 de la Constitution en estimant que le président de la République, à la différence du gouvernement, ne pourrait faire l’objet d’un contrôle du Parlement. Elle se fonde donc sur le caractère « bicéphale » (président et gouvernement) du pouvoir exécutif pour affirmer que, à l’évidence, le président n’est pas le gouvernement.

Décalage avec la pratique de la Ve République

Mais une telle interprétation littérale de la Constitution est en décalage complet avec la pratique de la Ve République dans laquelle le président gouverne au mépris de l’article 20, qui attribue au gouvernement la direction de la politique de la nation. Cette interprétation est semblable à celle de François Mitterrand qui, en 1984, dispensa son prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing, d’aller s’expliquer devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale dans l’affaire dite des « avions renifleurs ». Succombant à un bel anachronisme, il invoqua la « tradition parlementaire » des IIIe et IVe Républiques, en vertu de laquelle le chef de l’Etat, irresponsable politiquement, devait être soustrait à tout contrôle du Parlement.

La garde des sceaux invoque également les articles 67 et 68 de la Constitution, dont on peut cependant faire une lecture diamétralement opposée. En effet, le premier article interdit d’imposer au chef de l’Etat de « témoigner » devant « aucune juridiction ou autorité administrative française » (art. 67). Or, une commission d’enquête n’est ni l’une ni l’autre. Par ailleurs, l’article 68, dans sa nouvelle version de 2008, a introduit un embryon de responsabilité politique du chef de l’Etat pouvant conduire à une éventuelle destitution. Il est donc loin d’être évident que l’interprétation de 1984 soit encore valable aujourd’hui.

L’argument le plus contestable de la ministre est celui du principe de séparation des pouvoirs : il offrirait des « garanties procédurales » au chef de l’Etat et à ses collaborateurs, alors que le citoyen y verrait plutôt un privilège de l’exécutif. Un tel principe ne peut plus servir aujourd’hui à empêcher le contrôle parlementaire de l’ensemble des activités de l’exécutif, auquel le président est pleinement agrégé. On semble oublier ici l’autre face de ce principe, la collaboration des pouvoirs, qui fonde le régime parlementaire et permet au Parlement de demander des comptes aux gouvernants.

Rapport de force politique

Enfin, Mme Belloubet s’appuie sur l’article 6 de l’ordonnance de 1958 qui prévoit « qu’il ne peut être créé de commission d’enquête sur des faits ayant donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours ». Or, cette règle n’a pas empêché, dans la pratique, d’avoir des cas où une enquête judiciaire et une enquête parlementaire ont cheminé de concert, sans dommages ni pour l’un ni pour l’autre. Le cas du sang contaminé en est un bel exemple, l’affaire d’Outreau en est un autre. Surtout, si elle était appliquée strictement, une telle règle priverait le Parlement de tout droit à ouvrir ou maintenir une commission d’enquête car il suffirait au pouvoir exécutif, qui contrôle le parquet, de laisser ouvrir une information judiciaire sur un sujet controversé pour faire obstacle au contrôle parlementaire.

« QUAND LES PARLEMENTAIRES APPARTIENNENT À LA MAJORITÉ PRÉSIDENTIELLE, LEUR INTERPRÉTATION DES TEXTES EST, COMME PAR HASARD, DÉFAVORABLE AUX DROITS DU PARLEMENT »

En réalité, la résolution du problème d’interprétation de la Constitution dépend du rapport de force politique. Quand les parlementaires appartiennent à la majorité présidentielle, leur interprétation des textes est, comme par hasard, défavorable aux droits du Parlement. Ainsi, en 1985, Louis Mermaz, président de l’Assemblée nationale, avait sagement obéi à François Mitterrand dans l’affaire des avions renifleurs, comme Henri Emmanuelli, à l’époque de l’affaire Habache (1992) ; tandis qu’en 2009, le bureau de l’Assemblée nationale déclara irrecevable la demande de création d’une commission d’enquête sur les sondages de l’Elysée.

Aujourd’hui, le président du Sénat (Gérard Larcher, LR) et celui de la commission (Philippe Bas, LR) sont plus rétifs : ils interprètent donc les textes en faveur du contrôle parlementaire de l’entourage présidentiel. Avec succès, semble-t-il, puisque ni le secrétaire général de la présidence, Alexis Kohler, ni le directeur de cabinet du président, Patrick Strzoda, n’ont refusé de venir s’expliquer devant la commission, alors même qu’une information judiciaire avait déjà été ouverte.

La garde des sceaux semble d’ailleurs admettre ce rapport de force défavorable lorsqu’elle reconnaît aux seules instances parlementaires le pouvoir « d’apprécier si leurs travaux risquent d’empiéter ou non sur le champ de l’enquête judiciaire ». En effet, il n’y a pas de tiers possible pour résoudre le conflit d’interprétation entre le Sénat et le gouvernement (et le président de la République). On doit même ajouter que le Conseil constitutionnel n’étant pas une cour constitutionnelle, il n’est pas compétent pour trancher les litiges entre organes constitutionnels, ce qui n’est pas plus mal tant sa jurisprudence en matière institutionnelle est contestable.

Dans ce bras de fer entre la présidence de la République et le Sénat, ce dernier aura probablement le dernier mot car nul ne peut le contraindre à céder. Comme du temps du général de Gaulle, le Sénat apparaît ainsi comme le principal contre-pouvoir de notre système présidentialiste. L’éventuel échec du projet de révision constitutionnelle, actuellement pendant, viendra peut-être confirmer cette leçon.

3 février 2016

Ai Wei Wei : la photo qui heurte l'opinion

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L'artiste dissident chinois pose sur une plage de Lesbos, face contre terre, imitant le tristement célèbre cliché du petit Aylan Kurdi. Immobile, face contre terre. Ai Wei Wei pose échoué sur une plage de Lesbos. Le dissident chinois fait référence à la tristement célèbre photo d'Aylan Kurdi, ce petit garçon syrien de trois ans, retrouvé noyé sur une plage de Bodrum, au sud-ouest de la Turquie. Militant de la liberté d'expression et des droits de l'homme, l'artiste s'est engagé aux côtés des réfugiés et les aide comme il peut depuis quelques mois : il veut faire un mémorial pour les migrants à Lesbos où il a déjà installé un studio sur place. Un exemple d'altruisme.

Mais cette fois, l'impétueux va trop loin. Si certains saluent l'engagement de l'artiste, la majorité se trouve choquée par cette image inappropriée. Qu'est ce que ce malaise signifie ? Essayons-nous de ne pas voir la réalité en face, de ne pas réaliser que nous sommes impuissants et indifférents face à cette crise migratoire ? Ou sommes nous simplement choqués par cette image qui pourrait n'être qu'une récupération malsaine, pour assurer à l'artiste une visibilité dans les médias ?

« L'idée est venue spontanément »

Quoi qu'il en soit, le cliché publié par le Washington Post et pris par ­Rohit Chawla, un photographe d'India Today, a fait le tour de la planète. Au micro de CNN, Ai Wei Wei a expliqué : « L'idée est venue spontanément. Le photographe et le journaliste m'ont demandé de poser pour une photo près de la plage de Lesbos, et nous avions parlé de l'image d'Aylan juste avant, donc je l'avais à l'esprit. Vous voyez tellement d'enfants descendre de ces bateaux. Ils sont comme des anges, ils sont les plus vulnérables. Il existe deux mondes, celui des adultes et celui des bébés, et ils ne sont pas connectés. » En septembre dernier, le monde était en émoi face à l'image du jeune réfugié échoué. Quelques mois plus tard, tout est oublié et les noyés de la mer Égée sont relégués au second plan de l'actualité. Cette nouvelle prise de position, sous une forme si controversée, permettra-t-elle une nouvelle mobilisation de la population contre le sort des migrants ? Rien n'est moins sûr.

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En prenant la pose du petit Aylan, Ai Weiwei prend position

Réalisé par un photographe d’India Today, repris partout, le cliché d’Ai Weiwei étendu sur les galets d’une plage de Lesbos (Grèce) suscite depuis sa publication, le 1er février, un flot de réactions. Certaines, indignées, accusent Ai Weiwei de chercher à être en permanence au premier plan de l’actualité. Il l’est, en effet, comme l’est Banksy quand il prend position pour les migrants de Calais. Il l’est parce que c’est là tout l’enjeu de son acte, dont la violence est proportionnée à l’horreur de la situation.

Ai Weiwei pose sur le ventre, comme Aylan Kurdi, l’enfant syrien noyé dans la nuit du 2 septembre 2015 sur une plage turque et dont la photo est devenue immédiatement le symbole des réfugiés. Elle a suscité émoi planétaire, larmes et discours. C’était il y a cinq mois. Et depuis ? On estime à 304 le nombre des enfants morts en Méditerranée au cours des cinq derniers mois lors de semblables naufrages. En janvier, 368 adultes et enfants ont péri. Ai Weiwei aurait-il tort d’en déduire que la photo d’Aylan, passée l’émotion consensuelle, n’a produit que très peu d’effets réels ? Les hommes politiques, touchés par Alyan – ou touchés de sentir leurs populations touchées – ont parlé. Plusieurs ont fait des promesses. Il n’empêche que l’on se noie toujours au large de Lesbos.

14 000 gilets de sauvetage

Aussi Ai Weiwei, qui s’y était rendu fin décembre et avait décidé de créer un mémorial, y est revenu et n’a pas hésité à frapper fort par le scandale. Il l’a fait en connaissance de cause. Il sait que substituer son corps d’adulte un peu âgé au cadavre d’un petit garçon blanc habillé à l’occidentale peut heurter. Mais l’accuser de narcissisme publicitaire, c’est mal poser la question. Artiste mondial, il n’a pas besoin d’un cliché de plus. En se montrant ainsi, il assume, conformément à la logique dans laquelle il s’est engagé en affrontant les autorités chinoises, un usage activiste de la notoriété, comme le font certaines actrices ou acteurs.

Puisque les hommes politiques n’agissent pas, Ai Weiwei ou Banksy interviennent, forts du pouvoir symbolique et médiatique que leurs œuvres leur confèrent. Ce qui fonde ces interventions, c’est l’incapacité ou l’aboulie des hommes politiques. Leur silence, quelques-uns de ceux qui peuvent se faire entendre, parce que leurs noms et leurs visages sont connus du plus grand nombre, le comblent. Ce faisant, ils prennent des risques réels, comme Ai Weiwei, emprisonné dans son pays. Grâce à cette photo gênante, on reparle des réfugiés, et ce n’est pas pour évoquer les viols de Cologne ou les kamikazes de Saint-Denis. Faible progrès ? Aucun n’est négligeable.

Poursuivant dans sa voie, il collecte désormais les gilets de sauvetage abandonnés à Lesbos pour créer à Berlin une œuvre dédiée à cet exode mortel. Selon la municipalité de l’île, qui lui a fait don de 14 000 gilets, « l’œuvre vise à mobiliser la communauté internationale contre le crime commis quotidiennement en mer Egée par les passeurs ».

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12 septembre 2018

La masturbation va-t-elle remplacer le sexe ?

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Par Maïa Mazaurette - Le Monde

Plus disponible, plus efficace, l’onanisme dispose de solides atouts. Mais opposer auto-érotisme et rapport sexuel n’a pas de sens tant les deux sont étroitement imbriqués, relève la chroniqueuse de « La Matinale », Maïa Mazaurette.

En septembre dernier, lors de la Sex Expo de New York, la chroniqueuse (moi) observait avec perplexité deux objets curieusement marketés. Le premier, une vaginette géante couleur bleu électrique, était présentée comme un outil de préparation physique, pour s’entraîner avant de « vrais » rapports. Le second, un vibrateur clitoridien, était vendu comme aide au retour à la sexualité pour les femmes venant d’accoucher. En dépit du fait qu’il s’agissait de stimuler ses parties génitales en solitaire afin d’obtenir des orgasmes, aucun des deux concepteurs n’a voulu admettre qu’il s’agissait d’objets masturbatoires.

De fait, l’onanisme implique encore aujourd’hui un imaginaire d’égoïsme, de misère, d’improductivité… et d’énormes godemichets en plastique rose (si vous en possédez, mettez-les sous vitrine, ils commencent tout juste à être vintage).

Alors que certains semblent ne voir la masturbation nulle part (« je vous jure qu’il s’agit d’un facilitateur pour retour de couches, accessoirement destiné à vous faire grimper aux rideaux »), d’autres voient le vice partout. Selon les adeptes de théories apocalyptiques, nous vivons déjà dans une société de la masturbation. Trop de plaisirs, trop accessibles, trop de narcissisme, trop de laisser-aller, dont on tirera les perspectives attendues : fin du couple, désenchantement du monde, métamorphose en robots sans âme, scotchés à nos sextoys et nos smartphones (s’il existe encore une différence).

Vive les effets de l’interaction

Bon. Mettons les pieds dans le plat. Si la masturbation remplaçait le sexe, serait-ce une si mauvaise nouvelle ? Ne serions-nous pas libérés une bonne fois pour toutes du concept de misère sexuelle ? Si les rapports humains sont trop compliqués, conflictuels et décevants, pourquoi ne pas s’en passer ?

La masturbation dispose en effet de solides atouts : tout d’abord, si on s’en tient à une vision comptable de la sexualité, elle est à la fois plus disponible et plus efficace qu’un rapport interpersonnel. Non seulement nous ne sommes jamais mieux servis que par nous-mêmes, mais nous sommes en libre-service permanent et gratuit (comme la cantine de Facebook). En 2016, le site Cam4 demandait à 8 000 femmes de parler de leurs orgasmes : en termes de plaisir, la masturbation fonctionne mieux que les caresses, les cunnilingus, les pénétrations vaginales ou, tout en bas du classement, les pénétrations anales (à peine un quart d’adeptes en France, contre 70 % d’heureuses branleuses).

Ces jouissances faciles s’expliquent par tout un tas d’excellentes raisons : aucun jugement, aucune obligation de performance, un corps qu’on connaît sur le bout des doigts et, bien entendu, une technique parfaite. C’est peut-être sur ce point que le rapport sexuel classique a du souci à se faire : la masturbation a plus évolué, depuis l’invention du vibrateur, que le missionnaire depuis le temps des cavernes. Qui pourra en outre nous reprocher, en des temps difficiles, un peu d’amour de soi ? La masturbation s’inscrit avec délice dans les prescriptions du body-positivisme, de la bienveillance, du care. Et puis c’est sûr qu’en restant dans sa chambre, on prend moins le risque de tomber sur des pervers narcissiques.

Dans ces conditions, pourquoi faire encore l’amour ? Eh bien, parce que sur les 142 raisons documentées qui nous poussent au crime de fornication (Archives of Sexual Behavior, juillet 2007), la très grande majorité n’a rien à voir avec des questions de plaisir physique, de soulagement ou de confort. Ce sont au contraire les effets de l’interaction qui sont prioritairement recherchés, avec une réjouissante amplitude de motivations. Ces dernières s’étendent de la peur d’être abandonné à la recherche de bénéfices financiers, en passant par la manipulation ou la très compréhensible envie d’exaspérer ses parents.

Le jour où une masturbation sera capable de vous prodiguer une augmentation ou une demande en mariage, d’impressionner vos amis ou de dire merci à votre maîtresse, nous pourrons comparer ce qui est comparable.

Espace de partage et de bienveillance

Mais bien sûr, tout cela n’a de sens qu’en opposant masturbation et rapport sexuel, un raccourci qui nous emmènerait droit dans le mur. Notre propre corps ne cesse pas d’exister au moment où nous ouvrons nos draps à un partenaire : il existe toujours une part de masturbation dans un rapport sexuel, qui peut être plus ou moins assumée, comme le montrent les questions angoissées des internautes sur certains forums (« J’ai l’impression qu’il se masturbe sur moi »). Même lors du missionnaire le plus basique, est-on toujours ensemble ? Ne pense-t-on jamais à autre chose, à une autre personne… ou à rien ?

A l’inverse, est-on jamais seul/e quand on se masturbe ? Si on se caresse en imaginant son patron, peut-on parler de rapport interpersonnel unilatéral ? Si le patron est au courant que vous fantasmez sur ses fesses velues, parce que vous le lui avez signifié par texto, vidéo et télégramme, et qu’il vous demande de continuer mais à plat ventre, est-ce encore strictement de la masturbation ? Et si le patron se situe dans la pièce ?

Comment peut-on circonscrire la masturbation à une activité solitaire, quand on peut être masturbé/e par quelqu’un ? Comment peut-on la limiter à une histoire de plaisir égoïste, quand elle s’inscrit dans le cadre de rapports de pouvoir, de frustration ou d’exhibition entre adultes consentants (pensez au juteux business des cam girls, qui s’adonnent à l’auto-érotisme contre paiement, devant la caméra de leur ordinateur) ?

Le proche futur devrait continuer de brouiller les cartes puisque les teledildonics, ces sextoys à distance dont le concept existe depuis 1975 (ça ne nous rajeunit pas), permettent à des couples séparés de faire l’amour en simultané (dans le cas d’un rapport hétérosexuel, imaginez un godemichet et une vaginette interconnectés, répercutant mutuellement les informations ayant trait à la vigueur d’un coup de rein où à la vibration d’un orgasme).

L’ARGUMENT D’UNE MASTURBATION TRIOMPHANTE COMME PREUVE DE L’INDIVIDUALISME CONTEMPORAIN NE TIENT PAS LA ROUTE

Jusqu’à la semaine dernière, le plein déploiement de cette technologie restait entravé par une sombre histoire de propriété intellectuelle abusive, mais le brevet vient de tomber. Vous ne devriez donc pas tarder à entendre vos voisins ahaner même quand madame est en voyage d’affaires au Tadjikistan (si l’impatience vous consume, pensez aux versions déjà existantes des teledildonics, comme l’œuf télécommandé).

Du coup, l’argument d’une masturbation triomphante comme preuve (rayez les mentions inutiles) de l’individualisme contemporain, de l’incapacité à aimer, d’un hédonisme forcené, d’une immaturité rampante, du réchauffement climatique, ne tient pas la route. Justement parce qu’elle déborde du cadre étroit qui lui était assigné, la masturbation rend cette distinction privé/public obsolète. Peut-être, effectivement, nous transformons-nous en créatures égocentriques. Mais si la masturbation, dans le même mouvement, devient un espace de partage et de bienveillance, aura-t-on réellement perdu au change ?

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24 août 2018

EXPOSITION DE LA COLLECTION PINAULT - RENNES (vu hier)

UNE EXPOSITION EXCEPTIONNELLE

Visitez l'Exposition de la Collection Pinault "Debout !" jusqu'au dimanche 9 septembre 2018, un événement incontournable à vivre en exclusivité cet été à Rennes ! Une exposition exceptionnelle au Couvent des Jacobins et au Musée des Beaux-Arts, avec une soixantaine d'oeuvres issues de l'une des plus importantes collection d'art contemporain au monde, dont une grande partie n'avait jamais été exposée au public. Une vingtaine d'artistes à la renommée internationale tels que Maurizio Cattelan, Marlene Dumas, Bertrand Lavier ou Thomas Schütte sont exposés.

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Couvent des Jacobins et au Musée des Beaux-Arts

Une soixantaine d’œuvres d’art de la collection du businessman breton François Pinault sont à découvrir jusqu’au 9 septembre, essentiellement au couvent des Jacobins. « Beaucoup d’entre elles ont été créées à la suite d’un événement qui a changé le cours d’une vie, celle de l’artiste, ou celle d’un tiers, mais aussi, parfois, celui de l’humanité tout entière », explique la commissaire de l’exposition Caroline Bourgeois. Les œuvres choisies renvoient le visiteur à sa capacité à se tenir « Debout » dans l’épreuve. Le parcours s’ouvre par des thèmes d’actualité tels que l’immigration, les conditions de travail ou encore la colonisation. Un ensemble de sculptures traverse, ensuite, l’histoire du XXe siècle et ses guerres, en particulier. Maurizio Cattelan fera partie des artistes à la réputation internationale représentés au couvent : on se souvient de son œuvre « Nona Ora » où Jean-Paul II était frappé par une météorite.

Autre pointure, Marlene Dumas, artiste originaire d’Afrique du Sud, dont les dessins et toiles explorent des thèmes comme la sexualité ou le racisme. Le Français Bertrand Lavier détourne les objets du quotidien dans ses ready-made. Le sculpteur allemand Thomas Schütte s’est fait connaître pour ses « têtes d’expressions » monumentales. On peut aussi découvrir de jeunes artistes qui montent comme le Brésilien Lucas Arruda.

Deux créations sont réalisées spécialement pour l’exposition : les nouveaux tableaux de Vincent Gicquel, peintre breton dont les tons pastels accentuent la mélancolie et l’installation spécifique de la dessinatrice Tatiana sur les « Dessouvenus », ces personnes qui ont perdu la mémoire, au musée des Beaux-Arts de Rennes.

 

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22 mars 2014

TWITTER interdit en Turquie.....

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