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Jours tranquilles à Paris
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2 novembre 2020

Mieux vaut se préparer à un Noël sous restrictions

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Faut-il déjà se faire à l’idée d’un Noël tristounet, privé de retrouvailles en famille autour du sapin ? Le Premier ministre, Jean Castex, invité, dimanche soir, du 20 heures de TF1, n’a rien dit en ce sens, mais les voyants sont au rouge et d’autres ont tiré la sonnette d’alarme pour lui.

Castex : « La priorité, c’est la protection de la santé de nos concitoyens »Avec 46 290 nouveaux cas de contamination et 231 décès enregistrés à l’hôpital en 24 heures, la situation épidémique continue de se dégrader en France et d’aucuns doutent d’une embellie d’ici à début décembre, première échéance fixée par le gouvernement, après « un point d’étape dans 15 jours », pour réévaluer la situation et, en cas d’amélioration, progressivement lever le confinement.

Jean Castex ne s’est pas engagé sur ce terrain miné, dimanche, déclarant de façon lapidaire que « nous devrons vraisemblablement gérer [cette crise sanitaire] dans la durée ». Le chef du gouvernement a appelé les Français à la responsabilité : « Mieux vous respecterez les règles (éviter les interactions sociales, adopter les gestes barrières, porter le masque y compris chez soi), plus vite nous pourrons sortir. »

Noël « ne sera pas une fête normale », prévient Olivier Véran

Noël « ne sera pas une fête normale » cette année et « il est difficile d’envisager de grandes soirées » pour le réveillon du 31 décembre, a prévenu le ministre de la Santé, Olivier Véran, qui espère toutefois que les conditions permettront « aux familles de se retrouver ». « Si le freinage est réussi » grâce à un confinement respecté, « le nombre de contaminations pourrait baisser dans les prochains jours, entraînant dans deux semaines une baisse des nouveaux cas graves », a ajouté Olivier Véran dans un entretien au Journal du dimanche.

Deux mois de confinement pourraient être nécessaires

Le Pr Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique qui guide le gouvernement, a averti que le nombre d’hospitalisations et d’entrées en service de réanimation « va grimper » au cours des prochains jours. « On ne peut pas l’empêcher », puis cela « va redescendre, revenir là où on en est aujourd’hui dans à peu près un mois », a-t-il ajouté lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. Selon lui, il faudrait deux mois de confinement pour freiner drastiquement la circulation du virus, ce qui prolongerait les restrictions à la période des fêtes de fin d’année.

Une projection de 6 000 patients en réanimation à la mi-novembre

Les projections de l’Institut Pasteur évaluent, quant à elles, à 6 000 le nombre de patients en réanimation vers la mi-novembre. Santé publique France recensait 3 569 malades de la covid-19 en soins intensifs dimanche, soit 289 de plus que la veille.

Lors du premier confinement, le taux de reproduction du virus (« R », nombre de nouvelles personnes infectées par chaque cas positif) était descendu à 0,7.

Si le nouveau confinement a un « impact similaire », 5 710 malades (entre 5 400 et 6 020) de la covid-19 pourraient être hospitalisés en réanimation lors d’un pic épidémique qui surviendrait vers la mi-novembre, selon les modélisations de l’Institut Pasteur, qu’utilise le Conseil scientifique. Mais les nouvelles mesures entrées en vigueur vendredi étant « moins contraignantes », les chercheurs ont élaboré d’autres scénarios avec des taux de reproduction allant jusqu’à 1,2 (contre plus de 1,3 actuellement). Situation dans laquelle le nombre de patients en réanimation pourrait atteindre, mi-novembre, plus de 6 600 (entre 6 300 et 7 050), pour grimper autour de 8 600 (entre 8 200 et 9 100) lors du pic épidémique, décalé de quelques semaines. Toutefois, « je pense qu’on aura un taux de reproduction de base qui sera probablement entre 0,8 et 0,9 plutôt que 1,2 », ce qui conduirait à un pic autour de 6 000 lits, a indiqué Simon Cauchemez, un des auteurs de l’étude. Source : Le Télégramme

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1 novembre 2020

À quoi ressemble la Normandie idéale de David Hockney ?

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Cela va faire bientôt deux ans que David Hockney a posé ses valises en pleine campagne normande. Tombé amoureux de cette région française, l'artiste britannique de 83 ans en fait le sujet principal de ses dernières peintures, dont une sélection est exposée jusqu'au 23 décembre à la galerie Lelong & Co.

Par Matthieu Jacquet .

Dans les prés, l’herbe est verte fluo et les toits des maisons rouges vif. Parsemés de petits traits bleu clair, les ciels vibrent aux vagues d'une peinture qui n’est pas sans rappeler les paysages d’un Vincent Van Gogh ou des artistes pointillistes. Derrière ces tableaux colorés, une émotion apparaît : celle ressentie par le peintre britannique David Hockney envers sa région d’adoption, la Normandie, pour laquelle il s'est pris d’affection il y a maintenant deux ans. Après un premier séjour à Honfleur, l’homme de 83 ans décide de poser ses valises dans la campagne normande en mars 2019 pour y aménager son atelier. Dès lors, la région ne cesse de féconder son inspiration picturale, lui soufflant aussi bien les panoramas de ses étendues vertes, les couleurs chatoyantes de ses arbres fruitiers et de ses parterres de fleurs ou encore les lignes graphiques de ses demeures à colombages.

Puis arrive le confinement. Limité à son atelier et ses alentours, l’artiste vivant le plus cher au monde traduit à l’acrylique sur toile, mais également au doigt sur son iPad, toute la beauté de la nature à la lumière du printemps, comme pour contrebalancer le contexte anxiogène qui domine ce début d’année. David Hockney publie même dans divers médias une lettre ouverte adressée à son amie Ruth Mackenzie, directrice artistique du théâtre du Châtelet. Si cette missive pouvait de prime abord sembler personnelle, elle révèle en réalité un véritable message d’amour destiné à la France et à la Normandie. C’est là tout l’enjeu de la nouvelle exposition consacrée à l’artiste par la galerie Lelong & Co. Jusqu’au 23 décembre, celle-ci présente onze peintures inédites de l’artiste ainsi qu'une série d'impressions sur papier représentant toutes cet environnement qui lui est si cher, où triomphent son regard poétique et contemplatif sur une nature silencieuse appelant le recueillement. Et comme l'énième célébration de cet amour sincère, la galerie édite un catalogue à cette occasion.

David Hockney, “Ma Normandie”, jusqu’au 23 octobre à la galerie Lelong & Co, Paris 8e.

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22 octobre 2020

Le Pape François et les couples gays...

pape françois

Le pape François a défendu, mercredi, le droit des couples gays, « enfants de Dieu », de vivre au sein d’une « union civile » qui les protège légalement.

« Les personnes homosexuelles ont le droit d’être en famille. Ce sont des enfants de Dieu, elles ont le droit à une famille », a déclaré le souverain pontife argentin, dans un documentaire présenté, mercredi, à la Fête du cinéma de Rome. « Ce qu’il faut, c’est une loi d’union civile, elles ont le droit à être couvertes légalement. J’ai défendu cela », a-t-il souligné dans ce documentaire intitulé « Francesco » et réalisé par Evgeny Afineevsky.

Déjà en tant qu’archevêque de Buenos Aires

Depuis son élection comme pape, François avait déjà évoqué à plusieurs reprises, sans la rejeter, la notion d’unions civiles pour les personnes de même sexe.

Selon son biographe Austen Ivereigh, Jorge Bergoglio, le futur pape, avait aussi défendu le bien-fondé de cette protection légale lorsqu’il était encore archevêque de Buenos Aires, dans le contexte d’un débat animé, en 2010, dans son pays sur la légalisation des mariages gays.

Dans le documentaire dévoilé mercredi, il plaide toutefois avec une force inédite et une plus grande liberté de ton en faveur de ce type d’unions civiles.

Ses déclarations en espagnol font suite, dans le film, au témoignage d’un homosexuel catholique, père de trois enfants, qui lui a demandé dans une lettre s’ils devaient fréquenter son église. Le pape l’a ensuite appelé au téléphone pour lui conseiller d’être transparent sur son choix de vie dans sa paroisse et d’y amener ses enfants.

Le souverain pontife a fait preuve d’ouverture envers les homosexuels, en affirmant régulièrement qu’ils doivent être accueillis avec respect dans les paroisses catholiques et en conseillant aux parents de ne pas les rejeter. Il reste toutefois fermement opposé à leur « mariage ».

21 octobre 2020

Arabie Saoudite - Affaire Khashoggi : un procès intenté contre le prince ben Salmane aux États-Unis

affaire khashoggi

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

La fiancée du journaliste saoudien et une organisation de défense des droits de l’homme ont intenté ce 20 octobre une action devant la justice américaine contre le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane. Ce dernier est accusé d’avoir ordonné en 2018 l’assassinat de Khashoggi, qui plaidait en faveur de réformes démocratiques dans le monde arabe.

La fiancée de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, et une organisation de défense des droits de l’homme que le journaliste avait fondée peu avant sa mort ont décidé d’accuser formellement le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (surnommé MBS) “d’avoir ordonné le meurtre de Khashoggi”, rapporte le Washington Post.

Dans un procès intenté devant la justice fédérale ce mardi 20 octobre à Washington, Hatice Cengiz et l’association Democracy for the Arab World Now (Dawn) ont en effet allégué que Khashoggi avait été torturé, assassiné et démembré “conformément à une directive de Mohammed ben Salmane”.

Selon le quotidien de la capitale américaine, le prince héritier saoudien et une vingtaine de suspects sont accusés d’avoir perçu “les actions de Khashoggi aux États-Unis comme une menace existentielle pour leurs intérêts financiers” et, en conséquence, d’avoir “conspiré” pour “faire taire définitivement” le journaliste, qui plaidait en faveur de réformes démocratiques dans le monde arabe.

Les avocats d’Hatice Cengiz et de l’association Dawn ont déclaré que leur objectif était de faire en sorte qu’un tribunal américain tienne MBS “responsable du meurtre de Khashoggi” et obtienne des documents “qui révèlent la vérité”, précise le Washington Post.

Jamal Khashoggi a été tué le 2 octobre 2018, après s’être rendu au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul pour obtenir des documents afin de se marier. Dans les mois précédant cette visite, il avait écrit des articles pour le Washington Post critiquant sévèrement le prince héritier ben Salmane, “qui dirige effectivement l’Arabie Saoudite et qui a mené une sévère répression contre ses rivaux et dissidents”, note le journal américain.

La CIA a conclu en 2018 que MBS avait ordonné l’assassinat de Khashoggi, qui avait été révélé pour la première fois par le gouvernement turc.

Un juge américain est-il compétent ?

Selon le Washington Post, le travail de Khashoggi aux États-Unis est essentiel “au succès ou à l’échec du procès”, qui doit établir que les événements de tout complot menant à sa mort se sont produits sur le territoire américain et “qu’un juge américain est compétent”.

Les dirigeants étrangers bénéficient généralement d’une immunité contre les poursuites devant les tribunaux américains pendant leur mandat, mais selon les avocats des plaignants, cités par le quotidien, le prince héritier n’est “ni chef d’État ni chef du gouvernement saoudien”.

L’action en justice contre ben Salmane a en outre été engagée en vertu d’une loi de 1991 appelée Torture Victim Protection Act. Et cette dernière prévoit des recours devant les tribunaux américains pour les victimes de “violations flagrantes des droits de l’homme”, y compris la torture et les exécutions sommaires à l’étranger.

18 octobre 2020

Début du couvre-feu : « On se croirait dans un film, sauf que ce n’est pas du cinéma »

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Par Laurie Moniez, Lille, correspondance, Gilles Rof, Marseille, correspondant, Richard Schittly, Lyon, correspondant, Sylvia Zappi, Nicolas Chapuis, Marie-Béatrice Baudet - Le Monde

Paris et huit métropoles de l’Hexagone se sont pliées, samedi, à l’obligation de couvre-feu, une situation que la capitale n’avait pas connue depuis 1961.

Le père et le fils se tiennent debout place Saint-Michel, à Paris, au cœur de ce Quartier latin si souvent embrasé par la fièvre du samedi soir. Tous deux attendent, tous deux observent et jettent de temps en temps un coup d’œil à l’horloge située à quelques mètres plus loin sur le quai de Seine. Il est 20 h 40. « C’est le premier jour du couvre-feu, c’est un événement, on veut être là, on habite juste à côté, on aura le temps de rentrer… », déclare fièrement le père.

Plus que vingt minutes à tenir et soudain, la vie s’accélère comme dans un vieux film de Charlot. Les commerces baissent rideau, les garçons de café se dépêchent de rentrer les terrasses, les passants hâtent le pas. Il est bientôt l’heure. Tic-tac, tic-tac. Quelque 20 millions de Français ont désormais l’obligation de rester chez eux entre 21 heures et 6 heures du matin afin de contenir la deuxième vague de Covid-19, comme leur a expliqué le gouvernement. Et oui, ils ont obéi et suivi les consignes.

20 h 43. La ville de Saint-Denis semble déjà endormie. La rue Gabriel-Péri, principale artère de la ville s’est dépeuplée. Même les portes du « 129 », un kebab célèbre dans tout le département de cette banlieue populaire sont fermées. D’habitude, des jeunes venus de tout le « 93 » y font la queue. Le trottoir, ce soir, est désert.

20 h 45. Paris, du côté de Beaubourg. Samuel termine de ranger des tables à l’intérieur du café où il travaille depuis dix ans. Il râle, on l’entend s’énerver. « Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Allez, je vais faire l’hypocrite. Vous voyez, je ferme, je respecte cette formidable loi, et tout va bien… » Mais lutter contre le Covid-19, c’est fondamental non ? « Je vais vous dire une chose et une seule : j’espère que l’avenir va donner raison au gouvernement parce que sinon, pour nous, les cafés et les restaurants, le prix à payer va être très lourd. »

« Difficile de dîner en regardant sa montre »

20 h 48. A Lyon, Frédérique, 50 ans, est attablée avec deux couples d’amis au restaurant corse « A Cantina », dans le quartier de l’Hôtel de ville. C’est bientôt l’heure de partir. Les cinq convives ont calculé leur temps de trajet. Ils se montrent prudents.

« Cela fait partie de notre quotidien maintenant, on doit s’adapter, cela risque de durer », explique Dominique ; ses amis acquiescent. Une trentaine de clients sont répartis dans les salles très cosy de l’établissement. « D’habitude le samedi, on en accueille quatre fois plus, on sert environ 120 couverts, mais c’est difficile de dîner ici en regardant sa montre », confie le jeune patron Garry Blaisonneau, 32 ans, tandis qu’il prépare des fiches de dérogation pour que ses douze employés puissent regagner leur domicile sans problème. « Les clients, témoigne Steve, l’un des serveurs, consomment différemment. Ils nous demandent de choisir à leur place pour gagner du temps. »

La fermeture approche. « Mesdames, messieurs, ici la police, il reste dix minutes. Attention au compte à rebours », lance haut et fort Garry. Eclats de rire dans le restaurant. Dehors, des passants courent en direction du métro comme s’ils voulaient éviter un orage. « On se croirait dans un film au temps de la prohibition, s’amuse le restaurateur, sauf que ce n’est pas du cinéma. »

20 h 50. Karim, grand Marseillais élégant, hésite à suivre la petite centaine de protestataires opposés au couvre-feu qui se dirigent vers la préfecture des Bouches-du-Rhône en empruntant la rue Saint-Ferréol, à l’angle de la Canebière. « Je buvais un verre sur une terrasse avec des amis. Et quand ça a commencé à fermer, j’ai suivi la manifestation. Sur le fond, je suis d’accord avec eux, mais je ne vais pas prendre de risques et me retrouver avec une amende à 135 euros. J’ai ma redevance télé à payer », s’amuse le jeune homme de 20 ans, en repartant sagement vers son domicile. Le défilé n’ira pas très loin. C’est un acte de rébellion fugitif et festif sans conséquences.

20 h 55. Jonathan, 33 ans et Teva, 35 ans, sortent du Bloempot. Ce restaurant est une véritable institution lilloise. Situé rue des Bouchers, sa carte propose du maquereau en gravlax et des cèpes fermentés accompagnés d’escargots de Comines. Au Bloempot, c’est toute la richesse du terroir des Flandres qui est magnifié. Ici, on est « locavore », tous les produits viennent de petits fournisseurs du coin.

« Je vais finir à servir le thé comme chez la reine d’Angleterre »

Jonathan et Teva ont le sourire, le dîner fut délicieux. Mais en cuisine, les visages sont graves. Le chef Florent Ladeyn est désabusé. « En mars, quand il y a eu le confinement, on s’est battu, on s’est adapté et puis dès juin, on a vu des établissements qui ne respectaient rien, aucune règle de distanciation sociale. On a compris que cela allait péter de nouveau ». Dès dimanche, Florent Ladeyn va devoir mettre sa vingtaine de salariés en chômage partiel. « On a fait notre part, mais là… Pourquoi des boîtes comme Uber peuvent continuer ? Est-ce qu’on a demandé aux grandes surfaces de désinfecter leurs articles, d’agrandir leurs rayons ou de porter des gants ? », soupire-t-il.

21 heures. Place Saint-Michel, les taxis pris d’assaut détalent. Des retardataires inquiets de la présence de six cars de gendarmerie mobile garés le long de la Seine accélèrent le pas, les cyclistes appuient à fond sur les pédales de leur Vélib’. Papa et fiston, les deux badauds du début de soirée, sont rentrés chez eux. Le gérant d’un des cafés de la place éteint les dernières lumières : « D’habitude, je ferme à 1 heure du matin, puis on m’a demandé de terminer à 22 heures, puis maintenant 21 heures… Je vais finir à servir le thé comme chez la reine d’Angleterre », se désole-t-il.

21 h 20. Paris, quartier Château-Rouge, près de la gare du Nord. « Qu’est-ce que vous faites là ? Vous devriez être rentré chez vous… », lance à un passant la commissaire divisionnaire Emmanuelle Oster. L’homme dégaine une attestation. « Parfait », répond la patronne des policiers du 18e arrondissement. Un deuxième homme qui rentre du travail n’a pas eu le temps de télécharger son attestation. Les agents le laissent repartir après quelques secondes. « On va faire preuve de discernement ce soir mais la pédagogie ne peut pas durer trop longtemps », explique la gradée.

21 h 50. A Saint-Denis, les tramways circulent presque à vide. D’une fenêtre de la rue de la République, près de la halle du marché, on entend des rires et des éclats de voix. Des jeunes font la fête et écoutent un tube de Cheb Khaled. Le son n’est pas très fort mais dans la rue désertée, le refrain résonne comme si le son était décuplé.

22 heures. Marseille est calme, très calme. « Je tiens à remercier les professionnels qui ont parfaitement respecté l’heure prévue. Et merci à la population qui a suivi la règle », salue le préfet de police Emmanuel Barbe sur le Vieux-Port. « On préférerait se concentrer sur autre chose, mais il faut le faire car c’est la priorité de la nation ». En début de soirée, les forces de l’ordre avaient eu peur. Autour du stade Vélodrome où l’OM affrontait Bordeaux à huis clos, les supporteurs avaient accompagné leur équipe dans un halo de fumigènes.

Un curieux ballet

22 h 30. Paris est vide. Dans les rues, les SDF s’apprêtent à survivre une nuit de plus. Sophie, une Américaine dort depuis trois ans en face de l’ancien palais de justice, île de la Cité. Elle ne se plaint pas, montre son masque et dit « qu’elle refuse d’aller dans un refuge car elle est sûre d’y attraper le virus ».

Paris est vide et commence alors un curieux ballet. Les livreurs de sushi et de pizza ont pris possession du bitume. Ils zigzaguent, écoutent de la musique à fond, heureux de rouler en toute liberté. Ils ont beaucoup de travail ce soir, confie Ali qui porte sur son dos un lourd sac réfrigéré fluorescent.

A Paris, les lumières aux fenêtres sont allumées. Les restaurants sont fermés mais la nuit ne fait que commencer. Faire la fête jusqu’à six heures du matin ? « Ben, oui, comme on fait d’habitude », expliquaient en début de soirée dans le métro Lola et deux de ses copines qui venaient d’acheter à elles trois neuf litres de bière pour tenir toute la nuit. Plus sages, Louis, Bastien et Julien, rencontrés avant 21 heures imaginaient plutôt une soirée pyjama pour respecter ce premier soir de couvre-feu.

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18 octobre 2020

MORBIHAN : les plages et sentiers côtiers interdits d'accès de 21 h à 6 h

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« Entre 21 et 6 h, je ne vois pas ce que nous ferions sur les chemins côtiers… Un bon bain, mais un peu frais quand même ! On touche le fond là. » Cette réaction d’un de nos lecteurs donne le ton : les internautes sont plus que sceptiques après l’annonce par la préfecture du Morbihan que les plages et sentiers côtiers sont désormais interdits d’accès de 21 h à 6 h du matin, une mesure qui a pris effet samedi.

D’autres y voient « une mesure liberticide et démesurée ». La plupart se demandent qui va se promener à ces heures-là.

Face à cette avalanche de réactions, les services préfectoraux ont décidé d’apporter des précisions immédiatement, alors qu’ils avaient initialement prévu de ne communiquer que lundi matin, lors d’un Facebook live du préfet, Patrice Faure.

Pour empêcher les rassemblements festifs

« Cette mesure est destinée à empêcher les rassemblements festifs, musicaux, dansants, dans ces lieux et sur la période énoncée, car ils favorisent la circulation du virus, justifie ainsi la préfecture. La mesure est notamment mise en place en relation avec la période de vacances scolaires qui s’ouvre. Des rassemblements de ce type ont déjà été constatés par le passé et pourraient se produire de nouveau, même si la période de la Toussaint y est moins propice. Ce phénomène pourrait également intervenir du fait de la fermeture actuelle de certains lieux festifs nocturnes ».

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15 octobre 2020

Au Japon, les transgenres toujours victimes de discriminations

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Par Philippe Pons - Le Monde

Si le travestissement a longtemps nourri la littérature et le théâtre, le pays continue de faire subir d’anachroniques préjudices à l’égard des minorités sexuelles.

LETTRE DE TOKYO

Le succès du film Midnight Swan (« Le cygne de minuit ») actuellement au Japon braque les projecteurs sur un sujet socialement délicat : les préjudices dont sont victimes les transgenres dans l’Archipel. Réalisé par Eiji Uchida, il est à l’affiche dans plus d’une centaine de salles à travers le pays et attire un public particulièrement jeune.

La notoriété du cinéaste, qui réalisa Love and Other Cults (2017), et surtout de l’acteur principal, Tsuyoshi Kusanagi qui fut la star du célèbre groupe de J-pop, SMAP, n’est pas pour rien dans ce succès qui s’explique aussi par le phénomène « genderless danshi » − les garçons (danshi) sans-genre − actuellement dans l’air du temps.

Avec leur look androgyne, les adolescents des quartiers branchés cherchent à conjurer la masculinité que la société attend d’eux : le « garçon sans genre » peut être hétéro, gay, bi ou indifférent. La plupart ignorent ce qu’il en coûte d’aller au-delà et de se dérober aux normes imposées par la société pour devenir transgenre. « J’ai cherché à mettre en lumière la discrimination dont sont victimes les transgenres. Aucune loi ne condamne cet ostracisme social en particulier pour trouver du travail », explique le réalisateur Eiji Uchida.

Bien que les transgenres soient devenus plus visibles dans la société japonaise où les minorités sexuelles LGBTQ (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queers) sont mieux acceptées, le film montre les préjudices qu’ils subissent toujours. Ils sont souvent contraints de quitter leur famille, où leurs penchants sont condamnés, pour aller travailler dans le monde du divertissement (bars, cabarets) à défaut de pouvoir trouver une autre occupation.

Une longue et riche tradition de travestissement

C’est le cas du personnage principal de Midnight Swan, Nagisa, jeune transgenre qui travaille dans un cabaret du quartier chaud de Shinjuku à Tokyo. Nagisa va recueillir Ichika une petite fille, lointaine parente, maltraitée par sa mère. La petite fille n’a qu’un rêve : devenir ballerine. Attendrie et se découvrant un instinct maternel, Nagisa cherche un travail en dehors du monde de la nuit pour financer les cours de danse de celle-ci mais sa quête se heurte aux portes fermées des entreprises. Avec son état civil qui reste celui d’un homme, elle cherche désespérément à être acceptée comme une femme.

La transidentité est chargée d’ambiguïté au Japon. D’un côté, la société paraît bienveillante pour les transsexuels et travestis (baptisés new half) qui participent à de nombreuses émissions de télévision grand public mais, de l’autre, elle les cantonne dans un certain rôle, dans le divertissement. Le Japon qui ne reconnaît pas le mariage entre personnes du même sexe confine les transgenres aux marges.

L’Archipel a pourtant une longue et riche tradition de travestissement. Au théâtre : du kabuki, où des hommes interprètent des rôles de femmes, à la fameuse troupe de Takarazuka, dont les actrices jouent des rôles d’hommes. Jouer sur le genre a longtemps fait partie des divertissements populaires lors de fêtes religieuses ou scolaires et cela figure en bonne place dans la littérature depuis Si on les échangeait. Le Genji travesti, récit anonyme de la fin du XIIe siècle (Les Belles lettres). Dans le Japon moderne, des mangas pour filles ont souvent pour héros des garçons à l’apparence androgyne.

Mais, dans l’ordre social du Japon moderne, le transsexualisme doit rester du domaine de l’imaginaire. Dans le monde de la nuit, la tolérance pour la diversité sexuelle est pourtant bien réelle : le quartier de Shinjuku, l’un des plus animés de la capitale, est « un univers très ouvert avec sa multitude de repaires gays, lesbiens, transgenres », explique Junko Mitsuhashi, transsexuelle chargée de cours à l’université Meiji et autrice d’une histoire du travestissement (non traduit).

« Violations des droits humains »

En revanche, pour pénétrer le monde de l’entreprise, l’état civil doit correspondre à l’apparence. Pour changer d’état civil, la procédure est lourde : un psychologue doit certifier que la personne présente un « trouble d’identité sexuelle ». Puis, cette dernière devra subir une intervention chirurgicale de stérilisation (en France le changement d’état civil a été démédicalisé en 2016).

Certains se résolvent à contrecœur à cette mutilation − et n’en sont souvent pas plus heureux par la suite comme en témoignent des suicides. En 2019, l’ONG Human Rights Watch a appelé le Japon à mettre fin à « ces interventions longues, coûteuses, invasives et irréversibles », assimilées à des « violations des droits humains ».

Depuis les années 2000, le mouvement LGBTQ a gagné du terrain. Les études de genre représentent en outre une part importante de la production académique en histoire, littérature et sociologie, souligne Aline Henninger (Des recherches sur la question féminine aux études queer : un tournant épistémologique, Cipango, n° 22, 2015).

Longtemps, les préférences sexuelles ont été vécues au Japon comme relevant du « jardin secret » et des fantasmes, sans que personne éprouve le besoin de se revendiquer de telle ou telle minorité sexuelle. Une perception qui peut expliquer que l’Archipel soit réceptif aux approches queer chez ceux et celles qui refusent d’être assignés à une catégorie.

15 octobre 2020

Covid-19 : Emmanuel Macron choisit le couvre-feu pour tenter d’endiguer la deuxième vague

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Par Delphine Roucaute, Olivier Faye, Alexandre Lemarié - Le Monde

Lors d’un entretien télévisé mercredi, le président de la République a jugé qu’un reconfinement général du pays « serait disproportionné ».

La France s’apprête à replonger en apnée « au moins jusqu’à l’été 2021 ». Voilà le message qu’est venu annoncer Emmanuel Macron à ses concitoyens, mercredi 14 octobre, alors que l’épidémie de coronavirus retrouve selon les termes du chef de l’Etat une « situation préoccupante » sur le territoire national, avec près de 20 000 nouveaux cas déclarés par jour et une occupation à 32 % des services de réanimation dans les hôpitaux par des patients atteints du Covid-19. « Nos soignants sont très fatigués (…) Nous n’avons pas de lits en réserve », a-t-il prévenu, alors que le virus s’est répandu sur l’ensemble du pays, empêchant ainsi des transferts de malades entre les régions.

Le temps de l’insouciance, qui s’était ouvert durant l’été – M. Macron avait lui-même évoqué une « sortie de crise », le 14 juillet – est désormais clos. « Nous sommes dans la deuxième vague. Le virus recircule très vite en Europe et dans notre pays », a alerté le locataire de l’Elysée, lors d’un entretien sur TF1 et France 2. Ce qui l’amène, comme en Allemagne ou en Espagne, à imposer des mesures restrictives.

Pour « freiner la diffusion du virus », et ainsi « reprendre le contrôle », le président de la République a annoncé qu’un couvre-feu sera mis en place à partir de samedi, entre 21 heures et 6 heures, en Ile-de-France et dans huit métropoles : Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse et Saint-Etienne.

Cette mesure de privation de liberté doit durer au moins quatre semaines. Si le Parlement l’autorise, le chef de l’Etat souhaite l’étendre sur six semaines, soit jusqu’au 1er décembre. Des dérogations seront possibles, uniquement dans certains cas, comme les travailleurs de nuit. En cas de non-respect du couvre-feu, des amendes de 135 euros seront délivrées ; elles pourront s’élever à 1 500 euros en cas de récidive.

Pas question de mettre totalement le pays à l’arrêt

Alors que l’instauration du couvre-feu a fait débat jusqu’au sein même du gouvernement, Emmanuel Macron a justifié cette mesure par la nécessité de « réduire les moments de convivialité » privés, qui sont « des vecteurs d’accélération du virus », tout en permettant la continuité de la vie économique, sociale et éducative.

Les écoles, lycées et universités resteront ouverts, a-t-il souligné. Pas question de mettre totalement le pays à l’arrêt, comme ce fut le cas lors de la première vague. A l’heure actuelle, « reconfiner le pays serait disproportionné », a estimé M. Macron, qui veut à tout prix éviter de recourir à cette extrémité, aux conséquences jugées désastreuses.

En parallèle, le gouvernement a toutefois rétabli par décret lors du conseil des ministres l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du pays, qui lui permet de disposer d’un cadre juridique afin d’adapter les restrictions dans les mois à venir, allant jusqu’au confinement. Manière de se garder une marge de manœuvre, au cas où. « Si l’on ne veut pas devoir prendre des mesures plus dures, il faut respecter les règles », a d’ailleurs mis en garde le chef de l’Etat. Son objectif étant de revenir à une situation de 3 000 à 5 000 nouveaux cas par jour et à 10 %-15 % de lits en service de réanimation occupés par des malades du Covid-19.

Pour autant, Emmanuel Macron n’a pas interdit aux Français de partir en vacances à la Toussaint. Malgré les restrictions en vigueur, les déplacements entre les régions ne seront pas réduits, a-t-il indiqué. Une injonction contradictoire, en apparence, que le chef de l’Etat a assortie d’une recommandation appuyée, en demandant aux vacanciers de respecter scrupuleusement les gestes barrières lors de leurs déplacements pour ne pas propager le virus. En particulier lors des réunions de famille ou entre amis, durant lesquelles il a appelé à ne pas se rassembler à plus de six personnes. Une sorte de « en même temps » entre la préservation de certaines libertés et l’instauration de restrictions. Une stratégie résumée en une formule : « On n‘infantilise pas, on responsabilise. »

StopCovid, « ça n’a pas marché »

Autre nouveauté : Emmanuel Macron s’est converti au mea culpa. Sur la stratégie en matière de dépistage, d’abord – près de 1,4 million de tests sont réalisés chaque semaine en France. « On a rencontré de vraies difficultés », a reconnu le chef de l’Etat, alors que les files d’attente se sont allongées devant les laboratoires d’analyse médicale pendant des semaines et que les délais pour obtenir un résultat excèdent parfois cinq ou six jours. « Nous allons rentrer dans une stratégie où on va pouvoir réduire drastiquement les délais », a-t-il promis.

Pour mieux suivre l’évolution du virus sur le territoire, l’exécutif veut miser sur les tests antigéniques, annoncés depuis septembre par le ministre de la santé, Olivier Véran, mais qui sont encore à l’état d’expérimentation. M. Macron a aussi évoqué un possible recours aux autotests, sur lesquels la Haute Autorité de santé ne s’est pas encore prononcée, contrairement aux tests antigéniques, dont les modalités du déploiement sur le territoire devraient être annoncées prochainement.

Le chef de l’Etat a par ailleurs reconnu l’échec de l’application StopCovid lancée dans la foulée du déconfinement pour permettre de repérer les cas contacts de personnes positives au Covid-19. « Ça n’a pas marché », a-t-il assumé à propos de cet outil qui, avec seulement 2,6 millions de téléchargements depuis juin, « a été beaucoup moins téléchargé » que dans les autres pays européens.

Une nouvelle application, baptisée « Tous anti-Covid », doit voir le jour le 22 octobre, a annoncé le président de la République, et devrait fournir à ses utilisateurs des informations quotidiennes sur l’état de la pandémie ainsi que sur les lieux où se faire tester. Une manière, veut croire M. Macron, de contribuer à sa popularité, en espérant que les Français l’activent lorsqu’ils se trouveront dans des lieux fréquentés par du public comme les restaurants.

Une crise « inégalitaire »

Durement touchés par les nouvelles règles de couvre-feu, ces derniers pourront bénéficier, à l’image d’autres secteurs d’activité tels que l’événementiel ou le monde de la culture, de « dispositifs de soutien supplémentaires », a avancé le chef de l’Etat, notamment à travers le recours au chômage partiel ou l’accès au fond de solidarité pour les entreprises. Ce qui n’a pas empêché les fédérations professionnelles du secteur hôtellerie-cafés-restauration (HCR) de déplorer « une fermeture déguisée » de leurs établissements.

Les entreprises pourront par ailleurs proposer « deux à trois jours de télétravail par semaine » à leurs employés, a suggéré M. Macron, pour « réduire un peu la pression collective », mais pas à temps plein. On a « besoin d’échanger avec les collègues de travail », a justifié l’ancien ministre de l’économie. Un satisfecit pour le Medef. La branche parisienne de l’organisation patronale avait alerté sur le fait qu’un télétravail à 100 % pourrait aggraver la crise économique et « fragiliser encore les entreprises ».

Accusé par ses contempteurs de mener une « politique antisociale », Emmanuel Macron, enfin, a rejeté l’idée soumise, entre autres, par le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, d’augmenter le revenu de solidarité active (RSA) et d’étendre son versement aux jeunes âgés de 18 à 25 ans. A la place, le locataire de l’Elysée a annoncé le versement durant les six semaines du couvre-feu d’une « aide exceptionnelle » de 150 euros par personne, plus 100 euros par enfant, pour tous les allocataires du RSA et des aides aux logements (APL).

« Je préfère cette aide exceptionnelle massive plutôt qu’une transformation de nos minima sociaux », a défendu M. Macron face à cette crise « inégalitaire », a-t-il reconnu, pour les plus précaires. « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 », a-t-il déploré, reconnaissant le « sacrifice terrible » vécu par cette génération, qui voit ses études et sa vie sociale entravée par la crise sanitaire, et son entrée sur le marché du travail compliquée par la crise économique.

Présenter un profil rassembleur

Tout au long des quarante-cinq minutes d’entretien, Emmanuel Macron s’est attaché à se montrer concret et précis, à l’image de son ancien premier ministre, Edouard Philippe, et il a assumé le terme de « couvre-feu », après avoir hésité en mars à prononcer celui de « confinement ». Le chef de l’Etat sait que la clarté et la pédagogie peuvent se révéler essentielles pour faire accepter aux Français de nouvelles mesures de restrictions de liberté, alors qu’une partie de l’opposition met en garde face à un risque de « jacquerie ».

Depuis la rentrée, la stratégie de l’exécutif apparaissait aux yeux de beaucoup comme étant trop fluctuante. De la même manière, M. Macron a tenu à faire savoir que les élus locaux des métropoles concernées par le couvre-feu avaient été prévenus en amont de cette initiative. « Je vais demander à nos maires de nous proposer des plans de prévention », a-t-il ajouté. Une façon d’inclure les collectivités. Pas question de rééditer l’épisode de la bronca des élus marseillais, le 23 septembre, suite à la fermeture des bars et des restaurants.

Au moment où le pays affronte une crise multiforme, le chef de l’Etat s’est également efforcé de présenter un profil rassembleur. « Nous nous en sortirons les uns et les autres », a-t-il déclaré, en appelant les Français à « être une nation de citoyens solidaires ». Comme s’il s’agissait de se poser en père de la nation, à un an et demi de l’élection présidentielle.

11 octobre 2020

AURAY - Exposition : « Expressions VII ». Chapelle du Saint-Esprit - Place du Four Mollet.

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Organisée par Auray Pays d’artistes, sur le thème : « Il se passe quelque chose ! », vingt artistes de l’association présentent leurs œuvres. Cette expo est ponctuée d’animations musicales, théâtrales et de danses.

Samedi 3 octobre, à 18 h 30 : Hélène Bass, violoncelliste (animation déjà passée); vendredi 9, à 18 h 30 : groupe Tenn Ar Zing (jazz manouche) (animation déjà passée)  ; samedi 10 et dimanche 11, à 18 h 30 : Maria-Maï Matrat (danse « Une éclipse de papillon ») ; vendredi 16, à 18 h 30 : Les Cabaniers (théâtre) ; samedi 17, à 18 h 30 : Loïc Goubé (saxophoniste, musique improvisée) ; vendredi 23 octobre, à 18 h : Troupe des Crazys Mélodies (chorale déjantée) ; samedi 24, à 18 h 30 : animation musicale avec Arnaud Leclerc (musique espagnole). Ouvert à tous. Entrée libre.

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10 octobre 2020

Russie : La mystérieuse disparition de la maîtresse de Vladimir Poutine

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L’ex-championne de gymnastique rythmique et maîtresse de Vladimir Poutine, Alina Kabaeva, n’a pas été vue en public depuis deux ans. Extrême discrétion ou disparition ?

La mystérieuse disparition de la maîtresse de Vladimir Poutine

La symbolique est significative ; Vladimir Poutine s’est marié en 1983, la même année où Alina Kabaeva est née. Quand elle voit le jour à Tachkent, en République Socialiste Soviétique d'Ouzbékistan, le futur président russe est alors un agent du KGB. Ce n’est que 17 ans plus tard qu’ils se rencontrent. Alina Kabaeva, devenue championne de gymnastique rythmique, est surnommée « la femme la plus souple de Russie » et pour cause, elle est médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Sydney et d’or à Athènes. Lui est déjà président de la Fédération russe. Si 31 ans les séparent, le pouvoir l’attire, elle ; la jeunesse l’attire, lui.

D’une femme à une autre

Peu importe s’il est marié à Lioudmila Alexandrovna Chkrebneva, ancienne hôtesse de l’air licenciée de lettres, épousée à l’époque pour qu’il puisse être envoyé par les services russes en mission à l’extérieur. Sa femme reste discrète, n’apparaît que très peu en public. On leur prête une relation froide ; la Première dame vivrait, sans lui, dans une résidence officielle près de Sotchi. D’autres rumeurs évoquent un enfermement en hôpital psychiatrique. Mais c’est de l’histoire ancienne. Vladimir Poutine a annoncé leur séparation après 30 ans de mariage en juin 2013. Son ex-femme vivrait désormais dans une immense demeure à 6 millions d'euros près de Biarritz, avec son nouveau compagnon, un jeune homme d’affaires de vingt ans son cadet, Artur Ocheretny.

Le néo-tsar s’occupe toutefois de ses deux filles, Maria et Yekaterina, 35 et 34 ans, elles aussi faisant de très rares apparitions publiques. Inscrites à la faculté de Saint-Pétersbourg, elles n’ont toutefois jamais été vues sur le campus. Elles vivraient sous de fausses identités, cachées par leur père, qui a déclaré le 11 août avoir injecté le vaccin contre le coronavirus à l’une d’elle, sans mentionner son nom. En juin dernier, des photos d’elles avaient été partagées sur les réseaux sociaux, rendant fou le Kremlin.

 

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Vladimir Poutine et Alina Kabaeva à Moscou en novembre 2004.

La politique et les enfants

Vladimir Poutine, lui, vivrait son idylle à l’abri des regards avec l’ancienne championne de gymnastique, dont les médias russes ne parlent pas, même si c’est un secret de polichinelle ; et si d’aventure le sujet est abordé par la presse, la censure s’applique. C’est ce qui est arrivé au Moskovki Korrespondent, forcé à fermer boutique après avoir publié un article sur cette relation amoureuse. Le journal officiel russe, la Pravda, parle évidemment d’un « mythe », d’une « intox ». Le principal intéressé avait lui déclaré à l’époque : « J'ai toujours eu un sentiment négatif à l'égard de ceux qui, avec leur nez rempli de morve et leurs fantasmes érotiques, s'ingèrent dans la vie des autres ».

Soupçonnée de dopage et suspendue en 2001, Alina Kabaeva s’est reconvertie en femme politique en 2007, élue à la Douma (le parlement russe) sur une liste du parti « Russie Unie » de Vladimir Poutine. La championne s’est spécialisée en politique jeunesse, devenant vice-présidente de la commission. En 2014, elle quitte ses fonctions et rejoint la holding National Media Groupe, possédant plusieurs médias et chargée de signer un contrat avec la plateforme américaine de streaming Netflix.

L'ex-gymnaste serait également la mère de deux enfants : un petit garçon en 2008 et une petite fille en 2013. Si elle a gardé secret l’identité du père, à la naissance de sa fille, Vladimir Poutine avait disparu pendant onze jours, sans explication. Elle a nié dans le Vogue russe en 2011 (dont elle faisait la Une en robe Balmain) que le petit garçon souvent présent avec elle était son fils, précisant que c’était son neveu ; ce que son ancienne coach et amie Irina Viner avait infirmé.

Des jumeaux et une disparition

En 2019, alors âgée de 36 ans, Alina Kabaeva aurait accouché de deux jumeaux au centre hospitalier Koulakov de Moscou. Pour assurer sa discrétion, le FSO (service chargé de la protection des hauts fonctionnaires) aurait été mobilisé, le quatrième étage évacué, la moitié du personnel médical mis en congé et les visites extérieures interdites. Elle n’a pas été vue depuis 2018, quand on l’annonçait enceinte de deux mois.

Vladimir Poutine l’aurait-il fait disparaître ? Peu probable. L’a-t-il protégée en la sortant des radars ? Probablement. Le dirigeant russe est un control freak au sujet de sa vie privée. Sans doute a-t-il voulu protéger les deux petits jumeaux comme il avait protégé ses deux filles ; ce qui montre la complexité de l’homme, accusé d’avoir empoisonné son opposant Alexeï Navalny, agissant en même temps, comme un papa poule en privé.

8 octobre 2020

Erdogan : un sultan insultant

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Les carnetsd’Anna Cabana

Les ambitions du président turc, Erdogan, semblent sans limites. Ce « nouveau sultan » manie l’insulte avec fougue, en particulier à l’adresse de son homologue français, Emmanuel Macron.

Depuis les disparitions de feu Idi Amin Dada et du colonel Kadhafi, on avait un peu perdu l’habitude de l’insulte comme figure usitée des relations internationales. Certes, avec de nouveaux personnages comme Trump ou Bolsonaro, et avec le rôle politique et diplomatique désormais des réseaux sociaux, on a vu fleurir des noms d’oiseau entre chefs d’État et de gouvernement.

Mais il y a un personnage qui semble se distinguer en la matière, sur le fond comme sur la forme : Monsieur Erdogan.

Le « nouveau sultan » rêve à voix haute d’une reconstitution de l’empire ottoman avec pour moteur le nationalisme turc et le fondamentalisme islamiste. Il a illustré par deux fois, cette semaine, cette ambition singulière.

D’abord, en appuyant sans se cacher beaucoup, les menées de l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh en provoquant ainsi un conflit militaire avec l’Arménie.

Ensuite, en réagissant très vertement au discours d’Emmanuel Macron de vendredi dernier aux Mureaux sur ce que l’on appelle maintenant « la lutte contre le séparatisme ». Quel fut le tort de Macron, selon Erdogan ? « Les propos de Macron qui a dit que l’islam est en crise dans une ville où les musulmans sont majoritaires sont plus que de l’irrespect. C’est une provocation claire ». Diable !

Cela en dit long sur sa stratégie

Si l’on comprend bien, la souveraineté d’un pays et la possibilité pour son chef de s’exprimer trouveraient des limites dans la composition religieuse de la population des lieux où il s’exprime !

Erdogan ne pouvait pas dire plus clairement que, selon lui, l’islam n’est pas discutable et encore moins dans une commune où il est majoritaire. On imagine que le raisonnement ne serait pas réversible dans une commune de Turquie où une autre religion que l’islam serait majoritaire. Mais surtout, cela en dit long sur la stratégie du sultan qui considère, en particulier, que la diaspora turque forme des îlots de souveraineté turque dans les pays d’implantation, comme en Allemagne ou en France. Cela justifierait l’exercice de droits d’influence et de contrôle de l’État turc en territoire étranger.

Le plus étonnant, dans tout cela, est que l’ire du sultan s’adresse au chef d’État occidental qui a fait le plus pour essayer de dialoguer avec lui. Et d’ailleurs, Macron et Erdogan avaient eu un dialogue téléphonique peu avant le discours des Mureaux.

On n’avait jamais vu ça

Puis, l’insulte a surgi, accompagnée du tutoiement. « Je m’adresse depuis la Turquie au président français Emmanuel Macron. Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale. Personne ne fait attention à toi. Tu as encore un côté amateur, commence par remédier à cela. Lorsqu’il s’agit de fanfaronner, tu sais très bien faire. Etc. » De mémoire de chancellerie, on n’avait jamais vu ça !

Macron s’efforce de ne pas être sur le même registre. Mais n’en pense pas moins. Et ça se voit ! Et ça agace le sultan qui en remet une cuillère régulièrement. « Qui es-tu pour parler de structurer l’islam ? » « C’est de l’insolence et c’est dépasser les bornes » a-t-il ajouté, cette semaine.

Alors, faut-il s’inquiéter d’être la tête de Turc des Ottomans ? C’est l’équation que devra résoudre Macron. Erdogan a dit du Président français : « Notre attente est de le voir agir comme un homme d’État et non comme un gouverneur colonial ». On serait en droit d’attendre que le Président turc se comporte en homme d’État et non comme un sultan insultant.

14 septembre 2020

Marie-Ange Casta prend sa douche en couverture de Lui

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Ce mois-ci, c'est Marie-Ange Casta qui fait la une du magazine masculin. La petite soeur de Laetitia Casta pose intégralement nue mais couverte de bijoux sous sa douche, un minuscule bandeau noir pour dissimuler ses tétons. A 25 ans, la jeune maman succède à son illustre aînée, qui a fait le bonheur des lecteurs de Lui pour son numéro double de décembre 2014/janvier 2015, elle-aussi nue avec des mi-bas et des escarpins rutilants.

La séduisante Marie-Ange Casta marche dans les pas de sa soeur dans tous les domaines.

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Après avoir réussi à se faire un prénom dans l'industrie de la mode, la bombe aux yeux clairs et aux mensurations parfaites a décidé de se lancer au cinéma. On a pu la voir dans le thriller Mineurs 27, face à la caméra de Jalil Lespert dans Des Vents contraires, ou sur Canal + dans la série Lascars. Et comme sa soeur, elle travaille son image glamour et n'a pas peur de la nudité.

6 avril 2013

"La maison d'os" avec Pierre Richard de Roland Dubillard, mis en scène par Anne-Laure Liégeois

vz_8aecb54e_8f68_4eb1_af0b_379d3d05486dPleine comme un oeuf, La Maison d'os est un corps humain habité de frémissements, d'inquiétudes et de fêtes. Des mots, balancés comme des balles, repris, échangés, qui filent comme des étoiles dans des courants d'air frais. Ça vivifie. Tout un monde habité par un homme, le Maître. Lui-même habité par un monde. Plus qu'une oeuvre, La Maison d'os est un rêve à traverser, une expérience de féerie théâtrale. C'est un corps de théâtre explosé de tours de magie, d'explosions du langage qui consolent du monde inexplicable. En 1962, après Naïves hirondelles et Amédée, Dubillard signe une oeuvre à mille entrées, pleine de portes, d'alcôves, de canalisations, et de génie. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse, après, moi, sans mon squelette ?

Le Saviez-vous?

Couronné de Molières, du Grand Prix de l'Académie Française, du prix des Poètes ou de la SACD, Roland Dubillard signe à l'automne 2011 son plus mauvais coup : l'auteur des Diablogues meurt le 14 décembre. Quelques mois plus tôt, du vivant du bonhomme, Anne-Laure Liégeois avait choisi de mettre en scène La Maison d'os. Pierre Richard acceptait le rôle monstre du Maître. Et Jean-Michel Ribes programmait la pièce au Rond-Point, dix ans après le festival qui lui avait été consacré.

Auteur : Roland Dubillard

Artistes : Sharif Andoura, Sébastien Bravard, Olivier Dutilloy, Agnès Pontier, Pierre Richard

Metteur en scène : Anne-Laure Liégeois

Vu mercredi 3 avril. Ma note : 4/10. Je n'ai pas accroché....

4 avril 2013

LE JEUDI 04 AVRIL, FEMEN APPELLE À UNE JOURNÉE INTERNATIONALE DU DJIHAD TOPLESS !

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Le Jeudi 04 Avril, nous appelons le monde entier à se réunir devant les ambassades tunisiennes.

Venez à midi, torses nus, avec vos slogans sur le corps et vos bannières, exiger la liberté d'Amina.

Parce qu'elle a posté une photo d'elle topless sur internet, elle est maintenant séquestrée par sa famille qui la coupe de tous moyens de communication et l'abrutit à coup de médicaments.

Malgré cela, Amina continue à soutenir Femen et à dire qu'elle ne regrette absolument rien.

Amina est un symbole de liberté pour toutes les femmes.

Son acte courageux agit sur nous comme une piqûre de rappel après qu'Aliaa El Mahdy ait été contrainte à quitter son pays après avoir posté une photo d'elle nue sur internet.

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3 mars 2019

En matière de sexualité, mieux vaut être riche et bien portant

Par Maïa Mazaurette - Le Monde

Maïa Mazaurette, chroniqueuse de « La Matinale », décortique un sondage sur la sexualité des Françaises qui tend à montrer des différences de pratiques selon les milieux sociaux.

LE SEXE SELON MAÏA

Nos pratiques sexuelles trahissent-elles notre origine sociale ? Pour François Kraus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’IFOP, qui vient de publier un sondage sur la sexualité des Françaises (on y revient dans un instant), les choses sont claires : « Plus les femmes ont un capital social et culturel élevé, plus elles semblent en mesure de s’affranchir des normes de genre qui tendent à leur imposer une vision conjugale, passive et “pénétrative” du plaisir féminin, et par là [plus elles sont] aptes à avoir un rapport plus actif, hédoniste et autonome à leur sexualité. »

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De fait, l’idée qu’il existe des sexualités d’« en haut » ou d’« en bas » marque notre imaginaire depuis longtemps. Elle attise tous les fantasmes sur les pratiques sexuelles très privées et libertines des puissants ou l’existence d’un pseudo-lobby gay ; la pornographie s’en nourrit (la grande bourgeoise dépravée du Déclic de Manara ou des productions des studios Marc Dorcel…)

Evidemment, les choses sont plus compliquées que ça : si nous imaginons une transgression sexuelle plus importante chez les privilégiés, c’est parce que nous percevons leurs codes comme plus rigides. Mais n’oublions pas que cette fascination est partagée : pendant que les pauvres fantasment des parties fines dans les beaux quartiers, les riches fantasment une sexualité « d’en-bas » plus authentique et, disons-le, plus brutale (Catherine Millet s’encanaillant avec de parfaits inconnus, les tournantes, le stéréotype de la « racaille » dans la pornographie).

Le contraire serait d’ailleurs étonnant : notre culture érotise les rapports de pouvoir depuis toujours. Mais là où ça devient intéressant, c’est quand on sort des représentations. En l’occurrence, la dernière enquête de IFOP-Elle sur la sexualité des Françaises, publiée mi-février et réalisée en ligne auprès d’un échantillon de 1 000 femmes, révèle l’ampleur de la disparité des pratiques évoquée par François Kraus.

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Extension du domaine de la jouissance

Commençons par les chiffres : les femmes des classes sociales supérieures sont celles qui se masturbent le plus (85 % des cadres et des professions intellectuelles, contre 61 % des ouvrières), qui regardent le plus de pornographie (62 % contre 34 %), qui utilisent le plus de sextoys (58 % contre 42 %), qui connaissent le mieux leurs zones érogènes (à égalité avec les professions intermédiaires), qui pratiquent le plus les caresses hors pénétration, et le plus de fellations. Elles ne considèrent pas forcément l’orgasme comme un marqueur de la relation sexuelle réussie – une extension du domaine de la jouissance qui permet de bénéficier d’une plus grande amplitude dans le répertoire.

Ces femmes cadres ou de professions supérieures sont plus actives dans leur sexualité : un tiers a déjà pénétré analement son partenaire (si l’homogamie est respectée, cela signifie que les hommes privilégiés sont aussi les plus disposés à remettre en cause les stéréotypes pénétrant/pénétré : leur masculinité n’est pas menacée par leur prostate).

Le cliché d’une haute société dévergondée serait-il justifié ? C’est en tout cas dans ces milieux qu’on trouvera le moins de femmes susceptibles de vivre avec quelqu’un sans rapports charnels. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles soient prêtes à tout, indistinctement. Au contraire.

Prenons les pratiques anales : les femmes des classes supérieures acceptent une stimulation par la langue ou une pénétration digitale, mais elles sont moins susceptibles d’accepter la sodomie que les femmes employées ou des professions intermédiaires (49 %, contre 58 % et 54 %). Parmi les luxes dont elles bénéficient, il y a donc celui, crucial, qui consiste à pouvoir poser ses limites (cela n’est pas un jugement moral : la plupart des femmes ont mal pendant une sodomie).

Le temps et l’argent

Ce contrôle se traduit aussi dans le choix des partenaires : 89 % des privilégiées pourraient s’afficher avec un homme de dix ans plus jeune, pour seulement 76 % des employées. L’émancipation concerne enfin le rapport au corps, qui se conforme moins aux codes pornographiques : 18 % des classes supérieures s’épilent intégralement, mais un tiers des femmes moins favorisées.

Le niveau d’éducation joue également : 10 % des non-bachelières disent ne pas connaître leurs zones érogènes, pour seulement 3 % dans le reste de la population. Si le capital financier est lié au capital social, éducatif et sexuel, c’est que ces aspects sont généralement interdépendants.

Comment comprendre ces disparités de classe ? Tout d’abord, les femmes privilégiées disposent du temps et de l’argent nécessaires pour s’approprier leur vie sexuelle (comme un loisir et non comme un devoir conjugal). Elles peuvent s’adonner aux rêveries érotiques, s’acheter des accessoires, se rendre physiquement et mentalement disponibles, soigner leur apparence et leur santé.

De nombreuses études montrent que le confort a une influence indéniable sur le désir féminin : une heure de sommeil en plus, c’est 14 % de libido supplémentaire le lendemain (Journal of Sexual Medicine, mai 2015). Mieux vaut donc disposer d’aides à domicile, d’une chambre pour dormir (sans les enfants), et d’un environnement calme.

Ni damnés de la Terre ni élus à vie

Même chose pour l’accès à une nutrition de qualité : moins de calories, c’est moins de libido (Jama Internal Medicine, juin 2017). Les plus pauvres, sociologiquement, mangent plus gras ? Damned, ce ne sont pas les « bonnes » calories : en effet, si la minceur n’a pas d’influence sur le fonctionnement sexuel, les femmes en surpoids ont tendance à avoir moins de rapports, et moins de désir (Menopause, novembre 2015). Et puisque nous sommes au rayon santé, n’oublions pas que la pratique d’un exercice physique est corrélée à une meilleure satisfaction sexuelle (Sexual Medicine Reviews, octobre 2018).

Est-ce à dire qu’il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade, même en matière de sexualité ? En attendant le Grand Soir, inutile de nier l’évidence… oui, ça peut aider. Mais sans nier l’existence et la persistance d’inégalités, sans tout faire reposer sur la responsabilité individuelle au détriment d’une analyse structurelle, la conversation ne devrait pas s’arrêter à un constat fataliste. La plupart des privilèges sexuels ne coûtent pas un centime. Aucun ne demande de doctorat.

Tout le monde peut se masturber, tout le monde peut étendre son répertoire sexuel, tout le monde peut mieux communiquer. Les ressources sont gratuites et disponibles sur Internet (pour peu qu’on ait une connexion et le temps nécessaire à la curiosité). Il n’y a ni damnés de la Terre ni élus à vie.

L’égalité des chances n’est pas parfaite ? Certes. Mais l’ascenseur social fonctionne toujours mieux en sexualité que dans les autres domaines. Quant aux pratiques requérant l’insertion de cuillers en argent dans des orifices, soyons rassurés : elles restent minoritaires.

9 mai 2016

PHOTOGRAPHIE : les images impudiques d’Araki au Musée Guimet

Les ligotages du photographe Araki, qui saucissonne dans ses images des femmes plus ou moins dévêtues, sont célèbres. Mais saviez-vous qu’ils ne s’inspirent pas tant du bondage sexuel que du kinbaku, un art martial japonais remontant au XVe siècle ? Voici, entre autres, ce que l’on apprend au Musée Guimet, spécialiste des arts asiatiques, qui présente une rétrospective du photographe japonais en retraçant les racines historiques de son œuvre – estampes érotiques, photos de fleurs. Une exposition touffue, où les images déroulent la vie du photographe sans pudeur : le sexe, l’amour, mais aussi la mort, qui fait comme un point d’orgue à l’exposition. Claire Guillot

Musée national des arts asiatiques - Guimet, 6, place d’Iéna, Paris 16e. Du mercredi au lundi, de 10 heures à 18 heures, fermé le mardi. De 7 € à 9,50 €. Jusqu’au 5 septembre.

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28 avril 2016

SULFUREUX ET BOULEVERSANT ARAKI AU MUSÉE GUIMET

Le musée Guimet présente la première exposition rétrospective en France consacrée à Nobuyoshi Araki, figure majeure de la photographie contemporaine japonaise, connu principalement pour ses séries dédiées à l’art du kinbaku, communément (et à tort) appelé bondage en France. Sa production, incommensurable, révèle pourtant bien d’autres trésors.  «La photographie est la vie, le quotidien est un art » nous dit le photographe, mais le spectre de la mort semble planer sur bien des clichés, nous présentant une image de l’artiste diamétralement opposée au simple photographe de femmes ligotées.

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Des cimaises peuplées de livres, une bibliothèque dans l’espace d’exposition : toute la production d’Araki pourrait être contenue dans ces quelques cinq cents ouvrages présentés chronologiquement, par date de publication. Toute la production ou presque, les tirages d’Araki entre 1965 et 2016 se comptent par milliers,voire millions. Personne ne s’est encore aventuré à inventorier son oeuvre, dont les ouvrages exposés ici ouvrent un large panorama.

Bibliothèque

Araki avant tout, se destine à produire des livres, déclenche l’obturateur de son appareil pour imprimer ses clichés sur le papier par la suite. L’art de la mise en page et du graphisme viennent ensuite s’apposer sur celui de la photographie, pour offrir une vaste palette d’ouvrages aux apparences bien différentes. De la couverture la plus tape à l’oeil, aux couleurs saturées, jusqu’aux simples pétales monochromes sur les ouvrages les plus sobres, quand Araki ne photographie pas, il édite. Quelques pages s’ouvrent alors, quelques 400 clichés s’échappent de cette production pour s’afficher sur les cimaises des salles suivantes : l’exposition peut débuter.

Yoko mon amour

Et si la première salle de l’exposition,  Fleurs de vie,  présentait en réalité la production au caractère le plus érotique de l’artiste ? C’est un festival de couleurs, une scénographie qui présente certes, un désordre ordonné, mais un accrochage explosif, comme si ces clichés de fleurs faisaient écho au Hanabi, ces fleurs de feu, ces feux d’artifices qui envahissent le ciel japonais pour se refléter dans les eaux nocturnes les soirs d’été. Des fleurs qui s’ouvrent au visiteur, dans une frontalité et une symétrie presque mathématiques qui évoquent instinctivement l’organe sexuel dans l’attente du butinement. Le cadrage extrêmement serré, ne permet à aucun moment de deviner où le cliché fût pris : les bourgeons, les pétales ne se détachent que d’un simple fond uni, presque artificiel. Le temps de cette rétrospective, le musée Guimet accueille sans aucun doute de très nombreuses Origine(s) du monde.

Dans la salle suivante, le monochrome s’impose sur la couleur, la sobriété contraste avec l’accrochage plus libertaire de la première salle. « La photographie c’est la vie. Et la vie est un voyage sentimental » dit Araki.

Yoko, mon amour marque un véritable temps fort de l’exposition, l’un des plus marquants et qui laisse une empreinte dont on ne pourra se défaire dans les salles suivantes : celui de la lune de miel d’Araki avec son épouse, Yoko, qu’il a aimé, et qu’il ne put retenir quand la maladie l’emporta en 1990. Cette série de photos, présentée telle une frise, incarne toute une bribe de souvenirs. La figure apaisée de Yoko assoupie sur une barque, les draps défaits au lever du jour, un chat sur un balcon, des flocons de neige saturés par le déclenchement d’un flash. Des moments les plus sacrés aux plus anodins, ils cristallisent ces souvenirs et cette histoire dont l’artiste ne se détachera jamais. Yoko apparaîtra en robe de mariée, parfois nue, souriante, impassible, jusqu’a plongée dans un profond sommeil, recouvertes de fleurs qui n’ont cette fois plus qu’une couleur, celle du deuil et du recueillement. Les jours suivants sa mort, Araki dirigea son objectif vers le ciel. Et il l’immortalisera durant cinquante année de sa vie, ce ciel qui n’est pas un et qui revêt un manteau différent selon le moment vécu. Qu’importe sa teinte, il restera indissociable de Yoko.

Cordes et âmes

Lors de sa rencontre avec Jérôme Neutres, l’artiste nuance : « Le bondage n’est pas la même chose que le kinbaku. Au Japon, la technique du kinbaku à sa source dans le hojôjutsu, l’art martial du ligotage, une technique ancestrale. L’esprit du kinbaku est donc différent de celui du bondage, car quand on parle de bondage, cela sonne comme une mode »

Des photographies de corps suspendus, tendus, comme s’ils étaient parfois sur le point d’imploser, mettent à l’honneur la production la plus populaire d’Araki. Mais à ces corps torturés, en apparence, s’opposent l’expression des visages de ces femmes, impassibles, qui restent reines de la situation malgré la multitude de noeuds qui rendent tout mouvement impossible. Elles ne sont pas soumises. Elle expriment ni souffrance, ni extase : seulement un regard imperturbable, qui se détourne parfois du spectateur ou le fixe frontalement, comme une provocation ou un défi. Si Araki s’est vanté d’avoir couché avec tous ses modèles avant chaque cliché, l’esthétique prédomine avant tout sur la pratique du kinbaku et l’acte sexuel. Tout est mise en scène, tout est jeu, crée et immortalisé par l’artiste lui même : « La photographie impose une relation avec le sujet »  précise-t-il.

Ces séries se présentent comme un détournement de cet art ancestral japonais, cet art lui même qui détourne la photographie chez Araki. La photographie prend sa source dans le kinbaku qui ligote les gens. Le déclenchement de l’obturateur les mets en boîte.

Être en boîte, c’est parfois l’impression que peut ressentir tout visiteur au sein de l’espace des expositions temporaires du musée Guimet, qui pèche par son manque de lumière zénithale et sa superficie limitée. L’agence japonaise A to Y, en charge de la scénographie de l’exposition, réussit toutefois à contourner ce problème en optant pour de larges perspectives tracées par de hautes cimaises blanches. Une mise en espace graphique pour une oeuvre qui l’est tout autant, le défi est relevé pour la conception de l’espace de cette exposition.

Retour vers le passé

Jérôme Ghesquière, responsable des collections photographique du musée Guimet, propose dans son essai et dans l’exposition, un face à face inédit entre la production photographique d’Araki et le Japon ancestral, dans lequel il prendrait sa source. De nombreuses photographiques datant de l’ère Meiji sortirent ainsi des fonds photographiques du musée, pour tracer un parallèle thématique et esthétique avec l’oeuvre d’Araki. Chrysanthèmes sur fond neutre, jeunes femmes dénudées mises en scène, prisonnier ligotés selon l’art du Kinbaku, ses clichés du XIXè siècle ancrent la production d’Araki dans la création ancestrale japonaise, et la suite de l’exposition tend à aller bien au delà du pays du soleil levant.

Quand il ne photographie pas dans une chambre d’hôtel, le photographe arpente les rues japonaises, et immortalise tout ce qui l’entoure, à un rythme frénétique. Toiles d’araignées de lignes électriques caractéristiques des ruelles japonaises, enfants jouant au pas de course, terrain d’herbe en proie à l’urbanisme tokyoïte grandissant : Araki cherche à abolir toutes les frontières qui peuvent être établies entre l’art et la vie. S’il considère la photographie comme la vie, certains approchent alors sa production des années 60-80 du mouvement fluxus. Un visage bien loin de l’unique photographe à femmes ligotées que le visiteur pouvait avoir en franchissant la première salle de l’exposition.

Technicolor

À la manière des colorations des photographies de l’ère Meiji, où les couleurs sont apposées sur les épreuves monochromes, Araki se présente parfois comme photographe calligraphe, ou peintre photographe. À ses modèles monochromes, il superpose de gros aplats de couleurs brutes, qui ne se contentent pas de colorer les images mais bien de leur conférer toute une puissance expressive. La danse d’un modèle est ainsi accompagnée de grandes vagues de couleurs verticales, projetées de gauche à droite. L’une, plus mélancolique, émerge d’un noir profond, nuancé par un rouge vif qui semble répondre à ce regard perdu au loin. Un ciel, encore, qui se teinte d’un ton doré, rappelant peut être des temps meilleurs.

Sur certains clichés imprégnés de l’esthétique kinbaku, il trace au pinceau et à l’encre de chine des caractères japonais qui jouent souvent avec le modèle représenté. L’éloge de l’ombre de Jun’ichirô Tanizaki se voit ainsi détourné en Élogesdes poils lubriques, dans un cliché plus qu’évocateur. Du détournement de maximes fondamentales du bouddhisme aux recueils de haïkus du début du XXè siècle, c’est tout un pan de la littérature japonaise qui se retrouve détourné dans cette série de photo calligraphiées.

Tokyo Tombeau

Série inédite produite pour l’exposition, Tokyo Tombeau se présente comme la conclusion bouleversante de la retrospective d’un homme aux mille visages, qui, à l’instar d’un Hokusai qui se définissait comme un vieux fou de dessin, se définit lui-même comme un Shakyô rôjin, un vieux fou de la photo. Plus qu’une conclusion, Tokyo Tombeau est un testament visuel, d’un artiste malade et qui, selon ses mots encore « à déjà un pied dans la tombe ». Les cimaises blanches se teintent de noir. Autour d’une statue représentant Amida formant le sceau de la concentration de l’époque d’Edo (1603-1868), une série de photos, présentées comme une peinture japonaise sur rouleau. Des photographies de Yoko, de ruelles, d’enfants, de panneaux publicitaires, d’objets perdus … Des clichés des années 70 aux plus récents qui selon lui, seront pris depuis l’Au-delà.

Dans son entretien avec Jérôme Neutres, le photographe confie : « Mes premières photos de fleurs étaient d’ailleurs des fleurs de cimetière, higan bana. » Et si les fleurs de la première salle de l’exposition, ne renvoyaient-elles pas à l’érotisme, mais à la mort ? Cette frise qui serpente autour de la figure mystique d’Amida dans cette dernière salle, se termine sur un ciel. Un choix fort de sens. Ce ciel, c’est la mémoire de Yoko, qu’il n’a jamais oubliée. Si les représentations de ciels immortalisant les jours sombres après le décès de son épouse, disparaissent vers le milieu de l’exposition pour laisser place aux sulfureux clichés de kinbaku et de la vie tokyoïte, le souvenir de Yoko, lui,  ne s’est jamais estompé et ce ciel en conclusion de l’exposition, est peut être le plus beau message que l’artiste pouvait lui adresser. Ce ciel qui annonce le crépuscule, qui occupe les trois quart de la photographie, ne laissant que très peu de place à cette petite ville, cette vie, que s’efface.

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28 octobre 2020

Enquête - Rimbaud au Panthéon, les rimbaldiens se rebellent

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Par Robin Richardot - Le Monde

Une « panthéonade ». C’est ainsi que les fanatiques d’« Une saison en enfer » ont qualifié la proposition de faire entrer Rimbaud et Verlaine au Panthéon. Le rejet fut presque unanime. Un événement en soi tant les rimbaldiens aiment se diviser. Férocement.

L’affaire a fait sourire El País. « C’est une de ces polémiques qu’on ne peut voir qu’en France, mêlant clans irréconciliables, tribunes dans les médias et échanges injurieux », s’amuse le quotidien espagnol le 24 septembre dernier. Alors que le monde traverse une crise sanitaire historique, les Français s’écharpent depuis la rentrée autour de l’éventuelle panthéonisation de deux des plus grands poètes du pays, Arthur Rimbaud (1854-1891) et Paul Verlaine (1844-1896).

Pour être précis, pardon pour Verlaine, c’est surtout sur le cas de l’auteur du Bateau ivre que les esprits s’échauffent. Il y a ceux qui se réjouissent de le voir élevé au rang de grand homme. Et ceux qui s’insurgent contre l’institutionnalisation du rebelle qui a écrit l’essentiel de son œuvre avant 20 ans. Au cœur de cette querelle, selon Frédéric Martel, l’initiateur de la pétition appelant à faire entrer le duo au Panthéon, l’homosexualité dans la vie et l’œuvre du natif de Charleville-Mézières : « Mon intention était de faire émerger cette homophobie que je savais latente chez les rimbaldiens, soutient le journaliste et essayiste. C’est une nouvelle page des études rimbaldiennes qui s’ouvre. »

Au sein des anti-Panthéon, on se défend de nier l’homosexualité de l’auteur, tout en expliquant qu’on ne peut pas réduire le personnage à un porte-drapeau de la cause gay. « En l’état actuel de la recherche rimbaldienne, il est impossible d’affirmer que Rimbaud fut homosexuel toute sa vie », contestent-ils dans une tribune publiée dans Le Monde le 17 septembre. Une réponse qui présage de débats tendus…

Très long carnet d’adresses

Frédéric Martel a l’habitude : en 2019, son livre Sodoma, enquête autour du Vatican, sur l’homosexualité au sein de l’Eglise catholique, avait fait polémique dans de nombreux pays. Pour son nouveau combat, il a convoqué son – très long – carnet d’adresses, et rassemblé une ribambelle de personnalités : aux côtés de l’actuelle comme de tous les anciens ministres de la culture depuis Jack Lang, on trouve les écrivains Annie Ernaux, Alaa Al-Aswany, Daniel Mendelsohn, le metteur en scène et dramaturge Olivier Py, le psychiatre Boris Cyrulnik, le producteur Dominique Besnehard, l’avocat William Bourdon ou des hommes politiques comme Bertrand Delanoë ou Xavier Darcos.

La plupart d’entre eux n’étaient pas particulièrement connus jusque-là pour leur passion pour Rimbaud, contrairement à Frédéric Martel. S’il n’a jamais écrit de livre sur le poète, l’essayiste est l’auteur d’une imposante préface de 70 pages (pour la réédition de la biographie de Jean-Jacques Lefrère, Arthur Rimbaud, en 2020 aux éditions Robert Laffont), intitulée : « Pourquoi nous sommes rimbaldiens ».

Un qualificatif que semble confirmer l’une des étagères de sa bibliothèque, entièrement consacrée à l’auteur. Frédéric Martel liste les ouvrages qui la composent en accompagnant chaque titre d’un petit commentaire : « Celui-ci est une référence », « celui-là est très nul, il ne faut pas le lire ». Au mur, il a encadré trois copies du brouillon d’Une saison en enfer. Ce recueil de poèmes ne quitte d’ailleurs jamais la table de chevet du journaliste. Tout comme cette histoire de Panthéon ne semble plus quitter son esprit. Le quinquagénaire y revient très vite pour adresser un message à ses opposants qu’il n’hésite pas à traiter de « clowns » : « Tous ces gens-là vont passer à la poubelle. »

Milieu plutôt âgé et très masculin

Pas sûr que Frédéric Martel réussisse à coucher Rimbaud aux côtés de Victor Hugo mais il a déjà relevé, malgré lui, un vrai défi : fédérer les plus grands spécialistes du poète, presque tous vent debout contre ce qu’ils qualifient de « panthéonade ». Une union sacrée des plus inattendues car les rimbaldiens ne sont pas vraiment ce qu’on appelle une famille unie.

Objet de recherche inépuisable pour les chercheurs et les écrivains – en France, on compte une petite dizaine d’ouvrages publiés sur Rimbaud rien que depuis cet été, ce qui n’a rien d’inhabituel –, le jeune poète rassemble une foule d’admirateurs inconditionnels et de spécialistes… qui semblent prendre un malin plaisir à se quereller. « Vous vous attaquez à un sujet qui est encore plus crucial que vous ne l’imaginez », nous a prévenus d’emblée Jean-Michel Maulpoix, professeur émérite à la Sorbonne et spécialiste de la poésie contemporaine, quand on lui a fait part de notre envie de nous pencher sur cette tribu.

Si tant est qu’on puisse la qualifier ainsi. Car le petit monde des rimbaldiens est pour le moins… flou. Tout juste peut-on dire qu’il s’agit d’un milieu plutôt âgé et très masculin. Qu’est-ce qu’être rimbaldien ? Les définitions varient selon les experts. Pour certains, tout lecteur assidu des vers du génie français peut revendiquer l’appellation. Nul besoin d’exhiber un titre universitaire. D’autres estiment au contraire qu’elle ne s’offre qu’à ceux qui ont véritablement étudié l’œuvre en profondeur. Les derniers ajouteront qu’il faut aussi se reconnaître « dans l’esprit de Rimbaud », à savoir un tempérament vagabond, audacieux, affranchi. « Mais il n’y a pas de certificat d’authenticité du rimbaldisme », tranche Alain Tourneux.

Degré de fanatisme

Cet homme de 71 ans pourrait pourtant s’en prévaloir : il a été le conservateur du Musée Rimbaud à Charleville-Mézières pendant trente-cinq ans. Seule la retraite a pu l’éloigner de cette bâtisse des bords de la Meuse qui fait face à la maison où Rimbaud a passé son enfance. « Depuis l’âge de 30 ans, j’ai fréquenté le fantôme de Rimbaud tous les jours », plaisante-t-il, toujours d’une voix très calme et ne se départissant jamais de son sourire amical sous sa fine barbe blanche. Mais son amour pour le poète remonte à sa jeunesse, lorsque son père lui a fait découvrir ses vers. Devenu adulte, lui aussi a eu envie de transmettre et de partager cette œuvre unique, jusqu’à être nommé président de l’association Les Amis de Rimbaud il y a quatre ans.

Avant la crise du Covid-19, cette assemblée de 120 membres ayant dépassé depuis longtemps les 17 ans se réunissait tous les troisièmes samedis du mois dans le sixième arrondissement de Paris pour écouter conférences et lectures autour du poète. Parmi eux, les profils les plus divers et même un cinquième d’étrangers, des Européens et des Asiatiques, qui assistent à ces colloques plusieurs fois par an. Preuve que la passion suscitée par le poète n’a pas de frontières.

Elle n’a parfois pas non plus de limites dans l’invective. L’insulte ultime : être taxé de faux rimbaldien. Une attaque que n’ont pas manqué de se renvoyer ces dernières semaines pro et anti-panthéonisation. Sans qu’on sache vraiment ce que cela signifie. Alors, finalement, peut-être faut-il se tourner vers le degré de fanatisme pour mesurer véritablement le rimbaldisme d’un individu.

« CESSANT D’ÊTRE POÈTE, IL EST DEVENU, SOUS LE REGARD ÉRUDIT ET JALOUX DES RIMBALDOLÂTRES UNE STAR, UN EXTRATERRESTRE. SON MYSTÈRE EST DEVENU LA PROIE DE TOUS LES FANTASMES. » JEAN-MICHEL DJIAN, JOURNALISTE

Le rimbaldien se doit évidemment d’être un passionné. Alain Tourneux se souvient avec amusement des admirateurs du poète qui « sortaient des bouteilles de leur sac à dos dans le musée. Ils voulaient boire un verre de rouge avec Rimbaud d’une certaine manière ». Un comportement qu’aurait pu avoir Alain Borer. Poète, romancier, dramaturge, voyageur, professeur d’enseignement artistique aux Beaux-Arts de Tours, ce spécialiste de Rimbaud collectionne autant les métiers que les œuvres de son idole dans sa « rimbaldothèque », au centre de sa maison perdue au fin fond de la Touraine.

L’homme est un sacré personnage bouillonnant d’énergie. Quand nous le rencontrons, il a laissé de côté son tricorne qui couvre généralement son grand front dégarni et ses quelques cheveux rebelles. Mais sa verve, elle, est bien là. Tombé en admiration devant le poète à 17 ans après « le choc du Bateau ivre », il possède près de 8 000 pièces sur le jeune génie, en comptant les ouvrages mais aussi les articles de journaux. De ses malles remplies de livres, il sort une édition originale d’Une saison en enfer, après avoir pris soin d’enfiler des gants en soie pour manipuler cet objet historique.

Borer a même refait à l’identique les voyages africains de l’homme aux semelles de vent et en a profité pour rapporter un fusil vendu par Rimbaud. Pour son entrain extraordinaire, Alain Borer s’était vu qualifier de « rimbaldingue » dans un portrait de Libération en 1983. Louis Aragon parlait d’ailleurs du rimbaldisme « comme d’une drogue » alors que Paul Claudel, qui s’y connaissait en la matière, y voyait presque une nouvelle religion.

« Rimbaud est très vite devenu plus que Rimbaud, plus que sa poésie. Tout de suite sont apparus des “rimbaldolâtres”, écrivait, en 2015, le journaliste Jean-Michel Djian dans un ouvrage titré de ce néologisme. Cessant d’être poète, il est devenu, sous le regard érudit et jaloux des rimbaldolâtres une star, un extraterrestre. Son mystère est devenu la proie de tous les fantasmes. »

Paul Claudel et André Breton

Ces passions exacerbées expliquent souvent les discordes houleuses qui n’ont cessé d’occuper les spécialistes. « Les querelles rimbaldiennes pourraient faire un sujet de thèse, tellement elles sont nombreuses, introduit Alain Borer. Les rimbaldiens, c’est comme les égyptologues, il n’y en a pas deux du même avis. » Autour du poète, tout se transforme en potentiel sujet de controverse. Paul Claudel et André Breton ont montré la voie en bataillant autour d’une lecture catholique de l’œuvre rimbaldienne pour le premier, surréaliste pour le second.

Le rôle de Rimbaud dans la Commune, la date de composition des Illuminations, les recherches de La Chasse spirituelle (un poème disparu de Rimbaud que Verlaine considérait comme un chef-d’œuvre), de vieilles photographies sur lesquelles se trouverait le poète, et même l’idée d’enfermer le génie français dans un musée… les débats et polémiques ne manquent pas dans l’histoire du rimbaldisme. Tant mieux, affirme Jacques Bienvenu, bien connu dans le milieu, qui considère que c’est ainsi que la science progresse. A 70 ans, celui qu’Alain Tourneux surnomme « le Sherlock Holmes de la Rimbaldie » est docteur ès lettres et professeur émérite de… mathématiques.

« JEAN TEULÉ, QUI A ÉCRIT UN BOUQUIN SUR RIMBAUD, NOUS AVAIT PRÉVENUS : “TU VAS VOIR, ILS SONT CINGLÉS”. » GUILLAUME MEURICE, HUMORISTE ET ÉCRIVAIN

Si ses travaux de recherches ont donc avant tout concerné les nombres premiers, cet homme fasciné « par le génie et les mystères autour de la vie » du poète est ce qu’on pourrait appeler un rimbaldien autodidacte. A force d’études poussées à ses heures perdues, il a réussi à imposer son blog, Rimbaud ivre, comme une référence. L’homme s’est d’ailleurs illustré lorsque, dans les années 2010, a éclaté une polémique autour d’un cliché pris à Aden, au Yémen. Certains avaient cru y voir Rimbaud attablé à la terrasse d’un hôtel avec six autres personnes.

Jacques Bienvenu comptait parmi les sceptiques. La bataille a divisé les experts pendant quatre ans. Conclusion : ce n’était pas Rimbaud sur la photo. Pour Jacques Bienvenu, l’essentiel est ailleurs : « Quatre photographies exceptionnelles ont été découvertes à cette occasion. Sans l’émulation soulevée par cette polémique, des recherches sans précédent dans l’iconographie rimbaldienne n’auraient probablement jamais eu lieu. »

Encore aujourd’hui, chaque ouvrage paru sur le poète n’échappe pas à son flot de critiques. Le chroniqueur de France Inter Guillaume Meurice en a fait les frais en 2018, à l’occasion de la sortie de son livre Cosme. L’ouvrage raconte l’histoire vraie de son ami Cosme, un homme lambda au RSA, qui aurait découvert une clé de lecture du mythique poème Voyelles. « Jean Teulé, qui a écrit un bouquin sur Rimbaud, nous avait prévenus : “Tu vas voir, ils sont cinglés” », se rappelle l’humoriste. Forcément, en s’attaquant au poème peut-être le plus énigmatique de Rimbaud, le livre a fait parler de lui. « Je ne m’attendais pas à ce que ça soit aussi violent, admet Guillaume Meurice. Ce n’était pas juste des commentaires pour dire que notre théorie était fantaisiste. Sur des blogs spécialisés, des mecs ont fait des tartines pour dire qu’on était les derniers des connards. »

A l’inverse, l’humoriste se souvient aussi de réactions extrêmement positives. « Cela donnait l’impression d’un plateau de Pascal Praud avec des gens qui se foutent sur la gueule non pas sur le voile, mais sur les vers d’un mec qui est mort il y a plus de cent ans, se marre-t-il. Il y a un peu d’absurde mais aussi de la beauté là-dedans. C’est touchant que des gens soient aussi passionnés. »

Esprits dogmatiques

Auteur d’une biographie de Rimbaud, l’écrivain Jean-Baptiste Baronian se remémore un épisode particulièrement marquant à la Sorbonne il y a deux ans. « Je participais à un colloque et je me suis fait prendre à partie par un autre rimbaldien à la sortie, confie-t-il. Ce professeur d’université m’a insulté devant plusieurs personnes. Il me reprochait de parler de Rimbaud sans appartenir au monde universitaire. »

« Ce sont des esprits assez dogmatiques avec une vision partielle mais définitive d’un écrivain, attaque de son côté l’éditeur Jean-Luc Barré, initiateur, au côté de Frédéric Martel, de la pétition pour la panthéonisation. Rimbaud est si insaisissable que je trouve effarant d’avoir une vision de ce dernier définie à ce point. On a l’impression qu’ils ont élucidé le mystère Rimbaud. Il leur appartient. Eh bien, non ! »

Etre docteur ès lettres n’immunise pas contre les critiques, au contraire. C’est même dans le milieu feutré des facultés que les querelles rimbaldiennes sont à leur comble. Entre jalousie et concurrence, chacun défend son pré carré autour du poète français. Après les clivages entre catholiques et surréalistes, conservateurs et progressistes, une dissension est née entre les spécialistes attachés à la vie de Rimbaud et aux faits et ceux plus intéressés par l’interprétation poétique.

Jongler avec les ego

Chaque camp a son dictionnaire Rimbaud ou sa biographie, dans lesquels ne figurent pas les travaux des rivaux (ou alors ils sont très minimisés). « Si vous regardez la bibliographie de la Pléiade éditée par André Guyaux, il y a des exclusions manifestes », assure Adrien Cavallaro. Fasciné par « le romanesque de sa vie », ce maître de conférences à l’université de Grenoble a fait du poète le sujet de ses études et de sa thèse, « Rimbaud et le rimbaldisme », consacrée aux différentes lectures que l’on a pu faire de Rimbaud depuis le XIXe siècle.

A seulement 36 ans, il s’inscrit dans la nouvelle génération des rimbaldiens. « Comme Rimbaud fascine, les amis ou collègues sont vite impressionnés quand on dit qu’on travaille sur lui, s’amuse-t-il. Ça suscite une forme d’admiration : “Il ose travailler sur Rimbaud”. » Mais auprès de ses confrères rimbaldiens, il a appris à jongler avec les ego. « Si je contacte untel, je fais toujours attention, je regarde qui d’autre a collaboré pour savoir si ça ne va pas déplaire à l’un ou à l’autre », confie-t-il. « Il y a des personnes qu’on n’a jamais pu faire se rencontrer dans des colloques », concède Alain Tourneux. C’est le cas, par exemple, de Jean-Jacques Lefrère et Claude Jeancolas, deux grands rimbaldiens constamment en concurrence.

Aucun des deux n’étaient universitaires. Le premier, décédé en 2015, était médecin. Le second, disparu en 2016, homme de presse et écrivain. « C’était un jeu aussi, suppose le président des Amis de Rimbaud. Claude Jeancolas se précipitait pour écrire une biographie, qu’il écrivait trop vite parce qu’il avait appris que Lefrère était en train d’en produire une. Il était aussi très virulent à son égard. Mais je suis sûr que dans sa bibliothèque, il y avait des ouvrages de Lefrère qui lui étaient bien utiles par ailleurs. »

« ETIEMBLE ET RENÉ CHAR EN SONT VENUS À DES MENACES DE DUEL POUR UNE ÉDITION DES POÈMES DE RIMBAUD OU UNE HISTOIRE DE VIRGULE. » ALAIN BORER, ÉCRIVAIN

Jean-Jacques Lefrère n’était pas plus aimable envers ses confrères. L’auteur d’une biographie de Rimbaud de plus de 1 200 pages (publiée en 2001 chez Fayard) s’en prend sans ménagement à l’éditeur des œuvres complètes de Rimbaud à La Pléiade, André Guyaux, en septembre 2009. Il décrit un ouvrage ayant « peu d’intérêt », « assez bouffon », « un travail assez pathétique ». La réponse d’André Guyaux publiée sur Fabula, un site spécialisé sur la recherche en littérature, est à l’avenant : « J’observe dans son point de vue […] une pointilleuse allergie à la poésie. Dans tout ce qu’il écrit sur Rimbaud, le poète disparaît. […] M. Lefrère est plutôt un amateur de fiches et de fichiers. »

Ce genre de clash s’observe encore aujourd’hui entre Frédéric Martel et Alain Borer. « Borer, c’est Rimbaud pour les nuls, écrit le journaliste de France Culture dans sa préface à la biographie rééditée de Jean-Jacques Lefrère. Un rimbaldolâtre sans talent. Il faut dé-boreriser Rimbaud. » Cette inimitié le pousse même à prendre de nos nouvelles après notre entretien avec son rival dont il a retenu la date : « Vous êtes toujours vivant ou l’ogre vous a dévoré ? »

En face, les mots ne sont pas plus doux. « Je ne vais pas prononcer son nom, cela m’indispose », prévient Alain Borer en début d’interview. Il lui préférera un surnom : « le crotale ». Tous deux s’accordent pourtant sur une chose : malgré ces noms de reptiles, le climat serait plus apaisé que naguère en rimbaldie. « Claudel et Breton s’échangeaient des insultes constamment. A côté d’eux, on est des enfants de chœur », sourit Frédéric Martel. « Etiemble et René Char en sont venus à des menaces de duel pour une édition des poèmes de Rimbaud ou une histoire de virgule », confirme Alain Borer.

Entartage à la chantilly

Si les rimbaldiens ne mettent plus leur vie en jeu, ils ont trouvé de nouvelles armes. Le 20 octobre 2015, Jacques Bienvenu a reçu une tarte à la chantilly dans la figure en pleine conférence à la médiathèque de Charleville-Mézières. « Ça m’a fait une belle publicité », en rigole aujourd’hui le docteur ès lettres. L’entarteur, un certain Patrick Taliercio, était un cinéaste belge présent dans la région pour tourner un film sur le jeune poète.

« Il avait trouvé un article écrit par Rimbaud sous pseudonyme dans un vieux journal à Charleville, resitue Alain Tourneux. Il a vendu ce document, mais pas très cher. Il en voulait peut-être aux rimbaldiens et il s’est vengé en aspergeant de chantilly le premier venu. » Contacté, Patrick Taliercio ne nous aidera pas à comprendre son geste. « Fidèle à la devise royale “never complain ; never explain” et à l’immortel esprit de l’entartage, je ne commente pas mes actes de justice gloupinesques », nous écrit-il.

Autant d’emportements à la mesure de la place particulière qu’occupe la figure de Rimbaud dans la littérature française. « Sa radicalité est toujours là, reconnaît Alain Borer. Il n’y a que lui pour se retrouver au milieu de conflits pareils. » Peut-être parce que l’énigme Rimbaud n’a toujours pas été résolue. Pourquoi tourne-t-il le dos à la poésie avant ses 20 ans ? La question fascine et hante les spécialistes. Tout autant que plusieurs pans de l’œuvre et de la vie de Rimbaud qui comportent encore des zones d’ombre. Chacun cherche donc à combler les trous à coups d’interprétations. Chacun a « son » Rimbaud, voyant dans le poète ce qu’il a envie de voir.

Il a ainsi été brandi dans le passé autant par l’extrême droite de Charles Maurras ou du négationniste Robert Faurisson, obnubilé par les codes ésotériques de l’œuvre, que par les soixante-huitards ou François Mitterrand, soucieux de « changer la vie », en passant par le mouvement d’Emmanuel Macron : le nom même de son mouvement, En marche !, est tiré du poème Mauvais sang (« — En marche ! Ah ! les poumons brûlent, les tempes grondent ! la nuit roule dans mes yeux, par ce soleil ! le cœur… les membres… Où va-t-on ? au combat ? je suis faible ! les autres avancent. »)

Argument touristique

Des analyses parlent aussi d’une « écriture en marche » pour Rimbaud : c’est en marchant qu’il trouvait l’inspiration. Voilà comment l’auteur du Dormeur du val a, peu à peu, été dépassé par son mythe. Le fameux portrait réalisé (en 1871) par Etienne Carjat est même devenu un élément de pop culture, une photographie qu’on affiche en poster dans sa chambre comme celle d’un chanteur.

« Il y a des gens qui se disent rimbaldiens parce qu’ils sont attirés par l’image de Rimbaud, regrette André Guyaux. Parfois je me demande, où est la poésie ? J’ai toujours dit : “Mais lisons-le !” » Et de glisser : « Chez les rimbaldiens, il y a trop de gens qui se laissent dériver vers leurs obsessions ou qui s’en tiennent à une image facile et fausse. Le monde des baudelairiens est d’un meilleur niveau, par exemple. »

« JE SUIS LE PREMIER MAIRE DE DROITE DEPUIS UN SIÈCLE À CHARLEVILLE-MÉZIÈRES, MAIS S’IL Y A UNE CONSTANTE DANS LES POLITIQUES LOCALES, C’EST BIEN CELLE D’INVESTIR DANS LA FIGURE DE RIMBAUD. » BORIS RAVIGNON

Toujours est-il que, pour l’instant, Rimbaud repose tranquillement au cimetière de Charleville-Mézières. Selon Bernard Colin, le gardien des lieux, les curieux sont plus nombreux ces derniers temps sur sa tombe sobre – pas à la hauteur de l’homme, selon les initiateurs de la pétition. Non loin de là se tient une boîte aux lettres, avec le portrait de Rimbaud affiché dessus. Le poète reçoit deux à trois lettres par semaine. « Ses admirateurs lui parlent comme ils parleraient à un psy », sourit Bernard Colin, chargé du relevé.

Le gardien ne pense pas que le jeune génie quittera son cimetière. La ville y est farouchement opposée. Ici, le poète est un argument touristique. « Je suis le premier maire de droite depuis un siècle à Charleville-Mézières, mais s’il y a une constante dans les politiques locales, c’est bien celle d’investir dans la figure de Rimbaud », soutient Boris Ravignon, élu depuis 2014. Chaque année, plus de 20 000 visiteurs se rendent au Musée Rimbaud.

Voudrait-il reposer pour l’éternité dans cette cité des Ardennes qu’il considérait comme « supérieurement idiote entre les petites villes de province » ? Impossible de savoir. Tout comme il est difficile de prédire ce qu’il aurait pensé des conflits qu’il suscite cent vingt-neuf ans après sa mort. « Je ne sais pas s’il en serait content, admet Alain Tourneux. Je pense qu’il aurait envoyé balader tout le monde. Ça l’aurait fait rire. »

Ce qui est sûr, c’est que le poète devrait encore s’inviter dans des tribunes médiatiques ces prochains mois. La ministre de la culture, Roselyne Bachelot, s’est dite favorable à l’entrée de Rimbaud au Panthéon. Mais ce sera à Emmanuel Macron, qui ne s’est pas encore positionné, de trancher. Interrogé par L’Express en 2010 lors de la polémique sur la photo d’Aden, Jean-Jacques Lefrère espérait que la « bataille Rimbaud » continue « pour longtemps encore. Car se battre autour de Rimbaud, finalement, c’est mieux que faire de la politique ou se lamenter de l’état de la planète. Qu’en 2010, il puisse y avoir des polémiques autour de ce poète, n’est-ce pas une note d’espoir ? » Dix ans plus tard, voilà au moins un point sur lequel tous les rimbaldiens sont d’accord.

26 juin 2016

Référendum sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes : le "oui" donné nettement en tête, sur 53,65% des voix

Le très critiqué projet d'aéroport de Notre-Dames-des-Landes va-t-il enfin pouvoir décoller ? Après des années de contestation, les habitants de Loire-Atlantique étaient appelés à se prononcer, dimanche 26 juin, lors d'un référendum annoncé en février par François Hollande. Et selon les premiers résultats communiqués par la préfecture, le "oui" (56,57%) l'emporterait nettement sur le "non" (43,43%). Des résultats portant sur 53,65% du corps électoral.

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29 août 2013

Poutine et Medvedev en mode lingerie...

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Vladimir Poutine ne fait pas dans la dentelle. L'exposition du peintre Konstantin Altounine représentant le président russe en dessous féminins vient d'être censurée à Saint-Pétersbourg, en Russie: «Nous avons été alertés par un citoyen qui a dit que les tableaux exposés violaient la législation russe. La police a saisi quatre tableaux et actuellement des experts les examinent», a déclaré à l'AFP le porte-parole de la police, Viatcheslav Steptchenko, sans donner plus de détails.

L'une des toiles saisies, intitulée Travestis, représente le président russe en nuisette, coiffant Dmitri Medvedev, son premier ministre, qui porte, quant à lui, un soutien-gorge. Les policiers sont venus au musée armés de kalachnikov, a raconté à l'AFP Alexandre Donskoï, fondateur de l'établissement inauguré à la mi-août sur la perspective Nevski, en plein centre de l'ancienne capitale impériale: «Les experts examinent actuellement» les toiles saisies, a précisé Steptchenko, sans préciser quelles lois russes cette exposition aurait pu violer.

La loi évoquée pourrait être celle, controversée, interdisant toute propagande homosexuelle devant des mineurs. Elle a récemment été promulguée par le président Poutine et qualifiée en Occident d'homophobe et de discriminatoire.

«Il y a trop de punaises, il est temps de les exterminer»

Le musée est désormais sous scellés et le peintre Konstantin Altounine a quitté la Russie mardi soir, en urgence, inquiet sur son sort: «Après avoir appris que des policiers l'attendaient chez lui, Konstantin a pris le premier billet disponible, pour le Danemark. Aujourd'hui, il est en France», a ajouté Donskoï, ex-maire d'Arkhanguelsk passé à l'opposition qui avait été poursuivi et emprisonné après avoir fait état de ses ambitions présidentielles à l'élection de 2008.

Le fondateur du musée a accusé le député Milonov d'être à l'origine de la fermeture de l'établissement: «Il a visité l'exposition il y a quelques jours, puis est revenu mardi soir avec la police», a-il précisé. Cité par les médias locaux, le député Milonov a expliqué qu'il ne voulait pas être peint «avec un drapeau brandi par des pervers et des sodomites séropositifs». Et d'ajouter: «Il y a trop de punaises, il est temps de les exterminer», faisant allusion aux libéraux et aux homosexuels. Des propos qui risquent de jeter de l'huile sur le feu sur la grogne des militants de la cause homosexuelle, qui, à l'approche des Jeux olympiques d'hiver de 2014 ne cesse de s'amplifier.

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27 juin 2013

FEMEN : LIBRES...

"Oui! Nous avons gagné ! La décision illégale de la justice tunisienne est annulée. Les activistes FEMEN Marguerite, Pauline et Josephine sont enfin libres ! Notre détermination a fait fléchir les Islamistes, nos seins ont été plus forts que leurs pierres. Trop tôt pour se détendre car notre activiste tunisienne Amina est toujours en prison. Et c'est seulement notre pression sur les autorités tunisiennes qui pourra la libérer. Il y aura des millions d'Amina! Josephine, Pauline, Marguerite nous sommes heureuses de vous retrouver et de pouvoir bientôt vous embrasser !"

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16 mars 2016

Grace Jones au BON MARCHE

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L'icône Grace Jones se confie comme jamais dans ses mémoires, sorties ce mois-ci. L'occasion de se faire dédicacer l'ouvrage par Grace Jones herself au Bon Marché, le 18 mars prochain.

Disco queen, muse d'Andy Warhol et Jean-Paul Goude, icône de mode à l’extravagance débridée, Grace Jones captive et fascine depuis plusieurs générations, qu'elle électrise de son aura pop, furieusement décalée. A la fois chanteuse, actrice et mannequin, la star d'origine jamaïcaine revient sur sa carrière hors norme et se confie, sans filtre, dans ses mémoires baptisées, ironiquement, Je n'écrirai jamais mes mémoires, sorties ce mois-ci aux Éditions Séguier. A l'occasion de la publication de cet ouvrage déjà culte, Grace Jones a choisi l'espace Librairie du Bon Marché Rive Gauche pour son unique séance de dédicaces française. Rendez-vous est donné le vendredi 18 mars 2016, de 18h à 20h, au sein du célébre magasin parisien.

Je n'écrirai jamais mes mémoires, aux Éditions Séguier, propos recueillis par Paul Morley

Espace Librairie du Bon Marche Rive Gauche, 24 Rue de Sèvres, 75007 Paris

2 février 2016

Desti­tuée de son titre de Miss Bretagne pour le concours Miss France, Eugé­nie Jour­née a été rattra­pée par Miss Natio­nale

C’était une bien belle soirée pour Eugé­nie Jour­née : la jeune femme a été élue Miss Natio­nale au théâtre Le passage vers les étoiles dans le 11ème arron­dis­se­ment de Paris. Une belle revanche pour la jeune femme qui a été desti­tuée de son titre de Miss Bretagne quelques heures seule­ment après son élec­tion en août dernier, alors qu’elle concou­rait pour le titre de Miss France. La respon­sable du comité Bretagne d’En­de­mol avait jugé que les photos de cette étudiante en droit étaient contraires au règle­ment, alors même qu’au­cune partie de son inti­mité n’était dévoi­lée.

Heureu­se­ment, certains orga­ni­sa­teurs sont moins regar­dants sur les clichés sexy des candi­dates. C’est ainsi que les respon­sables de Miss Natio­nale (le troi­sième concours de beauté après celui d’En­de­mol et celui de Gene­viève de Fonte­nay) ont repê­ché la jeune femme et lui ont proposé de parti­ci­per à leur concours de beauté. Et Eugé­nie a hérité du titre très prisé de plus belle femme de France devant un jury composé notam­ment d’Igor Bogda­noff et de Ludo­vic Chan­cel.

Ce n’est pas la première fois que Miss Natio­nale récu­père les ex-préten­dantes au titre de Miss France. En 2013, Norma Julia avait perdu son écharpe de Miss Rous­sillon – à cause elle aussi de clichés sexy – mais avait été élue quelques mois plus tard Miss Natio­nale. Une couronne qui lui a ensuite permis d’inté­grer le casting des Marseillais.

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30 janvier 2014

Catherine Deneuve et kate Moss réunies pour un shooting...

L’une vient de fêter ses quarante ans en fanfare, l’autre affiche la mine réjouie de la septuagénaire accomplie. 30 ans séparent ces deux poupées blondes, qui partagent pourtant le même sens du style. Plus encore, elles possèdent le même patronyme: Katherine Moss et Catherine Deneuve. Catherine aurait-t-elle le monopole du chic? Il faudrait poser la question à la duchesse de Cambridge... Pour Vanity Fair, ces muses incontestées allient leurs auras pour un shooting en noir et blanc. A Paris, les beautés se la jouent belles de jour au balcon de l’hôtel Shangri-La.

Lovées dans des pièces en fourrure, Catherine et Kate prennent la pose sous le ciel de Paris, pendants d’oreilles XXL pour l’actrice, robe glitter pour la brindille. Changement de décor, direction l’intérieur cosy de l’hôtel parisien pour un cliché intime, ambiance peau de bête. Les stars, drapées dans leurs atours couture, imposent un glamour à fleur de peau. Une peau que l’on devine dans la transparence de la robe de Kate Moss, et dans la sensualité bestiale de Catherine Deneuve avec sa silhouette à imprimé animalier. Les deux femmes posent côte à côte, comme deux amies de longue date, alors qu’elles se sont rencontrées peu avant le shooting, au sortir de l’exposition Timeless Muses au Japon.

«J’avais très envie de rencontrer Catherine, confie Kate Moss. Je venais de terminer un shooting avec David Bailey – photographe et ex-mari de l’actrice, ndlr -, il m’a parlé d’elle, m’a raconté des anecdotes amusantes. Et nous avons mis cela en place. Elle est incroyable, belle et chic, tout ce que je voudrais être, elle assume son âge avec panache. J’étais sur mon petit nuage qu’elle m’apprécie et accepte de faire cette séance avec moi.» La brindille s’inclinerait-elle devant l’icône incontestée du 7e art?

Une séance à retrouver dans le Vanity Fair US du mois de février.

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18 septembre 2020

La panthéonisation de Rimbaud et Verlaine relève d’une idéologie bien-pensante et communautariste

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Arthur Rimbaud (à gauche) et Paul Verlaine.

D’artistes, Écrivains, Poètes Et Rimbaldiens,

Un collectif d’artistes, écrivains, poètes et rimbaldiens, parmi lesquels Florence Delay et Erri de Luca, demandent au président de la République de refuser cette « démarche sociétale, et non mémoriale »

Permettez à quelques écrivains, poètes, rimbaldiens, artistes et intellectuels, permettez à tout passant de vous exhorter, Monsieur le président de la République, à ne pas faire entrer au Panthéon les cendres d’Arthur Rimbaud [1854-1891] et de Paul Verlaine [1844-1896], comme vous le suggèrent, en une pétition récemment diffusée, quelques signatures illustres – qui n’ont pas, il est vrai, forcément, toujours clarté de tout. Pour notre part, également « fous du poète », comme disait Verlaine à propos d’Arthur Rimbaud, et dans une égale ouverture d’esprit aux questions sociétales, nous tenons à vous aviser de l’erreur que constituerait, à notre avis, l’entrée forcée au Panthéon d’Arthur Rimbaud (si jamais ces termes ne sonnaient pas immédiatement comme un oxymoron) et de Paul Verlaine, pour peu que vous voudrez bien examiner ces cinq raisons de bon sens.

Rimbaud le « patrouillote » Faut-il rappeler quelles provocations retentissantes de l’adolescent rebelle s’entendraient au fronton de « la patrie reconnaissante » ? « Ma patrie se lève ! Moi, j’aime mieux la voir assise ; ne remuez pas les bottes, c’est mon principe. » Pourquoi ne pas respecter les vociférations grandioses d’Une saison en enfer, refuser d’entendre à quel point elles ne se destinent pas aux cryptes de notre Panthéon : « Je suis de race inférieure », « Je ne suis pas de ce peuple-ci… »

Telles sont quelques-unes des citations que rappelaient déjà, en 1927, André Breton et Louis Aragon, dans le tract intitulé « Permettez ! », qu’ils distribuèrent à Charleville (Ardennes) lors de l’inauguration d’un buste de Rimbaud, avec les signatures de Robert Desnos, Paul Eluard, Max Ernst, Michel Leiris, Jacques Prévert, Raymond Queneau, beaucoup d’autres encore, tous indignés par cette ridicule tentative de récupération bien-pensante, celle-là même qui prendrait aujourd’hui une dimension nationale et irréversible !

Comment expliquer à la nation que le Panthéon abriterait, aux côtés de Pierre Brossolette et de René Cassin, un jeune Rimbaud sarcastique qui, pendant l’occupation prussienne [de 1870 à 1873], ironisait : « Je souhaite fort que l’Ardenne soit occupée et pressurée de plus en plus immodérément » ? Son « patrouillotisme » serait-il dans la manière de Jean Moulin ? N’entre pas au Panthéon qui veut. Mais quand on ne veut pas ?

Faites entrer à reculons, s’il vous plaît, le cercueil de Paul Verlaine, qui demandait à ses amis communards de retourner leurs canons contre le Panthéon.

Comment réprimerez-vous les inscriptions « sauvages » qui ne manqueront pas de dégrader régulièrement les murs du Panthéon, quand celui qui serait honoré à l’intérieur parmi les grandes figures aux actes édifiants écrivait jadis « merde à Dieu » sur les bancs des promenades ? Comment expliquerez-vous que Rimbaud, à son corps ou à ses cendres défendant, soit admis à cet honneur qu’il aurait détesté et dont ne sont toujours pas jugés dignes, par exemple, Charles Péguy, bouleversant écrivain et patriote mort au champ d’honneur ? Ou Guillaume Apollinaire, blessé dans les tranchées, et qui terminait ses soupers avec le Douanier Rousseau en chantant La Marseillaise ? Ou encore Missak Manouchian, poète, immigré arménien mort pour la France ? Les premiers signataires ci-dessous réagissent comme les intellectuels et artistes de 1927, mais en considérant que la situation est infiniment plus grave parce qu’il s’agit de la France tout entière, notre pays, qui présenterait, dans la confusion des valeurs, une significative image d’elle-même.

Hugo et les autres Un seul poète, immense, repose au Panthéon, jusqu’à présent, sur 78 personnalités… Si l’Etat songe enfin à réparer cet oubli, il importerait de faire entrer préalablement et d’urgence aux côtés de Victor Hugo, Baudelaire, Racine, Molière, La Fontaine, Marceline Desbordes-Valmore, Léopold Sédar Senghor, Saint-John Perse, tant d’autres poètes et écrivains ! Et n’oubliez pas Poussin ! Debussy !

Fonction du Panthéon Dans l’histoire prestigieuse du Panthéon survient une nouveauté remarquable, qui tient au projet de faire entrer non pas exactement un « poète », mais, tacitement, un couple « homosexuel ». Une internaute le comprend bien : « Leur panthéonisation, c’est pour leur œuvre ou bien pour leur relation ? » Associer les deux noms de Rimbaud et Verlaine – ce qui est une simplification biographique et une erreur littéraire, car ils ne sont pas de la même taille – et forcer publiquement, en une sorte de pacs morbide, des retrouvailles, auxquelles d’ailleurs Rimbaud se refusait absolument, une telle opération constitue en effet une démarche sociétale, et non mémoriale, qui n’est pas dans la vocation du Panthéon. Il ne s’agit que de faire passer pour une transgression (admettre un rebelle) ce qui est fondamentalement une démarche politiquement correcte.

En cela nous voyons un acte supplémentaire de l’américanisation, par ce communautarisme (qui peut mener loin dans les admissions au Panthéon), qui envahit la culture française et qui la compromet chaque jour jusque dans notre langue française. Et l’on passe ainsi de la culture (lire la poésie, qui nous interroge, nous éclaire) au culturel, du livre au spectacle, de l’œuvre à l’instrumentalisation du poète en un acte de communication.

« Drôle de ménage » Un tel changement de registre intellectuel oblige à faire le point sur les aspects intimes de la relation de ces deux poètes : en l’état actuel de la recherche rimbaldienne, il est impossible d’affirmer que Rimbaud fut homosexuel toute sa vie ; tout porte à croire que sa relation amoureuse avec Verlaine (« des amours de tigre », « un mauvais rêve », dira Verlaine) participe de la provocation antibourgeoise, si l’on veut bien se placer dans le contexte moral de son époque, et de ce qu’il nomme « l’encrapulement » nécessaire à son entreprise poétique. Plusieurs jeunes femmes sont attestées dans sa vie et ses poèmes à cette même époque ; Rimbaud vécut six mois avec une femme abyssine à Aden(dans l’actuel Yémen )en 1884 ; il envisage, en 1890, d’épouser une femme qui consentirait à le suivre dans ses errances (laquelle restait introuvable, et il en allait de même pour ses compagnons d’infortune). Le couple Verlaine et la jeune Mathilde, de son côté, fut l’un des premiers à bénéficier de la nouvelle loi favorisant le divorce, après s’être séparé en 1873 ; et le poète de Sagesse, qui vécut avec deux femmes à la fin de sa vie, est l’auteur de deux recueils, sommets de la poésie érotique française, symboliquement intitulés Femmes et Hombres…

Un dépassement de la séparation Une toute petite coterie est en fait à l’origine de la pétition militante qui demande la panthéonisation de Rimbaud et Verlaine ; elle relève d’une idéologie bien-pensante et communautariste ; elle promeut une biographie de Rimbaud, en vente à cette occasion, très documentée, mais dont la particularité consiste à ne développer que l’infinie platitude des faits, c’est-à-dire à se débarrasser enfin de la poésie et des remises en question qu’elle porte depuis cent cinquante ans. Or ce qui caractérise les problématiques de l’amour chez Rimbaud ne se comprend que par la poésie – dans sa recherche désespérée, au-delà même des qualifications sexuelles, d’un nouveau corps amoureux.

Monsieur le président de la République, vous qui êtes attentif aux symboles, ne commettez pas cette erreur, pire : cette gaffe ! N’arrachez pas Rimbaud à sa terre natale ! Laissez Rimbaud reposer parmi les siens, comme le réclament le maire de Charleville et tous les Ardennais, avec nous et tant d’autres amoureux des poètes ! Respectons Césaire dans son île, Chateaubriand en son Grand Bé, solitaires face à l’océan ! Laissons libres les poètes, tels qu’ils ont vécu et, par-dessus tout, respectez Arthur Rimbaud qui, pour avoir abandonné la poésie, n’a jamais cessé d’adorer ce qu’il appelait la « liberté libre ! »

Poètes, écrivains, artistes :

Adonis, Muriel Barbery, Stéphane Barsacq, Tahar Ben Jelloun, Claudine Bertrand, Zéno Bianu, Jean-Marie Blas de Roblès, Alain Blottière, Alain Borer, Denise Boucher, Frédéric Boyer, Bernard Cerquiglini, Jean Clair, Francis Combes, Antoine Compagnon, Michel Deguy, Florence Delay, Guy Goffette, Anouk Grinberg, Stéphanie Hochet, Mark Irwin, Pierre Jourde, François Jullien, Abdellatif Laâbi, Jean-Marie Laclavetine, Michel LeBris, Erri de Luca, François L’Yvonnet, Gérard Macé, Eric Marty, Gérard Mordillat, Sophie Nauleau, Nimrod, Bernard Noël, Xavier North, Valère Novarina, Gabriel Okoundji, Christian Olivier, Jean-Baptiste Para, Jean-Noël Pancrazi, Serge Pey, Ernest Pignon-Ernest, Denis Podalydès, Bernard Pozier, Jacques Réda, Robin Renucci, Olivier Rolin, Jean Rouaud, Jacques Roubaud, Rodney Saint-Eloi, David St. John, Christian Schiaretti, Gilles Sebhan, Jean-Pierre Siméon, Sylvain Tesson, André Velter, Marci Vogel. Rimbaldiens : Jacques Bienvenu, Olivier Bivort, Pierre Brunel, André Guyaux, Yanny Hureaux, Boris Ravignon, Henri Scepi, Jean-Luc Steinmetz, Jacqueline Teissier Rimbaud, Alain Tourneux, et les 119 adhérents des Amis de Rimbaud-Association internationale.

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