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Jours tranquilles à Paris
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11 juillet 2013

Save the date : du 19 juillet au 24 août 2013, le CRAZY fait son show à Cannes !

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Cet été, le célèbre cabaret parisien présente son spectacle Forever Crazy, pour des représentations exceptionnelles sur la terrasse du Palais des Festivals et des Congrès. Mettant en vedette les illustres «Crazy Girls», l’éblouissante troupe de danseuses interprète un spectacle étincelant et glamour qui allie éclairages et effets visuels spectaculaires, musiques originales, costumes élégants et chorégraphies sensuelles. Le spectacle met également en vedette Robert Muraine, artiste Américain de renom et gagnant de la médaille de bronze du Festival du Cirque de Demain 2013. Afin de recréer l’ambiance festive et intime du cabaret historique à Paris, Le Crazy se présentera sous un magnifique chapiteau spécialement conçu pour les représentations cannoises. Le chapiteau orné de velours, miroirs et boiseries, pourra accueillir un maximum de 400 personnes. La salle sera configurée dans le style cabaret, avec des tables luxueuses et des bars à cocktails et champagne. Des bars ainsi qu’un lounge extérieur vous accueilleront avant et après le spectacle.

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28 janvier 2016

Exposition - 28.01.16 - 27.03.16 - Bettina Rheims

Bettina Rheims et la Maison Européenne de la Photographie entretiennent depuis toujours des liens intimes. Alors, quel meilleur endroit que celui dont elle a investi les espaces encore en friche, en 1990, pour exposer sa série Modern Lovers et où elle a semé le trouble en 2000 avec I.N.R.I., pour présenter aujourd’hui, pour la première fois à Paris, un itinéraire à travers quarante ans de photographie ?

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21 avril 2013

MARIAGE HOMO. Manif pour tous : pitié, n'emmenez pas vos enfants !

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EN DIRECT. Mariage gay : dimanche sous haute tension à Paris

Pourquoi la France voit-elle la réapparition de groupuscules d'extrême droite ? Parce que "la gauche est au pouvoir", mais aussi car la droite française est en "déshérence" et espère que ces groupuscules vont "radicaliser l'opinion", analyse le sociologue et politologue Erwan Lecœur dans un entretien avec le Journal du Dimanche.

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L'UMP appelle à la mobilisation pour la grande manifestation du 21 avril contre le mariage et l'adoption pour les couples du même sexe (ci-dessous)

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Cliquez ICI

Manif pour tous

Dimanche 21 avril 2013


- Manifestation contre le mariage gay. Pour l’heure, seul le point de départ du cortège a été communiqué pour la manifestation : Denfert-Rochereau (14e) à 14h30. En savoir plus...
- Rassemblement contre l’homophobie sur la place de la Bastille à 15h. En savoir plus...

13 avril 2013

Ron Mueck à la Fondation Cartier (à partir de mardi prochain)

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Exposition Ron Mueck

Du 16 avril au 29 septembre 2013, la Fondation Cartier pour l’art contemporain invite le sculpteur australien Ron Mueck à présenter ses œuvres émouvantes et troublantes, marquant son grand retour institutionnel en Europe. Après le succès de 2005 à la Fondation Cartier, cette nouvelle exposition personnelle est la plus complète et la plus actuelle de la production de l’artiste. Elle dévoilera notamment, outre six œuvres récentes, trois sculptures réalisées spécialement pour l’exposition. Ces œuvres, révélées dans l’intimité de leur création à travers un film inédit, réaffirment toute la modernité d’un art à fleur de peau, aussi puissant qu’évocateur.

La découverte exceptionnelle d’une œuvre rare et secrète.

Vivant à Londres, Ron Mueck a exposé dans les musées du monde entier, au Japon, en Australie, en Nouvelle Zélande et au Mexique. Son exposition à la Fondation Cartier est un événement d’autant plus exceptionnel que les opportunités de voir ses œuvres sont extrêmement rares. Travaillant lentement dans son atelier londonien, il fait du temps un élément privilégié de sa création. Ses figures humaines, réalistes à l’excès, mais qui jouent sur des changements d’échelle surprenants, demeurent aussi éloignées du naturalisme académique que du pop art ou de l’hyperréalisme.

Publications

À l’occasion de l’exposition Ron Mueck, la Fondation Cartier publie trois ouvrages : un catalogue d’exposition qui retrace les vingt ans de carrière de l’artiste, un album retraçant les grandes collaborations de Ron Mueck avec la Fondation Cartier, et un cahier de coloriage dans lequel Ron Mueck a souhaité présenter ses sculptures aux enfants sous forme de dessins à colorier.

Le site de la Fondation Cartier

Mes précédents billets sur Ron Mueck

23 septembre 2016

Tallon talonné aux Arts Décoratifs

Savez-vous que quand vous vous installez dans les fauteuils à rayures d’un TGV, vous êtes dans du Tallon ? Ce grand designer mort en 2011 a conçu des trains, des montres pour Lip, des bidons d’huile pour Elf, et légué ses archives au musée des arts déco, qui revient sur ses soixante ans de carrière. Roger Tallon, le design en mouvement , jusqu’au 8 janvier, au Musée des arts décoratifs, à Paris. lesartsdecoratifs.fr

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9 juillet 2014

Retraite : départs massifs jusqu’en 2020

Selon une étude de l’Insee, publiée hier, 31 % des actifs en emploi en 2009 vont quitter le marché du travail dans les six ans.

Entamée au début des années 2000, la vague de départs massifs « de fin de carrière » va se poursuivre jusqu’en 2020. L’Institut national de la statistique prévoit« près de 8 millions de départs entre 2010 et 2020 » . Il s’agit de départs à la retraite, mais aussi de chômeurs dispensés de recherche d’emploi et de seniors qui cessent définitivement le travail pour raisons de santé. Les départs ne se traduiront pas automatiquement par des postes à pourvoir. Le Limousin et l’Auvergne, devraient être les régions les plus touchées, avec un taux de retrait de 34 % des actifs en emploi en 2009 à l’horizon 2020. Ce taux est de 31,9 % en Basse-Normandie, de 30,7 % en Bretagne et de 29,7 % en Pays de la Loire.

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29 décembre 2019

La tombe d'Alain Barrière à La Trinité sur Mer - Vu aujourd'hui

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Alain Bellec, dit Alain Barrière, est un auteur-compositeur-interprète français né le 18 novembre 1935 à La Trinité-sur-Mer (Morbihan) et mort le 18 décembre 2019 à Carnac (Morbihan).

Il a connu plusieurs succès dans les années 1960 et les années 1970 dont Elle était si jolie, Ma vie et Tu t'en vas.

25 juillet 2017

BD. Mézières confie son Valérian à Luc Besson

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Jean-Claude Mézières dans son atelier parisien, situé près des Gobelins.

Article de Marcel Quiviger

Mercredi, la nouvelle super production de Luc Besson, le film à plus gros budget de l'histoire du cinéma français « Valérian et la cité des mille planètes » sera sur tous les écrans de cinéma. Un grand moment d'émotion pour les pères de Valérian : le dessinateur Jean-Claude Mézières et son compère le scénariste Pierre Christin, qui fêtent de la plus belle des manières le 50e anniversaire de cette série mythique de la revue Pilote.

En 1967, Jean-Claude Mezières et Pierre Christin, deux amis d'enfance, passionnés de bandes dessinées, qui s'étaient connus dans un abri lors des bombardements de Paris, durant la Seconde Guerre mondiale, se trouvent engagés dans l'aventure de la naissance du magazine Pilote. Son rédacteur en chef, René Goscinny, toujours à la recherche de nouvelles histoires, de nouveaux héros, leur propose une expérience d'une trentaine de pages, un galop d'essai. Mézières et Christin lui soumettent une histoire de science-fiction, d'agents spatio-temporels, un genre peu usité à l'époque par la BD. Personne ne pouvait imaginer alors que les deux personnages ainsi créés, Valérian et Laureline, allaient connaître un tel succès et une telle longévité : 23 albums et plus de 2,5  millions d'exemplaires vendus en 50 ans !

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Cette série, humaniste et très subtile, est née dans le bouillonnement intellectuel de la revue Pilote qui a vu évoluer, dans les années  60, des personnages comme : Astérix, Blueberry, Lucky Luke, Achille Talon... et où se croisaient, aux conférences de rédaction du lundi, des auteurs comme Gotlib, Druillet, Giraud, Bretecher, Fred, Mandryka... Excusez du peu ! C'est le second âge d'or de la BD franco-belge après celui des Hergé et Franquin. « Goscinny, c'était un vrai patron de presse », affirme, aujourd'hui, Jean-Claude Mézières, qui avoue également sa fascination pour « le talent terrifiant de Jean Giraud », alias Gir et Moebius.

« Plus question de nouvel album »

Le tandem d'amis Mézières-Christin (par ailleurs fondateur et enseignant à l'école de journalisme de Bordeaux) ne s'est jamais ennuyé avec Valérian. Dans le calme de son atelier parisien, près des Gobelins, Jean-Claude Mézières savoure les bienfaits de l'espace-temps : « Chaque album explore une planète, une période, des créatures différentes. À chaque fois, c'est un nouvel univers, un nouveau monde, je ne pouvais pas m'ennuyer. Du coup, Valérian suffisait à mon bonheur. Je n'avais pas besoin d'autres séries, d'autres personnages. Et ce que j'aime surtout, c'est raconter des histoires, mettre le dessin au service du récit. La BD est un art de la narration graphique plus qu'un simple travail de dessinateur ou d'illustrateur. Aujourd'hui, la boucle est bouclée avec Valérian. Plus question de nouvel album, de nouvelle histoire. Deux, trois années de travail par album, ce n'est plus de mon âge ! Pas question non plus de poursuite à l'identique avec de nouveaux auteurs, sauf si l'on m'arrache un accord contre mon gré, sur mon lit de mort ! Mais, en revanche, des " Valérian vu par " - comme celui de Larcenet et à la rentrée prochaine, avec Lupano et Lauffrey - sont les bienvenus. Celui de Larcenet m'a fait hurler de rire ».

La rencontre avec Luc Besson

« La relation avec Luc Besson a débuté en 1991 quand il m'a demandé de travailler pour les décors du film " Le Cinquième élément ". C'est moi qui, par exemple, lui ai donné l'idée des taxis volants issus de l'album " Les cercles du pouvoir ". C'est lors de ce travail qu'est née l'idée d'adapter un jour Valérian sur grand écran. Mais c'était trop tôt à cette époque, la technique des effets spéciaux n'était pas assez maîtrisée. C'est en 2014 que le projet s'est concrétisé. Il nous a soumis le script du film et cela nous a paru totalement cohérent avec la série. Je m'y retrouve très bien et les personnages sont bien dans l'esprit de ce qu'on a essayé de faire avec ce petit couple finalement assez moderne transposé au 28e siècle ».

Ce film a aussi un petit côté revanche pour les deux créateurs de Valérian, bien qu'ils prennent garde, par élégance, à ne pas d'utiliser ce mot. Quand George Lucas a lancé Star Wars à la fin des années 1970, il y avait de grands airs de ressemblance avec Valérian, à tel point que Mézières lui écrivit, sans jamais recevoir de réponse.

Mais peu importe aujourd'hui, puisque le Star Wars à la française sort cette semaine sur les écrans, inspiré de l'album « L'ambassadeur des ombres ». Et si le succès mondial est au rendez-vous, comme c'est souvent le cas avec Luc Besson, de nouveaux épisodes sont déjà dans les cartons, un peu à l'image de Star Wars...

Jamais à la mode mais jamais démodé

Pour Jean-Claude Mézières et Pierre Christin, cette transformation cinématographique de leurs personnages créés il y a 50 ans, est accompagnée d'une intense exposition médiatique. Les deux compères enchaînent les interviews et jamais, sans doute, leurs deux personnages n'auront autant été sur le devant de la scène. De nouvelles traductions dans de multiples langues confidentielles sont au programme (comme l'islandais !). « La chance de Valérian, c'est de n'avoir jamais vraiment été à la mode. Et donc, de ne pas être démodé », affirme Pierre Christin.

Mais aujourd'hui, il va leur falloir affronter un tsunami de communication et d'expositions en tous genres. Ce qui fait sourire Jean-Claude Mézières, déjà habitué à rencontrer, dans des séances de dédicaces, ses lecteurs assidus et, au hasard des rencontres, quelques jeunes femmes dénommées Laureline en référence à son héroïne. Fait encore plus invraisemblable : une Laureline s'est un jour présentée à lui accompagnée de son conjoint Valérian. Encore un coup de l'espace-temps !

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23 juillet 2017

Christine Angot, de bris et de fureurs

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Par Fabrice Lhomme, Gérard Davet

La romancière emblématique de l’autofiction va être chroniqueuse pour « On n’est pas couché », sur France 2. Rencontre avec une « tête brûlée », emportée et raisonnée.

Elle a d’emblée demandé à relire ses citations. Normalement, avec nous, c’est rédhibitoire. Demande-t-on à modifier ses propos lorsqu’on est invité à la radio ou à la télévision ? Et puis, la requête était surprenante de la part d’une « scandaleuse » patentée. Angot l’incontrôlable qui contrôle tout ? Ainsi donc, l’affranchie, la casseuse de codes, verrouillerait sa com’ comme la première macroniste venue ?

Mais Christine Angot est ainsi. Une femme d’écrit. Et de forme. Elle tient à ses mots, à sa ponctuation, à son rythme.

Peut-être se défiait-elle un peu de nous, aussi. C’est vrai, son monde n’est pas le nôtre. D’ailleurs, ouvrir l’un de ses dix-neuf livres ne nous avait jamais traversé l’esprit jusqu’ici ; on a parfois tendance à penser que l’histoire de la littérature française aurait pu s’arrêter à Louis-Ferdinand Céline. A tort, évidemment.

Mais après tout, cette femme de 58 ans aux mille tourments, si exposée à la critique, au courage non démenti, se mérite. Alors, nous avons fait une exception, en l’exhortant à ne pas se renier. Elle l’a promis. Et elle a tenu parole, modifiant à la marge seulement quelques-uns de ses propos, curieux mélange d’aphorismes et de périphrases.

Situations inextricables

De notre côté, on a revisionné quelques-uns de ses faits d’armes à la télé. Angot qui s’en prend, en 1999, à l’écrivain Jean-Marie Laclavetine à « Bouillon de culture ». Angot qui quitte, en 2000, le plateau de « Tout le monde en parle », ulcérée par les questions trop légères de Thierry Ardisson et de ses invités. Angot qui tempête, s’emporte, au fil des années, contre Natacha Polony, Eric Zemmour et compagnie. Et enfin Angot en liberté non surveillée face au candidat François Fillon, en mars 2017, sur France 2.

Et puis, il a fallu découvrir son univers littéraire, forcément. Lectures difficiles, dérangeantes même. Une semaine de vacances, L’Inceste, La Petite Foule ou encore Un amour impossible, son dernier succès. Mots crus, écriture à fleur de peau, style haché, rabâché, travaillé, déchirements intimes. Et tant de scènes dont la lecture provoque des haut-le-cœur…

On se souvient alors de cette phrase, lâchée à l’emporte-pièce un soir de critiques trop violentes : « Il n’y a pas de demi-mesure, ou alors il y a des demi-livres. » Voilà, c’est Angot.

« JE L’AI BEAUCOUP FAIT, ME TIRER DES BALLES DANS LE PIED, MAIS J’AI QUAND MÊME DES LIVRES QUI DOIVENT ÊTRE DÉFENDUS. »

Et c’est ainsi que l’on se retrouve, une première fois, mi-juin, attablés avec cet écrivain au goût d’esclandre – ne la qualifiez surtout pas d’« écrivaine », elle ne supporte pas.

L’auteure de Pourquoi le Brésil ? a donné rendez-vous au café La Société, à Saint-Germain-des-Prés, où elle a ses habitudes. Pourtant, elle habite le Paris populaire et bigarré, mais le monde des lettres a ses indécrottables atavismes, c’est rive gauche ou rien. De toute façon, elle n’aime plus son quartier. « Je m’y sens bousculée, on ne vous voit pas, déjà, quand vous êtes une femme, parce que vous êtes une femme, ou alors pour faire des commentaires. »

On la reverra au Corso, avenue Trudaine. A chaque fois, agréable, souriante, à l’écoute. Sur ses gardes, également. « Je ne suis pas une torturée, je sais me contrôler », analyse-t-elle. Elle nous convainc… à moitié. En contrôle, on veut bien le croire. Pas torturée ? Elle connaît son penchant pour se placer elle-même dans des situations inextricables. « Je l’ai beaucoup fait, me tirer des balles dans le pied, mais j’ai quand même des livres qui doivent être défendus », dit-elle, craignant manifestement ses propres dérapages.

Exécution en règle

Ainsi, lorsqu’elle évoque l’une de ses collègues d’écriture très bien en cour et à l’aura sulfureuse. Elle balaie d’une petite moue dédaigneuse celle qu’elle juge en fait « consensuelle à mort », « à fond dans les jurys, le système », mais dont elle ne veut pas que l’on cite le nom.

« Et moi, je ne suis dans rien », ajoute-t-elle. Un brin d’amertume, peut-être. De fait, elle n’a jamais obtenu de prix d’envergure, type Goncourt ou Médicis, tout juste quelques jolis lots de consolation, comme le prix Décembre. « Si je publiais chez Gallimard ce serait pareil. La jalousie existe, oui, mais les blocages qu’il peut y avoir contre moi viennent de ce que j’écris, pas de mon comportement, croit-elle savoir. J’ai passé des années à ne pas être publiée et à ne pas être dans les listes de prix. »

Elle observe d’un œil caustique ces auteurs qui écoulent leurs œuvres par cargos entiers. Les Guillaume Musso, Marc Levy, Anna Gavalda… Elle les entend pester contre les critiques littéraires, parfois acerbes à leur endroit. « C’est marrant que les gens qui vendent beaucoup de livres osent dire que la presse les méprise. Ben oui, mon vieux, c’est vrai. Mais qu’est-ce que ça peut te faire ? Tu ne peux pas être partout. »

Elle ne les lit pas. « J’ai un rapport à l’écrit qui fait que je ne peux pas lire Musso ou Levy. Soi-disant, c’est facile à lire, moi je trouve ça hyper difficile. Je ne comprends pas ce qu’ils racontent, c’est tellement faux. Vous pensez qu’ils cherchent la vérité, ces gens ? »

Quatre phrases-flèches, pour une exécution en règle. Elle en veut aux médias qui s’arrachent ces écrivains à succès, du coup, elle en remet une couche : « Il n’y a pas que Jean-François Copé qui soit décomplexé, beaucoup de journalistes sont décomplexés quand ils invitent Musso ou, comment il s’appelle, Levy. Mais bon, ces gens-là ne me dérangent pas, ils ont le droit d’être lus… » Elle préfère mille fois un Michel Houellebecq, qu’elle juge « très très bon dans ce qu’il fait », même si elle se sent opposée « à la façon dont il raconte la vie ».

« Quelque chose qui est dit »

A-t-elle déjà écrit le livre ultime ? « L’idée de laisser une trace dans la littérature, ça compte », répond-elle d’abord, après un long silence. Un nouveau temps de réflexion – Christine Angot soupèse ses phrases comme on polirait des diamants –, puis : « J’en ai fait deux qui sont pas mal. Un amour impossible, c’est pas mal, Une semaine de vacances, c’est pas mal. » « Il y a quelque chose qui est dit dedans », conclut-elle, dans une de ces formulations faussement maladroites dont elle a le secret.

Pour Une semaine de vacances, qui raconte en quelques dizaines de pages au scalpel le viol d’une adolescente, l’inceste, l’emprise, au gré de scènes plus dures les unes que les autres, elle a entendu cette réflexion d’une jurée : « Vous ne voulez quand même pas donner un prix à un livre qui commence dans les toilettes ? »

C’est vrai, l’histoire, sordide, débute dans les WC. Et se termine sur un quai de gare, avec une adolescente qui parle à son sac, parce qu’elle n’a personne à qui s’adresser. On peut jeter cet ouvrage à la cinquième phrase ou le finir d’une traite. Question de goût – ou de dégoût.

Mais sait-on seulement que ce livre, elle l’a écrit, ou plutôt expulsé, en une semaine ? Elle répugne à l’avouer. De peur d’être accusée de bâcler le travail. Mais de son point de vue, ce texte était une urgence, une évidence.

Au départ, une commande d’un magazine désireux de la voir écrire une nouvelle érotique. Elle s’interroge. « C’est à moi que vous demandez ça ? Vous êtes sûr ? » Elle s’installe le matin devant son ordinateur – elle ne sait pas écrire le soir. La scène de la fellation aux toilettes arrive, s’impose. Et le flot de l’écriture enfle. Jusqu’à l’écœurement. Si l’écriture est une douleur, alors Angot a décidé qu’elle devait la partager avec ses lecteurs. « J’y suis allée à fond, dit-elle. J’étais absente. Juste une présence aux phrases. Je l’ai fait sans aucun affect, je n’ai versé aucune larme. »

La littérature comme exutoire

Elle appelle son éditrice chez Flammarion, Teresa Cremisi. Il n’y aura pas de nouvelle érotique, mais un roman, rédigé dans un accès de fureur littéraire. Personnel, si personnel. Ce texte, c’est son manifeste. Parce que son histoire. Jusque dans les détails les plus intimes, les plus scabreux. Répétée ou dissimulée dans chacun de ses livres, mais toujours là, en filigrane. Une catharsis à répétition.

On peut se gausser : marre de cette histoire d’inceste, après tout. Ou essayer de comprendre. De compatir, surtout – l’idée ne lui plairait pas. De 13 à 16 ans, Christine Angot a été violée par son père. « Ça m’a détruite. Il ne faut pas se reconstruire. On n’est pas un tout, donc je ne suis pas en morceaux… J’ai pu vivre. Survivre d’abord. On parle de salissure, non, c’est un déshonneur. » Les gestes, les actes, elle n’a rien oublié – comment pourrait-il en être autrement ? « A 13 ans, au premier geste qui est fait sur vous, vous comprenez tout de suite. Vous êtes piégée. »

Le plus dur, c’est le secret, l’omission, ce qu’exprime trop bien Une semaine de vacances. Elle trouve quand même le courage d’en avertir un proche, qui en parle à sa mère. Le père-bourreau est traducteur au Conseil de l’Europe. A 28 ans, elle se rend à la police, envisage de déposer une plainte. L’enquêteur est compréhensif, mais lui dit que le classement sans suite va s’imposer, faute de preuves, dix ans après. Elle laisse tomber. La littérature sera son exutoire.

« Je ne suis pas le bureau des pleurs »

En 1990, elle publie Vu du ciel, son premier cri. « Je n’ai jamais eu qu’un désir, être publiée », confie-t-elle. Son père est fier, il attend la parution, à la Fnac de Strasbourg, lit l’ouvrage. Une phrase, une seule phrase dans le livre, qu’il est le seul à comprendre, et il sait : rien ne lui sera jamais pardonné.

« Mon père est mort deux mois après la sortie de L’Inceste [sorti en 1999], une réussite, lâche-t-elle froidement. Je me suis dit : “Eh ben, pas mal.” Je trouve que c’est pas mal, qu’il soit mort. » Depuis, elle ne supporte pas que ses lecteurs la prennent pour un porte-étendard de la cause de l’enfance martyrisée. Elle ne répond d’ailleurs jamais aux lettres de ses admirateurs. « Je ne suis pas le bureau des pleurs », prévient-elle. Etre renvoyée en permanence à son adolescence brisée a quelque chose de désespérant. Triste tropisme.

« PUJADAS ME DIT : “ON VA DIALOGUER.” MOI JE VAIS DIALOGUER AVEC FILLON ? MAIS IL VA M’ÉCRASER, JE NE PEUX PAS PARLER SA LANGUE. »

Après de longues années de psychanalyse, elle a refait surface. A la force des mots. « Aller mieux, ça va très vite. Guérir, ce n’est pas la question. La psychanalyse m’a aidée à devenir une personne, et plus un objet. » Depuis, elle promène son drôle de physique, anguleux, étrangement séduisant, sur les plateaux de télévision, écrit des pièces de théâtre, s’essaie aux scénarios de cinéma.

On s’habitue à elle, comme à une étrangère familière. Dans l’attente d’un clash, quand sa voix monte dans des aigus tremblotants. Tant qu’elle lit ses textes, cela reste pesé, fort et lucide. C’est quand elle quitte ses mots que tout s’emballe, le débit, le regard. « Je suis un écrivain, se justifie-t-elle, pas une invectiveuse publique. »

Elle rêve un monde improbable, où les gens obéiraient aux préceptes de Jean-Luc Godard, qui répondait, à ceux qui lui demandaient comment comprendre ses films : « Regardez, écoutez. » Dans son écriture, elle veut « restituer, qu’on entende les gens, en train de respirer ». Mais dans la vraie vie, ça ne marche pas ainsi. Alors, elle force le trait, parfois.

Ecran total

A l’image de ce 23 mars 2017, face à François Fillon, sur qui elle déverse tout son mépris. Lui, imperturbable mais bouillant à l’intérieur. Elle, visage sévère, qui lit son texte, ou plutôt son réquisitoire, clouant au pilori télévisuel le candidat de la droite. Malaise. « Je l’ai écrit, pesé, marqué toutes les virgules. » David Pujadas tente d’instaurer une conversation. Elle se cabre. « Je n’étais pas énervée », prétend-elle. Ah bon…

Le studio de France 2 devient une arène. Elle a cette capacité à créer un climat irrespirable, mettre en tension. Cette femme est sur un fil en permanence. « Il y avait des huées, c’était très dur, très violent. En sortant, je me suis dit : “Quelle galère, jamais j’aurais dû faire ça.” Les journalistes ont dit : “Elle s’est énervée, tout ça.” Puis j’ai commencé à recevoir des messages, les gens me disaient que j’avais parlé pour eux. »

Mais les critiques pleuvent : Angot l’hystérique, bonne à enfermer… Parce qu’elle est sortie du cadre, a traité Fillon de « malhonnête », à court d’arguments.

Ce n’est pas son truc, le dialogue, elle le sait. « Pujadas me dit : “On va dialoguer.” Moi je vais dialoguer avec Fillon ? Mais il va m’écraser, je ne peux pas parler sa langue. » Elle n’est pas à son avantage, même les antifillonistes se sentent en empathie avec l’ancien premier ministre. Mais au moins est-elle honnête, elle-même. Quelques jours après, au restaurant, elle se fait insulter : « Va te faire foutre, va défendre Benoît Hamon… »

Mais d’où lui vient ce besoin de se colleter avec le réel ? D’autant, convient-elle, que cela lui « suffit de parler à [son] poste de télévision ». Nul besoin de montrer son visage, prétend-elle, et pourtant, elle vient d’accepter le poste de chroniqueuse pour « On n’est pas couché ».

« Pourquoi j’accepte ? Je ne sais exactement. Mais j’accepte. De m’asseoir sur le fauteuil d’en face. » Elle vit correctement de ses droits d’auteur, et son éditrice lui fiche une paix royale. Mais elle ne sait pas prendre sur elle, ne supporte pas que chacun se taise. Peut-être parce qu’elle connaît mieux que personne le prix du silence.

En quittant le plateau de « L’Emission politique », elle avait dit, à propos de l’invitation de David Pujadas : « Il m’a fait venir parce que ce que je viens de dire, eux, ils ne peuvent pas le dire. » « Personne ne trouve les mots, développe-t-elle devant nous. Les journalistes posent des questions convenues, convenables, par souci d’objectivité. Je me suis dit : “Je peux essayer au moins.” Ce n’était pas Saint-Germain-des-Prés qui débarquait, non, quand quelque chose de vrai est ­exprimé, ce n’est pas ça. Ça libère. »

Le parfum du scandale

Le parfum du scandale semble devoir l’escorter à vie. Dans son intimité, aussi, quand elle s’éprend par exemple du rappeur Doc Gyneco, à la barbe du Tout-Paris. Que n’a-t-elle entendu ! « Il y a dix ans, il y avait encore l’idée que l’intelligence s’arrêtait à certaines bornes, appartenait à certains. Donc il ne pouvait être avec moi que pour acquérir une légitimité, et moi pour en faire un roman. Voilà ce qui se disait. On méprisait sa personne… »

« JE NE SUIS PAS BÉATE DEVANT MACRON. MAIS LES GENS SE SONT CALMÉS DEPUIS SON ÉLECTION. »

Et ces autres hommes qui ont partagé un moment de sa vie, et dont elle ressent intensément les angoisses, les désastres personnels ? Elle les couche dans ses livres, camoufle tant bien que mal leur identité. Personne n’est dupe, c’est même devenu un jeu cruel dans le microcosme.

Après la parution du livre Les Petits, elle a connu l’affront du tribunal correctionnel, pour avoir un peu trop détaillé les rapports vampiriques entre son compagnon actuel et l’ex de celui-ci. L’ex a déposé plainte, gagné en première instance. Le jugement est sévère à l’encontre de l’écrivain.

Angot en est encore mortifiée. « Je n’ai jamais d’idées, explique-t-elle, je ne suis pas toute-puissante, je n’ai pas d’autorité sur la façon dont ça vient. Ce que j’écris, ça s’appuie sur des choses que j’ai vues, entendues, que je sais. Mais qu’ils continuent leurs turpitudes, du moment que je peux les décrire, mes livres ne veulent rien changer, rien. Je modifie les noms, les lieux, je connais le droit. Je veux raconter la violence qu’il y a entre nous, le pouvoir des uns sur les autres. »

Son plaidoyer n’a pas convaincu le tribunal de Paris, qui l’a condamnée, le 28 mai 2013, à verser 40 000 euros de dommages et intérêts à celle qui, à la barre de la 17e chambre, avait pleuré ces quelques mots : « Tout est vrai dans son livre, c’est ma vie. Elle veut ma mort, elle veut détruire mes enfants. »

Soupir d’Angot. « OK, j’ai été jugée, j’ai perdu. C’est une négation de mon travail par des gens qui n’y connaissent rien, ça m’a écœurée, c’est une monstruosité. Ils sont sourds et aveugles », s’agace-t-elle. Elle a fait appel. « Je ne m’épanouis pas dans la cruauté, j’essaie de dire comment c’est », plaide-t-elle encore.

Jamais sans ma fille

Ces temps-ci, Angot galère. Elle écrit cinq heures par jour, puis biffe, efface. Recommence. Rien de bon en un an et demi, des pages et des pages à la corbeille.

Elle replonge dans ses formules alambiquées : « Il y a quelque chose qui n’est pas là. Il faut attendre le truc, qu’on n’ait plus l’impression de voir des mots et des virgules, mais quelque chose qui soit vivant. Simple, trivial, peu importe. J’écris de façon à ce que ça fasse tchac, que ça arrive dans la tête. » Un peu plus tard, elle dira les choses plus simplement, enfin : « Le processus d’écriture, c’est tellement dur… »

Elle cherche, donc. « Entre deux livres, je n’y arrive pas. Je le vis très très mal. » Quand elle a eu sa fille, Léonore, il y a vingt-cinq ans, l’inspiration s’est tarie, subitement. « Un matin, je me suis levée, je me suis rendu compte qu’une seule chose m’intéressait, Léonore. Alors, je vais écrire Léonore, un truc tout bête, pour dire qu’elle est belle, comment je l’aime, et j’arrête la littérature. » Ce sera Léonore, toujours, publié en 1994. Un pur roman d’amour.

« Au cœur de tout il y a des pulsions négatives, dit-elle. J’écrirai un livre entièrement paisible le jour où on sera dans un monde idéal. On ne vit pas dans un rêve. A la fin du livre, Léonore meurt, il fallait quand même se libérer de cette possession. » On ne se refait pas.

Indignation sélective

Elle tâte parfois du journalisme, et ses portraits d’hommes politiques sont un vrai bonheur d’observation, on y décèle des détails, des intonations… Elle a été choquée quand ses confrères d’écriture, dans un numéro du « Libé des écrivains », avaient désigné Nicolas Sarkozy sous le sobriquet « Ui », ce personnage ridicule, fascisant et mafieux, créé par Bertolt Brecht. « Ça m’avait rendue folle. Ui ? Hitler ? Vous êtes sûrs que c’est ça ? Le mec, il a été élu au suffrage universel. Tu es écrivain, tu as quelqu’un qui donne un mot d’ordre et tu le suis aveuglément ? Sur un mec qui est d’ascendance juive, en plus ? On m’a même dit à propos de Sarkozy dans mon papier : “Il est très sympa, qu’est-ce qu’on fait ?” Vous vous rendez compte ? »

Elle est comme ça, Angot, emportée et raisonnée. De fait, elle a l’indignation construite. Sélective. « Je ne veux pas qu’on me mette dans les antisystème, avec Mélenchon et les autres. » Elle a voté pour Emmanuel Macron à l’élection présidentielle.

« Je ne suis pas béate devant Macron, précise-t-elle. Mais les gens se sont calmés depuis son élection. Il n’a pas fait un sans-faute, ce n’est pas l’homme parfait, il n’a hypnotisé personne, mais il a dû trouver quelque chose, un équilibre. »

Et puis, Christine Angot avait son challenge à elle. « Je ne voulais pas que La France insoumise passe. Je ne les aime pas. Mélenchon, soi-disant un tribun, qui appelle son auditoire “les gens”, c’est insupportable. Et je n’aime pas ce qu’ils ont dans le crâne, quand ils soutiennent des manifestations propalestiniennes comme celle de Barbès. »

Elle a bien un favori, qu’elle a d’ailleurs interviewé pour Libé fin juin, mais elle a des pudeurs de jeune fille au moment de le nommer. « Il y a un mec que j’aime bien, mais il ne faut pas le dire, car personne ne l’aime : Valls. Je l’aime bien. » Transgressif, clivant, mal-aimé… Tout pour plaire, en somme.

23 juillet 2017

« Son art coule dans mes veines ! »

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Pilar Abel Martinez assure être la fille non reconnue du peintre Salvador Dali. Des prélèvements ADN ont été effectués sur le corps de l’artiste. Les résultats ne seront pas connus avant septembre.

De notre correspondante  Marion Ouvray À Madrid (espagne)

Plus de vingt-huit ans après sa mort, en 1989, le corps de Salvador Dali a été exhumé brièvement la semaine dernière pour réaliser des tests ADN. Des ongles, des bouts d’os et des cheveux ont été prélevés sur la dépouille du célèbre peintre surréaliste. Le but ? Savoir s’il est bien le père de Pilar Abel Martinez, comme elle le prétend.

« Je suis la fille de Salvador Dali, et je veux que la vérité éclate », clame Pilar Abel Martinez. A 61 ans, cette Espagnole originaire de Figueras (Catalogne), comme le peintre, est décidée à faire valoir ses droits. Ce petit bout de femme au caractère bien trempé est aux anges depuis qu’un juge a décidé d’accéder à sa requête et de procéder à un test de paternité.

Adolescente, elle le croisait sans oser lui parler

« Enfin, je vais pouvoir récupérer mon identité », assure-t- elle. Les résultats seront rendus au plus tard le 18 septembre, mais, pour Pilar, c’est une certitude, elle partage les gènes de l’excentrique artiste. « Tout le monde me dit que je lui ressemble avec mes grands yeux noirs et mon mauvais caractère », explique-t-elle dans un sourire.

Sa mère Antonia aurait rencontré Salvador Dali en 1955 alors qu’elle était employée de maison à Cadaquès. « Ils ont eu une relation amoureuse, et quand ma mère est tombée enceinte, elle a préféré ne pas faire d’esclandre et partir. » Salvador Dali est déjà en couple avec Gala, sa muse, avec qui il n’a jamais eu d’enfant.

Ballottée à droite et à gauche, Pilar n’a connu ni la stabilité ni l’amour d’une mère. « Maman s’est remariée très vite, a eu d’autres enfants et a tout fait pour me laisser derrière elle. Après tout, j’étais une bâtarde. » C’est à l’âge de 8 ans que sa grand-mère lui avoue qu’elle est la fille de l’artiste. Aujourd’hui, Pilar dit ne plus avoir de rancœur. Elle s’est d’ailleurs beaucoup rapprochée de sa mère, âgée de 87 ans. « Elle s’ouvre à moi et me parle de mon père. Au fond, je sais qu’elle l’a beaucoup aimé. »

Adolescente, elle croise parfois Dali à Figueras mais n’ose jamais aller lui parler. « C’était un personnage, il était impressionnant », glisse-t-elle en mimant sa célèbre moustache. Elle laisse passer sa chance et ce n’est qu’après la mort de Dali qu’elle décide de se lancer dans une bataille juridique. « Il aura fallu plus de dix ans pour que je sois enfin entendue. »

Jeudi dernier, à 22 heures, le cercueil du peintre, enterré dans le Théâtre-Musée Dali de Figueras, a été ouvert, trois décennies après sa mort. A l’abri des regards, les scientifiques ont procédé à l’extraction de son ADN qui sera ensuite comparé à celui de Pilar, à l’Institut de toxicologie de Madrid.

La sexagénaire bout d’impatience. Bientôt, dit-elle, elle pourra adopter le nom de Dali sans que personne n’y trouve rien à redire. « Beaucoup de gens me soutiennent, mais il y en a aussi qui se donnent un mal de chien pour me discréditer. » Il faut dire que l’enjeu est de taille. Si Pilar est reconnue comme la fille de Salvador Dali, elle pourrait réclamer plus que son nom. A sa mort, l’héritage du peintre fantasque avait été évalué à 136 M$. Une coquette somme qui ne motive pas Pilar, elle l’assure. « Je veux simplement que la lumière soit faite sur mon identité, le reste on verra plus tard. »

En attendant les résultats définitifs, l’Espagnole enchaîne les plateaux télé et les interviews. Une notoriété qui ne semble pas déplaire à cette mère de quatre filles, cartomancienne à ses heures. « Je sais que mon père serait très heureux de ce dénouement. » Et si les résultats s’avéraient négatifs ? Pilar chasse cette idée de sa main manucurée. « C’est impossible, je le sens, je suis son enfant. Son art coule dans mes veines ! »

3 juillet 2011

Kees Van Dongen au MAM (Musée d'Art Moderne) de Paris - Vu aujourd'hui

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L'exposition « Van Dongen : fauve, anarchiste et mondain » propose un nouveau regard sur l'oeuvre de Kees Van Dongen. De 1895 au début des années 1930, les étapes de sa carrière sont relues à la lumière des dernières recherches historiques. Le titre de l'exposition fait moins référence aux périodes stylistiques de l'artiste, qu'à ses attitudes souvent énigmatique, contradictoires et paradoxales. Hollandais rebelles, proche des milieux anarchistes, Van Dongen devient un artificier du fauvisme. Son caractère mondain se manifeste dans ses oeuvres à la veille de la première guerre mondiale, puis surtout pendant les « années folles ».

Première période : Rotterdam-Montmartre (1898-1904).van_dongen

Van Dongen effectue un premier séjour d'un an à Paris en 1897, animé par un idéal anarchiste qui s'incarne pour lui dans la ville. Puis il s'installe définitivement en 1899 avec sa compagne Guus. Il fait bientôt la connaissance du critique d'art Félix Fénéon et du peintre néo-impressionniste Maximilien Luce, tous deux proches de la mouvance anarchiste. Une exposition à la galerie Vollard marque le premier véritable succès de Van Dongen. Il y présente des dessins récents et une nouvelle série de tableaux : des vues de Paris (Sacré-Coeur, Buttes-Chaumont, pont de la scène) et quelques marines. Les couleurs, pure et franche, traduisent une certaine immédiateté de la réalisation.

Deuxième période : van Dongen dessinateur (1898-1904).

Van Dongen a longtemps passé sous silence sa première activité de dessinateur, cherchant à entretenir le mythe d'un succès fulgurant. Pourtant ses premiers pas ont joué un rôle crucial dans son oeuvre. À Paris en 1897, van Dongen découvre dans le quotidien Gil Blas, les illustrations de Théophile Alexandre Steinien qui constituent pour lui un véritable choc. Ces images offrent une vue pénétrante de la vie parisienne et lui font mesurer l'impact social du dessin, entre dénonciation et caricature. De retour à Rotterdam, il met cette expérience à profit dans ces dessins du quartier chaud de la ville, le Zandstraat. Un peu plus tard, il explore de nouveaux thèmes : scène de cirque et de forains, modèles  à la toilette inspirés de Degas où la couleur et la lumière joue un rôle essentiel.

Troisième période : un fauve au Bateau-Lavoir (1905-1906).

À partir de 1905, van Dongen change sa façon de peindre et reprend la technique néo-impressionniste héritée de Paul Signac. Il passe l'été à Fleury en Bière, où il peint des champs de chaume déserts, des récoltes et des meules de foin, avec des ciels bas ponctués de nuages blancs. Ces tableaux sont exposés chez Druet la même année. Lors du salon d'automne de 1905, van Dongen n'est pas associé au peintre fauve. Il le sera ultérieurement, une fois installé au Bateau-Lavoir à Montmartre et alors qu'il fréquente des fauves (Derain, Matisse, Vlaminck). En raison de ses sympathies anarchistes, Picasso le surnomme le «Kropotkine du Bateau-Lavoir », rappelant sa farouche volonté d'indépendance largement condamnée par le milieu moderniste, ainsi que ses changements de styles successifs et soudain.

fat4_dongen_001zQuatrième période : un « nègre blanc » (1907-1911).

Les portraits de van Dongen et ses nus expressifs peuvent se rapprocher d'une certaine forme de primitivisme. À l'occasion d'une exposition chezBrenheim-Jeune, van Dongen écrit àMarius Ary Leblond, une lettre dans laquelle il se présente comme un « nègre blanc », soulignant ainsi le caractère à la fois primitif et septentrional de son travail. Au cours de cette période, les femmes, comme Les Luteuses de Tabarin au corps emmailloté de roses, ont des formes généreuses et musculeuses qui rappellent Les demoiselles d'Avignon de Picasso, leurs contemporaines. Le succès de van Dongen est immédiat. Il est le lien entre les fauves et les expressionnistes allemands comme Max Pechstein et Alexei von Jawlensky. En 1908, il s'installe dans un nouvel atelier, 6  rue Saulnier, près des Folies Bergères, où il trouve de nouvelles sources d'inspiration.

Cinquième période : les voyages au Maroc et en Espagne-Lorient réinventé (1910-1911)

en juin 1910, van Dongen sera en Espagne au Maroc. À Séville, il peint plusieurs portraits de jeunes femmes. Il montre un intérêt particulier pour les châles élaborés et colorés. À travers le dessin de fils aux couleurs vives sur des fonds plus clairs, ces drapé représentent à la fois des tissus et la peinture. Il porte une attention particulière aux poses, aux doigts enroulés autour de castagnettes, aux mouvements de danse. Ces oeuvres rencontrent un succès immédiat. À Tanger, il peint des études de femmes et de mendiants. Il se concentre sur les bijoux des femmes, leurs yeux cernés de khôl. Fruit d'une attirance pour l'exotisme, l'Orient de van Dongen est fait de couleurs et de sensualité.

Sixième période : les années Montparnasse (1912-1916).

Van Dongen s'installa Montparnasse, rendez-vous cosmopolite des avant-gardes dont il est l'un des principaux animateurs. Il organise de nombreuses fêtes dans son atelier décoré comme un palais oriental. À cette époque, son cercle s'est agrandi. Il fréquente à la fois des écrivains, des chroniqueurs, des antiquaires, des modèles et des artistes. Le couturier Paul Poiret devient également l'un de ses proches, comme la marquise Luisa Casati, excentrique égérie italienne. En 1913, il quitte Paris pour voyager en Égypte et à Venise d'où il rapporte des oeuvres et des objets exotiques. Pendant la Grande Guerre, van Dongen est contraint de rester à Paris, tandis que Guus et sa fille Dolly sont en Hollande. En 1919, le couple se sépare. Van Dongen a rencontré a sans cesse de nouvelles compagnes, Jasmy avec laquelle il s'installe dans un nouvel atelier, Villa Saïd.

Les œuvres que j'ai particulièrement aimées :

 

kees_van_dongen_tangole Tango (vers 1913 ou 1935) ci-contre

Nini des folies bergères.

Lucie la mulâtresse .

Lily Damita.

La nuit (1924)

la peinture du Dr Charles Rappoport (1920)

l'autoportrait de van Dongen en Neptune (1922)

le 10 novembre 1959 Brigitte Bardot pose pour van Dongen (ci-dessous)

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31 décembre 2019

LOLITA - Modèle sur la photo : Maya Otsoko

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Lolita est un roman, écrit en anglais américain, de l'écrivain russe naturalisé américain Vladimir Nabokov, publié en septembre 1955 à Paris.

Le récit est écrit comme la longue confession d'un homme, Humbert Humbert, se présentant comme « nympholepte » et décrivant la relation qu'il a eue avec Dolorès Haze durant plusieurs années. Au début du roman, Humbert a 37 ans et la jeune fille, qu'il surnomme Lolita, a 12 ans et demi. Humbert devient son seul parent par une série de coïncidences et l'entraîne dans un voyage de deux années dans le Midwest américain, au cours duquel il relate une obsession dévorante qu'il qualifie de passion amoureuse et sexuelle pour la jeune fille. Dans la deuxième partie du roman, Lolita s'enfuit avec un autre homme, et Humbert erre à leur recherche pendant trois ans, refaisant le chemin à l'envers dans le but de trouver des indices de cet homme. À la fin du roman, Lolita lui écrit, il la rejoint, et comprenant qu'il l'aime toujours bien qu'elle ne soit plus une nymphette, lui propose de partir avec lui, ce qu'elle refuse. Il lui arrache le nom de l'homme avec qui elle s'était enfuie, Clare Quilty, va le tuer, puis meurt d'une crise cardiaque en prison avant son procès. Les Mémoires sont supposés avoir été écrits en prison et édités par un ami de son avocat.

Son sujet provoqua à sa sortie scandale et censure, mais le roman est désormais reconnu comme un chef-d'œuvre de la littérature moderne ; il est souvent cité comme l'une des œuvres les plus marquantes du xxe siècle. Il apparaît ainsi dans de nombreuses listes de bibliothèque idéale établies par des personnes ou organismes des milieux littéraires.

Nabokov explore plusieurs thèmes, dont certains déjà présents dans ses ouvrages précédents. Outre la pédophilie et l'inceste qui sont au centre de l’œuvre, il traite de la psychanalyse, de la dualité, de l'errance, du décalage entre la culture des États-Unis et celle de l'Europe. Le roman est émaillé de références littéraires et poétiques, que ce soit dans la bouche de Humbert ou, plus explicitement, dans le jeu de piste culturel que Quilty a laissé à Humbert et que ce dernier utilise lors de sa recherche de Lolita.

Le choix de Nabokov d'utiliser un point de vue narratif interne dans un récit à la première personne dont Humbert est le narrateur réserve au lecteur la responsabilité d'établir (ou non) un jugement moral vis-à-vis du personnage principal. En effet, le mot « pédophilie » n’apparait presque pas sous la plume de Humbert, tandis que les occurrences du mot « viol » restent rares et circonscrites à des contextes particuliers. Les descriptions de Lolita et de son comportement sont par définition non fiables : ainsi, leur première relation sexuelle est présentée comme un jeu à l'initiative de Lolita.

Aujourd'hui, « nymphette » et « lolita » sont devenus des antonomases (c'est-à-dire des mots du langage courant) et sont employés l'un comme l'autre pour décrire une fillette perçue comme « aguicheuse ».

3 juillet 2011

"My little princess" - Vu hier matin

Vu hier : "My little princess" d'Eva Ionesco

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Un film réalisé avec pudeur par Eva Ionesco qui nous fait partager son enfance jusqu'à sa révolte contre sa mère à l'adolescence. Isabelle Huppert est très juste dans le rôle d'Irina Ionesco. Elle conjugue à la foisl'amour maternelle de cette femme envers sa fille Violetta et sa soif de réussir dans le monde de la photographie. Ce film retrace très bien l'explosion de la liberté d'expression qui règnait dans les années 70 (post mai 68). De telles photos qui ont fait la couverture de nombreux magazines sont impensables aujourd'hui. Mais le film ne dépeint pas cette société un peu trop permissive post 68, il s'attache essentiellement à décrire les liens complexes qui unissaient (et séparaient) cette jeune femme photographe et sa fille modèle malgré elle. Un film qui donne à réfléchir.

Voir mes billets des 29 juin et 25 juin 2011.

11 juillet 2014

Exposition : L’image révèle les secrets des mégalithes

Le centre des monuments nationaux a 100 ans. Il les fête notamment avec une belle exposition à Carnac.

C’est l’été, et la Maison des mégalithes de Carnac, à deux pas des alignements, ne désemplit pas. Chaque année, 600 000 visiteurs s’y pressent, avant de sillonner au cœur des vieilles pierres. Ici comme ailleurs, le temps passe mais ne semble pas effleurer les monuments mégalithiques poussés en terre bretonne voici des millénaires. À l’heure où le classement des alignements par l’Unesco pourrait prendre enfin tournure, le centre des monuments nationaux (CMN), présidé par Philippe Bélaval, propose une exposition exceptionnelle d’images en trois points clefs : Carnac, Locmariaquer et Barnenez (29).

Photo contemporaine

Au cœur de la Maison des mégalithes, on pénètre à pas feutrés sur, fond de lumière tamisée, dans cette salle qui pourrait être un dolmen et ses chambres, chacune abritant une expo photo, un regard inédit.« Nous remontons au temps où le patrimoine commence à intéresser le photographe amateur, explique Claudine Lherbier, commissaire de l’exposition.Ces innombrables menhirs, souvent couchés, interpellent le monde, inspirent des artistes. » Nombre de clichés apportent aussi un éclairage passionnant sur ce que furent les fouilles archéologiques menées début XXe par l’emblématique Zacharie Le Rouzic, lui-même inspiré par l’archéologue écossais James Miln. Certaines montrent la vie paysanne au cœur des mégalithes. D’autres apportent un regard plus artistique. La chronologie choisie pour immortaliser ces monuments d’un autre âge donne aussi une large place à la photographie contemporaine. Celle de Daniel Challe, d’Yvon Boëlle, Michel Séméniako ou Yann Kersalé, pour ne citer qu’eux. Une fresque d’images exceptionnelles pour un gigantesque plongeon dans le temps. Article de Pierre WADOUX.

« Un siècle de pierres - Instants photographiques », exposition à la Maison des mégalithes, à Carnac. Ouvert tous les jours de 9 h à 20 h. Renseignements : www.carnac.monuments-nationaux.fr. À Locmariaquer, ouverture tous les jours de 10 h à 19 h. Renseignements : www.locmariaquer.monuments-nationaux.fr.

menhir carnac

21 juillet 2017

Tom of Finland

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Tom_of_Finland

« Tom of Finland » : timide portrait d’un héros de la libération gay - Le Monde

Ce biopic ne rend pas justice au dessinateur finlandais Tom Holland.

Quelques années avant que le film Scorpio Rising (1964), de Kenneth Anger, ne consacre sur pellicule l’érotisme du motard cuir tout en muscles, un dessinateur finlandais, Touko Laaksonen, lui avait donné sa forme originale. D’abord publiés dans des revues locales, ses dessins qu’il signeraient bientôt du pseudo Tom of Finland allaient vite faire le tour du monde, et mettre le feu aux poudres de l’imaginaire des gays dans le monde entier. En retraçant le parcours de ce personnage, depuis la seconde guerre mondiale où il combattit sur le front russe, officier d’une armée finlandaise alliée avec les nazis, jusqu’à sa célébration à San Francisco et ailleurs comme héros de la libération homosexuelle, ce biopic ne rend ni justice à son personnage, ni à la vitalité de cette révolution dont il fut l’une des grandes icônes.

Le parti pris naturaliste adopté par le réalisateur, sa mise en scène platement illustrative, figent le sujet dans des images redondantes : aux couleurs désaturées et à l’atmosphère perpétuellement assourdie de la première partie, censées figurer le climat d’oppression et de secret dans lequel évoluaient les homosexuels dans la Finlande et l’Allemagne de l’après-guerre, succèdent des chromos éclatants de scènes de fête à San Francisco. Glissant sur les zones d’ombre, esquivant la complexité, le film échoue, plus dommageable encore, à traduire la folie et l’inventivité qui caractérisèrent cette formidable explosion libidinale. Folie et inventivité auxquelles Kenneth Anger, dans son Scorpio Rising, a sans doute su donner leur forme la plus indépassable.

Film finlandais, danois, suédois, allemand, américain, de Dome Karukoski. Avec Pekka Strang, Lauri Tilkanen, Jessica Grabovski (1h56).

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À l'âge de dix-neuf ans, Laaksonen quitta sa ville natale de Kaarina pour suivre des études d'art à Helsinki. C'est là qu'il commença à esquisser ses premiers dessins homoérotiques, inspirés d'images de travailleurs finlandais qu'il collectionnait depuis sa jeunesse. La Finlande s'engagea dans la Guerre d'Hiver avec l'URSS, puis dans la Seconde Guerre mondiale, et Touko fut enrôlé dans l'armée finlandaise. Après la guerre, Laaksonen revint à la vie civile et travailla dans l'industrie publicitaire, continuant à dessiner à côté. En 1957, il envoya quelques-uns de ses dessins homoérotiques au magazine américain Physique Pictorial, publiés sous le pseudonyme de « Tom of Finland » pour éviter qu'on le reconnaisse dans son pays.

L'œuvre de Laaksonen attira vite l'attention de la communauté gay dans son ensemble et, vers 1973, il publia à la fois des livres de bande dessinée érotique et infiltra le monde de l'art. « Tom » était surtout connu pour ses productions centrées sur des archétypes masculins tels que les bûcherons, les policiers à moto, les marins, les hommes d'affaires, les motards, et les hommes habillés de cuir (que rappellent les rôles joués de manière ironique par les Village People). Sa série de bande dessinée la plus importante, les BD Kake, regorgent de ses personnages archétypaux.

Des expositions de l'œuvre de Laaksonen commencèrent dans les années 1970 et en 1973, il abandonna son travail à plein temps au bureau de Helsinki de l'entreprise publicitaire internationale McCann-Erickson« Depuis lors, j'ai vécu en jeans et de mes dessins », ainsi décrivait-il la transition dans son mode de vie qui eut lieu à cette époque.

En 1979, Laaksonen fonda la Société « Tom of Finland » pour rassembler et commercialiser son œuvre. Cette société existe toujours et a évolué sous forme d'une fondation à but non lucratif consacrée à la collecte, à la conservation et à l'exposition des œuvres d'art homoérotiques. À la fin des années 1990, la société présenta une ligne de mode inspirée des œuvres de « Tom », couvrant un large éventail de styles, en plus du look blousons et jeans déchirés de ses dessins. Cette ligne de vêtements équilibre l'homoérotisme d'origine avec la culture grand public de la mode et leurs défilés ont lieu en même temps que ceux des autres maisons de couture.

Avant sa mort, « Tom » a fait l'objet d'un documentaire, Daddy and the Muscle Academy - The Art, Life, and Times of Tom of Finland.

1 juillet 2011

Artaud - Barrault / Vu ce soir au Pavillon de l'Arsenal -Paris 4ème

010720111652L'échange entre Antonin Artaud et Jean-Louis Barrault fut profond et durable. Artaud salua la première mise en scène de Barrault (Autour d'une mère, d'après Faulkner), par un texte retentissant, repris dans Le Théâtre et son double : « on peut dire que c'est cela le théâtre, ce que Jean-Louis Barrault en a fait ». Barrault consacre à Artaud de nombreuses pages dans ses livres, marqués par la trace du poète : « il était d'une aristocratie fondamentale. Artaud était un prince ». Surtout, Artaud adressa à Barrault quelques lettres, durant leur commune jeunesse parisienne, puis expédiées du Mexique, ou encore de Rodez, pendant l'épreuve violente de l'internement. C'est l'intégralité de ces lettres, peu connues - et d'une intensité stupéfiante - qui forme le cœur de ce travail conçu et dirigé par Denis Guénoun et interprété par Stanislas Roquette.

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3 juillet 2011

Jane Evelyn Atwood - Photographies 1976 - 2010 à la MEP

autoportraits_3_11Première grande rétrospective consacrée à la photographe américaine Jane Evelyn Atwood, l'exposition rend compte de trente-cinq ans de travail. Organisés autour de six séries majeures (les prostituées, les aveugles, les femmes en prison, Jean-Louis/Vivre et mourir du sida, les victimes de mines antipersonnel, Haïti) et d'une vingtaine de photographies inédites sur différents sujets, les quelques 200 tirages de l'exposition retracent le parcours d'une photographe sans concession, sensible aux destins de ceux que leur condition et les drames de la vie ont rejetés à la périphérie, loin des regards de la société.

Jusqu'au 25 septembre 2011 à la MEP

1 juillet 2011

Xavier Fourtou : Portrait brésilien.

290620111631L'exposition présente une série de visages photographiés par Xavier Fourtou à Sao Paulo. Dans la plus grande ville du Brésil, il s'est intéressé aux graffitis, ceux de la Villa Madelena tout d'abord, puis ceux trouvés au hasard de ses pérégrinations. Les portraits qui en résultent sont agencés en diptyque ou en mosaïque est accompagnés d'une légende, un adjectif qui qualifie l'humeur et le caractère de ces personnages. Sa composition révèlent l'énergie propre au peuple brésilien. Le rythme des formes et des couleurs rend hommage à cette culture métissée.

290620111630Exposition à la Maison Européenne de la Photographie jusqu'au 25 septembre 2011

22 décembre 2019

Orgie gay, arnaque et peep-show : plongée dans le Paris libertin

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Par Laurent Telo

Se faire plumer dans un bar à hôtesses, transpirer dans un sauna libertin, mater du cuir dans un club gay… A l’ère du sexe 2.0 et de la pornographie en VOD, les lieux chauds de la capitale n’ont pas tous disparu. Sans peur ni préjugés, « M » est parti à leur recherche.

Ils ont de drôles de commandes, quelquefois, les chefs, à M. Là, ils sont persuadés d’avoir déniché un sujet d’article puissant susceptible de faire vibrer les foules à la lecture du numéro spécial de fin d’année, en conciliant contre-programmation éditoriale, analyse sociétale audacieuse et, soyons fous, magie de Noël : « Existe-t-il encore des peep-shows à Paris ? » Déjà, il a fallu trouver une définition précise du peep-show : performance humaine pornographique que le client contemple, installé dans une cabine privative, en glissant régulièrement des pièces de monnaie dans une fente afin que la vitre sans tain placée devant lui ne s’obscurcisse pas au moment fatidique.

À l’heure de l’abolition théorique du concept de femme-objet, le peep-show est un truc complètement ancien monde, voire ancien monde englouti. En d’autres termes, à M, on s’est demandé : que reste-t-il de nos amours perverses d’antan ? Quels sont les vestiges du Paris coquin à l’heure où le sexe semble s’être réfugié exclusivement sur Internet, là où le plaisir se résume à l’envoi frénétique de cœurs virtuels vers un fantasme géolocalisé et à d’éventuelles rencontres en papier jetable ? Notre mission est simple et on l’a accepté : trouver un peep-show.

En cas d’échec, élargir le sujet – rassurez-vous cet article est garanti 100 % sans jeux de mots douteux – et identifier ses substituts selon un cahier des charges interdit aux mineurs : pas de sexe sans sortir de chez soi, pas de rencontres tarifées avec des professionnels. Tout cela à trouver, faire, assouvir en une seule soirée, avec un budget quasiment illimité. Mais ne nous emballons pas. Pour établir avec justesse notre hiérarchie des préoccupations sexuelles contemporaines, une flopée d’experts rencontrés lors de notre déambulation nocturne nous a conseillé ceci : « Faites gaffe, quand on débute, il vaut mieux y aller en douceur. »

Pigalle n’est plus que l’ombre de lui-même

On a donc commencé par les animaux. Le hasard, juré. On est juste entré dans le sex-shop qui nous paraissait le plus ancien de Pigalle, qui est lui-même le quartier historico-cliché du Paris sexy. Pour voir si tout ça tenait encore le coup. L’établissement, tenu par Lucien la-clope-au-bec, n’avait pas plus d’âge que de nom. Si la production d’œuvres cinématographiques zoophiles est interdite en France, la location de DVD réservés à une niche, si on peut dire, profite d’un vide juridique qui ravit « les bons pères de famille qui ne peuvent pas prendre le risque de regarder ça sur l’ordinateur familial. Donc, ils viennent ici pour mater leur film tranquillement ». Concernant ce secteur d’activité très précis, Lucien, le gérant, est formel : « Oui, ça marchera toujours. » C’est une histoire de pulsions inextinguibles.

Lucien est très fort, il arrive à soutenir toute une conversation, même zoophile, avec sa sèche au bec. Il y a très longtemps, il était artisan chapelier rue Chapon. Il est très méticuleux, il a installé des essuie-mains pour juste après le visionnage. Beaucoup de succès aussi pour ses magazines collectors en noir et blanc qui, selon lui, valent « très cher » et se vendent comme des petits pains, car ils sont introuvables sur Internet. Comme ce spécial travestis britanniques circa années 1980, dont la plupart des modèles sont coiffé(e)s et habillé(e)s comme Margaret Thatcher. Les textes sont en anglais, on n’a rien compris.

En fait, c’est plutôt les produits plus « tradis » qui piquent du nez. Il est 19 heures et Lucien n’a vendu que deux articles aujourd’hui. Un godemiché rose fluo au mécanisme multiforme compliqué et une panoplie de femme flic avec les menottes, la matraque, et tout. À côté d’affiches de films qui feraient passer une cabine de routier pour un roman Arlequin, il a punaisé un Vermeer, un Degas et une lithographie de Monsieur Hulot (« maintenant, on lui enlève la pipe dans ses films. Tout est aseptisé »). « Depuis qu’on peut pratiquement tout acheter sur la Toile, c’est un peu la misère… J’attends tranquillement la retraite. » Le sex-shop aussi, visiblement. On est très loin d’un âge d’or que Lucien situe au milieu des années 1980, quand un type pouvait acheter pour « mille balles de dentelles pour sa nana ou le dernier godemiché importé du Japon ».

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« TU VOIS, LÀ ? À LA PLACE DU LCL, IL Y AVAIT UN BAR À STRIP-TEASE. ET LÀ, À LA PLACE DU BIO C’BON, EN DESCENDANT, C’ÉTAIT LE NARCISSE, UN BAR DE NUIT ET DE STRIP-TEASE. » PHILIPPE COCHINARD, « PIGALLIEN » HISTORIQUE

Après, on a beaucoup marché et tiré beaucoup de rideaux discrets entre Pigalle et Blanche. Aucun peep-show à l’horizon mais un embouteillage de sex-shops, une accumulation de sextoys en forme de tour Eiffel et d’autres aussi épais que la tour Montparnasse. A force, ça écœure un peu. On était un tantinet pessimiste quant à l’avenir de la profession. On a traversé le boulevard de Clichy. Il y avait un autre type d’attraction qui avait l’air de marcher du tonnerre et qui nous ouvrait les bras. On a été ébloui par la devanture de La Diva qui clignotait de mille feux. On ne savait pas trop ce que c’était, mais ça avait l’air terrible.

À la porte, le videur nous assure avec un clin d’œil très appuyé qu’il y a plein de monde à l’intérieur et qu’on allait bien s’amuser. Dedans : une salle archivide dont le papier peint pourrait concurrencer la salle des fêtes de Pithiviers en 1973. On a cru comprendre que c’était une boîte à strip-tease. Soixante euros, deux consommations, une chanson, trois minutes de show morose et une paire de seins qui s’agite péniblement. Ça ne raconte aucune histoire ou alors elle est très triste. Derrière le bar, les deux tauliers ressemblent à Michel Constantin dans un film noir. Pas trop la classe américaine. La danseuse en a fini, nous aussi. Possibilité surtarifée de danser en extra derrière un rideau. Indice d’excitation proche du néant, on a passé notre tour.

Pour être plus efficace, on a pris une bière avec Philippe Cochinard. Il allait nous raconter Pigalle. Car Philippe est un Pigallien historique. Et aussi un collapsologue des lieux. « Un peep-show ? ! ? Ouh ! là, mais c’est terminé, tout ça, mon pauvre ! Tout dégringole, ici. Tous les copains sont partis. » Avant d’être documentariste – il vient de réaliser un film sur la garde républicaine qui sort en janvier 2020 –, il fut directeur de la communication du Sexodrome, l’Ikea du gadget coquin. On était assis à une terrasse stratégique, en face du Moulin-Rouge, le pôle d’attraction ultime de Pigalle qui génère ses flots de touristes qui, selon un système de tuyauterie bien huilé, se déversent ensuite chez Lucien et compagnie.

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Pigeonné par la dame au tricot

Pigalle sera toujours Pigalle. Sauf que : « Tiens ! Regarde. Tu vois, là ? À la place du LCL, il y avait un bar à strip-tease. Et là, à la place du Bio c’Bon, en descendant, c’était le Narcisse, un bar de nuit et de strip-tease. » Le dernier cinéma porno, L’Atlas, vient d’annoncer sa fermeture, « et il n’y a plus aucun théâtre porno, non plus. Le French Lover, le Love Théâtre, le Lolita Club… Le métier d’acteur et d’actrice de théâtre porno a complètement disparu. Avant, le désir de l’homme était prioritaire, exacerbé. Aujourd’hui, les acteurs de théâtre porno auraient toutes les associations féministes sur le dos ».

Philippe était un peu déboussolé à mesure qu’il comptait les cadavres. « Il y avait Le Sultana, aussi, rue Pigalle, un club échangiste, une institution. Il n’y a plus ce côté sulfureux ni la même magie festive. Comment dire… Ce n’est plus vraiment un lieu de perdition. » A cause des réseaux sociaux, « les gens ne veulent plus seulement voir. Ils veulent faire par eux-mêmes. Et Pigalle a dû se réinventer, encore. »

En haut, première photo à gauche, Philippe Cochinard, documentariste et « Pigallien » historique. Deuxième et troisième photo, Jean-Marc Grenet, patron du Cupidon. Les autres images ont été prises au Cupidon, au Dépôt et à Chochotte. | Frankie & Nikki pour M Le magazine du Monde

Justement, on a décidé de partir à la recherche d’une activité en forte voie d’extinction. Le bar à hôtesses. Une sorte de peep-show, mais moins virtuel. En faisant des tours dans le quartier, Philippe nous a expliqué toutes les arnaques possibles qui sévissent depuis la nuit des temps à Pigalle. On a bien rigolé, il fallait vraiment être bête pour se faire avoir. Mais, déjà, en trouver, c’était compliqué, il n’y avait que des bars bobos.

Philippe pestait et nous a conté : « C’est dans les années 2000 que le sexe s’est complètement démocratisé, qu’il est devenu porno chic et que le Pigalle d’antan a changé. Tout ça est arrivé avec les stars du X invitées sur les plateaux télé et un petit canard vibrant qui a remplacé le sextoy classique. À l’époque, le Sexodrome était superclasse, on avait dressé des rayons entiers de canards vibrants. On voyait moins de pervers pépères à imper et davantage de jeunes couples. » On a levé la tête : sur les quatre niveaux du Sexodrome, deux seulement sont ouverts.

On a beaucoup tourné et on a fini par tomber sur l’un des derniers bars à hôtesses du quartier. Le May Flower. Tout de suite, ça a mal commencé. Même Philippe n’a rien vu venir, c’est dire. On a été entraîné très vite à l’écart par une hôtesse qu’on a eu l’air de déranger, elle était en train de se tricoter un cache-col. Petite alcôve riquiqui, rideau tiré. Rien de plus marrant que de discuter des tarifs des différentes prestations avec la dame au tricot. Mais on a du mal comprendre. Après huit minutes top chrono de bla-bla sans un téton à l’horizon est arrivée la note qu’on n’avait pas demandée : 180 euros pour une « conversation privée ».

On a regardé les trois chiffres avec un air idiot. Mais il n’était plus l’heure de négocier. Des malabars n’étaient pas loin. On a quitté la demoiselle les poches vides qui s’est remise illico à ses aiguilles. Transformé en pigeon, on s’est posé une question : comment survivre à un schéma pareil quand l’arnaque est une absence de particularité ? Mais, après tout, le sexe est un objet de profit vieux comme le monde. Il y aura toujours des désirs irrépressibles de nuit finissante.

Réforme des retraites dans un sauna coquin

Pour nous remettre, voire nous refaire, Philippe nous a indiqué une institution du Pigalle new-look. Le Moon City, un sauna libertin inauguré en grande pompe en 2006. Ce soir-là, il y avait même Paul-Loup Sulitzer et son cigare. Là, on est confortablement installés au bar en compagnie de « jeunes couples » qui ont réinventé le sexe à Pigalle. Le Moon City, c’est un peu une oasis au milieu d’un désert de glauque. Ici, il fait chaud, on se croirait à Goa. Soixante euros l’entrée pour les couples, 130 pour les hommes seuls.

Léa et Franck portent tous les deux une serviette avec moins que rien au-dessous. Ils sont habillés comme s’ils étaient prêts à aller batifoler dans le sable. « J’aime bien prendre mon temps et me mettre dans l’ambiance, raconte Léa. Boire un verre, regarder les gens, repérer ceux qui peuvent m’attirer… » On a aussi parlé de la réforme des retraites avec Franck. C’était drôle parce que, tout autour de nous, des foules pécheresses jouaient au Jokari avec leur(s) partenaires(s). On voit aussi des corps qui prennent de la vitesse et des gens pleinement émancipés, on entend un « quand je commence, je ne peux plus m’arrêter » et des cris aussi aigus que des trompettes célestes.

Entre Léa et Franck, c’est l’amour fou depuis qu’ils se sont dragués sur une application de rencontre. Mais, désormais, c’est l’abstinence virtuelle. « Les réseaux sociaux, c’est la décadence de la société. Le symbole de la « tristitude ». Ici, on sait ce qui nous plaît, mais on ne vient pas avec un objectif précis. » Il faut dire qu’il y a le choix. Les saunas sont pleins, le Jacuzzi déborde. Le propriétaire a fini par décliner le concept. Il a ouvert un sauna bisexuel de l’autre côté du boulevard et un autre, L’Éclipse Sauna, près du quartier des Halles.

On y est allé, on a fini par tout confondre à force de voir des gens en serviettes arpenter des couloirs baignés de vapeur, mais on s’est persuadé que le business avait un sacré avenir devant lui. Léa, par exemple, a très envie de revenir. Cette idée la fait sourire. Elle a un credo : que la vie lui donne le maximum avant qu’elle ne puisse plus la retenir. Ce soir, d’un point de vue strictement mathématique, Léa a couché avec un homme et un couple. Elle a éprouvé des plaisirs fous et, après, elle était un peu à plat.

Libre échange

Ceci n’est pas un plug anal. On s’est même fait enguirlander par son propriétaire pour cette grossière erreur d’appréciation. « J’étais sûr que t’allais balancer une connerie. » Jean-Marc Grenet, 62 ans, parle comme un vrai titi parisien. Non, c’est le pommeau métallique – d’une forme quand même très suggestive, on insiste – de la descente du grand escalier de l’Hôtel George V. Grenet est parti avec après vingt-trois ans de bons et loyaux services comme barman de nuit du Palace. Il a servi Serge Gainsbourg, « qui faisait des bœufs », Yul Brynner, « beaucoup plus petit que prévu », John Wayne, « un colosse », et James Brown, qui « débarquait à l’hôtel en peignoir après son concert. » « Des mains célèbres ont touché ce pommeau. »

Aujourd’hui, il est patron du Cupidon, le club libertin « le plus chaud » de Paris. C’est dans une petite rue toute mignonne, entre Opéra et Palais-Royal. Pas très loin de Pigalle, mais, ici, c’est un autre monde. « Chaud », parce que « je n’organise pas de soirées qu’avec des couples. C’est trop figé. Il faut se plaire à quatre, c’est pas évident. J’accueille aussi des hommes et des femmes seules. C’est plus rentable (100 euros et deux consos gratuites pour un homme seul, entrée libre avec passage au bar obligatoire pour les couples et les femmes seules) et plus festif ». Le Cupidon est spécialisé dans le candaulisme. Une nouvelle définition à retenir : le candaulisme, c’est quand un homme ou une femme regarde son ou sa conjoint(e) avec un ou plusieurs autres partenaires.

Grenet est un fin connaisseur du monde libertin parisien. Il a tenu Le Sultana, Le Vice versa, Le Cléopâtre… Les années 2000 ont déluré Paris avec ses orgies élitistes aux Chandelles, le lieu préféré de DSK et de Thierry Ardisson, et beaucoup d’autres, plus popus. On compte alors plus d’une centaine de clubs. Mais le proxénétisme déguisé explose tout autant. La brigade mondaine se régale. « Aujourd’hui restent les irréductibles, sourit Jean-Marc. Ceux qui savent comment faire. Internet ne nous fait pas de mal. Les libertins ont connu trop de déboires avec des rencontres bidon. Ici, c’est du réel, encadré. »

« DESCENDEZ POUR VOIR. LE TRUC QUI MARCHE FORT, C’EST LE GLORY HOLE. » ÇA SE PRÉSENTE COMME UN BUNGALOW DE RIEN DU TOUT AVEC DES TROUS PRATIQUÉS DANS LES CLOISONS, À HAUTEUR DE LA TAILLE, VOUS SUIVEZ ?

Jean-Marc a mis au point une charte déontologique : « Je discute à l’entrée avec les gens qui viennent pour la première fois. Je ne veux pas que la femme soit forcée. Ça a changé sur ce plan-là. La clientèle n’est plus exactement la même. Par exemple, il y a de plus en plus de femmes seules qui ont des grosses responsabilités dans le civil. Qui se sont consacrées à leur carrière et n’ont pas eu le temps d’avoir d’expériences amoureuses… Et, là, elles ne viennent pas pour rencontrer juste un seul mec. Ça défile… »

Grenet est un commerçant, il essaye de trouver des idées sensass pour faire tourner la boutique. Hier soir, il a organisé une soirée kilt. Affichée complet. « J’ai fourni aux hommes des kilts et des chouchous de couleurs différentes à enrouler autour de leur sexe. La fille qui avait récupéré le plus de chouchous gagnait un super lot. » Ce soir, il n’y a aucun ministre ni dirigeant(e) du CAC 40. Rien de rien. « Descendez pour voir. Le truc qui marche fort, c’est le glory hole. » Qui n’est pas un cousin du peep-show, même éloigné. Ça se présente plutôt comme un bungalow de rien du tout avec des trous pratiqués dans les cloisons, à hauteur de la taille, vous suivez ? Il y a trois hommes plantés devant les orifices et, à l’intérieur du bungalow, une femme d’un certain âge qui ne sait plus où donner de la tête.

Il est 2 heures du matin, sur la minipiste de danse, il y a une fille sublime avec un des plus beaux corps qu’on puisse imaginer dans ce genre d’endroit. Luisant dans le clair-obscur. On ne sait pas comment on écrit candaulisme en ukrainien, mais elle voudrait faire plaisir à son mari qui a des idées sauvages à s’en faire éclater les yeux. Seulement, pour les hommes seuls en maraude, la rampe d’accès jusqu’à elle paraît impensable. Alentour, il y a aussi des gourmandises débridées, des incroyables talents et du maquillage barbouillé, des hommes fiers comme Artaban et des yeux pleins de gratitude.

Et puis, il y a Emma, qui a le regard doux d’une jeune étudiante en philosophie. Elle vient pour la première fois, par hasard et par curiosité. Jean-Marc la couve. C’est la relève, en quelque sorte. Elle a une toute petite voix quand elle dit : « Je préfère venir ici que chatter sur Tinder, où c’est trop engageant. » Peep-show ? Elle ne savait même pas que ça pouvait exister. En revanche, le glory hole l’a beaucoup intriguée. Pas forcément sur un plan philosophique.libertines11

Tout le cuir de Fès

Trois heures. Tout cela est assez confus, on n’y voit pas très clair ; juste derrière Michel, tandis qu’il nous met en garde sur la persistance rétinienne de la « soirée la plus chaude de l’année », on discerne, en lisière du dance floor pilonné par une musique brutale, beaucoup d’hommes harnachés de cuir et de métal lourd en fusion qui forent le puits intime d’autres hommes. Il y a tellement de cuir que tout le stock des tanneries de Fès a dû y passer. Il y a pas mal de fesses et de zizis à l’air, plus ou moins en forme, mais aussi un type vêtu d’une combinaison intégrale comme s’il venait de passer la ligne d’arrivée des 24 Heures du Mans moto.

Il essaye d’embrasser son compagnon, mais, avec son casque de moto, ce n’est pas très pratique. D’autant plus que son amoureux porte lui-même un masque de chien en latex. Il faut dire que la mode puppy fait fureur dans le milieu fétichiste gay. Et encore des hommes marteaux piqueurs, parce qu’on en revient, finalement, toujours un peu à la même chose. Nous, on revient à Michel, directeur artistique des lieux, Le Dépôt, le plus grand club gay d’Europe et peut-être du monde. Mythique depuis vingt et un ans. « Il y a même des filles qui se déguisent en hommes pour essayer d’accéder au sous-sol et voir comment ça se passe. 

Michel porte aussi un harnais de cuir, mais au-dessus de sa chemise très cadre sup’, ce qui lui donne une apparence de gladiateur assez étrange. Michel rappelle que Le Dépôt, aussi mythique soit-il, avait une réputation abîmée. « On a relancé le lieu, notamment la partie clubbing, pour qu’il n’y ait pas que du sexe. On a voulu montrer que, si ce lieu devait rester pas politiquement correct, il était aussi sexy et propre. » Michel a un master en stratégie de marque et cite Chanel : « Il faut beaucoup de sérieux pour faire du frivole. »

Il a travaillé à l’Olympia et au Musée d’Orsay. Il anticipe les tendances, mais il parle aussi d’un monde gay qui pourrait être submergé si on n’y prend garde. Michel est président de l’association de réduction des risques Play Safe. « Depuis quelque temps, il y a une nouvelle libération sexuelle grâce à la PrEP [traitement médical préventif contre le sida]. Mais il y a aussi 600 drogues de synthèse différentes accessibles sur Internet. Avec la visibilité du chemsex [les relations sexuelles sous l’emprise de drogue] sur les applis de rencontre, les jeunes finissent par penser que c’est la normalité. Il y a eu de nombreux morts liés à cette pratique. »

Halte là ! Une goutte de poésie, SVP. Bon, tout est relatif, mais on va faire comme si. L’entrée du Théâtre Chochotte se situe à côté d’un vendeur de crêpes, dans la rue Saint-André-des-Arts, à deux pas de la fontaine Saint-Michel. Le show d’Eden, la danseuse du moment, est pro jusqu’au bout des poils pubiens qu’elle n’a plus. Le tout-lisse est toujours à la mode. Chorégraphie au cordeau. Formidable. Elle fait du touche à touche avec les trois clients présents dans la salle. Un tout jeune et un tout vieux. C’est jour de grève. Les retraites sapent le moral des libertins. Chochotte, c’est un show à l’ancienne. Cinquante-cinq euros l’entrée.

Ambiance tapisserie médiévale. La patronne, c’est Mademoiselle Anaïs. Une femme d’affaires redoutable qui balance ses jambes comme Cyd Charisse pendant qu’elle répond à nos questions. Le vintage intemporel de Mademoiselle Anaïs prospère, elle ouvrira prochainement un second établissement à Bruxelles. Elle raconte une jolie histoire à laquelle on voudrait croire : « J’embauche principalement des étudiantes que je forme. Je veux des filles qui veulent se découvrir, qui n’ont pas de revanche à prendre sur la vie. Je veux un état d’esprit positif. »

Chochotte existe depuis trente-cinq ans, Mademoiselle Anaïs a toujours été là. Elle ne dit pas son âge, mais elle est très belle. « On reste le dernier bastion. La clientèle, blasée par Internet, est de plus en plus exigeante. Elle cherche de l’émotion, quelque chose de vrai. Il y a une Américaine qui passe de temps en temps une semaine à Paris. Elle vient tous les jours. Elle adore toutes les filles. Elle discute avec elles. » Ben… le strip-tease masculin, alors ? « J’aimerais bien. Pas pour l’argent, juste pour l’idée. Mais c’est encore trop ambigu. Je crois que ce ne serait pas accepté. » Sur la fresque de l’entrée, on zyeute une Aliénor d’Aquitaine en tenue très légère et pas toute seule. Ça donne envie de lire Georges Duby dans « La Pléiade ».

Gang bang féministe

Il est 4 h 55, Paris ne va pas tarder à s’éveiller. Avant de rentrer à la maison, on a traversé la rue Saint-Denis et la rue de la Gaîté à toute allure. Rien à y voir, c’était presque devenu des villes fantômes. Lucien en aurait lâché son clope. Puis, on a passé un coup de fil à Jane Melusine pour avoir des nouvelles. Elle rentrait d’une soirée BDSM (bondage, discipline et sadomasochisme) dans un club privé du 19e arrondissement. La nuit des reines. Vingt-cinq dominatrices triées sur le volet, venues spécialement de New York ou de Tokyo, toutes avec leur(s) soumis. Personne n’était là pour rigoler.

Jane, elle, est venue de Thionville après avoir longuement traversé les nuits du Paris coquin. Avant de devenir dominatrice, Jane Melusine n’a jamais réussi à descendre dans les backrooms du Dépôt, « pourtant, j’ai tout essayé pour aller voir ». Elle a commencé à la Chochotte au début des années 2000. Un an sous les ordres de Mademoiselle Anaïs. « Je suis fière d’y avoir découvert mon corps. » Un vrai gourou, cette Mademoiselle Anaïs. Jane fut actrice de théâtre porno, strip-teaseuse dans à peu près tous les lieux parisiens chics qui s’y prêtent. Et aussi une habituée des après-midi en club libertin pour son plaisir.

« PRENEZ LES GANG BANG, CONTRAIREMENT À L’IDÉE VÉHICULÉE, C’EST MOI QUI DOMINE. JE FAIS MON CHOIX DE PARTENAIRES QUI SONT À MA DISPOSITION. S’IL Y EN A UN QUI DÉBANDE, IL DÉGAGE. » JANE MELUSINE, DOMINATRICE

« Je suis une hurluberlue dans ce milieu. J’ai fait des études, je dévore la littérature érotique. Le sexe a une fonction cathartique. J’ai fait du strip hard, avec des godes même, mais avec une démarche intello derrière. Et j’ai découvert le BDSM. » Elle nous a raconté sa soirée et on a attaché notre ceinture. Il y a eu des piétinements – avec ou sans talons hauts –, des attachements que même Houdini… des étouffements, et même des jeux étincelants à base d’électricité. Son soumis, un jeune homme de 22 ans, a visiblement beaucoup apprécié.

« Aujourd’hui, le sexe s’est tellement démocratisé que c’est devenu vraiment du bas de gamme genre Jacquie et Michel. Il n’y a plus vraiment ce libertinage à la française, cette tradition qui remonte au XVIIe siècle. Il n’y a même plus de côté tabou à surpasser. Heureusement, avec le BDSM, on est à l’abri d’une mode grand public, car il faut du temps pour maîtriser les pratiques. C’est une histoire de passion où on peut descendre au fond de soi-même. J’ai l’impression de retrouver le milieu du libertinage que j’ai connu au début. »

Jane est même devenue une figure du milieu BDSM. « Depuis cinq ou six ans, de plus en plus d’hommes se féminisent et rampent à nos pieds. Ce sont des chefs d’entreprise ou des hommes politiques qui veulent renverser la vapeur. Je suis citée dans le livre Toutes des salopes. Comment faire d’une insulte un étendard féministe, d’Adeline Anfray (éd. La Musardine). Je revendique de consommer les mecs comme ils peuvent nous consommer. Prenez les gang bang [comptez une bonne dizaine d’hommes qui font l’amour à une seule femme], contrairement à l’idée véhiculée, c’est moi qui domine. Je fais mon choix de partenaires qui sont à ma disposition et je leur dis ce que je veux. Ni émotion ni sentiment. S’il y en a un qui débande, il dégage. »

Pour les copains de Jane, il n’y avait plus de doutes, la femme est bien l’avenir de l’homme. On était content d’avoir pensé à ça, Jane Melusine aurait été fière de nous, et elle nous aurait sûrement récompensé. Malgré une persistance rétinienne tenace, le peep-show n’était plus qu’un rêve lointain et il était enfin l’heure de s’allonger. Dans le grand sourire d’une nuit héroïque, on s’est endormi comme un bébé.

21 juillet 2017

Royal de Luxe à Nantes

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Après ses escapades à Montréal et au Havre, La Compagnie Royal de Luxe posera ses valises à Nantes du 29 juillet au 20 août. Elle y présentera sa nouvelle création « Miniatures » sur la place de la petite Hollande.

Du 29 juillet au 20 août, pour vingt représentations, la Compagnie Royal de Luxe revient à Nantes pour enchanter petits et grands avec une nouvelle création, « Miniatures. » Cette fois-ci, nul Géant mais un spectacle intime. « Il n’y a pas de décor, le public est face à face, précise Jean-Luc Courcoult, auteur, metteur en scène et fondateur de la compagnie. Les acteurs sont au milieu, dedans, proches des gens, ils les entendent respirer. »

Au cœur de l’histoire, un pilote d’avion qui s’imagine croiser Saint-Exupéry dans les nuages. Un jour, il s’endort aux commandes et traverse des miroirs telle Alice au pays des merveilles. « Il se retrouve à jouer à saute-mouton sur le dos des catastrophes de la planète, surplombant des conflits qu’il visionne comme autant de phénomènes miniatures, ajoute Jean-Luc Courcoult. D’où le titre du spectacle. » Un rêve qui navigue entre cohérence et incohérence... pour mieux observer notre société !

Médiation culturelle autour du spectacle

A l’origine ce spectacle ne devait pas se jouer en centre-ville. Royal de Luxe souhaitait emmener les spectateurs dans un quartier limitrophe où la culture est moins présente. Mais aucune place n’était suffisamment grande. « La Ville a donc mis en place une médiation avec la compagnie, explique David Martineau, adjoint à la culture. Le Kiosque Nantais Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre va sillonner les quartiers et un travail sera fait avec les centres de loisirs, les associations d’insertion… Des places seront réservées pour un public éloigné de la culture. »

Joué en avant-première à Malines en Belgique, « Miniatures » a été créé en réaction aux attentats et à leurs conséquences (plan Vigipirate) sur les grands événements de rue. Mais également sur l’énigme de la réalité du monde. « L’art sert à éclaircir la situation, à faire ressortir la dimension poétique des événements pour que le public s’en saisisse, conclut Jean-Luc Courcoult. »

Pratique :

Du 29 juillet au 20 août. Représentations tous les jours, sauf le lundi. Place de la Petite-Hollande.

Horaires : Mardi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche à 17h. Mercredi à 15h.

Gratuit. Pas de réservation possible. La billetterie sera ouverte sur place, trois heures avant la représentation. Dans la limite des 700 places disponibles.

Plus d'infos : http://www.royal-de-luxe.com/fr/le-mur-d-images/# Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre

25 décembre 2019

En grève, l’Opéra de Paris propose « Le Lac des cygnes » sur son parvis

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L’orchestre symphonique et le ballet se sont produits devant les portes du Palais Garnier pour protester contre la réforme des retraites.

Orchestre symphonique, danseuses de l’Opéra en tutu blanc et, à l’arrière-plan, des banderoles de manifestation. A la veille de Noël, l’Opéra de Paris a voulu rappeler, à sa manière, son opposition à la réforme des retraites. Entre deux Marseillaise, sous le ciel gris parisien, une quarantaine de danseuses du corps de ballet de l’Opéra ont exécuté des tableaux du Lac des cygnes, sous les applaudissements d’une petite foule amassée sur la place de l’Opéra, en plein cœur de la capitale.

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Dans leur dos, deux grandes banderoles : « Opéra de Paris, grève » et « La culture est en danger ». « Même si on est en grève, on a voulu offrir pour le 24 décembre un moment de grâce », a déclaré à la presse le danseur et élu à la caisse des retraites Alexandre Carniato. « Malgré un temps extrêmement frais, les filles ont voulu relever le défi et les musiciens les accompagner », a-t-il ajouté.

S’ajoute à la quarantaine de danseuses les musiciens de l’orchestre symphonique, à gauche de la photo, place de l’Opéra à Paris, mardi 24 décembre.

L’Opéra est en grève depuis quinze jours, ce qui a entraîné l’annulation de nombreux spectacles. « On nous inculque depuis l’âge de 8 ans qu’on a une mission régalienne et qu’on va danser pour l’Opéra de Paris qui représente la France », souligne Alexandre Carniato, 41 ans.

« L’ensemble de l’Opéra est touché » par la réforme des retraites, indique Héloïse Jocqueviel, 23 ans, danseuse du corps de ballet qui a participé au spectacle. « C’est notre art qui est mis en danger ». Les danseuses ont choisi l’acte IV du Lac des cygnes, « l’un des ballets les plus difficiles », qu’elles ont dansé « sur du marbre, dans le froid ».

« Ce que les filles vous ont montré, c’est 15 ans de sacrifices, et c’est du travail quotidien. Et pour arriver à ça, il y a une limite, une contrainte, a souligné Alexandre Carniato. Si on veut continuer à voir de jolies danseuses ou de jolis danseurs sur scène, on ne pourra pas continuer jusqu’à 64 ans, ce n’est pas possible. »

Une retraite à 42 ans

« Je suis entrée à l’école de la danse à 8 ans, j’ai quitté ma famille et aménagé ma scolarité. Avec cinq heures de danse par jour, à 17-18 ans, on est nombreux à avoir des blessures chroniques, des tendinites, fractures de fatigue, douleurs aux genoux (…). On est nombreux à ne pas avoir notre baccalauréat », énumère-t-elle.

Le régime de retraite de l’Opéra de Paris permet aux danseuses de prendre leur retraite à 42 ans.

L’Opéra et la Comédie-Française sont les seules institutions culturelles concernées par la réforme du gouvernement. Le régime spécial de l’Opéra est l’un des plus anciens de France, puisqu’il date de 1698, sous Louis XIV.

Ce régime permet de tirer sa révérence à 42 ans, compte tenu de la « pénibilité » du métier, des risques de blessure, et du fait que la majorité des danseurs peut difficilement continuer à danser les grands ballets au-delà de cet âge avec le même niveau d’excellence.

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5 juillet 2014

Actuellement à la MEP

# Françoise Huguier @ MEP

Françoise Huguier n’est pas seulement une photographe avide de voyages et de découvertes, c’est une femme qui transmet par ses images une vision crue du monde tout en gardant une certaine élégance. Du mercredi 4 juin au dimanche 31 août, la MEP expose une grande partie de ses œuvres.

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14 juillet 2017

Chine. Décès du prix Nobel Liu Xiaobo

Le dissident Liu Xiaobo, premier Chinois à avoir obtenu le prix Nobel de la paix, est décédé, hier, d'un cancer, sans que le régime communiste ne le laisse finir ses jours en liberté à l'étranger. Le comité Nobel de la paix a accusé la Chine de porter « une lourde responsabilité » dans la mort « prématurée » de l'opposant en le privant de soins médicaux adaptés. Âgé de 61 ans, ce symbole de la lutte pour la démocratie avait été admis à l'Hôpital universitaire N° 1 de Shenyang après plus de huit années passées en détention. Liu Xiaobo avait été arrêté, en décembre 2008, puis condamné, un an plus tard, à onze ans de prison, pour subversion. Le régime lui reprochait d'avoir corédigé un manifeste, la « Charte 08 », prônant des élections libres. Ancienne figure de proue du mouvement démocratique de Tiananmen en 1989, bête noire du régime communiste, l'écrivain et professeur de littérature avait bénéficié d'une mise en liberté conditionnelle après le diagnostic, en mai, d'un cancer du foie en phase terminale.

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5 juillet 2014

Ploërmel : La Libre pensée contre la statue de Jean-Paul II

La Libre pensée du Morbihan poursuit son combat contre la statue de Jean-Paul II édifiée à Ploërmel en décembre 2006. La Libre pensée, à l’initiative d’un collectif contre la statue, va déposer plusieurs recours. Elle remporte une de ses actions en décembre 2009. La subvention accordée par le conseil général du Morbihan, pour la construction du socle, est annulée pour atteinte à la laïcité. La Ville a dû rembourser. La Libre pensée a engagé en 2011 contre le préfet et en 2012 contre la commune deux autres recours contentieux. Fin 2013, la commune a produit un mémoire dans lequel elle reconnaît la violation de la laïcité, mais explique qu’elle ne peut agir. Une convention a été signée.« Ce qui nous intéresse dans cette convention c’est une clause qui oblige la commune à éviter tout ce qui peut « nuire à la réputation de l’église catholique », c’est une violation de la Loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État », a lancé, hier, Gérard Plantiveau, de La Libre pensée. Le mouvement va utiliser la dénonciation de cette clause pour renforcer ses recours. Hier soir, Patrick Le Diffon, maire de Ploërmel, a répondu :« Le collectif a déjà essayé de faire déplacer cette statue. À l’époque, nous leur avions fait savoir que ce n’est pas l’homme d’Église mais l’homme d’État que nous faisions valoir sur la place publique. Je ne toucherai ni à la statue, ni à sa croix. »

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15 juillet 2014

De là-haut, cinquante saints vous contemplent !

À Carnoët, saint Yves et les sept fondateurs de la Bretagne ne sont plus seuls. Ils seront bientôt cinquante, colosses de granit dressés dans le ciel de la magnifique Vallée des Saints.

Ériger, sur un même site, mille statues géantes de granit ! Il a cinq ans, lorsque Philippe Abjean et son ami Sébastien Menguy ont lancé l’idée de la Vallée des Saints, ils ont pris la précaution de le baptiser…« Un projet fou pour l’éternité. » Philippe Abjean a beau jeu rappeler que« les Bretons ne sont bons que dans la démesure » , il fallait effectivement qu’ils soient un peu fous pour s’engager dans une telle entreprise au très long cours. L’aboutissement de ce chantier défiant les siècles appartiendra aux générations futures. Celle des pionniers semble déjà en train de gagner son pari. En 2009, les sept premières statues, les saints fondateurs de la Bretagne, furent levées à main d’homme. Depuis, au rythme d’une petite dizaine de sculptures nouvelles par an, l’Île de Pâques bretonne s’est petit à petit peuplée. Elle compte désormais 36 statues-menhirs, dressées à Carnoët, autour du Tossen SantGweltaz, la colline de Saint-Gildas, un site historique qui abrita successivement un tumulus armoricain, un oppidum gaulois, une villa gallo-romaine et une motte féodale. Comme désormais chaque année au retour des beaux jours, la Vallée des Saints résonne à nouveau du vacarme des scies lapidaires et des marteaux-piqueurs. Huit sculpteurs ont réinvesti le site pour ajouter huit nouvelles figures à la litanie des saints. Parmi eux, Olivier Lévêque, désigné par ses pairs chef de ce cinquième chantier de sculptures dans la Vallée des Saints. Olivier Lévêque, dont certains travaux ont été exposés au Grand Palais et au musée du Quai Branly, fait partie du noyau dur des forçats de la pierre. Cinq saints portent déjà sa signature : Patern, Santig Du, Tugdual, Conogan et Lunaire. Cette fois, d’un bloc de granit rose de Perros-Guirec, pesant une vingtaine de tonnes et haut de 4,3 mètres, il donne forme humaine à Diboan. Un saint qui n’en a peut-être jamais eu sur terre… Diboan (littéralement « sans peine » en breton) n’appartient en effet pas à la cohorte des moines, ermites et prédicateurs venus d’Irlande, de Galles, de Cornouaille ou d’Écosse et qui installèrent, à partir du Ve siècle, le christianisme sur notre péninsule. Ceux-là ont laissé leurs traces dans la toponymie armoricaine.

Le plus colossal

Diboan, se rangerait plutôt dans la catégorie« des saints sans vie » telle que la décrit la sociologue Sylvette Denèfle dans son ouvrage Une hagiographie sans texte : le culte de saint Diboan. Un saint« dont l’existence culturelle ne peut cependant être mise en cause, attestée à la fois par une iconographie, un texte oral populaire et forme de culte officiel » précise la chercheuse. Honoré dans de nombreuses paroisses du Finistère, du Morbihan et des Côtes-d’Armor, sant Diboan était invoqué pour délivrer les mourants de l’agonie. En les guérissant ou… en les faisant passer dans l’au-delà. D’où son surnom en breton, Tu pe du . Ce qui signifie d’un côté ou de l’autre.« Diboan enlevait les peines, mais moi, il me donne des soucis ! » confesse Olivier Lévêque en s’essuyant le front. Ce sculpteur« saurait rendre beau un bloc sans y toucher, en choisissant un sens d’installation, en mettant en avant sa nervosité, » assurent les critiques d’art. C’est cette sensibilité qui a conduit Olivier Lévêque à choisir cette pierre plutôt qu’une autre et à travailler l’énorme parallélépipède en angle plutôt que de face. Pour lui conserver toute sa dynamique, encore accentuée par les rayures obliques,« comme des orgues de basalte » , imprimées dans la tunique du saint. Seulement voilà, ce bloc exceptionnel de granit rose, dans lequel l’artiste fait vivre saint Diboan, a été extrait de sa carrière il y a déjà deux ans. Sorti de sa roche mère, il a séché. Acquis une dureté à bouffer les disques diamants et les burins les mieux trempés ! Pas de quoi faire renoncer Olivier Lévêque. Avec un poids fini avoisinant les 12 tonnes, son saint Diboan sera l’un des plus colossaux de la Vallée des Saints.« Je ne l’ai pas trop fait maigrir » plaisante le tailleur de pierre qui aura sans doute, lui, perdu quelques kilos dans la bagarre ! Article de Jean-Laurent BRAS.

voir mes précédents billets : 17 octobre et 18 octobre 2013

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