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Jours tranquilles à Paris
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1 juillet 2017

Chiharu Shiota à la Galerie Templon (vu hier)

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Après son intervention très remarquée au Bon Marché Rive Gauche à Paris au début de l’année, l’artiste japonaise Chiharu Shiota revient dans les deux espaces de la Galerie Daniel Templon avec une installation in situ spectaculaire et une nouvelle série de sculptures inédites.

Elle explique : « Je travaille avec des bateaux depuis mon exposition au Pavillon du Japon à la Biennale de Venise (2015) ; j’avais envie de créer, ici, un énorme bateau hors norme qui résume les thèmes abordés dans mes travaux les plus récents. Les bateaux transportent les gens et le temps. Ils sont pointés vers une direction, sans aucun autre choix que d’avancer. Même si nous ne savons pas où nous allons, nous ne pouvons nous arrêter. La vie est un voyage incertain et merveilleux, et les bateaux symbolisent nos rêves et nos espoirs. »

Flotte dans un océan tissé de fils rouges, un immense bateau de 5 mètres dont l’armature de la coque ressemble à un squelette humain. A cet environnement répondent de grandes peintures tissées, les Skins, renvoyant à des visions tout aussi poétiques et ambigües du corps, de sa surface, de ses réseaux de connexion. Une série de sculptures de fils rouge emprisonnant des objets – robe, arme - complète un ensemble évocateur des questionnements métaphysiques de l’homme, de ses difficultés à comprendre le monde et des relations complexes entre les êtres. « Au commencement de l’humanité, la mort était directement connectée à la vie humaine, considérée comme sa destination. Cela offrait des réponses à nos interrogations quant au sens de la vie. Les hommes étaient plus sensibles aux processus créatifs et aux différentes étapes de leur parcours. Aujourd’hui, nous construisons et créons en masse, y compris des choses dont nous n’avons pas besoin, et cela sans avoir un objectif clair, et à une vitesse vertigineuse… » Née à Osaka au Japon en 1972, Chiharu Shiota vit et travaille à Berlin depuis 1997. Elle s’est fait connaître pour ses vastes environnements tissés en fils de laine. Protéiforme et extrême, sa pratique artistique explore les notions de corps, de temporalité, de mouvement, de mémoire et de rêve. Ses installations in situ sont souvent le théâtre de performances conçues par l'artiste et engagent l’implication mentale et corporelle du spectateur.

Ces dernières années l’artiste a largement exposé à l’international, notamment à la Biennale d’art contemporain de Kiev (2012), au Museum of Art de Kochi (Japon) et au Manege, Moscou (2013), à la Freer & Sackler Gallery, Smithsonian, Washington DC (2014), à la Biennale de Venise et au K21 Kunstsammlung NRW, Düsseldorf (2014), au Scad Museum of Art, Savannah (USA) et au New Museum de Jakarta en 2017. La Kunsthalle Rostock lui dédie une exposition personnelle depuis le 5 mai 2017.

En France, on a déjà pu voir son travail à La maison rouge (2011), à la Sucrière à Lyon (2012), au Carré Ste Anne à Montpellier (2013), à la Vieille Charité à Marseille (2014), à l’espace culturel Louis Vuitton (2015) et au Bon Marché Rive Gauche (2017). A l’occasion des 500 ans du Havre, Chiharu Shiota présentera du 27 mai au 8 octobre 2017, Accumulation of Power, une grande installation in situ dans la fameuse Église St. Joseph du Havre - architecte Auguste Perret.

Du lundi au samedi de 10h à 19h

Galerie Daniel Templon

30 rue Beaubourg 75003 Paris I 01 42 72 14 10 I info@danieltemplon.com - danieltemplon.com

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L’exposition se poursuit à l’Impasse Beaubourg (ci-dessous)

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Photos : Jacques Snap

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1 juillet 2017

GARE DE VANNES : LGV Atlantique. Vannes accueille le train nouvelle génération

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Top départ ce dimanche pour le lancement de la Ligne à Grande Vitesse vers la Bretagne. Pour ce premier week-end estival, la gare de Vannes s'apprête à accueillir curieux et vacanciers, avec des festivités.

Avec un gain de temps de 40 minutes pour rejoindre Paris-Montparnasse, Vannes s'apprête à bénéficier d'une « tectonique des plaques » en faveur d'un rapprochement de la capitale.

Vannes à 2 h 29 de Paris

« La LGV est bien entendu très attendue auprès de nos abonnés qui prennent le train régulièrement pour se rendre à Paris », confie Anne Dewulf, chef de gare à Vannes. Des allers-retours facilités pour les habitués du rail, « sans oublier les futurs abonnés qui peuvent être séduits par un temps de trajet réduit », ajoute Anne Dewulf. C'est en tout cas le souhait de la SNCF, qui confie vouloir conquérir de nouveaux clients vannetais et parisiens grâce à la LGV. Mais que les Bretons ne s'y trompent pas, le temps de trajet sera raccourci uniquement sur la portion Paris-Rennes. Une fois en terre bretonne, les kilomètres parcourus sur les rails s'égrèneront toujours au même rythme...

Animations musicales

Comme toutes les villes bretonnes qui seront desservies par la LGV, Vannes s'empare de l'événement pour ouvrir sa saison touristique. Malgré les restrictions qu'impose le plan Vigipirate, la gare vannetaise sera en fête demain, à l'arrivée et au départ des voyageurs. Décor à l'effigie de l'événement, animations musicales, dégustation et vente de produits bretons, l'arrivée de la LGV sur le territoire vannetais ne devrait pas passer inaperçu pour les estivants du moment. « Il y aura aussi les " pro train " qui viendront par curiosité, voire les irréductibles qui iront jusqu'à tester le trajet jusqu'à la capitale », commente avec amusement Anne Dewulf.

Coup de projecteur sur Vannes

La LGV à Vannes, c'est aussi de nouveaux horaires pour les TGV, mais aussi pour les TER. « Les personnes qui prennent régulièrement le train sont sensibilisées à ces changements depuis quelque temps déjà, souligne Anne Dewulf. Pour le voyage Vannes-Paris, il sera certainement plus confortable de prendre le premier train de la journée une heure plus tard qu'à l'accoutumée, sans pour autant décaler son heure d'arrivée à Paris ». Et pour ce qui est du retour au bercail, la SNCF proposera à nouveau un trajet direct sans escale le vendredi soir. Côté fréquentation touristique, la LGV devrait donner un puissant coup d'accélérateur à la saison estivale qui débute. Ce dimanche en tout cas, le premier train de la Ligne à grande vitesse devrait être accueilli en fanfare, avec bagad et jazz pour toile de fond musicale.

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1 juillet 2017

Vignettes : et maintenant les amendes !

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A partir d’aujourd’hui, tous les véhicules entrant à Paris doivent afficher la pastille Crit’air sous peine de verbalisation.

Environnement

Par  Claire Guédon

Cette fois-ci, c’est acté. La journée d’aujourd’hui constitue une nouvelle étape dans la lutte contre la pollution de l’air engendrée par la circulation routière, à Paris. Si vous roulez et que vous ne vous êtes toujours pas soucié de la vignette Crit’Air, il va falloir y songer rapidement ou risquer d’être mis à l’amende. Voici ce qui change dans la Ville Lumière, dotée d’une zone de circulation restreinte (ZCR). L Verbalisation pour défaut de vignette. A partir de ce matin, les amendes pourront tomber si vous n’avez pas affiché sur votre pare-brise le « certificat qualité de l’air » qui classe les véhicules en cinq catégories, de la plus polluante (n o 5) à la moins polluante (n o 1). La pastille délivrée par l’Etat est à commander sur le site Internet officiel*. Son prix est de 4,18 €. En revanche, il vous en coûtera 68 € si vous ne l’avez pas, quelles que soient les normes environnementales de votre voiture. Pour les poids lourds, l’amende s’élèvera à 135 €. « Nous sommes à la fin de la phase de pédagogie et de sensibilisation, détaille Christophe Najdovski, adjoint au maire écologiste de Paris, chargé des transports et de l’espace public. Il ne s’agit pas de matraquer les automobilistes mais de leur rappeler qu’ils doivent acheter la vignette s’ils ne l’ont pas encore fait. » L La catégorie 5 interdite en semaine. Les véhicules de catégorie 5 sont interdits dans les rues du lundi au vendredi, entre 8 heures et 20 heures. Autrement dit, les voitures et fourgonnettes diesel immatriculées avant le 1 er janvier 2001 sont désormais priées de rester au parking. Les poids lourds antérieurs au 1 er octobre 2006 sont aussi bannis.

Cette mise à l’écart vient s’ajouter à l’interdiction des véhicules non classés ne pouvant pas, de fait, afficher une vignette sur leur pare-brise (voitures diesel d’avant 1997), et qui n’étaient plus admis dans les rues depuis la mi-janvier. « De tous les Franciliens, ce sont les Parisiens les plus exposés à la pollution. La moitié d’entre eux respirent au quotidien des polluants à des niveaux au-dessus des valeurs seuil européennes. On doit prendre à bras-le-corps ce problème de santé publique. L’inaction est criminelle », souligne encore Christophe Nadjovski. L Des aides pour les propriétaires de véhicules polluants. Les particuliers domiciliés à Paris qui renoncent à leur voiture peuvent bénéficier d’un accompagnement de la Ville allant jusqu’à 400 € : prise en charge partielle du passe Navigo ou achat de vélos électriques… Ceux qui veulent en changer et qui résident à Paris ou en petite couronne peuvent ainsi recevoir jusqu’à 5 000 € d’aide. Pour les professionnels, elle peut aller jusqu’à 9 000 €. Un point important car, selon les données officielles, 14 % des utilitaires seraient classés Crit’Air 5.

  • certificat-air.gouv.fr
11 juin 2014

Royal de Luxe à Nantes (avant hier)

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Reportage photographique : Jacques Snap

Ça y est, les géants sont partis. Par barge, sur la Loire. Après une ultime parade, belle comme un rêve éveillé et quatre jours de folie comme la compagnie Royal de Luxe en offre aux Nantais tous les trois ou quatre ans. Les deux géants, la grand-mère malicieuse et le gamin rieur, ont pris le large. Accompagnés par une marée humaine, touchée et presque recueillie. Depuis vendredi, des milliers de spectateurs ont enfilé leurs bottes de sept lieux, ouvert leurs mirettes, pour suivre les déambulations dans Nantes, de la mémé et du petit géant noir. Ces deux grandes marionnettes n’ont pas déplacé des montagnes, comme le font souvent les géants, mais soulevé d’émotion une foule immense. La grand-mère, nouvelle venue dans la saga, a tout de suite été adoptée. Énergique et rigolote, elle a du Ma’Dalton et de la mamie gâteau. Le p’tit, lui, avec sa bouille rieuse, en a fait craquer plus d’un. Sur l’eau, ils ont quitté la ville, dans un nuage de fumée, entourés d’une eau couleur vert pomme. Sans doute pour rejoindre le pays des géants. À Nantes, il y a maintenant comme un grand vide…

articlePhoto : Ouest France

15 mai 2011

Dominique Strauss-Kahn sera inculpé d'agression sexuelle, annonce la police new-yorkaise

64526439_pUn porte-parole de la police de New York a annoncé dans la nuit de samedi à dimanche que le directeur général du FMI, actuellement gardé à vue suite à une plainte d'une employée d'hôtel, va être "inculpé d'agression sexuelle, de séquestration de personne et de tentative de viol". L'inculpation devrait intervenir dans les heures qui viennent. (AFP, Reuters, AP.)

Lire l'article de Jean Marie Colombani

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30 novembre 2019

Abou Bakr Al-Baghdadi, rattrapé par tous ses ennemis

Par Marie Jégo , Gilles Paris et Madjid Zerrouky

L’assaut des forces spéciales américaines, dans la nuit du 26 au 27 octobre, à Baricha, au nord-ouest de la Syrie, contre le chef de l’organisation Etat islamique est l’aboutissement d’une longue traque et de la collecte de renseignements au cœur du groupe djihadiste.

Les nuits sont d’ordinaire plutôt calmes à Baricha, hameau adossé à la frontière turque, dans le nord-ouest de la Syrie. Parmi les millions de Syriens forcés de fuir la guerre, beaucoup y ont trouvé refuge dans des tentes de fortune campées au milieu des oliveraies, loin des bombardements de l’aviation russe qui ravagent le sud de la province d’Idlib. Le calme a été rompu, dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 octobre, par le vrombissement des hélicoptères, le sifflement des balles, des explosions et des aboiements de chiens.

Un commando des forces spéciales de l’armée

Le théâtre des opérations se concentre autour d’une petite maison délimitée par un mur d’enceinte, à environ 300 mètres de Baricha. Les lieux sont isolés, sans témoin – sauf peut-être un berger, sommé de répondre quelques heures plus tard à des combattants fébriles d’Hayat Tahrir Al-Cham (HTS), le principal groupe djihadiste de la région et ennemi déclaré de l’EI. Aux miliciens venus « enquêter » après avoir investi Baricha et ses alentours, le berger raconte : « J’ai vu des soldats étrangers débarquer des hélicoptères. » Il pense que certains d’entre eux, qu’il a entendus parler dans sa langue natale, sont arabes. « Ils ont crié dans des haut-parleurs : “Abou Mohammed, rends-toi !” Puis ils ont tiré sur la maison, dit-il dans la vidéo mise en ligne par le groupe. Plus tard, ils sont repartis avec deux prisonniers. Ils m’ont aussi confié trois enfants, en me donnant l’ordre de m’

Aux Etats-Unis, c’est encore l’après-midi. Donald Trump a quitté, à bord de Marine One, l’hélicoptère présidentiel, Camp David où il a fêté la veille les dix ans de mariage de sa fille aînée, Ivanka, et de Jared Kushner. Il s’est rendu à son club de golf de Sterling, bordé par le Potomac, en Virginie. Le président golfe presque toujours le samedi. Revenu à 16 h 18 à la Maison Blanche, tiré à quatre épingles, il se dirige vingt minutes plus tard vers la situation room, la « salle de crise » située dans les sous-sols de l’aile ouest, pour assister en direct aux opérations.

Aussi évanescent qu’un « fantôme »

Dans un autre sous-sol, près de Baricha, Abou Bakr Al-Baghdadi est pris au piège. Dans la maison, cinq personnes sont tuées, parmi lesquelles quatre femmes et le fameux « Abou Mohammed », dont le berger avait entendu le nom et qui s’avérera être le propriétaire des lieux. Poursuivi par un chien, acculé dans un cul-de-sac, il actionne sa ceinture d’explosifs, tuant avec lui deux de ses jeunes enfants et provoquant un effondrement partiel du sous-sol. Le « calife » est mort. Deux hommes, dont on ignore l’identité, ont été capturés. Voilà ce que l’on sait du raid américain, d’après sa version officielle. Selon une hypothèse avancée par Hicham Al-Hachemi, chercheur irakien spécialiste de l’EI, le garde du corps personnel du chef de l’EI, Ghazouan Al-Raoui, et le responsable de la sécurité de l’organisation en Syrie, Abou Al-Yaman, étaient également présents. Ainsi qu’un certain Abou Saïd Al-Iraki, peut-être l’ultime compagnon de cavale, au bout de neuf années de traque durant laquelle le « calife » était devenu aussi évanescent qu’un fantôme.

Les soldats américains ont déblayé les décombres pour récupérer les restes des dépouilles. « Il ne restait pas grand-chose, mais ils ont ramené des morceaux de corps substantiels », dira Donald Trump. Un test ADN est pratiqué sur place pour le comparer à celui qui avait été prélevé dans le camp de prisonniers Bucca, à la suite de l’invasion américaine de 2003 : il s’agit bien d’Abou Bakr Al-Baghdadi, de son vrai nom Ibrahim Awad Ibrahim Ali Al-Badri, né le 28 juillet 1971, à Falloujah, dans la province irakienne d’Anbar.

Pour venir à bout du « cerveau » de l’internationale djihadiste, Washington a déployé des moyens considérables : une centaine de soldats d’élite, des drones armés, des munitions à profusion – missiles air-sol JASSM, GBU, missiles Hellfire… Huit hélicoptères ont décollé de deux bases situées dans l’Irak voisin – d’Erbil, au Kurdistan, et d’Al-Asad, dans la province d’Anbar –, sans compter les avions de combat qui ont mené six frappes, une fois la mission accomplie, sur la maison vide, afin qu’elle « ne devienne pas un sanctuaire, ni ne soit mémorable sous aucune forme ».

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Dans la foulée, les forces spéciales américaines ont mené une seconde opération. Quelques heures après l’élimination d’Al-Baghdadi, un raid vise Abou Hassan Al-Mouhajir, le porte-parole de l’EI. L’homme détenait un poste stratégique, incarnant la propagande du groupe et sa diffusion, quand le « calife » ne s’exprime que de façon exceptionnelle. Al-Mouhajir est tué par un missile Hellfire, alors qu’il circulait, dissimulé à l’intérieur d’un banal camion, dans le village d’Ayn Al-Bayda, au nord de la province d’Alep. Le maître est mort, la voix de son maître aussi. En 2017, il avait qualifié le président Trump d’« affreux idiot qui ne sait pas ce qu’est la Syrie, l’Irak et l’islam ».

Contrairement à Oussama Ben Laden, le chef d’Al-Qaida, friand d’apparitions et de déclarations médiatiques, Abou Bakr Al-Baghdadi a évolué dans l’ombre, se hissant dans la hiérarchie de la nébuleuse djihadiste, avant de rompre avec elle. Proclamé « calife de l’Etat islamique » par ses affidés, il apparaît pour la première fois en public le 4 juillet 2014, dans la grande mosquée Al-Nouri de Mossoul. Le prêche qu’il prononce ce jour-là marque le début de son règne. Vêtu d’une abaya et coiffé du turban noir, celui des descendants du Prophète, il déclare avoir été « désigné pour diriger les musulmans partout dans le monde ».

Une vie d’errance

Mossoul lui appartient. En quelques jours, ses hommes – 300 au total – se sont emparés de la deuxième ville d’Irak et des centaines de millions de dollars que recelaient les coffres de la Banque centrale. Neuf mois de combats acharnés, menés d’octobre 2016 à juillet 2017, par l’armée irakienne, les peshmergas kurdes, les milices chiites des Hachd Al-Chaabi et les forces de la coalition internationale seront nécessaires pour reconquérir ce bastion du « califat ».

Avec la perte de Mossoul commence pour Baghdadi une vie d’errance, d’une cache à l’autre, dans les zones désertiques ourlant la frontière entre l’Irak et la Syrie. L’accompagnent un cercle de fidèles qui rétrécit de jour en jour, ses femmes, ses enfants, ses esclaves. Parmi ces dernières, une adolescente yézidie, rare survivante de sa communauté exterminée par les combattants du « califat », a réussi à fuir en mai. Selon son témoignage, recueilli par l’agence Associated Press, le chef de l’EI avait déjà songé à partir pour Idlib, à la fin de 2017, avant de se raviser par prudence. Les fuyards se seraient ensuite cachés à Hajin, dans le sud-est de la Syrie, près de la frontière irakienne, puis à Dachicha, autre ville frontalière plus au nord. L’adolescente dit y avoir passé quatre mois chez Abou Abdoullah Al-Zoubai, beau-père d’Al-Baghdadi. Le « calife » lui rend fréquemment visite, la bat parfois, la viole systématiquement.

Image extraite d’une vidéo publiée par le ministère de la défense prise depuis un drone montrant les effets des munitions de précision détruisant la maison qui servit de dernier refuge au chef de l’EI, à Baricha, en Syrie, après le raid, le dimanche 27 octobre 2019. Département américain de la défense / AP

L’Irak, berceau de l’organisation, est devenu une terre brûlée pour l’EI. Services secrets irakiens et renseignements américains sont sur les traces du « calife », multipliant les coups de filet pour en démanteler les cellules. Début 2018, un prisonnier, Ismaïl Alwaan Al-Ithawi, va leur livrer des informations essentielles. L’homme était fiché par la CIA et les services irakiens comme l’un des cinq principaux collaborateurs d’Al-Baghdadi. Chargé des fatwas et de la sélection des cadres au sein de l’organisation, il avait l’oreille du « calife » et veillait à sa sécurité. En 2017, tandis que le « califat » vacille, il avait préféré prendre le large, direction le désert syrien, du côté de Deir ez-Zor.

Al-Ithawi parle et donne des détails sur les déplacements d’Al-Baghdadi. Il raconte ainsi que le chef a pour habitude de tenir ses réunions stratégiques dans des minibus bourrés de caisses de légumes

Il réapparaît en 2018, à Sakarya, localité turque située à 150 kilomètres à l’est d’Istanbul, où il semble couler des jours tranquilles sous une fausse identité, en compagnie de son épouse syrienne. Le 8 février 2018, l’intervention d’une unité antiterroriste de la police turque met fin à cette nouvelle existence sans histoire. Arrêté, il est remis huit jours plus tard aux autorités irakiennes qui n’ignorent rien de ce natif de Ramadi, dont la trajectoire ressemble beaucoup à celle d’Al-Baghdadi : titulaire d’un doctorat en sciences islamiques, l’homme est devenu membre de l’EI après son arrestation par les Américains et sa détention, en 2004, dans le Camp Bucca en Irak, où des milliers de combattants islamistes ont été emprisonnés, dont Al-Baghdadi.

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Al-Ithawi parle et donne des détails sur les déplacements d’Al-Baghdadi. Il raconte ainsi que le chef a pour habitude de tenir ses réunions stratégiques dans des minibus bourrés de caisses de légumes, sans cesse en mouvement sur les routes de Syrie, pour ne pas attirer l’attention. L’anecdote est imagée, mais l’information est capitale. Dans la clandestinité, le « calife » continue de diriger les opérations de son organisation. Al-Ithawi va surtout accepter de servir d’appât pour piéger des commandants de l’EI. Quatre « émirs » vont ainsi être capturés par les services irakiens, parmi lesquels le Syrien Saddam Al-Jamal, connu pour avoir orchestré l’exécution de 700 à 1 000 membres de la tribu des Chaitat au printemps 2014, dans la région syrienne de Deir ez-Zor, après que celle-ci s’est rebellée contre l’autorité.

« Un paquet de nerfs » accroché à sa ceinture explosive

Un autre témoin de la cavale d’Al-Baghdadi est son beau-frère et lieutenant, Mohammed Ali Sajid. Arrêté par les services irakiens en juillet, celui-ci va les conduire à de gros poissons de l’EI, provoquant des éliminations en cascade : Abou Abdoullah Al-Zoubai, le beau-père ; Ayoub Al-Zawi Abou Sabah, un « courrier » chargé de transmettre les ordres de la direction aux cellules et aux « katibas » de l’organisation ; les « émirs » de Mossoul et de la province irakienne de Salaheddin… Et finalement les mener jusqu’à la dernière planque irakienne connue du « calife », où le beau-frère avait lui aussi séjourné avec, probablement, son porte-parole Al-Mouhajir.

L’Irak affectionne les confessions télévisées des « terroristes » qu’il capture. Cette fois, l’« entretien » est donné à Al-Arabiya, une chaîne à forte audience dans la région. Le détenu, vêtu du costume jaune canari des prisonniers irakiens, décrit un Baghdadi agité et paranoïaque, « un paquet de nerfs » accroché à sa ceinture explosive, de jour comme de nuit. Souffrant de diabète, il doit constamment surveiller son taux de glycémie et s’injecter de l’insuline. Le stress n’arrange rien. Malgré les prières et les lectures du Coran, « son état de santé ne lui permettait plus de pratiquer le ramadan et il a invité son entourage à l’imiter », rapporte le beau-frère.

Idlib est tout sauf l’endroit idéal pour se cacher, mais ce dernier fief de la rébellion syrienne est a priori une terre hostile pour les Américains

Après diverses mésaventures, dont le vol d’une liasse de 15 000 dollars par un berger, le groupe finit dans une fosse de six mètres sur huit, creusée dans le désert rocailleux de la province d’Anbar. Le « calife » ne s’aventure plus dehors sans que ses proches n’aient au préalable scruté le ciel à la recherche d’un éventuel drone. Traqué et malade, Al-Baghdadi craint plus que tout d’être trahi. A son beau-frère, il confie alors que ses walis, les gouverneurs qu’il a nommés dans les provinces du « califat », ont tous retourné leur veste. « Tout n’est que trahison », lui dit-il. Ses craintes étaient fondées. Tout au long de son ascension, lui-même a pratiqué la trahison et les retournements d’alliances, multipliant ainsi le nombre de ses ennemis.

Lorsqu’elles inspecteront les lieux indiqués par Mohammed Ali Sajid, les forces irakiennes découvriront une kalachnikov à canon court, identique à celle que l’on aperçoit dans la seconde et dernière vidéo – diffusée en avril 2019 – du chef de l’EI. La cache est bel et bien authentique, mais elle est vide. Ses occupants l’ont quittée pour une destination a priori improbable : Idlib.

Idlib. Pourquoi Baghdadi est-il allé dans cette province, contrôlée par Hayat Tahrir Al-Cham (HTS), un groupe de djihadistes syriens hostiles à l’EI ? Pourquoi avoir choisi un village tout près de la frontière turque, quand Ankara garde l’œil affûté sur ce qui s’y passe ? L’examen des documents électroniques – une dizaine de téléphones portables, d’ordinateurs, de clés USB – et les papiers saisis par les forces spéciales américaines dans l’antre du chef de l’EI permettront peut-être un jour de reconstituer le puzzle.

Un « espion » animé par la soif de vengeance

Al-Baghdadi vit reclus dans la maison d’Abou Mohammed Al-Halabi dit « Salam Hadj Dib », un émir de l’EI originaire d’Alep, qui l’a précédé à Baricha. Discret, l’homme passe aux yeux de ses voisins pour un vendeur de vêtements, un déplacé syrien comme il y en a tant par ici. Aux yeux des combattants de HTS, c’est une autre affaire. Dans cette province syrienne, tout finit par se savoir et, si le groupe n’a jamais communiqué officiellement sur la question, l’un de ses membres – un Européen – assure que la « police » de HTS recherchait « des émirs [de l’EI] ». La semaine précédant l’assaut américain, elle avait même multiplié les ratissages dans la région.

Idlib est tout sauf l’endroit idéal pour se cacher, mais ce dernier fief de la rébellion syrienne est a priori une terre hostile pour les Américains, même si elle n’est pas non plus terra incognita. Plusieurs années durant, de 2013 à 2017, des groupes rebelles, armés et entraînés par la CIA, y ont opéré. Et l’agence américaine y a mené plusieurs raids pour éliminer des figures historiques du réseau Al-Qaida, à l’instar d’Abou Kheir Al-Masri, gendre d’Oussama Ben Laden, tué au début de 2017. Mais ce qu’Al-Baghdadi ignore, c’est que la CIA a été avertie de sa présence par un faisceau de renseignements humains, et qu’un réseau de surveillance par satellite et par drones a été installé au-dessus de la province, qui restera actif jusqu’à l’opération.

L’un des derniers maillons qui aurait guidé les Américains jusqu’à la maison de Baricha serait un cadre de l’organisation, chargé des déplacements du chef et familier de sa nouvelle planque. Un « espion » animé par la soif de vengeance, résumera Mazloum Abdi, le commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), une force arabo-kurde alliée au Pentagone dans la région : « Il était sous pression (…). Ses proches ont été soumis à des traitements sévères de la part de l’EI (…). Il voulait se venger de l’organisation et d’Al-Baghdadi lui-même. » Prévenus peu avant l’assaut, dans un souci de déconfliction, les Russes ont laissé passer les hélicoptères américains. « Ils ont été OK », a commenté Donald Trump. Officiellement, les Turcs auraient été informés de la cible, après coup seulement. Le samedi, en quelques heures, les forces des opérations spéciales ont accompli leur mission.

Il est 17 h 05 à Washington. La photographe de la Maison Blanche, Shealah Craighead, immortalise l’instant. Le cliché montre cinq hommes, la mine austère : de part et d’autre du président des Etats-Unis sont assis le conseiller à la sécurité nationale, Robert O’Brien, le vice-président, Mike Pence, le ministre de la défense, Mark Esper, et le chef d’état-major, Mark Milley. La directrice de la CIA, Gina Haspel, suit l’assaut à distance au quartier général de l’agence, à Langley, en Virginie.

La photo ne peut pas ne pas évoquer celle qui fut prise en 2011, montrant Barack Obama, alors président, et son équipe assistant en direct à la mise à mort au Pakistan de l’ennemi numéro un de l’Amérique, Oussama Ben Laden, le chef d’Al-Qaida. Et pour ceux qui l’auraient oublié, Trump risque la comparaison, avec un coup de pied de l’âne à son prédécesseur à la Maison Blanche : « Baghdadi, tout le monde le connaissait parce qu’il avait fabriqué ce monstre depuis longtemps, alors que personne n’avait jamais entendu parler d’Oussama Ben Laden avant le World Trade Center ! »

Ressorti transporté de la « situation room » , Donald Trump s’est exclamé : « C’était comme regarder un film ! », se félicitant qu’aucun soldat américain n’ait péri dans l’opération

« Nous avons enfin exercé la justice contre l’homme qui a décapité trois Américains [James Foley, Steven Sotloff et Peter Kassing] et [tué] une humanitaire », déclare Robert O’Brien. Il précise que l’opération a été nommée d’après cette dernière, Kayla Mueller, américaine de 24 ans kidnappée par l’EI dans les environs d’Alep, en août 2013, et morte en février 2015 près de Rakka, dans des circonstances non élucidées. Des compagnes de captivité, qui ont eu la chance d’en réchapper vivantes, avaient donné au New York Times un récit épouvantable des conditions de sa détention. Esclave sexuelle des djihadistes, elle aurait été l’une des épouses forcées du « calife » en personne, torturée et violée sans pitié. La mort d’Al-Baghdadi est désormais associée à son nom. « Le général Milley a baptisé cette opération “Kayla Mueller”, insiste O’Brien. C’est quelque chose que les gens doivent savoir. »

Ressorti transporté de la situation room, Donald Trump s’est exclamé : « C’était comme regarder un film ! », se félicitant qu’aucun soldat américain n’ait péri dans l’opération. Il a lui aussi évoqué les « Américains innocents » tués par l’organisation Etat islamique dont il a ainsi résumé l’existence : « Baghdadi et sa bande de losers n’avaient pas la moindre idée de ce dans quoi ils s’étaient embarqués. Dans certains cas, ils étaient comme des chiots apeurés. Dans d’autres, c’étaient des tueurs sanguinaires. Ils ont tué de nombreuses personnes. »

Il s’est aussi attardé sur les derniers instants d’Al-Baghdadi : « Il criait, il pleurait, il gémissait… » Des détails que ne confirmera pas Mark Esper qui, interviewé un peu plus tard sur la chaîne ABC, se contentera d’expliquer que « le plan était d’arrêter Al-Baghdadi, mais [que] si son arrestation était impossible, il était bien sûr question de le neutraliser ». « Les forces américaines lui ont demandé de se rendre, a-t-il ajouté. Mais il a refusé et il a fait exploser sa ceinture. »

Pour Donald Trump, le moment de l’opération est idéal. Elle lui donne l’occasion de détourner l’attention après l’annonce de son retrait du nord-est de la Syrie, véritable trahison pour les Kurdes, lâchés face à la soldatesque syrienne pro-turque qui pille, tue et rançonne dans les régions qu’elle conquiert.

Dans le brouillard de cette nouvelle guerre, les cellules clandestines de l’EI, qui a nommé un nouveau « calife », Abou Ibrahim Al-Hachimi Al-Qourachi, dont l’identité réelle reste inconnue, s’activent de nouveau sur les territoires de leur « califat » déchu.

 

30 novembre 2019

Quand Luc Besson se rêvait nabab du cinéma français

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Par Maroussia Dubreuil

Printemps 2000. Auréolé de ses succès populaires, le cinéaste monte EuropaCorp, un studio qui doit lui permettre de rivaliser avec les géants américains. Vingt ans plus tard, le petit empire est criblé de dettes tandis que dix mois de prison viennent d’être requis contre son fondateur pour licenciement abusif.

Ce jour de printemps 2000, Luc Besson rumine une mauvaise nouvelle. Dans le petit bureau de sa société de production, Leeloo, du nom de l’héroïne de son film Le Cinquième élément, sorti trois ans plus tôt, le réalisateur aux cheveux blond oxygéné est furieux : Nicolas Seydoux, président-directeur général de Gaumont, a refusé de lui laisser acquérir les 5 % de parts de son groupe. De quoi échauffer le champion du box-office, qui, à 40 ans, a rempli les caisses de la plus ancienne société cinématographique au monde, avec Le Grand Bleu (1988), Nikita (1990), Léon (1994) et Le Cinquième élément (1997). De quoi faire enrager celui qui s’est toujours voulu autant producteur que réalisateur, au point de fonder sa première boîte dès 1979.

C’est donc tout ouïe que, les jours suivants, il accueille la proposition de Michèle et Laurent Pétin, ses deux amis de longue date, dirigeants de la société de distribution ARP, avec qui il a produit les deux premiers volets des Taxi (1998 et 2000). Le couple envisage de fonder avec lui une société indépendante de production et de distribution. Leur plan ? ARP (alors 80 films à son actif et deux Palmes d’or : Adieu ma concubine, de Chen Kaige, en 1993, et Rosetta, des frères Dardenne, en 1999) se chargerait des films d’auteur et Luc Besson des films grand public. Du 50-50. « Pas la peine de sortir de Saint-Cyr pour avoir cette idée de mêler les genres, reconnaît Laurent Pétin. Elle vient du producteur Claude Berri avec qui j’ai travaillé pendant quinze ans. » A la table du restaurant Asia, avenue George-V, à Paris, Luc Besson fond en larmes : « On ne m’a jamais fait un cadeau pareil ! »

Très coûteuse Cité du cinéma

Mais, quelques semaines plus tard, il réajuste le deal en sa faveur et pose sur la table un nouveau schéma : 50 % pour lui, 40 % pour ARP et 10 % pour Pierre-Ange Le Pogam (à l’époque patron de la distribution chez Gaumont). « Je me souviens avoir comparé la situation à la scène d’Astérix et Obélix : mission Cléopâtre dans laquelle Obélix donne à ses amis deux mini-parts de gâteau et se garde la plus grosse, ironise Michèle Pétin. « Bah, quoi, j’ai coupé en trois ! », s’excusait Obélix ! » Ils se retirent. Mais Besson développe leur idée : mettre la main sur toute la chaîne transversale du cinéma pour prendre une marge un peu partout avant la remontée des recettes des films (production et distribution cinématographiques, mais aussi vidéo, musique, salles, vente des droits télé pour la France, vente des droits internationaux et jeux vidéo) en construisant une alternative au monopole hollywoodien : EuropaCorp.

C’est cette même entreprise qui aujourd’hui, après avoir produit un peu plus de la moitié des plus importants succès français au box-office mondial (Le Transporteur 3, la franchise des Taken et Lucy), connaît une perte de 109,9 millions d’euros sur l’exercice 2018-2019, la même qui n’est guère parvenue à faire marcher sa très coûteuse Cité du cinéma à Saint-Denis, surnommée « Hollywood-sur-Seine », ni à connaître le succès avec son grand œuvre intergalactique, Valérian et la Cité des mille planètes, en 2017. Placée sous procédure de sauvegarde par le tribunal de commerce de Bobigny, le 13 mai, pour une durée initiale de six mois, la société s’est vu, le 30 octobre, octroyer un délai supplémentaire d’un semestre pour restructurer sa dette.

Les déboires ne s’arrêtent pas là. Mercredi 27 novembre, le parquet du tribunal correctionnel de Bobigny a requis dix mois de prison et 30 000 euros d’amende contre le producteur et 50 000 euros d’amende contre EuropaCorp pour harcèlement moral à l’encontre de Sophie F. « Je devais retranscrire tous ses scénarios à partir de textos sur mon téléphone personnel. C’est quelqu’un qui ne me parlait pas, qui ne m’aimait pas. (…) J’étais devenue pour lui comme le Siri d’Apple, son esclave », a expliqué l’ancienne assistante de direction, durant l’audience à laquelle ne s’est pas présenté Luc Besson. Le cinéaste était convoqué pour licenciement abusif, début 2018, alors que Sophie F. était en arrêt maladie.

Aucun des efforts pour renflouer les caisses n’a fonctionné. EuropaCorp espérait gagner son salut avec Anna, variante moscovite de Nikita, réalisée par Luc Besson, mais la sortie du film, l’été dernier, a été ébranlée par les accusations d’agression sexuelle qui touchent son producteur-réalisateur. Alors que les deux premières plaintes pour viol déposées les 18 mai et 6 juillet 2018 par l’actrice belgo-néerlandaise Sand Van Roy, avec laquelle il a eu une liaison, ont été classées sans suite par le parquet de Paris, une enquête a été rouverte le 2 octobre, lorsque la jeune femme s’est portée partie civile.

Mis sur la touche, Luc Besson, qui dément les accusations, a mis à profit son temps libre pour suivre une psychothérapie et écrire ses Mémoires, Enfant terrible (XO Éditions), parues le 10 octobre dernier. Passée plutôt inaperçue, cette autobiographie revient sur sa jeunesse en manque d’amour et ses premiers pas dans le cinéma. Sur le plan financier, alors que des discussions sont en cours quant à l’avenir d’EuropaCorp, Luc Besson aurait refusé, en juillet, l’offre de reprise de Pathé et opté pour celle du fonds américain Vine Alternative Investments, selon Le Journal du dimanche du 14 juillet. Une issue amère pour celui qui, vingt ans plus tôt, s’était rêvé un destin de nabab.

Présider le jury du Festival de Cannes

En mai 2000, si aucune annonce n’a officialisé le grand projet de Luc Besson, la profession est sur le qui-vive. « Gaumont restait sur ses gardes, Pathé avait peur, Thomas Langmann [producteur et fils de Claude Berri] était impressionné, décrit Laurent Lufroy, affichiste attitré de Luc Besson depuis Le Grand Bleu. Inquiets ou subjugués, tous me posaient des questions, même des producteurs de majors américaines. » D’autant que Besson, dont les films sont souvent méprisés par la critique, se voit attribuer l’honneur de présider le jury du Festival de Cannes en cette année si symbolique. « Il nous emmène résolument vers l’avenir », justifiait alors Gilles Jacob, ancien délégué général du Festival. Pourtant, à la différence de ses prédécesseurs (Francis Ford Coppola, Martin Scorsese et David Cronenberg), ses films n’ont jamais concouru en Sélection officielle et Luc Besson garde un mauvais souvenir de la projection du Grand Bleu, en ouverture, douze ans plus tôt : « Grand blues sur la grande bleue : Luc Besson traite l’écran de cinéma comme la vitre d’un aquarium » avait écrit Libération.

Pour réussir sa quinzaine, le jeune président a pris le temps de réviser. « Avec mon mari, nous lui avons conseillé des films à visionner avant le Festival », se souvient Michèle Pétin. Heureux de découvrir des œuvres qu’il n’aurait pas vues ailleurs, « Président Camembert » (son surnom sur la Croisette, sans doute en raison de ses goûts culinaires) profitera également de son règne pour évoquer en filigrane son avenir : « J’ai envie de créer une maison des artistes où les jeunes et les moins jeunes pourraient se croiser », livre-t-il, le 5 mai, à la revue spécialisée Le Film français. De retour à Paris, après avoir donné la Palme d’or à Dancer in The Dark, la comédie musicale de Lars von Trier, il retrouve son look jeans-baskets pour lancer la production du premier film qui sortira, un an plus tard, sous le label Europa (Corp s’ajoutera par la suite) : Yamakasi.

Eviter un mauvais procès médiatique

Soit les aventures de sept jeunes de banlieue qui, super-héros du bitume, jouent à saute-mouton entre deux tours HLM. « Il voulait relancer la comédie d’action, qui avait été totalement abandonnée, commente un de ses anciens employés qui souhaite garder l’anonymat. En montrant des jeunes de quartier qui n’étaient pas des dealeurs ni des voleurs de Mobylette, il souhaitait aussi donner une visibilité à une jeunesse qui n’allait plus voir les films français. » Luc Besson fait appel à des acteurs inconnus et confie l’écriture et la réalisation de Yamakasi à un jeune homme de 29 ans, Julien Seri. Ce champion de kyokushinkai (un style de karaté) est aussi un réalisateur de publicité multiprimé. Le jeune sportif au crâne rasé est alors plein d’estime pour son mentor qui parle régulièrement au téléphone avec ceux qui comptent, tantôt le réalisateur David Fincher, tantôt le président Jacques Chirac. Mais leur collaboration va mal tourner.

Sur le tournage, Julien Seri dénonce une manière de faire « dont la rentabilité est le mot d’ordre », selon l’enquête détaillée de Geoffrey Le Guilcher, Luc Besson. L’homme qui voulait être aimé. La biographie non autorisée (Flammarion, 2016), et refuse de retourner des plans à la manière Besson (qui privilégie les scènes d’action). Il est renvoyé. L’affaire finira aux prud’hommes : Julien Seri touchera la fin de ses salaires non payés, soit 54 130 euros. Luc Besson passera un accord avec lui au sujet des droits d’exploitation pour s’éviter un mauvais procès médiatique.

Avant la sortie du film, le producteur doit rapidement trouver un logo signifiant pour le monde entier. « Je veux qu’il ait tous les attraits d’une major américaine et qu’on ait l’impression qu’il a toujours existé », demande-t-il à son affichiste, Laurent Lufroy. Ce dernier se penche d’abord sur les représentations de la princesse Europe dans la mythologie grecque avant de se raviser : « Columbia avait déjà sa femme ! » Et pourquoi pas une carte de l’Europe ? Mais cela fait près d’un siècle qu’Universal fait tourner son globe terrestre.

« Le dauphin, c’est son identité. Enfant, il m’offrait toujours des babioles en forme de dauphin. » Jacotte Perrier, ancienne amie de la famille Besson

Finalement, le sigle retenu par Luc Besson trouve son inspiration dans le dernier plan de Microcosmos. Le Peuple de l’herbe (1996), de Claude Nuridsany et Marie Pérennou, dans lequel un moustique naît dans un plan d’eau. « Comme je suis aussi fan des illustrations d’Alan Lee [concepteur visuel et directeur artistique de la trilogie du Seigneur des anneaux], j’ai remplacé le moustique par une fée qui sortait de l’eau », raconte Laurent Lufroy. « Et si quelque part on pouvait mettre des dauphins ? », réclame Luc Besson. « Le dauphin, c’est son identité. Enfant, il m’offrait toujours des babioles en forme de dauphin, sourit Jacotte Perrier, 72 ans, ancienne amie de la famille Besson. Comme ses parents étaient instructeurs de plongée au Club Med pendant l’été, il passait son temps dans l’eau avec un tuba. Luc était fier de sa mère et racontait souvent qu’elle était la seule à pouvoir nager au milieu d’un banc de dauphins. »

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EuropaCorp est officiellement créée le 27 novembre 2000 par Luc Besson et son associé Pierre-Ange Le Pogam, qui détient 8 % des parts. Pour chapeauter la trentaine d’employés (pour la plupart intermittents), les deux patrons constituent une petite équipe capable de monter des films, mais aussi de les placer auprès de gros distributeurs, quitte à les survendre (comme la comédie Wasabi à Universal, en 2001), de faire du placement de produits Audi ou Nokia. Le rythme de travail est soutenu : il faut produire beaucoup pour répartir le risque. " On travaillait dans une ambiance start-up où tout était possible, explique Olivier Doyen, ancien directeur marketing. Dès qu’une idée était bonne, on y allait. "

« En créant sa major, Luc Besson s’est rendu compte que les mauvais films faisaient plus d’argent que les bons », formule un ancien collaborateur. A la réalisation, Luc Besson engage le plus souvent des inconnus : un assistant, Patrick Alessandrin (15 août, 2001), un débutant, Chris Nahon (Le Baiser mortel du dragon, 2001), puis offre sa chance à un stagiaire, Louis Leterrier (Le Transporteur, 2002), qu’il prend soin d’entourer de ses plus fidèles techniciens : « Le machino répétait à Luc Besson tout ce que je disais, pointait quand j’allais aux chiottes ou quand j’allais déjeuner », s’émeut un ancien poulain, qui a mal vécu la surveillance du grand chef.

Dès sa première année, la société lance en production un long-métrage capable de rivaliser avec Hollywood : les aventures d’un chauffeur spécialisé dans les opérations violentes, tourné dans le sud de la France avec l’acteur britannique Jason Statham. Le Transporteur rapportera quarante millions d’euros. « Luc Besson appliquait la méthode américaine au budget français, explique William Pruss, premier assistant réalisateur sur plusieurs productions EuropaCorp. Son système s’inspire du studio américain Nu Image, fondé en 1992, qui arrive à faire des films d’action avec un budget serré, des réalisateurs débutants et le final cut pour le producteur. Mais il dépensait vingt à trente millions quand les Américains en dépensaient cinq fois plus. »

Si Luc Besson vise le marché américain et engage des acteurs anglophones, il refuse néanmoins d’y délocaliser ses productions, gardant un mauvais souvenir des conditions drastiques imposées par un syndicat américain de techniciens du cinéma sur le tournage de Léon à New York, en 1993. « Comme ce syndicat décide du nombre de techniciens par film, il a été obligé d’engager un cadreur alors qu’il cadrait lui-même. Le type a passé ses journées assis sur un cube », explique Thierry Arbogast, chef opérateur de Luc Besson depuis Nikita. Un autre marché va rapidement l’intéresser : la Chine. Aussi produit-il, dès 2001, Le Baiser mortel du dragon, avec Jet Li dans le rôle principal.

Entièrement dédié au développement de sa multinationale jusqu’en 2005 (année où il tourne Angel-A), Luc Besson ne réalise plus. « Il pouvait devenir un cadreur supplémentaire quand il estimait qu’un réalisateur avait besoin d’aide », nuance néanmoins William Pruss. EuropaCorp aurait-elle eu raison de son inspiration créatrice ? « Avant l’âge de 40 ans, il avait une compréhension incroyable du monde des ados, analyse un ancien employé qui reste anonyme. Le Grand Bleu, Nikita, Léon, Jeanne d’Arc, ce sont toutes des histoires d’ados qui ne veulent pas rentrer dans le monde des adultes. Mais, après 40 ans, il n’arrive plus à exprimer cela. » En réalité, Jeanne d’Arc (1999) aurait scellé la fin de sa première époque de cinéma motivée par ses amours et muses, Anne Parillaud, Maïwenn et, enfin, Milla Jovovich.

« L’expérience a été compliquée pour lui, car Milla Jovovich l’a quitté pendant le montage de Jeanne d’Arc. Après, il disait qu’il était fatigué, qu’il voulait lever le pied, confie Michèle Pétin. Il était raide dingue d’elle ! Quand ils étaient ensemble, c’est d’ailleurs la seule fois où je l’ai vu mince. Comme elle n’arrêtait pas de lui dire qu’il mangeait mal, il avait pris un coach sur le tournage de Jeanne d’Arc, qui lui apportait une assiette avec trois fraises pour le goûter. à chaque fois, je me disais que Luc allait l’emplâtrer, mais, non, il mangeait ses trois fraises. Et, quand elle fumait des pétards à table avec des copains, Luc ne disait rien alors qu’il déteste la drogue et qu’il emmerde tout le monde pour une cigarette. Cette rupture l’a anéanti. »

Enfermé dans son domaine

En 2000, désormais en couple avec une productrice, Virginie Silla, ancienne stagiaire de la Gaumont devenue sa collaboratrice (puis son épouse, en 2004, et la mère de trois de ses enfants, Thalia, Sateen et Mao), il se consacre à la production et s’enferme dans son domaine en Normandie, le château des Lettiers, acheté à l’origine pour Milla Jovovich qui voulait monter à cheval. « Quand elle l’a quitté, il s’est demandé comment ça pouvait lui coûter le moins cher possible, raconte Laurent Pétin. Je me souviens qu’il voulait virer une sublime allée de boules de buis de deux mètres de haut. Je lui ai dit de m’avertir du passage du jardinier, car j’étais partant pour les reprendre. « Ah bon ? Ça a de la valeur, ça ? », me lança-t-il. Comme ces buis valaient de l’argent, il les a gardés. C’est comme ça qu’il pense. »

Mais il n’est pas question de villégiature dans ce château, au parc traversé par des cerfs, que la Fédération des chasseurs de l’Orne voudrait voir abattus, ayant attaqué, début novembre, Luc Besson, au motif qu’ils abîmeraient les champs voisins. Dans la propriété se mêlent travail et vie privée. Le château devient le studio Digital Factory d’EuropaCorp : un lieu d’écriture et de postproduction destiné aux films EuropaCorp. « A son échelle, il fait avec son château normand comme Stanley Kubrick dans son manoir anglais ou George Lucas dans son ranch californien [qu’il a visité à 18 ans] : en reconstruisant une place forte personnelle, il se donne les moyens de sa liberté économique, tout en consolidant les digues qu’il juge nécessaires à sa solitude et à sa protection », formulait le critique Olivier Séguret, dans Libération, le 6 mars 2000, après une interview sur place.

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En Normandie, la mère de Luc Besson, Danièle Plane, « Dadou » pour les intimes, s’est occupé de la déco – baignoires en zinc, lits à baldaquin, une chambre s’appellerait « Gérard Philippe ». Sur le site résidentiel de deux cents hectares, le Moulinsart en brique rouge est réservé à l’usage personnel et familial du maître des lieux et, tout autour, des dépendances hébergent les employés. « Quand j’y suis allé pour répéter, j’avais l’impression que c’était une des planques de Mesrine parce que ce château est introuvable ! », plaisante Edouard Montoute, acteur récurrent de la série de films Taxi.

« Luc Besson avait une idée par jour, comme les ados. C’était toujours les mêmes sortes d’idées. Elles tenaient sur une page, mais il arrivait à en faire des scénarios. » Nathalie Chéron, amie d’enfance

« Luc a tellement manqué quand il était enfant qu’il est devenu très malin avec l’argent, sourit Jacotte Perrier. Avant que sa mère ne refasse sa vie avec François Guerre-Berthelot, un pilote de formule 2, elle menait une vie de bohème et n’avait pas un rond. Quand elle n’était pas monitrice de plongée, elle travaillait comme mannequin junior pour l’agence Catherine Harlé et habitait avec Luc, sous les toits, boulevard Sébastopol, à Paris. Quand le petit sortait de l’école, il traînait dans le parc en face, où il croisait les putes de la rue Saint-Denis qui lui donnaient à manger. Il a toujours eu un peu honte de cette vie-là. Depuis, il règle ses comptes en voulant prouver à la France qu’il existe. »

Les premières années d’EuropaCorp filent à toute allure et la start-up se meut en petit empire du cinéma. « Luc Besson avait une idée par jour, comme les ados, décrit Nathalie Chéron, amie d’enfance, devenue sa directrice de casting sur une dizaine de films. C’était toujours les mêmes sortes d’idées. Elles tenaient sur une page, mais il arrivait à en faire des scénarios. » Fort en pitch, il obtient facilement des financements, notamment auprès de Canal+. A peine cinq ans après la mue de Leeloo Productions en EuropaCorp, le siège de la rue Ampère, à Paris, dans le 17e arrondissement, déménage pour une adresse plus prestigieuse, un hôtel particulier surnommé « le petit Elysée », au 137, rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le chic 8e arrondissement.

Tous les ans, il descend à Cannes, pendant le Festival, où il invite les musiciens électros 2 Many DJ’s ou David Guetta à ambiancer ses fêtes. « En 2003, pour l’avant-première de Haute Tension, d’Alexandre Aja, il nous avait installés sur des transats avec des couvertures de survie devant un écran géant au bord de sa piscine, se souvient une invitée. On nous servait du champagne à la fraise pendant la projection. On était choyés ! »

Des collaborateurs fâchés

Dès la création d’EuropaCorp, il envisage de l’introduire en Bourse. « C’est son voisin dans le Midi, Achille Delahaye, un millionnaire de 35 ans, qui lui a mis cette idée en tête », retrace Laurent Pétin. Attiré par le monde de la finance, le producteur devient alors de plus en plus inaccessible au sein même de sa société. S’il peut toujours compter sur ses fidèles piliers, le chef opérateur Thierry Arbogast ou bien le directeur de production Bernard Grenet, les jeunes réalisateurs qu’il a formés sont partis parce qu’ils rêvaient d’Amérique ou parce qu’ils ne supportaient plus la pression.

D’autres collaborateurs, fâchés, ont tiré une croix sur lui. « Sa méthode, c’est celle du professeur sadique dans le film Whiplash [de Damien Chazelle, 2004] : il vous pousse dans vos retranchements, mais, si vous ruez dans les brancards, vous êtes puni, regrette la directrice de casting Nathalie Chéron. Moi, j’ai été punie après Valérian parce qu’il a décidé que j’avais fait courir le bruit qu’il couchait avec des mannequins sur le tournage… Comme si j’étais la seule à avoir travaillé sur ce plateau de 250 personnes ! »

Nombreux sont ceux qui parlent de lui avec amertume, encore étonnés par la personnalité mystérieuse de l’homme qui rêvait de bousculer le cinéma français. Et Nathalie Chéron d’ajouter : « Ce qui est très troublant chez lui, c’est qu’il a beau être un homme d’affaires redoutable pour monter des deals, diriger et embobiner des gens, quand il raconte une histoire ou des blagues, au fond, c’est un mec qui a 12 ans. » Le 6 juillet 2007, jour d’entrée en Bourse d’EuropaCorp, quand tous sabrent le champagne, Luc Besson n’entend pas les mises en garde de certains de ses collaborateurs essorés par les sept premières années de l’entreprise. Certains murmurent que c’est le début de la fin. Heureux comme un enfant parmi les adultes, Luc Besson, qui n’aime pas l’alcool, trinque avec un verre de jus d’orange.

1 juillet 2017

Beth Ditto : « J’ai tellement de choses à dire contre Trump ! »

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Par Stéphane Davet

La chanteuse américaine présente en tournée son premier album solo, après avoir quitté son groupe Gossip.

Originaire de l’Arkansas, Mary Beth Patterson est devenue, sous le nom de Beth Ditto, une diva XXL du rock de la fin des années 2000, en mêlant punk rêche et soul festive au sein du groupe Gossip (1999-2016). Militante gay et féministe, icône de la mode, cette rebelle tout en sourire et rondeurs publie, à 36 ans, Fake Sugar, son très efficace premier album solo.

Que cela change-t-il de commencer une carrière solo après plus de quinze ans passés dans un groupe ?

J’ai l’impression d’une plus grande liberté musicale. Gossip était comme un puzzle à trois pièces. Même si nous cherchions constamment à changer l’ordre de celles-ci, nous finissions par nous heurter à nos limites. Travailler avec de nouveaux musiciens me permet d’ouvrir de nouvelles portes. Même si Gossip me manque, humainement.

Vos activités extra-musicales n’avaient-elles pas émoussé le tranchant de vos chansons ?

Cette diversité d’expression était l’essence même de notre engagement musical. Nous venions du mouvement punk, de celui des Riot grrrl [groupes punk féministes des années 1990], pour qui les questions d’identité et de politique étaient essentielles. Il s’agissait de détruire ce mythe du rock’n’roll qui voulait que tout musicien soit défoncé, immoral, de dire que tu pouvais changer le monde, en explorant différents centres d’intérêt.

Dans le clip de « Fire », le premier single de l’album, on vous voit, en tenue country, chanter dans un bouge très rock’n’roll. Est-ce un clin d’œil à votre Arkansas natal ?

Mon père est mort il y a quelques mois. Nous avons eu parfois des rapports difficiles, mais je me suis aussi souvenue de bons moments, comme quand il nous emmenait danser dans des honky tonk. Il était mécanicien et se faisait tout propre pour cette sortie du week-end. On écoutait du vieux rock’n’roll, de la country à l’ancienne. Mon frère et mon cousin jouaient d’ailleurs dans un groupe qui reprenait Jerry Lee Lewis, Little Richard.

Une chanson comme « Fake Sugar » s’ancre dans une écriture presque folk…

C’est mon morceau à la Paul Simon [rires]. Un jour, j’ai demandé à ma sœur de me conduire à Memphis pour visiter Graceland. Pas parce que je suis une fan d’Elvis – même si je l’aime beaucoup –, mais à cause de l’album Graceland, le chef-d’œuvre de Paul Simon. Je voulais savoir si je voyais et ressentais les mêmes choses que lui.

L’album semble aussi résonner de vieux souvenirs pop ?

J’ai été très marquée, enfant, par les images de MTV, avant que la communauté ultra-chrétienne de ma ville ne supprime la diffusion de cette chaîne. Les vedettes pop de l’époque – Madonna, Michael Jackson, Boy George, Cindy Lauper… – possédaient des personnalités extrêmement fortes et originales. Je m’identifiais à elles, à tel point que j’étais, par exemple, persuadée que Cindy Lauper était ma grande sœur. J’ai d’ailleurs fini par la rencontrer et lui raconter cette histoire. J’étais en larmes [rires].

Vous avez, très jeune, fui l’Arkansas pour rejoindre la scène alternative du nord-ouest des Etats-Unis, à Olympia (Washington), puis Portland (Oregon) où vous vivez aujourd’hui. Retournez-vous parfois dans votre ville natale ?

J’ai coupé les ponts pendant vingt ans, mais j’y suis retournée dans les années 2010. Avec le temps, les choses s’apaisent, mais au bout d’une semaine sur place, je n’avais qu’une envie : repartir ! [rires]. J’ai retrouvé ce qui m’avait donné envie de m’échapper. Une communauté étouffée par la foi religieuse, un endroit où la marginalité, la différence sont considérées presque comme sataniques. Pourtant, après six mois loin de l’Arkansas, je redeviens nostalgique. Cette région fait partie de moi. Je suis une vraie fille du Sud : bruyante, affectueuse…

Pour qui l’Arkansas a-t-il voté à la présidentielle ?

Trump, évidemment. Cette élection a été un cauchemar. C’est comme si tout ce que j’avais fui m’avait rattrapée. Comme si tout ce pour quoi j’ai lutté s’effondrait. Encore maintenant, j’ai l’impression de regarder un film sur la fin du monde. Je suis tellement jalouse de la France ! [rires]

En 2006, vous aviez composé le titre « Standing in the Way of Control » pour protester contre l’administration Bush. Cette fois, pas de brûlot anti-Trump ?

L’album était terminé avant l’élection. C’est dommage et en même temps j’ai tellement de choses à dire contre lui que je ne sais pas par où commencer… Tout cela est tellement effarant ! J’essaie pourtant de rester positive. Je suis persuadée qu’un tel choc va rassembler les gens. Qu’un nouveau mouvement sortira de ce traumatisme.

« Fake Sugar », album de Beth Ditto, 1 CD Sony Music

Concerts : le 30 juin à Marmande (Lot-et-Garonne), au festival Garorock ; le 8 juillet aux Eurockéennes de Belfort ; le 3 octobre à Ramonville (Haute-Garonne) ; le 4 à Lyon ; le 7 à Paris, au Bataclan (complet) ; le 9 à Nantes ; le 10 à Strasbourg ; le 11 à Lille.

28 juin 2017

Varda et JR sur les routes de France

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Par Mathieu Macheret

La réalisatrice octogénaire et le photographe-street-artiste filment leur balade de village en village.

Il y avait sans doute beau jeu d’ironiser sur l’alliance incongrue entre Agnès Varda, faiseuse d’images multisupports, et le photographe JR, réputé pour coller ses tirages monumentaux sur les parois du monde entier, pour ce qui semblait s’annoncer comme une simple bande autopromotionnelle vouée à mettre leurs travaux en avant.

A l’arrivée, Visages Villages, fruit de leur collaboration, financé en partie sur une plate-forme de financement participatif, est un objet beaucoup plus composite que prévu, ouvert aux quatre vents, s’évadant sans cesse du cinéma pour y revenir par la bande, offrant finalement une réflexion décousue sur le regard, cette sécrétion immatérielle de l’œil qui jaillit vers les autres et refaçonne le monde à sa guise.

Après une brève introduction, sous l’égide des peintures murales de Los Angeles que Varda avait filmées dans Murs, murs (1981), celle-ci embarque dans la camionnette de JR, et les voilà partis sur les routes de France, sans plan de bataille, pour dénicher des sujets à photographier et des façades à badigeonner.

Leur promenade improvisée les mène dans un coron du Pas-de-Calais, dans une usine chimique des Alpes, sur le port du Havre (Seine-Maritime) et dans un village fantôme de la Manche. Les projets de collages occasionnent une multitude de saynètes avec les habitants du coin, dont les portraits géants sont placardés sur les murs.

Une mémoire active

A l’image, l’octogénaire et le jeune histrion forment une sorte de duo comique se cherchant gentiment des noises : l’un taquine l’autre sur son âge vénérable et l’autre cherche à faire tomber les éternelles lunettes noires de l’un, pour filmer son regard, comme elle l’avait fait jadis avec Jean-Luc Godard dans Les Fiancés du pont Mac Donald (1961).

Le film navigue ainsi à vue entre reportage télé bucolique (parfois un peu gnangnan) et scènes où l’émotion cinématographique affleure inopinément, comme avec le carillonneur de Bonnieux (Vaucluse), dont les gestes occasionnent un montage ébouriffant, ou devant un blockhaus échoué de Sainte-Marguerite-sur-Mer (Seine-Maritime), repeint au souvenir du photographe Guy Bourdin (1928-1991), dont l’image sera bientôt emportée par la marée.

Visages Villages nous rappelle surtout qu’un film ne naît pas nécessairement d’un scénario, ni même d’un sujet préétabli, mais peut sortir de rien du tout, d’un geste, d’une idée, d’une balade dominicale – les collages géants servant surtout de dispositif transitoire pour collectionner les portraits passagers et les rencontres fugaces.

La beauté du film tient aussi au fait qu’il fonctionne comme une mémoire active, Varda ne cessant de puiser dans son passé de photographe ou dans ses archives filmées pour éclairer le présent. Au bout du chemin, quelque part dans le canton vaudois, se niche pourtant un souvenir plus ingrat que les autres, aux retombées véritablement bouleversantes, mais qui ne disqualifie en rien le plaisir de partir sans bagage à l’aventure.

« Visages Villages », documentaire français d’Agnès Varda et JR (1 h 29). A voir.

4 juin 2014

Rihanna

Les invités des CFDA Awards en sont restés bouche bée. Rihanna venue récupérer un trophée est arrivée nue. Enfin à quelques grammes de tissu transparent près… On savait Rihanna exhibitionniste. On ne pensait pas qu’elle serait capable d’aller aussi loin dans la provoc sur un tapis rouge. Lors des Council of Fashion Designers of America Awards à Los Angeles, c’est tout simplement nue que la chanteuse s’est présentée sur le red carpet. A peine vêtue d’un string couleur chair et d’une robe longue totalement transparente, Rihanna a offert aux yeux du monde entier son anatomie parfaite.

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5 juin 2014

Michel Rocard demande aux Britanniques de "partir" de l'Union européenne

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Une demande courtoise, mais ferme. L'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard demande au Royaume-Uni de quitter l'Union européenne, dans une tribune publiée mercredi 4 juin par Le Monde. Européen convaincu, il accuse les Britanniques de ne pas aimer l'Europe, de n'y être entrés que pour "faire du commerce", de paralyser son évolution politique et de commettre un déni de démocratie en s'opposant à la nomination à la présidence de la Commission européenne du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, candidat du parti vainqueur des élections de mai.

"Partez donc avant d'avoir tout cassé"

"Il y a entre vous et nous, les Européens continentaux, un malentendu qui est en train de tourner mal, écrit Michel Rocard, 83 ans. De cela, l'Europe meurt." Michel Rocard accuse également le Premier ministre britannique de faire "semblant" de vouloir quitter l'Union européenne. Selon le magazine allemand Der Spiegel, le Premier ministre britannique a averti ses partenaires qu'il ne pourrait garantir le maintien du Royaume-Uni dans l'UE si Jean-Claude Juncker devenait président de la Commission. Par ailleurs, il a promis un référendum sur la sortie de son pays de l'UE d'ici 2017.

"Vous avez encore quelque intérêt bancaire à profiter du désordre que vous créez", accuse-t-il. "Partez donc avant d'avoir tout cassé", conclut l'ancien Premier ministre français. "Il fut un temps où élégance était synonyme de britannique. Laissez-nous reconstruire l'Europe. Retrouvez l'élégance et vous retrouverez notre estime." 

5 juin 2014

Save the date : Tintin comme vous ne l’avez jamais vu !

Un reporter au musée

La Médiathèque Jacques Baumel à Rueil-Malmaison vous révèle la face cachée de Tintin avec l’exposition

« Tint’inconnu en parodies » du samedi 14 au lundi 30 juin.

Du pastiche gentillet à la parodie gay trash, le héros accompagné de son fidèle clébard qui a bercé votre enfance a suscité les réactions de nombre d’admirateurs comme de détracteurs, sa houppette et sa relation avec Milou se transformant en questions existentielles. C’est donc un Tintin décalé et fantasmé que la Médiathèque vous propose de découvrir à travers une série d’ouvrages et d’objets insolites gravitant autour du fameux reporter belge et de ses fidèles compagnons. L’exposition retrace aussi les différentes sources d’inspiration, souvent méconnues, d’Hergé, ses relations avec la Suisse et notamment avec l’un des plus célèbres continuateurs de Tintin, le dessinateur franco-genevois Exem et les aventures de son « Zinzin ». Une journée spéciale est prévue le samedi 14 juin, jour du vernissage. Au programme : une visite guidée (sur réservation) faite par le commissaire de l’exposition, une table ronde autour de la question « A qui appartient Tintin ? » à Paris, puis l’inauguration officielle à 18h en présence de plein de beau monde.

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Exposition « Tint’inconnu en parodies »

Médiathèque Jacques Baumel

15-21 boulevard Foch – Rueil-Malmaison

Entrée libre

Du lundi au samedi de 10h à 18h

Nocturne en juin, le jeudi de 10h à 20h

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3 juin 2014

Les Régions

Après une dernière réunion de calage à l'Elysée, François Hollande détaille sa vision de la réforme territoriale. Dans une tribune publiée lundi 2 juin dans la soirée, le président indique que le nombre de régions métropolitaines sera ramené de 22 à 14. Dans le texte, publié sur le site l'Elysée et dans la presse régionale, le président indique que la carte proposée sera "soumise au débat parlementaire".

L'Elysée détaille les régions qui fusionneraient : Poitou-Charentes, Centre et Limousin ; Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon ; Champagne-Ardenne et Picardie ; Bourgogne et Franche-Comté ; Auvergne et Rhône-Alpes ; Alsace et Lorraine ; Basse et Haute-Normandie. Resteraient inchangées, les régions Bretagne, Pays de la Loire, Aquitaine, Nord-Pas-de-Calais, Corse, Ile-de-France et Paca. Voici le scénario envisagé par François Hollande :

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Et moi je voulais ça !

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Régions : la Bretagne reste à quatre départements

La réforme territoriale prévoit un statu quo pour la Bretagne qui restera à quatre départements. Comme les Pays de la Loire qui ne bougent pas.

Ce sera donc une solution qui ne donne satisfaction à personne en Bretagne. Ni aux maires de plusieurs grandes villes (Rennes, Brest et Nantes) qui ont défendu d’une même voix une fusion entre la Bretagne et les Pays de la Loire. Ni, surtout, les partisans de la réunification, le retour de la Loire-Atlantique à l’intérieur des frontières de la Bretagne historique. La Bretagne va donc rester à quatre départements. Même si le grand jeu de meccano institutionnel qui se profile devrait offrir la possibilité à un département de quitter une région pour en rejoindre une autre. Les réactions n’ont pas manqué au long de la journée d’hier au cours de laquelle une hypothèse a pris de la consistance. Une fusion entre les Pays de la Loire et la région PoitouCharentes. Et une Bretagne qui restait déjà, de toute façon, à quatre départements. Mais cette hypothèse n’a pas été confirmée hier soir avec la publication par l’Élysée de la nouvelle carte des régions. Ce matin, Pierrick Massiot, président (PS) de la Région, qui a plaidé fortement pour la réunification et la Bretagne à cinq départements en publiant une Lettre à la Bretagne , a prévu de s’exprimer sur cette nouvelle donne territoriale.Bernadette Malgorn. La réunification et la formation de la Bretagne historique à cinq départements n’apparaît pas dans la carte publiée hier soir par l’Élysée.« C’est un manque de respect de la démocratie et des vœux émis par les élus bretons depuis plus de 20 ans », commente Bernadette Malgorn, la présidente du groupe d’opposition (droite et centre) au conseil régional.« Entre ceux qui souhaitaient l’union de la Bretagne avec les Pays de la Loire, et ceux qui plaidaient pour la réunification avec la Loire-Atlantique, c’est un échec pour la gauche bretonne », poursuit-elle.Union démocratique bretonne. « Cette situation est inacceptable alors que les habitants de la région Bretagne et de Loire-Atlantique se mobilisent depuis plus de 40 ans pour la réunification », dit l’Union démocratique bretonne. Elle demande l’organisation en Loire-Atlantique d’un référendum d’initiative locale afin que« les habitants de ce département puissent se prononcer sur leur avenir institutionnel et économique ». Marc Le Fur. « À quoi sert-il d’avoir des ministres bretons, Jean-Yves Le Drian et Marylise Lebranchu, si c’est pour ne rien obtenir de cette réforme ? On sait nous trouver quand il faut créer une taxe supplémentaire comme l’écotaxe, mais on nous oublie quand il faut faire participer la Bretagne à la grande réforme territoriale en permettant la réunification des cinq départements bretons », s’insurge le député UMP des Côtes-d’Armor.Christian Troadec. « Paris a une nouvelle fois charcuté la Bretagne », lance le maire (divers gauche) de Carhaix, à l’origine aussi du mouvement des Bonnets rouges.« L’avenir de la Bretagne a donc une nouvelle fois été décidé par des technocrates dans un bureau à Paris », poursuit Christian Troadec, en ajoutant en guise d’avertissement :« Si la décision de replacer Nantes en Bretagne n’était pas prise, le PS, qui porte à lui seul l’entière responsabilité de cette décision révoltante, doit savoir que les prochaines échéances électorales lui seront très compliquées ». François Goulard. Pour le président (UMP) du conseil général du Morbihan, cette réforme territoriale qu’il définit comme un« meccano ridicule » va déboucher sur de nouvelles grandes régions dépourvues d’identité. «Il n’y a pas de fondement à ce projet. Ces très grandes régions, c’est pour faire quoi ? Si c’est pour les compétences actuelles, les territoires sont suffisants. S’il y a d’autres phases de décentralisation, ça pourrait avoir un sens, mais pas à ce stade. Ne pas rapprocher la Bretagne de la Loire-Atlantique, on comprend mal pourquoi. C’était une occasion unique de le faire », estime François Goulard.Bretagne réunie. Le mouvement en faveur de la réunification appelle à des rassemblements aujourd’hui à partir de 17 h devant les préfectures des cinq départements de la Bretagne historique. Un appel relayé par les autres partisans de la réunification, comme le collectif 44 = Breizh. Source : Ouest France

3 juin 2014

Une artiste expose son sexe devant "L'Origine du monde" au musée d'Orsay

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L'artiste luxembourgeoise Deborah de Robertis lors de sa performance devant le tableau "L'Origine du monde", au musée d'Orsay (Paris), le 29 mai 2014. (GUSTAVE COURBET / YOUTUBE / FRANCETV INFO)

https://www.facebook.com/deborah.derobertis

Elle a prêté son visage à L'Origine du monde, de Gustave Courbet. Et pas que son visage. L'artiste luxembourgeoise Deborah de Robertis a présenté une performance, intitulée Miroir de l'origine, très remarquée, sous la célèbre et jadis scandaleuse toile du maître, accrochée au Musée d'Orsay (Paris), jeudi 29 mai. Arrivée sur un Ave Maria de Schubert revisité, précise le site Secondsexe, la plasticienne s'est assise au sol, dos au tableau, dans une robe dorée, avant de dévoiler entièrement son sexe.

Applaudissements et garde à vue

Dans une vidéo postée sur YouTube, on voit rapidement une gardienne du musée s'approcher pour lui demander de mettre un terme à sa performance. Devant son silence, elle s'éloigne. Hors-champ, une autre personne s'exclame "Non, non, non, non !", interrompue par les applaudissements d'un public qui n'apparaît pas à l'image. L'une des gardiennes se campe ensuite devant elle, afin de cacher son anatomie, en vain, tandis qu'une autre évacue la salle.

Toujours selon Secondsexe, la direction du musée a appelé la police. Deborah de Robertis a été placée en garde à vue. Le procureur de la République a classé l'affaire sans suite et a ordonné un simple rappel à la loi.

8 mai 2011

1000 tortues au Trocadero

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Happening de l’artiste Rachid Khimoune (photo ci-dessus)

1 000 tortues symbolisant les horreurs sans cesse réitérées de la guerre ont été installées ce dimanche 8 mai au Trocadero. Les tortues ont été réalisées dans les années 90 à partir de casques de soldats de différentes armées (USA, Russie, Allemagne….) et rendent hommages aux soldats de toutes les nations. La tortue symbolise la sagesse et l’humanité, mais revient chaque printemps dans un cycle qui, malheureusement trouve un parallèle avec la récurrence des souffrances liées à la guerre. Après chaque épisode de guerre on entend dire « plus jamais ça », mais invariablement d’autres terrains de combats voient le jour partout dans le monde. L’artiste Rachid Khimoune veut ainsi souligner la résurgence des souffrances des peuples, et le fait qu’aucune expérience vécue ne semble empêcher d’autres barbaries.

3 juin 2014

Une pensée pour Tian an men

C’est l’une des plus grandes places du monde, dominée par un obélisque et habitée par le mausolée de Mao dont l’ombre porte sur l’Histoire le souvenir de morts par dizaines de millions… Tian an men, à Pékin, c’est aussi depuis un quart de siècle un symbole de la liberté mise à mort… En 1989, le mur de Berlin allait tomber et une partie du monde ouvrir des portes… Mais cette année-là au printemps, voici donc vingt-cinq années, le 4 juin a connu un massacre : le vent de la liberté a été balayé par une tempête armée sur Tian an men. Les manifestants de la démocratie ont été écrasés. Et depuis ce funeste printemps raté, le gel permanent des droits de l’Homme est rouge du sang des martyrs. Évoquer cet anniversaire en Chine aujourd’hui, c’est prendre un billet pour la prison ! Les journalistes sont poursuivis pour troubles à l’ordre public. Les confessions publiques et la manipulation mentale nourrissent la propagande d’un régime autoritaire qui dirige les consciences. Depuis un quart de siècle, ni les Jeux olympiques de Pékin, ni les juteuses opérations commerciales de nos multinationales, ni les appels aux droits de l’Homme de nos politiques en villégiature, rien n’y a fait… Les Chinois restent sous la pression d’un appareil policier qui manie la censure avec un art consommé par des tyrans affirmés. Les arrestations de ceux qui prennent la parole, écrivains, artistes ou activistes des réseaux sociaux, en témoignent : la Chine est bâillonnée. Nous avons une pensée pour le militant des droits de l’Homme, l’écrivain Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix emprisonné, et une autre teintée d’amertume pour Mo Yan, prix Nobel de littérature, si décevant par son manque de solidarité et son silence politique. Le premier est un symbole de courage et l’autre montre la force du poids de la peur. Pour échapper à la prison, à la torture comme au désespoir qui en a poussé beaucoup vers le suicide, de nombreux écrivains, poètes, artistes ou dissidents de l’ombre sont, eux, partis en exil. Il faut la notoriété d’Ai Weiwei, architecte polymorphe connu dans le monde entier, pour que de temps à autre nos consciences soient interpellées. Car les quelque riches Chinois qui gonflent nos recettes touristiques masquent à nos yeux la réalité de ceux qui vivent sous le joug. Ayons une pensée aussi pour tous les rebelles inconnus comme cette silhouette dont l’image a fait le tour du monde : l’homme de Tian an men qui défiait les chars… C’était le 5 juin, au lendemain du massacre. Aujourd’hui, face au masque impassible du président Xi Jinping, c’est ce symbole qu’il faut conserver. Le vrai visage de Tian an men c’est le sien, celui de la dignité et du courage. Reporters sans frontières a lancé une pétition sur le net pour montrer aux Chinois qu’ils ne sont pas seuls. Source Ouest France.

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25 novembre 2019

Chronique - Les toilettes, dernier lieu de l’intime

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Par Maïa Mazaurette

Sujets tabous s’il en est, les fonctions de miction et d’excrétion provoquent souvent le dégoût. Mais le plaisir sexuel ne peut pas faire l’économie de la connexion avec les organes voisins, nous rappelle la chroniqueuse de « La Matinale », Maïa Mazaurette.

LE SEXE SELON MAÏA

Etes-vous en train de lire cette chronique aux toilettes ? Aucune honte à l’admettre : 40 % des Français consultent les informations au petit coin, selon un sondage Plyce publié en 2013. Ma question vous a-t-elle embarrassé ? On touche là, sans doute, au dernier tabou.

Ou du moins, au dernier lieu de l’intime. L’écrivain américain Dave Eggers faisait ainsi récemment remarquer, au micro de Vox Media, que les toilettes font partie des ultimes mètres carrés résistant à l’exigence de transparence numérique (à condition d’oublier les failles de sécurité des smartphones et l’écoute constante des assistants électroniques).

Tabou, la sexualité ? Moins que les fonctions de miction et d’excrétion, qui définissent les contours de l’obscène. Et que même les plus audacieux ne posteront pas sur Instagram. En 2019, on peut coucher le premier soir, mais, à ma connaissance, personne ne laisse la porte des toilettes ouverte le premier soir. (Etiez-vous en train de déguster votre croissant du matin ? Oups.)

C’est que la continuité des activités de chambre et des toilettes est évidente. Elle se joue sur le terrain anatomique (les mêmes organes sont en jeu), mais aussi dans l’imaginaire (celui des parties basses et honteuses). Le cloaque n’est pas loin, qui nous réduit à un simple tube indifférencié.

Question de fluide

Dans Le Corps souillé. Gore, pornographie et fluides corporels (Editions de L’Instant même, mars 2019), le docteur en communication Eric Falardeau met les pieds dans le plat. Pour lui, les fluides provoquent le malaise parce qu’ils questionnent la limite de notre corps : « Il n’y a plus de frontière entre le dedans et le dehors, l’intérieur et l’extérieur, le subjectif et l’objectif, la matière et l’esprit. » On pourrait utiliser exactement les mêmes mots pour définir une relation sexuelle réussie, non ?

Eric Falardeau rappelle que nos écoulements divers provoquent à la fois le dégoût, la douleur, la jouissance et la fascination. Selon Freud, il faut renoncer à cette jouissance au nom de la dignité sociale. Mais comment fait-on, nos organes de plaisir produisent aussi ces écoulements ? L’indignité contamine alors les rapports sexuels. (Il est bon, ce croissant ?)

Liaisons dangereuses

Nous voici donc sur le fil du rasoir : les rapports sexuels expriment (parfois) notre amour, et nous font toucher (parfois) au sublime. Mais ces transports utilisent des zones associées au biologique, au trivial, à l’animal et même à la mort.

Ce qui produit en nous un terrible doute : tout passage à l’acte sexuel gangrène-t-il l’amour et le désir ? Si l’urine et les excréments sont des déchets, alors la cyprine et la semence devraient l’être aussi… Sauf quand on les considère comme des forces de vie. Ce qui est loin d’être toujours le cas. La pornographie présente ainsi le sperme comme quelque chose qui avilit et humilie, alors même qu’objectivement on parle d’un liquide biologique dont l’émission donne du plaisir et, en croisant les doigts, des enfants pas trop ingrats.

A entretenir cette proximité entre désir et répulsion, nous crachons dans la soupe – c’est le cas de le dire. Car, si notre dégoût pour l’urine et les fèces nous a historiquement défendus contre d’éventuels pathogènes, les temps ont changé. Notre niveau d’hygiène nous préserve généralement des germes mortels. Nous savons que le vagin est autonettoyant. Du coup, le tabou sert surtout à vendre des savons intimes au prix de l’or (en attendant qu’on invente les lingots à pH neutre).

« Toilettes publiques, affaires privées »

On peut, bien évidemment, transcender notre dégoût. Par exemple en rappelant le rôle de la prostate dans l’éjaculation, et des muscles anaux dans l’orgasme : pudeur ou pas, le plaisir sexuel ne peut pas faire l’économie de la connexion entre les différents organes. Quant aux moins frileux parmi vous, sans doute assaisonneront-ils leur croissant dominical de la proverbiale douche dorée. Si les chiffres concernant la prévalence de la scatophilie n’existent pas, on sait que 10 % des hommes et 3,5 % des femmes aimeraient uriner sur leur partenaire ou qu’on leur urine dessus (université de Montréal, 2014).

Et ce fantasme ne date pas d’hier. Dans une exposition présentée jusqu’au 1er décembre au Point éphémère, à Paris – mais aussi dans un ouvrage appelé Les Tasses. Toilettes publiques - affaires privées (éditions Agua, novembre 2019) –, le photographe Marc Martin rappelle à notre mémoire les dessous oubliés des pissotières de Paris, où des homosexuels, travestis et prostitués se sont retrouvés pendant plus d’un siècle.

Sordide ? Attention à nos hypocrisies ! Qu’est-ce qui est le plus sordide, au juste : des étreintes dans des vespasiennes, ou l’interdiction de certaines expressions sexuelles ? Quelques moments de plaisir, ou la privatisation des lieux de rencontre, qui soumet les rapports à des impératifs économiques excluant les plus pauvres ?

Questions de pouvoir

Car reconnaissons-le : notre dégoût affiché pour les fonctions naturelles du corps est aussi un vecteur de ridiculisation des personnes déjà discriminées. La répulsion pour les fèces nourrit l’homophobie, de même que les grimaces face aux menstruations confortent le mépris des femmes. Quand on répète de manière automatique que telle ou telle pratique est abjecte « par nature », nous induisons une hiérarchie qui, comme par hasard, conforte les dominants (ainsi les hommes sexistes considèrent-ils la sodomie passive comme dégoûtante, mais la sodomie active comme jouissive – il va falloir se décider).

Rien d’étonnant alors à ce que la question des toilettes cristallise les tensions politiques du moment, jusque dans le couple (la position par défaut de la lunette définit une norme, donc une position de pouvoir). Pensons aussi à nos polémiques concernant les trans : qui a accès à quels lieux d’intimité, pour quelles raisons.

Au-delà du tabou

Dans ses Variations scatologiques. Pour une poétique des entrailles (La Musardine, 2005), le psychologue Bob O’Neill rappelait que la sexualité est « fondamentale » – en lien, donc, avec notre fondement : « Dans le langage populaire, le sexe est toujours vulgarisé : c’est le cul. On parle d’effets de cul, d’histoire de cul, de film de cul, etc. » Avant de citer saint Augustin : « Inter faeces et urinam nascimur » (« nous naissons entre la merde et l’urine »). Pardon, vous ai-je souhaité bon appétit quand vous avez entamé ce croissant ?

Nous nous plaignons parfois que les tabous tombent : en voici un qui reste bien implanté. Pourquoi clamerions-nous en permanence que « ce n’est pas sale », si on ne cherchait pas à s’en convaincre ? Malgré l’obsession culturelle des dernières années pour les fessiers rebondis, on continue d’être gêné s’il faut déféquer chez un nouveau partenaire, ou si on pète entre de beaux draps (les curieux pourront écouter mon podcast dédié sur Arte Radio). Google a beau afficher pas moins de 2 660 pages Web consacrées à la poop conversation, le sujet reste évité.

Y compris par les chercheurs. Ainsi ignore-t-on à quel moment certains couples acceptent la porte ouverte, qui la laisse ouverte, ou pourquoi certains opteront pour des toilettes japonaises qui « couvrent » tout bruit indiscret.

Au contact de l’obscène

Faut-il parler plus ouvertement de ces sujets ? D’après les chiffres rendus publics ce mardi et concernant les toilettes scolaires, il serait temps. Car notre pudeur heurte aussi nos enfants : quatre élèves sur cinq préfèrent se retenir… et la moitié d’entre eux rapportent que les WC sont un lieu où on se fait embêter. De quoi donner envie de s’asseoir sur les tabous, non ?

Mais d’accord, personne ne devrait nous obliger à parler de « ça » lors d’un premier rendez-vous. Ou quand vous mang votre croissant dominical. Mais il y a une différence entre l’indicible et l’impensé, surtout quand, comme le fait remarquer Bob O’Neill, « le tabou d’en parler dépasse en impolitesse le tabou de la chose elle-même ».

Si notre dégoût pour des fonctions parfaitement naturelles nous pousse à délégitimer certaines pratiques, dénigrer certaines populations, reléguer toute sexualité au dégueulasse, voire nous pincer le nez devant les problèmes des enfants, alors c’est plus que de la démission intellectuelle : c’est de l’irresponsabilité.

Sur ces mots, je vous abandonne à ceux d’un passionné : Victor Hugo, qui consacre dans Les Misérables des pages entières à la poésie du cloaque. On peut y lire que « l’égout, c’est la conscience de la ville. Tout y converge, et s’y confronte. Dans ce lieu livide, il y a des ténèbres, mais il n’y a plus de secrets (…) Cette sincérité de l’immondice nous plaît, et repose l’âme ». Bon croissant. Et puis bonne digestion, surtout.

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7 mai 2011

Festival de Cannes 2011 : Emily Browning

Sleeping Beauty avec Emily Browning

Présent en compétition officielle au 64e Festival de Cannes, Sleeping Beauty, le premier film de l'écrivaine australienne Julia Leigh raconte l'histoire d'une jeune femme qui se plie aux désirs de clients masculins de manière tout à fait particulière : en s'endormant avec des somnifères.

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Emily Browning

Cannes 2011 : les cinq scandales potentiels

8 mai 2011

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Fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe

Au lendemain de la capitulation sans condition de l'Allemagne, les chefs d'Etats et de gouvernements alliés, annoncent simultanément sur les radios la cessation officielle des hostilités en Europe. Mais, la fin véritable de la Seconde Guerre mondiale interviendra le 2 septembre suivant, avec la capitulation du Japon après les explosions atomiques de Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août.

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24 juin 2017

Gay friendly et fiers de l’être !

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Près de 500 000 personnes sont attendues cet après-midi à la Marche des fiertés, qui fête ses 40 ans. Avec une revendication cette année : la PMA pour toutes.

Par  Philippe Baverel

«La PMA (procréation médicalement assistée) pour toutes sans condition ni restriction, c’est maintenant ! » Tel est le slogan très politique de l’édition 2017 de la marche des fiertés LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels) qui partira cet après-midi à 14 heures de la place de la Concorde (I er) en direction de la place de la République (III e), où un concert aura lieu de 17 heures à 22 heures.

En raison de l’état d’urgence, ce défilé auquel 500 000 personnes sont attendues, est placé sous haute surveillance policière. Au-delà des effectifs de la préfecture de police, 250 bénévoles, selon les organisateurs, veilleront à sécuriser le parcours de 4,7 km

Paris se rêve en capitale mondiale « LGBTQI »

Traditionnellement festive et haute en couleurs, la marche à laquelle prendront part 88 associations et organisations dont beaucoup installées sur des chars avec sono et danseurs survoltés, est aussi revendicative, particulièrement cette année où la manifestation célèbre son 40 e anniversaire.

Que les organisateurs réunis au sein du collectif Inter-LGBT (regroupant une soixantaine d’associations) aient choisi comme mot d’ordre « la PMA pour toutes », ne doit évidemment rien au hasard, sachant qu’en France, ce recours est actuellement réservé aux couples hétérosexuels. Or, pendant la campagne présidentielle, le candidat Emmanuel Macron s’est déclaré « favorable » à son ouverture aux « couples de lesbiennes et aux femmes célibataires ».

Tout en saluant « l’avancée que constitue l’ouverture du mariage à tous les couples » votée au printemps 2013, Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT, déplore « les rétropédalages et les renoncements du gouvernement Hollande sur la question ». Dix jours après avoir reçu le rapport « Paris ville phare de l’inclusion et de la diversité » de Jean-Luc Romero-Michel, adjoint (apparenté PS) à la mairie du XII e, Anne Hidalgo (PS) et son premier adjoint, Bruno Julliard (PS), participeront cet après-midi à la marche. Comme elle l’annonce dans un tweet du 13 juin, la maire compte faire de Paris « une capitale mondiale LGBTIQ (NDLR : LGBT, mais aussi intersexe et queer) ». Elle a remis la semaine dernière la médaille de vermeil de la Ville à l’Ardhis, association qui accompagne les réfugiés LGBT, et à Shams qui lutte pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie. Un monument en mémoire des victimes de l’homophobie devrait être érigé dans la capitale. D’après SOS Homophobie, les actes homophobes ont connu une recrudescence de 20 % en 2016.

@leparisien_75

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Les grandes dates de la lutte homosexuelle

L1981. Tout juste élu président de la République, François Mitterrand fait disparaître l’homosexualité des maladies psychiatriques et fait supprimer les fichiers qui recensent les homosexuels et les descentes de police dans les bars gays.

L1982. L’homosexualité est dépénalisée le 4 août.

L1999. Le Pacte civil de solidarité (Pacs) est voté. La première année, il est plébiscité par 6 211 couples . Depuis cette date, ce chiffre est en progression quasi constante (sauf en 2011) et dépasse aujourd’hui les 170 000 signatures chaque année.

L2004. Le Président, Jacques Chirac, et son Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, font adopter une loi pénalisant les propos homophobes, au même titre que les propos racistes ou antisémites.

L2013. Malgré des manifestations dans Paris et dans plusieurs grandes villes de province, le mariage pour tous est voté par l’Assemblée nationale le 23 avril, sur proposition du gouvernement de François Hollande. Désormais, les couples homosexuels peuvent s’unir de la même façon que les couples hétérosexuels.

La loi est promulguée le 17 mai et le premier mariage entre deux hommes est célébré à Montpellier (Hérault) le 23 mai 2013.

27 juin 2017

3 raisons de se rendre à la rétrospective David Hockney au Centre Pompidou

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La file d'attente à l'entrée du Centre Pompidou

David Hockney soufflera ses 80 bougies le 9 juillet 2017 et aura passé ainsi les soixante dernières années à créer. L'occasion pour le Centre Pompidou d'organiser une grande retrospective autour de son oeuvre.

Connu avant tout pour ses piscines colorées californiennes, l’artiste britannique cache une oeuvre foisonnante, érudite et complexe, nourrie de nombreuses influences. Il est devenu, pour de nombreux artistes contemporains, une référence incontournable.

L'art de croiser les influences

Jean Dubuffet pour un art universellement accessible, Matisse pour son hédonisme coloré, Francis Bacon pour son audace visuelle et son affirmation érotique, Rembrandt pour ses autoportraits vieillissants, Vermeer pour ses scènes de vie quotidienne, Edward Hopper pour ses portraits grand format, mais aussi Pablo Picasso et son ouverture stylistique. Comme ce dernier, David Hockney a choisi de ne pas s'enfermer dans un style unique grâce à de nombreuses influences.

Le résultat ? Une oeuvre originale aussi empreinte de cubisme et de jeux de points de vue que de réalismes, d’abstractions ou d’expériences optiques. A travers les 160 oeuvres exposées à Pompidou, de ses tableaux de jeunesse réalistes jusqu’aux assemblages d’images imprimées, le public pourra se rendre compte de l’extraordinaire diversité de l’art de David Hockney.

Entre voyages et nouvelles technologies : une curiosité insatiable

Devenu l’un des plus célèbres représentant du Pop Art des années 1960, Hockney mène un style de vie très californien, dans son atelier perché sur les hauteurs de Los Angeles. Il témoigne aussi d’un goût pour le voyage qui nourrit son art depuis ses débuts. L’exposition relate ainsi ses découvertes, de Bradford à Londres, puis depuis la France jusqu'aux grands parcs de l'Ouest américain, en passant par la campagne anglaise.

Ainsi, l'exposition montre son travail sur les perspectives des parcs aménagés à la française, ses clins d'oeil aux paysages chers à Claude Monet ou même à Van Gogh, se servant de la lumière de Californie pour en distiller un peu dans ses autres tableaux. Le peintre empreinte également à la cinématique chinoise pour son célèbre «Nichols Canyon» peint depuis différents points de vue.

Le même procédé est utilisé pour les étonnantes images de campagnes anglaises réalisées sur IPad. L'artiste se sert inlassablement des nouveaux outils de reproduction des images : photos, vidéos, fax, photocopies... Tout peut devenir un outil de son art. «Je voulais montrer sa préoccupation pour la survie de la peinture ou comment il met la technique au service de la peinture», explique le commissaire de l'exposition, Didier Ottinger

Joie de recevoir, plaisir d'offrir

David Hockney assume ses influences mais au fil du temps, de nombreux artistes se sont interessés à ses techniques et à ses oeuvres. Désormais, le Britannique trône aux côtés des plus grands de l'art contemporain. Décoré par la Couronne britannique, peint par Lucian Freud en 2003, David Hockney est aujourd’hui internationalement reconnu. En 1969, lorsque l’insolence de l’artiste avait fait dire au théoricien Clément Greenberg que ces oeuvres d’art «ne devraient pas avoir le droit de cité dans une galerie qui se respecte», qui aurait pu prévoir que le peintre allait devenir l’un des plus influents du vingtième siècle ? «Comme Dubuffet, David Hockney conçoit l'art dans son universalité. Il se positionne pour un art qui parle à tous», explique Didier Ottinger. Il est fort à parier, d’ailleurs, que cette exposition sera l’incontournable de l’été.

David Hockney, du 21 juin au 23 octobre 2017 au Centre pompidou, Paris (4e),  centrepompidou.fr

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1 juin 2014

Quand TINTIN vaut de l'or...

23 novembre 2019

WORLDPRESSPHOTO

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L.S. tient Lily, sa poupée préférée, à la plage de BeiHai, en Chine, le 17 mai 2018. L.S. a commencé à s'intéresser aux poupées en silicone après la fin d'une relation tourmentée avec un girlfriend. L.S. raconte que la pire partie de sa relation avec son ex-petite amie était les disputes quotidiennes épuisantes qui l’ont fortement traumatisé. L.S. dit que la relation qu'il a établie avec ses poupées l'a aidé à retrouver la sérénité.

Les dernières statistiques de la population de la Chine révèlent que, malgré la mise en œuvre de la politique de deux enfants, le déséquilibre entre les sexes est un problème social continu. Depuis 2018, le marché des poupées en silicone est grand et les fabricants espèrent rendre les poupées assez réalistes pour guérir la solitude parmi la grande population non mariée du pays. Le marché DollMates en Chine est divisé en trois groupes principaux : ceux qui achètent des poupées en silicone purement à usage sexuel, ceux qui les achètent parce qu'ils veulent un partenaire de vie, et ceux qui les achètent pour s'habiller et prendre des photos pour utilisation sur les médias sociaux.

Les amateurs de poupées en silicone passent généralement par trois étapes émotionnelles et physiques. La première étape est l'achat d'une poupée pour une utilisation sexuelle dédiée. La deuxième étape est le développement de rattachement émotionnel à leurs poupées. Dans la troisième étape, les poupées perdent toute association sexuelle alors que les camarades commencent à se penser comme des collectionneurs, et deviennent pleinement dédiés à leurs poupées.

Sinis est un photographe italien vivant et travaillant en Chine. Son travail se rapproche de l'insolite. Elle est attirée par les réalités et les gens qui n'ont normalement pas de couverture dans les médias. Les talents du deuxième cycle du programme de talent mondial 6 x6 en Europe ont été annoncés ! 6 x6 met en lumière six conteurs visuels de six régions mondiales pour mettre en valeur les talents du monde entier et présenter des histoires avec des perspectives diverses.

https://www.worldpressphoto.org/

23 novembre 2019

A Amiens, Macron retourne au « cœur de la bête »

macron amiens

Par Cédric Pietralunga

Deux ans et demi plus tard, le chef de l’Etat s’est de nouveau rendu, vendredi, sur le site amiénois de l’ex-Whirlpool, pour y rencontrer les anciens salariés.

C’était en avril 2017. C’était il y a un siècle. Entre les deux tours de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron s’était rendu à l’usine Whirpool d’Amiens, alors en grève.

Contre l’avis de son équipe de campagne et de ses officiers de sécurité, le candidat d’En marche ! avait décidé de rencontrer les salariés en colère sur le parking du site, pour ne pas laisser le terrain à la seule Marine Le Pen, qui l’y avait précédé de quelques heures. S’en était suivie une séquence homérique, où l’ancien ministre de l’économie avait été chahuté avant de reprendre le fil, mégaphone à la main, et de finalement remporter son duel à distance avec la présidente du Rassemblement national.

« Je ne serai jamais en sécurité, parce que le pays est comme ça aujourd’hui, s’était alors énervé Emmanuel Macron auprès de son entourage – qui n’avait pas anticipé la manœuvre de Marine Le Pen –, au cours d’un échange révélé par le documentaire Les Coulisses d’une victoire, diffusé après le second tour de l’élection. Il faut prendre le risque, il faut aller dans le cœur de la bête à chaque fois. Le cœur de la bête, il est là, il faut y aller. Parce que si vous écoutez les mecs de la sécurité, vous finissez comme François Hollande. Peut-être que vous êtes en sécurité, mais vous êtes mort. »

Deux ans et demi plus tard, Emmanuel Macron est retourné au « cœur de la bête ». En visite pour deux jours dans la Somme, le chef de l’Etat s’est de nouveau rendu, vendredi 22 novembre, sur le site amiénois de l’ex-Whirlpool, pour y rencontrer les anciens salariés.

Ceux-ci lui avaient promis la misère, après que le repreneur adoubé à l’automne 2017 par l’Etat a fait faillite, laissant de nouveau quelque 150 employés sur le carreau. « On va lui demander des comptes ! », avaient-ils prévenu. Emmanuel Macron « est venu leur taper sur l’épaule et il n’y a eu aucun suivi derrière, on les a laissés foncer droit dans le mur », avait mis en garde François Ruffin, député (La France insoumise, LFI) de la Somme.

« Est-ce que cela a été un échec ? Oui »

Mais de confrontation, il y en eut finalement assez peu. Dans un hangar, Emmanuel Macron a échangé durant plus d’une heure trente avec quelques dizaines de salariés, dont plusieurs syndiqués. D’abord pris à partie sur la déconfiture du projet de reprise porté par le groupe WN de l’industriel Nicolas Decayeux, mis en liquidation judiciaire en juin, le chef de l’Etat s’est défendu de tout angélisme.

« Est-ce que cela a été un échec ? Oui », a-t-il reconnu, mais « dans une reprise, ce n’est jamais écrit d’avance ». « Moi aussi j’y croyais », a-t-il ajouté, assurant être dans le même navire que les salariés. « Si je n’avais pas du respect pour vous, je ne serais pas venu, s’est-il défendu. Je n’ai rien à cacher, je ne fais pas ça pour me faire la cerise. »

Alors que l’Elysée laissait courir la rumeur d’une nouvelle offre de reprise, Emmanuel Macron n’est d’ailleurs pas venu la hotte pleine à Amiens. Il s’est seulement engagé à assurer un suivi plus individualisé de la situation des ex-Whirlpool et à mettre en place une cellule de soutien psychologique. Tout juste a-t-il évoqué deux manifestations d’intérêt pour le site, mais sans donner de détails, pour éviter les « fausses promesses ».

« On peut dire qu’on va changer le monde tout seul, ce n’est pas vrai. Tous ceux qui l’ont dit sont des menteurs », a au contraire assuré le chef de l’Etat, qui s’est engagé à revoir les ex-salariés dans un an au plus tard. « Si le président est revenu, c’est parce que c’est symbolique de l’action publique et de sa naissance politique », assume l’Elysée.

Revenir au « cœur de la bête ». C’est aujourd’hui l’obsession d’Emmanuel Macron. Alors que la grève prévue le 5 décembre contre la réforme des retraites s’annonce chaque jour plus importante – la confédération CFE-CGC a indiqué, jeudi, qu’elle rejoignait le mouvement –, le chef de l’Etat n’entend pas laisser croire qu’il n’est plus au contact du terrain et des Français. « Le chef de l’Etat refuse l’enfermement, il n’est pas ligoté », explique un conseiller, réfutant le procès en « tour d’ivoirité ». « C’est pour ça qu’il multiplie les visites à risque ces dernières semaines, pour montrer qu’il est là et qu’il reste le président de tous les Français », abonde un de ses ministres.

« Faire bloc pour rassembler »

Le 4 octobre, Emmanuel Macron avait ainsi improvisé un déplacement au Salon de l’élevage de Cournon-d’Auvergne (Puy-de-Dôme). L’arrêt n’était pas prévu à son programme mais « le président n’avait pas supporté que deux élus de la majorité y soient chahutés », explique un soutien. La veille, deux députés La République en marche (LRM) – Jean-Baptiste Moreau (Creuse) et Roland Lescure (Français de l’étranger) – avaient été chassés du salon par des militants, après y avoir défendu les accords de libre-échange, notamment celui signé avec le Canada (CETA). Ses officiers de sécurité avaient eu beau s’opposer à la visite, trop risquée à leurs yeux, le chef de l’Etat avait forcé la décision. C’est de la même manière qu’il s’était rendu à Rouen, le 30 octobre, après l’incendie de l’usine Lubrizol.

A écouter les stratèges de la Macronie, ces déplacements font partie intégrante de la stratégie présidentielle de reconquête de l’opinion. « Macron souffre d’entendre qu’il est lâche, qu’il s’enferme à l’Elysée. Il a vu ce qu’a vécu François Hollande après la loi travail, l’impossibilité de se déplacer où on veut dans le pays. Il veut à tout prix y échapper », assure un habitué des couloirs de l’Elysée. C’est aussi la leçon que le chef de l’Etat a retenue de sa visite agitée en décembre 2017 au Puy-en-Velay, lorsque le convoi présidentiel avait été pourchassé par des « gilets jaunes », certains hurlant vouloir le tuer. « Plus que la peur de la violence, c’est l’idée de ne plus pouvoir se déplacer où il veut en France qui l’a marqué dans cet épisode », assure aujourd’hui un très proche.

Le chef de l’Etat l’a donc demandé à son cabinet : au cours des prochains mois, il veut se rendre dans les endroits les plus compliqués de l’Hexagone. Marqué par L’Archipel français (Seuil), un ouvrage du politologue Jérôme Fourquet publié au printemps, qui décrit une nation « multiple et divisée », Emmanuel Macron entend montrer que l’éclatement n’est pas inéluctable. « Jamais je ne me résoudrai à ce que la France se réduise à un archipel, notre rôle est de faire bloc pour rassembler », a-t-il enjoint lors de son discours prononcé mardi au congrès des maires de France.

Durant ses deux jours dans la Somme, Emmanuel Macron s’est pour autant rassuré sur son degré de popularité. Alors que les sondages le donnent de nouveau en baisse, le chef de l’Etat s’est offert plusieurs longs bains de foule, où il a retrouvé les réflexes de sa campagne victorieuse de 2017. Blagues avec les enfants, selfies avec les parents… « Cela lui fait du bien », savourait l’un des huit ministres qui l’ont accompagné à Amiens.

Vendredi soir, à l’issue d’une allocution consacrée au canal Seine-Nord, l’ancien élève du lycée amiénois La Providence l’a d’ailleurs rappelé : « Je n’ai pas fini mon mandat (…) je ne suis pas à la fin du chemin. »

22 juin 2017

Le Centre Pompidou déploie David Hockney, «l’œuvre du plus grand peintre vivant»

Originaire de Bradford, ville industrielle dans le nord de l’Angleterre, David Hockney a conquis le monde de l’art avec ses tableaux peuplés de piscines et de couleurs californiennes. Avant de fêter en juillet ses 80 ans, le gentleman du Pop Art expose à partir de mercredi 21 juin au Centre Pompidou-Paris 165 œuvres des derniers 60 ans. Entretien avec Didier Ottinger, le commissaire de cette rétrospective la plus complète jamais organisée sur l’artiste anglais, avec des peintures et des photographies, mais aussi des peintures « fax » et des installations vidéo…

RFI : Pourquoi est-il si important de connaître l’œuvre de David Hockney ?

Didier Ottinger : Parce que c’est une des œuvres majeures du siècle et c’est celle qui est reconnue par les Anglais – qui ont un sens précis des hiérarchies – comme l’œuvre du plus grand peintre vivant. C’est une opinion que je partage.

Ici, on est devant une des œuvres les plus récentes de David Hockney, une peinture réalisée en 2017, intitulée La naissance, la copulation et la mort. Que voit-on ?

C’est une illustration d’un sonnet du grand poète britannique T.S. Eliot (1888-1965) qui a exprimé ces trois valeurs dans lesquelles se résume l’existence. Peut-être c’est aussi la méditation de David Hockney sur un moment de son existence où il s’interroge sur le temps qui passe, la mort prochaine… je ne sais pas. Il faut lui poser la question. En tout cas, c’est délibérément un tableau avec une signification métaphysique.

Dans ses tableaux, il cite beaucoup de maîtres, de Vermeer en passant par Van Gogh, Picasso, Dubuffet, Pollock, Rothko, jusqu’au Jasper Johns et Francis Bacon. Quel nom faut-il particulièrement retenir pour comprendre l’œuvre de David Hockney ?

Il faut citer les deux piliers de l’œuvre de Hockney : Matisse d’un côté et Picasso de l’autre. Matisse, c’est la couleur, le plaisir, c’est le peintre de la joie de vivre, un projet qui appartient aussi à David Hockney. Picasso, c’est l’investigation, l’expérimentation formelle, la recherche de nouveaux espaces, l’engagement de l’artiste dans le monde de façon presque tactile. Ça, c’est aussi une composante dans l’œuvre de David Hockney. Quand on relie les deux, on a cet artiste anglais.

Au début de sa carrière, il réalise des Propaganda Paintings, il fait de la propagande artistique au service du végétarisme et aussi en faveur de l’homosexualité. Est-ce que l’homosexualité est un moteur essentiel pour la créativité de Hockney ?

Je pense qu’il faut l’interpréter au-delà des sujets qui sont des sujets de « propagande » en faveur de l’homosexualité. On le voit dans l’exposition, il y a des tableaux qui sont explicites sur ce point. Mais on peut aussi se dire que l’homosexualité n’est qu’une des modalités de l’érotisme fondamental qui habite l’œuvre de David Hockney. C’est une forme parmi d’autres, ni plus ni moins. Plus importante est cette pulsion érotique qui fait que les tableaux de David Hockney sont préemptifs, ce sont des tableaux qui saisissent leurs spectateurs, certains diront qu’ils l’embrassent.

Les piscines sont aussi un élément omniprésent dans l’œuvre du peintre britannique. Pourquoi est-ce pour vous n’est pas un élément réaliste, mais métaphorique ?

Les piscines ne sont pas si nombreuses dans l’œuvre de David Hockney. C’est vrai, c’est avec ces piscines qu’il est venu le peintre célèbre qu’on connaît. Mais les piscines, c’est une dizaine d’œuvres. La piscine, ce n’est pas non plus un sujet. Je crois que c’est pour lui une forme de métaphore pour l’espace pictural. Chaque surface de l’eau est un tableau. Et il le traite avec des moyens stylistiques qui sont ceux en particulier de la peinture de son temps.

Comment expliquez-vous le succès planétaire des toiles comme A Bigger Splash (1967) ou sa toile Portrait of an Artist (1972) où l’artiste (et l’amant de David Hockney) Peter Schlesinger regarde dans une piscine ?

C’est lié d’abord à la popularité de David Hockney lui-même. C’est un artiste qui a eu la chance d’apparaître dans un contexte où l’on célébrait absolument l’originalité, la créativité, l’art. C’est celui des swinging sixties anglaises. Portrait of an Artist est un tableau beaucoup plus sentimental, beaucoup plus narratif. A Bigger Splash devient un des tableaux les plus célèbres du monde, parce qu’il fait lui-même l’objet d’un film du même nom : A Bigger Splash, de Jack Hazan, sorti en 1973. Ce tableau est au cœur de la réalisation du film et donne à ce film toute une profondeur narrative qui plait à de nombreux spectateurs.

David Hockney a utilisé pour ses œuvres la photographie, la photocopieuse en couleur, il a même envoyé une image composée de 288 pages par fax pour une exposition… il adore toutes les techniques de reproduction d’images. Quelle est sa relation avec le monde numérique d’aujourd’hui, l’internet, les réseaux sociaux, Instagram ?

Il est absolument présent sur chacun des outils permettant de transporter des images. Il n’en rate pas une. Il est là, toute la journée, avec son iPad. Il envoie d’ailleurs des images qu’il réalise à ses amis. L’iPad lui sert de carnet à dessin et je suis sûre que si demain apparaît un nouvel outil plus sophistiqué encore, il s’en saisira. Mais il le fait avec l’idée de les mettre au service de ce qui est pour lui le plus important : la peinture. De ce point de vue, il se rapproche d’un Baudelaire qui disait : la photographie est l’humble servante de la peinture. Je pense que l’iPad, le fax, les photocopieuses et tout le reste ne sont que les humbles servants du grand projet de David Hockney qui est de démontrer que la peinture est encore aujourd’hui vivante.

Au début de sa carrière, son fil de conducteur était : l’art doit être accessible à tout le monde. A-t-il réussi ?

Si on regarde son succès et l’enthousiasme des spectateurs, on s’en rend compte, il a effectivement accompli son projet qui est de toucher, de séduire les spectateurs de ses œuvres.

David Hockney, rétrospective au Centre Pompidou-Paris, organisée en partenariat avec la Tate Britain, Londres, et le Metropolitan Museum of Art, New York, du 21 juin au 23 octobre 2017.

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