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Jours tranquilles à Paris
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9 janvier 2011

16e Cérémonie des Prix Lumières

sharon_tate_roman_polanski_david_baileytweaked_cadreL'Académie Lumières rendra un hommage à Roman Polanski, lors de sa 16e Cérémonie des Prix Lumières vendredi 14 janvier. Elle souhaite célébrer ses cinquante années de carrière marquées entre autres par 'Le Pianiste', 'Oliver Twist' ou 'Rosemary's Baby'. L'hommage sera rendu par le directeur général de la Cinémathèque française, Serge Toubiana.

Biographie de Roman Polanski

Connu autant pour son oeuvre que pour sa vie privée, Roman Polanski est consacré avec 'Le Pianiste', Palme d'or à Cannes en 2002. Le film mêle les souvenirs de Wladyslaw Szpilman avec ceux du réalisateur, lui aussi traqué par les nazis dans le ghetto de Cracovie pendant la guerre. Devenu acteur, d'abord de théâtre, Polanski travaille avec Wajda avant d'entrer à l'Ecole de cinéma de Lodz. Après huit courts métrages, 'Le Couteau dans l'eau' devient son premier long. Si cette oeuvre est marquante pour son côté politique, la suite de sa filmographie s'attache à redéfinir les genres. Il s'approprie ainsi les codes du burlesque pour les insérer dans l'univers fantastique du 'Bal des vampires', et use de la même méthode, à partir du vaudeville vers l'atmosphère étrange de 'Cul-de-sac'. La démarche qui fonde son succès à Hollywood consiste également à styliser un genre au maximum : le fantastique avec 'Rosemary's Baby', dans lequel la terreur embrasse le quotidien, et 'Chinatown', véritable relecture du film noir. Polanski se nourrit de ses propres angoisses, produites par les événements tragiques de sa vie, comme l'assassinat de sa deuxième femme par Charles Manson ou la mort de sa mère en déportation. Ses obsessions transparaissent largement dans 'Macbeth', adaptation très noire de Shakespeare en 1971 ou 'Le Locataire', incursion paranoïaque dans laquelle il tient le rôle principal aux côtés d'Isabelle Adjani. Si les années 1980-1990 prouvent un certain essoufflement, 'Oliver Twist' montre que Roman Polanski reste un des grands conteurs de son époque.

Photo : Sharon Tate et Roman Polanski photographiés par David Bailey

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29 septembre 2019

Galerie Azzedine Alaïa

REPORTAGE  Malgré le décès, en 2017, du créateur franco-tunisien, le 18 rue de la Verrerie, à Paris, reste un lieu plein de vie. L’immeuble où il vivait et travaillait abrite toujours les ateliers de la maison. Et deviendra bientôt un musée qui montrera l’immense collection de vêtements qu’il avait accumulés.

Une ambulance est venue chercher Azzedine Alaïa, chez lui, en novembre 2017, pour l’emmener à l’hôpital Lariboisière, à Paris. Les jours ont filé, les médecins ont soigné, mais rien n’y a fait. Celui qui avait habillé Arletty et Greta Garbo n’est jamais revenu caresser Didine, le vieux saint-bernard, ni découper le poulet dans la grande cuisine. Pourtant, bientôt deux ans après le décès du couturier, le 18 novembre 2017, à 82 ans, aucun de ceux qui ont travaillé et vécu auprès de lui et qui s’affairent encore entre les murs de cet îlot niché derrière le BHV ne dira que monsieur Alaïa a quitté les lieux. Il est là, il ne faut pas chercher à comprendre.

D’ailleurs, pourquoi celui qui toute sa vie fut réfractaire aux injonctions qu’il jugeait absurdes – comme le fait de défiler à date et heure fixes pendant la Fashion Week (« Je défilerai quand je serai prêt ! ») – obéirait-il aux règles fixées par la mort ? « C’était l’année dernière. Azzedine se tenait là où nous sommes, dans mon appartement, raconte son compagnon de toujours, le peintre allemand Christoph von Weyhe, à peine étonné par cette apparition. Il était habillé d’un burnous de soie beige entièrement brodé. Il ressemblait à un prince, lui qui ne portait jamais d’habit tunisien. Il a montré du doigt Didine, qui était allongé sur le sol frais en béton, et m’a dit : « Je suis venu voir s’il va bien… » » Mais c’est à Christoph qu’il a fait ce plaisir.

Entretenir le culte

Dans la mythologie de la mode, comme dans celle de Paris, les lieux de création tiennent une place importante. Ces ateliers, ces bureaux ou ces salons aux allures d’églises désacralisées permettent aux convertis de la première heure et aux propriétaires de noms illustres devenus des marques de regretter le génie disparu, la fin d’une époque et d’entretenir le culte. Chanel a le 31, rue Cambon, où d’heureux élus visitent encore l’appartement de Gabrielle décoré de paravents de Coromandel et de livres reliés. Dior a le 30, avenue Montaigne, que Christian avait choisi pour y installer sa maison de couture dès 1946. Saint Laurent a le 5, avenue Marceau, qui hébergea les ateliers, le studio d’Yves et le bureau de Pierre Bergé, et abrite aujourd’hui la Fondation et le musée. Azzedine Alaïa a donc le 18, rue de la Verrerie, dans le 4e arrondissement parisien, à deux pas de l’Hôtel de Ville. En janvier, la Mairie de Paris a fait poser une plaque commémorative au-dessus du numéro : fixée à 3 mètres du sol, on ne la voit qu’à condition de vraiment chercher le 18. Mais c’est une parabole amusante, et qui lui rend justice, que d’enfin lever les yeux pour voir Alaïa.

Depuis que des expositions de mode, de design ou de photographie sont programmées dans la galerie, accessible au public depuis 2013, et que la librairie (ouverte fin 2018) s’est dotée, en février, d’un café, les badauds franchissent facilement la grande porte cochère du 18, plus souvent ouverte que par le passé. S’asseoir à l’une des tables installées dans la cour, sous la verrière, reste un petit privilège tant le who’s who est ici une affaire d’initiés : on verra bien sûr passer des couturières en blouse blanche quittant les ateliers de la marque, qui a survécu à son créateur et qui évolue depuis 2007 dans le giron du groupe Richemont, les bras chargés de vêtements sous housse.

Trois suites uniques

On verra madame Catherine, grande prêtresse de la boutique à laquelle les clientes accèdent par le 7 de la rue de Moussy ; Carla Sozzani, éditrice et propriétaire de 10 Corso Como, magasin multimarque milanais de renom, amie d’Alaïa pendant trente-huit ans et sa précieuse conseillère de 1999 à 2017 ; Benjamin Sarfati, le comptable de l’Association Azzedine Alaïa ; Patrice Bernard-Brunel (alias « Pipelette »), qui gère l’hôtel confidentiel 3Rooms (où séjourne régulièrement la journaliste mode du New York Times Vanessa Friedman). On apercevra aussi les deux Maria, qui s’occupent de la cuisine ; Antonella et Guevork, aux manettes de la librairie, ou encore Caroline Fabre-Bazin, directrice du studio qui, après avoir travaillé pendant dix-sept ans pour Yohji Yamamoto, a trouvé un autre guide en la personne d’Alaïa. Elle fut son bras droit à partir de la fin de 2002 et connaît la maison – où elle travaille toujours – comme sa poche.

Le visiteur patient verra-t-il peut-être enfin Christoph von Weyhe s’attarder un instant dans la lumière du jour, suivi ou précédé de l’impressionnant Didine. Un peu comme dans une pièce de boulevard, les portes s’ouvrent et se ferment, mais les protagonistes sont mieux habillés et le décor est d’une beauté singulière. Tandis que les façades s’écaillent un peu, le goût sûr d’Alaïa en matière d’art et de design saute aux yeux, où qu’on les pose : une peinture noire habille les portes et la structure métallique de la verrière ; des tableaux de Christoph von Weyhe rendent encore plus chaleureuse la boutique conçue comme un loft indémodable ; un Sein en bronze signé César trône dans la cour ; un portrait d’Alaïa par son ami Julian Schnabel illumine la librairie aux rayonnages garnis d’une sélection pointue d’ouvrages, sans parler des trois suites uniques de l’Hôtel 3Rooms, toutes meublées de chaises Marc Newson et Arne Jacobsen, de luminaires Serge Mouille, d’un canapé Osvaldo Borsani, de tables et fauteuils Jean Prouvé… En ces murs, le luxe est d’une absolue sobriété. Modeste et sûr de lui, comme le fut le maître des lieux.

« Dès que j’ai mis un pied ici, j’ai su que rien ne pourrait m’arriver, car, comme un chef de famille, il me tirait vers le haut. » Caroline Fabre-Bazin

C’est un drôle d’endroit, aussi rassurant qu’une maison de famille et plus mystérieux qu’un labyrinthe. En résumé : plusieurs bâtisses, une grande cour centrale, des ateliers de confection sur trois étages, une galerie pour les défilés et pour les expositions, une librairie, un café, un hôtel et une cave voûtée gigantesque qui avait été, entre autres facéties, transformée en boîte de nuit pour le mariage du top-modèle Stephanie Seymour. Caroline Fabre-Bazin explique qu’ici elle se sent protégée de tout. « C’était évidemment beaucoup dû à la présence de monsieur Alaïa, mais il en reste quelque chose. Dès que j’ai mis un pied ici, j’ai su que rien ne pourrait m’arriver, car, comme un chef de famille, il me tirait vers le haut. Il était protecteur et possessif, il pouvait parfois me faire pleurer, mais il m’appelait toujours pour savoir si j’étais bien rentrée. »

Cette brune en grande jupe noire repense souvent au patriarche qui ne dormait que trois ou quatre heures par nuit et n’en finissait pas de mettre au point ses patronages, de vérifier les colis que la maison envoyait aux clients, de scruter les commandes des grands magasins américains Saks et Barneys pour au matin dire aux acheteurs qu’elles n’étaient pas cohérentes. « Dans 8 000 mètres carrés, il allait et venait partout, de jour comme de nuit, ce petit monsieur », poursuit Caroline Fabre-Bazin. Il aimait surtout passer des heures dans son atelier personnel qui lui servait de studio. « Il y a des patrons partout, car Azzedine commençait beaucoup de choses et ne les finissait pas, raconte Carla Sozzani. Pour ses ateliers aujourd’hui, c’est formidable. Une mine d’inspirations, de directions à suivre. »

Salle de bains avec mur végétal

Il y a aussi l’appartement privé de monsieur Alaïa (inaccessible, car sous scellé pour cause d’inventaire post mortem), dont on saura juste qu’il abrite une bibliothèque signée Charlotte Perriand, une tête copte qui intéresserait le Louvre et une salle de bains ornée d’un mur végétal réalisé par Patrick Blanc, car « Azzedine aimait prendre son bain dans la verdure ». L’appartement de Christoph von Weyhe est mitoyen. Organisé en duplex, il abrite à l’étage l’atelier du peintre, qui baigne dans une lumière douce et une sérénité totale. Azzedine venait y rôder seul, le dimanche, pour se faire une idée de ce que peignait son compagnon, parmi les chevalets, les livres bien rangés, dont un calendrier de la noblesse suédoise de 1896 où figure l’arrière-grand-mère de l’artiste, un lit de repos signé Jean Prouvé, l’armoire où dorment sous clé les gouaches et un dessin de Basquiat…

Cela fera soixante ans cette année que Christoph von Weyhe a rencontré Azzedine Alaïa, le dimanche 13 décembre 1959, au 95, avenue Victor-Hugo, dans le 16e arrondissement, chez Nicole de Blégiers. La comtesse hébergeait ce jeune homme diplômé de l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis qu’elle avait vu pour la première fois couché sur le sol de la cuisine d’une de ses amies pour laquelle il faisait la couture et le ménage, s’occupait des enfants et des repas. Elle n’avait pas trouvé normal qu’un homme dorme par terre, et lui avait offert un lit dans sa chambre de bonne. Ce dimanche de décembre, au moment de quitter le repaire sous les toits pour aller faire un tour, le grand Christoph aux cheveux blonds était resté interdit devant le manteau d’Azzedine, entièrement doublé de vison. Il n’en avait jamais vu de semblable. Le jeune homme bien né de Hambourg demandera un peu plus tard à l’étonnant Alaïa : « Est-ce que vous permettez que je vous téléphone ? »

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Quartier juif et gay

Après la chambre de bonne de l’avenue Victor-Hugo, il y aura le 7e arrondissement et la rue de Bellechasse, puis, en 1984, la rue du Parc-Royal, dans le 3e. À cette époque, Azzedine Alaïa connaît un succès incroyable avec ses robes sexy, et reçoit deux « Oscars » de la mode, en 1985 à Paris, des mains de son amie Grace Jones. Si bien que l’hôtel particulier qu’il loue dans le Marais devient vite trop petit. Quand il apprend, en 1987, que le BHV vend un immeuble où logeaient ses employés et qui abritait des ateliers, à l’angle des rues de la Verrerie et de Moussy, il saute sur l’occasion, malgré le gigantisme des lieux.

Il reste donc dans le Marais, ce quartier juif et gay, anciennement ouvrier, qui n’attire alors ni les créateurs ni les marques de mode. En grattant les murs de cette nouvelle maison enfin à la mesure de ses rêves, il tombera sur de vieilles cartes fluviales, qui seront restaurées par les Monuments historiques. Et, derrière le fronton du bâtiment construit en 1896 par Xavier-François Ruel, fondateur du BHV, sur une fresque avec deux allégories féminines en conversation : Industrie et Savoir.

Les habitués comparent l’endroit à un riad au cœur de la médina, d’autres à l’irréductible village d’Astérix, qui résiste obstinément. Avec aujourd’hui, en matriarche d’une élégance rare, Carla Sozzani. Elle aura joué un rôle important dans la vie professionnelle et personnelle d’Alaïa, qu’elle a rencontré un peu avant 1980. Elle s’y tient encore avec une loyauté et une amitié intactes. Certains disent qu’elle est la seule personne sur terre avec laquelle Azzedine Alaïa, qui la surnommait « Sorella » (« sœur »), ne s’est jamais fâché. « Disons qu’on savait quand s’arrêter. On a eu très peur de se perdre, je crois. » Pendant plus de trente ans, quand elle était (souvent) à Paris, elle quittait son appartement de la place des Vosges pour passer la fin de la soirée rue de la Verrerie ou pour y dîner. Il l’appelait, ne disait ni « bonjour » ni « comment ça va ? ». Il demandait juste : « Qu’est-ce que tu veux manger ce soir ? »

Dîners épiques

Car, même s’il en avait un peu assez qu’on dise qu’il faisait bien la cuisine et coupait le poulet (« On me prend pour la boniche ou quoi ? »), Alaïa a organisé, au 18, rue de la Verrerie, des dîners épiques où le Tout-Paris se retrouvait autour de la table : des artistes de renommée internationale (Rihanna, Shakira, Tina Turner…), des journalistes (Anne-Marie Périer, Laurence Benaïm…), des créateurs (Nicolas Ghesquière…), des mannequins, photographes et stylistes, figures de la mode (Farida Khelfa, Carlyne Cerf de Dudzeele, Jean-Paul Goude…), des critiques d’art et commissaires d’exposition (Jean-Louis Froment, Donatien Grau), des directeurs de musée (Fabrice Hergott), des galeristes (Didier Krzentowski), des danseuses (Blanca Li), des pianistes (Jeff Cohen), des actrices (Monica Bellucci), tous les plus grands top-modèles américains des années 1990 (qui ont appris quelques mots de français avec lui, car il refusait de faire l’effort de parler anglais), des designers (Marc Newson, Martin Szekely…), les amis de passage à Paris, les employés de la maison, ses chiens…

« Azzedine avait beau concevoir les plus belles robes du monde, il les faisait défiler dans l’entrée de l’appartement. » Sylvie Grumbach

Les agapes se sont d’abord déroulées dans une petite cuisine, qui obligeait Carla Sozzani à faire la vaisselle dans la baignoire après le départ des convives. L’accord conclu avec Prada en 2000, dans lequel Carla Sozzani a joué un rôle déterminant, a apporté un souffle d’air financier qui a autorisé quelques travaux de rénovation. La cuisine a donc changé de place et de taille.

« Avant, Azzedine avait beau concevoir les plus belles robes du monde, il les faisait défiler dans l’entrée de l’appartement, se souvient Sylvie Grumbach, à la tête de l’agence de presse 2e Bureau. Sa table de travail était dans sa chambre. Naomi [Campbell, fille de cœur du couturier, qu’elle a toujours appelé « papa »] dormait dans la salle de bains et tous les tissus étaient dans la salle à manger. Rue de la Verrerie, tout a pris une autre dimension. On peut dîner à 250 sous la verrière et la table de la grande cuisine est faite pour 25 personnes, mais on pouvait être 50 et ça tenait quand même. » Des tablées invraisemblables, des repas bien arrosés, des soirées joyeuses à condition de ne pas prononcer les noms honnis de Karl Lagerfeld ou d’Anna Wintour, tous deux copieusement détestés. Et qui se terminaient souvent quand tout le monde était parti par un « Reste, on va parler un peu ».

« Entre 1995 et 2000, les dîners n’étaient pas réguliers et il n’y avait pas beaucoup de monde, précise l’historien de la mode Olivier Saillard, entré dans la galaxie Alaïa en 1995. Ils sont devenus une institution après 2000, quand Azzedine a repris une nervosité créative, notamment avec cette collection de 1993 et ces robes en mousseline incroyables. C’est comme s’il s’était mis à faire du Alaïa mais mieux qu’Alaïa. Tout s’est alors accéléré. Les deux dernières années, il y avait un dîner chaque soir ! Sans les porter aux nues, ces moments où tout le monde était mélangé, où ne comptaient ni la fonction, ni l’âge, ni l’origine, étaient comme un concentré du meilleur de la mixité et de la liberté qui avaient existé dans les années 1980. »

Cela devait aussi rappeler à Alaïa les soirs de fête, à la fin des années 1950, dans le salon que tenait Louise de Vilmorin, où il avait rencontré Cocteau, Miró et Malraux. Avec une rare vivacité, sans nostalgie ni concession à une mode quelconque, et parce qu’il était l’expression sincère d’une grande générosité, c’était comme si ce mélange que réussissait à produire Alaïa n’existait plus que là, entre ces murs et sous son autorité. Carla Sozzani et Olivier Saillard maintiennent la tradition. Ils dressent désormais la table dans la cour, plutôt que dans la cuisine, en pensant que cela lui aurait plu.

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Méandre d’escaliers et d’étages

A eux, désormais, de mettre en œuvre ce qu’Azzedine Alaïa voulait ou ce qu’il aurait apprécié. Non sans une certaine pression. « Azzedine ? C’était très simple avec lui : il ne fallait pas le décevoir », pointe Carla en sous-entendant qu’il n’est pas question de le chiffonner maintenant qu’il est parti. Dès 2007, l’Association Azzedine Alaïa a été créée afin de protéger le travail et la collection d’art du styliste. Une procédure est en cours pour que l’association devienne une fondation, que le 18, rue de la Verrerie devienne un musée et que soient poursuivies et développées ses activités d’intérêt public. Les ministères concernés (affaires étrangères et culture) ont donné leur accord. Reste au Conseil d’Etat à se prononcer. La décision ne devrait plus tarder.

Car, aussi précieusement que les souvenirs, le 18 rue de la Verrerie couve un trésor dont on n’a pas le droit de dire où il se situe précisément dans ce méandre d’escaliers, de bâtiments, d’ascenseurs, d’étages en rénovation : l’une des plus grandes collections de mode du xxe siècle. « Il y a, en France, les collections de Galliera, celles des Arts décoratifs et, ensuite, les archives d’Alaïa. C’est un fonds privé, unique au monde, composé de 12 000 à 15 000 pièces », explique Olivier Saillard, désigné par le couturier lui-même comme futur directeur de la fondation devant organiser et veiller à la conservation de ces archives exceptionnelles.

Chefs-d’œuvre de tissu

Cette collection comprend environ 300 pièces signées Adrian, le costumier d’Hollywood mort en 1959, alors que les musées français n’en comptent pas une seule ; du Madame Grès, du Vionnet, du Christian Dior, du Comme des garçons, du Martin Margiela, du Junya Watanabe… et quelque 200 pièces de Cristóbal Balenciaga, qu’il admirait tant. Quand Balenciaga a fermé sa maison, en 1968, Mademoiselle Renée, la directrice, a appelé Alaïa, alors couturier de génie qui travaillait pour quelques clientes prestigieuses, pour qu’il vienne récupérer des tissus. Il a acheté les robes et n’a pu envisager une seule seconde de tailler dedans pour en utiliser la soie. Aujourd’hui, une partie du 18, rue de la Verrerie abrite tout ce qu’il a acheté, sur cinq étages complets.

« C’était un conservateur de beauté, pas un flambeur. Un collectionneur qui voulait davantage protéger que posséder, précise Carla Sozzani. Dans les salles des ventes, il se battait contre les musées, les institutions et d’autres bien plus riches que lui. Et il achetait tout ce qu’il pouvait, qu’il en ait les moyens ou pas. » Comme pour sauver ces chefs-d’œuvre de tissu de la dispersion et de l’oubli, il a constitué, souvent à l’insu de son entourage, une collection hors norme dont personne n’a eu à s’inquiéter jusque-là puisqu’il décidait seul. Les sacs arrivaient et montaient directement chez lui. Il doit en rester quelques-uns qui n’ont, encore aujourd’hui, jamais été ouverts… Il répétait souvent en riant : « Quand je mourrai, vous l’aurez dans le baba ! » Il a laissé à Christoph, Carla, Caroline et Olivier le soin de valoriser et de partager avec le public ce qu’il a discrètement accumulé pendant des années. « Je n’aurai jamais assez de vie, sourit Carla Sozzani. Je me sens parfois comme un moine copiste qui sait qu’il partira sans avoir fini. Il y a une certaine beauté là-dedans. Heureusement, Olivier [Saillard] a vingt ans et deux jours de moins que moi… C’est parfait. »

Le virus de la collection contamine Azzedine Alaïa en 1965. Le couturier sort un jour avec de l’argent pour acheter un matelas. En passant devant la vitrine d’un antiquaire, il aperçoit la fameuse tête copte. Il rentrera chez lui sans matelas. Depuis lors, il ne s’est plus jamais arrêté. Quand les problèmes s’accumulaient, il prenait la tête copte dans ses bras… « Il partait seul ou avec le chauffeur, le comptable, « Pipelette » ou moi, enfin jamais avec les mêmes, se souvient Carla Sozzani. Parfois, il disait qu’il avait mal au genou et qu’il fallait qu’il aille chez le kiné. On se regardait tous en s’interrogeant : « Mais il n’y est pas déjà allé deux fois cette semaine ? » En fait, il se rendait en salle des ventes. »

Cartons empilés jusqu’au plafond

Ce Tunisien d’origine et de cœur s’était fait un devoir de préserver ce qu’il considérait souvent comme le patrimoine de la France, lui qui avait vécu l’obtention de la nationalité française comme l’une des plus grandes reconnaissances de sa vie. Mais ce n’est pas tout. En plus de ce musée de la mode personnel en cours d’inventaire, le maître de la maille a gardé au fil de ses cinquante et une années de création chacune des pièces qu’il a conçues et faites de ses mains… Soit 22 000 vêtements qui attendent patiemment dans des boîtes.

En se frayant un chemin parmi les tours de cartons empilés jusqu’au plafond qui, menaçant pour certaines de s’effondrer, forment un dédale aux parois branlantes, Carla Sozzani regarde les photos collées sur chacune des boîtes et qui indiquent ce qu’elles renferment. Mention est faite du modèle et de la saison, bien sûr, mais aussi de la taille : uniquement du 36. « Ah ! ça, il savait comment vous faire maigrir ! rit-elle encore. Si vous grossissiez, il pouvait vous conseiller d’aller acheter une gaine chez Cadolle ou disait que vous étiez prête pour le Salon de l’agriculture. » L’élégante Milanaise qui chuchote de sa belle voix éraillée, en roulant les « r » et les maillons de son sautoir entre ses longs doigts, laisse partir loin ses pensées sur la mer de cartons qui s’étale devant elle. « C’est émouvant quand même. Il a tout gardé. »

Azzedine Alaïa, un couturier à l’écart des systèmes de mode

Un jour prochain, donc, on visitera non pas un « musée de marque » mais un haut lieu de vie et de travail acharné où, déjà, un mur vitré a été érigé pour sauvegarder le bureau d’Azzedine Alaïa, resté intact, avec seulement des draps posés sur les meubles. Chacun pourra approcher et appréhender l’œuvre hors du commun autant que l’esprit exigeant et subtil d’Azzedine Alaïa, qui continue d’habiter les lieux. Même si l’homme est enterré en Tunisie, dans le village immaculé de Sidi Bou Saïd, où le bleu des portes se mêle à celui de la Méditerranée, et dont l’une des maisons, le Dar Alaïa, accueille des expositions.

Même si les cinq chats qui se baladaient rue de la Verrerie ont trouvé refuge ailleurs, auprès des amis. Même si l’on n’entend plus les chants d’Oum Kalthoum à tue-tête dans l’atelier et si la grande télévision ne diffuse plus en boucle les documentaires animaliers. Même si Caroline ne sursaute plus à chaque bruit, craignant que le couturier blagueur caché derrière un rideau ne menace de lui couper les cheveux avec ses grands ciseaux. Et même si les lumières sont éteintes désormais autour de la table de travail du maître, il a laissé un héritage inestimable et d’utilité publique. « Il passait toutes ses nuits, seul, à faire ses patrons. Il en éprouvait une joie parfaite, se souvient Carla Sozzani. Moi, le jour, j’étais la pom-pom girl. Je lui répétais qu’il était le meilleur et qu’il n’y avait personne comme lui, pour une seule et unique raison : je le pensais. » Quand le musée sera ouvert, d’autres ne pourront que le penser aussi.

Caroline Rousseau

9 avril 2017

L'ode à la paix de Mélenchon, sous le soleil de Marseille

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A Marseille, Jean-Luc Mélenchon se pose en candidat de « la paix »

Par Raphaëlle Besse Desmoulières, Marseille, envoyée spéciale

Sur la Canebière, le candidat de La France insoumise, au coude-à-coude avec François Fillon dans les sondages, a réuni près de 70 000 personnes selon les organisateurs.

« Ça s’entend, ça se sent ! La victoire est à la portée de nos efforts ! » C’est un Jean-Luc Mélenchon conquérant qui s’est présenté, dimanche 9 avril, devant une foule compacte rassemblée sur le vieux port de Marseille – 70 000 personnes, selon les organisateurs. A quinze du premier tour de la présidentielle, le candidat de La France insoumise, un rameau d’olivier à la boutonnière, s’est présenté comme « le candidat de la paix ».

Dans son discours, M. Mélenchon a retrouvé les accents qu’il avait eus en 2012 sur la plage du Prado pour vanter une France « métissée ». Après une ode à la Méditerranée, il a appelé à une minute de silence en hommage aux migrants disparus dans cette même mer. « C’est à nous de dire que l’émigration est toujours un exil forcé, une souffrance, s’est-il exclamé. Il est temps par-dessus tout de mettre un terme aux guerres qui ravagent les pays du Sud. »

Dans un contexte international troublé après une attaque chimique intervenue mardi en Syrie, imputée au président Bachar Al-Assad, le député européen a fustigé les frappes américaines sur une base de l’armée syrienne deux jours plus tard – « un acte criminel irresponsable » – sans s’attarder sur le rôle de la Russie dans ce pays. L’occasion pour le candidat de réaffirmer sa volonté de sortir de l’OTAN. « Si vous voulez la paix, ne vous trompez pas de bulletin de vote », a-t-il mis en garde, avant d’ajouter : « Si vous en choisissez un pour la guerre, ne vous étonnez pas si elle finit par arriver ! »

« Dégagez ! dégagez ! »

Auparavant, il s’était félicité que la France ne soit plus, avec sa candidature, « vouée à choisir entre deux extrêmes » : « l’extrême droite » de Marine Le Pen « condamnant notre grand peuple multicolore à se haïr entre lui-même », et « l’extrême marché » de François Fillon et Emmanuel Macron, « sorte de magie noire qui transforme la souffrance, la misère, l’abandon en or et en argent ». Au même moment, à Paris, le candidat du parti Les Républicains attaquait son challenger sur ses propositions économiques. « Mélenchon, capitaine du cuirassé Potemkine, finira par négocier la ferraille du Titanic », a-t-il ironisé.

Les deux hommes sont désormais au coude-à-coude dans les sondages. Pour la première fois dimanche, l’ancien socialiste a été donné, avec 18 % d’intentions de vote, devant M. Fillon (17 %), à six points de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron selon une étude d’opinion Kantar-Sofres-One Point pour Le Figaro. De quoi faire de lui le potentiel troisième homme de cette présidentielle. Dans la course depuis plus d’un an, M. Mélenchon récolte les fruits d’un travail de longue haleine dans une campagne marquée par les affaires, où son concept de « dégagisme » a pris, selon lui, tout son sens.

A Marseille, ses partisans n’hésitaient pas à scander « dégagez ! dégagez ! » quand le candidat évoquait les projets de ses adversaires. Le sien n’a pas varié depuis octobre : abrogation de la loi El Khomri, retraite à 60 ans, sortie du nucléaire, des traités européens, VIe République… Autant de propositions en rupture avec le quinquennat qui s’achève et durant lequel le député européen a incarné l’opposition de gauche à François Hollande.

Candidat qui « rassure »

En revanche, fini « le bruit et la fureur » dont il avait fait sa marque de fabrique, place au candidat qui « rassure » selon ses propres termes. « Mélenchon joue les vieux sages dont c’est le dernier combat et fait de gros efforts pour ne pas effrayer le réservoir hamoniste qui pourrait se tourner vers lui, notamment vis-à-vis de Poutine, note Fabien Escalona, politologue à l’Université libre de Bruxelles. Il devient le vote utile dans un vote de conviction. » Même sentiment pour Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP, qui relève la « faiblesse terrible » de Benoît Hamon, donné sous les 10 % d’intentions de vote. « Mélenchon peut incarner un vote plaisir à gauche sauf si Fillon commençait à remonter, juge-t-il. Si l’hypothèse d’un second tour Le Pen-Fillon refaisait surface, Macron réapparaîtrait comme le vote utile pour éviter ce scénario cauchemardesque pour la gauche. »

Pour Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, il sera cependant difficile pour l’élu européen d’élargir sa base au-delà des électeurs socialistes. « L’image compte mais il propose un programme très à gauche où un électeur centriste ou de droite aura du mal de s’y retrouver, notamment du point de vue économique », estime-t-il. M. Mélenchon, lui, ne voit pas les choses ainsi. « Ma candidature change de sens, expliquait-il récemment au Monde. Il ne s’agit pas seulement d’un programme. En votant pour moi, on tourne une page, c’est le coup de balai. On me dit qu’il y a des gens de droite, du FN qui votent pour moi… »

A Marseille, chose rare, il ne s’est exprimé qu’une heure. Même s’il s’était lui-même dit « très fatigué » le 2 avril, ses proches assurent qu’il n’est « ni grisé, ni fatigué mais déterminé ». Pour se démultiplier sans trop d’efforts, M. Mélenchon compte de nouveau utiliser un hologramme, cette fois dans six villes de France quand lui-même sera en meeting à Dijon le 18 avril. De quoi refaire le buzz juste avant le jour J, où il espère bien être au second tour. Une hypothèse que n’a pas écartée M. Hamon, samedi, sur France 2. S’il n’était pas qualifié, le député des Yvelines était invité à dire pour quel candidat, entre MM. Macron, Fillon ou Mélenchon, il appellerait à voter face à Marine Le Pen. Sans hésiter, il a donné le nom de son ex-camarade du PS. Un beau cadeau à quinze jours du 23 avril.

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26 septembre 2019

Brexit : Boris Johnson retourne au Parlement dans une ambiance explosive

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Par Cécile Ducourtieux, Londres, correspondante

Hurlements, échanges au vitriol et députés menacés : le climat politique à Londres est toujours plus délétère, après le camouflet infligé par la Cour suprême au premier ministre, mardi.

A quoi ressemble un Parlement britannique, rouvert en urgence à la suite d’une décision historique de la Cour suprême ayant déclaré « illégale » sa suspension par le premier ministre ? A un vrai champ de bataille.

Mercredi 25 septembre, le spectacle était donc au rendez-vous, à la Chambre des communes, pour le premier face à face entre un Boris Johnson humilié par la plus haute juridiction du pays, et une opposition surexcitée par une victoire judiciaire sans précédent.

Il y a eu des hurlements, quantité d’échanges au vitriol, d’incessantes interruptions de séance et des « oooordeeer » en pagaille. Mais sur le fond, sur la question de savoir comment sortir de l’impasse du Brexit, le débat n’a pas avancé d’un pouce. Boris Johnson a refusé de s’excuser pour sa prorogation illégale, a continué à promettre un divorce avec l’Union européenne (UE) pour le 31 octobre, malgré l’explosion en vol de sa stratégie d’un Brexit « do or die » début septembre. Jeremy Corbyn, le chef de l’opposition, a réclamé de nouveau sa tête, mais refusé une fois de plus des élections générales immédiates.

Rentré précipitamment de New York, où il avait dû écourter sa présence à l’Assemblée générale annuelle des Nations Unies, c’est un Boris Johnson combatif, agressif même, qui est rentré dans l’arène du Parlement, mercredi soir. Mais toujours aussi évasif, sur ses intentions, voire sur son engagement à respecter les règles. La décision, prise à l’unanimité des onze juges de la Cour suprême la veille ? Le gouvernement « la respectera » assure le premier ministre ; mais il continue à dire qu’il n’est « pas d’accord » avec elle et même qu’elle « a eu tort » de se prononcer « sur une question politique ».

Le peuple contre le Parlement

S’en tiendra t-il à la loi « anti-no deal » votée par le Parlement début septembre, l’obligeant à réclamer fin octobre un décalage de trois mois du Brexit en l’absence de nouvel accord avec Bruxelles ? « Oui », mais « je réaliserai le Brexit le 31 octobre ».

Comment résoudra-t-il cette contradiction ? En décrochant un « deal », évidemment. Où en sont ses discussions avec les Européens ? On négocie « à fond » jure M. Johnson, alors que tout indique à Bruxelles que les négociations piétinent.

Prenant constamment à témoin « les gens qui nous regardent » (les débats sont retransmis en direct sur le site Web des Communes), Boris Johnson a joué de nouveau sa partition, maintenant bien rodée, du peuple contre le Parlement. Ce Parlement est « paralysé », « la vérité, c’est qu’il ne veut pas le Brexit », l’opposition « sabote » ses négociations avec Bruxelles, mais lui, et son gouvernement « ne vont pas trahir les gens », qui réclament juste que le référendum de juin 2016 soit respecté.

En début d’après midi, Geoffrey Cox, envoyé en éclaireur aux Communes, avait lâché des coups encore plus violents. Ce Parlement « est une honte », « il ne devrait plus siéger, il n’en a moralement pas le droit », avait accusé l’attorney general. Il faut dire que la veille au soir, la chaîne Sky News révélait que, consulté par Boris Johnson, M. Cox avait considéré fin août que la prorogation du Parlement était « en ligne avec la Constitution »… Les députés de l’opposition ? « Ils ont eu déjà deux fois l’occasion de voter la dissolution du Parlement, mais ils ne l’ont pas fait. Ce sont des lâches », ajoutait M. Cox, hors de lui.

Impasse

Boris Johnson a déjà échoué deux fois, début septembre (juste avant le début de la prorogation du Parlement), à décrocher une majorité des deux tiers de la Chambre pour aller vers des élections générales, dont il semble penser qu’elles sont le seul moyen, pour lui et pour son parti, de sortir de l’impasse. Mais mercredi, là encore, les paramètres du débat n’ont pas varié d’un pouce.

« Si, je veux des élections générales », a répondu Jérémy Corbin, le leader des travaillistes, pris à partie par M. Johnson, qui l’accusait d’avoir « peur de les perdre ». « Evidemment que je les souhaite. Mais c’est bien simple : ramenez-nous [de Bruxelles] un décalage de la date du Brexit, et on ira aux élections ! », a ajouté le patron du Labour. Dans son sillage, les députés travaillistes et SNP (indépendantistes écossais), ont réclamé le départ de M. Johnson, ou du moins, des « excuses publiques » pour cette prorogation déclarée illégale.

Le moment le plus pénible de cette soirée, qui n’en a pas manqué, fut sans doute celui où, à l’élue Labour Paula Sherriff, qui lui demandait de modérer ses propos, expliquant qu’elle recevait des menaces de mort, Boris Johnson a répondu « n’avoir jamais entendu de telles sornettes ». Mme Sherriff était une amie de Jo Cox, députée travailliste assassinée par un forcené d’extrême droite une semaine avant le référendum de 2016.

Profonde crise nationale

Elle avait les larmes aux yeux, mercredi soir, tout comme Anna Soubry, ex-députée conservatrice passée chez les indépendants, qui a raconté les menaces dont étaient victimes son compagnon et sa mère. Ou Jo Swinson, la chef des Libéraux démocrates, qui a avoué, juste après le départ de M. Johnson de la Chambre, avoir dû appeler la police un peu plus tôt dans la journée, à la suite de menaces proférées contre son enfant.

Grave, John Bercow, le président de la Chambre, a conclu cette séance encore plus frustrante et délétère que d’habitude en donnant raison à ces élues : « Je suis conscient que les femmes et les députés issus de minorités sont tout particulièrement ciblés par les menaces. » Traîtres, menteurs, capitulation… Dans cette période de profonde crise nationale, « chacun d’entre nous doit user de mots avec responsabilité, et montrer le plus de respect possible pour l’autre camp », a ajouté le speaker, dans un climat enfin apaisé. Mais pour combien de temps ?

28 septembre 2019

Dadaïstes et rebelles, c’était comme ça les Rita Mitsouko

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Par Stéphane Davet

Douze ans après le décès de Fred Chichin, Catherine Ringer reprend leur répertoire sur scène. Et les personnalités qui ont travaillé avec ce couple loufoque sont encore sous le charme.

L’univers musical et visuel unique des Rita Mitsouko devait autant à la singularité du duo Catherine Ringer-Fred Chichin qu’à la force d’attraction de ces derniers et à l’effervescence d’une époque. Musiciens, producteurs, photographes, réalisateurs, stylistes parmi les plus marquants des années 1980 et 1990 ont gravité autour de la planète Rita et participé à son expansion.

Si Catherine Ringer revisite aujourd’hui le répertoire des Rita Mitsouko à la Philharmonie de Paris et lors d’une nouvelle tournée, si elle a activement participé à la réédition de l’intégrale discographique du groupe, la chanteuse refuse encore de replonger dans ses souvenirs avec les journalistes. Ce n’est pas le cas des créateurs qui ont accompagné cette aventure, toujours sous le choc de cette rencontre.

« Je les ai vus une première fois dans une petite salle, au tout début des années 1980, avant le succès de Marcia Baila », se souvient le couturier Jean Paul Gaultier, complice des débuts, qui prête à Catherine Ringer plusieurs vêtements pour la tournée. « J’avais été saisi par un style ne ressemblant à rien de ce qui se faisait à l’époque. Les vocalises extrêmes de Catherine, sa gestuelle déstructurée, leur look… J’avais aussi été frappé par leur détermination, leur énergie, la fraîcheur de leur créativité. »

Un art fantasque du bricolage

A une époque où commençait de s’inventer une nouvelle pop française, le duo se distinguait par les profils atypiques d’enfants de la bohème et de la fugue, ayant fréquenté l’avant-garde théâtrale, la danse contemporaine, la scène punk, les comédies musicales, les marges et les interdits – la prison pour lui, les films X pour elle–, avant de condenser ces expériences avec un art fantasque du bricolage. Partageant le même goût pour l’insolence, le décalage et les contrastes, la diva à la gouaille cubiste et le dandy dégingandé aux airs de marlou se font d’abord remarquer de quelques initiés par leurs performances scéniques.

« NOUS PARTAGIONS CETTE IDÉE QUE LA BEAUTÉ N’EST PAS TOUJOURS LÀ OÙ ON PENSE. » JEAN PAUL GAULTIER, COUTURIER

Leur premier EP – Don’t Forget the Night (1981) – reste confidentiel, comme l’est un temps leur premier album, Rita Mitsouko (1984), publié par Virgin. Jusqu’à ce que l’ode funèbre chatoyante de Marcia Baila n’envahisse les ondes et qu’un clip fondateur révèle l’univers excentrique du couple. « On sentait que l’image était aussi importante pour eux que la musique », insiste Philippe Gautier, réalisateur de ce premier clip avant de devenir l’un des vidéastes les plus demandés des années 1980 et 1990 (Etienne Daho, Eurythmics, Khaled…).

Construit autour de références aux ambiances colorées des fêtes des morts mexicaines, cet hommage à la chorégraphe argentine Marcia Moretto mobilisera un casting de peintres (Ricardo Mosner, Xavier Veilhan, mais aussi Sam Ringer, le père de Catherine…), de compagnies de danse, de performeurs à l’invraisemblable garde-robe. « Nous étions allés avec Fred et Catherine chercher des costumes dans un immense entrepôt de la Société française de production », se souvient celui qui réalisera aussi la vidéo d’Andy et le tout dernier clip du groupe, Même si. Pour Marcia Baila, Ringer récupère aussi une des premières robes-bustiers de Jean Paul Gautier. « J’ai adoré quand j’ai vu qu’elle improvisait une chorégraphie déglinguée dans cette robe blanche avec laquelle il était impossible de marcher », rappelle le couturier.

Incarnation, comme les Rita, des années Mitterrand, l’« enfant terrible de la mode » s’identifiait à ces rebelles de la pop. « Nous avions en commun le sens du recyclage, contraints au départ par des raisons économiques. Ils s’habillaient dans des fripes, Catherine détournait des sacs de l’enseigne Félix Potin… Nous partagions cette idée que la beauté n’est pas toujours là où on pense. »

« Une liberté unique »

Photographe et vidéaste-clé de l’esthétique pop-rock (Madonna, Björk, Prince, Bowie), Jean-Baptiste Mondino a réalisé les clips de C’est comme ça et Les Amants. « Catherine possède une liberté unique. Elle doit autant à la gouaille punk qu’au kabuki, au burlesque d’Henri Salvador qu’à la force émotionnelle de Piaf, dit-il. C’est une bestiole, à la fois gracieuse et disgracieuse. A une époque où les femmes fortes étaient rares dans le milieu rock, elle a contribué, avant Björk, à nous faire changer de regard sur la créativité féminine, trop souvent qualifiée d’hystérie. »

Egalement musicien, Mondino admirait la finesse et la curiosité musicale de Fred Chichin, avec qui il avait d’ailleurs composé le titre Mandolino City, pour l’album Marc & Robert (1988). « Au départ, Fred voulait que des potes passent à son studio pour enregistrer des interludes. Dans ce joyeux bordel, on a finalement fait ce titre, clin d’œil à nos origines italiennes communes. »

« FRED ÉTAIT UN EXCELLENT GUITARISTE RYTHMIQUE QUI JOUAIT UN PEU À LA MANIÈRE DE PRINCE. » TONY VISCONTI, PRODUCTEUR

Pionnier du home studio, aussi obsédé par les compositions que par les arrangements, Chichin aura été, avec sa compagne, un des premiers en France à incorporer des éléments de funk, de hip-hop ou d’électro à un héritage rock et chanson, mâtiné aussi de musiques latines, indiennes, orientales… Avec Ringer, le guitariste à la fine moustache choisissait ses producteurs avec soin. Après avoir fait appel à l’Allemand Conny Plank (Kraftwerk) pour leur premier album, les Rita ont coréalisé The No Comprendo (1986) et Marc & Robert avec Tony Visconti, entré dans la légende grâce à ses collaborations avec David Bowie et Marc Bolan.

Le travail n’avait pourtant pas idéalement commencé dans le studio londonien du New-Yorkais. « A la coupure du déjeuner, je restais dans mon bureau pour gérer mes affaires », se souvient Visconti. « Au bout de quelques jours, Fred et Catherine m’ont annoncé qu’ils partaient. Ne pas déjeuner avec eux signifiait que je ne les aimais pas. Je me suis excusé en jurant mon infinie admiration. Après ça, nous avons pris tous nos déjeuners et dîners ensemble. »

« L’incarnation de la France »

Chichin et Ringer furent les principaux instrumentistes et interprètes de The No Comprendo, rappelle Tony Visconti. « La “pièce de résistance” était l’enregistrement de la voix de Catherine. Mon dieu ! Qu’elle chantait bien ! Fred était un excellent guitariste rythmique qui jouait un peu à la manière de Prince. Leurs personnalités imprégnaient tous les aspects du disque. » Comme Philippe Gautier se rappelant « deux tornades qui se motivaient l’une l’autre, construisant et déconstruisant sans cesse pour arriver à ce qu’ils avaient envie d’exprimer », le producteur américain admirait la complicité du couple : « Catherine et Fred étaient dévoués l’un à l’autre. Ils s’aimaient et adoraient faire de la musique ensemble. »

Dans Marc & Robert, les Américains des Sparks, menés par les excentriques frangins Ron et Russell Mael, faisaient leur apparition pour trois titres en commun, Hip Kit, Live in Las Vegas et le tube Singing in the Shower. « Nous avions lu une interview d’eux dans le L.A. Times dans laquelle ils se disaient fans des Sparks, au point de s’être baptisés en clin d’œil à notre album Kimono My House », raconte aujourd’hui le chanteur Russell Mael. « Nous avons été les voir en concert le soir même et avons sympathisé. Catherine a lancé l’idée d’une collaboration. Beaucoup d’artistes disent ça sans vraiment le penser, mais de retour à Paris, ils ont repris contact avec nous. » Un grand souvenir. « Fred et Catherine étaient une paire unique. Pour nous, ils étaient l’incarnation de la France. » « La France dans ce qu’elle a de plus dadaïste et rebelle », complète Tony Visconti.

Intégrale Rita Mitouko, 1 coffret de 12 CD et 1 DVD, 1 coffret de 13 vinyles et 1 DVD, Because Music. Tournée Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko : 28 et 29 septembre à la Philarmonie de Paris (complet), le 10 octobre (Marseille)

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27 septembre 2019

Nécrologie - Jacques Chirac, l’ambition d’une vie

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Par Béatrice Gurrey

Député, ministre, premier ministre, maire de Paris, président du RPR, de la République, Jacques Chirac est mort, le 26 septembre, à l’âge de 86 ans. Récit de quarante années de politique, dont douze au sommet de l’Etat.

S’il n’avait tenu qu’à lui, il serait parti plus vite. Ce 16 mai 2007, dans la cour de l’Elysée, Jacques Chirac se plie aux cérémonies de la passation de pouvoirs comme s’il était déjà ailleurs. Pourquoi prolonger des adieux qu’il ne goûte guère ? Et d’ailleurs, qu’y a-t-il à célébrer ? Sans doute pas la victoire de son camp, dont il a déserté les dogmes libéraux. Encore moins le succès éclatant d’un rival jadis proche de lui. La haute silhouette du président se cale dans la voiture noire, sa grande main surgit par la vitre, et voilà tout. Quarante années de présence dans la vie politique, dont douze au sommet de l’Etat, et puis plus rien, ou presque, sans crier gare.

Ce ne fut pas le moindre des mystères de Jacques Chirac, mort le 26 septembre à l’âge de 86 ans, que de disparaître ainsi de la scène publique. Lui qui avait mis tant d’énergie à conquérir le pouvoir, à le perdre, à le reconquérir – l’affaire d’une vie –, s’était appliqué à ne plus l’exercer dans la plus grande discrétion. Au moment d’entreprendre la rédaction de Mémoires, à l’âge où ses prédécesseurs avaient largement sacrifié à l’exercice, il s’interrogeait encore : « Qui cela peut-il intéresser ? » Au point que l’on avait presque oublié quel exceptionnel conquérant il fut, architecte d’un destin sans équivalent sous la Ve République.

François Mitterrand se voyait en dernier grand président du régime. Après lui, disait-il, l’Europe, la mondialisation, les institutions, réduiraient le chef de l’Etat au rôle de « super-premier ministre » – le rendant fragile. Mais, au fond, ce fut Jacques Chirac l’ultime président d’une époque, dont il avait épousé les modes en se mentant parfois à lui-même. Productiviste acharné en ministre de l’agriculture, puis chef de gouvernement ultralibéral, il devint le président du développement durable, voire l’avocat de l’altermondialisme. Comment survivre à toutes les modes, aux contradictions les plus inouïes, sans un incontestable panache ?

Longévité exceptionnelle

On a trop dit que Jacques Chirac ne s’aimait pas. Qu’il fut d’une modestie inusable et assez lucide sur ses défauts ne fait aucun doute. Pourtant, une telle carrière – neuf fois élu député, sept fois ministre, maire de Paris pendant dix-huit ans, deux fois premier ministre et deux fois président de la République – ne se construit pas sans une formidable confiance en soi, une force de vie, un goût des autres hors du commun. Et quelques cadavres sur le bord de la route. « Le grand » (1,92 m sous la toise) fut aussi servi par un physique peu ordinaire, propre à susciter la sympathie. Son immense carcasse l’aida à encaisser les coups et permit, malgré d’insondables moments de déprime, qu’on le qualifie souvent de « phénix ». Chirac, sans cesse renaissant de ses cendres…

Cette longévité exceptionnelle, le caractère romanesque de cette vie dévorée par la politique, n’ont plus cours. Ils n’ont jamais, non plus, couvert les critiques sur la minceur du bilan. Peut-être les ont-ils même exacerbées : tout cela pour cela ? Il entre dans cette sévérité une part légitime, mais aussi de la déception au regard d’un homme doté de beaucoup d’intelligence et de talent, mal utilisés parfois, dissimulés souvent. Jacques Chirac restera pourtant comme celui qui a dit non à la guerre d’Irak en 2003, face aux Etats-Unis de George Bush. Comme un amoureux sincère de la France, teinté de radical-socialisme, qui consolida son pilier laïque. Comme l’homme de la mémoire qui sut condamner la faute vichyste du pays, à défaut de le réconcilier avec l’Algérie. Enfin, comme le président qui fit entrer l’écologie au sommet de l’Etat : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »

Généreux et cynique, amical et brutal

Etrange Chirac, tour à tour généreux et cynique, amical et brutal, naïf et rusé, pudique et jovial, mais aussi cultivé et secret. Tantôt républicain authentique, tantôt politicien filou, cachant sans cesse sa vraie nature ou endossant des vérités successives qui apparurent pour ce qu’elles étaient : de bons gros mensonges. Les Français l’ont adoré, haï, admiré pour son endurance, méprisé pour ses volte-face. Jusqu’à oublier qu’il sut aussi être constant : abolitionniste de toujours de la peine de mort, partisan déterminé du droit à l’avortement, farouche combattant de l’extrême droite. Il a offert pendant si longtemps à son peuple un parfait miroir : Chirac, l’homme de tous les paradoxes, était sans doute fait pour comprendre les Français et pour les conquérir. Peut-être moins pour les gouverner.

« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans », écrivit Rimbaud. A cet âge, Chirac, lycéen à Louis-le-Grand, n’a rien de rimbaldien ou de romantique. Il cherche un sens à sa vie. Au début de l’année 1950, il signe, comme des centaines d’intellectuels et d’artistes, l’appel de Stockholm, qui exige « l’interdiction absolue de l’arme atomique ». Il ne songe pas encore aux compromis, aux trahisons et aux renoncements qu’impose la politique. Cette pétition lui vaudra d’être fiché par la sécurité militaire. Elle manquera de lui coûter un bon rang de sortie à l’école des élèves officiers de Saumur.

L’armée n’a pourtant rien à craindre : le jeune Chirac s’est si bien rangé qu’il est devenu un vrai « fana-mili ». Pour la vie. C’est ainsi qu’il faut lire son premier acte présidentiel en 1995, la reprise des tirs nucléaires dans le Pacifique pour parachever la dissuasion militaire, et la professionnalisation de l’armée, en 1996. En ces années de formation où il flirte avec le socialisme, aux côtés de Michel Rocard, il a réussi Sciences Po, l’ENA, fait un voyage initiatique en cargo le long des côtes d’Afrique et sillonné l’Amérique, avant de revenir à Paris. Il s’est même transformé en vendeur très épisodique de L’Humanité. Et puis, il a rencontré une jeune fille « convenable ».

Des manières de hussard

Bernadette Chodron de Courcel, étudiante à Sciences Po à une époque où l’on n’y compte guère de filles, est issue d’une famille de diplomates et de militaires. Un oncle secrétaire général de l’Elysée auprès du Général de Gaulle, qu’il a accompagné à Londres en 1940. Un père directeur des faïenceries de Gien et des émaux de Briare. L’histoire, le capital, l’éducation : une future épouse parfaite pour le bel ambitieux. Elle imposera à sa famille cet énarque aux manières de hussard et fermera les yeux sur les innombrables incartades du séducteur – « Les femmes, ça galopait », dira-t-elle. Qui l’aurait pensé ? La jeune fille timide et déterminée deviendra un formidable atout politique : l’aile droite, conservatrice et catholique de son mari, son infatigable représentante en Corrèze, conseillère générale toujours réélue. Aussi à l’aise en dame patronnesse qu’en femme politique avisée. Un pilier.

Bernadette Chirac a toujours su trouver des alliés. Et d’abord la plus indispensable : sa belle-mère, dont elle s’assura d’emblée la complicité. Marie-Louise Chirac adulait son fils, ce garçon vif, intelligent, affectueux, né le 29 novembre 1932 à Paris, des années après le décès d’une sœur en bas âge, Jacqueline. S’il a toujours peur de décevoir son père, François (né Abel), un banquier devenu homme d’affaires, le jeune Jacques sait qu’il pourra toujours compter sur l’amour inconditionnel de sa mère. Elle lui donne la confiance, le goût de plaire, l’ambition. Du côté paternel, son grand-père, instituteur corrézien, laïque et franc-maçon, a légué au jeune Chirac un solide attachement aux principes républicains.

Son mariage, en mars 1956 à l’église Sainte-Clotilde, traditionnel et mondain, le sort de la moyenne bourgeoisie dont il est issu. Il n’y aura pas de lune de miel. Car le jeune sous-lieutenant part immédiatement en Algérie. Chirac est le dernier président de la Ve République qui a connu, enfant, la seconde guerre mondiale et qui est lui-même allé au feu. Avec un courage certain, et une confiance dans sa bonne étoile qui le conduisit à ne jamais rechercher de protection particulière. Il n’en voyait pas, le plus souvent, l’utilité. Combien de fois les services chargés d’assurer sa sécurité se sont-ils ingéniés à accomplir leur tâche malgré lui ? Jusqu’à se dissimuler pour lui donner l’illusion d’être seul… En 2002, il n’accorde guère d’importance à la tentative d’attentat perpétrée contre lui par un militant d’extrême droite, lors des cérémonies du 14-Juillet. « J’ai cru que c’était un pétard », dira-t-il, plaisantant à demi.

Chef de guerre, chef de meute bien plus tard au RPR, Chirac est aussi le dernier président qui a vécu, au plus près, la décolonisation qui a marqué toute une génération politique. Qu’un socialiste, Guy Mollet, ait demandé à l’Assemblée nationale de lui voter des « pouvoirs spéciaux », en mars 1956, pour conserver l’Algérie à la France, ne lui pose pas de problème particulier : à ses yeux, l’Algérie française est une évidence. Lorsqu’il y retourne après l’ENA, en 1959, en renfort administratif, il manque de se brouiller avec plusieurs de ses condisciples, dégoûtés par cette « sale guerre », par la torture, par les errements des politiques.

De fidèles amis lui épargneront une erreur de nature à ruiner ses ambitions. Il faudra bien toute la persuasion de Bernard Stasi et de Jacques Friedman, ses condisciples à l’ENA, pour le convaincre de signer avec 35 autres énarques une pétition de soutien au général de Gaulle, le 30 janvier 1960 dans Le Monde, après les barricades dressées contre lui, à Alger, par les pieds-noirs. Une signature, celle de l’appel de Stockholm, faillit compromettre sa carrière. Celle-ci la sauvera.

L’enfant gâté du pompidolisme

Il est désormais prêt pour l’envol. Son mentor s’appelle Georges Pompidou, le seul homme politique, peut-être, qu’il ait respecté. Les biographes ont retenu cette phrase du premier ministre d’alors, lancée sur le perron de Matignon, un matin d’avril 1967 : « Chirac, je vous ai réservé un strapontin, mais ne vous prenez surtout pas pour un ministre. » La légende veut que le jeune conseiller, chargé à Matignon des dossiers de l’équipement et des transports depuis 1962, ait ainsi appris qu’il devenait secrétaire d’Etat aux affaires sociales, chargé de l’emploi. Un parcours des plus classiques, dès lors que l’étape précédente s’est jouée sur le terrain électoral. Pompidou a envoyé quatre « jeunes loups » à l’assaut du Limousin rouge. Seul Chirac a été élu, début d’une longue histoire politique avec la Corrèze, qui prolongeait des racines familiales. La victoire méritait d’autant plus récompense que la majorité n’avait conservé son avantage à l’Assemblée nationale que d’une voix.

L’avenir s’annonce radieux pour le cadet du régime. Revoyons-le alors, sous la plume d’André Passeron, dans Le Monde : « Il devait garder de son passage sous les drapeaux l’allure de l’officier, un peu du style “cornichon”, de ces candidats à Saint-Cyr qui portent leurs convictions en sautoir, avec le cheveu net et toujours bien plaqué, la démarche alerte et décidée, la poignée de main franche, le regard direct, le sourire de circonstance. » Son dévouement à Pompidou est d’autant plus grand qu’il lui doit tout. Dans cette France bourgeoise et industrieuse, qui n’a plus que faire des guerriers, il se débrouillera pour assouvir sa soif d’aventure. Chargé de négociations secrètes avec la CGT en mai 1968, c’est pistolets en poche qu’il se rend à ses rendez-vous clandestins.

Un passage auprès de Valéry Giscard d’Estaing aux finances, qui le bluffe, auprès du Parlement, qui l’ennuie, et le voilà ministre de l’agriculture. Un rôle à sa mesure, dans lequel il se distingue de mille façons : coups de menton à Bruxelles, que son fond d’euroscepticisme encourage, généreuses subventions aux agriculteurs, que son habileté électorale lui souffle et moult flatteries « au cul des vaches », théâtre pour lequel il n’a guère besoin de forcer sa nature, un brin franchouillarde. Chaque semaine, il s’acquitte de son devoir d’élu local, serrant les mains par centaines, connu de tous et accessible à tous, providence parisienne d’une province rurale. L’ascension se poursuit, dans l’ombre de l’homme qui dynamise l’époque des « trente glorieuses ».

Dernier cadeau à l’enfant gâté du pompidolisme, couvé par le redoutable tandem de conseillers du Prince, Pierre Juillet et Marie-France Garaud : le ministère de l’intérieur. Avec une mission de confiance Place Beauvau – préparer les élections. La mort de Georges Pompidou va tout bouleverser. Elle affecte profondément Chirac, qui niera sa maladie jusqu’à l’absurde.

Cette disparition lui ouvre aussi la voie pour une stratégie plus personnelle. Toujours conseillé par Juillet et Garaud, le jeune ministre a tenté plusieurs fois de mettre la main sur le parti gaulliste, sans lequel aucune ambition présidentielle ne peut s’épanouir. Mais la plupart des barons, et les partisans de Jacques Chaban-Delmas en particulier, y demeurent ses adversaires irréductibles. Patient, Chirac dégagera donc la route de l’Elysée pour Valéry Giscard d’Estaing. Cette manœuvre, première encoche sur sa carabine, restera sous le nom de Manifeste des 43 : 39 parlementaires et quatre ministres de l’UDR, retournés un par un par Chirac, qui plaident pour une candidature unique, tuant ainsi dans l’œuf celle de Jacques Chaban-Delmas.

Le plus jeune chef de gouvernement depuis 1958

La récompense ne tarde pas. A 41 ans, le 27 mai 1974, Jacques Chirac devient premier ministre : le plus jeune chef de gouvernement depuis 1958. Un an avant d’accéder à Matignon, le cadet avait assuré : « Valéry Giscard d’Estaing est un des rares hommes d’Etat actuels. » Son aîné lui retourne le compliment, avant de lui confier la Rue de Varenne : « Jacques Chirac fait partie de cette génération d’hommes nouveaux qui auront des responsabilités croissantes en France. » Chacun avait vu juste. Mais nul ne soupçonnait que cette relation alimenterait la chronique de tant d’années de haine et de rancœur.

Comme le disait Alexandre Dumas père : « Il y a des services si grands qu’on ne peut les payer que par l’ingratitude. » Il n’y eut point d’état de grâce. Giscard juge terne et plat le discours de politique générale de son premier ministre. Pour preuve du peu de cas qu’il fait de lui, le président annonce d’emblée aux Français : « Je travaillerai directement avec les ministres. » S’ils s’accordent sur les réformes de société, les deux hommes s’opposeront très vite sur la stratégie économique face au premier choc pétrolier – rigueur pour l’un, relance pour l’autre. Dans l’un de ces euphémismes dont son bouillant caractère restait capable, Chirac admettra : « La conduite de la politique économique m’échappait un peu. » Quant à la composition du gouvernement, il n’en maîtrise rien, au fil des divers remaniements. D’humiliations en meurtrissures, l’issue ne fait plus de doute à l’été 1976.

L’émancipation s’est achevée en deux temps. Le 14 décembre 1974, un coup de force inspiré par Juillet et Garaud, tout en rapidité, génial et brutal, lui a permis de mettre la main sur l’UDR : il est élu secrétaire général au nez et à la barbe des barons gaullistes.

Une première dans l’histoire de la République

Le 25 août 1976, après l’annonce officielle de son départ par l’Elysée, il convoque la presse à Matignon. C’est une première dans l’histoire de la République. Les bureaux sont déjà vides. Il s’installe dans celui de Pierre Juillet pour énoncer ces mots célèbres : « Je ne dispose pas des moyens que j’estime aujourd’hui nécessaires pour assumer efficacement mes fonctions de premier ministre et, dans ces conditions, j’ai décidé d’y mettre fin. » Jamais un premier ministre n’avait dit aussi crûment son désaccord avec le chef de l’Etat. Ce n’est pas « Vous êtes viré », mais « Je m’en vais ». Entre « le monarque » et « l’agité », la rupture est consommée.

Ah ! la belle conquête qui commence… « L’agité » démissionnaire s’accorde une pause pieuse avant de partir en croisade, se réfugiant pour quelques jours à l’abbaye de Solesmes, dans la Sarthe. Puis il prononce, en octobre, à Egletons, en Corrèze, un discours-programme ponctué de renversants moulinets idéologiques : A bas les « collectivistes » ! Vive l’impôt sur le capital ! Jacques Chirac conclut : « Le grand rassemblement auquel je vous convie (…) devra allier la défense des valeurs essentielles du gaullisme aux aspirations d’un véritable travaillisme à la française. » La version française en somme, des « catch-all parties », les partis attrape-tout anglo-saxons. Le Rassemblement pour la République (RPR) est créé dans l’emphase, Porte de Versailles, à Paris, le 5 décembre 1976, devant 50 000 militants qui n’en finissent plus d’applaudir leur nouveau chef. Il leur a promis de combattre « la coalition socialo-communiste ». Il est élu avec 92,52 % des voix.

Infatigable, imbattable, inusable

Un parti, des troupes, un fief en Corrèze : il ne manque plus à ce Rastignac déjà mûr, 44 ans, que de partir à l’assaut de la capitale. Un combat d’autant plus excitant que Valéry Giscard d’Estaing a déjà désigné son candidat : Michel d’Ornano. En campagne, Chirac est infatigable, imbattable, inusable. Comme il le sera toujours, au fil des ans. Le bretteur jette dans cette bataille à risque, où le ministre de l’industrie est le favori des sondages, toutes ses forces. Il saura se souvenir, en 1995 contre Edouard Balladur, qu’une victoire promise à un autre peut être arrachée. Le 25 mars 1977, elle est totale. Le voilà à la tête de 36 000 fonctionnaires, d’un budget de plus de 7 milliards de francs et d’un des plus beaux bureaux de la République. Une merveilleuse base arrière pour continuer la conquête…

C’est pourtant le mauvais temps qui s’annonce, malgré ses réélections successives à Paris, malgré un succès sans partage aux législatives de 1978. Le temps de voir revenir les ennemis qu’il a laissés sur sa route. Le temps des échecs et des erreurs. Le temps d’apprendre la douleur. Au guerrier qui se sentait indestructible, une route verglacée de Corrèze rappelle, un soir de novembre 1978, que l’homme est vulnérable. « Je ne pensais pas que l’on pouvait souffrir autant », confiera-t-il à l’un de ses biographes, après cet accident de voiture qui l’a laissé à deux doigts de la paralysie.

Sur son lit d’hôpital, veillé le plus souvent par Bernadette Chirac, il survole sans y prêter assez d’attention le texte que Pierre Juillet lui apporte pour une dernière relecture : l’« Appel de Cochin » que Jacques Chirac lance le 6 décembre 1978, six mois avant les premières élections européennes au suffrage universel, n’a d’autre but que de se démarquer de Giscard, le libéral, fervent partisan de l’Europe. Et de prendre date, en vue de l’élection présidentielle de 1981. Mais ses formules outrées transforment cet acte tactique en faute politique. « Comme toujours, lorsqu’il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre, avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. C’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort. »

Juillet et Garaud, « les diaboliques »

En fait de mort, l’Appel de Cochin sonne surtout le glas des relations entre Jacques Chirac et ses conseillers Juillet et Garaud – « les diaboliques », comme on les surnomme à Paris. Tout y concourt. Le résultat désastreux des élections européennes de 1979 qui voient le RPR passer du statut de premier parti de France à celui de Petit Poucet, derrière l’UDF, le PS et le PCF ; le départ de Jérôme Monod du RPR, qui ne supporte plus l’« archaïsme » de Pierre Juillet, privant Jacques Chirac d’un ami précieux ; et, enfin, l’inimitié de Bernadette Chirac, qui n’a jamais accepté l’emprise de Juillet et de « Marie-la-France » sur son mari – pas plus qu’elle n’adhère à leur patriotisme de terroir. En septembre 1979, elle accorde à l’hebdomadaire Elle un entretien d’une rare franchise, résumant d’un mot cinglant ses relations avec Marie-France Garaud : « Elle me prenait pour une parfaite imbécile. » Bernadette Chirac s’assurait ainsi que ces conseillers honnis ne reviendraient jamais.

Jacques Chirac n’a jamais été un européen forcené. Il fut simplement convaincu assez tôt, par Jérôme Monod et Alain Juppé, que son destin présidentiel passait par l’Europe. A nouveau premier ministre en 1986, il défend l’Acte unique et approuve l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans la Communauté européenne, combattue naguère avec tant de vigueur au nom des intérêts des agriculteurs. L’année d’après, il assure que les vieux débats idéologiques sont dépassés : « L’accord est à peu près général sur ce que doit être l’Europe de demain », déclare-t-il dans un entretien au Monde.

Et pourtant ! Il sera quasiment seul au RPR, en 1992, à défendre le traité de Maastricht. Le référendum proposé par François Mitterrand n’a réussi qu’à un cheveu : 51,04 %. Un oui fragile qui revient au visage de Jacques Chirac président. Aux élections européennes de 1999, la liste dirigée par l’impossible tandem composé du libéral Alain Madelin et du souverainiste Philippe Séguin se défait en pleine campagne. Que dire, enfin, du référendum de mai 2005, perdu sans appel ? Valéry Giscard d’Estaing, père de la Constitution européenne qu’il s’agissait d’entériner, avait lâché, toujours vachard : « Il n’est pas crédible. »

Politique par plaisir

Européen par calcul, mais politique par plaisir. Il a fait élire Giscard en 1974, il le fait battre en 1981. Pour cette première candidature à l’élection majeure de la vie politique française, lui revient le rôle de troisième homme : un petit 18 % derrière les deux finalistes, Mitterrand et Giscard. C’est au candidat socialiste, qu’il a vu secrètement, que Jacques Chirac donne un coup de pouce. « Le 10 mai, dit-il entre les deux tours, chacun devra voter selon sa conscience. » Puis il précise, du bout des lèvres : « A titre personnel, je ne peux que voter pour M. Giscard d’Estaing. » Une façon à peine dissimulée d’éliminer le candidat de droite, tandis qu’au RPR les consignes vont bon train pour voter socialiste. Cette élection n’est pas faite pour gagner, mais pour se placer sur l’échiquier de la présidentielle. Avec le parti gaulliste. A Jean Lecanuet, le président de l’UDF qui le contacte au lendemain de l’élection de François Mitterrand, Chirac, chef incontesté de la droite, rétorque : « Giscard, c’est fini, voyons. Il est mort. »

Mitterrand et Chirac ont appartenu au tout petit club des présidents réélus, tissant au fil des ans une relation assez subtile. « Peut-être va-t-il prendre une autre mesure de ce qu’il est, de ce qu’il peut », écrivait en 1976 le fédérateur de la gauche. Mais pour ajouter aussitôt : « Non, ce professionnel du mot nu, qu’une image écorcherait, ce rhéteur du complément direct qui n’a jamais poussé ses études jusqu’au conditionnel, n’est à l’aise que dans la simplicité des fausses évidences. »

Cette flèche empoisonnée, de même que la douloureuse expérience de la cohabitation, n’aura pas impressionné Chirac au point de ne pas apprendre de Mitterrand : lorsque l’ancien chef de l’Etat disparaît, le 8 janvier 1996, il lui rend un hommage qui étonne et émeut les Français. D’autant plus que, nommé à Matignon par le président socialiste douze ans plus tôt, c’est à droite que Jacques Chirac a gouverné. Une droite libérale, musclée, qui rappelle le « facho Chirac » des années 1970. A l’heure du libéralisme économique triomphant de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, il engage un impressionnant train de privatisations.

Un cavalier désarçonné

Edouard Balladur, nommé ministre d’Etat « de l’économie, des finances et de la privatisation », s’y applique : les banques, TF1, tout y passe… Libéralisation aussi du côté des universités que le projet Devaquet prévoit de mettre en concurrence, tandis que leur accès doit devenir sélectif. La réforme sombre avec les manifestations, et le ministre démissionne après la mort de Malik Oussekine, un jeune homme tué par les policiers voltigeurs à moto de Charles Pasqua. La cohabitation a tourné à l’affrontement permanent, sur le social, l’économie, les libertés, les prérogatives de chacun.

Si le pouvoir avait bel et bien glissé vers Matignon, si l’autorité de Mitterrand avait été contestée, le vieux président n’était pas disposé à se « laisser arracher livre de chair après livre de chair ». La fin de la partie fut sans appel : pour la deuxième fois, en 1988, Jacques Chirac échoue à la présidentielle. Il n’a même pas fait le plein des voix gaullistes. Il ne recueille que 19,94 % des suffrages.

C’est alors un cavalier désarçonné, à l’audace éparpillée, dont les troupes ont perdu la foi. Il a 56 ans. Il n’a plus l’âge d’être un rebelle et moins d’énergie pour la guerre. Et partout poussent les ambitions. Oh ! bien sûr, il y aura la jolie victoire des élections municipales de 1989 : pas une mairie d’arrondissement pour les socialistes. Paris reste un précieux bastion. Mais la fin des années 1980 se montre cruelle avec Chirac : de la révolte de Pasqua et Séguin à l’offensive des quadras « Rénovateurs » prétendant repeindre la droite aux couleurs de la modernité, les convoitises présidentielles s’aiguisent.

Un père dévasté de chagrin

Ce n’est plus de grognards, de gourous ou de mentors que Jacques Chirac a besoin. Il ira puiser son énergie ailleurs. Dans la peine, peut-être. Car c’est un père dévasté de chagrin. A la défaite politique s’est ajouté un drame intime qu’il n’évoquera jamais – ou seulement à la veille de quitter le pouvoir. Laurence, fille aînée des Chirac et portrait de son père, a sombré dans une grave anorexie au sortir de l’adolescence, après une méningite. Son état de faiblesse lui interdit de passer l’internat de médecine, alors qu’elle est devenue une brillante étudiante.

En avril 1990, ses parents et sa sœur sont à peine partis en voyage en Thaïlande qu’elle se défenestre du quatrième étage de son appartement parisien. Cette tentative de suicide – neuf au total, dira sa mère – la laisse lourdement handicapée. La rumeur de sa disparition court alors dans le pays, au point que les lettres de condoléances afflueront à la Mairie de Paris, ajoutant à la tragédie. Sa mort surviendra accidentellement le 14 avril 2016, à l’âge de 58 ans, alors que son père est déjà atteint depuis plusieurs années d’une maladie neurologique. Il assiste à l’enterrement en fauteuil roulant.

Le clan Chirac ressortira indissolublement lié de ce drame familial qui a commencé dans les années 1980. Comment expliquer autrement le rôle de Claude Chirac, la fille cadette, qui arrivera peu à peu au cœur même du pouvoir présidentiel ? C’est après l’échec politique de 1988 doublé de ces tourments privés que Jacques Chirac fait venir sa fille à l’Hôtel de Ville pour s’occuper de sa communication. Peu importe que dans les couloirs du RPR ou de la mairie, on l’ait surnommée « fifille ». Son père a tranché d’un mot : « La présence de Claude n’est pas négociable. »

L’ami de trente ans à Matignon

Bernadette Chirac elle-même a beau s’insurger contre l’obsession de leur fille, déterminée à faire de son père un homme moderne, éternellement jeune, rompu aux techniques de communication importées d’Amérique, elle n’aura pas d’autre choix. Et d’ailleurs, Chirac ne veut plus se passer d’elle. Dans ce monde politique où chacun se trahit chaque matin, en qui avoir confiance sinon dans ses plus proches ?

Malgré tout, il faudra longtemps à Jacques Chirac pour comprendre qu’Edouard Balladur va porter ses propres couleurs à l’élection présidentielle de 1995. « Edouard prend goût à la politique. Il ferait un bon premier ministre, vous ne trouvez pas ? » En 1988, déjà, Chirac sonde Juppé, qui répond du tac au tac : « Etes-vous sûr qu’il ne rêve pas d’habits plus grands ? » Le maire de Paris se contente d’éclater de rire. Des histoires comme celle-ci, il y en a mille, rapportées au fil des ans par les plus fidèles des chiraquiens, au premier rang desquels Jean-Louis Debré.

Quoi qu’il en soit, lorsque la cohabitation repasse les plats, en 1993, Chirac n’en veut pas. Il a « déjà donné », dit-il, et ne sera plus premier ministre. C’est donc « Edouard », l’ami de trente ans, tout en componction, qui va à Matignon. Chirac se pense tranquille, à l’abri derrière la règle non écrite qui veut qu’un premier ministre ne gagne jamais la présidentielle. Mais il ne s’attend certainement pas à voir partir presque tous ceux dont il a fait la carrière, irrésistiblement attirés par les sirènes du pouvoir. Tous derrière Balladur et son équipe, Nicolas Sarkozy en tête, qui lui rejouent Le Mépris.

« Laisser le cœur au vestiaire »

Trahi à son tour, oublié, délaissé, Chirac a mis le temps qu’il fallait pour remonter en selle. Du discrédit et de l’isolement, il a fait une force, transformant son passif en capital. Comme tout grand politique après l’incontournable traversée du désert. Lentement mais sûrement, sillonnant sans relâche le pays, serrant des milliers de mains, haranguant, embrassant, selon le conseil de François Mitterrand qui lui convient si bien : « Prendre la France à bras-le-corps. » Au formidable élan vital qui l’emporte vers les autres, s’ajoute une intuition très sûre pour le choix du thème de campagne : la fameuse « fracture sociale ». Il remonte inexorablement la pente face à Edouard Balladur. Cynique, roublard, impitoyable, mais humaniste, républicain, chaleureux, tel est Chirac.

Entrer dans la peau d’un président est une autre affaire. Etre soi-même et différent, avec les attributs du pouvoir. Digérer l’immense joie de la victoire. Dépasser le souvenir exaltant d’une traversée de Paris, le 7 mai 1995 au soir, fenêtre ouverte, main brandie, dans une voiture héritée de Georges Pompidou et pieusement conservée. Comprendre que tout commence, alors que le but d’une vie, presque trente ans de politique, est atteint. C’est une autre dialectique que celle de la conquête. C’est au sommet que soufflent les vents les plus vifs et que l’oxygène se fait rare. Là que tout se complique. Là que s’accumulent les masques mais que l’homme ne peut échapper à sa vérité. « C’est une des rançons du pouvoir véritable : il faut laisser le cœur au vestiaire », constatait le futur président dans un manuscrit jamais publié, intitulé « Les mille sources ».

Il a gagné avec Philippe Séguin, l’inspirateur de la campagne, l’héritier du gaullisme social, l’imprécateur anti-maastrichtien ; il gouvernera avec Alain Juppé, l’européen convaincu, l’orthodoxe du budget, le technocrate corseté. Juppé, le préféré, « le meilleur d’entre nous », qui rassure sans rivaliser. Le « fils politique » de l’époque. Le 26 octobre 1995, moins de six mois après son élection, le président de la République annonce à la télévision « le tournant de la rigueur ». A Helmut Kohl, le chancelier allemand, il avait assuré d’emblée : « Je ne veux pas qu’il y ait de doute dans ton esprit sur ma volonté de respecter le traité de Maastricht et de réduire les déficits au plus tard fin 1998 pour remplir les critères. » Des critères bien incompatibles avec la générosité budgétaire supposée réduire la fracture sociale.

La France ne s’ennuie pas, elle gronde

Les Français, eux, s’inquiètent. Les jeunes, dans les universités, ont engagé depuis plusieurs semaines un mouvement de grève qui sera le plus long qu’aient mené les étudiants depuis mai 1968. La France ne s’ennuie pas, elle gronde. Les enfants des soixante-huitards veulent des salles pour travailler, des bibliothèques pour étudier, des enseignants pour progresser. Les fonctionnaires et les salariés des grandes entreprises publiques, cheminots en tête, prennent le relais, en décembre, pour un mouvement social qui va paralyser la France pendant tout un mois. L’annonce, le 15 novembre à l’Assemblée nationale, du plan Juppé pour la réforme du financement de la Sécurité sociale et la disparition progressive des « régimes spéciaux » de retraite a mis le pays dans la rue. C’est la disparition de leur Etat-providence, hérité de l’après-guerre et du gaullisme, qui hérisse tant les Français.

Jacques Chirac est arrivé à la première place dans un monde moins sûr, dans une France angoissée par le chômage. « Peut-être », admet-il à la télévision, a-t-il sous-estimé les difficultés. Il dit qu’il faut du courage pour assumer son poste, et qu’il n’en manque pas. Il dit qu’il faut du temps pour récolter ce que l’on sème et pense qu’il a sept ans devant lui.

Le temps, pourtant, va lui manquer. Le 21 avril 1997, le président de la République prononce la dissolution de l’Assemblée nationale. Des trois boutons sur lesquels il peut appuyer : remaniement, référendum, dissolution, il a déjà utilisé le premier. Six mois jour pour jour après le second tour de la présidentielle, le gouvernement Juppé a été remanié. Les femmes, en particulier, affublées du sobriquet de « Juppettes », sont remerciées. Jacques Chirac n’aura de cesse de rectifier la désastreuse image laissée par cette charrette féminine. Alain Madelin, le libéral, lui, a déjà démissionné depuis trois mois.

« Tu ne vas quand même pas dissoudre ! »

Mais ce n’est pas de ce remaniement que l’on vient parler au chef de l’Etat : amis, conseillers, élus, sondeurs, tous se relaient auprès de Chirac pour le conjurer de se défaire de son premier ministre si impopulaire. « Oui, mais qui? » pour le remplacer, répond-il invariablement. Et il décide de dissoudre. Lorsque son ami de toujours, Pierre Mazeaud, futur président du Conseil constitutionnel, comprend qu’il va recourir à cette arme atomique, il enrage : « Tu ne vas quand même pas dissoudre ! De Gaulle dissout quand les mecs sont dans la rue ! Tu es un arbitre, article 5. » Ce président, gardien de la Constitution, qui « assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics », procède pourtant bel et bien à une dissolution de convenance.

Car, au-delà du sauvetage du premier ministre, il s’agit d’administrer une purge majeure à cette famille de droite toujours divisée entre chiraquiens et balladuriens. Au ministère des finances, de surcroît, les analystes expliquent que la conjoncture est atone, que la croissance ne reviendra pas. Il faudra encore donner un « tour de vis » budgétaire. Autant dire que les élections législatives de 1998 seront compromises pour la droite. Le résultat de la dissolution est implacable : 220 députés de droite se sont fait hara-kiri. Chirac les avait entraînés dans le sillage de sa victoire, il les emporte dans le tourbillon d’un « coup » magistralement raté.

Dès le premier tour, le 25 mai 1997, le président comprend que tout est perdu. Le 26 au matin, il se sépare de Juppé. Et se retrouve, dans son bureau, K.-O. debout : « Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Que s’est-il passé ? » L’ami qui l’écoute ne répond rien. Terrible et douloureux monologue, où la réponse s’impose d’elle-même. Le chef de l’Etat, selon l’une de ces expressions qu’il affectionne, s’est tiré une balle dans le pied. Il sait qu’il est, déjà, un président de cohabitation. Triste palais, que le pouvoir déserte. Et pour longtemps. Car la cohabitation va durer cinq ans.

Chirac-Jospin, cohabitation courtoise

Pour comble, contrairement aux mauvais augures de Bercy, la croissance revient, souriant à la « dream team » de la gauche plurielle, conduite par Lionel Jospin. Evidemment, « Battling Jack », comme l’avaient surnommé les Anglais, ne reste pas longtemps abattu. Comme toujours, phénix renaissant de ses cendres, il affiche au conseil des ministres une mine réjouie. Jean-Pierre Chevènement racontera : « Il nous serrait la main avec un grand sourire, comme si nous étions l’équipe de France qui venait de gagner la Coupe du monde de foot. » Et il n’est pas exclu que, dans ce gouvernement, il trouve certains ministres sympathiques.

C’est donc une cohabitation plutôt courtoise qui s’engage, même si chacun reste sur ses gardes, car Chirac comme Jospin pensent déjà qu’ils s’opposeront, cinq ans plus tard. « Cette situation institutionnelle particulière, je l’ai déjà vécue. C’était en 1986, j’étais premier ministre. J’avais pu alors apprécier le rôle fondamental du président de la République, garant de nos institutions », ironise le président. Fort de son expérience avec François Mitterrand, il marque ses prérogatives, toutes ses prérogatives. Sur le plan international, « domaine réservé » par excellence, mais aussi sur le plan intérieur, chaque fois que l’occasion s’en présente, comme sur les 35 heures, qu’il qualifie d’« expérimentation hasardeuse ».

Bon an mal an, Chirac s’installe dans le rôle de premier opposant. Puisque le pouvoir est au repos forcé, à l’Elysée, ce sont aussi cinq ans de réflexion. Il reçoit, écoute… et s’ennuie. Pour cet homme qui n’aime rien tant que l’action, la pénitence est rude. Au bout du compte, cela fera tout de même une doctrine et un programme. Pour plus tard. Pour un septennat réussi, cette fois.

Règlements de comptes dans la famille gaulliste

Mais voilà que ce pouvoir si chèrement conquis et si bêtement perdu se dérobe plus encore, et s’abîme. Les règlements de comptes de la dissolution n’en finissent pas dans la famille gaulliste. Séguin rafle haut la main le RPR face à Juppé et devient le patron de la droite. En 1998, lors des élections régionales, quelques brebis galeuses du RPR enfreignent l’interdiction d’une alliance avec le Front national. Puis s’annoncent les très délicates élections européennes de 1999. Les souverainistes Charles Pasqua, en rupture de RPR, et Philippe de Villiers font la course en tête. Voilà le président condamné à appeler Nicolas Sarkozy, banni depuis son échec avec Balladur, à la rescousse.

L’année suivante, en 2000, Jacques Chirac est obligé d’avaler le quinquennat. Valéry Giscard d’Estaing et Lionel Jospin lui ont mitonné cette potion bien amère. Une page de la Ve République se tourne, contre son gré. Cela change tout, mais il n’en prendra jamais la mesure. Ses « chers compatriotes » vont néanmoins l’approuver, par référendum, à plus de 73 %, mais avec un très fort taux d’abstention.

Deux jours avant ce scrutin, le 22 septembre 2000, une bombe a explosé. Le Monde publie la très gênante confession de Jean-Claude Méry, ex-financier occulte du RPR, décédé d’un cancer en 1999, qui met en cause Jacques Chirac sur une cassette vidéo. « Abracadabrantesque ! », s’écrie le président, que le lettré Dominique de Villepin a renseigné, car il a lu Rimbaud. « On disserte sur des faits invraisemblables qui ont eu lieu il y a plus de quatorze ans », plaide aussi le chef de l’Etat à la télévision, dans un admirable lapsus.

Un an plus tard, le juge Halphen sera dessaisi de l’affaire pour vice de forme. Jamais en panne d’imagination, la machine à fabriquer les mots de l’Elysée trouvera « Pschitt », un an plus tard, pour qualifier une histoire de billets d’avion payés en liquide pour Jacques Chirac et ses proches, entre 1992 et 1995. Le président s’abritera enfin derrière le rempart habilement dressé par le président du Conseil constitutionnel, Roland Dumas, qui a réaffirmé en droit, en 1999, l’immunité du locataire de l’Elysée.

N’importe qui aurait sombré. Pas lui, qui annonce tout sourire et sur fond de verdure sa candidature à l’élection présidentielle de 2002, le 11 février, à Avignon. Le programme est tout prêt, avec sa réforme des retraites, sa baisse d’impôts de 30 %, son nouveau dialogue social, son contrat jeunes, son revenu minimum d’activité, ses abaissements de charges pour les entreprises, son « programme massif de reconstruction des logements pour supprimer les ghettos », ses mesures pour l’égalité des sexes. Cela s’appelle : « La France en grand, la France ensemble. » Pendant la campagne s’engage une vertigineuse course à l’échalote sur la sécurité. Bénéficiaire principal : le candidat de l’extrême droite et président du Front national.

Un certain 21 avril 2002, avec l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour, le président de la République comprend d’un même mouvement qu’il a gagné une élection et gâché le bonheur d’être réélu. Il y eut sans doute peu de jours plus terribles pour quelqu’un qui – malgré un dérapage odieux de fin de banquet en 1991 sur « le bruit et l’odeur des immigrés » – n’a cessé de combattre le racisme, l’extrémisme, l’intolérance, la peur de l’autre. « Une fête affreusement gâchée, un adversaire qu’il déteste, des thèses qu’il vomit », assure le fidèle François Baroin.

Chirac lui-même, bien que réélu, ou peut-être justement à cause de cela, se sent coupable. N’est-ce pas en particulier à lui qu’il faut attribuer cette abstention, ce rejet du politique que montre le résultat de l’élection ? Elu à 82 %, sans même avoir atteint 20 % au premier tour, le miraculé déclare : « Cela m’oblige. » Il pense se donner tous les moyens pour réussir : un premier ministre à sa main, Jean-Pierre Raffarin, une majorité absolue de 365 députés, un grand parti, l’UMP, qui marie toutes les droites, le vieux RPR, les libéraux et une partie des centristes. Avec à sa tête Alain Juppé. Aux ministres, il recommande, tel Pompidou l’exhortant à la modestie : « Je ne veux pas voir une bande de coqs se pavaner. »

Comment et pourquoi tout va à nouveau de travers ? Ce n’est pas que le diagnostic soit mauvais, ou mal posé. Celui de la fracture sociale, toujours. Celui de la mondialisation, qui exige une adaptation de plus en plus rapide, avec l’extraordinaire puissance qui se développe dans les pays émergents. C’est bien une crise sociale, morale, politique que traverse le pays. « Il faut que les Français aient rapidement le sentiment que nous faisons bouger les choses. Je donnerai les moyens qu’il faudra », assure-t-il aux principaux ministres qui défilent à l’Elysée. Le Chirac sympathique et familier, cynique et rigolard, s’est effacé pour faire place à un président guindé et silencieux. A l’attention de la presse, Claude Chirac a fabriqué un président de carton-pâte, aux mots soigneusement lissés, aux crocs limés.

Du reste, les débuts sont loin d’être catastrophiques. Pour ce premier 14-Juillet du quinquennat, exercice obligé qui tombe souvent à plat dans une France en vacances, Chirac ne s’est pas trompé. Les trois grands chantiers qu’il lance sur la sécurité routière, le cancer et les handicapés resteront comme l’une des grandes réussites de son second mandat. Avec une croissance molle et un climat social toujours sous tension, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon réussissent néanmoins à faire passer, en 2003, une réforme des retraites à laquelle la gauche, malgré une montagne de rapports qui en soulignaient tous l’urgence, ne s’était pas attaquée. Il y aura, dans toute la France, jusqu’à un million de manifestants pour la contester. Pourtant, le 24 juillet 2003, elle est adoptée.

Le masque s’est abaissé

Mais, dans l’an II du quinquennat, c’est surtout l’opposition à la guerre d’Irak qui va mobiliser Jacques Chirac. Un combat dans lequel il prend le Quai d’Orsay à rebours, nourri de convictions profondes et d’une connaissance sans faille de l’histoire et de la région. Il n’y a d’ailleurs plus que cela qui l’intéresse vraiment. Cette scène internationale où se tutoient les grands. Il y fait merveille, porté par une popularité sans précédent.

Comment savoir que le pire est à venir ? Cela commence, en janvier 2004, par la condamnation d’Alain Juppé à dix-huit mois de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts, dans l’affaire du financement du RPR. C’est peu dire que Jacques Chirac est effondré – une des très rares occasions où le masque s’est abaissé. Sa grande carcasse paraît alors minée du dedans, même si, en appel, le verdict se révèle moins sévère pour son ancien premier ministre. L’année est ponctuée d’échecs, hormis une timide réforme de l’assurance-maladie : le cafouillage autour de la suppression du lundi de Pentecôte marque l’usure du premier ministre ; la cuisante défaite aux élections régionales met la droite à nu ; et la prise de l’UMP à la hussarde par Nicolas Sarkozy marque la fin politique de Jacques Chirac. Car le président a trouvé là son principal opposant. Ministre très populaire, incroyable chouchou des médias et successeur autodésigné. Lors de l’interview télévisée du 14 juillet 2004, le tonitruant « je décide et il exécute » présidentiel, à propos de son ministre de l’intérieur, apparaît au mieux comme une rodomontade.

Au fond, les tensions n’ont jamais cessé dans la majorité : celle, majeure, qui oppose les « sociaux », dont Chirac prend toujours le parti, et les libéraux. Et qui recouvre les désaccords sur le rythme et la nature des réformes qu’il convient d’entreprendre.

Elizabeth II avait qualifié 1992 d’« annus horribilis ». Pour Jacques Chirac, ce fut sans conteste 2005. Après le mouvement des lycéens contre la loi Fillon, la démission forcée du ministre de l’économie, Hervé Gaymard, emporté par le scandale d’un appartement somptueux – au moment où le chômage passe la barre des 10 % –, survient la claque magistrale au référendum européen du mois de mai. Ce désastre politique majeur, qui entraîne l’arrivée de Dominique de Villepin pour remplacer Jean-Pierre Raffarin à Matignon, précède de quelques mois l’accident vasculaire cérébral du président. Après sa semaine d’hospitalisation à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, son agenda est allégé et son image fanée. Soudain, il se sent terriblement mortel. Le mouvement de violences dans les banlieues en novembre 2005, inédit par sa durée, jugé trop longtemps par l’Elysée comme un simple problème de sécurité que Nicolas Sarkozy aurait dû traiter, achèvera cette année terrible.

Et, malgré tout, il s’est remis à espérer. Un chômage en baisse, un premier ministre qui réussit… L’affaire Clearstream, et surtout la colère des jeunes qui s’opposent au contrat première embauche, auront raison de cet espoir. « C’est un homme de cœur, pas un homme d’Etat », disait son ami Mazeaud. Sans doute est-ce cette qualité-là que les Français ont reconnue, portant leur ancien président au faîte d’une popularité inédite dès lors qu’il quitta le pouvoir. Même le procès des emplois fictifs de la mairie de Paris, à l’occasion duquel la justice le condamnera, le 15 décembre 2011, à deux ans de prison avec sursis ; même la maladie, qui le dispensera d’y assister, n’auront pas raison de cette empathie.

Avec lui disparaît « le monde d’hier », comme l’écrivait Stefan Zweig. Celui d’une génération de politiques qui n’a pas subi la IVe République mais qui l’a connue, née à la politique avec la guerre froide, tout en ayant vu la chute du mur de Berlin et avec elle la mort des idéologies. Jacques Chirac fut le dernier président d’une époque, à la charnière d’un temps où s’effacent les grands hommes de l’Histoire. Il fut aussi Jacques le fataliste, qui savait de toute éternité que les phénix meurent aussi.

27 septembre 2019

Jacques Chirac, le Guignol

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Par Maxime Goldbaum

En vingt-cinq ans de cohabitation, Jacques Chirac a autant contribué à populariser « Les Guignols de l’info » que les Guignols ont permis à Jacques Chirac de se forger une image de bon vivant. Jusqu’à contribuer à son élection en 1995 ?

Sa voix, son langage corporel, ses formules, heureuses ou malheureuses, ont fait de lui le « client idéal ». Figure de proue du Bébête Show, lancé en 1983 sur TF1, Jacques Chirac a également eu l’insigne honneur d’être une des premières marionnettes créées en 1988 dans l’émission qui s’appelait encore « Les Arènes de l’info ».

En vingt-cinq ans de cohabitation, Jacques Chirac a autant contribué à populariser « Les Guignols de l’info » que les Guignols ont permis à Jacques Chirac de se forger l’image de bon vivant, amateur de tête de veau et de bière Corona. Image qu’il a sciemment cultivée, à tel point que l’homme politique et sa caricature se sont longtemps confondus. Selon plusieurs observateurs, les Guignols auraient surtout concouru à le faire élire président de la République en 1995.

Le Chirac de latex, instrument de propagande

Pourtant, lorsqu’il découvre sa marionnette, Jacques Chirac est d’abord effaré : il y a désormais deux Chirac et sa marionnette dit tout haut ce qu’il s’applique à cacher, et notamment son fameux « Putain, deux ans ! » et ses rêves d’Elysée. « Les Guignols font de Chirac un loser complètement disjoncté », se plaint sa fille Claude. Elle envisage de demander grâce à Canal+, avant de se raviser : le Chirac de latex est un formidable instrument de propagande auprès des jeunes.

A ses débuts, il apparaît régulièrement en duo avec son meilleur ennemi, Valéry Giscard-d’Estaing, dépeint en vieillard sénile, que Chirac ne cesse de ridiculiser. « Le monsieur te demande » ne tarde pas à entrer dans le vocabulaire courant. Mais c’est véritablement en 1995, année d’élection présidentielle, que les trajectoires de Chirac et des Guignols vont culminer, puis s’entremêler.

Cette année-là, le Jacques Chirac en latex mange des pommes et se promène avec des couteaux plantés dans le dos par certains de ses « amis » de droite. Il donne de lui l’image sympathique d’un brave type victime de la trahison des ambitieux, en opposition à un Balladur détestable et à un Jospin maladroit. Selon plusieurs observateurs, la victoire finale de Chirac aurait été rendue en partie possible grâce au travail de sape entrepris pendant des mois par les Guignols.

Les jeunes exposés aux thèses développées par les Guignols

« En 1995, la violence de certains sketchs concernant Balladur a sans doute eu un effet sur le vote. En résumé, Balladur avait les électeurs âgés de son côté, ceux qui ne regardent pas “Les Guignols”, et Chirac a récupéré plus de votes jeunes qu’aucun candidat de droite avant lui », soulignait dans un article publié en 2002 Jean-Marc Lech, alors patron d’Ipsos, avant d’ajouter : « Les 18-32 ans sont particulièrement exposés aux thèses développées par les Guignols. Les études prouvent que ce public de nouveaux électeurs consomme peu les programmes des chaînes classiques et encore moins la presse écrite généraliste… »

Face à ces accusations de complaisance, le ton change. Les Guignols se montrent moins tendres avec un Jacques Chirac empêtré dans ses affaires judiciaires. « Supermenteur » fait son apparition. Une fois encore, il devient un phénomène de société. Les hommes politiques s’emparent du personnage. Le politologue et chercheur au CNRS Arnaud Mercier se montrait toutefois sceptique sur l’impact réel des Guignols :

« L’émission concerne avant tout un public qui ne vote pas en masse. En revanche, certains sketchs peuvent avoir une influence si, comme c’est parfois le cas, ils sont repris par les acteurs de la vie politique. En 1995, les jeunes militants RPR distribuaient des pommes dans les meetings. Aujourd’hui, les jeunes socialistes parlent de Supermenteur… Mais il ne faut jamais oublier que les auteurs des “Guignols” ne font que grossir ce qui existe déjà. Supermenteur n’est pas sorti de nulle part. Il correspond à une certaine réalité… »

Toutefois, entre les deux tours de l’élection présidentielle, les Guignols s’engagent et diffusent quasi quotidiennement des spots de campagne des deux candidats. Ceux de Jacques Chirac, en clair, le dépeignent, non sans ironie, comme un être idéal, alors que ceux de Jean-Marie Le Pen sont diffusés en crypté et le montrent vociférant, la bave aux lèvres.

« J’ai même lu dans des livres que le RPR avait créé à un moment une cellule à propos des Guignols, sur le thème : cette machine est faite pour nous tuer. Et maintenant on nous raconte que cette machine était faite pour l’élire. La vérité doit être entre les deux », expliquait en 1995 dans Libération Jean-François Halin, l’un des auteurs de l’époque avec Bruno Gaccio et Benoît Delépine.

« Je trouve ma marionnette sympathique »

La retraite politique de Jacques Chirac ne sonne pas le glas de sa marionnette. On y retrouve un homme tantôt désœuvré, tantôt farouche partisan de François Hollande. On ressort régulièrement son double en latex pour commenter les petits et grands événements de la vie politique. Même son épouse, Bernadette, voit son personnage s’étoffer, passant du rôle de faire-valoir, accrochée à son sac à main, à celle d’ex-première dame qui tire (quelques) ficelles en coulisse.

En 2009, l’ancien président de la République rompt son silence et accorde une interview à l’AFP, à la veille des vingt ans des Guignols : « Le plus souvent, en effet, je trouve ma marionnette sympathique. Même si je n’ai pas toujours été épargné », confessait-il. A la question de savoir si sa marionnette avait contribué à son élection, l’intéressé disait espérer que c’est « aussi pour d’autres raisons [qu’il a] été élu ! ». Seule certitude : Chirac a autant fait pour les Guignols que les Guignols ont fait pour Chirac.

8 avril 2017

Ailleurs, première édition du festival de Vannes

La Ville de Vannes lance un nouveau festival photo baptisé Ailleurs dont les expositions se déroulent dans des lieux aussi prestigieux que l’Hôtel de Limur, le passage central de la Cohue mais aussi le Kiosque, les Bigotes et les murs du centre-ville de Vannes…

« Sur la route ouverte » (« On the Open Road ») est le thème de cette première édition ouverte au voyage, au road-trip, au cheminement, des années 1960 à nos jours…

« J’ai toujours pensé que le trajet, le parcours, le road trip était, dans un voyage, aussi important que la destination. Il est souvent l’occasion de rencontres, de découvertes de paysages, de lieux ou d’espaces… Nous laissant des souvenirs inoubliables car inattendus. Le road trip est aussi souvent synonyme de voyage intérieur voire d’introspection », explique Dominique Leroux, le directeur artistique du festival.

Au programme : Raymond Depardon, Bernard Plossu, Paul Fusco, René Tanguy et également de jeunes talents français tels Alexa Brunet et Simon Tanguy. Le chanteur Miossec, figure indissociable de la Bretagne, passionné de photos et de voyages, est le parrain de cette première édition. Le festival Ailleurs, événement 100% gratuit, a l’ambition de séduire les professionnels comme les amateurs de photographie.

Festival Ailleurs

A partir du 1er avril 2017

Dans différents lieux de la ville de Vannes

France

Informations complémentaires et programme :

www.ailleurs-vannes.fr

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8 avril 2017

La Russie interdit cette photo de Vladimir Poutine (et depuis, tout le monde la partage)

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La justice russe a interdit cette image suggérant l'homosexualité du président de la Fédération. USSIE - Regard mélancolique souligné d'une généreuse couche de mascara, fard à paupière bleu et rouge à lèvres carmin sur fond arc-en-ciel... Ce montage photo façon Andy Warhol est bel un affront aux valeurs traditionnelles orthodoxes prônées par le régime russe. Et le ministère de la Justice du pays vient d'interdire cette image utilisée par la communauté LGBTQ, l'ajoutant à la liste toujours plus longue des 4074 productions considérées comme extrémistes.

Cette interdiction est la suite d'un jugement rendu le 11 mai 2016. Il avait ordonné la censure de toute représentation de Poutine en homosexuel. Les procès verbaux de l'audience qui a abouti à cette décision, fin mars, indiquent que l'image "suggère une prétendue orientation sexuelle non conforme du président russe", relève le Moscow Times.

Depuis l'annonce de cette interdiction, de nombreuses personnes la défient en partageant l'image en question. L'auteur de ce montage photo est un certain A.V. Tsvetkov, et ce n'est pas la première fois qu'il a des problèmes avec la justice: en 2016, une douzaine de ses créations partagées sur le réseau social Vkontakte entre juin 2013 et octobre 2014 ont été interdites. Ses posts appelant la police russe à se retourner contre le gouvernement et rejoindre les opposants ont également été supprimés la semaine dernière.

L'image est devenue populaire en 2013, après le vote d'une loi bannissant la "propagande pour les relations sexuelles non traditionnelles devant mineur". Dès lors, ce montage et des dérivés ont proliféré en même temps que la Russie attaquait les libertés d'expression et sexuelle. Les images de Poutine maquillé sont alors devenues un symbole de protestation contre la sévère répression du régime. En 2014, le président russe a signé une loi pour emprisonner les gens qui oseraient simplement liker une publication interdite. Mais le tribunal en a décidé autrement pour A.V. Tsvetkov. Comme le rapporte le Washington Post, l'opposant a été envoyé... en centre de soins psychiatriques.

28 septembre 2019

Mort de Jacques Chirac : Le musée du Quai Branly gratuit jusqu’au 11 octobre

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Jacques Chirac le 20 juin 2006 pour l'inauguration du musée du Quai Branly. — POOL / AFP

L’entrée au musée parisien du quai Branly-Jacques Chirac sera gratuite jusqu’au 11 octobre inclus pour rendre hommage à l’ancien chef de l’Etat, à l’origine de sa création, a annoncé le gouvernement vendredi.

Le musée « s’associe ainsi à l’hommage de la Nation au président Jacques Chirac et invite ceux qui le souhaitent à partager, dans le parcours de ses collections, un regard curieux et ouvert sur la diversité du monde et l’universalité de son patrimoine culturel », ont indiqué dans un communiqué commun les ministres de la Culture, Franck Riester, et de la Recherche, Frédérique Vidal.

Gratuité temporaire

Tous deux se sont rendus au musée vendredi, au lendemain de la mort de Jacques Chirac, selon le communiqué. L’établissement propose depuis mardi une exposition temporaire consacrée aux acquisitions faites depuis 1998, date de création de l’établissement public du musée, qui a lui-même été ouvert en 2006.

Cette exposition, qui a débuté deux jours avant la mort de Jacques Chirac, « c’est vraiment sa collection, la collection qui a commencé en 1998 quand il a lancé le musée du Quai Branly », a souligné le président du musée, Stéphane Martin, vendredi matin sur Europe 1. Cela retrace « ce qu’on a fait pendant vingt ans grâce à lui en termes d’enrichissement des collections », a poursuivi Stéphane Martin. C’est lui qui a proposé la gratuité temporaire du musée en hommage à Jacques Chirac.

« C’est un moment très émouvant pour les équipes »

« Les images du président sont partout au musée, les drapeaux sont en berne, c’est un moment très émouvant pour les équipes », a dit Stéphane Martin, ajoutant qu'« un livre d’or est à la disposition des visiteurs ».

Passionné par les arts premiers et les civilisations lointaines, Jacques Chirac a voulu et porté le musée du Quai Branly pour défendre les cultures et les peuples menacés par la mondialisation. Réalisation culturelle majeure de sa présidence, ce musée a été rebaptisé « Quai Branly-Jacques Chirac » pour ses 10 ans en juin 2016.

26 septembre 2019

L'ancien président de la République, Jacques Chirac, est décédé

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NÉCROLOGIE Jacques Chirac est mort à Paris ce jeudi à l'âge de 86 ans...

A 86 ans, dont quarante-deux ans d’une vie publique riche en rebondissements, Jacques Chirac s’est éteint ce jeudi à Paris. Ce Parisien de naissance mais Corrézien d’adoption s’est forgé un destin hors norme : deux fois président, deux fois Premier ministre, dix-huit ans maire de Paris. Une formidable longévité politique au prix de nombreuses métamorphoses.

Né en 1932 à Paris, Jacques Chirac intègre Science Po Paris en 1951 et l’Ecole nationale de l’administration (ENA) deux ans plus tard. Il sortira dixième de sa promotion (Vauban) en 1959. En 1965, ce gaulliste pragmatique est élu conseiller municipal de Saint-Féréole en Corrèze. Son premier poste politique dans un département de vieille tradition radicale dont il fait un fief, qu’il représentera à l’Assemblée de 1967 à 1995.

Un « bulldozer » selon Georges Pompidou

Considéré comme un « jeune loup » et surnommé le « bulldozer » par Georges Pompidou, il est nommé en 1967 secrétaire d’Etat auprès du ministre des affaires sociales. Il ne s’arrêtera plus.

Rapidement, il enchaîne les plus hautes fonctions : ministre sans interruption de 1967 à 1974, deux fois chef de gouvernement - sous Valéry Giscard d'Estaing de 1974 à 1976, sous François Mitterrand de 1986 à 1988 -, trois fois maire de Paris de 1977 à 1995. De ce bastion parisien, il se lancera par deux fois, sans succès, à la conquête de l’Elysée, en 1981 et 1988.

Il prépare alors méthodiquement l’élection de 1995. Ses deux victoires présidentielles de 1995 et 2002, il les a remportées en déjouant tous les pronostics. Mais il a eu ensuite du mal à transformer l’essai, contraint notamment de cohabiter cinq ans avec le socialiste Lionel Jospin après une malencontreuse dissolution de l’Assemblée, ou subissant un échec majeur avec le fiasco du référendum européen en 2005.

Bon vivant en privé, un « tueur » en politique

Ses partisans ont vu en lui un homme chaleureux, généreux, « toujours attentif aux autres ». Ses adversaires l’ont décrit comme « versatile », sans vision, « plus capable de conquérir le pouvoir que de l’exercer ». Ses biographes s’accordent toutefois à reconnaître que Jacques Chirac est bien plus complexe que l’image qu’il a longtemps donnée : un bon vivant au parler cru, amateur de bière et de tête de veau, s’adonnant avec appétit aux bains de foule, «caressant le cul des vaches» dans les salons agricoles.

Car cet homme au visage hâlé, toujours en mouvement, élancé - il dépasse le mètre quatre-vingt-dix - est aussi un amoureux de l’Asie, passionné de sumo, grand défenseur des « peuples oubliés », artisan du dialogue des cultures. Il œuvre au lancement d’une Fondation en faveur du développement durable et du « dialogue des cultures » et porte le projet ambitieux du musée du quai Branly, qui ouvre ses portes en 2006.

Ses nombreux combats politiques lui ont valu la réputation d’un « tueur » éliminant tout concurrent potentiel. A l’exception notable de Nicolas Sarkozy, dont il n’a pu empêcher la marche forcée vers l’Elysée.

Le « caméléon »

Il a aussi été comparé à un « caméléon » en raison de sa faculté à changer avec les modes : partisan d’un travaillisme à la française dans les années 1970, il se fait le chantre du libéralisme à la Ronald Reagan dix ans plus tard, avant de dénoncer la « fracture sociale » en 1995. C’est ainsi que le « fana-mili » a incarné l’opposition à la guerre en Irak ou que l’homme de la reprise des essais nucléaires s’est mué en défenseur d’une planète en danger.

« L’agité », qualificatif dont on prête la paternité à Giscard, s’est peu à peu assagi, selon ses proches. À la fin de son mandat, il a commencé à lever le voile sur ses déchirures intimes, confiant que l’anorexie mentale de sa fille Laurence (décédée le 14 avril 2016) avait été « le drame » de sa vie.

Il est devenu le premier ancien président de la République à être poursuivi par la justice, en novembre 2007, dans une affaire d’emplois présumés fictifs du temps où il était maire de Paris. Il sera finalement condamné à deux ans de prison avec sursis pour « détournement de fonds publics, abus de confiance, prise illégale d’intérêts et délit d’ingérence » en décembre 2011.

Affaibli par un premier AVC en 2005, l’état de santé de Jacques Chirac s'était dégradé ces dernières années et ses apparitions publiques se faisaient de plus en plus rares depuis son départ de l’Elysée, en 2007. Membre de droit du Conseil constitutionnel, il avait cessé d’y siéger en septembre 2011. Il avait été hospitalisé une quinzaine de jours en décembre 2015 pour « affaiblissement », puis le 18 septembre 2016 pour une infection pulmonaire.

En mars de cette année, Jean-Louis Debré, son ami de toujours, donnait de ses nouvelles : « Je ne sais pas s’il me reconnaît, j’en ressors moralement épuisé, ça me fait mal de le voir comme ça. » L'ancien président du Conseil constitutionnel assurait : « J’ai tellement d’affection pour lui, je serai là jusqu’au bout. »

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7 avril 2017

Fessenheim : stop ? Non encore

C’est un véritable camouflet pour François Hollande. Jusqu’au bout, sa promesse de fermeture de Fessenheim (Haut-Rhin), la doyenne des 19 centrales nucléaires françaises, avant la fin de son quinquennat, aura été un caillou d’uranium dans sa chaussure. Alors que quelques centaines de salariés s’étaient rassemblés hier devant le siège d’EDF, avenue de Wagram (Paris VIII e), pour s’opposer à la fermeture de la centrale, le conseil d’administration du groupe a finalement décidé que la demande d’abrogation de l’autorisation d’exploiter Fessenheim ne serait pas prise immédiatement. Lors de ce conseil, qui a débuté à 14 h 30, les six administrateurs salariés ont voté contre la fermeture. Les six administrateurs représentant l’Etat n’ont quant à eux pas pris part au vote, en raison d’un conflit d’intérêts. Restait les six administrateurs indépendants, dont le PDG du groupe Jean-Bernard Lévy (dont le vote compte double), qui, eux, ont voté pour, en sachant que cela leur permettait de garder la main sur le calendrier.

La centrale pourrait tourner encore dix ans

A la place d’un processus de fermeture qui commencerait immédiatement, il a été décidé qu’EDF n’adressera la demande de fermeture de Fessenheim à l’Etat que dans les six mois précédant la mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche). Sauf que, prévue initialement pour 2012, cette date de mise en service du réacteur nucléaire de dernière génération n’a de cesse d’être repoussée pour de gigantesques problèmes techniques. Et n’est aujourd’hui pas prévue avant 2020. Pire : des malfaçons sur un élément clé du réacteur, la cuve, découvertes l’année dernière, remettent sérieusement en cause le chantier ( voir plus haut). En clair, donc : pas de fermeture de Fessenheim dans l’immédiat. Et surtout pas avant l’élection d’un nouveau président de la République.

Depuis hier soir, le gouvernement, et en particulier Ségolène Royal, tente de sauver la face. La ministre de l’Ecologie et de l’Energie estime ainsi que le conseil d’administration d’EDF a « enfin » pris une bonne décision, « dans la mesure où le caractère irréversible et inéluctable de la fermeture est explicitement acté ». Cette dernière formulation a fait l’objet d’une âpre bataille de la part des administrateurs de l’Etat, actionnaire à 83 % d’EDF, pour qu’elle soit ajoutée dans le texte. Mais qu’apporte-t-elle de plus ? Rien, si ce n’est de dire que la centrale de Fessenheim fermera bien un jour. Mais cette fermeture pourrait intervenir dans dix ans, voire vingt ans, comme le prévoit le plan de grand carénage mis en place depuis l’année dernière par EDF, et destiné à moderniser les centrales nucléaires afin de pouvoir prolonger leur durée de vie, pour un coût estimé entre 50 et 100 Mds€.

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Photo ci-dessus : Centrale nucléaire de Nogent sur Seine

5 avril 2017

Musée Lambinet - Versailles

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Reportage photographique : Jacques Snap

L'hôtel particulier fut construit par un entrepreneur des bâtiments du Roi après 1751. Le bâtiment, ainsi que le salon du 1er étage sont classés monuments historiques. En 1852, Victor Lambinet, juge au tribunal de Versailles, achète l'hôtel. C'est Mme Lambinet, sa belle-fille qui lègue, en 1921, l'hôtel Lambinet à la Ville avec la volonté qu'il devienne un musée.

Après le transfert des collections auparavant installées à la bibliothèque, le musée ouvre au public en 1932. Deux ans plus tard, le musée présente ses collections dans seize salles, axées sur l'iconographie de Versailles et l'aspect décoratif de l'hôtel. Après 1952, d'autres salles sont ouvertes (notamment une salle sur la manufacture impériale d'armes de Nicolas Noël Boutet).

De 1985 à 1991, des travaux d'extension sont organisés. L'aile en retour du XIXe siècle est incluse dans le parcours muséographique. La surface de présentation s'en trouve agrandie. Le musée possède alors trente-cinq salles. Un nouveau déploiement des collections a lieu avec une ouverture au public à la fin de l'année 2010.

La présentation des salles d'exposition se décline en trois départements et sur trois étages. Au rez-de-chaussée et au 1er étage, se situe le département des Beaux-arts. Au 1er étage, l'Appartement est la reconstitution de l'atmosphère d'un hôtel particulier au XVIIIe siècle. Enfin, le 3e étage concentre les collections sur l'histoire de la ville de Versailles et sur la Révolution française.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_Lambinet

26 septembre 2019

L'ÉDITO de Didier Micoine - Le testament de Chirac

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« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »… L’Histoire retiendra que Jacques Chirac avait été un précurseur en lançant en 2002 ce cri d’alarme sur le climat. Ironie du sort, la mort de l’ancien chef de l’Etat a été annoncée le jour où le Parlement a définitivement adopté le projet de loi Énergie Climat qui prévoit d’atteindre la neutralité carbone en France à l’horizon 2050. Sa disparition coïncide également avec l’ouverture d’une exposition sur 20 ans d’acquisitions au Quai Branly, ce musée voué au dialogue des cultures qu’il avait voulu et inauguré en 2006 et qui porte désormais son nom. S’il a parfois varié dans ses convictions politiques, Chirac aura toujours gardé cet attrait pour les cultures et les peuples lointains, la Chine, le Japon, l’Afrique.La carrière politique de Chirac, qui couvre près d’un demi-siècle, offre de multiples facettes. Entré en politique avec Georges Pompidou comme mentor, figure tutélaire de la droite, il aura exercé tous les mandats possibles et occupé la plupart des postes ministériels avant d’être élu à l’Elysée en 1995. Certes, il y a eu les affaires, celles du RPR et de la mairie de Paris. Son bilan comme président est contrasté et en 2002, c’est parce que le second tour l’oppose à Jean-Marie Le Pen qu’il est triomphalement réélu. Mais il restera aussi comme celui qui a dit non aux Américains en s’opposant en 2003 à la guerre en Irak.Longtemps décrié dans l’opinion, moqué par les Guignols de l’Info, il était devenu très populaire depuis son retrait de la vie politique en 2007. Le temps a fait son œuvre et l’image du vieux sage a chassé celle du grand fauve assoiffé de pouvoir. Le Parisien.

26 septembre 2019

L’alarme du GIEC sur un océan en surchauffe

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Par Martine Valo

Le premier rapport des scientifiques consacré aux mers et aux glaces prévoit un monde marin plus chaud, dilaté, plus acide, en manque d’oxygène et moins peuplé.

Un monde marin plus chaud jusque dans les abysses, plus salé, moins riche en oxygène, plus acide, dépeuplé, qui se dilate et se gorge de glaces fondues. C’est ce qu’annonce le rapport spécial que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) consacre pour la première fois à l’océan et à la cryosphère (neige permanente, glaciers de montagne, calottes glaciaires, banquise, sols gelés).

Ce document, rendu public à Monaco, mercredi 25 septembre, est en réalité la chronique d’un immense bouleversement déjà à l’œuvre, avec son lot prévisible de catastrophes. L’incertitude porte sur l’intensité de ces dernières et la rapidité à laquelle elles vont survenir.

Non seulement les images de dévastation extrême, comme celles des îles des Bahamas après le déchaînement du cyclone Dorian, en septembre, risquent fort de devenir communes, mais c’est globalement un monde différent qui se dessine, avec des conditions environnementales inédites depuis des millions d’années ; d’autres paysages, d’autres modes de vie pour des millions d’humains et beaucoup d’autres espèces habitant la terre.

Urgence à agir

Les 104 auteurs, des scientifiques de trente-six pays qui ont référencé presque 7 000 publications dans ce document de plus de 800 pages, établissent le diagnostic implacable d’une planète en surchauffe.

Le résumé pour les décideurs constitue une alerte de plus au sujet de l’emballement climatique, mais à la hauteur d’un milieu qui représente 71 % de la superficie du globe, 90 % du volume de l’habitat disponible pour les organismes vivants et contient 97 % de l’eau sur terre. La montée du niveau des mers, la migration des poissons vers des zones plus tempérées ou le dégel du pergélisol (sol gelé en permanence) sont des faits déjà observés. Mais rassemblé et mis à jour, cet état des connaissances scientifiques ne laisse aucun doute sur l’urgence à agir.

« Au-delà de 2050, tout va dépendre de nos émissions de gaz à effet de serre [GES], prévient Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et coprésidente du GIEC. Les réduire permettrait de gagner du temps pour nous adapter aux risques, dont certains, comme la montée du niveau des mers, sont inéluctables. »

Le rapport compare donc systématiquement les conséquences du scénario le moins alarmant établi en fonction de l’évolution des GES, mais aussi de la déforestation ou du type d’agriculture pratiqué, soit une élévation de la température moyenne de l’atmosphère de 1,6 °C par rapport à l’ère préindustrielle (scénario RCP2.6), ou du scénario censé aboutir à 4,3 °C supplémentaires en moyenne (RCP8.5), soit l’évolution actuelle, sans politique contraignante sur les émissions.

Encore ces prévisions apparaissent-elles sous-estimées, car selon les modélisations du climat les plus récentes livrées par des scientifiques français, le 17 septembre, il faudrait ajouter jusqu’à 1 °C de réchauffement aux modèles actuels.

Au cœur du système climatique

L’océan, qui produit au moins la moitié de notre oxygène, redistribue d’énormes quantités de chaleur grâce aux courants qui le traversent et capte 20 % à 30 % du dioxyde de carbone généré par les activités humaines.

« Il est pratiquement certain que l’océan mondial s’est réchauffé sans relâche depuis 1970 et qu’il a absorbé plus de 90 % de la chaleur excédentaire dans le système climatique », écrivent les rapporteurs. Autrement dit, sans lui, la température sur terre aurait déjà atteint des sommets. « Les prochaines estimations des scientifiques vont indiquer que l’océan absorbe 94 % de l’énergie interne à notre climat, ce qui dégage toujours plus de vapeur d’eau dans l’atmosphère, modifie le cycle des nuages, des précipitations, intensifie les sécheresses, les pluies diluviennes, explique Sabrina Speich, professeure d’océanographie et de sciences du climat à l’Ecole normale supérieure. L’augmentation de la chaleur est exponentielle… On va dans le mur ! Si l’on continue à envoyer autant de CO2 dans l’atmosphère, on peut s’attendre à des guerres pour l’eau, pour la surface habitable, qui va se réduire… »

De plus en plus chaud

Depuis 1993, le rythme de réchauffement de l’océan a plus que doublé par rapport aux vingt-cinq années précédentes. Entre 1971 et 2010, la couche des 75 premiers mètres a connu une augmentation moyenne de 0,11 °C par décennie. Dans les couches comprises entre 700 m et 2 000 m de profondeur, ce rythme a presque triplé. Il existe des disparités : en surface, l’océan Arctique se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale.

Le rapport se penche sur les « canicules océaniques », responsables de la détérioration d’écosystèmes comme les forêts de kelp, ces grandes algues brunes qui abritent de nombreuses espèces. Ces vagues de chaleur se sont intensifiées et sont deux fois plus nombreuses depuis 1982.

L’océan est un milieu complexe, où varient les taux de salinité et les températures. Les scientifiques observent une « stratification » qui rend plus difficiles les échanges entre les eaux de surface, plus chargées en oxygène, et les couches plus profondes, riches en nutriments. Ces bouleversements entraînent une diminution de la biomasse, autrement dit des espèces vivantes, en particulier dans les régions tropicales.

Le déclin du potentiel de pêche va se poursuivre. Déjà, les pêcheurs européens remontent de plus en plus d’espèces tropicales dans leurs filets.

Le niveau moyen des eaux monte de plus en plus vite

Le GIEC a revu ses prévisions à la hausse. D’ici à la fin de ce siècle-ci, la montée pourrait atteindre au moins 0,59 mètre, selon le scénario le plus optimiste, et 1,10 m par rapport à la période 1986-2005, selon le scénario RCP8.5. En 2013, les experts donnaient une fourchette de 0,45 m à 0,82 m.

Cette hausse du niveau moyen va accentuer les inondations, l’érosion des côtes, la pénétration du sel dans les nappes souterraines d’eau douce… Elle va surtout avoir un effet aggravant redoutable lors des cyclones. Toujours selon cette trajectoire, des événements extrêmes qui surviennent tous les cent ans pourraient devenir annuels. L’océan pourrait gagner plusieurs centimètres par an au XXIIe siècle, sous l’effet de sa dilatation et davantage encore de la fonte des calottes glaciaires de l’Antarctique et du Groenland plus rapide que prévu, et grimperait ainsi de plusieurs mètres.

Qui est concerné ?

Mégapoles ou communautés villageoises vont être frappées de plein fouet dès lors qu’elles se situent près de la mer. Aujourd’hui, 680 millions de personnes résident dans des régions situées à moins de 10 mètres d’altitude et elles seront probablement au moins un milliard en 2050. Tandis que 4 millions d’habitants de l’Arctique sont déjà confrontés à un environnement en pleine mutation. Enfin, 670 autres millions vivent dans des régions de haute montagne, à moins de 100 km de glaciers menacés de disparaître, les privant de leur précieuse ressource hydrique.

Même les régions du monde qui ne sont pas les plus directement menacées auront à essuyer des tempêtes plus violentes et ne resteront pas à l’abri des désordres climatiques.

Toutes ne sont pas confrontées à la même urgence. D’une part, le niveau des eaux s’élève à une vitesse qui peut varier par endroits de 30 % par rapport à la moyenne mondiale. D’autre part, les conséquences diffèrent selon la densité des populations sur les littoraux et des moyens qu’elles pourront déployer pour se protéger.

« Dans le résumé, pour les décideurs, nous n’avons pas retenu le chiffre de 280 millions de personnes déplacées à cause du réchauffement, car une seule étude arrivait à cette conclusion, rapporte Alexandre Magnan, chercheur en géographie humaine à l’Iddri, l’un des coauteurs du résumé pour les décideurs. Nous ne reprenons que des constats suffisamment documentés, car nous nous devons d’être solides pour dégager un consensus. »

Quatre types de géographies côtières ont été pris en compte dans l’évaluation des risques induite par la montée des eaux : les mégacités comme Shanghaï, New York ou Rotterdam ; les grands deltas agricoles : le Gange-Brahmapoutre, par exemple ; les îles urbanisées des atolls, Tuvalu, par exemple ; enfin, les communautés arctiques. Ces deux dernières catégories « vont être soumises à des risques élevés », résume-t-il.

Acidification et perte d’oxygénation

Ces phénomènes ne vont pas affecter que les humains. Du sommet des montagnes, d’où vont disparaître des espèces dépendantes de l’enneigement, à la faune des lagons et même des abysses, les changements vont être sévères pour les organismes vivants.

Dans le milieu marin, l’eau devient plus acide, ce dont pâtissent les coquillages. En raison d’une réduction des échanges avec l’atmosphère et du réchauffement, l’océan a perdu entre 0,5 % et 3 % de son oxygène entre 1970 et 2010. La respiration des bactéries s’accroît, produisant davantage de CO₂. Les aires en hypoxie, dites « zones mortes », se sont étendues de 3 % à 8 % durant cette même période. Les espèces tendent à migrer vers les pôles – elles se déplacent de 30 km à 50 km par décennie depuis les années 1950. Du moins celles qui peuvent se déplacer. Les autres, comme les coraux d’eau chaude, sont très mal en point.

Quelles solutions ?

Construire des digues – à condition d’avoir les moyens de les entretenir –, des bâtiments sur pilotis ou regagner de l’espace sur la mer peut constituer une réponse – limitée – aux changements dans l’océan.

Reste la solution la plus radicale : céder la place, reculer devant l’eau qui monte. Les rapporteurs plaident pour une restauration des milieux naturels : mangroves, récifs coralliens, herbiers sous-marins, plages, dunes constituent les meilleurs remparts pour atténuer les vagues. Mais ils sont eux-mêmes mis à mal par l’intensification des tempêtes et les activités humaines.

2 avril 2017

Serge Gainsbourg aurait eu 89 ans aujourd'hui...

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parismatch_vintageLes plus belles photos des #archives de @ParisMatch_magazine - #1965 - #SergeGainsbourg et la chanteuse #FranceGall saluant le public venu les accueillir à leur descente d'avion à #Orly. La jeune chanteuse vient de remporter le grand prix de l'#Eurovision de la chanson pour le #Luxembourg, avec la chanson "Poupée de cire, poupée de son" écrite et composée par Serge #Gainsbourg. Photo : AFP 

Serge Gainsbourg, de son vrai nom Lucien Ginsburg, né le 2 avril 1928 dans le 4ᵉ arrondissement de Paris et mort le 2 mars 1991 dans le 7ᵉ arrondissement de Paris, est un auteur-compositeur-interprète, ...Wikipédia

1 janvier 2011

50 ans de Crazy Horse sur la chaine de Télévision STYLIA

RÉALISATEUR : Jacques Pessis

HISTOIRE :

À partir d'images d'hier et d'aujourd'hui particulièrement indiscrètes, ce film raconte l'histoire du «Crazy Horse Saloon» de Paris, cabaret unique au monde créé le 19 mai 1951 par Alain Bernardin.

RÉSUMÉ :

À partir d'images d'hier et d'aujourd'hui particulièrement indiscrètes, ce film raconte l'histoire du "Crazy Horse Saloon" de Paris, cabaret unique au monde créé le 19 mai 1951 par Alain Bernardin. Celui-ci, artiste-peintre de formation, perpétuellement à la recherche de la femme idéale, avait pris le parti de s'adapter en permanence à l'air du temps. Aussi transformait-il régulièrement son spectacle en fonction de l'évolution des moeurs et de la société. C'est pourquoi, à l'image des femmes contemporaines, les danseuses du "Crazy" sont plus minces et plus libres que leurs aînées. On découvrira des extraits des plus célèbres numéros du "Crazy Horse". Ce sera l'occasion de voir ou de revoir des filles plus ou moins déshabillées en fonction des années, mais toujours très sexy : Miss Pascalina, Poupée la Rose, Victoria Nankin, Kiki Omnibus, Nadia Safari, Kaliko Schlafenzy, Lova Moor, Bertha von Paraboum......

C'est ce samedi 1er janvier 2011 à 22h40 à la télévision sur STYLIA

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29 décembre 2010

Auray - Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière

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Une cinquantaine de personnes ont bravé la pluie fine et incessante de ce mercredi pour se réunir sur la place de la Pompe à l'invitation de Monsieur le Maire d'Auray. Les alréens voulaient ainsi s'unir à l'appel national pour la libération de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière pris en otages depuis un an en Afghanistan. Dans de nombreuses villes françaises étaient en effet organisés aujourd'hui des rassemblements de soutien aux deux journalistes de France 3.

26 septembre 2019

Soulac-sur-Mer aux avant-postes de l’érosion côtière

Par Aurore Coulaud, envoyée spéciale à Soulac-sur-Mer (Gironde)

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L’immeuble le Signal, à Soulac-sur-Mer, risque de s’effondrer à cause de l’érosion de la dune artificielle sur laquelle il a été bâti. Photo Rodolphe Escher pour Libération 

Dans le village de Gironde, les habitants de l’immeuble le Signal sont les premiers naufragés climatiques en France. Construit dans les années 60 à 300 mètres de la mer et évacué en 2014, il ne se situe plus qu’à 20 mètres du rivage.

Soulac-sur-Mer aux avant-postes de l’érosion côtière

«Retrouvons-nous à Bordeaux. Soulac, ça fait remuer trop de souvenirs.» Jean-José Guichet, 85 ans, est l’un des naufragés du Signal, un immeuble symbole au nom évocateur bâti dans les années 60 dans cette commune située tout près de l’estuaire de la Gironde. L’immeuble de type HLM de 78 logements a été plantée sur une dune artificielle, à 300 mètres de la mer. Aujourd’hui, elle est à moins de 20 mètres. Sur les photos noir et blanc de l’octogénaire, jaunies par le temps, le grignotage de l’eau au fil des années est saisissant. Le vieux monsieur a fait l’acquisition d’un appartement en 1978 : «Nous étions au premier étage, on ne voyait même pas l’eau, seulement le sable.» Petit à petit, la vue a changé, dangereusement. Jean-José Guichet raconte : «Je suis allé voir Xavier Pintat, le maire actuel, et j’ai compris qu’on ne ferait rien pour nous.» Contacté par Libération, l’édile LR rétorque sèchement que «si on avait fait un enrochement devant le bâti, on prenait le risque de nuire frontalement au village et à la plage de Soulac». De quoi s’interroger : le Signal a-t-il été sacrifié pour des raisons de sécurité, esthétiques ou immobilières ?

Tout bascule entre fin 2013 et début 2014 : huit tempêtes hivernales, dont quatre extraordinaires, se succèdent. A force de lécher la dune, les vagues finissent par la creuser, le pied se fragilise. Un arrêté de péril est alors pris par la municipalité. Conséquence : en janvier 2014, tous les habitants doivent évacuer leur logement. Certains n’ont même pas le temps de déménager. «Personne ne nous a mis au courant des risques qu’on encourait», confirme Jean-José Guichet. Bien au fait de la situation, Vital Baude, conseiller régional Nouvelle-Aquitaine (EE-LV) délégué au littoral, résume : «A l’époque, la culture du risque n’était pas la même, on se croyait tout-puissant.» Sur place, il ne reste plus que le fantôme des vies passées mêlées au saccage des squatteurs. Des petites boîtes grises, ouvertes, sans fenêtre, empilées les unes sur les autres. La vision est captivante.

Précipice

Sur l’une des façades du bâtiment, un tag attire l’attention : «Même droit pour tous, injustice.» Référence probable à la bataille judiciaire engagée en 2015 par les propriétaires du Signal pour obtenir réparation. Tribunaux administratifs, Conseil d’Etat, Conseil constitutionnel… Toutes les procédures judiciaires, aux frais des propriétaires, vont échouer pendant quatre ans, la loi ne prévoyant pas d’indemnisation pour les victimes de l’érosion. Il faudra attendre la loi de finances 2019 pour que le vote in extremis d’un amendement prévoie enfin le dédommagement des ex-habitants de Signal. Toutefois, les parlementaires ont pris le soin de circonscrire la réparation pour ne pas créer de précédent - «Cette situation ne concerne à l’heure actuelle en France que l’immeuble Signal», peut-on lire dans l’exposé des motifs. Et les anciens habitants de l’HLM n’ont toujours pas vu la couleur des 7 millions d’euros promis, la date butoir de versement étant fixée au mois de décembre 2019. Entre-temps l’immeuble a été désamianté, de peur qu’il ne tombe sur la plage. On a compté : dix grands pas seulement le séparent encore du bord de la dune.

Vestiges du mur de l’Atlantique construit par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, les blockhaus de Soulac témoignent également de l’érosion chronique du secteur. Situés à l’époque loin devant le Signal, certains sont déjà noyés par les eaux. Plus bas, la villa Surprise face à la plage de l’Amélie est désormais au bord du précipice. Sur ce pan du littoral, la moyenne est de 5 à 10 mètres d’érosion par an. Aujourd’hui, seule une partie de l’érosion des côtes françaises est imputable au changement climatique mais cette tendance va s’accentuer, selon les conclusions du rapport du Giec.

Sur la côte aquitaine sableuse, des experts tablent sur un recul de 50 mètres en moyenne à l’horizon 2050 - et ce sans prendre en compte les aléas du dérèglement. Ingénieur chargé des risques côtiers au sein de l’Observatoire de la côte aquitaine, Nicolas Bernon explique : «Si l’élévation du niveau de la mer est entre + 10 et + 50 cm en 2050, on estime un recul potentiel de l’ordre de 20 mètres supplémentaires pour la même année, en plus du recul naturel.» Sur la base des projections de l’Observatoire, le GIP Littoral a traduit les conséquences de ce phénomène : si on venait à retirer les ouvrages existants, comme les enrochements et les digues, ou si on arrêtait de les entretenir, 5 800 logements seraient directement menacés dans trente ans en Gironde, dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques.

Court-termisme

Recomposer un espace territorial est plus facile à dire qu’à faire. Au-delà des enjeux politiques, les outils financiers et juridiques manquent. Rien que pour Soulac, village de 2 700 habitants, une relocalisation des biens les plus menacés est évaluée à 100 millions d’euros. Pour Lacanau, station balnéaire prisée des surfeurs située à 70 kilomètres au sud de Soulac où la construction en bord de mer a été gelée, la facture de relocalisation monterait à 300 millions. «On essaie déjà de sortir du tout-ouvrage, d’apporter des solutions douces de réensablement et d’initier des opérations de réacquisitions», explique Vincent Mazeiraud, chargé de mission à la communauté de communes Médoc Atlantique. A Soulac, onze bâtiments isolés ont déjà été rachetés par la commune, puis démolis pour permettre la renaturation. Pour l’heure, le village se prépare à affronter un nouvel hiver et de potentielles tempêtes. Du court-termisme qui se mêle aux incertitudes sur la montée du niveau de la mer, le changement des climats de houle et les régimes de tempêtes. Jean-José Guichet se souvient de l’époque où la nature semblait soumise : «On se connaissait tous, les gens se rendaient service, on était une grande famille. Mais la mariée était trop belle.»

26 septembre 2019

Laetitia Casata au défilé ETAM (comme invitée)

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Ce mardi 24 septembre avait lieu le défilé Etam à l’occasion de la Fashion week parisienne. Parmi les personnalités qui y ont assisté figurait Laetitia Casta. Cette dernière a opté pour un look sexy, avec body apparent.

Laetitia Casta a choisi de faire honneur à Etam. Ce mardi 24 septembre, l’actrice et mannequin s’est rendue à l’Etam Live Show qui se déroulait à Roland Garros. À cette occasion, l’épouse de Louis Garrel a comme d’habitude opté pour un look à la fois chic et sexy. Elle portait un ensemble de costume bleu lavande - sans doute signé Etam même si on ne peut pas l'affirmer.

En dessous de son ensemble composé d'un pantalon taille haute et d'une chemise boutonnée, l'égérie d'Etam portait un body en dentelle noir qui mettait en valeur sa poitrine et sa taille fine. Pour compléter son look, la mère de Sahteene arborait à ses pieds une paire d'escarpins, qui permettait d'allonger encore un peu plus sa silhouette.

Une fois de plus, l'actrice de 41 ans était sublime et a prouvé qu'elle n'avait rien perdu de sa superbe. Lors de cette soirée organisée dans le cadre de la Fashion week parisienne, Laetitia Casta, souriante et détendue, a joué le jeu face aux photographes présents pour l'occasion. Un look réussi, une fois de plus, pour celle qui partage la vie de Louis Garrel !

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23 décembre 2010

Exposition : Paris 1940 - 44, le quotidien des Parisiens sous l'Occupation (vu ce soir)

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Le 10 juin 1940, les Parisiens apprennent que le gouvernement a quitté la capitale, déclarée « ville ouverte » le 13 et occupée  le 14. Dès lors, la présence allemande est visible, palpable : défilés quotidiens sur les Champs-Élysées, concerts, Presse en langue allemande dans les kiosques, promenades des soldats dans la capitale, restaurants de luxe investis par les hauts gradés, multiples achats grâce au change favorable fixé par l'occupant (un Reichmark vaut désormais 20 Francs au lieu de 12 Francs  avant la guerre). Les drapeaux à croix gammée se dressent sur les principaux édifices tandis qu'une nouvelle signalisation en allemand investit les rues de la capitale, officiellement mise  à l'heure de Berlin. Au lendemain de la signature de l'armistice du 22 juin, Hitler en personne, avec quelques dignitaires nazis, fait une visite-éclair à Paris. Affiches et haut-parleurs distillent bientôt de la musique et les conseils rassurants aux parisiens tandis que les occupants, sous leur faux air « correct », s’emparent  des richesses de la capitale et perquisitionne, entre autres lieux, au domicile de Daladier, de Mandel, de Reynaud et de Jouhaux. L'offensive de charme se double d'une détermination à appliquer la loi du plus fort.

 

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La Chambre des Députés

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L'hémicycle de la Chambre des Députés

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Dès septembre 1940, le rationnement est établi pour le pain, les pattes, le sucre puis élargi à l'automne 1941 à toutes les denrées alimentaires ainsi que les matériaux de chauffage, les vêtements, les chaussures, le tabac, etc. Durant les hivers longs et rigoureux, les Parisiens souffrent particulièrement de la faim et du froid, en partie en raison des réquisitions allemandes dont le caractère astronomique est régulièrement dénoncé par les feuilles clandestines, mais aussi en raison du blocus britannique. Les cartes de rationnement, qui répartissent la population en 11 catégories, sont insuffisantes pour nourrir les familles qui doivent se procurer « des colis familiaux » envoyés des campagnes ou sont  contraintes de recourir au marché noir qui se développe de manière vertigineuse dans la capitale. Dans ce quotidien de pénurie ou les rutabagas tiennent une place privilégiée, se forme d'interminables files d'attente devant les magasins peu achalandés tandis que se développe un ingénieux système D, à base  de récupération et de produits de substitution. Certains n'hésitent pas à élever des poules ou des lapins dans les caves ou sur les balcons. L'ordinaire pénible est dramatiquement aggravé pour les populations désignées comme juives par la 9ème ordonnance allemande du 9 juillet 1942 qui ne les autorise à entrer dans les magasins qu'entre 15 et 16 heures.

 

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Les jardins publics deviennent des potagers

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La Libération

 

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Voir mon précédent billet en cliquant ICI

24 septembre 2019

Amnesty International désarme la fashion week avec DDB

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La France, via son gouvernement, prône régulièrement le “Made in France” pour exporter son savoir-faire à travers le monde. En matière d’exportation de produits français sur les marchés mondiaux, c’est l’industrie du luxe qui vient immédiatement à l’esprit : le luxe français exporte en effet plus de 80% de ses produits, ce qui représente près d’un tiers de la production mondiale du secteur, faisant de la France, son leader incontesté. Cependant, la mode n’est pas le seul fleuron du rayonnement français. “Il y a les armes aussi, qui sont vendues dans un cadre réglementé, mais peu respecté”, rappelle Amnesty International.

En effet, troisième exportateur d’armes au monde, la France doit respecter le TCA (Traité international sur le Commerce des Armes), signé et ratifié en juin 2014, qui interdit les transferts de matériel militaire quand il existe un risque de violations graves du droit international humanitaire et des droits de l’Homme. Or, la France continue de vendre ses armes dans ces pays. (Arabie saoudite et les Émirats arabes unis)

“Afin de rappeler au gouvernement ses responsabilités et obligations et sensibiliser le grand public”, l’association Amnesty International France, en partenariat avec l’agence DDB Paris, lance une campagne de communication qui dénonce les agissements des dirigeants français en faisant le parallèle entre l’industrie de la mode et le commerce des armes.

La campagne fait suite à la pétition d’Amnesty International France (s’appuyant sur une enquête du média Disclose) qui réclame au gouvernement plus de transparence et des actions pour mieux contrôler ses exportations d’armes. Pour toucher le plus grand monde, la campagne est lancée à l’occasion de la Fashion Week de Paris et en tant que campagne d’affichage, et sera exposée au côté des visuels des grandes marques de mode françaises

1 avril 2017

Poisson d'avril: la RATP détourne le nom de 11 stations de métro

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Une Bastille pour la gorge? De la Gentilly sur tes fraises? Si j'aurais su, Jaurès pas venu. Qui a éteint la Laumière… Journée du canular oblige, les transports parisiens surprennent les voyageurs en jouant avec les mots.

Prendre le métro devient compliqué! Pour aller à Reste Passy prêt du bord? Changez à Qui a éteint la Laumière? Sans passer par Jussieu j'y reste. Pour la seconde année consécutive la RATP s'est amusée à surprendre les voyageurs en détournant avec humour samedi 1er avril le nom de trois stations du métro parisien (Passy, Laumière et Jussieu), mais également huit autres, parmi lesquelles Simplon, devenue Du Simplon double.

Un écho à la culture digitale, où les détournements humoristiques d'objets ou de marques font le bonheur des internautes, gambergé par la Régie des transports parisiens. Rhabillée la station de la ligne A du RER dans le IXe arrondissement qui devient une tartine Aubert salé. Et aussi De la Gentilly sur tes fraises? Quand y'en a plus Iéna encore! Une Bastille pour la gorge? En tout, onze noms de stations ont été détournés dans le métro parisien pour l'opération #StationdAvril.

Cette fois-ci, les usagés sont largement invités à participer en faisant preuve de créativité avec leurs propres détournements de noms de stations partagés sur Facebook, Twitter ou Instagram Stories via le mot-dièse «StationdAvril». Les meilleures idées retenues feront l'objet d'une création personnalisé et seront mises en ligne en temps réel sur les différents réseaux sociaux de la RATP tout au long de la journée.

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25 décembre 2010

Bert Stern (photographe)

Ces photographies ont été faites à la demande du magazine Vogue à New York en juin 1970. À cette époque, Jane et Serge étaient au début de leur relation. Ils vont devenir un couple hautement médiatique après la sortie de la sulfureuse chanson "Je t’aime, moi non plus". La chanson fait le tour des discothèques d'Europe et d'outre Atlantique...

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Photos : Bert Stern

24 septembre 2019

La difficile recherche à l’ONU d’une désescalade entre Washington et Téhéran

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Par Marc Semo, New York, envoyé spécial

« Il est clair pour nous que l’Iran porte la responsabilité de l’attaque » du 14 septembre contre l’Arabie saoudite, ont assuré, lundi à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Emmanuel Macron, Angela Merkel et Boris Johnson.

La médiation est un exercice délicat. Le président français s’est activé toute la journée du lundi 23 septembre pour tenter de concrétiser une rencontre entre Donald Trump et Hassan Rohani à New York, en marge de la 74e Assemblée générale des Nations unies (ONU) à laquelle il croit encore. Emmanuel Macron a eu « une première rencontre informelle » lundi matin avec le président américain et dans la soirée il a rencontré son homologue iranien, à peine arrivé de Téhéran.

Prés de deux heures de discussion « directe » durant lesquelles le chef de l’Etat a rappelé à Hassan Rohani que « la voie de la désescalade était étroite mais plus que jamais nécessaire ». Le visage fermé d’Emmanuel Macron et de ses conseillers à l’issue de la rencontre semblerait montrer qu’une poignée de main historique entre les présidents américain et iranien reste encore pour le moins aléatoire.

En début d’après midi, le chef de l’Etat s’était entretenu avec la chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre britannique Boris Johnson, les dirigeants des deux autres pays européens signataires de l’accord de Vienne de juillet 2015 – ou Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) –, mettant sous contrôle international le programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions économiques. Il devrait à nouveau parler avec Donald Trump dans la matinée de mardi.

Relâcher la pression des sanctions

« Je ferai tout pour que les conditions de discussions se créent, à la fois pour qu’il n’y ait aucune escalade et pour qu’on construise une solution utile, durable pour la sécurité dans la région », a affirmé le président français. Il veut croire à une « ouverture avec des conditions » de la part du ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Ce dernier a, de fait, affirmé la veille à la chaîne CNN que Téhéran ne fermait « pas la porte à des discussions » avec les Etats-Unis, à condition que Washington relâche la pression des sanctions.

La montée des tensions après le bombardement en Arabie saoudite, le 14 septembre, d’installations pétrolières de l’Aramco Saudi complique la donne. L’attaque a été revendiquée par les rebelles houthistes du Yémen soutenus par Téhéran mais elle est attribuée directement à l’Iran, aussi bien par Washington que Ryad.

« Il est clair pour nous que l’Iran porte la responsabilité de cette attaque. Il n’y a pas d’autre explication plausible », assure aussi le communiqué commun publié après la rencontre des trois dirigeants européens. « Ces attaques ont été dirigées contre l’Arabie saoudite, mais elles concernent tous les pays et renforcent le risque de conflit majeur », souligne le communiqué appelant Téhéran à revenir au respect du JCPOA, et de s’engager dans une négociation sur son rôle dans la sécurité régionale ainsi que sur la limitation de son programme balistique.

Avec le poids symbolique d’une position commune, Londres, Paris et Berlin veulent marquer le coup mais aussi rappeler leur volonté d’une issue diplomatique à la crise.

Washington joue la retenue se limitant pour le moment à un durcissement des sanctions contre Téhéran et à un déploiement « modéré » de renforts militaires dans le Golfe. Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, pourtant réputé être un « faucon » face à l’Iran, insiste sur la nécessité d’une « solution pacifique ». De son côté, la République Islamique a aussi fait un geste à la veille de l’Assemblée générale de l’ONU en laissant repartir un pétrolier battant pavillon britannique arraisonné un mois plus tôt.

Les Iraniens exigent des gestes très concrets

Pour sa médiation Emmanuel Macron a un certain nombre d’atouts en main et notamment la crédibilité acquise par la diplomatie française depuis 2003 sur le dossier du nucléaire iranien. En outre le président français est à même de parler à tous les protagonistes du dossier, aussi bien à Donald Trump qu’à Hassan Rohani, et le réchauffement des relations avec la Russie lui permet aussi de compter sur le soutien de Vladimir Poutine, même si Moscou, pourtant aussi signataire du JCPOA et allié de l’Iran, ne fait pas grand-chose.

Déjà lors de l’Assemblée générale de l’ONU de septembre 2017, Donald Trump avait demandé à Emmanuel Macron de jouer les intermédiaires pour une rencontre avec M. Rohani refusée alors par Téhéran. Un an plus tard, c’étaient les Iraniens sous le coup du retrait de Washington de l’accord et du rétablissement des sanctions américaines qui sondaient le président français pour une éventuelle rencontre sous condition avec le locataire de la Maison Blanche que ce dernier refusa estimant que sa politique de « pression maximale » n’avait pas encore porté tous ses effets. Cette fois pourrait donc être la bonne.

« Si c’est juste pour une photo sans résultat concret, cela ne fera qu’accroître les difficultés économiques des Iraniens », a déjà averti le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Téhéran exige des gestes très concrets et en premier lieu le rétablissement des exemptions dont bénéficiaient jusqu’en mai les huit principaux acheteurs de brut iranien. En échange, les Iraniens devraient revenir à leurs engagements dans le JCPOA. « Cette procédure de désescalade, amorcée à Biarritz [lors du sommet du G7] est toujours sur la table. Il faut que des actes soient posés et que la partie iranienne dise ce qu’elle veut faire dans cet environnement-là », a insisté le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Avant de s’envoler pour New York, le président Hassan Rohani a déclaré que l’Iran présenterait à l’ONU un plan de coopération régionale destiné à assurer la sécurité des eaux du Golfe. Patelin et bien rôdé à l’exercice de parler à la tribune de l’ONU, il a déjà bien préparé ses éléments de langage : « Les actions cruelles qui ont été engagées contre la nation iranienne, ainsi que les problèmes compliqués auxquels notre région est confrontée doivent être expliquées aux peuples et aux nations du monde. »

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