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Jours tranquilles à Paris
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1 mars 2011

La Bretagne déconsidérée !

Le tribunal de grande instance de Paris étudiera, le 25 mars prochain, l'assignation en référé de France Nature Environnement par le conseil régional de Bretagne. Cette action en justice concerne deux affiches traitant des algues vertes diffusées par l'association dans le cadre d'une campagne de pub choc contre l'agriculture intensive. Le conseil régional de Bretagne a assigné France Nature Environnement en référé le 17 février dernier pour protester contre les deux visuels portant sur les algues vertes présentés dans la campagne choc menée par l'association. Ces deux affiches n'avaient pas été exposées dans le métro parisien comme initialement prévu. La régie de la RATP, arguant d'un devoir de réserve, avait préféré les laisser dans les cartons. Mais le conseil régional estime tout de même que la Bretagne a subi un préjudice, cette campagne ayant été largement relayée par les médias régionaux et nationaux.

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18 octobre 2019

A la découverte de la Bourse de commerce de Paris rhabillée par Tadao Ando

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Par Philippe Dagen

Le bâtiment parisien, converti en lieu d’art, abritera à partir du mois de juin 2020 la collection Pinault. La rencontre de l’ornementation XIXe siècle et de l’épure de l’architecte japonais est spectaculaire.

Jusqu’ici, c’était une maquette et quelques dessins de l’architecte japonais Tadao Ando que la collection Pinault montrait avec parcimonie : le projet de convertir la Bourse de commerce de Paris en lieu d’art actuel. C’est désormais un chantier avancé, où il a été possible de circuler sous la conduite de Jean-Jacques Aillagon, qui a dirigé la fondation jusqu’en septembre, de son successeur Sylvain Fort, de Martin Béthenod, directeur du Palazzo Grassi et de la Punta della Dogana – les deux lieux vénitiens de la Fondation – ainsi que de la Bourse, et de Daniel Sancho, directeur de la maîtrise d’œuvre. Les travaux, commencés à l’été 2017, sont loin d’être achevés mais, entre une première visite fin juin 2018 et aujourd’hui, la métamorphose est spectaculaire.

Deux exigences devaient être satisfaites : respecter le bâtiment et lui permettre de remplir ses nouvelles fonctions. Halle au blé édifiée par Nicolas Le Camus de Mézières entre 1763 et 1766 selon le principe du cercle et de la sphère, cher aux utopistes, coiffée en 1813 d’une coupole à structure de fer alors révolutionnaire, devenue Bourse de commerce et réaménagée pour cet usage par Henri Blondel dans les années 1880 avec porche monumental, étages autour du rond central et ensemble immobilier encerclant la Bourse côté rue du Louvre. A quoi s’ajoutaient l’amélioration de l’éclairage zénithal et un anneau de peintures murales en dessous de la coupole, éloge du commerce planétaire.

Le nouveau palais fut inauguré en 1889, à l’occasion de l’Exposition universelle. Son état à cette date a été la référence historique d’Ando : les entresolages et autres encombrements accumulés au XXe siècle ont disparu et les volumes d’origine ont été retrouvés. Sur une superficie totale de 13 000 m2, 7 700 seront accessibles, dont 3 000 pour les expositions.

Un minimalisme monumental

Dans les galeries au rez-de-chaussée et au deuxième étage, seules accessibles parce que proches de l’état final, deux sensations s’imposent. Il y a l’ampleur inaccoutumée de salles hautes et larges, courbes certes, mais d’une courbure moins prononcée que celle du Guggenheim Museum de New York, le chef-d’œuvre tout en spirales de Frank Lloyd Wright auquel on songe immédiatement à titre de comparaison. Et il y a, simultanément, leur forte luminosité, obtenue par le dégagement des baies et fenêtres voulues par Blondel qui avaient été, par la suite et pour beaucoup, occultées par commodité. Aux artistes et aux commissaires d’inventer des solutions pour tirer partie de ces galeries et de leurs proportions, qui varient de 625 m2 pour la plus vaste au rez-de-chaussée à 117 m2 pour la plus intime, au deuxième niveau.

L’exercice sera encore plus difficile – et grisant – dans l’espace central, qui pourrait s’imposer comme l’une des créations majeures d’Ando : ce que l’on nomme, faute d’un terme plus poétique, le « cylindre », dans le vide central de la Bourse. La verrière, qui culmine à 35 mètres de haut, couvre une rotonde de 38 mètres de diamètre. Sa façade intérieure, dessinée par Blondel, comprend deux balcons, un par étage, l’un à ferronneries et l’autre à balustres de pierre, ainsi que les menuiseries de dizaines de portes et baies.

Au-dessus, les peintures murales, désormais restaurées et à nouveau vivement colorées, alignent allégories et paysages exotiques. Comment intervenir dans un environnement si chargé ? Ando, fidèle à son style, a pris le parti d’un minimalisme monumental : un cylindre de béton gris de 29 mètres de diamètre et de 9,30 mètres de haut, percé de quatre ouvertures rectangulaires en croix. Une coursive d’un mètre de large est posée au sommet du mur : abat-son et porte lumière à la fois.

Des charpentiers de marine

L’exécution n’a pas été simple ; il a fallu des essais à échelle réelle pour les ingénieurs de Bouygues et faire appel à des charpentiers de marine pour bâtir des coffrages courbes, hauts et étroits. La paroi extérieure du cylindre d’Ando se dresse à 4,90 m de la façade intérieure de Blondel, ce qui permet à la fois une circulation fluide autour et de faire monter dans ce vide un escalier, du rez-de-chaussée jusqu’au niveau de la coursive. Cet escalier sera l’une des voies d’accès aux galeries.

Ainsi une architecture strictement géométrique d’aujourd’hui, épurée à l’extrême, se glisse dans une architecture saturée d’allusions et d’ornements façon XIXe siècle. Spectaculaire serait un euphémisme pour qualifier leur rencontre. Prendre possession d’un disque de 660 m2 entouré d’une paroi nue de plus de 9 mètres de haut : telle sera l’épreuve proposée aux invités.

Le nom de la première ou du premier qui l’affrontera n’est pas encore donné. François Pinault a-t-il arrêté son choix ? Les rumeurs à ce sujet sont contradictoires. On sait seulement que l’exposition inaugurale ouvrira mi-juin 2020. Le bâtiment lui-même devrait être prêt en janvier, y compris l’auditorium rond de 288 places au sous-sol qui n’est pas encore débarrassé de ses échafaudages. Il restera alors quelques mois aux services de la Mairie de Paris pour traiter les abords, qui relèvent de leur compétence.

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10 mai 2017

BRIGITTE, L’ATOUT CŒUR

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C’est un couple hors normes qui accède à l’Elysée. Emmanuel Macron a rencontré sa future femme à 17 ans, alors qu’elle était sa prof. Depuis, elle est à ses côtés et prête à tout pour lui.

Pauline Théveniaud

« Cela fait vingt ans que je suis prête à tout avec lui ! » Nous sommes au tout début du mois d’octobre 2016. La campagne en est à ses balbutiements. Emmanuel Macron n’a pas même encore officialisé sa candidature. Cette petite phrase, lâchée par Brigitte Macron aux journalistes intrigués par son omniprésence, prend aujourd’hui une saveur toute particulière. La voilà première dame, particulièrement émue, les yeux embués hier soir sur la scène du Louvre, entourée de toute sa famille.

« Je ne me projette pas », n’a cessé de répéter l’épouse du candidat, 64 ans, au cours de la campagne. « J’ouvre les portes les unes après les autres », nous avait-elle ainsi confié au creux de l’hiver. Une certitude, toutefois, l’aventure serait, quoi qu’il arrive, hors normes. « Elle savait, en épousant Emmanuel, que c’était un garçon extrêmement brillant et qu’il ne resterait pas haut fonctionnaire toute sa vie », glisse Juliette Bernard, une amie du Touquet. En les mariant, Léonce Deprez, alors maire de la cossue station balnéaire des Hauts-de-France, où le couple passe week-ends et vacances, n’avait-il pas prévenu ? « Un bel avenir vous attend », a-t-il alors soufflé aux jeunes époux, ne songeant pas seulement à la vie maritale… Prémonitoire.

Hors normes, leur histoire l’est depuis ses débuts. Lorsqu’elle rencontre son futur époux, Brigitte Macron est professeur de français au lycée la Providence, à Amiens. C’est l’une des héritières de la famille Trogneux, chocolatiers réputés. Elle est mariée, mère de trois enfants. Dans les couloirs de l’établissement jésuite, l’enseignante est appréciée. « Elle était charmante, toujours de bonne humeur, très nature. Mes deux filles l’ont eue comme prof. Elles étaient impressionnées », se souvient son ancien collègue Arnaud de Bretagne, alors professeur d’histoire-géo d’un certain… Emmanuel Macron. « Très cultivée », au dire de ses amis, « capable de citer le Rouge et le Noir dans le texte », c’est aussi une maman et une grand-mère poule, « très attachée » à sa famille.

Le destin de Brigitte Auzière (son nom de femme mariée) bascule lorsqu’elle accueille ce jeune élève aux cheveux mi-longs, de vingt-quatre ans son cadet, dans sa classe de théâtre. Arnaud de Bretagne ignore, à l’époque, tout de cette romance. Mais, avec le recul, il reconnaît que le tabou ne dut pas être évident à briser. « Imaginez la situation… » Des années plus tard, Emmanuel Macron rend cet hommage à son épouse, dans son livre « Révolution » : « Le vrai courage, ce fut le sien. »

Un couple fusionnel

Au soir du premier tour, il remercie encore Brigitte, « toujours présente et encore davantage, sans laquelle je ne serais pas là ». La conquête de l’Elysée, c’est ensemble qu’ils l’ont menée. Brigitte Macron est de tous les déplacements. Comme son mari, elle prend soin de serrer les mains qui se présentent, a un mot pour chacun. Il lui arrive aussi d’organiser ses propres visites. Au premier rang des meetings, elle prend parfois des notes. L’ex-prof est soucieuse de la réception des discours par le public, autant que du costume de rechange ou de la retouche maquillage. Et, bien sûr, de l’agenda du candidat.

Son omniprésence fait parfois grincer les dents des élus qui soutiennent son mari. Notamment après la diffusion du documentaire « Macron, la stratégie du météore ». Car, elle est… partout, y compris dans les réunions. D’autres, en revanche, apprécient qu’elle mette « de l’humour dans tout ça ». Qu’elle soit l’une des rares à pouvoir « mettre un taquet » à son candidat de mari. Ou à lui passer la commission, lorsqu’il est trop pris pour répondre au téléphone. Certains lui reprochent son côté people. Car, s’ils attirent la lumière, les époux Macron savent aussi en jouer. Comme un argument de campagne supplémentaire… Ils sont, en la matière, conseillés par Michèle Marchand, patronne de l’agence Bestimage et « papesse de la presse people ». Leurs vacances et leurs sourires s’étalent en une des magazines.

Surjoué ? « Ce que l’on voit sur les photos, c’est le reflet de la réalité. Ils ont toujours été comme ça. Ils sont à deux en permanence », défend leur amie Juliette Bernard. Au Touquet, tous parlent d’un couple « fusionnel », d’un « duo » inséparable. « C’est du ciment. C’est superbe, comme couple ! » s’enthousiasme leur amie Line Renaud. Laurence Campion, dont la cabine de plage voisine depuis trente ans celle de Brigitte Macron, l’assure : « Ce n’est pas elle qui va gouverner, mais elle sera derrière lui. » La part non négociable du nouveau président.

28 février 2011

Réorganisation des Ministères régaliens *

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On entend que ce mot "régalien", et ça en devient indigeste tant il est utilisé sans mesure. Mais qu'est ce qu'un Ministère régalien ?

Régalien, ne - du latin rex, regis, roi - est un terme emprunté à l'Histoire et qui définit ce qui est attaché à la souveraineté (peuple, roi, selon les régimes politiques). D'où les « fonctions régaliennes », qui regroupent les attributions propres au pouvoir souverain. Tous ces pouvoirs sont à la disposition de l’État comme des instruments au service d'une politique. Elles visent à maintenir la paix, l'ordre public, la sécurité des territoires pour permettre aux individus d'exercer leurs libertés.

Les fonctions régaliennes de l'État sont limitées aux grandes fonctions souveraines qui fondent l'existence même de l'État et qui ne font, en principe, l'objet d'aucune délégation. Elles sont aussi appelées, prérogatives régaliennes.

Elles sont au nombre de quatre :

    * Assurer la sécurité extérieure par la diplomatie et la défense du territoire ;

    * Assurer la sécurité intérieure et le maintien de l'ordre public, avec, notamment, des forces de police ;

    * Définir le droit et rendre la justice ;

    * Détenir la souveraineté économique et financière en émettant de la monnaie, notamment par le biais d'une banque centrale. (source Wikipedia)

20 octobre 2019

Reportage - Design et nazisme, un rapprochement qui dérange

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Par Anne-Lise Carlo, Bois-le-Duc, Pays-Bas, envoyée spéciale

A Bois-le-Duc, aux Pays-Bas, l’exposition « Design du IIIe Reich » réunit 275 objets d’époque. Le but : montrer comment mobilier et affiches de propagande ont contribué au développement de l’idéologie totalitaire. Mais ce « design » peut-il entrer au musée ?

Depuis la gare de Bois-le-Duc –’s-Hertogenbosch en néerlandais –, aux Pays-Bas, il faut longer les jolis canaux pour arriver au Musée du design de Den Bosch (le troisième nom de la ville). Impossible de se tromper, un flot de visiteurs emprunte déjà le même chemin.

Est-ce la polémique née avant même l’ouverture en septembre de l’exposition « Design du IIIe Reich » qui attire les foules, ou le sujet en lui-même ? En tout cas, le musée ne désemplit pas, et la majorité des billets a déjà été vendue jusqu’en janvier 2020, l’exposition fermant ses portes le 19 janvier.

Le jour de notre visite, le public est essentiellement néerlandais et belge, la tranche d’âge moyenne dépasse la soixantaine, à l’exception de quelques groupes scolaires. Dès le hall d’entrée, tous sont priés d’abandonner leurs affaires personnelles, téléphones et appareils photo, sur recommandation d’une hôtesse qui les accueille un par un. Devant l’étonnement de certains, elle aura cette réponse refrain : « Because of the subject » (à cause du sujet).

Le propos de l’exposition est en effet de montrer à quel point le design nazi a été pensé, et comment sa puissance a contribué au développement de l’idéologie totalitaire ; 275 objets dont des affiches de propagande, de la vaisselle et des ustensiles ornés d’aigles et de croix gammées, des meubles et des objets militaires s’entremêlent pour raconter une vie quotidienne contrôlée dans ses moindres détails, afin de susciter la fascination et le culte.

Faux pas

Dans son bureau, à l’écart de l’effervescence du musée, le directeur Timo de Rijk, commissaire principal de l’exposition, a le regard un peu sombre. Les vives critiques des dernières semaines, surtout celles évoquant le risque de glorification du nazisme, lui laissent un goût amer : « Nous avons évidemment pris toutes les précautions nécessaires, nous savons à quel point le sujet est délicat. Tout dans cette exposition est contextualisé, replacé dans une perspective historique sans aucune complaisance, et chaque texte est traduit en trois langues, anglais, néerlandais et allemand. »

Cet ancien professeur en design de l’université de Delft veut montrer qu’il n’a rien laissé au hasard, jusqu’au choix d’une « voix féminine pour l’audioguide, moins agressive ». Et l’exposition n’a volontairement pas de catalogue qui lui survivra.

Malgré toutes ces précautions, le « Design du IIIe Reich » démarre par un faux pas. A l’entrée de l’exposition, un film d’introduction d’une quinzaine de minutes résume l’ascension du régime nazi, à travers l’attirail de la propagande nationale-socialiste.

Sous forme d’énumération, les « objets » phares du régime défilent : du fameux micro « bouteille » Neumann devant lequel Adolf Hitler fera tous ses discours au brassard portant la croix gammée, de la moustache même du Führer à la Volkswagen de parade blindée servant à démontrer la force de l’industrie allemande… Puis, sans transition, succèdent à ces images celles des camps.

Si l’extermination de la population juive dans ces camps est aussitôt mentionnée, sur fond de bande-son dramatique faite de battements de cœur, ce choix interpelle et dérange. Fallait-il mettre sur un même plan l’architecture de la mort et des objets de propagande ?

« Il faut toujours faire très attention au nivellement des choses quand on s’aventure sur ces terrains épineux », souligne Michael Tymkiw, maître de conférences à l’université d’Essex (Royaume-Uni) et auteur du livre Nazi Exhibition Design and Modernism (2018, non traduit en français), qui étudie la scénographie d’exposition durant la montée du nazisme.

L’exposition se poursuit ensuite à l’étage du dessous dans une seule et même grande salle, avec une signalétique grise et blanche qui n’aide pas le visiteur à repérer les différentes séquences. En raison de l’affluence, on peine parfois à se frayer un passage entre les vitrines.

Parmi la quantité d’objets présentés, on découvre notamment une iconique radio de métal, la DAF1011, produite en série et qui équipera une grande part des foyers allemands pour mieux écouter les discours d’Hitler multidiffusés et précédés de reportages à sa gloire. On tombe aussi sur la très célèbre affiche du graphiste allemand Franz Würbel réalisée pour les Jeux olympiques (JO) de 1936, entre mythologie grecque et culte du corps de l’athlète, chers au Führer. Plus loin sont diffusés des extraits des documentaires de propagande de la réalisatrice allemande Leni Riefenstahl qui sublimera de manière autant cinématographique que troublante l’esthétique nazie dans les cérémonies du régime, de Nuremberg aux JO.

Une scénographie trop dense

Pas de doute, la mise en contexte est constante et réussie. Mais elle densifie la scénographie jusqu’à la rendre parfois indigeste. Des murs remplis d’affiches et de tableaux, des vitrines encombrées par le (trop) grand nombre de livrets et de magazines de propagande présentés… Le « Design du IIIe Reich » a voulu exposer le plus d’objets possible, mais aurait gagné à montrer moins et mieux.

Pour Michael Tymkiw, l’exposition néerlandaise arrive malheureusement après la référence en la matière, très souvent citée : « Hitler et les Allemands. Le peuple et le crime », présentée par le Musée de l’histoire allemande à Berlin (Deutsches Historisches Museum) en 2010.

« Ils avaient pris beaucoup de précautions avec le sujet. C’était un excellent travail. Même leur catalogue d’exposition était réussi », se souvient-il. « C’est toujours très compliqué de monter ce type d’expositions, ça l’a été aussi à l’époque pour le musée de Berlin, estime Timo de Rijk. Beaucoup des objets présentés ici proviennent d’ailleurs des musées allemands. »

Que pense-t-il du risque que des groupes néonazis s’emparent de l’événement ? « Aux Pays-Bas, une phrase dit : “Vous ne devenez pas nazi uniquement en regardant un svastika.” Je crois sincèrement que notre exposition ne va pas transformer les visiteurs en extrémistes… Vous savez, presque tous les soirs, si on le souhaite, on peut regarder un nouveau documentaire ou lire un nouveau livre sur le IIIe Reich. Je ne comprends pas pourquoi dans les musées ce travail de mémoire n’est pas fait et pourquoi l’on saute quasi systématiquement cette période dans les expositions. Cette omission, ce déni est perturbant. »

Reste que le titre même de l’exposition fait aussi débat. Comment accoler le mot

« design » à celui de « IIIe Reich » ? En tirant ce seul fil, le danger potentiel est toujours celui de l’« humanisation » du nazisme, et donc de sa banalisation. Sur ce sujet, Despina Stratigakos, historienne d’origine canadienne de l’architecture, professeure à l’université de Buffalo (Etats-Unis) et auteure du livre Hitler at Home (2015, non traduit en français), sait de quoi elle parle : « Lorsque j’ai annoncé à ma mère que je démarrais un travail sur l’architecture et le design des résidences d’Hitler, elle m’a dit, horrifiée : “Je t’en supplie, ne fais pas apparaître ce dictateur sous un meilleur jour grâce à tes recherches !” Pendant que j’écrivais, j’ai pesé chaque mot pour être certaine d’être assez critique et ne jamais donner au lecteur l’impression que je voulais le convaincre de quelque chose. »

Albert Speer a droit à un éclairage particulier

S’il est aujourd’hui avéré que l’architecture et le design intérieur ont joué un rôle important dans la propagande nazie, cet aspect-là est finalement peu incarné dans l’exposition néerlandaise. On aurait pu s’attendre à en apprendre davantage sur les designers et les architectes influents dans le cercle d’Hitler, derrière les nombreux meubles et objets exposés au musée Den Bosch.

Seul l’architecte personnel d’Hitler, Albert Speer, a droit à un éclairage particulier, notamment à travers un imposant buffet en bois pensé pour le bureau du Führer dans sa résidence officielle à Berlin (Neue Reichskanzlei), qu’il occupe à partir de 1939. « Le bâtiment architectural tout comme cette pièce de mobilier, démesurée et probablement inspirée du mobilier français du XVIIIe siècle, étaient faits pour impressionner les visiteurs étrangers et inspirer le respect vis-à-vis du Führer », explique l’exposition.

Au-delà d’Alfred Speer, on sait le rôle déterminant qu’a joué la designer et architecte allemande Gerdy Troost auprès d’Hitler. L’exposition ne l’évoque qu’à travers un échantillon de tissus destinés à la décoration intérieure du Berghof, résidence secondaire du Führer dans les Alpes bavaroises. « Gerdy Troost a toujours été sous-étudiée, alors qu’elle a été très influente dans l’imagerie du IIIe Reich, qui faisait apparaître Hitler comme un homme d’intérieur raffiné, cultivé, jouant avec ses chiens. Mais Gerdy Troost était une femme et elle n’avait pas de position officielle auprès du dictateur. Elle était d’abord l’épouse de Paul Troost, un architecte officiel du IIIe Reich », explique Despina Stratigakos.

Le style sophistiqué de la designer a pourtant grandement participé à la propagande nazie, et ce bien au-delà des frontières allemandes. Ainsi, en 1937, le New York Times et d’autres titres de la presse étrangère n’hésitaient pas à s’extasier devant le Berghof, ce chalet traditionnel transformé en élégante « demeure moderniste »…

Anne-Lise Carlo (Bois-le-Duc, Pays-Bas, envoyée spéciale)

Le contexte

Début septembre, à coups d’affiches placardées et de distributions de tracts, des membres des Jeunesses communistes néerlandaises ont essayé, avant même son ouverture, de faire interdire l’exposition « Design du IIIe Reich » au Design Museum Den Bosch à Bois-le-Duc, aux Pays-Bas, dénonçant une glorification du nazisme à travers tous les objets exposés. Des associations juives se sont aussi émues de la tenue d’un projet jugé « bizarre et de mauvais goût ». Si le directeur du musée, Timo de Rijk, affirme avoir travaillé « en concertation avec la communauté juive très en amont de l’ouverture », il n’a pu éviter la polémique. « Le fait que cette exposition ait lieu aux Pays-Bas n’est pas anodin », explique Géraldine Schwarz, journaliste et auteure du livre Les Amnésiques (Flammarion, 2017), une enquête sur sa famille et les Mitläufer, « ceux qui marchent avec le courant ». « Ce pays, occupé par le IIIe Reich pendant la guerre, a un rapport trouble avec ce passé. Il n’a certes pas collaboré de plein gré avec l’Allemagne nazie comme la France, mais sa culture excessive du consensus a facilité la déportation de 75 % de ses juifs, soit le pourcentage le plus élevé d’Europe après les pays baltes. Si le pays a reconnu la souffrance des juifs dès les années 1960 et que la population est l’une des rares d’Europe, avec les Allemands, à s’être interrogée sur son rôle de “Mitläufer”, le gouvernement reste l’un des seuls d’Europe à ne pas avoir officiellement reconnu la part de responsabilité des autorités dans la déportation des juifs. » Plus d’un mois après l’ouverture de l’exposition, la polémique a cédé la place à la curiosité, entraînant des flots de visiteurs.

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19 octobre 2019

Sexe : faut-il tout essayer en début de relation ?

sexe tout essayer

par Maïa Mazaurette

Frustration, rétention, peur de manquer - les logiques comptables sont parfois appliquées à la chambre à coucher, et ça n'est ni innocent, ni exaltant.

"Pour les plans à trois, pour le bondage, pour les jeux de prostate, je préfère attendre quelques années. Il faut échelonner les plaisirs. Sinon, on n'aura plus rien à découvrir à 40, 50, 70 ans."

Cette logique d'inventaire (avec planification quinquennale et courbes de progression) traverse encore souvent la manière dont nous "gérons" la sexualité de couple. De la mesure ! De la lenteur ! De la prudence !

Ce réflexe est fondé, avant tout, sur la peur de manquer. Sauf qu'en sexualité, tant que votre partenaire a du désir, vous ne manquerez pas : il n'y a aucune quantité prédéfinie de sexe dont vous pourriez arriver au bout. Il n'y a pas non plus de quantité prédéfinie de nouveauté, sauf si vous pensez réellement pouvoir explorer de votre vivant tous les fantasmes (j'espère que vous avez des RTT et des barres protéinées).

Vous aurez toujours suffisamment de sexe, tant que vous aurez de la curiosité, de l'imagination, et tant que vous susciterez le désir. Et pour le susciter, effectivement, deux stratégies s'opposent (ou se complètent):

- La rétention. Vous donnez moins, pour créer de la frustration. C'est la logique des plaisirs gardés pour plus tard, qui n'a de sens que si on considère le répertoire érotique comme figé.

- La réinvention. Vous donnez autant que vous le désirez (et autant que l'autre en a envie), mais vous avez toujours de nouvelles idées. Ce qui signifie que vous élargissez au fur et à mesure votre répertoire érotique.

Attention : ça ne signifie pas que vous deviez tout faire tout de suite, par principe. Certaines pratiques sont plus faciles à réaliser quand on connaît suffisamment ses partenaires, pour anticiper leurs limites et leurs préférences. Mais ça ne signifie pas que tout le monde ait besoin de délais. Une partenaire expérimentée pourra pratiquer la sodomie le premier soir, une autre attendra trois ans, une autre n'aura jamais envie.

Le temps joue en votre faveur parce qu'il faut du temps pour se connaître soi-même, pour connaître l'autre, pour développer un lien de confiance, et pour explorer. Estimer que le temps va se refermer comme un piège sur la relation, c'est estimer que l'expérience vous fait perdre quelque chose. Non seulement ça ne tient pas la route, mais c'est une prophétie auto-réalisatrice. Si vous commencez à agir comme si le sexe était un champ limité, c'est exactement ce qui va se produire.

En suivant vos désirs (partagés), vous ne perdez ni nouveauté, ni "innocence" Déjà parce que vous vous jetez à corps perdu dans l'aventure, et que c'est une chouette manière de rendre les choses pétillantes et explosives. Ensuite parce qu'il y aura encore et toujours des espaces de nouveauté, d'apprentissage et de saut dans l'inconnu.

A ce titre, balayons une idée reçue : ce n’est pas la répétition du sexe qui rend les choses banales, ennuyeuses, routinières. C’est la répétition tout court. Or la répétition se nourrit d’inexpérience, et nourrit cette inexpérience en retour. Moins vous en savez, moins vous en faites, et moins vous en faites, moins vous en savez... c’est un cercle vicieux. A l'inverse, plus vous explorez le territoire de la sexualité, plus le territoire inexploré augmente : ça fonctionne exactement comme des cercles concentriques.

Ne vous laissez pas intimider par ceux qui prétendent qu’en sexe, "on fait le tour de la question". Plus vous faites le tour, plus il y a d’espace. Plus vous pratiquez le sexe, plus il y en a.

Terminons d'ailleurs sur une petite mise en garde : quand on prétend que vous pourriez pratiquer "trop" de sexe, c'est mauvais signe. Pire encore quand on avance que "trop" de sexe équivaut à du "moins bon" sexe. Il n'y a aucune corrélation entre quantité et qualité. Par contre, il y a une corrélation entre ce genre de discours toxique, et la volonté d'emprise de celles et ceux qui les diffusent.

(Petit bonus : cette idée qu’on pourrait faire le tour de la question sexuelle, en psychologie, repose sur l’effet Dunning-Kruger : un biais cognitif très documenté de surconfiance, qui veut que moins on est qualifié sur un sujet, plus on estime en maîtriser les contours. En sexualité, il n'y a pas de contours. Enjoy !)

8 mai 2017

François Hollande et Emmanuel Macron à l'Arc de Triomphe

Emmanuel Macron s’est joint à François Hollande ce lundi pour la cérémonie du 8 mai 1945 à Paris. Le nouveau président fraîchement élu a ainsi effectué son tout premier déplacement officiel en sa qualité de chef de l’Etat et ce, aux côtés de son prédécesseur. Ce dernier effectuait quant à lui sa dernière remontée des Champs-Elysées. Leur rencontre a donc été chargée d’émotion. "Emmanuel Macron est visiblement ému quand François Hollande s'avance vers lui. Les deux hommes se dirigent ensuite vers l'Arc de Triomphe. Ils déposent ensemble la gerbe", a commenté Le Parisien au moment où les deux hommes se sont retrouvés. Tous les deux ont ensuite signé le livre d’or avant d’aller à la rencontre des personnalités présentes. Puis, François Hollande a pris la parole.

«C'est un hommage que nous devons à tous ceux qui nous ont libérés et je voulais qu'Emmanuel Macron puisse être là à côté de moi, pour qu'une sorte de flambeau puisse être passé», a déclaré le locataire de l’Elysée. "Emmanuel Macron m'a suivi tout au long de ces dernières années (...) il s'est émancipé, il est le président c'est à lui fort de l'expérience qu'il a pu acquérir auprès de moi de continuer", a-t-il poursuivi avant d’annoncer qu’il se tenait à sa disposition si celui-ci avait besoin "d'informations et de conseils". Et François Hollande d’ajouter : "Je serai toujours à côté de lui".

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19 octobre 2019

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Les Balkany reconnus coupables de blanchiment aggravé de fraude fiscale mais pas de corruption, de prison pour Patrick

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Patrick Balkany, qui a refusé d’assister au jugement de son deuxième procès, son épouse Isabelle et leur fils Alexandre sont reconnus coupables de blanchiment aggravé de fraude fiscale.

Patrick Balkany est condamné à 5 ans de prison avec mandat de dépôt.

Isabelle Balkany est condamnée à 4 ans de prison ferme sans mandat de dépôt étant donné son état de santé.

Le tribunal ordonne la confiscation des biens immobiliers (moulin de Giverny et riad de Marrakech) des Balkany.

Alexandre Balkany est condamné à 6 mois de prison avec sursis simple.

Jean-Pierre Aubry est condamné à 3 ans de prison avec sursis et à une amende de 50.000 euros et interdiction définitive d’exercer la profession d’avocat.

« Les infractions de blanchiment ont gravement porté atteinte à l’ordre économique et a privé l’état de sommes importantes, a aggravé la déchirure du pacte républicain et ce, quand bien même, nul argent public n’a été détourné » a déclaré le président du tribunal.

En revanche, le tribunal, par manque de preuve, ne retient pas la corruption passive ou active pour Patrick Balkany, Mohamed Al Jaber, Me Arnaud Claude et Jean Pierre Aubry (ancien directeur général de la Semarelp, la société d’économie mixte de Levallois-Perret). Ils sont relaxés pour ces faits.

Le tribunal ne retient pas non plus l'infraction de prise illégale d’intérêt pour Patrick Balkany et Jean-Pierre Aubry.

19 octobre 2019

FIAC - Place Vendôme

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Comment lancer un festival d'automne consacré à l'art moderne à Paris? Avec une citrouille géante sur l'emblématique Place Vendôme, avec un artiste légendaire bien sûr. Artiste contemporain japonais Yayoi Kusama a dévoilé sa création colossale intitulé « La vie de la citrouille déclame, Tout sur le plus grand amour pour le peuple » pour lancer le 46 e édition de la FIAC avec un message de paix et d'amour pour Paris et le monde. Un groupe d'élite d'artistes, de galeristes et d'amateurs d'art, notamment réunis au cœur de la capitale, portaient un toast à la sculpture géante de l'hôtel d'Évreux, place Vendôme. La sculpture gonflable fait partie du programme Hors Les Murs de la FIAC, une exposition de projets de plein air mettant en scène des sculptures et des installations dans toute la ville, du jardin des Tuileries à la Place de la Concorde, au musée national Eugène Delacroix et au-delà. «Ce qui m'a le plus attiré, c'est la générosité sans prétention de la citrouille. C’est cela et son solide équilibre spirituel », a déclaré l’artiste à propos du travail qui met en valeur sa signature et son concept de répétition infinie. Elle est la première femme du programme Hors les Murs de la FIAC à présenter son travail sur la place Vendôme.

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19 octobre 2019

Les 14 trucs que les filles adorent au lit, mais qu'elles n'avoueront jamais

Un sondage réalisé par la revue the Archives of Sexual Behaviour et basé sur les réponses de 1580 femmes âgées d'environ de 34 ans à travers le monde a permis d'établir les préférences des femmes au lit. Et certaines réponses sont surprenantes.

Messieurs, voici un sondage qui devrait grandement vous intéresser. En effet, la revue The Archives of Sexual Behaviour a interrogé 1580 femmes de la planète entière âgées d'environ 34 ans afin d'établir leurs préférences au lit.

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Il en découle un classement des 14 choses que les femmes adorent pendant l'amour mais qu'elles n'avaient jamais avoué auparavant. On va vous donner quelques indices. En 12e position de ce top, il y a... le fouet ! Oui, oui, vous avez bien lu ! Et les coups de fouet sont plébiscités par 81,90% des femmes.

Bien plus haut dans ce classement, à la troisième position, il y a un geste moins étonnant et bien plus utilisé visiblement : la fessée. Elle a obtenu... 95% des voix des interrogées ! Comme vous pouvez le voir en images ci-contre, certaines réponses sont étonnantes et surprenantes.bondage11

Mais attention, ce classement n'est pas une science exacte. L'important, au lit, est de bien écouter les envies de sa partenaire, pour un moment de respect mais surtout de plaisir intense pour les deux protagonistes !

14 - Les jeux avec de la bougie : 78,61%

13 - Les jeux avec les glaçons : 80.06%

12 - Se faire fouetter : 81.90%

11 - Le bondage léger : 85.13%

10 - Les humiliations physiques : 77.53%

9 - Le sexe oral : 85.63%

8 - La masturbation : 86.01%

7 - C'est le bondage : 87.53%

6 - Se faire gratouiller : 90.06%

5 - Se faire mordiller : 92.03%

4 - Se faire tirer les cheveux : 93.16%

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3 - La... fessée : 95%

2 - Les bisous, suçons : 99.56%

1 - Les caresses et massages : 99.62%

16 octobre 2019

Offensive turque en Syrie : isolé à l’extérieur, Erdogan peine à mobiliser sa population

Par Marie Jégo, Istanbul, correspondante

Alors que l’intervention militaire turque continue de susciter la désapprobation, le président semble déterminé à entraîner son pays vers l’abîme.

Ni les condamnations ni les sanctions brandies par l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis, ne semblent pouvoir infléchir le président turc Recep Tayyip Erdogan, plus convaincu que jamais du bien-fondé de l’opération militaire menée depuis une semaine par son armée contre les forces kurdes au nord-est de la Syrie.

Sourde aux réactions de ses alliés traditionnels, la Turquie a envoyé, lundi 14 octobre, son armée à l’assaut de Manbij, une ville de la rive ouest de l’Euphrate, où l’armée de Bachar Al-Assad a commencé à se déployer en vertu d’un accord passé avec les forces kurdes qui contrôlent la cité. « Nous sommes sur le point d’appliquer notre plan concernant Manbij », a déclaré M. Erdogan lundi, expliquant qu’il souhaitait restituer la ville aux populations arabes, « ses propriétaires légitimes ».

Alignés derrière « le chef », l’un des surnoms de M. Erdogan, les islamo-conservateurs du Parti de la justice et du développement (AKP) sont vent debout contre le reste du monde. Ainsi, Yasin Aktay, l’un des ténors de la formation présidentielle, n’a pas hésité à déclarer publiquement qu’un « accrochage avec l’armée syrienne était possible ».

L’intervention turque en Syrie « contribue à la paix et à la sécurité régionale », a expliqué M. Erdogan lors de l’entretien téléphonique qu’il a eu avec son homologue français Emmanuel Macron dans la soirée de lundi et alors que se déroulait, à Paris, un match de qualification pour le championnat d’Europe de football entre la Turquie et la France. A cette occasion, lors de la rencontre, les joueurs turcs ont effectué un salut militaire sur la pelouse du Stade de France en signe de soutien à leur armée.

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Entraîner le pays vers l’abîme

Alors que l’intervention militaire d’Ankara en Syrie suscite la désapprobation internationale, le président Erdogan semble déterminé à entraîner son pays vers l’abîme, au risque de causer des dommages irréparables à son économie, fragile, et fortement dépendante des capitaux étrangers.

D’ores et déjà, la Bourse d’Istanbul voit son indice baisser chaque jour davantage tandis que la monnaie locale, la livre turque, s’est dépréciée de 3 % par rapport au dollar depuis le début de l’offensive. Seule l’intervention des banques, promptes à se porter au secours de la devise en injectant 3,5 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros) sur le marché, a permis de limiter les dégâts.

La décision des ministres des affaires étrangères des vingt-huit pays de l’Union européenne (UE) de restreindre leurs exportations de matériel militaire vers la Turquie laisse Ankara de marbre. La même indifférence prévaut face au récent décret exécutif signé par le président américain Donald Trump imposant des sanctions surtout symboliques contre les ministres turcs de l’énergie, Fatih Donmez, de la défense, Hulusi Akar, et de l’intérieur, Süleyman Soylu. Washington a aussi annoncé une forte hausse des taxes douanières sur l’acier turc.

Malgré les nuages qui s’amoncellent, le président Erdogan ne cesse de répéter que son armée poursuivra son offensive, faisant fi de la condamnation généralisée qu’elle suscite. Ceux qui la réprouvent n’ont rien compris, à l’instar de la chancelière allemande Angela Merkel, et du premier ministre britannique Boris Johnson, victimes d’une « sérieuse désinformation », selon M. Erdogan.

A l’instar du président turc, les médias pro-gouvernementaux voient la situation sous un jour positif tandis que la prière de la conquête continue d’être psalmodiée dans les 90 000 mosquées du pays.

Marasme diplomatique

Lundi, le quotidien Sabah, l’un des porte-voix du pouvoir islamo-conservateur, a salué « une victoire diplomatique et militaire » pour la Turquie. « Nous sommes en train d’écrire une nouvelle page de l’histoire envers et contre le monde entier, écrit l’éditorialiste Hasan Basri Yalçin, qui énumère les succès engrangés. Nous avons ramené la Russie de notre côté, nous avons lié les mains des Européens avec les réfugiés et enfin nous avons réussi à forcer le retrait des Etats-Unis du nord-est de la Syrie. »

En réalité, l’opération militaire voue le pays à l’isolement. Jamais la Turquie ne s’est retrouvée dans un tel marasme diplomatique, sinon peut-être au moment de l’intervention de son armée à Chypre en 1974 qui a divisé l’île en deux. M. Erdogan y a fait allusion. L’offensive militaire turque en Syrie est « aussi vitale » que celle de Chypre en 1974, a-t-il déclaré dans un discours prononcé lundi à Bakou en Azerbaïdjan, où il était en visite.

Les soutiens à l’opération turque se comptent sur les doigts de la main. Seuls le Pakistan, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, le Venezuela et la Hongrie l’ont approuvée. L’assentiment de la Russie et de l’Iran, les partenaires d’Ankara au sein du « processus d’Astana », lui fait défaut.

Téhéran s’est prononcé contre l’intervention turque et Moscou tente désormais de la limiter en donnant son feu vert à l’armée de Bachar Al-Assad, qui est entrée au nord-est de la Syrie après un accord conclu avec les forces kurdes sur la base russe militaire de Hmeimim.

Plus vulnérable que jamais

Erratique et aventuriste, la politique étrangère de M. Erdogan laisse le pays faible, isolé et sans alliés. Bercé par la nostalgie du passé ottoman, le « Grand Turc » ambitionnait de rétablir l’influence de son pays au Moyen-Orient, dans les Balkans et au-delà tout en donnant aux citoyens turcs une vision hypertrophiée de leur place dans le monde.

Son ambition de rendre la Turquie « great again » a échoué. Aujourd’hui le pays apparaît plus vulnérable que jamais et l’opération en Syrie risque de s’avérer coûteuse diplomatiquement et économiquement.

Quelles sont les raisons qui ont poussé le numéro un turc à prendre un tel risque ? « Il l’a fait parce qu’il se trouve dans une situation insoutenable en interne, à la fois au niveau économique et politique. L’AKP, son parti, est en train de perdre sa position hégémonique face à l’opposition unie mais hétéroclite, une alliance entre le Parti républicain du peuple [CHP, kémaliste], le Bon Parti [nationaliste] et le Parti de la démocratie des peuples [HDP, gauche pro-kurde]. Erdogan sait que la meilleure façon de briser cette entente est d’assurer une montée du sentiment nationaliste contre le “terrorisme” kurde », explique Ömer Taspinar, enseignant au National War College de Washington.

Il y est parvenu, obtenant l’assentiment du CHP et du Bon Parti lors du vote sur l’opération militaire turque en Syrie au Parlement. « C’est incontestablement un succès pour Erdogan qui a su rallier une bonne partie de l’opposition parlementaire derrière lui. Seul le HDP a voté contre », estime Erhan Kelesoglu, un politologue indépendant.

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La peur est revenue en force

Pour autant, l’opération militaire est loin de susciter l’enthousiasme de la population. « Il y a une grande indifférence, surtout si on compare avec le soutien manifesté en 2018 envers l’opération militaire sur Afrin [région à majorité kurde du nord-ouest de la Syrie, conquise en mars 2018 par l’armée turque]. Les intellectuels se taisent, ils savent que le prix à payer peut être lourd depuis que des centaines d’entre eux ont été révoqués, poursuivis en justice et parfois emprisonnés pour avoir signé une pétition contre l’intervention de l’armée au Sud-Est [région à majorité kurde de la Turquie] à l’hiver 2015-2016 », rappelle le politologue.

Une large partie de la population turque, obnubilée par la perte de son pouvoir d’achat, n’a pas la tête à l’intervention. « Et puis Erdogan n’est pas aussi convaincant qu’il l’était. De nombreux Turcs sont conscients du fait qu’il utilise cette opération à des fins de politique intérieure, juste pour assurer sa survie politique. Les gens comprennent que le problème de sécurité mis en avant par les autorités est une manipulation. Les forces kurdes ne représentaient pas une menace terroriste réelle pour la Turquie. Aucune menace immédiate n’émanait de la zone contrôlée par ces forces et les arabes alliés des Etats-Unis à l’est de l’Euphrate », estime un analyste de la scène politique turque, soucieux d’anonymat vu la sensibilité du sujet.

La peur, qui s’était estompée lors des succès de l’opposition aux municipales au printemps, est revenue en force car, dès le premier jour de l’intervention, les autorités ont sorti le bâton.

Plus de cent personnes qui avaient critiqué l’opération militaire sur les réseaux sociaux ont été placées en garde à vue. Environ 500 enquêtes judiciaires ont été ouvertes contre ceux qui ont évoqué « une invasion ». Pour avoir posté un tweet sur « la guerre injuste faite aux Kurdes », Sezgin Tanrıkulu, député du CHP, a été prévenu lundi par le parquet qu’une enquête judiciaire venait d’être ouverte contre lui.

3 mai 2017

Kerouac et Gwernig sur la route de l'amitié

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 Le photographe brestois, René Tanguy, raconte l'amitié qui lia Jack Kerouac et Youenn Gwernig. 

Le rendez-vous

Jack Kerouac (1922-1969), l'auteur de Sur la route, a vécu une belle histoire d'amitié avec Youenn Gwernig, (1925-2006) écrivain, poète et chanteur exilé à New York. Kerouac, un nom qui sonne breton. Cela interpellera le Breton de Scaër. Dans un courrier au chantre de la Beat generation, Youenn écrit : « Cher monsieur et « compatriote », quand je suis arrivé dans ce pays, j'ai acheté un de vos livres, Sur la route, juste parce que votre nom me rappelait le nom d'un lieu-dit, Kerouarc'h, près de ma ville natale qui n'est pas loin de Quimper... »

Fort caractère

Jack Kerouac, le clochard céleste, avait des racines du côté de Lanmeur et Huelgoat avant que sa famille n'émigre au Canada puis aux États-Unis. Il n'aura de cesse de vouloir retrouver ses racines bretonnes, comme il l'écrira dans Satori à Paris, en 1966. Son père lui disait : « Ti Jean, n'oublie jamais que tu es breton ! »

Les deux hommes vont se fréquenter et picoler pas mal. Ils vont surtout entreprendre une correspondance assez fleurie. Youenn invitera Ti Jean à venir à Locmaria-Berrien, mais Kerouac ne partira pas. Billet d'avion en poche, il décédera d'une hémorragie suite à une bagarre trop arrosée.

Même si les deux hommes au fort caractère ne se sont pas toujours entendus, Kerouac écrira à Gwernig : « Tu es le seul homme que je connaisse aujourd'hui dont la conversation et la présence sont un cadeau. »

« Un voyage photographique »

Cette histoire, le photographe René Tanguy la raconte en images dans un ouvrage, Sad paradise. Avec la complicité d'Annaig Baillard, fille de Youenn, il a repris la route entre les deux continents.

Des lettres entre les deux gaillards sont publiées en regard de photos qui rappellent l'univers de la Beat generation.

Kerouac, « je l'ai connu jeune par la lecture, se souvient le photographe, mais aussi via le livre Les Américains de Robert Franck, photographe, dont Kerouac a signé la préface ». René Tanguy rencontre Youenn en 1999. La rencontre l'impressionne. Le poète lui montre alors la correspondance qu'il avait eu avec Jack.

En 2010, il prend contact avec Annaig, la fille de Youenn. Cela fait quatre ans que le poète a disparu. L'idée de l'ouvrage germe alors dans les esprits.

Suivent six années de travail, de lecture, de traduction et de cheminement sur les pas de Kerouac et de Gwernnig. « Un voyage photographique au Québec, au Canada, à Boston, New York, Locmaria-Berrien, inspiré des lettres, des lectures » pour retracer les humeurs les ambiances.

En noir et blanc comme en couleurs les photos de René Tanguy nous font pénétrer dans « l'univers sombre de Kerouac mais aussi une vraie amitié littéraire, une belle histoire mais triste ». René Tanguy jette un pont entre les deux côtés de l'Atlantique et raconte magnifiquement la rencontre entre deux cultures : américaine et armoricaine.

Exposition Sad paradise, la dernière route de Jack Kerouac, au Musée de la Cohue, place Saint-Pierre - Vannes.

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16 octobre 2019

A Paris, les pompiers manifestent dans une ambiance tendue

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Par Juliette Bénézit

Entre 7 000 et 10 000 sapeurs professionnels ont défilé pour dénoncer le manque d’effectifs et de reconnaissance. La fin du rassemblement a été marquée par des violents heurts avec la police.

Tout avait pourtant bien commencé. Mardi 15 octobre, dès 12 h 30, plusieurs centaines de pompiers professionnels, venus des quatre coins de la France, étaient déjà présents place de la République, à Paris, pour participer à la manifestation organisée à l’appel de sept syndicats de la profession.

Dans les restaurants et fast-food qui entourent la place, point de départ du cortège, l’ambiance est alors à la décontraction. A table, on discute, on plaisante. Puis très vite on s’organise, drapeaux, banderoles syndicales et pétards en main, pour le grand départ de la marche, à 14 heures.

Sans plus tarder, les premières revendications des soldats du feu se font entendre, au pied de la statue de la République, à coup de grandes déclarations au mégaphone. En grève depuis le 26 juin, ils tentent de se faire entendre pour résoudre des problèmes à la fois organisationnels – liés à un manque d’effectifs –, salariaux – ils demandent une revalorisation de la prime de feu à hauteur des autres métiers à risque – et sécuritaires, les agressions de sapeurs augmentant.

« Incivilités verbales ou physiques »

Cette situation « détruit notre métier et le service public qu’il représente », explique une pompière des Yvelines, en service depuis douze ans, peu avant le départ du cortège. Elle précise : « Le plus difficile, c’est le manque de moyens lié à une sursollicitation de nos services pour des missions qui ne sont pas les nôtres. On peut être appelé pour tout et n’importe quoi. »

Quelques mètres plus loin, Jean-Pierre Darmuzey, secrétaire général de SUD Gironde, évoque quant à lui les « incivilités verbales ou physiques » de plus en plus fréquentes. Le ministère de l’intérieur en a déjà recensé plus de 1 200 depuis le début de l’année. « La semaine dernière, lors d’une intervention, un homme nous a mis des coups de poing. La violence n’est plus seulement verbale. Elle est aussi physique », détaille-t-il.

Alors que le cortège de 7 000 à 10 000 manifestants s’élance vers la place de la Nation, son point d’arrivée, un nom revient par ailleurs sur toutes les lèvres : celui de Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur. S’il a échangé avec les syndicats de pompiers à l’occasion de leur congrès national organisé à Vannes en septembre, les soldats du feu disent désormais attendre des « mesures concrètes ». Celles prises début septembre pour renforcer leur sécurité – avec notamment la mise en place de caméras-piétons – sont loin de les satisfaire. Surtout, les représentants des pompiers demandent à rencontrer le ministre.

Quelques minutes plus tard, justement, l’information circule dans les rangs de la manifestation qu’une délégation ministérielle va recevoir les syndicats l’après-midi même. Beaucoup attendent alors d’en connaître l’issue mais regrettent d’ores et déjà que Christophe Castaner ne soit pas présent. Le ministre de l’intérieur était, mardi, en déplacement dans l’Aude. « Ça va vriller », glisse alors un pompier dans le cortège, peu rassuré quant à la tournure prise par la marche.

« Ils se moquent de nous »

Aux alentours de 15 heures, des premiers heurts avec la police éclatent. Et dans les rangs des manifestants, les esprits s’échauffent. L’ambiance revendicative mais relativement apaisée du début de la marche cède peu à peu le pas aux affrontements avec les forces de l’ordre. Jusqu’au point culminant, place de la Nation, où les pompiers commencent à affluer à partir de 16 h 30.

Au micro, l’un des représentants syndicaux reçus dans l’après-midi par le directeur de cabinet de Christophe Castaner dit n’avoir « rien obtenu ». Indignation générale dans la foule. « On revient quand pour manifester ? », scande un pompier. « Ils se moquent de nous », lance un autre. De son côté, le ministère de l’intérieur annonce l’organisation de deux réunions dans le courant du mois de novembre pour évoquer l’ensemble des revendications.

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Pas de quoi calmer les manifestants. Par dizaines, des pompiers vont alors tenter, sans succès, de bloquer le périphérique. D’autres vont se rapprocher des forces de l’ordre installées tout autour de la place jusqu’à ce que des gaz lacrymogènes et des grenades de désencerclement soient lancés.

« Malaise profond »

Dans la confusion, deux manifestants sont blessés, l’un à la tête, l’autre au tibia, par des projectiles. Plus tôt dans l’après-midi, les forces de l’ordre ont déjà fait usage de grenades lacrymogènes et de canons à eau aux abords de l’Assemblée nationale. Trois membres des forces de l’ordre ont été blessés et six manifestants interpellés pour violences ou jets de projectiles, selon la Préfecture de police de Paris.

Peu après 19 heures, après plus de cinq heures de manifestation, la place de la Nation commence finalement à se vider. « Ce qui se passe, ce n’est pas courant. Nous ne sommes pas des professions qui se confrontent, explique alors Guillaume Millet, représentant syndical CFDT du SDIS 33. C’est le résultat d’un malaise profond, bien antérieur à ces derniers mois, et qui est dû au fait que nous subissons toutes les évolutions de la société sans avoir les moyens de les traiter. »

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17 octobre 2019

Cédric Villani : «J’irai jusqu’au bout»

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Candidat dissident LREM à la mairie de Paris, Cédric Villani s’organise et tacle au passage ses deux principaux rivaux : la maire Anne Hidalgo et Benjamin Griveaux.

« Mon projet complet sera présenté en janvier, […] il sera béton », promet Cédric Villani, candidat à la mairie de Paris. 

Par Olivier Beaumont et Julien Duffé

Cinq semaines après sa déclaration de candidature, Cédric Villani se dit plus déterminé que jamais. Pas question de se rallier à son rival Benjamin Griveaux, dit-il, promettant de présenter son projet complet en janvier.

Vous avez réuni samedi 400 personnes pour un « atelier citoyen » consacré au Grand Paris. Ce sujet, on en parle depuis plus de dix ans, mais ça traîne à venir…

CEDRIC VILLANI. Maire de Paris, je bâtirai le Grand Paris dont les habitants ont besoin. Si on veut résoudre le problème des embouteillages dans Paris, évidemment qu'il faut l'envisager à l'échelle métropolitaine. Pareil pour la lutte contre la pollution ou le logement. On a perdu beaucoup trop de temps par rapport à certaines métropoles régionales et à des capitales comme Londres et Berlin. Et ce ne sera pas une construction politique alambiquée mais du concret. Parallèlement, je veux que les compétences de proximité comme la propreté soient exercées par les maires d'arrondissement au plus près du terrain.

Mais concrètement, comment l'organiser ?

Ces derniers jours, j'ai rencontré beaucoup de maires des communes limitrophes : tous m'ont dit que le dialogue avec la Ville est rompu. Bertrand Delanoë l'avait engagé, mais ce dialogue n'existe plus aujourd'hui. Je veux créer un Conseil du Nouveau Paris, qui se réunirait très régulièrement et dans laquelle le maire de Paris, les maires d'arrondissement et les maires des 28 communes limitrophes puissent bâtir ensemble des solutions pour mutualiser nos services, par exemple sur la petite enfance.

6 mai 2017

17e festival européen de la photo de nu d’Arles

Initié à Arles en 2001 par les photographes français Bruno Rédarès et Bernard Minier, le festival européen de la Photo de Nu se présente comme la seule grande manifestation photographique, en France mais également en Europe, sur le thème du Nu et plus généralement sur le Corps.

Totalement indépendant des Rencontres Internationales de la Photographie, le festival fait un peu partie du paysage culturel arlésien et présente chaque année une quarantaine d’artistes venus de divers horizons. Sa fréquentation atteint les 15 000 visiteurs toutes expositions confondues.

Après quelques années de partenariat avec les Baux de Provence, cette manifestation est de nouveau concentrée sur Arles grâce à un partenariat local et à de nouveaux espaces d’accrochages.

Les expositions de cette année sont présentées dans les lieux les plus emblématiques de la ville d’Arles. Des animations, stages, conférences et rencontres sont également organisés durant toute la durée, dans un esprit convivial.

Durant quinze années, le festival s’est associé à des photographes tels que Jean-François Bauret, Georges Tourdjman, Uwe Ommer, Jeanloup Sieff, Hans Silvester… tout en proposant une sélection éclectique mêlant approche contemporaine du corps, démarches d’auteurs et travaux de jeunes talents.

Après la Chine en 2016, cette année le Festival ouvre un nouvel échange culturel avec l’Italie représenté par une dizaine d’artistes ; cela se traduit par une coopération avec l’Archivo Fotografico Italiano (AFI) et le Festival Fotografico Europeo de Milan et ses environs… une belle opportunité pour tous les photographes de cette édition 2017.

17e festival européen de la Photo de Nu d’Arles

Du 5 au 14 mai 2017

Arles

France

http://www.fepn-arles.com/

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14 octobre 2019

Portrait - Franck Riester, le bon élève de la culture après un an au ministère

Par Sandrine Blanchard, Alexandre Lemarié

Arrivé dans l’indifférence du milieu culturel, en octobre 2018, Rue de Valois, le ministre apparaît à l’écoute, mais assujetti aux projets de la présidence.

Il arrive en homme pressé. « Depuis un an, c’est la course », s’excuse Franck Riester pour expliquer son retard au déjeuner qu’il a accepté afin d’évoquer ses premiers mois Rue de Valois. Nommé le 16 octobre 2018 à la tête du ministère de la culture, le successeur de Françoise Nyssen se dit « frappé par l’intensité du job ». De la loi Notre-Dame au projet de réforme de l’audiovisuel public, de la directive européenne sur le droit d’auteur à la création d’un Centre national de la musique, des déplacements en France et à l’étranger aux inaugurations d’expositions et soirées spectacle ou concert, il juge sa nouvelle fonction chronophage. Mais Franck Riester n’ira pas jusqu’à s’en plaindre car il avait, assume-t-il, « le désir profond » d’être à ce poste. « Il en a toujours rêvé. Se retrouver dans le bureau de Malraux et Lang, c’est le plus beau cadeau que la vie ait pu lui faire », confie un de ses amis.

Alors que sa prédécesseure y avait été catapultée, lui se préparait depuis une dizaine d’années à cette mission. Dès son arrivée à l’Assemblée nationale, en 2007, à l’âge de 33 ans, ce diplômé de gestion et concessionnaire automobile se présente comme un spécialiste des sujets culturels devant les journalistes. Membre de la commission des affaires culturelles, il travaille sur les dossiers de l’audiovisuel et, dès son premier mandat parlementaire, devient rapporteur des projets de loi Hadopi 1 et 2. « J’ai toujours été attiré par le cinéma, la musique et la peinture. J’ai fait le choix de me spécialiser sur les sujets culturels car il n’y avait pas assez de parlementaires qui s’en occupaient alors que la culture a une importance considérable pour l’émancipation, la cohésion sociale et le rayonnement du pays », justifie-t-il.

Un professionnel de la politique

A Françoise Nyssen, l’éditrice de gauche sans expérience des rouages institutionnels, a donc succédé un professionnel de la politique qui a fait toutes ses classes au sein de la droite. Maire de Coulommiers (Seine-et-Marne), proche de Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire, il est l’un des premiers à quitter le navire, en mars 2017, lorsque François Fillon refuse de retirer sa candidature en dépit de sa prochaine mise en examen.

« C’EST TOUT À FAIT COMPATIBLE DE TRAVAILLER AU SERVICE DE L’INTÉRÊT GÉNÉRAL, EN TANT QUE MINISTRE DE LA CULTURE, ET D’ÊTRE EN MÊME TEMPS PATRON D’UN PARTI POLITIQUE » FRANCK RIESTER

Avec l’élection d’Emmanuel Macron, Franck Riester, encarté au RPR dès l’âge de 17 ans, rompt avec sa famille politique d’origine et devient l’un des chefs de file des élus de droite bienveillants à l’égard du chef de l’Etat. Au point de créer Agir, un parti politique de centre droit, et un groupe à l’Assemblée, qu’il copréside avec l’UDI, pour regrouper les élus de « droite constructive ». Libéral en économie et progressiste sur le plan sociétal, Franck Riester n’a jamais approuvé la stratégie de « droitisation » de LR. En décembre 2011, il a été le premier député UMP à faire son coming out, en annonçant son homosexualité, et sera, deux ans plus tard, l’un des rares parlementaires UMP à voter en faveur du mariage pour tous.

Cet homme de parti doit sa promotion à Edouard Philippe, sa nomination ayant le mérite, aux yeux du premier ministre, d’élargir la majorité vers la droite modérée, notamment dans l’optique des municipales de 2020. « Si je n’avais pas été constructif, je ne serais pas entré au gouvernement », reconnaît l’intéressé. Il « assume » sa double casquette de président d’Agir et de ministre : « C’est tout à fait compatible de travailler au service de l’intérêt général, en tant que ministre de la culture, et d’être en même temps patron d’un parti politique. »

Mais si la nomination de Françoise Nyssen avait reçu un accueil bienveillant du monde de la culture et suscité beaucoup d’attentes avant de tourner à la bérézina, celle de Franck Riester a été vécue avec une certaine indifférence. « Il n’était pas attendu alors qu’elle l’était trop », résume le producteur de spectacles macroniste Jean-Marc Dumontet. « Il est sympathique, franc, consciencieux, mais un peu lisse », liste un bon connaisseur du secteur culturel. « Son caillou dans la chaussure, c’est le poids de Macron sur les sujets culturels. C’est le Château qui décide, d’autant qu’il n’est pas un proche du couple présidentiel », complète un syndicaliste.

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L’impression qu’il est « sous tutelle »

Les chemins de Franck Riester et Emmanuel Macron ne s’étaient jamais croisés jusqu’à leur rencontre à l’Elysée lors de sa nomination Rue de Valois. « Je ne le connaissais pas, nous n’avions jamais échangé », déclare l’ex-élu LR. Avant d’assurer : « On apprend à se connaître. Il n’arbitre pas systématiquement dans mon sens mais globalement, nous sommes en ligne sur la culture. »

« POUR GEORGELIN, IL AURAIT PU METTRE SA DÉMISSION DANS LA BALANCE, NON ? » STÉPHANE BERN

En « bon soldat de la Macronie », comme le décrivent plusieurs acteurs culturels, Franck Riester donne parfois l’impression d’un ministre « sous tutelle ». « Macron trouve que la première qualité de Riester, c’est de ne pas faire de bruit et de ne pas prendre l’espace », décrypte un poids lourd de la majorité. Le 17 avril, deux jours après l’incendie de Notre-Dame de Paris, le chef de l’Etat annonce, lors d’un conseil des ministres, la nomination auprès de lui du général Jean-Louis Georgelin comme représentant spécial chargé de la reconstruction de la cathédrale. Un camouflet pour Franck Riester, présent autour de la table, qui n’était pas au courant. « Cette annonce a précarisé Franck », confie l’un de ses proches.

Le ministre doit également composer, sur le dossier du patrimoine, avec la présence, très médiatique, de Stéphane Bern, proche du couple présidentiel et considéré par certains, au sein de la majorité, comme le « vice-ministre » de la culture. « Etre ministre ? Surtout pas ! », clame Bern qui dit « connaître depuis longtemps » Franck Riester. « On se parle franchement et cela se passe plutôt bien, on travaille en bonne intelligence » assure-t-il. Tout en ajoutant, taquin : « Pour Georgelin, il aurait pu mettre sa démission dans la balance, non ? » Franck Riester, lui, jure ne pas être irrité par la présence de ces personnalités. « Plus on a de gens investis sur les sujets culturels, plus on a de chances qu’ils avancent », évacue-t-il.

« APRÈS L’ERREUR DE CASTING AVEC NYSSEN, LA RUE DE VALOIS A DE NOUVEAU UN MINISTRE CRÉDIBLE QUI APPREND VITE ET COMPREND LES ENJEUX » DENIS GRAVOUIL DE LA CGT-SPECTACLE

De toute façon, il doit suivre la feuille de route du président. Que ce soit sur le projet de transformer le château de Villers-Cotterêt (Aisne) en haut lieu de la francophonie pour un budget conséquent de 200 millions d’euros ou sur les nominations importantes. Emmanuel Macron a été particulièrement interventionniste sur le choix du producteur Dominique Boutonnat à la tête du Centre national de la cinématographie et de l’image animée (CNC) ou dans le feuilleton de la succession de Stéphane Lissner à l’Opéra de Paris. « Ces histoires de nominations décidées à l’Elysée, c’est une anomalie, cela affaiblit le ministre, jamais je ne l’aurais accepté », confie un ancien ministre de la culture.

Sans aura médiatique, Franck Riester a pour lui son expérience d’élu local et de parlementaire qui facilite ses contacts avec les collectivités, sa connaissance des mécanismes budgétaires et sa maîtrise des débats au Parlement. « Après l’erreur de casting avec Nyssen, la Rue de Valois a de nouveau un ministre crédible qui apprend vite et comprend les enjeux », constate Denis Gravouil de la CGT-Spectacle. « C’est un “up grade” pour le ministère, se félicite l’entrepreneur Frédéric Jousset, consultant sur le Pass culture. Il connaît bien le sujet de l’audiovisuel qui constitue un poste-clé dans le budget de la culture ; pour le reste il a fait une formation en accéléré. »

« Il s’est bien battu »

Tout en constatant que, pour l’heure, Franck Riester gère l’héritage de dossiers lancés par sa prédécesseure, beaucoup de ses interlocuteurs louent sa capacité d’écoute, sa disponibilité et mettent à son crédit la remise en marche d’un ministère et de son administration alors que le cabinet avait vécu une hémorragie de conseillers et que des directions restaient vacantes. Sur le terrain, il n’hésite pas à organiser des rencontres informelles comme à Strasbourg, le 1er octobre, où il discute à bâtons rompus avec des professionnels de la musique et délivre, sans note, ses encouragements à toutes les équipes de la DRAC Grand-Est.

« IL EST LÀ POUR SERVIR LES INTENTIONS RÉFORMATRICES D’EDOUARD PHILIPPE. ON A CHANGÉ DE MINISTRE MAIS PAS DE POLITIQUE » VALÉRIE RENAULT, CGT-CULTURE

« Il vient à tous les comités techniques ministériels et est très à l’aise avec les agents », constate Valérie Renault, secrétaire générale de la CGT-Culture. Et a promis de revaloriser les régimes indemnitaires, « choqué » d’avoir découvert la différence de traitement avec les agents des autres ministères. On lui reconnaît aussi d’être parvenu, lors du projet de réforme de l’assurance-chômage, à préserver le régime spécifique des intermittents du spectacle et d’avoir obtenu un arbitrage favorable sur le maintien de la redevance audiovisuelle dans sa bataille avec le ministre des comptes publics. « Gérald Darmanin est le pire ennemi de la culture. Riester s’est bien battu sur la redevance mais aussi sur le non-plafonnement des recettes du CNC », considère Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques.

Mais quelle est sa vision pour la culture, s’interrogent bon nombre d’observateurs ? Qu’y a-t-il concrètement derrière ses discours sur les « quatre priorités » de la Rue de Valois : favoriser l’émancipation, mettre les artistes et créateurs au centre des politiques culturelles, faire de la culture un levier d’attractivité des territoires, réaffirmer la souveraineté culturelle française. « Il est là pour servir les intentions réformatrices d’Edouard Philippe. On a changé de ministre mais pas de politique, c’est toujours le programme action publique 2022 engendrant des baisses de crédits et une déconcentration au détriment de l’administration centrale », estime Valérie Renault.

Le besoin de s’affirmer

Les inquiétudes sont fortes sur la création d’une holding de l’audiovisuel public, sur l’avenir des labels et le poids des collectivités locales dans le projet de déconcentration, sur la part du financement privé pour le Pass culture. « Françoise Nyssen, au moins, était une idéaliste. Là, on a le sentiment qu’ils veulent en finir avec l’héritage au lieu de s’appuyer sur l’existant », redoute Marie-José Malis, directrice du Théâtre de la Commune à Aubervilliers et membre du Syndeac, le syndicat des entreprises artistiques et culturelles. « Les industries culturelles, qui uniformisent plutôt que singularisent, sont-elles devenues un projet de société ? », se désespère Robin Renucci, président de l’association des centres dramatiques nationaux, qui rêve d’une « loi d’orientation sur la culture » notamment pour « faire des jeunes autre chose que des clients ». « Progressivement l’esprit de lucre l’emporte sur celui de service public », regrette un ancien locataire de la Rue de Valois.

Si le Pass culture, promesse phare du candidat Macron, a désormais une direction exécutive, Franck Riester ne cache pas que des interrogations demeurent sur sa possible généralisation. « Pour l’instant je n’ai pas de certitude, notamment sur le modèle économique », reconnaît le ministre. « Il aurait mieux fallu mettre cet argent sur l’éducation artistique et culturelle pour donner à tous les enfants la chance de pratiquer un art. Où donne-t-on le goût de la créativité ? », déplore un ancien ministre.

Après une année à la tête du ministère, « il faut que Riester se lâche et prenne son autonomie », insistent plusieurs personnalités qui lui veulent du bien. « Il ne pèse pas suffisamment et doit encore s’affirmer d’autant qu’il pourrait bien rester jusqu’à la fin du quinquennat », renchérit un proche. Bon élève, Franck Riester assure qu’il est « fier d’être celui qui met en œuvre les projets du président de la République dans le domaine culturel. Ce n’est pas honteux. Au contraire ». D’ailleurs, « son plus beau moment », depuis qu’il est Rue de Valois, il l’a vécu grâce à Emmanuel Macron : « Lorsque le président est venu dans la cour du Palais Royal faire un discours devant les agents à l’occasion des 60 ans du ministère pour rappeler l’importance de la culture, vous vous pincez ! »

15 février 2011

La Bretagne déconsidérée !

Aujourd'hui, France Nature Environnement lance une campagne d'affichage pour sensibiliser les citoyens aux excès de l'agriculture industrielle. FNE découvre avec étonnement que trois des six visuels prévus dans le dispositif d'affichage ne sont pas présents sur les panneaux alors qu'aucune explication officielle ne nous a été fournie. Nous sommes d'autant plus surpris par ce retournement de dernière minute qu'il concerne le volet " algues vertes " de la campagne, ayant fait l'objet d'un référé remporté par FNE.

Lire LibéRennes

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15 février 2011

Rihanna : nouveau clip = plagiat ?

Déjà censuré dans onze pays et renommé Come on en Angleterre, S&M, le dernier titre phare de Rihanna, est au centre d'une nouvelle controverse. Le photographe David LaChapelle a porté plainte lundi contre la chanteuse barbadienne. Motif? «Le clip ressemble beaucoup, ou est directement inspiré des travaux de LaChapelle», selon la plainte déposée par le photographe et citée par Reuters. Dans le dossier de sa plainte, David LaChapelle a cité huit images qui prouvent selon lui les ressemblances entre ses photos et le clip de Rihanna. Selon David LaChapelle, la vidéo de Rihanna a copié «la composition, le concept, la sensation, le ton, l'esprit, le thème, les couleurs, les accessoires, les décors, les costumes et l'éclairage» de ses photos.

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Voir mon billet du 10 février

4 mai 2017

Exposition - Lost Control - Stefanie Renoma

Depuis le 21 avril, la folie des années 80 incarnée par les photographies de l’artiste, directrice artistique et styliste Stefanie Renoma envahit la Galerie ArtCube avec son exposition « Lost Control ». Une vague d’anticonformisme, de codes bousculés, va submerger la toute jeune galerie d’art du 6 e arrondissement avec des clichés dopés aux néons flashys, au make up outrancier et à la liberté sexuelle des 80s.

Stefanie Renoma photographe emblématique de Normal Magazine s’offre la galerie ArtCube en exposant une série de 40 photographies, principalement des inédits, afin de réinterpréter cette décennie d’insoumission. Et il est vrai qu’elle est l’ambassadrice parfaite pour cette mission. Née dans un milieu hyper rock’n’roll, à l’opposé d’un quelconque conformisme, bercée aux côtés de personnalités telles que Serge Gainsbourg ou Helmut Newton, Stefanie Renoma a en elle l’ADN artistique des Eighties. Son travail photographique, fortement influencé par son travail de directrice artistique et de styliste est largement dominée par son attrait pour les mannequins androgynes, atypiques, qui cassent les règles. Ces mannequins, posant des questions sur l’identité sexuelle, encore trop boycottés par les grandes entreprises de la mode font du travail de Stefanie Renoma une œuvre si reconnaissable. Et quelle période, autre que les années 80, a mis les personnalités marginales en lumière ? Aucune. .

Des corps nus, asexués, jouant avec diverses identités, provocants sans aucune vulgarité. En effet, le nu est une caractéristique forte du travail de Stefanie Renoma. Un nu esthétique, stylisé mais qui paraît presque naturel et parfois secondaire. Cette mise en scène de l’humain, elle le tient de sa carrière de directrice artistique. La mode tient une place primordiale dans les photographies de Renoma, avec des tenues extravagantes, des accessoires luxueux et des étoffes glamours.

C’est ainsi que durant plus d’un mois, nous pourrons découvrir de nombreux portraits intimistes de ses muses, Raphaël Say, Nico Falso, ou Elliott. Du noir et blanc pour la profondeur des expressions déroutantes du visage ainsi que de la mise en scène plus sulfureuse et colorée, c’est comme cela que l’on peut reconnaître la patte Stefanie Renoma.

Retrouvez son premier livre, en partenariat avec Normal : Monographie Stefanie Renoma

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13 octobre 2019

Les hommes au défi du rapport sexuel idéal

Par Maïa Mazaurette

Un homme, une femme, un orgasme concomitant… le film continue de peser sur nos imaginaires, au mépris de la réalité des corps, interpelle la chroniqueuse de « La Matinale » Maïa Mazaurette.

LE SEXE SELON MAÏA

71 % des hommes n’ont pas réussi à retenir leur éjaculation durant l’année écoulée. 59 % ont joui pendant ou juste après l’intromission du pénis, et 31 % avant même de pénétrer leur partenaire. Ce qui ne les empêche pas de surestimer la durée de la pénétration (treize minutes) par rapport à la perception des femmes (onze minutes).

Ces chiffres datent de ce mardi 8 octobre (étude Charles.co/Ifop) : modifieront-ils l’idée que vous avez d’un rapport sexuel normal ? Rien n’est moins sûr. Je pressens qu’ils rejoindront la légion de ces faits auxquels on croit de manière purement théorique (un peu comme le réchauffement climatique, la mort ou les cheesecakes allégés).

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En matière de sexe, ce déni nous frappe régulièrement : par exemple, nous savons que seules 18,4 % des femmes parviennent à l’orgasme par la pénétration vaginale (Journal of Sex & Marital Therapy, 2015), mais nous mettons cette pratique au centre du rapport hétérosexuel. Nous savons, depuis déjà des décennies, que la débandade, la simulation, la jouissance précoce, l’orgasme ruiné, l’orgasme raté sont des événements d’une banalité absolue… ce qui ne nous empêche pas de les considérer comme dramatiques. Pour résumer : nous sommes incroyablement attachés à une certaine théorie du rapport sexuel (idéal), en dépit de la pratique du rapport sexuel.

De quelle sexualité théorique parle-t-on ? De celle qui nous vient spontanément à l’esprit : une pénétration vaginale, hétérosexuelle, se produisant plutôt dans un lit, plutôt le soir, plutôt pendant une vingtaine de minutes, donnant un plaisir tellement égalitaire aux deux partenaires qu’ils jouiront au même moment. Après l’éjaculation de l’homme, les deux tourtereaux pleins de gratitude laisseront tomber leurs corps perlés de sueur sur les draps (à la taille pour lui, aux seins pour elle).

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Performance

Cette image nous rassure. Pourtant, l’énergie et la compétence requises sont élevées : 20 minutes de pénétration, c’est une « performance » pour un homme, de même que l’orgasme simultané est une performance pour un couple. (A l’inverse, l’idée que la femme soit passive constitue une sous-performance.)

Certains estiment que ce rapport est idéalisé pour une excellente raison : il sert à se reproduire. Certes. Mais s’il n’était question que de progéniture, le rapport idéal consisterait en une levrette de cinq secondes (et nous jetterions nos pilules et stérilets au bûcher). De même, si tout était question de plaisir partagé, le rapport se produirait en doublé interne-externe pour les hommes comme pour les femmes (prostate et pénis, clitoris et vagin, sans même parler des autres zones érogènes). En l’occurrence, aucun de ces deux modèles ne domine notre imaginaire : ce n’est donc une question ni de nature, ni de luxure.

Comment donc expliquer l’origine du « rapport idéal » ? Par les forces du patriarcat (cette chronique est sponsorisée par l’agenda trans-gaucho-féministe, comme vous le savez). Ainsi, le vrai bonhomme est censé contrôler les forces essentiellement incontrôlables de l’érection. Cette maîtrise définit le mâle parfaitement mature, sorti de la préadolescence survoltée, mais pas encore soumis aux aléas du vieillissement. D’où l’idée que les errances de la tuyauterie soient des problèmes de jeunesse ou de vieillesse.

Exigence de contrôle

Pourquoi vouloir maîtriser, plutôt que de s’abandonner aux forces du désir ? Parce que le masculin se définit comme ce qui n’est ni féminin ni gay. Or ne pas contrôler son corps renvoie au féminin : les femmes « perdent » leur sang (sauf pour celles qui parviennent à contrôler leur flux menstruel, et ça existe), elles « tombent » enceintes, elles sont « soumises » à l’accouchement. Un homme à l’inverse n’est pas censé perdre son désir, encore moins voir retomber son pénis. On attend de lui qu’il sache retenir sa jouissance.

Cette exigence de contrôle s’étend jusque sur le corps féminin, censé jouir par l’imposition du pénis, mais aussi au même moment que le pénis.

Bien sûr, ce sont des constructions. Le rapport sexuel imaginaire correspond ainsi à une masculinité imaginaire. On peut avoir envie d’y croire, mais cette croyance ne rend pas ces stéréotypes plus tangibles, et surtout, elle nous rend toutes et tous terriblement inadéquats et décevants. Spécifiquement, elle rend les hommes malheureux (pour 20 % d’entre eux) et préoccupés (63 % des sondés).

Le problème n’est pas de vouloir croire en quelque chose. Nous avons besoin d’un langage commun. Créer une représentation « du » sexe nous permet d’en débattre et éventuellement, de ne pas être d’accord : à ce titre, le rapport-type constitue à la fois un idéal (c’est joli) et un repoussoir (c’est un cliché). Sans surprise, le langage commun occidental repose sur la complémentarité des amants, héritée du mythe de l’androgyne du banquet de Platon – elle fait partie des meubles de notre ADN culturel.

Pourquoi n’avons-nous pas déjà bousculé cette image, qui contredit les statistiques, et qui n’est particulièrement efficace ni pour se reproduire, ni pour se donner du plaisir, ni pour épargner aux hommes des sueurs froides ? (Sans même parler du rôle de figuration et d’encouragement laissé aux femmes ?) Eh bien, parce qu’on n’en parle pas. C’est une autre révélation de cette nouvelle étude : un tiers des hommes seulement ose parler de ses problèmes d’érection à sa ou son partenaire, et à peine un sur neuf consultera un spécialiste (se confier et demander de l’aide ne trônent pas au panthéon des valeurs viriles).

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Grand chambardement

Cependant, ne perdons pas espoir. L’avantage des hic culturels, c’est qu’on peut toujours les faire évoluer. Au Palais de la découverte de Paris, l’exposition « De l’amour » qui s’est ouverte ce mardi propose ainsi un court-métrage intitulé Eros, de la réalisatrice Manon Heugel. Cette chorégraphie, destinée (aussi) à un jeune public, montre un rapport sexuel sous forme stylisée. On y voit un homme noir et une femme blanche se déshabiller, échanger leurs sous-vêtements, danser, rouler et s’étreindre. Pas de rôles figés, ni de mâle invulnérable, ni de femme réduite à regarder le plafond. Pas de rapport sexuel stéréotypé.

Le grand chambardement a déjà commencé. Grâce aux musées, à nos conversations, aux séries télé, les enfants qui grandissent aujourd’hui bénéficieront d’un surmoi sexuel bien différent du nôtre – et certainement moins écrasant.

Et pour nous autres, adultes ? Le standard sexuel évolue. La version émergente se révèle moins stressante et plus fluide : l’amplitude du pénis (durée, longueur) est progressivement remplacée par l’amplitude du répertoire. On ne renonce pas aux idéaux, on les déplace et on les multiplie. On ne désintègre pas le pénis, on le réintègre – dans le corps, et dans le corpus imaginaire.

12 octobre 2019

LR, un parti exsangue en quête de chef

republicains

Article de Julie Carriat
Les adhérents du parti de droite, déboussolés par les défaites successives, ont jusqu’à dimanche pour élire leur nouveau président
Deux ans à peine après l’élection de Laurent Wauquiez, les adhérents du parti Les Républicains (LR) sont appelés aux urnes les 12 et 13 octobre pour désigner un successeur à même d’assurer la survie de leur parti. Depuis 2017, les troupes ont fondu : de 235 000 adhérents en 2017, le parti en a perdu 100 000 et revendique désormais 131 268 adhérents à jour de cotisation.

En 2017, M. Wauquiez avait été élu avec 74,64 % des voix et la participation, honorable, de 100 000 militants. Ce week-end, le parti mise sur moitié moins environ. « Ce serait pas mal si on arrivait à 60 000 », estime un député LR. Le vote, électronique, aura lieu du samedi 12 octobre, 20 heures, au dimanche 13, même heure ; quelque 200 permanences ouvriront pour assister, si besoin, les militants munis de codes reçus dans leur messagerie électronique et leur permettre de départager les trois députés candidats.

Question pronostic, rares sont ceux qui envisagent un second tour, ou alors avec effroi. « Je vois Christian Jacob passer au premier tour, confie l’un de ses soutiens à l’Assemblée. C’est lui ou le chaos. Si c’est pas lui, on éteint la lumière. »

En face, les députés du Vaucluse Julien Aubert et de l’Yonne Guillaume Larrivé contestent. « Rebellez-vous ! », ont-ils lancé pendant la campagne à des militants déboussolés, les invitant à s’affranchir des conseils de vote des présidents de fédération, largement favorables à Christian Jacob, député de Seine-et-Marne et président du groupe LR à l’Assemblée nationale. « L’idée que ce soit plié au premier tour me semble probable mais pas plausible », a déclaré M. Aubert à l’avant-veille du scrutin, tout en estimant que dépasser 30 % serait une « très bonne nouvelle ». Pour contrer la fatalité, les deux challengeurs se sont promis de se nommer mutuellement vice-président du parti si l’un d’entre eux était élu.

La tenue d’un second tour, qui donnerait lieu à un report des voix entre les deux quadras, serait en tout cas un désaveu pour Christian Jacob et la preuve que la discipline des fédérations n’est plus ce qu’elle était.

Pour expliquer l’incertitude des militants, il faut admettre aussi que le casting n’a pas déchaîné les passions. Connu sur la scène parlementaire, M. Jacob l’est moins du grand public. Quant à M. Aubert, empêché il y a deux ans de se présenter faute de parrainages, c’est l’un de ses premiers tours de piste nationaux, comme pour M. Larrivé, révélé à l’été 2018 comme corapporteur de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla à l’Assemblée nationale.

Présidence ingrate

Quel que soit le gagnant, cette présidence s’annonce ingrate. Conformément au vœu du président par intérim Jean Leonetti, les candidats ont mis à distance toute ambition présidentielle. Ces temps-ci, les vues sur 2022 se cultivent plutôt à l’extérieur du parti, comme pour les présidents de région et anciens LR Xavier Bertrand (Hauts-de-France) ou Valérie Pécresse (Ile-de-France).

Cette fois-ci donc, on ne pourra accuser le président de LR d’être obnubilé par des horizons nationaux, un procès qui avait été fait notamment à Laurent Wauquiez dans son exercice solitaire du pouvoir, rue de Vaugirard. L’enjeu sera de garantir la survie du parti, en passant d’abord le cap des élections municipales, puis en permettant sa reconstruction d’ici à 2022.

De ce point de vue, les trois candidats incarnent des droites distinctes. M. Jacob est un chiraquien historique, ses deux concurrents appartiennent à la génération d’Emmanuel Macron, que Julien Aubert a même côtoyé à l’ENA. « C’est quelqu’un du passé », jugent ses détracteurs, tandis que ses soutiens, nombreux dans l’état-major, pourfendent l’opportunisme de quadras vexés par l’ascension fulgurante du chef de l’Etat.

S’il fallait résumer leurs postures : M. Jacob est tenant d’une droite large et d’un rassemblement maximal, sur le modèle de l’UMP, M. Aubert assume une nostalgie du RPR et la constitution d’une ligne droitière abandonnant les centristes, déjà nombreux à avoir quitté d’eux-mêmes les rangs de LR. M. Larrivé, enfin, parle de transformation tout en revendiquant un héritage sarkozyste et une sensibilité libérale et régalienne. Sur l’échiquier, bon gré mal gré, Julien Aubert est celui qui réunit les parrains les plus à droite. Soutenu par plusieurs parlementaires curieux des discours de Marion Maréchal, dont le député de l’Ain Xavier Breton et le sénateur du Val-d’Oise Sébastien Meurant, il sera ce week-end le choix d’Erik Tegnér, relais auprès des LR de la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, adhérent du parti et ancien frontiste.

Face aux ténors repliés en région, les candidats divergent. Christian Jacob affiche pour slogan « Rassembler, réconcilier, rebâtir ». « Si on a vraiment l’envie de travailler ensemble, c’est dans la famille, la grande maison que nous devons le faire », a-t-il martelé pendant sa campagne, professant le souhait « d’ouvrir les portes et les fenêtres ». Il maintient un dialogue avec les anciens LR, dont Valérie Pécresse, vue en tête-à-tête après sa déclaration de candidature, et Xavier Bertrand, qui en a été prévenu.

Pour ses deux concurrents, cette « grande maison » ne va pas de soi, même s’il leur arrive de rêver à la possibilité d’un retour. « Ceux qui sont partis par la porte, on ne les laissera pas forcément rentrer par la fenêtre », prévient M. Aubert. « Je ne vais pas aller me prostituer pour demander à X ou Y de bien vouloir revenir », abonde M. Larrivé.

Surenchère

Les campagnes ont eu des différences de style. M. Jacob s’est refusé à débattre avec ses concurrents. M. Larrivé et M. Aubert se sont jetés dans la bataille avec appétit, quitte à tomber parfois dans la surenchère de propositions plus à droite les unes que les autres, à apporter leur soutien au polémiste Eric Zemmour après ses propos contre les immigrés et l’islam.

Les adhérents étaient le cœur de cible : Christian Jacob leur a promis une gestion interne associant davantage les élus locaux, tandis que ses rivaux ont proposé la suppression de la primaire ouverte, avec des alternatives variables (intégration de sympathisants, conseil électoral) et des référendums militants. Sans dérouler de véritables programmes, les candidats ont abordé d’autres thèmes. L’immigration notamment, à la faveur d’une droitisation des débats, favorisée par l’inscription du sujet à l’agenda par le chef de l’Etat, sur lequel les trois candidats n’ont pas manqué de se positionner. Le thème, médité de longue date par M. Larrivé, lui a fourni l’occasion de s’illustrer par des thèses proches de celles de l’extrême droite : fin du droit du sol, suspension du regroupement familial, sortie de certaines conventions internationales, quand M. Aubert proposait « un blocus de la marine nationale ». Même M. Jacob, dont le leitmotiv rassembleur semblait parfois incompatible avec l’élaboration d’un projet précis, a publié douze pistes, incluant notamment l’idée d’un retour aux lois Pasqua limitant le droit du sol.

Quelle que soit l’issue du vote, le défi s’annonce de taille. Jean-François Copé, candidat victorieux en 2012 à l’issue d’une campagne fratricide face à François Fillon, en sait quelque chose. Jeudi, sur France Inter, il résumait ainsi : « Après le désastre de la présidentielle et ces deux années d’errance lamentable qui ont abouti à 8 % des voix aux européennes, il y a tout à refaire de fond en comble ! »

6 octobre 2019

Entretien - Caroline Fourest : « J’ai eu besoin, d’air, de liberté, de cinéma ! »

Par Annick Cojean

Je ne serais pas arrivée là si… « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. Cette semaine, la journaliste et essayiste revient sur ses combats féministes et contre les intégrismes, sur le « tourment émotionnel  » de l’après-« Charlie », et sur son film « Sœurs d’armes », en salle le 9 octobre.

Sa quasi-disparition des débats depuis trois ans avait beaucoup intrigué. La journaliste et essayiste Caroline Fourest était en fait concentrée sur l’écriture et le tournage de son premier long-métrage, Sœurs d’armes, en salle le 9 octobre. Un film de guerre féministe, qui met en scène une brigade de résistantes kurdes combattant Daech [organisation Etat islamique, EI]. A 44 ans, elle explique ici son rêve de cinéma et la nouvelle orientation donnée à sa vie.

Je ne serais pas arrivée là si…

Si je n’avais pas été rattrapée par le flot d’émotions accumulées au fil de vingt ans de combats, et trop longtemps contenues, notamment après les attentats de Charlie et de Paris. J’avais longtemps résisté, refoulé ma peine, gardé mon calme, maintenu un cap, misé sur la raison, un journalisme d’enquête et d’explication. Mais la fureur du débat public après Charlie m’a ébranlée. Il tournait au lynchage. Les mêmes qui avaient désigné pour cibles mes amis de Charlie en les traitant d’islamophobes recommençaient de plus belle, les enterrant une seconde fois.

J’ai tenté de répondre, de contrer les salauds qui ne cessent d’inciter à la haine et de nourrir la machine à tuer, j’ai lutté par mes mots, écrit Eloge du blasphème (Grasset, 2015). Mais l’injustice et l’extrême violence des attaques ont eu raison de ce self-control auquel je me suis tenue si longtemps. J’ai senti un bouillonnement intérieur, un trop-plein d’émotions qu’il fallait que je transcende pour qu’elles ne me consument pas. Le cinéma m’a offert une nouvelle voie. La liberté de la fiction m’est devenue vitale.

Vous n’aviez pourtant jamais manqué de tribunes ni de lieux d’expression. Une vingtaine de livres et de documentaires, des chroniques radio et magazine, des invitations sur les plateaux télé…

Oui. J’ai beaucoup travaillé depuis mon engagement dans le journalisme, à l’âge de 20 ans. Et j’ai eu de beaux espaces pour m’exprimer. Je suis allée partout pour lancer des alertes, parfois un peu trop tôt, souvent seule contre tous. Je me suis plongée dans des enquêtes complexes en essayant de donner toutes les armes, toutes les clés, sur des sujets qui me semblaient menacer notre société.

Mais j’ai fini par avoir le sentiment que le débat public était saturé. Les réseaux sociaux n’étaient plus qu’injures. Je ne pouvais plus convaincre que les convaincus. Je sentais une impasse. Alors je me suis dit que, après tout, j’avais fait le job, tel un bon petit soldat qui avait mis toutes ses forces pour défendre ce en quoi il croyait. Le moment était enfin venu de réaliser mon rêve de cinéma, si longtemps différé.

Parce que c’était un rêve ?

Oui. Depuis toujours, je crois. Je n’avais pas les mots, je ne connaissais pas le métier, ma famille de commerçants du sud de la France n’avait rien à voir avec le milieu artistique. Mais j’aimais écrire des histoires.

« ENFANT, MON HÉROS DE L’ÉPOQUE S’APPELAIT LOUIS DE FUNÈS. FAIRE RIRE M’APPARAISSAIT COMME LA CHOSE LA PLUS NOBLE ET LA PLUS BELLE QUI SOIT. VOUS VOYEZ, J’AI UN PEU RIPÉ… »

A la maternelle, je fabriquais déjà de petits livres. Puis on m’a offert, pour ma communion, mon premier vrai cadeau : un appareil photo. Et je me suis ensuite jetée sur une caméra numérique. J’écrivais des sketches, des discours, des interviews, j’imitais des hommes politiques. Je faisais éclater de rire à la fin des banquets familiaux. Et mon héros de l’époque s’appelait Louis de Funès. Je connaissais ses films par cœur et rêvais d’être comique. Faire rire m’apparaissait comme la chose la plus noble et la plus belle qui soit. Vous voyez, j’ai un peu ripé…

En effet !

Mais je maintiens que l’humour est essentiel ! Mes amis sont de grands déconneurs. J’ai besoin de cet oxygène, de cette distance et du deuxième degré. C’est pour ça que j’ai tant aimé Charlie.

Un jour, j’ai confié à une de mes tantes : « Quand je serai grande, je serai comédienne. » Elle a éclaté de rire : « Caroline, tu serais incapable de dire une ligne que tu n’as pas écrite ! » Elle savait mieux que moi alors combien j’aimais écrire et maîtriser le show. C’est à cette époque que j’ai perdu un oncle que j’adorais. Et tout le monde s’est tourné vers moi, qui n’avais que 15 ans, en disant : « Il n’y a que toi qui puisse écrire le discours. » De fait, le texte est venu tout seul. J’avais l’écriture fluide. C’était certain : j’écrirais un jour des histoires. Mais ce rêve de cinéma, je l’ai mis en parenthèse pendant plus de vingt ans.

Pourquoi avoir tant différé ?

Parce que le journalisme m’a happée alors que j’étais étudiante. Et parce que j’y ai vu un moyen de lutter contre ceux qui menaçaient nos droits, nos libertés, une qualité de vie dans un pays que je trouve assez exceptionnel. Ce besoin de protection du pays peut paraître fou, il m’était pourtant viscéral.

Je voyais monter le Front national, les discours haineux contre les sans-papiers, les actions des cathos intégristes contre l’avortement, les droits des femmes et des homosexuels. J’avais 20 ans, j’assumais enfin qui j’étais, c’est-à-dire une femme qui aime les femmes et qui savait qu’elle le paierait très cher, et je percevais avec une acuité particulière toutes les menaces pesant contre les minorités. Il y avait urgence et j’ai foncé. Il se trouve qu’une rencontre essentielle a précipité et renforcé cet engagement.

Une rencontre qui pourrait être une deuxième réponse à « Je ne serais pas arrivée là si… » ?

Oui, car elle est fondatrice. Je travaillais pour Transfac, un journal étudiant, et m’étais lancée dans des infiltrations et des enquêtes sur l’extrême droite, quand, un soir de 1996, j’ai vu à la télévision une jeune chercheuse de sciences politiques démasquer et torpiller calmement une anti-IVG qui était en train d’embobiner tout le plateau. Elle s’appelait Fiammetta Venner et j’ai été scotchée.

Je l’ai interviewée le lendemain par téléphone et puis elle m’a donné rendez-vous, ainsi qu’à d’autres journalistes, au procès que lui intentaient les anti-avortements à la 17e chambre correctionnelle. Je suis arrivée dans un tribunal rempli de militants d’extrême droite et de féministes. Quand on s’est vues, un éclair a traversé la fenêtre du tribunal et nous a percutées. Un coup de foudre. Comme dans les films. Il y avait 400 personnes au tribunal, mais c’était comme si nous n’étions que deux dans la pièce. Voilà. On ne s’est plus quittées.

Mêmes urgences, mêmes combats, mêmes engagements ?

Oui. Elle arrivait du Liban et elle avait fait une énorme thèse de sciences politiques sur l’extrême droite, qu’elle avait d’ailleurs infiltrée. C’est une chercheuse surdouée, avec une capacité d’emmagasiner et de trier des données à une vitesse hallucinante. On a créé ensemble la revue [sur les questions politiques et religieuses et des droits individuels] ProChoix, en 1997, écrit des livres et des documentaires en travaillant de façon complémentaire. Même quand on est chacune sur un sujet, on se consulte et on se relit mutuellement. Elle est mon roc, mon bouclier, mon mentor aussi.

« APRÈS “CHARLIE”, J’AI COMPRIS QUE MÊME POUR ÊTRE UTILE, IL Y A DES CHOSES QUE JE N’ÉTAIS PLUS PRÊTE À ACCEPTER. TROP D’ENNEMIS, TROP DE PRESSION »

C’est avec elle que j’ai appris le féminisme, qui est devenu le fil conducteur de tous mes combats. Et c’est avec elle, très vite, que je me suis battue pour le pacs, fait des enquêtes pour démonter les réseaux secrets de Christine Boutin, dégonfler la pétition des maires anti-pacs. Et plus tard pour le mariage pour tous… Car je ne voulais pas vivre dans un monde qui m’interdise de me marier et d’avoir des enfants. L’idée m’était insupportable. Aujourd’hui, avec le vote de la procréation médicalement assistée [PMA, étendue à toutes les femmes et adoptée le 27 septembre par l’Assemblée nationale], je me sens citoyenne comme les autres, à ma place dans cette République que j’aime. Et libre, enfin, de me concentrer sur des envies plus personnelles.

D’autres combats vous ont retenue. Comment êtes-vous passée du sujet de l’extrême droite à celui de l’intégrisme musulman ? De Christine Boutin à Tariq Ramadan ?

Le choc du 11 septembre 2001 a créé de tels antagonismes, ranimé de telles haines, qu’on a décidé, avec Fiammetta Venner, de comparer les intégrismes juif, chrétien et musulman dans un livre intitulé Tirs croisés (Calmann-Lévy, 2003), pour bien en extirper la gangue raciste et essentialiste.

Et c’est là que je suis tombée sur Tariq Ramadan, dont je ne savais alors que faire. Etait-il moderniste ou fondamentaliste ? J’ai enquêté, lu ses discours, ses interviews, écouté ses cassettes et ai conclu au double discours. On m’est tombé dessus. Grasset m’a commandé un livre pour y voir plus clair. J’ai répondu : « Je signe pour l’enfer ! » Ce sera en fait dix fois pire que ce que j’avais prévu.

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Pourquoi le faire, alors ?

Le côté petit soldat. J’ai toujours mon envie de cinéma. Je viens même de gagner un concours de scénario. Mais écrire ce livre est alors de l’ordre de la mission. Je n’ai pas le choix. Je me dis : si je ne le fais pas, personne ne le fera. Ou ce ne sera pas bien fait et il va s’en sortir. Or je suis consciente que ce type veut radicaliser l’Europe et peut la faire exploser en profitant des complaisances de partis de gauche et en faisant, au final, gagner les extrêmes droites. Il faut l’arrêter. Je m’immerge pendant neuf mois dans son univers, décortique la mécanique du bonhomme, démonte point par point son discours, prouve qu’il a une visée stratégique. Et qu’il est dans une parfaite fidélité à son grand-père, fondateur des Frères musulmans [le cheikh égyptien Hassan El-Banna, en 1928].

Que se passe-t-il à la sortie du livre, en 2004 ?

La bourrasque. Il renverse l’accusation et me traite de menteuse, repris en chœur par ses alliés, ses fidèles, ses fanatiques, le réseau des Frères musulmans. Je suis taxée d’islamophobie, moi, la journaliste antiraciste obsédée par la vérité. Cela se traduit par des chaînes d’insultes, de trolls, de procès d’intention, de menaces. Mon adresse est divulguée, mon code… Le plus douloureux est que des gens pour qui je m’étais battue sont sensibles à ses propos, car il est redoutable – des gens de gauche, des féministes, des homos. J’avais le sentiment du devoir accompli, mais un goût amer d’injustice personnelle et de terrible danger pesant sur la société.

La tragédie de « Charlie » sera un point de bascule ?

Comment oublier ce matin du 7 janvier 2015 ? L’atroce lecture de la liste des proches tombés sous les balles ? Cela faisait dix ans que nous sonnions l’alarme, qu’on dénonçait les mots tordus qui armeraient des tueurs, qu’on redoutait des morts. Et voilà que recommençaient les « oui, mais » et les accusations d’islamophobie ? C’était mettre des cibles sur nos têtes.

J’ai vécu sous protection policière juste pour avoir le droit de continuer à m’exprimer en France, alors que notre liberté se jouait en Irak et en Syrie, où les Kurdes se battaient contre Daech ! J’ai compris alors, dans ce tourment émotionnel, que même pour être utile, il y a des choses que je n’étais plus prête à accepter. Trop de furieux aux basques, trop d’ennemis, trop de pression. Besoin d’air, de liberté, de cinéma. Il était temps !

Quel est le déclic pour vous lancer dans l’écriture d’un film ?

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dans laquelle on assiste à la foire aux esclaves et où l’on voit des combattants de Daech, rigolards, évaluer les petites yézidies, yeux bleus, yeux marron, qu’ils sont prêts à échanger contre un pistolet. Vous vous souvenez ? Cette scène était un sommet de racisme, de totalitarisme misogyne, de déshumanisation. Elle me hante. Je ne peux pas passer à autre chose.

« JE ME SUIS SOIGNÉE AVEC CE FILM. J’AI PU JOUER AVEC LES SYMBOLES QUI ME HANTAIENT, ENTENDRE DES MILLIERS DE CRÉPITEMENTS DE KALACHNIKOVS, VOIR DES GENS MOURIR ET SE RELEVER »

Je me rends au Kurdistan irakien, comme Charb en avait d’ailleurs le projet avant d’être assassiné. J’y rencontre des bataillons de femmes kurdes, à 800 mètres du front. J’ai envie de les rejoindre. Mais je ne sais sniper qu’avec des mots. Il faut l’ampleur du cinéma pour raconter cette histoire inouïe qui combine un sommet d’oppression misogyne et un sommet de puissance féminine. J’écris donc un film de guerre. Un film de guerre féministe !

Camélia Jordana, l’une de vos actrices, prétend que ce film fut pour vous une forme de « réparation »…

Elle a raison. Je me suis soignée avec ce film. Et le tournage a été jubilatoire. J’ai pu jouer avec les symboles qui me hantaient, entendre des milliers de crépitements de kalachnikovs, voir des gens mourir et se relever pour aller manger à la cantine, entendre Camélia Jordana crier à un djihadiste qu’elle abat : « Et maintenant, il est où ton paradis, connard ? », avant que les maquilleuses marocaines nous prennent dans leurs bras en disant : « On est fières de faire ce film. » Des figurants berbères se sont identifiés à des yézidis. Des Kurdes, des Arabes, des juifs, des homos, des hétéros et même des trans ont travaillé tous ensemble. J’ai eu l’impression qu’on s’en sortait par le haut. Nous transformions en créativité ces années sinistres. J’aime les combats joyeux.

C’est pour vous un changement de cap ?

Un changement de vie ! Je ne reviendrai pas au débat permanent. J’ai donné. Le cinéma me paraît être un outil tellement plus puissant, plus profond, qui permet d’entrer en communion avec des foules de gens différents, et notamment les jeunes. C’est le dernier vecteur universel. J’ai vingt-cinq idées. Et l’envie de faire des films jusqu’à la fin de mes jours.

Avez-vous le regret d’avoir perdu du temps ?

Pas du tout ! Je préfère débarquer dans le cinéma à 40 ans passés plutôt qu’à 20. Le journalisme a été une formidable passerelle vers les autres. J’ai accumulé les rencontres, les expériences, les épreuves. J’ai travaillé sur la psychologie de personnages multiples, proches de moi ou à l’opposé ; j’en connais la cohérence, les motivations, les aspects les plus nobles et les plus sordides. Voilà bien des atouts.

Le milieu ne reste-t-il pas profondément misogyne ?

Si ! Nous sommes dans l’ère post-Weinstein, mais ne nous leurrons pas, ça reste l’un des lieux les plus résistants au féminisme. Et je suis persuadée qu’à 20 ans, je ne l’aurais pas supporté. Je n’étais pas prête à composer avec le regard dégoulinant d’acteurs majeurs de ce milieu et l’objétisation du corps des femmes.

Aujourd’hui, j’y vois surtout un beau défi. Le cinéma est le lieu où l’on fabrique le fantasme. Or les femmes y ont été jusqu’à présent les objets du fantasme plutôt que ses fabricantes (il n’y a qu’à voir le nombre infime de réalisatrices). Eh bien, j’aime penser que mon film renouvelle le regard sur les femmes. Des hommes qui l’ont visionné me disent : « Qu’est-ce qu’elles sont belles, tes héroïnes ! » Belles ? Elles ne sont ni maquillées ni apprêtées. Elles sont en sueur et elles tirent à la kalachnikov. Belles ? Ils trouvent belles ces femmes puissantes, qui s’affirment, et même qui font peur ? Alors, c’est gagné.

« Sœurs d’armes », écrit et réalisé par Caroline Fourest, avec Dilan Gwyn, Amira Casar, Camélia Jordana…, en salle le 9 octobre.

9 octobre 2019

ALERTE-Turquie-Syrie: Ankara annonce le début de la phase terrestre de son offensive contre les Kurdes en Syrie (ministre)

Quelques heures après les premiers bombardements des positions kurdes en Syrie par l’aviation turque, le ministère turc de la Défense annonce que ses forces terrestres ont traversé la frontière pour combattre les milices kurdes.

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir dans la soirée à la demande de la France qui a fermement condamné cette intervention turque.

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CE QU'IL FAUT SAVOIR

L'armée turque est entrée dans le nord de la Syrie et a commencé ses opérations au sol, a fait savoir le ministère turc de la Défense, mercredi 9 octobre. L'opération doit permettre la création d'une "zone de sécurité" destinée à séparer la frontière turque des positions kurdes et accueillir des réfugiés, selon la Turquie. 

 Des milliers de civils fuient les bombardements. "Il y a des milliers de déplacés dans la région de Ras Al-Aïn et des villages de Tal Abyad, a indiqué le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. Les déplacés ont fui vers des secteurs adjacents épargnés par les bombardements", a-t-il précisé. 

 La Turquie entend créer une "zone de sécurité". Le pays veut faire rentrer les millions de réfugiés qu'elle a accueillis sur son territoire. Elle veut aussi éloigner la menace que constituent, à ses yeux, les Kurdes syriens, qu'elle considère comme des terroristes, même s'ils ont lutté contre l'Etat islamique.

 Moscou avait des réserves sur une offensive. Le président russe Vladimir Poutine a appelé son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à "bien réfléchir" avant de lancer une offensive contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie, annonce un communiqué du Kremlin. Il n'a pas été entendu.

 La France condamne "très fermement" l'offensive turque. La secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Amelie de Montchalin, a déclaré que la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni finalisaient une déclaration commune pour "condamner fermement" l'offensive turque. Les trois pays ont appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à se réunir pour discuter de l'offensive turque.

 Une réunion d'urgence demandée à l'ONU. Une réunion en urgence et à huis clos du Conseil de sécurité de l'ONU a été demandée. Cette réunion a été réclamée par la Belgique, la France, l'Allemagne, la Pologne et le Royaume Uni.

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22h02 : "Nos forces armées héroïques et l'Armée nationale syrienne (des rebelles syriens soutenus par Ankara) ont commencé la phase terrestre de l'opération", a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué. Selon le porte-parole du groupe de rebelles syriens, cette offensive terrestre contre des forces kurdes dans le nord-est de la Syrie a débuté ce soir en direction de la ville de Tal Abyad.

21h58 : La Turquie annonce le début de la phase terrestre de son offensive contre des forces kurdes dans le nord-est de la Syrie.

9 octobre 2019

Paris : Pour les 60 ans d’Astérix, la RATP rebaptise des stations de métro

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ANNIVERSAIRE Les usagers du métro parisien pourront descendre ce mercredi à Gare de Lugdunum ou à Place de Clichix

Surprise. Ce mercredi, les usagers du métro parisien pourront descendre à Menhir montant, Gare de Lugdunum, ou encore à Place de Clichix. Au total, 12 stations de la RATP seront rebaptisées à l’occasion du 60e anniversaire d'Astérix. Les clins d’œil au célèbre gaulois seront aussi visibles dans certaines rames de métro où les voyageurs pourront retrouver des extraits de BD​ en affichage.

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Au-delà des stations rebaptisées comme à Ourcq, Alésia ou Opéra, la station Rome (ligne 2) est entièrement relookée avec des planches de BD aux emplacements des panneaux publicitaires 4x3.

A la station Gare de Lyon​ (ligne 1), Panoramix distribuera de la potion magique de 14 et 17 heures et un photocall sera également disponible pour immortaliser la venue de quelques célèbres personnages de la BD à la station, annonce la RATP, en partenariat avec les éditions Albert René.

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13 octobre 2019

Surfe-qui-peut sur les rames du métro parisien

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Par Antoine Flandrin

REPORTAGE - Ils s’appellent Ikarus, Feito ou Mister Puma. Sous ces noms de code, ces trompe-la-mort s’adonnent à une activité à haut risque totalement prohibée : le « subway surfing ». Leur Everest : la traversée de la Seine avec vue sur la tour Eiffel, sur la ligne 6 à Paris.

Ce jour d’été, à 8 heures, sur le quai bondé de la station de métro Stalingrad, un individu masqué grimpe sur le toit de la rame, sous le regard médusé des passagers. Le conducteur, qui n’y a vu que du feu, s’engage sur le viaduc dressé au milieu du boulevard de la Villette.

L’acrobate masqué se met alors à courir sur le toit des wagons qui amorcent un virage au-dessus du canal Saint-Martin avant d’entrer dans la station Jaurès, où le haut-parleur annonce d’une voix monocorde : « Pour des raisons de sécurité, le trafic est interrompu sur la ligne 2. » Les passagers ont à peine le temps de lâcher un soupir d’agacement que l’acrobate, lui, est déjà loin.

Le long du canal, il tombe son masque de carnaval, laissant apparaître un visage juvénile. Il se présente : Ikarus. Ce nom de code lui va comme un gant. La mort, ce jeune Icare l’a déjà tutoyée. A un peu plus de 20 ans, ce Berlinois en a passé six à faire des acrobaties sur le toit des trains en mouvement. Un drôle de passe-temps, que les initiés appellent le « subway surfing ». « C’était bon, surtout le virage ! Ça change de Berlin, où ça va tout droit. » Puis de montrer ses mains noires comme du charbon : « Par contre, votre métro est dégueulasse ! », raille-t-il.

Un « sport de rue »

L’acrobate s’avance vers le canal, à la surface duquel flotte un gros poisson mort entouré de détritus. Il y plonge ses pognes pour les laver. « Le subway surfing est un sport de rue », balaie-t-il. Chaque session lui procure une dose d’adrénaline qu’il compare à une drogue dure.

Ikarus jure y être moins accro qu’à ses débuts. « Ce n’est plus une obsession, assure-t-il. Avant, je faisais du subway surfing pour aller au lycée, voir un pote ou acheter de l’herbe. Maintenant, je ne le fais que si ça m’apporte une sensation nouvelle. » Le jeune homme explique vivre de petits boulots qui lui permettent de payer son loyer et, surtout, de voyager. Ces derniers temps, il est allé faire du subway surfing à Vienne et du « bus surfing » à Barcelone.

C’est la deuxième fois qu’il vient à Paris. En avril, Ikarus a décroché le graal des trompe-la-mort du métro : surfer sur le toit d’une rame de la ligne 6, celle qui relie Charles-de-Gaulle-Etoile à Nation en passant par Montparnasse. Mais pas sur n’importe quel tronçon : juste entre les stations Passy et Bir-Hakeim, au-dessus de la Seine, face à la tour Eiffel. « Il n’y a pas de plus bel endroit sur terre pour faire du subway surfing », s’exclame-t-il. Cette portion de la ligne 6 est une sorte d’Everest. De nec plus ultra.

« C’est comme si j’étais à l’océan, avec la tour Eiffel devant moi. Ça m’a fait l’effet d’un manège à Disneyland ! » Feito, graffeur

Ce spot est depuis cinq ans le plus couru de la planète. Postées sur Instagram ou YouTube, les images de leur performance devant la « Dame de fer » sont de redoutables objets viraux. Car un subway surfeur est toujours accompagné d’un ou deux acolytes pour filmer ses exploits, qui, une fois postés sur les réseaux sociaux, agissent comme une machine à booster les ego. Ikarus l’admet : provoquer la mort lui donne un sentiment de toute-puissance.

« La première fois que tu fais du subway surfing, tu es tétanisé. Tu penses qu’une fois sur le toit, le vent va t’emporter. Mais quand tu atterris dessus et que le train démarre, tu te rends compte que tu t’en aies fait toute une montagne. La concentration est telle que la peur s’efface. L’adrénaline prend le dessus. Tu te sens alors en pleine possession de tes moyens. »

Quand le graffeur français Feito s’est décidé à surfer sur le toit du métro parisien, il a commencé lui aussi par ce tronçon mythique de la ligne 6. « J’étais déprimé, j’avais besoin de ressentir quelque chose d’intense », précise-t-il. Il est allé à Passy, où, il y a peu, il suffisait d’enjamber un grillage pour se retrouver sur le toit de la station. Lorsque le train est passé, il a sauté sur la rame, puis s’est couché.

De James Bond à « Mission impossible », les courses-poursuites sur le toit des trains sont des grands classiques du cinéma.

« C’était la première fois, j’avais pas trop de repères, alors je suis resté allongé sur le toit pendant cinq stations. En descendant, je me suis dit que je le referai, mais debout. » Un challenge qu’il a relevé, les jambes fléchies, le bras tendu, mimant un surfeur sur sa planche. « Je n’avais jamais fait de surf mais, lancé au-dessus de la Seine, c’est comme si j’étais à l’océan, avec la tour Eiffel devant moi. Ça m’a fait l’effet d’un manège à Disneyland ! », décrit-il.

La vingtaine fougueuse, ce graffeur qui décrit son état d’esprit comme « antisystème » ne se lasse pas des cascades du commissaire Jean Letellier, incarné par Jean-Paul Belmondo dans Peur sur la ville (1975). Lancé à la poursuite d’un truand, Bébel courait sur les toits d’une rame de la ligne 6, dans les tunnels puis (déjà) sur le viaduc de Bir-Hakeim. De James Bond dans Octopussy (1983) et Skyfall (2012) à Mission impossible (1996), en passant par Spider-Man 2 (2004), les courses-poursuites et les bagarres sur le toit des trains sont des grands classiques de l’histoire du cinéma qui ont nourri l’imaginaire des surfeurs urbains en herbe.

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Impact des réseaux sociaux

Le mouvement est apparu en Allemagne au début des années 1990. Mais, à l’époque, les jeunes avides de sensations extrêmes ouvraient les portes des trains en marche et se balançaient au-dessus des rails en s’agrippant à une poignée. Après plusieurs accidents, cette pratique a été délaissée pour réapparaître à la fin des années 2000. A Paris, Berlin, Moscou, Melbourne, New York, Stockholm et Bombay, le toit des métros est alors redevenu un terrain de jeu.

« Le subway surfing, c’est une manière facile de s’échapper de l’ambiance robotique de la ville. » Astoria

Les Parisiens Astoria et Piksu, de la Déjà Vu Collective, ont également traversé le viaduc de Bir-Hakeim, pas sur le toit mais calés entre deux voitures d’une rame. Une performance filmée à la Go Pro, qu’ils ont diffusée sur Instagram. « Le subway surfing, c’est une manière facile de s’échapper de l’ambiance robotique de la ville. Des paysages magnifiques défilent : les bâtiments haussmanniens, la tour Eiffel qui brille dans le ciel bleu… T’as le vent qui siffle et tu entends rien, à part les wagons qui crient sur les rails », explique Astoria.

Les surfeurs de la 6 n’ont pas tous réussi à éviter le pire. Trois accidents mortels ont eu lieu depuis 2015 sur le réseau RATP, le dernier étant survenu le 24 octobre 2017 à la station Bir-Hakeim. Et, en janvier de cette année, un adolescent s’est blessé grièvement en chutant du toit d’une rame.

La RATP assure qu’elle est particulièrement attentive à ce phénomène. Si elle estime que cette « pratique illégale » est aujourd’hui de « faible ampleur », elle craint son émergence « du fait de sa forte visibilité sur les réseaux sociaux ». Et de rappeler qu’elle porte systématiquement plainte lorsque des faits de trainsurfing sont avérés : les contrevenants sont passibles d’une peine d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.

En Russie aussi

La régie a même lancé, en juin 2018, une campagne de prévention sur Instagram, intitulée #Stoptrainsurfing, avec le cascadeur urbain et influenceur Johan Tonnoir. Celui-ci y multiplie les sauts spectaculaires dans les rues du 16e arrondissement de Paris, jusque sur le toit de la station Passy, où il explique à ses 28 000 abonnés pourquoi il ne fera jamais de trainsurfing. « Parce qu’il y a des choses que je ne vais pas pouvoir contrôler, comme la vitesse du train, un freinage inattendu, un oiseau qui passe et qui me fait perdre l’équilibre. »

« On a poussé le délire jusqu’à improviser un dîner avec une table, des bancs et du vin. » Ikarus

Malgré ces avertissements, les trompe-la-mort n’ont cessé d’affluer, obligeant la RATP à employer les grands moyens. En juillet-août, elle a fermé toutes les stations aériennes de la ligne 6 entre Montparnasse et Trocadéro, afin de rénover ses viaducs, et en a profité pour surélever les grilles aux abords de la station Passy. Avec leurs longues pointes en forme de lances en fer forgé, ces clôtures devraient (en théorie) avoir un effet dissuasif.

Paris n’est pas la seule métropole confrontée au problème. A Melbourne, en Australie, les autorités ne savent plus à quel saint se vouer. Les jeunes s’adonnent au subway surfing, mais aussi au « back riding », qui consiste à faire un trajet accroché à l’arrière d’un train. En 2015, le métro de la ville, le « City Loop », déplorait une centaine de back ridings. En Russie, les acrobaties sur le toit et à l’arrière des trains sont également devenues un problème public. La police a procédé à 1 000 arrestations de surfeurs de train en 2011.

Une mode qui attire également les filles : blonde, masquée, vêtue de noir, la dénommée Kobzarro, 21 ans, s’affiche sur Instagram surfant sur le toit de trains lancés jusqu’à 250 km/h à travers la banlieue enneigée de Moscou. « C’est une philosophie. Quand je fais du train surfing, je me sens absolument libre. Je crée mes propres règles. Personne ne peut me contrôler », dit-elle, bravache, dans une vidéo vue plus de 150 000 fois sur YouTube.

Toute cette petite internationale de surfeurs urbains se connaît par cœur. Mais si certains s’adonnent au subway surfing pour la seule adrénaline, Ikarus, lui, le fait aussi par rébellion. Il est, depuis 2014, membre des Berlin Kidz, qui se sont fait connaître par un film produit par leurs propres soins, mis en ligne en 2015, vu près de 800 000 fois sur YouTube. Ikarus et ses complices y multiplient les actions suicidaires.

« Freiheit »

Sur les toits des S-Bahn, ces trains jaunes qui parcourent l’immense capitale allemande, on les voit faire du vélo, des saltos avant, jongler avec un ballon de foot ou sauter dans la Sprée. « Courir sur les rames, c’était devenu de la routine, raconte Ikarus. Alors, on a poussé le délire à chaque fois un peu plus loin jusqu’à installer une table et des bancs et improviser un dîner avec du vin. »

Comme de nombreux subway surfeurs, les Berlin Kidz pratiquent d’autres disciplines urbaines : le parkour (qui consiste à franchir des obstacles urbains et à sauter sur les toits et les murs), le graffiti, le tatouage, le skateboard et l’urbex (la visite de lieux abandonnés, souvent difficiles et interdits d’accès).

Leur conception du tag comme du subway surfing se veut aussi extrême que politique. Les Berlin Kidz descendent la nuit en rappel le long des façades des immeubles pour y tracer à la bombe de peinture d’énormes inscriptions, dans lesquelles se cachent des messages politiques, le plus récurrent étant « Freiheit » (Liberté). « Nos actions ne sont pas faites pour plaire, mais pour dire aux riches : la ville nous appartient et, nous aussi, on peut vous faire payer », lâche Ikarus.

Originaire de Neukölln, un quartier du sud de Berlin, où vivent nombre d’immigrés du Proche-Orient et des Balkans, il dénonce la gentrification qui y sévit. « Un groupe immobilier étranger a racheté l’immeuble où j’ai grandi, y a augmenté les loyers pour nous foutre dehors et y loger des riches. On veut casser ce système qui rend malade notre planète », argue-t-il. Pour ça, il est prêt à y laisser beaucoup de plumes.

L’un de ses amis a failli perdre la vie lors d’un surf sur le toit d’un métro. Après avoir percuté à pleine vitesse la structure métallique d’un pont, il est tombé dans le coma. « Il s’en est sorti, mais il a perdu 40 % de la vue. Après ça, j’ai arrêté le subway surfing pendant un an », reconnaît Ikarus, encore troublé. Il ne s’est pas trop penché sur les raisons qui l’ont poussé à recommencer. « Je ne sais pas. Peut-être juste parce que c’est tellement grisant… », répond-il après un temps de réflexion. Depuis, il n’a cessé de mettre sa vie en danger.

« C’est ma thérapie »

Pionnier du mouvement, le cascadeur parisien Mister Puma, 43 ans, a commencé le subway surfing en 2008. En cette après-midi d’août, il arrive dix minutes en avance au rendez-vous qu’il a fixé à la station Bercy sur la ligne 6. Débardeur blanc, musculature d’acier, casquette vissée sur la tête, il vient de se réveiller. « Je suis un ermite qui aime la nuit. Un lève-tard », explique-t-il.

Après s’être calé entre deux voitures, il grimpe à mains nues sur le dos de la rame, qui, une fois sortie de terre, passe au-dessus de la Seine avant de finir sa course à la station Quai de la Gare. Pour lui aussi, rien ne remplace le tronçon Passy-Bir-Hakeim. « Le vrai kiff, ce serait de boire du champagne avec ma copine assis sur le toit d’un métro qui passe devant la tour Eiffel », lance-t-il.

Contrairement aux Berlin Kidz, Mister Puma est un oiseau solitaire. Sa démarche n’a rien de politique. Il le reconnaît bien volontiers : il n’est pas fait pour travailler quarante heures par semaine pour un salaire moyen. Sa vie, il la gagne en donnant des cours de boxe et des séances de remise en forme. Quand il a un coup de mou, il va faire du subway surfing. « C’est ma thérapie », dit-il.

Mais Mister Puma sait faire le buzz. En 2014, sa vidéo intitulée Métro Jump, où on le voyait sauter sur le toit d’un métro lancé à 50 km/h entre les stations Anvers et Barbès, sur la ligne 2, a été vue plus de 200 000 fois sur Internet. La performance ne s’était toutefois pas passée comme il l’avait prévue. En chutant sur le toit, il a rebondi sur le dos et s’est cogné la tête. « C’était à un moment de ma vie où j’avais la rage. J’en avais marre de chercher ma place dans ce monde. Il fallait que je le fasse pour me valoriser. »

Ce jour d’été, pas de temps à perdre, il file à Jaurès, sur la ligne 2, où il lui faut trente secondes pour grimper tel un félin sur le toit de la station, un auvent en verre peu épais. Un métro passe, il atterrit dessus « en douceur ». Son truc à lui, c’est de marcher sur les mains sur le toit du métro. Cette figure, il s’y est entraîné plusieurs heures par jour depuis plus de vingt-cinq ans. Un usager l’a vu, avertit le conducteur qui immobilise aussitôt la rame. Mister Puma saute sur le quai et disparaît.

Son troisième « ride » de la journée, il l’effectue entre Stalingrad et Jaurès, debout sur le wagon de tête, menton levé tel César sur son char. Le conducteur d’une rame déjà à quai l’aperçoit, descend de sa cabine et se saisit d’un combiné téléphonique pour donner l’alerte. Mister Puma bondit alors sur le quai, descend les marches de la station sans se presser, se fond dans la masse, avant de disparaître fier comme Artaban.

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