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Jours tranquilles à Paris
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23 juin 2017

Une piste d’athlétisme... flottant sur la Seine

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Par  Philippe Baverel

Pendant deux jours, aujourd’hui et demain, les sportifs, professionnels ou amateurs, vont marcher sur l’eau ! A défaut de miracle accompli sur la Seine, il s’agit d’une prouesse technique « totalement inédite », selon Thierry Reboul, président de l’agence Ubi Bene qui a réalisé l’ensemble des équipements mis en place pour ces deux journées olympiques pour promouvoir la candidature de la capitale aux JO de 2024.

Si les deux plongeoirs très colorés, œuvre de l’artiste Okuda, posés sur le pont Alexandre III dans le VIII e (17 et 12 m, réservés aux plongeurs de la fédération française de natation), ont fière allure, l’installation la plus spectaculaire est sans conteste la piste flottante d’athlétisme. D’une longueur de 156 m sur 15 m de largeur, elle a été transportée en trois morceaux hier, à la mi-journée, par des bateaux pousseurs au pied du pont Alexandre III, face au pont des Invalides. D’un poids de 120 t, « cet énorme plateau est posé sur une centaine de pontons agrégés, à la fois solidaires et indépendants les uns des autres de façon à suivre le mouvement des vagues », précise Thierry Reboul.

Le président d’Ubi Bene qui a aussi réalisé la course de drones sur les Champs-Elysées le mois dernier, ne cache pas qu’il a fallu « plusieurs mois de conception » pour réaliser ce système de pontons sur lequel a été posé « un plancher recouvert d’une moquette spéciale reproduisant la couleur d’une piste d’athlétisme avec ses bandes blanches ». Doté de garde-corps, cet équipement spectaculaire a bien sûr été validé par les autorités fluviales, sachant que « la jauge maximale autorisée est de 300 personnes en même temps », indique Thierry Reboul.

Véritable « scène sur la Seine » (la Comédie française doit y donner une performance cet après-midi à 15 heures), la piste flottante servira de décor au coup d’envoi de ces deux « journées olympiques » : aujourd’hui à midi, Anne Hidalgo, maire de Paris, et Tony Estanguet, coprésident du comité Paris 2024 et triple champion olympique de canoë-kayak, y donneront le top départ d’un 100 m en compagnie d’autres athlètes français, toutes disciplines confondues.

Quant à savoir combien a coûté la construction de cette piste flottante, motus ! Jean-François Martins (ex-MoDem), adjoint d’Anne Hidalgo chargé des sports, répond seulement : « Le budget de l’ensemble du dispositif des journées olympiques des 23 et 24 juin est de 2,5 M€, financé par la Ville, le mouvement olympique et le comité de candidature ».

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23 juin 2017

Un millier de bouches à incendie ouvertes

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Canicule

Ils sont agacés, lassés et… inquiets. Les pompiers de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) ont fait les comptes : en quatre jours de canicule, un millier de bouches à incendie a été ouvert « sauvagement » à Paris et les trois départements de petite couronne (Hauts-de-Seine, Val-de-Marne, Seine-Saint-Denis). Tout ça pour se rafraîchir !

« Cette tendance surnommée street pooling (NDLR : piscine de rue), apparue lors des épisodes caniculaires de 2015, plus en banlieue que Paris intra-muros, n’est pas sans conséquences », martèle Clément Cognon, porte-parole de la BSPP. Et d’énumérer : les accidents d’électrocution que peuvent provoquer ces espèces de geyser d’eau, notamment aux abords des lignes électriques aériennes, lignes de tramway, caténaires SNCF. Mais aussi avec les installations électriques souterraines. Sans compter le risque de chutes sur la chaussée mouillée. Et le plus grave : l’ouverture de ces bouches crée une pénurie d’eau préjudiciable lors des interventions des pompiers.

De plus, « nous avons reçu un millier d’appels, ça bloque notre plate-forme d’urgence ». Et de répéter qu’il faut alors prévenir la mairie d’arrondissement et non les pompiers. C’est la DPE, le service de voirie de la mairie de Paris qui a en charge ces bouches à incendie. Enfin, le street pooling coûte cher à la collectivité. En 2015, 250 000 m 3 d’eau ont été gâchées. Soit la bagatelle d’1 M€.

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24 novembre 2019

Une « fausse sécurité » : à Nagasaki, le pape dénonce le principe de la dissuasion nucléaire

Par Cécile Chambraud, Nagasaki, Japon, envoyée spéciale

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Le chef de l’Eglise catholique, sur le lieu même du bombardement atomique du 9 juin 1945, a confirmé l’évolution de la doctrine du Saint-Siège sur le sujet. « Un monde sans armes nucléaires est possible et nécessaire », a-t-il affirmé.

Sous une pluie tenace, dans le parc de la paix de Nagasaki, qui fait mémoire des 74 000 victimes de la seconde bombe atomique lancée sur le Japon le 9 août 1945, sur le lieu même de son explosion, le pape François s’est directement adressé aux gouvernants de la planète pour leur dire que le temps était venu de renoncer aux armes nucléaires et leur demander de construire une paix qui ne repose pas sur la possession de tels armements et la menace de s’en servir pour dissuader d’éventuels agresseurs.

« Un monde sans armes nucléaires est possible et nécessaire », a affirmé le chef de l’Eglise catholique. D’autant plus que selon lui, « ces armes ne nous défendent pas des menaces contre la sécurité nationale et internationale de notre temps ».

Au premier jour de sa visite au Japon, dimanche 24 novembre, le pontife jésuite a prononcé un message, bref et dense, qui explicite les raisons qui l’on conduit, depuis deux ans, à changer la doctrine du Saint-Siège sur cette question. Auparavant, en effet, s’ils déploraient les capacités dévastatrices de l’arme nucléaire et appelaient à un désarmement concerté, les papes, depuis 1945, avaient admis la dissuasion, comme un pis-aller, à condition qu’elle soit une étape sur la voie du désarmement.

En 2017, François a franchi un cap. Il a condamné la possession des armements nucléaires et l’Etat du Vatican, abandonnant sa posture habituelle d’observateur aux Nation unies, a signé le projet de traité sur leur interdiction (TIAN), comme 132 autres Etats (mais aucun Etat possesseur de la bombe ni leurs alliés, dont le Japon).

« Solidarité » et « coopération »

A Nagasaki, où les architectes de la dissuasion ne peuvent oublier que l’arme atomique fut un jour employée, François a d’abord prié devant le monument aux victimes après y avoir déposé une couronne de fleurs blanches. « Ce lieu nous rend davantage conscients de la souffrance et de l’horreur que nous, les êtres humains, nous sommes capables de nous infliger », a-t-il commencé. Puis il a énuméré les raisons qui le conduisent aujourd’hui à condamner la possession de tels armements.

Pour le pontife argentin, loin de favoriser la paix, la possession d’armes nucléaires et « d’autres armes de destruction massive » n’instaure qu’une « fausse sécurité » fondée sur la « crainte » et la « méfiance qui finit par envenimer les relations entre les peuples et empêcher tout dialogue ».

« La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de compter sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total », a-t-il affirmé, en demandant à ce que leur soient substituées la « solidarité » et « la coopération » entre des Etats conscients de leur « interdépendance ».

Le pape a ensuite appelé à « rompre la dynamique de méfiance qui prévaut actuellement » entre Etats « et qui fait courir le risque d’arriver au démantèlement de l’architecture internationale de contrôle des armes ».

« Confiance mutuelle »

De fait, les traités qui régulaient les deux principaux arsenaux, américain et russe, sont en train d’être remis en cause avec la sortie américaine du traité sur les forces nucléaires intermédiaires en Europe en août, l’échec probable de l’examen du traité de non-prolifération en 2020, les incertitudes sur le renouvellement du grand traité bilatéral New-START sur les armes stratégiques en 2021 et l’impasse du traité sur l’interdiction complète des essais.

« Nous assistons à une érosion du multilatéralisme d’autant plus grave si l’on considère le développement des nouvelles technologies des armes », a insisté François. Pour sa part, a-t-il ajouté, le Vatican ne se lassera pas « d’œuvrer et de soutenir avec une insistance persistante les principaux instruments juridiques internationaux de désarmement et de non-prolifération nucléaire, y compris le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires ».

« Notre réponse à la menace des armes nucléaires doit être collective et concertée, sur la base de la construction, ardue mais constante, d’une confiance mutuelle qui brise la dynamique de méfiance qui prévaut actuellement », a-t-il affirmé. « Il devient crucial de créer des instruments qui assurent la confiance et le développement mutuel, et de compter sur des leaders qui soient à la hauteur des circonstances », a-t-il ajouté.

A Hiroshima pour un discours sur la paix

François a enfin repris un parallèle déjà établi par ses prédécesseurs entre les moyens investis dans l’armement, qui seraient autant de ressources détournées du développement. Il y a ajouté une troisième composante, celle de la préservation de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique. « L’argent de la course aux armements pourrait être utilisé pour le développement (…) et pour la protection de l’environnement naturel », a-t-il déclaré.

« Dans le monde d’aujourd’hui, où des millions d’enfants et de familles vivent dans des conditions inhumaines, l’argent dépensé et les fortunes gagnées dans la fabrication, la modernisation, l’entretien et la vente d’armes toujours plus destructrices sont un outrage continuel qui crie vers le ciel », a-t-il ajouté. Il devait se rendre à Hiroshima dans l’après-midi et y prononcer un discours sur la paix.

24 novembre 2019

Synthèse « Il faut que ça change » : des dizaines de milliers de manifestants contre les violences faites aux femmes

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Selon un décompte du cabinet indépendant Occurence, 49 000 personnes ont manifesté samedi à Paris, et des milliers d’autres dans toute la France contre les féminicides.

A deux jours de la fin du Grenelle contre les violences conjugales, plusieurs milliers de personnes ont manifesté, samedi 23 novembre, dans une trentaine de villes de France contre les violences sexistes et sexuelles. Elles étaient 49 000 dans les rues de Paris, selon un décompte du cabinet indépendant Occurence, réalisé pour un collectif de médias. Cette mobilisation était beaucoup plus importante que celle de l’an dernier, quand la marche dans la capitale avait rassemblé entre 12 000 (selon la police) et 30 000 personnes (selon les organisatrices).

Le collectif #NousToutes, à l’initiative de la manifestation, a salué « la plus grande marche de l’histoire de France contre les violences » sexistes, en revendiquant la présence de 100 000 personnes à Paris et 150 000 dans l’ensemble du pays. Près de 70 organisations, partis politiques, syndicats et associations (Planning familial, CGT, CFDT, EELV, LFI, PS, UNEF, PCF, SOS Homophobie…) avaient appelé à se joindre au défilé.

Depuis le début de l’année 2019, au moins 116 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, selon un décompte de l’Agence France-Presse (AFP). Sur l’ensemble de l’année 2018, le chiffre avait atteint 121 femmes victimes, selon le ministère de l’intérieur. Environ 213 000 femmes sont victimes chaque année de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint, soit près de 1 % des femmes âgées de 18 à 75 ans, selon des données officielles.

A Paris, une marée violette pour demander « pas une de plus »

Dans la capitale, la manifestation s’est élancée en début d’après-midi de la place de l’Opéra en direction de celle de la Nation, réunissant entre 49 000 personnes, selon un cabinet indépendant, et 100 000 selon les organisateurs.

Derrière la banderole de tête tenue par l’Union nationale des familles de féminicide (UNFF), plusieurs personnes portaient des pancartes affichant la photo de leur proche assassinée. Parmi eux, les parents de Julie Douib, tuée en Corse le 3 mars. Pour son père, Lucien Douib, « c’est vraiment un combat, on est obligés de surmonter notre peine, il faut que ça change ».

En tête de cortège, plusieurs personnalités sont venues montrer leur soutien à la cause des femmes victimes de violences, notamment les comédiennes Muriel Robin, Julie Gayet, Alexandra Lamy, Nadège Beausson-Diagne, Anne Richard, l’animatrice Daphné Bürki et l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem.

Les pancartes étaient nombreuses pour rappeler que « la première cause de mortalité des femmes, c’est la violence des hommes », demander que « pas une de plus » ne trouve la mort en France et dans le monde, ou dénoncer l’« Etat coupable, justice complice ».

Dans une ambiance à la fois sérieuse, émouvante et joyeuse, les manifestants, souvent venus avec leurs enfants, arboraient des panneaux, bonnets et rubans violets, couleur qui symbolise les marches féministes du monde entier.

Des défilés dans une trentaine de villes en France

Une trentaine de marches étaient annoncées samedi, notamment à Lille, Bordeaux, Rennes, Strasbourg. Le premier cortège s’est élancé à 10 heures à Saint-Etienne (Loire), réunissant 220 personnes selon l’AFP.

A Toulouse, la marche a rassemblé plusieurs centaines de manifestants, qui scandaient « A bas, à bas le patriarcat », « On se laissera plus jamais faire ». Le traditionnel cortège des « gilets jaunes » a opéré la jonction avec le défilé féministe.

A Bordeaux, des milliers de personnes ont bravé la pluie pour défiler entre la place de la Bourse et la préfecture. Le cortège a marqué l’arrêt devant des bâtiments symboliques de l’action publique : la caserne de pompiers, le commissariat central de la place Meriadeck.

La marche de Rennes a rassemblé également plusieurs milliers de manifestants, avec en tête de cortège des femmes exilées et sans papiers, particulièrement exposées aux violences, selon Ouest-France, ainsi que des proches de victimes de féminicides.

A Grenoble, le cortège ne s’est élancé qu’à 16 heures, pour « se réapproprier l’espace public la nuit », selon une des organisatrices. Devant la préfecture, un décompte des victimes de féminicides a été lu à haute voix.

2 juin 2014

Heidi Klum et Jean-Paul Gaultier unis pour la bonne cause

La mode et l’amfAR (American Foundation for AIDS Research) ont toujours fait bon ménage. Après le très lucratif gala cannois animé par Sharon Stone, c’est au tour de Jean Paul Gaultier et Heidi Klum de s’associer à la fondation. L’enfant terrible de la mode a imaginé un tote bag recouvert de sa marinière fétiche et d’un de ses croquis. Un sac qui suffit à habiller le top model allemand sur la photographie qui illustre cette collaboration. À 40 ans, elle est resplendissante et respire la joie de vivre.

Le cabas sera disponible en exclusivité dès le 1er juin chez Bloomingdale, la chaîne de grands magasins multimarques américaine. Mais n’ayez crainte, on pourra également le retrouver sur le site de l’amfAR au milieu de l’été pour 35 dollars (25 euros).

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20 juin 2014

Robert Mapplethorpe (photographe) - Exposition au Grand Palais jusqu'au 13 juillet

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Epigraphe :

«Je cherche la perfection dans la forme. Dans tes portraits. Avec les sexes. Avec fleurs. »

Robert Mapplethorpe, entretien avec Barbara McKenzie, 1985

Introduction :

Robert Mapplethorpe est un artiste obsédé par une quête esthétique de la perfection. Sculpteur dans l'âme et dans l'imagination, il veut « que les gens voient [ses] œuvres d'abord comme de l'art, ensuite comme de la photographie. » Sous le signe de Michel-Ange, Mapplethorpe se positionne en héraut d'un idéalisme classique revu et corrigé dans le New York libertaire des seventies. Explorant les techniques de tirage les plus raffinées, il enrichit sa création de pièces uniques, compositions mixtes, encadrements spéciaux... Comme dans le roman de Joris-Karl Huysmans, l'exposition est construite A rebours pour cet autre dandy de la fin d'un autre monde qu'est Robert Mapplethorpe. Partir de l'autoportrait à la tête de mort, c'est commencer par l'image d'un jeune homme déjà vieux, tragédie de la vie fauchée en plein élan par le sida. C'est aussi marquer la posture fantastique d'un maître du royaume des ombres (la photographie), Orphée qui semble, par-delà la mort, encore (un peu) vivant mais déjà dans la postérité de son œuvre, nous invitant de sa canne satanique à le suivre dans les enfers de son histoire, à la recherche de son désir. « La photographie et la sexualité sont comparables, explique Mapplethorpe. Elles sont toutes deux inconnues. Et c'est cela qui m'excite le plus. » II a exploré la photographie du corps jusqu'à la frontière de la pornographie, comme peut-être aucun artiste avant lui. Le désir qu'on lit dans ces images, c'est souvent celui du photographe, mais c'est aussi la vie d'un certain New York des années 1970-1980, en pleine libération sexuelle. « J'essaie d'enregistrer le moment dans lequel je vis, qui s'avère être à New York. J'essaie de capter cette folie et d/y mettre un peu d'ordre. »

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Voir mes autres billets sur Robert Mapplethorpe : 13/06/2014, 10/06/2014, 31/05/2014, 30/05/2014, 26/05/2014, 19/05/2014, 22/04/2014, 28/03/2014, 27/03/2014, 26/03/2014, 25/03/2014 (2 billets), 18/03/2014, 18/01/2014, 26/11/2013, 21/05/2013, 28/02/2012, 21/08/2011.

Pour y accéder (après avoir noté les différentes dates) voir l'historique en cliquant sur le lien suivant : http://jourstranquilles.canalblog.com/archives/index.html

20 novembre 2019

Jeux Interdits - ce soir sur ARTE

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Genre : Film - Drame

Année : 1952

Avec : Brigitte Fossey, Georges Poujouly, Jacques Marin, Laurence Badie, Lucien Hubert, Suzanne Courtal...

Résumé de Jeux interdits

En juin 1940, les parents et le chiot de la petite Paulette sont mitraillés par un avion allemand. Terrorisée, la jeune orpheline se réfugie au bord d'un ruisseau, serrant contre elle le cadavre de son chien, avant d'être recueillie par un jeune garçon de dix ans, Michel Dollé. Ce dernier l'amène à la ferme de ses parents, qui daignent l'accueillir afin de prouver à leurs voisins qu'ils sont capables d'accomplir une bonne action.

L'enfer de la guerre et le drame de la séparation, vécus par des enfants. Une oeuvre poignante qui a gardé toute sa force.

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29 juin 2014

Robert Mapplethorpe (photographe) - Exposition au Grand Palais jusqu'au 13 juillet

Exposition Robert Mapplethorpe Le Grand Palais consacre en ce moment une exposition à Robert Mapplethorpe, l'un des plus grands photographes d'art, particulièrement connu pour ses portraits en noir et blanc et pour ses photos particulièrement crues et érotiques qui ont fait scandale à la fin des années 60 et au début des années 70. Ami proche de Patti Smith, il est à l'origine de la photo en couverture de son album Horses et a également réalisé de nombreux clichés pour d'autres artistes et pour le magazine Interview. Mais c'est grâce à ses photos sur l'univers sado-masochiste new-yorkais qu'il va réellement se faire connaître. Dans les années 80, son style va changer et il va plutôt chercher à capturer une beauté abstraite et va réaliser une série de clichés pour Jean-Charles de Castelbajac. Cette exposition au Grand Palais regroupe plus de 200 de ses photos, prises entre 1970, au début de sa carrière et 1989, année de sa mort. Si malheureusement vous ne pouvez pas vous rendre à l'exposition, le catalogue ainsi que de nombreux objets sont disponibles sur le site en ligne "Boutiques de musées". Un documentaire interactif disponible sur le site du Grand Palais vous permet également de marcher dans les pas du photographe en découvrant tous les lieux emblématiques de sa carrière à New York, qu'il s'agisse de l'université où il a fait ses études, aux clubs qu'il a fréquentés. Le site web d'Arte revient également sur le travail de Mapplethorpe à travers différents dossiers accompagnés de photos et de vidéos. Paris regorge d'expositions de photos, alors si vous êtes un fan de photographie, ne ratez pas non plus celle consacrée au Paris vu par Martin Parr à la Maison Européenne de la Photographie (métro Saint Paul, jusqu'au 25 mai), ni celle de Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou (jusqu'au 9 juin). "Robert Mapplethorpe", jusqu'au 13/07/2014. Grand Palais, Avenue du Général Eisenhower (métro Champs-Élysées - Clémenceau)

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21 novembre 2019

Critique -La SNCF sous l’Occupation, racontée sans manichéisme

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Par Philippe-Jean Catinchi

Le documentaire de Catherine Bernstein fait une lecture nuancée du rôle des cheminots pendant la guerre.

FRANCE 3 – JEUDI 21 NOVEMBRE À 23 H 00 – DOCUMENTAIRE

Lorsque le film de René Clément, La Bataille du rail, est projeté au premier Festival de Cannes, son accueil chaleureux – il y remporte les prix du jury international et de la mise en scène avant de décrocher en fin d’année le premier prix Méliès, au titre du meilleur film de 1946 – contribue à fonder la légende d’une exemplaire résistance française face à l’occupant nazi. Cette vision héroïque de l’engagement des cheminots n’est écornée qu’un quart de siècle plus tard, lors du débat télévisé des « Dossiers de l’écran », qui suit la diffusion du film de Clément, où est posée la responsabilité des conducteurs des convois qui assuraient la déportation vers les camps.

Mais l’argument fait long feu, et il faut attendre les années 1990 pour que le sujet devienne un enjeu mémoriel fort, où le soupçon d’une collaboration active avec l’ennemi entache la belle image de la geste cheminote.

Légende dorée contre légende noire, le documentaire de Catherine Bernstein, coécrit par l’historien Laurent Douzou, auteur de la si précieuse Résistance française : une histoire périlleuse (Seuil, 2005), refuse les simplismes et offre une lecture nuancée, sans être timorée, de ce moment terrible. D’autant que les témoins sont filmés avec délicatesse, sans souci de sensationnalisme. Sur un tel dossier, il était nécessaire de convaincre l’entreprise d’apporter son concours. Ainsi les ressources de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) conjuguées aux extraits du film de Clément, toujours sourcés, permettent un montage judicieux qui sert au mieux le propos.

Rappelant la jeunesse de l’entreprise publique, née du Front populaire, et le poids considérable de ses effectifs – un demi-million de cheminots –, le film distingue les options des dirigeants, dont la latitude est mince, puisque le rail, devenu le mode de transport quasi exclusif, est piloté par l’Etat français collaborationniste. Une conséquence directe de la convention d’armistice de juin 1940 que les dirigeants, polytechniciens sans état d’âme, résument d’un glaçant mot d’ordre : « La technique d’abord ».

Attentisme et prudence

A la base, l’attitude est tout autre. L’esprit de corps des cheminots et le besoin de disposer d’un savoir-faire précieux ont ménagé la corporation des épurations antisyndicales et anticommunistes. Attentisme et prudence seront donc de mise, jusqu’à ce que les actes de désobéissance et de sabotages se fassent plus spectaculaires, quand la mobilisation se fait plus forte, dès l’entrée en guerre de l’URSS et la contrainte du travail obligatoire, le STO.

Aussi le tribut humain versé par les cheminots, activistes ou otages, justifie que, face à la tardive repentance de l’entreprise – Guillaume Pepy n’a reconnu qu’en janvier 2011 que la SNCF, qu’il a présidée jusqu’en octobre, fut « un rouage de la machine nazie » –, on garde aussi en mémoire l’héroïsme des femmes et des hommes engagés dans la bataille du rail.

Si l’espace public a gardé le souvenir de Pierre Semard, syndicaliste communiste tenu pour le « dirigeant national des cheminots », arrêté en novembre 1939, fusillé en mars 1942 et dont les obsèques solennelles au cimetière parisien du Père-Lachaise, en 1945, ont un caractère officiel, on souhaiterait une fortune semblable pour Léon Bronchart (1896-1986), seul conducteur de la SNCF à avoir refusé de conduire un train de prisonniers politiques, à Montauban fin octobre 1942. Ce qui lui valut suspension, avant que ses actes de résistance ne le conduisent dans les camps.

« La SNCF sous l’occupation », documentaire de Catherine Bernstein (France, 2019, 65 min).

19 novembre 2019

Carole Bellaïche : Isabelle Huppert

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Fan d’Isabelle Huppert et des images de Carole Bellaïche ?

Oui : complètement ! C’est pour cela qu’à l’occasion de son exposition à la Galerie XII , nous vous présentons 12 nouvelles photos accompagnées d’extraits du texte par Alain Bergala

par Alain Bergala

La Grande Actrice joue dans un film. Pendant des semaines, elle va être sous le regard de son metteur en scène, mais aussi sous celui du chef-opérateur, qui n’est pas tout à fait un technicien comme les autres. Même s’il travaille à faire l’image que le réalisateur attend de lui, quelque chose se trame souvent entre l’actrice et lui, une connivence très spéciale entre celle qui donne son image et celui qui lui donne forme, lumière et matière. Cette connivence est un peu secrète, presque sans paroles. Le chef-opérateur protège ce qu’il a deviné comme points de fragilité chez elle, réels ou imaginaires, mais dont le cinéaste a parfois besoin pour donner de la force à son film. Le spectateur n’y verra que du feu. Chez la Grande Actrice, les forces et les fragilités ne sont pas contradictoires, elle a besoin des deux pour tenir sa place dans la création du film. Ses rôles se tiennent souvent dans cet écart entre le dur et le fragile.

Quand le tournage s’arrête – et comme disait Bergman « la caméra finit toujours par s’arrêter » – l’intensité de ce qui s’est passé dans ce triangle s’éteint tout à coup. Chacun repart vers un autre film. Pour la Grande Actrice un nouveau film va bientôt commencer, car elle ne s’arrête pratiquement jamais de tourner. Le triangle va se reconstituer ailleurs, avec d’autres partenaires d’image. À chaque film, l’intensité de ce qui se joue dans ce triangle est à recommencer.

Dans les interstices de sa vie de tournages, la grande Actrice se retrouve souvent devant un autre objectif, celui des photographes qui obtiennent d’elle des séances de pose.

Ils ont toujours été très nombreux. Ce n’est pas à son corps défendant car c’est une collectionneuse, voire une croqueuse de regards. Une exposition et un livre – La femme aux portraits – ont rassemblé en 2005 une centaine de photos, parmi les dizaines de milliers où elle a posé pour les meilleurs photographes du monde[1]. Tout ce qui compte comme auteurs dans la photographie, depuis les années 70, a voulu attraper d’elle une image où il l’apprivoiserait à son propre style. Un auteur, en photographie comme en cinéma, est quelqu’un qui intègre son modèle dans des images qui portent le sceau de son style, de son imaginaire esthétique, celui d’une vision qui n’appartient qu’à lui. L’opération n’est pas si facile avec elle. Elle a une capacité de résistance photographique à toute « épreuve ».

Avec l’Amie Photographe, le temps de l’échange n’est plus délimité en tranches étanches, en séquences figées, closes sur elles-mêmes. Ce que la Grande Actrice aime dans cette relation c’est que même après de longs moments de pause, parfois des mois, elle sait qu’elles vont se retrouver un jour ou l’autre, ici ou ailleurs, que la séance va reprendre, que rien ne s’arrête ni ne se fige jamais entre elles. Leurs retrouvailles photographiques sont des moments parmi d’autres, dans leurs propres vies, où l’alibi événementiel (un festival, une séance d’essayage de costumes, un voyage, etc.) compte finalement moins que cette continuité de leurs échanges. Cette longue séance n’est jamais interrompue, seulement suspendue de temps en temps.

Dans cette permanence en pointillés de leur relation photographique, chacune est devenue libre de son rôle. Aucun surmoi ne régit le jeu qu’elle vont improviser ensemble à chaque nouvelle retrouvaille, avec la légèreté de ces moments où personne n’a plus peur de l’autre, où personne ne sent plus le besoin de prouver quoi que ce soit à l’autre, où les deux sont justes visiblement heureuse de retrouver et de conforter un lien d’amitié photographique. Entre elles, les problèmes de style ou de pouvoir ne se posent plus depuis longtemps. L’Amie Photographe n’a plus besoin de marquer de son autorité ces images qui sont réellement partagées, où la frontière entre la pose et l’improvisation est souvent indécelable. La connivence, qui est un mot usé, reprend ici son sens original de « laisser faire » : laisser entre elles les image se faire, sans forçage d’aucune sorte.

Dans la vraie vie, elles n’ont pas pu être amies d’enfance, mais quand elles se retrouvent, elles se rejoignent pourtant dans cette nostalgie que deux femmes peuvent avoir d’une enfance parallèle, sinon commune. La Grande Actrice, un jour, emmène l’Amie Photographe dans la maison qui a été celle de son enfance. C’est une exception, car elle veille soigneusement à séparer de façon étanche la femme privée et la femme publique. Sait-elle à ce moment-là que Carole C. a été une photographe de 14 ans ? Pas une adolescente qui fait des photos mais une vraie photographe, avec un projet précis, rigoureux, où est déjà constitué son rapport photographique aux autres et au monde. Elle a commencé en Seconde à photographier ses amies de lycée – les plus belles précise-t-elle-, dans des coins de la grande maison familiale. Pas dans l’espace commun de la famille mais dans des cachettes à elles, des cabanes imaginaires, des espaces dérobés au collectif de la vie familiale.

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Il reste quelque chose de ce jeu d’adolescentes dans leur plaisir à trouver, où qu’elles soient, des petits espaces dérobés dans les grands espaces collectifs des lieux de travail : les loges, les chambres d’hôtel, les couloirs. Elles partagent aussi la nostalgie des maisons perdues  de l’enfance, dont la photographe a fait un de ses sujets obsédants.

L’Amie Photographe accompagne parfois la Grande actrice en voyage. Photographier quelqu’un en voyage, c’est souvent en saisir une image exotique, comme si quelque chose de l’identité de la personne avait forcément changé dans cet autre pays, dans ce nouveau décor. L’Amie Photographe continue à la regarder comme elle l’a toujours fait, comme si rien de leur relation n’était différent dans ce nouveau contexte. Au contraire, tout se passe comme si le fait d’être hors de leurs territoires habituels les rendait plus proches. Dans ces photos d’ailleurs, rien de pittoresque : des sites ordinaires où l’atmosphère d’un pays est plus palpable que dans les points touristiques ou symboliques. Elles préfèrent les lieux aux noms communs : la rizière, la rue, etc.

En Chine, au Brésil, le dépaysement affecte peu l’image de la Grande Actrice. Elle habite les rues de la Chine comme elle habite Paris. C’est aussi que la relation entre elle et sa photographe est solidement tissée, et sa continuité plus forte que la rupture que pourrait constituer un déplacement de quelques milliers de kilomètres. Il doit y avoir quelque chose de rassurant, pour la Grande Actrice, d’être sous la permanence de ce regard qui continue à la regarder partout dans le monde avec le même calme, la même disponibilité, la même attention douce.  Les seules photos de ce livre avec un contrechamp sur les admirateurs ont été faites en Chine où étrangement les silhouettes des jeunes filles sont très proches de celle de l’actrice, comme des doubles multiples et anonymes. L’une d’elle porte même fortuitement un tee-shirt à rayures et des lunettes.

Dans un des milliers de feuillets qui ont été retrouvés dans les malles de son appartement, Pessoa écrit  :

« L’immense série de personnes et de choses qui constitue le monde est pour moi une galerie de tableaux sans fin, dont l’intérieur ne m’intéresse pas. Il ne m’intéresse pas, parce que l’âme est monotone, et toujours la même chez tout le monde; seules en diffèrent les manifestations individuelles, et la meilleure part en est ce qui déborde vers le songe, dans l’allure, les gestes, et pénètre ainsi dans le tableau qui me séduit… »

Il est de grands photographes qui se sont donné le projet, ambitieux, de réussir une image où serait visible « l’âme » du photographié, pour parler comme Pessoa. Certains y sont parfois parvenu, mais l’âme étant monotone ne s’attrape pas deux fois. Il leur faut donc changer sans cesse de modèle. La grande Actrice et l’Amie Photographe ont fait le choix opposé, celui de jouer à deux, le plus souvent possible, sans le moindre surmoi, avec ce qui «déborde » de la fameuse « âme », ce par quoi elle se manifeste sous mille formes labiles et chatoyantes, sans peser, sans jamais s’enkister, sans intimidation de la profondeur  : la rêverie, les gestes, les déguisements, les regards, les doubles, la malice, les métamorphoses. Elles ont tissé ainsi, tranquillement, au fil du temps, ce qui est sans doute le portrait le plus juste et le plus vrai de l’Actrice multiple qui a nom Isabelle Huppert. Alain Bergala

Carole Bellaïche : Isabelle Huppert du 15 Novembre au 17 janvier

Galerie XII

14 rue des Jardins Saint Paul

75004 Paris

https://www.galerie-photo12.com/

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29 avril 2011

Les filles du Crazy Horse se rhabillent...

Le créateur Alexandre Vauthier a été choisi pour dessiner les tenues des danseuses du Crazy Horse. Alexandre Vauthier succède ainsi à Azzedine Alaïa, Karl Lagerfeld, Jean-Louis Scherrer, Paco Rabanne, Emmanuel Ungaro ou encore Roberto Cavalli. le créateur a fait appel au savoir-faire du brodeur Lesage et du chausseur Christian Louboutin.

Première du show prévue le 16 mai prochain à l’Hôtel Martinez à l’occasion de la traditionnelle soirée Chopard intitulée « Happy Diamonds are a Girl’s Best Friend », donnée dans le cadre du 64ème Festival de Cannes.

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Après avoir fêté ses 150 ans sur la croisette l'an dernier, le joailler de luxe s'associe aux sublimes et impertinentes danseuses du Crazy Horse annonce son retour à Cannes. Ces stars du plus avant-gardiste des cabarets animeront en effet la traditionnelle fête cannoise de Chopard intitulée « Happy Diamonds are a Girl’s Best Friend », qui se déroulera le16 mai prochain à l’Hôtel Martinez.

Fidèle à sa réputation, la célèbre institution parisienne a concocté pour l’occasion un mini-show baptisé « Crazy Diamonds ». Dans ce cadre, le cabaret présentera sa dernière création : le numéro « Take my Love », conçu par Patricia Folly, chorégraphe et danseuse au Crazy Horse, en collaboration

avec le jeune créateur Alexandre Vauthier, pour le stylisme et le costume, Christian Louboutin pour les souliers et la maison Lesage pour les broderies.

Si Chopard n’a pas son pareil pour créer des bijoux et des montres d’exception, la maison genevoise est également réputée pour ses fabuleuses soirées. Le Crazy Horse, quant à lui, détient un savoir-faire tout particulier : sublimer la femme à travers des créations inédites et surprenantes.

« Les danseuses, splendides chimères aux noms de scène évocateurs, sont les joyaux du Crazy Horse … » explique Andrée Deissenberg, Directrice Générale du Crazy Horse.

« A l’image de Chopard, le Crazy Horse est un créateur de rêves. Nos deux maisons ont érigé la beauté et la séduction en arts », ajoute Caroline Gruosi-Scheufele, Co-Présidente et Directrice Artistique de Chopard, à propos de cette collaboration inédite.

Le mini show « Crazy Diamonds » lance aussi les festivités du 60ème anniversaire du cabaret. En effet, le 19 mai 1951, Alain Bernardin inaugurait le « Crazy Horse Saloon » et créait ainsi un genre de spectacle unique, mélange d’avant-garde artistique, de sensualité et d’humour.

27 mai 2014

70ème anniversaire du Débarquement en Normandie - L’historien, le vétéran et le commandant Kieffer

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Le 6 juin 1944, les commandos de la France libre débarquaient en Normandie. Passionnante épopée que celle de ces 177 « bérets verts »… Elle a façonné le destin d’un jeune historien, le Caennais Benjamin Massieu, professeur dans le collège d’Isignyle-Buat, dans la Manche. Au moment où l’on s’apprête à célébrer le 70e anniversaire du débarquement, il publie un portrait inédit de l’homme qui les a dirigés, le capitaine de corvette Philippe Kieffer. Un ouvrage sérieusement documenté si l’on en croit le vétéran Léon Gautier :« Le livre de Benjamin est le plus juste parmi tout ce qui a été fait sur le commandant Kieffer et sur notre bataillon. J’y ai appris beaucoup de choses sur sa vie personnelle. » C’est Léon Gautier qui le dit. Imaginez, celui que Benjamin Massieu regardait comme un héros lorsqu’il assistait, adolescent, à des commémorations, est devenu lecteur attentif de ses recherches. Et même« un copain » de 91 ans ! Deux modestes qui n’ont fait que leur« devoir » et leur« travail ». Pour dresser ce portrait aussi précis de Philippe Kieffer, Benjamin Massieu a« consulté des dizaines de milliers de documents. J’ai fouillé dans les archives de la Défense, diplomatiques, jésuites… J’ai lu environ 20 000 journaux. C’était passionnant. »

« Il fait partie de la famille »

L’historien a aussi recueilli les témoignages des anciens et des photos inédites.« La fille du commandant Kieffer m’a ouvert les archives familiales. J’ai eu la chance de rencontrer les anciens comme, Léon Gautier, René Rossey et Hubert Faure. J’ai énormément d’affection pour eux. C’est particulier comme sentiment. En tant qu’historien, je dois toujours garder du recul. » Un recul nécessaire, car la mémoire a parfois tendance à atténuer le plus dur. Les choses n’ont pas été aussi simples et héroïques qu’on les a décrites parfois.« Les commandos avaient été mis au ban de l’institution qui les prenait pour des guerriers et non pour des marins. Ils avaient l’image que l’on peut avoir aujourd’hui des légionnaires », précise l’historien. Du haut de ses 24 ans, Benjamin s’amuse à dire :« Kieffer, je le connais par cœur ». Ce n’est pas la fille du père des commandos marine qui le contredira.« Chaque fois qu’il découvrait quelque chose dans ses recherches, il m’appelait. C’était bizarre et émouvant que ce jeune homme m’apprenne des choses sur mon père. Aujourd’hui, on peut considérer qu’il fait partie de la famille », confie Dominique Kieffer. Article de Christel MARTEEL.

Philippe Kieffer, chef des commandos de la France libre , éditions Pierre de Taillac, 279 pages, 29, 90 €.

Sur TV Pluzz pendant seulement quelques jours (à regarder absolument) : http://pluzz.francetv.fr/videos/histoire_immediate.html

 

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12 juin 2017

François, twittos hors normes

Depuis 2012 et le pontificat de Benoît XVI, le compte Twitter du pape, @pontifex, est passé de curiosité folklorique à institution. A travers le monde, et en neuf langues, le compte papal rassemble près de 34 millions de « followers », c’est-à-dire d’abonnés aux déclarations de l’évêque de Rome, pour autant accessibles à l’ensemble du monde connecté. C’est donc un outil d’évangélisation de choix.

Il a fait un bond avec l’arrivée du pape François, qui tweete un message par jour. La première communauté est hispanophone, avec presque 13 millions d’abonnés, suivie des anglophones (près de 11 millions). Viennent ensuite les comptes en italien (4,4 millions) et en portugais (2,6 millions). Les comptes français, latin, polonais tournent autour des 800 000, quand les allemand et arabe sont à 400 000.

Ce canal du Vatican sur le réseau social n’en est pas moins maîtrisé : pas de chats rigolos ni de coups de gueule, mais le message catholique, au gré du calendrier religieux ou des événements d’actualité. Le 15 juillet 2016, le pape a mis en ligne : « Je prie pour les victimes de l’attentat de Nice et les familles. Je demande à Dieu de changer le cœur des violents aveuglés par la haine. » En 2017, une seule photo a été publiée, c’était à Pâques et elle montrait le pape de dos devant une icône de Jésus.

François a laissé avant-hier après-midi son dernier message représentatif de la très grande majorité d’entre eux, toujours à méditer : « La vie ne peut survivre que grâce à la générosité d’une autre vie… » J.S.

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17 novembre 2019

La masturbation ne rend plus sourd (mais elle nous rend toujours muets)

Par Maïa Mazaurette

Si l’autoérotisme est plus largement pratiqué, il n’en est pas plus accepté socialement. Et pourtant, il est aussi légitime, jubilatoire et riche de découvertes qu’un rapport « normal », insiste la chroniqueuse de « La Matinale » Maïa Mazaurette.

LE SEXE SELON MAÏA

Banale, la masturbation ? On pourrait le penser : 85 % des Français l’ont déjà pratiquée. Plus précisément, 76 % des femmes et 95 % des hommes (chiffres Ifop/Elle, 2019). Pourtant, quand on commence à décortiquer les chiffres, c’est plus compliqué. Par exemple, la moitié des femmes se masturbent rarement ou jamais : cette « formidable » banalisation reste timide.

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Photos : Petter Hegre

Et quand on décortique les discours, c’est carrément la cour des miracles. Une petite escapade du côté des recherches associées dans Google, peut-être ? A vos risques et périls, alors : les internautes se demandent si l’autoérotisme aura des effets secondaires sur leur cerveau, leurs reins, leur calvitie, leur acné, si c’est un péché (selon la Bible, dans l’hindouisme), s’ils vont devenir dépendants, et même s’ils vont grossir. Les vingt-cinq premiers résultats sont presque unanimement négatifs. En France spécifiquement, les curieux recherchent la masturbation… intellectuelle. Ça ne s’invente pas.

Pour se débarrasser du stress, mieux dormir

La masturbation n’est plus passible des cercles de l’enfer, d’accord. Mais elle reste déconsidérée. On la considère comme un pis-aller destiné à se soulager, soit entre deux partenaires, soit entre deux relations sexuelles. Pourtant, selon une étude Tenga/PSB parue cette année, à peine 2 % d’entre nous se masturbent parce qu’ils ne peuvent pas trouver de partenaire. Et seulement 3 % parce que le ou la partenaire en question préfère le Scrabble.

Nos motivations réelles sont bien plus positives : les Français se touchent essentiellement pour se donner du plaisir (30 %), pour se soulager (26 %) ou pour se débarrasser du stress (19 %). Si vous ajoutez à cela l’aide à l’endormissement (6 %), le côté feel-good (4 %) ou l’amélioration des performances (2 %), vous obtenez une vision quasiment thérapeutique de la masturbation. 64 % d’entre nous adhèrent d’ailleurs à cette idée : se caresser, c’est prendre soin de soi.

L’idée que cette pratique « remplace » le rapport interpersonnel, à première vue, n’est pas complètement fausse : les deux tiers des personnes en couple se masturbent moins que quand elles étaient célibataires. Et pourtant… 65 % des Français en couple le font quand même – et les femmes, plus souvent que les hommes !

C’est là que commencent à apparaître des divisions selon le genre, le sexe ou l’orientation. Par exemple, 42 % des femmes ont autant de plaisir en se masturbant qu’en faisant l’amour (23 % préfèrent la masturbation). Contrairement à ce que notre imaginaire indique, ce sont les hommes – ces grands romantiques – qui préfèrent le sexe interrelationnel (52 % contre 36 % des femmes).

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Un sujet tabou

La masturbation et le couple sont perméables, d’accord. On pourrait penser que cette coexistence des plaisirs privés et partagés démontre une forte acceptabilité. Cependant, on ne peut pas toujours en parler librement. 48 % des hommes et 43 % des femmes avouent ainsi avoir déjà menti concernant leurs pratiques masturbatoires.

Ce sont les jeunes qui sont les plus enclins aux confidences : 77 % des moins de 23 ans en parlent (seulement 53 % des plus de 40 ans), et 66 % voudraient qu’on en discute encore plus ouvertement (41 % des plus de 40 ans) – notamment pendant les cours d’éducation sexuelle (70 % des jeunes y sont favorables, et 78 % des LGBT+).

Une meilleure transmission des connaissances serait d’ailleurs bien utile : si les hommes disent commencer à expérimenter à 14 ans, et les femmes presque à 17 ans, la moitié d’entre eux et les deux tiers d’entre elles ont en effet dû apprendre toutes seules comment faire – ce qui consiste à réinventer la roue (alors qu’on pourrait envoyer des satellites sur Vénus).

Mais au fait, pourquoi ne pas en parler ? Chez les grands discrets, 58 % considèrent qu’il s’agit d’une chose qui ne se discute pas, 25 % ont honte de leurs pratiques (on retrouve plus souvent des hommes que des femmes dans cette catégorie), 15 % ne veulent pas que leur partenaire soit au courant. 40 % préfèrent ne pas imaginer que l’autre se masturbe, pour des raisons un peu différentes selon le genre : les hommes n’aiment pas que leur partenaire se touche en leur absence (36 %), les femmes n’aiment pas que leur partenaire regarde du porno (27 %) – en extrapolant sauvagement, on pourrait avancer que les hommes se situent dans une logique de possession physique, et les femmes dans une envie de contrôle mental.

Une pratique à partager

Les timides ont-ils tort ? Question de point de vue ! La masturbation n’est privée que si on le décide : elle peut parfaitement s’intégrer dans le répertoire du couple. Les plaisirs solitaires ne sont nullement condamnés à l’être, et jusqu’à preuve du contraire, les sextoys ne tombent pas en panne quand un partenaire entre dans la chambre. Il existe même quantité de pratiques consistant à partager et guider la masturbation – quelle extraordinaire occasion de relire notre chronique sur la question, n’est-ce pas ?

Se masturber ensemble : cette idée autrefois inimaginable commence à faire son chemin. 44 % des Français disent s’être déjà masturbés de concert. 15 % l’ont fait pendant que l’autre regardait (ou regardait pendant que l’autre agissait), presque 20 % l’ont fait par téléphone ou autre technologie. Chez celles et ceux-là, aucun problème métaphysique : 39 % estiment que la masturbation est naturelle, 23 % veulent que leurs partenaires fassent ce qui les rend heureux.

Fantasmes honteux

Assiste-t-on à la fin d’un tabou ? A voir. Car si la masturbation peut être tenue pour thérapeutique, si elle est sans rapport avec l’absence de partenaire ou un quelconque échec du désir, comment se fait-il qu’une majorité de Français ne la partagent pas, et que parmi les plus de 40 ans, presque la moitié n’en parlent jamais ?

Il est possible que la masturbation reste perçue comme sale et embarrassante, encore aujourd’hui… parce qu’on y associe des choses problématiques, comme des fantasmes honteux, l’embarras des premiers émois, ou les images que nous consommons. Notamment dans le cas des hommes, qui sont 71 % à regarder du porno (deux fois plus que les femmes). Les femmes, en revanche, ont beaucoup plus souvent tendance à utiliser leur imagination (la moitié d’entre elles). Elles recourent aussi à des histoires (10 %) ou de la musique (7 %).

Qu’en conclure ? Que notre culture change, doucement mais sûrement. Aujourd’hui, plus personne n’affirmerait que la masturbation envoie en enfer, donne des gastro-entérites ou provoque des contrôles fiscaux. En revanche, on continue de la ridiculiser, de la désinvestir, de la reléguer à une note de bas de page. La masturbation est pourtant aussi légitime, jubilatoire et riche de découvertes qu’un rapport « normal ».

Peut-être faudrait-il, pour changer la donne, commencer par changer de vocabulaire : le mot « masturbation » est aussi excitant qu’un gant de nouilles tièdes. Exit les plaisirs solitaires ou égoïstes (on peut partager), adieu la branlette (qui évoque la précipitation)… et bienvenue à l’autoérotisme ?

11 juin 2017

Oradour sur Glane - Le président et le survivant

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Robert Hébras a survécu sous les corps mitraillés des autres villageois le 10 juin 1944.

De notre envoyée spéciale À Oradour-Sur-Glane (haute-Vienne) - Le Parisien

Pendant près d’une heure, il n’a presque plus concentré l’attention sur lui. Bien sûr, les habitants d’Oradour étaient venus voir ce nouveau président à qui tout semble réussir… Mais lors de la visite du village martyr, la force du témoignage de l’ultime survivant, Robert Hébras, l’a par moments emporté sur la curiosité suscitée par Emmanuel Macron, qui était là pour la première fois dans la région en tant que président. C’est à ce vieil homme de 91 ans que le chef de l’Etat avait promis de revenir. Et c’est à ses côtés, entouré de jeunes élèves, qu’il a traversé les ruines du village, laissé en l’état depuis sa destruction le 10 juin 1944 par les nazis.

Voyage dans le passé

« J’habitais ici avec ma mère et mes sœurs, raconte Hébras devant ce jeune public attentif. Quand la petite dernière est partie à l’école, je ne savais pas que c’était la dernière fois que je l’embrassais. » L’ancienne et la nouvelle génération déambulent. Les caméras sont là, le président serre un garçonnet dans ses bras. Un selfie ? Non, pas ici, dit-il. Le temps s’arrête pendant la minute de silence dans la nef de l’ancienne église où 450 femmes et enfants furent brûlés vifs. Puis les questions des jeunes reprennent de plus belle. Comme à l’école, ils lèvent la main, tout en marchant. « Comment survit-on après ça ? » demande un collégien. « Comme on peut », souffle le survivant. Lui ne s’est pas caché comme Martial, son copain garagiste, qui a senti le danger. Une discussion à bâtons rompus s’engage. La soif de questions ne s’épuise pas. Emmanuel Macron s’efface. Dans le rôle du passeur ou de l’instituteur, il distribue la parole. La chaleur est écrasante. « On va à la grange ? Les autres nous attendent au soleil », finit-il par lâcher avant son discours, une pointe d’impatience dans la voix. La grange, là où Hébras a miraculeusement survécu sous les corps mitraillés des autres hommes du village. Le temps de ce court voyage dans le passé, Macron n’était plus la vedette ni le maître des horloges. M.E.

25 avril 2011

Auvers-sur-Oise, village de peintres

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Auvers-sur-Oise a inspiré nombre d'artistes-peintres. De Van Gogh à Pissarro en passant par Cézanne et Daubigny, ce village garde encore aujourd'hui la trace de ces impressionnistes de la fin du XIXème siècle.

Voici quelques liens utiles :

Auvers sur Oise

Commune d'Auvers sur Oise

Vincent van Gogh

http://www.blue.fr/vangogh/

 

16 novembre 2019

Avec les paroles d’Adèle Haenel, la prise de conscience du cinéma français

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Récit

Avec les paroles d’Adèle Haenel, la prise de conscience du cinéma français

Par Zineb Dryef - LE MONDE

Après la prise de parole de l’actrice française qui a accusé le réalisateur Christophe Ruggia d’« attouchements » et de « harcèlement sexuel », le milieu se livre à une douloureuse et nécessaire introspection.

La fin des vacances scolaires, la disparition de Marie Laforêt… ce dimanche 3 novembre, la soirée, qui s’annonçait morose, a été cataclysmique pour le cinéma français. A 19 heures, Mediapart publie une longue enquête dans laquelle l’actrice Adèle Haenel accuse Christophe Ruggia, d’« attouchements » et de « harcèlement sexuel » lorsqu’elle était mineure. Dix jours plus tard, le cinéma français ressemble à une gigantesque cellule de crise. « Notre monde a changé », résume la productrice Sandrine Brauer.

Fait très rare, la profession, quasiment dans son ensemble, a déclaré son soutien total à l’actrice à travers ses instances représentatives : la Société des réalisateurs de films (SRF), la Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs (ARP), Unifrance et le Syndicat des producteurs indépendants (SPI) ont publié des communiqués saluant la prise de parole d’Adèle Haenel.

Tout commence au lendemain de l’enquête Mediapart. Les membres du Conseil d’administration de la SRF, à laquelle appartient Christophe Ruggia, se réveillent groggy. L’association fondée en 1968, se trouve dans une situation inconfortable : le réalisateur de 54 ans est un pilier de la SRF, il en a régulièrement assuré la présidence. Dix jours plus tard, rares sont ceux qui acceptent d’en parler parce que « dévastés », « par terre » ou « épuisés par le manque de sommeil ».

Ce matin du 4 novembre, les membres du conseil d’administration, emmenés par Catherine Corsini, la coprésidente de la SRF, tentent de joindre Ruggia. Il leur annonce qu’il ne présentera pas sa démission. « Nous étions très émus, dépassés par cette situation compliquée à gérer », témoigne le réalisateur Pierre Salvadori. Décision est prise de lancer la seule mesure prévue par les statuts de la société, en cas de faute grave commise par l’un de ses membres : la procédure d’exclusion. « Ce n’est pas anodin ni inoffensif que l’un de nos membres soit accusé de ces faits, observe Rebecca Zlotowski, réalisatrice, membre de la SRF. Certains d’entre nous ont des liens d’amitiés avec Adèle Haenel, certains ont réalisé des films avec elle. C’est une situation d’une grande brutalité, mais notre position est avant tout politique. L’objectif de la SRF est de rester fidèle à ses valeurs. »

Communiqué de soutien

Dans un premier communiqué, très offensif, la SRF annonce dès le 4 novembre avoir lancé une procédure d’exclusion à l’encontre du réalisateur. Dans un deuxième communiqué, paru le 8 novembre, elle indique que la décision de l’exclure n’a pas encore été prise. Une volte-face ? Non, une précision, explique Zlotowski : « Cette procédure a un protocole spécifique, incluant un temps de défense de l’incriminé. Une mise en demeure a donc été envoyée à Christophe Ruggia [le 5 novembre], qui peut fournir des explications dans un délai de quinze jours par écrit ou par oral. Après l’avoir écouté, le CA [conseil d’administration], souverain, procédera à un vote. Une fois que la décision lui sera notifiée, il pourra encore faire un recours. »

Dans un courrier adressé à ses collègues le 8 novembre, le réalisateur annonce qu’il ne répondra pas à leur convocation. Dans cette lettre dont Le Monde a pris connaissance, le réalisateur explique qu’il ne se rendra pas au conseil d’administration prévu le 12 novembre, et repoussé au 25. Christophe Ruggia ne souhaite pas « alimenter les médias qui se substituent à la justice » comme il refuse « de s’exhiber devant un tribunal de confrères et consœurs dont il considérait certain(e)s comme des amies de longue date qui [l’]ont condamné et exclu de leur cercle sans même avoir l’obligeance de [l’]écouter avant ». Le cinéaste « attend maintenant que la justice fasse son travail ».

Association très politique, la SRF avait pris position en faveur du mouvement #metoo en octobre 2017 et suscité la polémique en interrogeant le choix de la Cinémathèque française d’organiser une rétrospective Polanski puis Brisseau en pleine affaire Weinstein. « La nouvelle génération (Rebecca Zlotowski, Céline Sciamma…) a porté ces nouvelles questions et ces réflexions. La SRF est vivante, politique, en prise avec la société, observe Pierre Salvadori. Sur la question des rétrospectives, on a pu paraître inquisiteurs, “américains”, mais proposer ces honneurs quelques semaines après #metoo, c’était décourager les paroles de celles qui ont quelque chose à dire. »

REBECCA ZLOTOWSKI, RÉALISATRICE, MEMBRE DE LA SRF : « C’EST UNE SITUATION D’UNE GRANDE BRUTALITÉ, MAIS NOTRE POSITION EST AVANT TOUT POLITIQUE »

Une réaction plus inhabituelle est celle de l’ARP, la Société civile des auteurs, réalisateurs, producteurs, qui sans en avertir l’ensemble de conseil d’administration, a publié le 6 novembre un communiqué de soutien à Adèle Haenel. « La rapidité du communiqué de la SRF et la force du témoignage d’Adèle Haenel nous ont poussés à réagir, confirme un de ses membres.

Six jours plus tard, les nouvelles accusations de viol portées à l’encontre de Roman Polanski, suscitent un nouveau communiqué de l’ARP qui annonce que son bureau « proposera au prochain conseil d’administration que, désormais, tout membre condamné par la justice pour infraction de nature sexuelle soit exclu et que tout membre mis en examen pour la même raison soit suspendu. » Ce conseil, prévu lundi 18 novembre, aura à répondre à cette question : Roman Polanski doit-il en être exclu ? Le cinéaste Jean-Paul Salomé s’avoue perdu : « Faut-il systématiquement exclure les personnes accusées ? Faut-il exclure après une condamnation ? Et une fois la peine purgée, que convient-il de faire ? Je ne sais pas. » Et d’ajouter : « On a souvent parlé de parité mais on avait peut-être tendance à garder ces sujets sous le tapis, ça n’est plus le cas aujourd’hui. Cette évolution est nécessaire. »

Il y a dix ans, la question s’était pourtant déjà posée à l’ARP, au sujet de l’un de ses membres : Jean-Claude Brisseau (mort le 11 mai), condamné à un an de prison avec sursis et à 15 000 euros d’amende en 2005 pour harcèlement sexuel. La cinéaste Coline Serreau avait inlassablement appelé ses collègues à se saisir de ces débats. Au sein de cette association, ces questions ont longtemps été considérées comme « relevant de la vie privée », se souvient la cinéaste Jeanne Labrune. En 2010, lorsqu’en plein conseil d’administration, Coline Serreau s’émeut de la programmation par l’ARP de l’un des films de Brisseau, l’un des réalisateurs présents plaide que les faits pour lesquels Brisseau a été condamné n’étaient somme toute qu’ordinaires dans une relation entre un réalisateur et ses actrices.

Jeanne Labrune réagit : « Ce que disait ce réalisateur m’exaspérait. Je lui ai donc lancé : “je fais un casting d’hommes mercredi à 14 heures à mon bureau. Est-ce que tu peux venir ? Je voudrais voir tes attributs.” Ça l’a mis dans une colère noire. C’est devenu assez violent. Je lui ai dit : “tu trouves cette parole humiliante, imagine donc ce que font des actes pareils.” Il m’a crié : “ta gueule, va t’asseoir.” Comme ça n’est pas une chose qu’on dit, je suis restée debout. » A l’exception de Michel Ferry qui s’était interposé, personne n’avait pris la défense de la cinéaste. A 69 ans, Labrune en garde un souvenir amer : « On sort de ces réunions exaspérées, on porte la parole d’une manière qui renvoie à cette hystérie féminine qui n’existe pas plus que la leur. »

Du côté des producteurs, les réactions ont également été nombreuses. Le vice-président de l’Union des producteurs de cinéma (UPC), Marc Missonnier, a soutenu en son nom Adèle Haenel. L’UPC, collectivement, a décidé de ne rien publier avant de « connaître les tenants et les aboutissants de l’affaire », indique le producteur Jean-Louis Livi, 74 ans, l’un de ses membres. Livi, qui devait coproduire un film de Christophe Ruggia, a pris la décision de ne plus travailler avec lui. « Sans remettre en cause le témoignage d’Adèle Haenel, le seul regret que j’ai est qu’elle n’ait pas fait appel à la justice. Parce que la justice punit autant qu’elle permet de se défendre. »

Nomination de référents

De son côté, le Syndicat des producteurs indépendants (SPI) a salué le 6 novembre « la force et le courage » d’Adèle Haenel et appelé la profession à se saisir de « cette libération de la parole comme une chance de faire évoluer notre secteur et la société dans son ensemble ». La productrice Marie Masmonteil, présidente du bureau long métrage, souligne que son collège est paritaire – six hommes, six femmes – ce qui a pu faciliter la discussion. « Quand j’ai entendu Adèle raconter son histoire, je me suis demandé : mais où était le producteur ? » Elle, se souvient de l’endroit où elle était, quand un jour de l’hiver 2010 son directeur de production lui a téléphoné pour lui signaler « un truc bizarre » sur le tournage d’un film du réalisateur Jamshed Usmonov, avec Léa Seydoux. « On a tout de suite déployé un cordon de sécurité autour de l’actrice. On a décidé avec mon associé de passer à tour de rôle sur le tournage, qui avait lieu en Dordogne. C’était notre rôle d’empêcher qu’il se passe quelque chose. »

SANDRINE BRAUER, PRODUCTRICE : « NOUS N’AVONS PAS COMME AMBITION DE FUSTIGER POLANSKI, MAIS DE REFONDER UN SYSTÈME QUI NE REPRODUIT PAS DES POLANSKI »

Rebecca Zlotowski, également membre du conseil d’administration du collectif 50/50 qui milite pour l’égalité dans le cinéma, croit aussi que le pouvoir de changer les choses est entre les mains des producteurs-productrices, des directeurs-directrices de production, des réalisateurs-réalisatrices : « C’est le sens des Etats généraux qu’on souhaite, à la SRF en partenariat avec le collectif 50/50, convoquer l’année prochaine une réflexion menée par l’ensemble de la profession et la mise en place de mesures concrètes. »

« Il faut sortir de cet état de sidération », poursuit la productrice Sandrine Brauer. Nous n’avons pas comme ambition de fustiger Polanski, mais de refonder un système qui ne reproduit pas des Polanski. » Parmi les mesures phares annoncées jeudi 14 novembre lors des deuxièmes Assises pour la parité, l’égalité et la diversité dans le cinéma, au CNC à Paris, la nomination de référents en matière de prévention et de détection des risques liés au harcèlement sexuel sur les tournages et après.

Certains des faits rapportés par Adèle Haenel s’étant déroulés pendant des événements organisés par UniFrance, l’organisme chargé de la promotion du cinéma français a proposé le 5 novembre un projet de charte pour les participants à ses manifestations. « Je connais ces festivals ou marchés internationaux, on peut s’y sentir seule, explique Daniela Elstner, la directrice générale. Il faut faire en sorte que les personnes ne se sentent pas isolées. Nous souhaitons pouvoir proposer aux éventuelles victimes qu’elles puissent signaler immédiatement des comportements inappropriés. »

Dès le lendemain de l’enquête de Mediapart, Pierre Salvadori raconte avoir observé des microchangements sur le plateau d’une série qu’il tourne : « On sort ostensiblement d’une pièce quand quelqu’un fait un essai costume comme pour signifier à tous que rester constitue un comportement qui n’est pas acceptable. J’ai demandé à ce qu’il y ait toujours quelqu’un avec moi et une jeune actrice. » Il se souvient qu’il s’était passé la même chose après l’affaire Weinstein. « Il faut agir pour ne pas que ça s’évapore au bout de quelques semaines. »   Le Monde

15 novembre 2019

Enquête sur le cinéma français après les mots d’Adèle Haenel

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PAR Marilou Duponchel, Olivier Joyard

La prise de parole puissante d’Adèle Haenel va-t-elle entraîner un MeToo à la française ? Actrices, réalistarices, producteur.trice s’expriment dans notre enquête sur un milieu du cinéma jusqu’ici plus tenté par l'omerta et les rapports de domination.

Adèle H. est bien le nom des grandes héroïnes du cinéma français. Il y eut la première, fictionnelle et tragique dans le film de François Truffaut (L’Histoire d’Adèle H., 1975). Il y a désormais la seconde, réelle et lumineuse, Adèle Haenel. Celle qui a fracassé dix-huit ans de silence en révélant via l’enquête menée par Mediapart le harcèlement, les agressions sexuelles et l’emprise qu’elle aurait subies de la part du réalisateur de son premier film Les Diables (2002), alors qu’elle avait entre 12 et 15 ans. Christophe Ruggia est désormais sous le coup d’une enquête d’initiative – c’est-à-dire sans dépôt de plainte – ouverte par le parquet de Paris.

Mais Adèle H. est bien le sujet, dont la colère, l’intelligence et la probité morale ont saisi les spectateur.trice.s lors de son intervention filmée dans les locaux du média en ligne, lundi 4 novembre, où elle expliquait notamment ceci : “La question, ce n’est pas tant moi. (…) Je voudrais renvoyer ce qui m’est arrivé dans l’espace public parce que je pense que cela peut vraiment libérer d’autres paroles. Et quand on parle de paroles, on ne parle pas juste des mots, on parle de la vie des gens. (…) Aujourd’hui, c’est une responsabilité. Je suis en mesure de le faire, j’ai un confort matériel, des alliances, qui font que je ne suis pas dans la même précarité que la plupart des gens à qui cela arrive. (…) Je veux leur dire qu’ils et elles ne sont pas seul.e.s.”

“Je pense que le moment est historique”

Dans les jours qui ont suivi, le souffle puissant de la comédienne doublement césarisée – pour Suzanne en 2014 puis pour Les Combattants en 2015 – a provoqué une onde de choc que les personnes de l’industrie que nous avons interrogées ont ressentie dans leur chair, comme si le cinéma, à travers la parole d’une grande actrice, avait retrouvé subitement sa pertinence majoritaire, sa capacité d’action sur la société. Encore à l’affiche de Chambre 212 de Christophe Honoré, Camille Cottin témoigne en ce sens : “Je pense que le moment est historique, car nous sommes face à une démarche personnelle et politique, qui pose aussi des questions artistiques. J’ai été très sensible à la construction de la pensée d’Adèle Haenel qui a fait de son témoignage un acte militant, en plus de son courage de dévoiler quelque chose d’aussi intime. Tout ce qu’elle dit est au service d’une pensée collective, dans l’envie de faire évoluer la société.” Productrice de 120 battements par minute, Marie-Ange Luciani affirme sa “conviction d’assister à un moment important, l’engagement de tout un corps au service d’une pensée, et pas n’importe laquelle”.

Lætitia Dosch – vue notamment dans Jeune Femme de Léonor Serraille – raconte les heures qui ont suivi cette soirée. “A la suite de ce témoignage très fort, j’ai reçu des coups de fil d’actrices, de différentes femmes chez qui ces déclarations ont joué le rôle d’un révélateur. Elles se demandaient tout à coup : ‘‘Mais moi, tu crois que ce qui m’est arrivé, c’était quoi ?’ Adèle appelle à la complexité, demande à ne pas juger son agresseur comme un monstre mais comme un produit malade de notre société. C’est donc la société qui doit changer.” Cofondatrice du collectif 50/50 et exportatrice chez Totem Films, Bérénice Vincent souligne, elle aussi, la longue portée des mots choisis par Adèle Haenel. “Son intervention a été déterminante, car elle a parlé clairement, sans langue de bois. Elle explique de manière fine le temps que cela a pris pour qu’elle puisse arriver à une prise de parole ; la honte, l’omerta, la double violence subie : une première violence d’agression et une deuxième violence liée au silence et à la négation de cette agression. Ce qu’elle a dit dans la lettre adressée à son père est aussi très puissant. Il y a ces parents aimants qui entretiennent un système car ils ne voudraient pas que leur enfant souffre à cause de révélations. J’ai eu des histoires comme cela autour de moi, je l’ai vécu moi-même. Cela concerne une autre génération d’hommes, mais je m’interroge sur celle qui vient, car j’entends encore des discours très genrés.”

“Les choses vont bouger grâce à son discours”

Saluée par des personnalités du cinéma – notamment Isabelle Adjani qui s’exprime dans ce journal (lire en page 12), ou encore Marion Cotillard, qui écrivait sur son compte Instagram, le mardi 5 novembre, sa “gratitude infinie” envers l’actrice –, la prise de parole d’Adèle Haenel pose la question de l’éventualité jusqu’ici toujours retardée d’un véritable #MeToo français. Garance Marillier, l’héroïne de Grave, veut y croire : “Ce n’est pas un témoignage de plus. Pour moi, les choses vont bouger grâce à son discours.” Il est trop tôt pour juger si une digue s’est fissurée – les digues made in France sont parfois très résistantes – mais si l’actrice de Naissance des Pieuvres (de Céline Sciamma, en 2007) restera comme la première de son envergure à témoigner, elle s’appuie aussi sur quelques timides évolutions et prises de conscience qui ont eu lieu dans le cinéma français depuis le début de l’affaire Weinstein.

A l’initiative du collectif 50/50, une montée des marches spéciale avait rassemblé 82 femmes – de Cate Blanchett à Agnès Varda – lors du Festival de Cannes l’année dernière, avant que les délégués généraux de plusieurs festivals internationaux, comme le boss de la Croisette Thierry Frémaux, ne signent une charte en faveur de la parité. Rassemblant notamment Rebecca Zlotowski et Céline Sciamma, deux cinéastes proches d’Adèle Haenel, le Collectif 50/50 – qui tient ses deuxièmes Assises pour la parité, l’égalité et la diversité dans le cinéma et l'audiovisuel ce jeudi 14 novembre à Paris – est parvenu à introduire des notions féministes dans les débats professionnels et les institutions, créant un écho médiatique autour du sujet.

Mais le travail semble encore immense. Parmi les hommes puissants de cette industrie, seul Luc Besson se trouve aujourd’hui potentiellement inquiété par la justice. Après une première plainte classée sans suite, une nouvelle plainte pour viol a été déposée par la comédienne Sand Van Roy le 4 octobre dernier, provoquant l’ouverture d’une information judiciaire. Patrick Bruel se trouve sous le coup de cinq plaintes pour harcèlement sexuel, pour des faits qui ne concernent pas ses activités de comédien, tandis que de nombreux indices et témoignages évoquent un sexisme endémique dans le cinéma français. Dans une enquête menée en 2017 par Les Inrocks, trois actrices racontaient les abus de pouvoir et les propositions sexuelles d’un grand producteur français très actif des années 1980 aux années 2000, et les comportements inadéquats de réalisateurs installés. Dans son enquête attenante au témoignage d’Adèle Haenel, la journaliste de Mediapart, Marine Turchi, cite notamment l’actrice Alysse Hallali, qui raconte l’agression sexuelle qu'elle a subie sur un tournage de la part d'un “comédien de renommée internationale” alors qu’elle avait 17 ans. Le tumblr Paye ton tournage recense quant à lui les remarques sexistes (et effarantes) entendues ou endurées sur les plateaux par des femmes.

“On demande aux femmes d’être disponibles pour les hommes”

Les institutions du cinéma français semblent pour l’instant incapables de mettre un terme à cette culture sexiste dont parle l’actrice et réalisatrice Blandine Lenoir (Zouzou, Aurore). “Les violences, le harcèlement, les remarques sexistes sont récurrentes sur les tournages, tout cela dans une impunité qui, dans notre société française, est complètement liée à la culture du viol. On demande aux femmes d’être disponibles pour les hommes. Toutes les avancées féministes se sont faites dans une lutte collective. Si on se souvient des années 1970, elles étaient 343 à signer le manifeste pour l’avortement. Ce que j’aimerais, c’est qu’il y ait un mouvement général et surtout que ces attitudes, ces corollaires de la domination patriarcale se ringardisent, qu’on ne les supporte plus, que cela devienne inadmissible.” Garance Marillier abonde dans ce sens : “Certaines petites phrases entendues récemment dans les médias montrent qu’on ne prend pas en compte la gravité de la situation. Je n’ai jamais subi de harcèlement ou d’agressions graves comme ce qu’a vécu Adèle Haenel, mais des remarques sexistes, oui. Dans ce milieu, elles sont banales. Briser l’omerta, c’est aussi arrêter de donner la permission aux gens de dire des choses aberrantes comme de trouver #MeToo ‘fatigant’. C’est seulement après que la parole pourra vraiment se libérer.”

 “Il y a tout un travail à faire pour définir le consentement, que ce soit dans le cinéma ou dans la rue…” – Lætitia Dosch

Comment, également, changer en profondeur une manière de concevoir les rapports de pouvoir sur les plateaux hérités de la seconde moitié du XXe siècle ? La solution paraît encore tortueuse, comme s’il fallait faire virer de cap un paquebot en pleine tempête. Christophe Ruggia était très actif au sein de la SRF (Société des réalisateurs de films), puissante organisation qui chapeaute notamment la Quinzaine des réalisateurs, section off majeure du Festival de Cannes et refuge du cinéma d’auteur. Dans un communiqué, son conseil d’administration – composé notamment de Céline Sciamma, Rebecca Zlotowski, Jacques Audiard ou encore Bertrand Bonello – a annoncé la radiation du cinéaste et son “soutien total” à Adèle Haenel, tout en précisant : “En tant que cinéastes, nous devons questionner nos pouvoirs et nos pratiques, sur les plateaux et comme collectif.” Une dernière phrase qui fait réagir Lætitia Dosch : “On est donc au-delà de la problématique de l’abus sexuel, explique la comédienne. C’est la relation réalisateur-acteur qui est en jeu. Il y a tout un travail à faire pour définir le consentement, que ce soit dans le cinéma ou dans la rue…”

Egalement membre du conseil d’administration de la SRF, Lucie Borleteau (qui vient de réaliser l’adaptation du prix Goncourt de Leïla Slimani, Chanson douce, en salles le 27 novembre) admet un choc : “Ce témoignage est une remise en question du système. La façon dont il interroge la place que l’on donne aux cinéastes me touche beaucoup. Je ne pense pas que l’on fait un meilleur film parce qu’on est dans des mécaniques de domination, de pouvoir et d’emprise. Ça m’a beaucoup secouée. C’est très positif, le fait de parler. Ce qui est mortifère ce sont toutes ces choses bizarres qui peuvent arriver sur un tournage et qu’on préfère garder à huis clos.”

La s"incérité” d’Adèle Haenel et l’immobilisme des institutions

Charles Gillibert (producteur des films de Mia Hansen-Løve, Olivier Assayas, Vincent Macaigne) est l’un des rares hommes parmi ceux que nous avons sollicités ayant accepté de répondre à nos questions. Depuis le tournage allemand du prochain long métrage de Leos Carax, il note “la sincérité” d’Adèle Haenel et l’immobilisme des institutions. “On peut penser que les institutions du cinéma doivent intégrer dans leur fonctionnement une manière d’accueillir ces paroles. Pour l’instant, c’est une cata. Il y a eu un coup de semonce assez lourd avec l’affaire Weinstein. Aujourd’hui, si une histoire comme celle d’Adèle Haenel se reproduisait, on peut espérer que cela réagirait très fort. Les choses ont bougé. Mais même si l’industrie du cinéma reste relativement progressiste et consciente, des angles morts et des zones grises existent. Une victime ou des témoins devraient être capables de se tourner vers des organisations. Les organisations professionnelles ont une responsabilité.” Pour Blandine Lenoir, “le cinéma fonctionne par cooptation, les gens ont peur de ne plus travailler, ils ne veulent pas être rejetés. Alors on se tait. Et les agresseurs poursuivent leur chemin, tranquilles, comme c’est le cas dans tous les milieux d’influence et de pouvoir.”

“Ces modèles de fonctionnement sur un tournage, ces histoires d'emprises, de relation trouble entre actrice et cinéaste, de violences, ce sont des récits qui ont été très majoritaires dans notre éducation au cinéma, durant nos études, raconte la réalisatrice Léa Fehner, qui a travaillé avec Adèle Haenel sur Les Ogres (2015). Ces exemples ont toujours été valorisés et non disséqués et interrogés, ce qui entraîne une banalisation. Il y a un énorme effort à faire dans la formation des futurs professionnels du cinéma.” Nathalie Coste-Cerdan, la directrice générale de la Fémis (Ecole nationale supérieure des métiers de l'image et du son) a rendu hommage à Adèle Haenel sur le compte Facebook de l'école, tout en expliquant : “C’est maintenant aux institutions de rentrer en action. (…) L’éducation doit également s'emparer de ces sujets pour qu'il n'y ait plus de petites Adèle. Mettre en place dans les établissements d'enseignement des outils et des référents ‘sentinelles’ pour prévenir les situations de harcèlement, mais aussi sensibiliser les générations futures.”

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“C’est tout un système qui doit être analysé, de l’oppression financière des femmes à la question des regards portés à l’écran, en passant par la violence opérée et sa négation” – Bérénice Vincent

Cette sensibilisation passera par un changement de regard et d’approche, alors que les fractures sont réelles dans la “grande famille” du cinéma français. “Il y a un décalage de génération hallucinant, note Charles Gillibert. A partir de mon âge (42 ans – ndlr) et au-dessus, cela met un temps fou à comprendre le problème. Je discute avec des gens âgés qui ont des responsabilités dans l’industrie depuis longtemps et qui relativisent énormément. Il y a eu des comportements dans les années 1980 et 1990 que des personnes qui en ont été témoins justifient à demi-mot. On parle d’une époque où la relation à l’autorité et à la notoriété était différente d’aujourd’hui. Il y a peut-être un devoir d’aller chercher ce qui s’est passé. Les affaires sorties sont celles de journalistes qui ont fait un gros travail. C’est la meilleure façon d’aborder ces sujets-là. Cela empêche de relativiser.” Bérénice Vincent constate, elle aussi, l’existence d’un fossé. “Quand je discute avec des professionnels – distributeurs, festivals ou producteurs –, je me rends compte que beaucoup n’ont pas amorcé leur déconstruction. Tout de suite, ils cherchent des excuses où évoquent la censure. Même chez les jeunes, il y a ce sentiment qu’on les attaque. C’est tout un système qui doit être analysé, de l’oppression financière des femmes à la question des regards portés à l’écran, en passant par la violence opérée et sa négation.”

Pour l’instant, des solutions sporadiques sont trouvées. Charles Gillibert inclut dans les contrats une obligation de témoigner pour celles ou ceux qui assisteraient à des situations de harcèlement. Certains réflexes nouveaux apparaissent, comme l’explique l’intéressé : “J’ai produit un film sur lequel l’acteur et l’actrice tenaient à ne pas dîner ensemble avant une scène de sexe, pour qu’ils la vivent de façon certaine comme purement professionnelle. C’est puisé dans la culture anglo-saxonne.” Hollywood a déjà pris des mesures post MeToo entrées dans les mœurs. Cet été, sur le tournage du prochain Tom McCarthy, où elle tient le premier rôle féminin face à Matt Damon, Camille Cottin a eu vent d’une “réunion de deux heures anti-harcèlement pour l’équipe technique au début du tournage, avec une avocate, où il a été question notamment des sanctions concernant les gestes inappropriés”.

“Ce témoignage rend désormais les actions indispensables”

L’introspection du cinéma français ne fait que commencer car la parole puissante d’Adèle Haenel interdit de garder les yeux fermés, comme le souligne le délégué général de la Quinzaine des réalisateurs Paolo Moretti. “Ce témoignage rend désormais les actions indispensables. Ce n’est plus de l’ordre de l’arbitraire ou de la discussion. Impossible de faire semblant.” Quelles solutions concrètes ? “Il faut instaurer des limites en lien avec le consentement, estime Lætitia Dosch. Cela peut passer par des lois, des chartes peut-être, mais je crois que ça demande surtout d’affiner notre regard. Il faut changer l’image de la femme à l’écran, c’est sûr.” Et peut-être, aussi, transformer une certaine vision du “grand cinéaste” dans l’imaginaire collectif. Dans sa réponse aux accusations d’Adèle Haenel, Christophe Ruggia – qui reconnaît une emprise mais pas des attouchements – a employé le terme “pygmalion” pour qualifier son rapport à la jeune actrice, signe que la mythologie de l’artiste amoureux de sa muse peut favoriser, voire provoquer d’immenses souffrances.

“Il faut aussi en finir avec l'image – valorisée – du réalisateur tyran, assène Léa Fehner. Apprendre, par l’éducation, par ces formes de questionnements collectifs qu'Adèle nous propose, apprendre à respecter ceux qui travaillent à nos côtés, à arrêter de croire que de la violence émerge de la beauté. Comment faire de notre posture d’autorité une posture de réciprocité ? Le fait que les femmes œuvrent à prendre une place financière, structurelle, sociale dans ce milieu me semble primordial pour que ces situations, ces crimes, ces vies détruites, abîmées par cette emprise (et elles sont nombreuses) ne se reproduisent plus. Il faut aussi faire exister, se donner cette responsabilité en tant que réalisatrice, d’autres récits, d’autres regards, d’autres fictions. Lutter contre cette prédominance qui ferait croire que le regard masculin est le regard neutre, le regard de l’humain.”

A 21 ans, Garance Marillier lance un appel clair : “Maintenant. Il faut que ça suive, que les comportements changent de tous les côtés. Il faut parler.” Alice Winocour, réalisatrice de Proxima (en salles le 27 novembre), voit le verrou sauter : “Il y a dans le témoignage d’Adèle Haenel un appel au changement, collectivement. Ceux qui se taisent peuvent parler. En nommant les choses, on change d’état. Cela me donne personnellement beaucoup de courage. Et j’imagine à d’autres aussi, hommes et femmes.” La productrice Marie-Ange Luciani invite à saisir la profondeur du moment. “C’est une prise de parole citoyenne, une invitation à changer un certain ordre du monde.” Léa Fehner capte elle aussi le vent qui se lève : “Un événement politique majeur est passé par le cinéma, avec sa puissance de pensée et son exigence de complexité. Cela va bien plus loin que notre milieu, évidemment. Adèle explose les silences toxiques.”

14 juin 2014

Japan Erotica au Musée de l'Erotisme - Paris (actuellement)

Yoshifumi Nagashi

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Hobo Komiyama

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Keizo Miyanishi

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Fukuyama Fukio

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Kasama Shiro

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Shojioki

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Mori Kaoru

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Japan Erotica

La nouvelle generation VOL.2 (2014)

32 artistes exceptionnels, rarement exposés en dehors du Japon, pour la deuxième fois au Musée de l'Erotisme: KEIRYU ASAKURA - ARAI RYO - INAGAKI SEIJI - OKI SHOJI - KASAMA SHIRO - KANEOYA SACHIKO - KYODO MIYABI - KURODA MISATO - KOMIYAMA HOUBOU - KOYAMA TETSUO - SAMURA HIROAKI  - YAMASHITA SHOHEI - SHINJYUKO - SUGAWA MAKIKO - SORAYAMA HAJIME - TAGA SHIN - saeborg - TAGAME GENGOROU - TAMA - TOKORO SHINICHI - NAKATA MASASHI - NOGUCHI YURIKO - HAYASHI YOSHIFUMI - HARUKAWA NAMIO - PINKARA TAISO - HIZIKATA HARUNA - MORI KAORU  - FUKUYAMA FUKIO - MAEDA JYUAN - MIZUMOTO MASAYA - MIYANISHI KEIZO - MUROI ASAJI

23 avril 2011

Philip Plisson (photographe)

57183988En attendant de pouvoir reconstruire sur les ruines de sa galerie, à Crac'h, après l'incendie de septembre2010, Philip Plisson s'installe, aujourd'hui, à Saint-Philibert.

Pourquoi ouvrir une nouvelle galerie, à quelques mètres de celle qui a brûlé en septembre dernier?

L'opportunité se présentait de louer l'un des locaux commerciaux construits par La Trinitaine, à côté de son magasin d'usine, à Saint-Philibert. J'ai confié le projet à Pierre-Yves Sabas, qui exploite déjà une galerie Pêcheurs d'image, au Crouesty.

Que va devenir le site deCrac'h?

Je souhaite y reconstruire un bâtiment plus petit (250m², contre 3.000m² avant l'incendie), qui accueillera seulement l'atelier d'impression et les bureaux de ma maison d'édition.

Pourquoi les ruines n'ont-elles pas encore été détruites?

L'enquête a conclu à un incendie d'origine accidentelle, provoqué par un échauffement anormal des installations électriques au niveau du stockage. Les assurances se retournent désormais vers les entreprises qui ont construit le bâtiment. À leur demande, le parquet de Lorient a nommé un expert pour tenter d'analyser les raisons pour lesquelles la propagation du feu a été aussi rapide. Dans ce contexte, on ne devrait pas pouvoir récupérer le site avant 2012.

Quelles sont les conséquences pour l'entreprise?

On a perdu environ 100.000 photos. Environ 30% des meilleures images de notre photothèque ont disparu. Avec la perte de notre outil de travail, on n'a pas eu d'autre choix que de licencier. Pour moi, c'est ce qui est le plus difficile à accepter. Sur quarante-quatre employés, il y a seize licenciements économiques et quatorze départs volontaires.

Dans quel état d'esprit êtes-vous en ce moment?

Avec l'incendie, c'est tout un pan de ma vie professionnelle qui s'est arrêtée. C'est plus difficile de repartir à mon âge qu'à 30 ou 40ans. Mais, heureusement, la vie avec un grand «V», elle, continue. Quand on naît photographe, comme moi, on meurt photographe. J'ai encore ça et mon épouse qui me soutient. Je reviens d'Anvers, en Belgique, où je vais ouvrir une galerie. J'ai trois nouveaux livres à sortir et je pars à Marseille photographier le nouveau paquebot de la compagnie du Ponant.

    * Propos recueillis par Mathieu Pélicart (Le Télégramme)

Voir mes précédents billets : 19 septembre 2010 et 26 septembre 2010

Revoir également : 21/04/2010, 07/02/2010, 09/07/2008, 4/07/2008, 25/04/2008, 22/03/2008, 21/12/2007, 01/11/2007 entre autres...

16 novembre 2019

Chronique - « Avec la sortie de “J’accuse”, la digue entre l’homme et l’artiste se lézarde »

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Par Michel Guerrin

Les débats autour du film de Polanski, accusé d’abus sexuels par six femmes, montrent que, dans le contexte de l’après-#metoo, la distinction classique entre une œuvre et son auteur est de plus en plus fragile, estime dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

Alors faut-il aller voir J’accuse, de Roman Polanski ? En général, la question est posée entre amis pour savoir si le film est bon. Là, c’est pour savoir s’il est « moral ». Car son auteur, en quarante ans, a été accusé d’abus sexuels par six femmes. La dernière est une ancienne photographe, Valentine Monnier, qui a affirmé au Parisien, cinq jours avant la sortie de J’accuse, que Polanski l’a rouée de coups et violée en 1975, alors qu’elle avait 18 ans et lui 45, dans son chalet suisse – le cinéaste nie. C’était deux ans avant d’avoir drogué, violé et sodomisé Samantha Geimer, une Californienne de 13 ans.

Voir le film ou pas, c’est savoir s’il faut distinguer l’homme de l’artiste, comme on dit. Il existe une littérature folle sur le sujet, qui pourrait faire un sujet au bac, qui se pose depuis que l’art existe, et vise à passer au crible pléthore de créateurs, souvent pas les plus mauvais. En France, royaume de la liberté de création, l’œuvre a une aura qui en fait un objet à part, à condition bien sûr qu’elle soit autorisée, ce qui est le cas du film de Polanski. Autrement dit, si un cinéaste est mis sur la place publique, à chacun de décider ce qu’il veut faire de son œuvre.

Mais dans le contexte de l’après-#metoo, du témoignage de l’actrice Adèle Haenel, de celui de Valentine Monnier, la digue entre l’homme et l’artiste se lézarde. C’est flagrant pour Polanski, qui est toujours un fugitif pour les Etats-Unis. En 2002, alors que l’affaire Samantha Geimer est enterrée, son film Le Pianiste, il est vrai un chef-d’œuvre, reçoit la Palme d’or à Cannes puis trois Oscars à Hollywood. Mais, depuis peu, une jurisprudence s’est imposée : ne le censurons pas, mais ne le célébrons pas. En 2017, il doit renoncer à présider la cérémonie des Césars, sa rétrospective à La Cinémathèque est perturbée, puis il est radié de l’Académie des Oscars.

« Cinémas coupables, public complice »

La pression est montée d’un cran avec la sortie de J’accuse, dont la promotion fut pour le moins chaotique. Ainsi une quarantaine de féministes, le 12 novembre, ont réussi à faire annuler une projection au cinéma Le Champo, à Paris. Elles criaient : « Polanski violeur, cinémas coupables, public complice. » C’est toute la chaîne du film, du producteur à la salle, en passant par les acteurs, qui est culpabilisée. Le public aussi. La militante féministe Chloé Madesta déclare qu’« acheter une place pour J’accuse est un geste qu’on considère comme criminel ». Le hashtag #boycottpolanski surgit sur les réseaux sociaux. La sénatrice PS Laurence Rossignol est sur cette position. La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, confie qu’elle n’ira pas voir J’accuse. Mais Coralie Miller, porte-parole d’Osez le féminisme !, en pointe dans le combat contre Polanski, qualifie pourtant le film de « nécessaire ».

Car la question de l’homme et de l’artiste devient toujours plus fragile en raison du thème de J’accuse – l’affaire Dreyfus. Si Valentine Monnier a brisé quarante ans de silence, c’est à cause du sujet, et déjà de son titre. Il s’impose mais elle ne le digère pas. Qui accuse ? Zola ou Polanski ? « Est-ce tenable, sous prétexte d’un film, sous couvert de l’histoire, d’entendre dire “j’accuse” par celui qui vous a marquée au fer, alors qu’il vous est interdit, à vous, victime, de l’accuser ? », demande-t-elle dans Le Parisien.

Il y a aussi la façon dont Polanski établit un parallèle entre le destin tragique de Dreyfus et sa propre histoire lors de la promotion de son film. Il touche juste quand il raconte qu’il est un enfant rescapé du ghetto de Cracovie, que sa mère est morte à Auschwitz, que son épouse, Sharon Tate, est assassinée en 1969, alors qu’elle est enceinte et qu’il est un moment soupçonné d’être impliqué.

Une œuvre détournée de son but

Mais il fait ensuite une faute qui pose nombre de questions. Dans le dossier de presse du film à Venise, un objet qu’il contrôle, il répond aux questions de Pascal Bruckner, dont celle-ci : « En tant que juif pourchassé pendant la guerre, cinéaste persécuté par les staliniens en Pologne, survivrez-vous au maccarthysme néoféministe d’aujourd’hui ? » Sa réponse : « Travailler, faire un film comme celui-là m’aide beaucoup, je retrouve parfois des moments que j’ai moi-même vécus, je vois la même détermination à nier les faits et me condamner pour des choses que je n’ai pas faites. »

Ensuite, dans le dossier de presse pour la sortie du film en France, puis dans des entretiens, Polanski corrige – lentement – le tir. Mais le mal est fait. Beaucoup l’accusent d’endosser l’habit de Dreyfus pour répondre aux accusations de viol.

BEAUCOUP L’ACCUSENT D’ENDOSSER L’HABIT DE DREYFUS POUR RÉPONDRE AUX ACCUSATIONS DE VIOL

Son erreur confine au gâchis. Car J’accuse est d’une dramaturgie sèche, c’est un film excellent, précieux surtout, dont le sujet est l’antisémitisme, si fort au tournant des XIXe et XXe siècles, et qui monte dans la France d’aujourd’hui. Voilà une œuvre en partie détournée de son but, y compris par son auteur, alors qu’elle est une des plus politiques qu’on ait vus depuis longtemps et qui devrait être montrée dans les écoles de France.

Reste la vérité du public. J’accuse a réalisé une très bonne première journée d’exploitation en salle, le 13 novembre. 55 000 entrées pour 545 écrans. Aucun autre film n’a été autant vu. C’est le meilleur résultat du cinéaste depuis Pirates, en 1986. C’est mieux que Le Pianiste. Sans doute la force du sujet joue. Sans doute le public ne voit pas Polanski comme un saint mais il n’aime pas qu’on lui dicte ce qu’il doit faire et penser. C’est une bonne nouvelle.

14 novembre 2019

Entretien avec Pierre et Gilles : “Les chanteurs sont un peu les idoles païennes de notre époque”

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PAR Jean-Marc Lalanne et Franck Vergeade

Eux-mêmes devenus iconiques, Pierre et Gilles exposent leurs créations à la Cité de la Musique, à Paris. “La Fabrique des idoles”, ou plus de quarante ans d'une œuvre phare de la pop culture racontés par ses auteurs.

Quelques jours avant une nouvelle exposition parisienne consacrée à leur amour commun et immodéré de la musique, La Fabrique des idoles, Pierre et Gilles nous ont longuement reçus dans leur fascinant appartement-atelier du Pré-Saint-Gervais, entre musée pop art et cabinet de curiosités.

A 69 et 65 ans, le photographe Pierre Commoy et le peintre Gilles Blanchard sont toujours aussi indissociables. Si Pierre est plus réservé et moins loquace que Gilles, ils parlent d’une seule voix, se répondant tour à tour comme dans une partie de ping-pong. Intarissables sur leur travail artistique qui traversent les décennies depuis 1976, Pierre et Gilles se jouent avec plaisir et gourmandise du mythe de l’icône populaire. Entre souvenirs des années Palace et confessions autobiographiques, ils se racontent en toute franchise.

Cette nouvelle exposition s’intitule “La Fabrique des idoles”. Qu’est-ce qu’une idole pour vous ? Le mot renvoie bien sûr à la religion, mais aussi aux années 1960. Il a été beaucoup utilisé pour qualifier les stars des yé-yé…

Gilles – Oui, c’est un mot qui renvoie à notre enfance. C’est comme ça qu’on qualifiait Sylvie Vartan, Sheila, Françoise Hardy… Il y a le tube de France Gall, N’écoute pas les idoles, celui de Johnny, L’Idole des jeunes… C’était un mot très utilisé, récupéré par la pop culture. Et nous inconsciemment, on l'a relié aux idoles religieuses. Peu à peu a germé en nous l’idée de représenter les idoles de la pop comme des icônes religieuses. Les chanteurs sont un peu les idoles païennes de notre époque.

Diriez-vous que vous avez besoin d’être dans un rapport d’idolâtrie aux sujets que vous photographiez ?

Pierre – Idolâtrer est peut-être un peu fort. Mais nous avons besoin d’aimer les artistes que l’on photographie.

“L’idolâtrie est un sentiment très lié à la jeunesse. J’ai vraiment idolâtré certains artistes dans mon enfance” – Gilles

Gilles – L’idolâtrie est un sentiment très lié à la jeunesse. J’ai vraiment idolâtré certains artistes dans mon enfance. Maintenant, j’ai plus de mal à éprouver des sentiments aussi intenses pour des chanteurs ou chanteuses. J’aimerais bien être encore un fan, mais je n’y arrive plus. Ça s’est estompé avec l’âge adulte. Pierre l’est peut-être resté plus que moi.

Pierre – C’est possible. J’ai toujours de grandes admirations. Et j’ai une curiosité assez inentamée. C’est moi qui fais les playlists à la maison.

Qu’est-ce qu’on y trouve sur ces playlists ?

Pierre – En ce moment, beaucoup de rap. Notamment beaucoup de rap coréen. De la musique pakistanaise. Et puis du rap français, qui est vraiment la musique populaire d’aujourd’hui, comme ce que l’on appelait autrefois la variété. C’est ce que l’on entend dans les voitures croisées dans la rue. La chanson populaire reste ce qui nous passionne.

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Gilles – Quand j’étais jeune, j’étais aux Beaux-Arts et je n’avais pas honte de dire que le week-end je regardais à la télévision un show de Claude François. Ce qui ne m’empêchait pas d’acheter les albums de David Bowie ou des disques de Marlène Dietrich. Je mélangeais tout et ça ne me posait aucun problème. Mes copains ironisaient un peu sur le fait que j’aimai Sheila et C. Jérôme. Un professeur m’avait même dit : “On ne peut pas être artiste en ayant de si mauvais goûts” (rires). J’étais persuadé qu’il se trompait et je cultivais un peu cet éclectisme par provocation. J’ai toujours voulu enlever les murs entre les choses.

Qui a été votre première idole ?

Pierre – En fait, ma première idole était la Petite Sirène que j’avais en livre disque, puis enfant c’était Brigitte Bardot et adolescent encore une blonde avec Sylvie Vartan qui m'a fait chavirer le cœur.

Gilles – Moi mon père écoutait plutôt de la chanson rive gauche, Barbara, Juliette Gréco. C’était une façon de m’affirmer que d’adorer Sheila, cette petite marchande de bonbons. Je suis issue d’une famille assez bourgeoise, cultivée, très catho. Mon père a été avoué, puis administrateur judiciaire.

Est-ce que vos parents interprétaient déjà vos goûts comme des indices de votre homosexualité ?

Gilles – Si c’était le cas, ils n’en parlaient pas du tout. Mais mon père aimait lui aussi beaucoup de chanteuses, pas les mêmes que moi. Et d’une certaine façon, ma mère avait davantage de traits masculins que lui. Elle ne se maquillait jamais, était très nature. Mon père était très raffiné, écoutait de la musique classique, allait dans les musées.

Il t’a encouragé à devenir peintre ?

Gilles – Non, pas du tout. J’étais un enfant en échec scolaire. J’avais deux ou trois ans de retard. J’étais très turbulent. J’ai quitté l’école à 14 ans. Je me suis retrouvé aux Beaux-Arts un peu par défaut. Mais ça a transformé ma vie. Ça m’a plu, j’ai changé, je me suis mis à travailler. Au bout d’un moment, mes parents étaient rassurés. Mon père était content que je peigne des sujets religieux. Beaucoup plus tard, après sa mort, j’ai retrouvé des cartes postales de notre travail dans ses affaires.

Est-ce que tu leur as présenté Pierre comme ton compagnon ?

Gilles – Oui, vers l’âge de 30 ans, je leur ai dit que nous étions ensemble. Mon père l’a bien accepté. Ma mère a eu plus de mal. Il faut dire que Pierre avait un peu une allure de voyou (rires).

Et toi Pierre, tu étais un bon élève ?

Pierre – Non sans plus. J’ai quand même passé le bac. Il faut dire que c’était facile, c’était en 1968 (rires). Je vivais à La Roche-sur-Yon, c’était quand même assez calme, on ne jetait pas de pavés. Je ne suis pas issu d’une famille spécialement bourgeoise. Mon père était opticien et ma mère vendeuse. Après le bac, j’ai fait une école de photo, puis l’armée, puis je suis monté à Paris.

Vous vous rencontrez en quelle année ?

Pierre – Trois ou quatre ans après notre arrivée à paris, fin 1976. Moi je travaillais un peu pour Rock & Folk. On s’est rencontrés à la fête de l’ouverture de la boutique Kenzo place des Victoires. On se connaissait vaguement de vue.

Gilles – Mon copain de l’époque m’a dit : “Tiens je vais te présenter un jeune photographe, Pierre Commoy. Vous êtes aussi peu bavard l’un que l’autre, vous allez bien vous entendre”. Ça s’est produit au-delà de ses espérances (rires). Je le connaissais de loin, j’appréciais beaucoup ses photos. Après quelques verres, j’ai dépassé ma timidité. On est rentrés ensemble et on ne s’est plus quittés.

Pierre – Au bout d’un an de vie commune, à être très complice dans le travail et à s’aider mutuellement, on a pensé à créer des images ensemble en combinant la photo et la peinture. Notre première série a été une série sur nos amis en train de faire des grimaces, comme Edwige par exemple.

Quelles étaient vos références dans la photographie de l’époque ?

Pierre – J’aimais bien Guy Bourdin, Helmut Newton…

Gilles – J’étais très marqué par le pop art. Mais on a fait aussi un voyage au Maroc et on a été très sensibles aux des portraits d’Oum Kalsoum aux couleurs saturées, hypertrafiquées. On trouvait que ces images populaires ressemblaient aux sérigraphies de Warhol. Ça a un peu donné la clé de notre travail. Au début on a beaucoup utilisé des aplats de couleurs vives, des fonds géométriques. Et petit à petit le décor est arrivé.

Pierre – Il faut dire qu’on a toujours travaillé chez nous. A nos débuts, c’était un studio, donc on ne pouvait faire que des portraits sur fond monochrome. Et en déménageant dans des appartements plus grands, on a pu se mettre à construire des mises en scène, superposer des premiers plans et des arrière-plans.

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Au début, vous vous déplaciez pour photographier les gens non ?

Pierre : Oui quand nous avions des commandes. Je me souviens par exemple d’un portrait d’Iggy Pop à son hotel pour le magazine Façade en 1977. C’était quelque chose ! On était avec Alain Pacadis. On l’a rejoint dans sa chambre d’hôtel. Il était au lit avec une fille, il s’est levé et était à poil, encore en érection. On lui a mis une chemise, une cravate, une veste, mais en bas il était toujours à poil !

Mais pourquoi ne l’avez vous pas cadré de façon plus large ?

Gilles – (Rires) C’était seulement notre deuxième photo. On était novice et très impressionné face à une rock-star. Ensuite, on a fait beaucoup de photos de nus, chez nous, dans nos décors, mais c’était une autre démarche.

Vous viviez par la photo de presse à vos débuts ?

Pierre – Oui on faisait des images pour la presse gay, le magazine Samouraï par exemple, pour Façade beaucoup, Actuel aussi avec une photo d’Eva Ionesco et Kevin, un ami de l’époque, en Adam et Eve. Et puis des pochettes de disques : un album de Marie France, puis la pochette de La Notte, La Notte, avec la marinière le deuxième album d’Etienne Daho, qui a été un grand succès et a fait connaître notre travail au-delà d’un petit cercle d’amateurs. Cette pochette nous lie à jamais à Etienne.

Gilles – A nos débuts, on a fait beaucoup de commandes. Etienne, c’était une commande, mais on avait vraiment envie de le photographier. Aujourd’hui, les rencontres se passent beaucoup par Instagram. Des artistes nous envoient des petits mots. Clara Luciani a voulu nous rencontrer. Juliette Armanet et Pierre Lapointe aussi. Ça se passe comme ça également avec des inconnu.e.s, qui aiment notre travail et ont envie d’être modèles. Il y a quand même l’idée que tous ces gens constituent un monde. Au tout début, on photographiait nos amis, la bande du Palace, Marc Almond qui était un grand ami, et même si depuis le cercle s’est élargi, quelque chose de cet esprit reste.

Pierre – Oui, quand on regarde tout ce qu’on a fait, je pense qu’on a l’impression de feuilleter un grand album de famille. Tout est relié par des souvenirs.

"Le mystère de l'Amour", Marie-France et Marc Almond (1992) © Pierre et Gilles, collection privée

Est-ce que vous diriez que la beauté est pour vous un critère, qu’elle vous fascine ?

Pierre – Non, je ne suis pas sûr. La différence compte plus que la beauté.

Gilles – On photographie des gens qui nous fascinent, mais souvent par leur originalité. Eva (Ionesco), Djemila, Farida, Edwige, c’était d’abord des caractères très forts. Elles étaient magnifiques mais d’une façon étonnante, neuve, étrange. Marie France aussi bien sûr. Elle me fascinait déjà quand j’étais en province. Je connaissais son show à l’Alcazar et elle me subjuguait. Quand j’étais aux Beaux-arts, je découpais toutes les photos d’elle et j’en avais fait un collage, que j’ai conservé. Elle me faisait penser aux égéries de Warhol, elle était un peu la Candy Darling française.

A propos de Candy Darling, vous aimez les photos de Peter Hujar, dont la galerie du Jeu de Paume présente en ce moment une rétrospective ?

Gilles – Oui, moi j’adore. La photo de Candy Darling sur son lit de mort est vraiment sublime. C’est une de mes photos préférées. Mais nous n’avons pas encore été voir l’expo. J’adorais Candy Darling. Quand j’ai su que Warhol n’avait pas été à son enterrement, ça m’a rendu très triste. Il avait dit : “Je n’ai pas pu y aller, c’était l’heure où je promène mon chien.”

Il y a une dimension de cruauté dans le rapport de Warhol à ses modèles. Vous vous définiriez comme des artistes plus aimants ?

Gilles – Oui, je pense qu’il était plus cruel. On l’a connu. Il s’est intéressé à notre travail, a voulu nous rencontrer plusieurs fois dans son appartement parisien rue du Cherche-Midi. Pierre l’a photographié pour Façade aussi.

Vous avez aussi beaucoup photographié de jeunes gens anonymes depuis quarante ans. Est-ce que vous vous souvenez de tous ou certains sont-ils devenus des inconnus ?

Gilles – Ah non. Je pense qu’on se souvient de chacun d’eux à 99 %. Dans notre série Les Naufragés, une série de portraits de garçons faite à l’époque du sida et qui parlait de cette hécatombe terrible, il y en a peut-être certains dont on ne se souvient plus de qui ils étaient. Beaucoup sont morts dans les années qui ont suivi.

Le sida a beaucoup décimé le monde dans lequel vous avez évolué depuis votre jeunesse…

“Le sida a été le signal qu’une époque était vraiment révolue. Une terrible gueule de bois est apparue jour. L’ambiance est devenue terriblement lourde” – Pierre

Pierre – Oui, ça a été terrible. On a vécu un moment dont on avait conscience en le vivant qu’il était exceptionnel. Avant le Palace, il y avait le Sept, qui était plus gay, moins mélangé. Il y avait aussi les grandes fêtes de Kenzo. Une euphorie naissait, une atmosphère d’insouciance et de fête permanente. Le Palace a été le point culminant de ce moment. La découverte du sexe et de la drogue était vécue dans une grande inconscience. Et à un moment donné, quelque chose de très noir s’est dessiné. Pacadis, Edwige n’ont jamais vraiment réussi à se sortir de l’héroïne. Certains de nos amis proches sont morts d’overdose. Et puis le sida a été le signal qu’une époque était vraiment révolue. Une terrible gueule de bois est apparue jour. L’ambiance est devenue terriblement lourde. Les plus jeunes partaient très vite. C’était terrible.

Gilles – Moi ça m’a rendu très dépressif. On s’est réfugié dans le travail. On s’est isolé. On ne sortait plus.

Quel rapport entretenez-vous avec l’engagement puisque vous avez été notamment proches d’associations comme Act Up ou Aides ?

Gilles – Nous ne sommes pas des militants dans l’âme, mais il nous est souvent arrivé de participer à des manifestations ou de travailler sur des images avec ces associations. On collaborait aussi avec le magazine Gay Pied.

Pierre – On préfère exprimer notre engagement dans notre travail, comme la série des Naufragés et Pleureuses en 1986.

Gilles – C’est une exposition qui n’a guère été comprise à l’époque. Pourtant, elle représentait des garçons endormis, comme morts du Sida. Même dans les moments tragiques, il faut toujours laisser de la place au rêve. Depuis nos débuts, on a reçu une quantité incroyable de lettres écrites par des personnes malades nous témoignant de leur reconnaissance, certaines nous confiaient même qu’elles avaient accepté leur homosexualité grâce à notre travail. On n’a jamais eu le sentiment d’être des artistes spécialement gays. On a beau être gay, on travaille avec tout le monde. Avec Pierre, nous avons toujours été naturels. Les gens savent que Pierre et Gilles forment un couple gay. Dans l’art contemporain français, les artistes affirment moins leur homosexualité qu’en Angleterre. C’est comme dans la musique, les chanteurs disent qu’ils sont gays seulement quand ils sont vieux, comme Dave ou Hervé Vilard (sourire).

Les temps changent néanmoins avec un jeune chanteur comme Eddy de Pretto.

Gilles – Certes, mais le jour de sa prise de vue dans notre atelier, il n’a pas souhaité être enveloppé dans un drapeau arc-en-ciel. On a donc opté pour un drapeau fleur de lys, mais en conservant un fond arc-en-ciel dont Eddy trouvait qu’il symbolisait trop la lutte LGBT. Mais nous sommes restés intransigeants sur ce point, sinon il n’y avait plus de décor (sourire) ! Il a donc fini par accepter et arrêter son petit caprice. Si Eddy de Pretto évoque son homosexualité dans ses chansons, j’ai l’impression qu’il ne veut pas devenir pour autant un porte-drapeau gay.

Au final, c’est vous qui avez la main sur la mise en scène ?

Gilles – Absolument, sauf lorsque nous travaillons pour une pochette de disque. Nous restons toujours à l’écoute. Pour la séance avec Juliette Armanet, par exemple, on avait d’abord l’idée de l'habiller dans un look plus féminin. En discutant avec elle, Juliette nous disait qu’elle aimait bien porter des costumes de garçons. Et nous en sommes arrivés à la représenter en Jeanne d’Arc. Quant à Clara Luciani, elle rêvait d’apparaître en madone.

Considérez-vous qu’il y a une dimension mortifère dans votre travail ? Les gens sont photographiés comme s’ils n’étaient plus là. On pourrait presque mettre vos images sur la pierre tombale de leurs modèles.

Gilles – Pierre tombale, pourquoi pas (sourire)… Il y a effectivement un côté intemporel et mortuaire que l’on revendique pour susciter une émotion. Quand Grace Kelly est décédée, elle figurait dans son cercueil bien habillée et maquillée.

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Y a-t-il quelque chose de l’ordre de l’embaumement ?

Gilles – Moins dans notre travail actuel. C’était davantage marqué à nos débuts. Ce sont aussi très souvent des icônes solitaires, qui portent sur leur visage une certaine fragilité. Car c’est malheureusement la nature de l’existence humaine : on arrive seul sur Terre et on repart tout seul (sourire). Enfant, j’ai découvert la peur de la mort en apprenant la disparition de mon grand-père. La mort est une idée qui ne me plaisait pas du tout (rires). Mais dans quoi m’avait-on embarqué ? J’ai toujours été choqué par la finalité de la condition humaine. Peut-être cette peur transparaît-elle dans nos images.

Avant même de vous rencontrer, aviez-vous le sentiment que vous rencontreriez la bonne personne, sinon l’âme sœur ?

Pierre – On la recherchait sans doute inconsciemment.

Gilles – J’ai toujours cherché mon double. D’ailleurs, avant de rencontrer Pierre, je ne sortais jamais sans mon meilleur ami. Je n’avais pas une bande d’amis, car j’étais très solitaire, mais j’éprouvais néanmoins le besoin d’avoir un complice.

Vous êtes devenus un binôme indissociable qui traverse les décennies, ce qui n’est pas si courant d’être deux la majeure partie de sa vie.

Gilles – Quand j’ai vu Pierre de loin pour la première fois, je suis immédiatement tombé amoureux de lui, même si nous nous sommes rencontrés seulement un an après.

Pierre – Nous rencontrer nous a certainement sauvés de tous les excès des années du Palace.

“Chez le photographe Philippe Morillon, j’avais pris la mauvaise habitude de prendre ma ligne d’héroïne avant de sortir. Avec Pierre, nous nous sommes vraiment préservés l’un et l’autre.” – Gilles

Gilles – Avant de connaître Pierre, j’allais souvent chez le photographe Philippe Morillon, où je retrouvais Alain Pacadis, Marie France, Paquita Paquin et le Tout-Paris de l’époque… Chez lui, j’avais pris la mauvaise habitude de prendre ma ligne d’héroïne avant de sortir. Avec Pierre, nous nous sommes vraiment préservés l’un et l’autre. Sans lui et connaissant mon caractère, j’aurais pu très mal tourner (sourire) !pierre52pierre51

Quel est votre rapport respectif à la religion et à la foi ?

Pierre – Nous sommes tous les deux catholiques. On a d’abord rejeté notre religion à l’adolescence avant de la redécouvrir lors d’un premier voyage en Inde en 1979. On y a découvert le cinéma Bollywood, la religion indienne et, dans le Sud, les représentations Tamoul naïves et colorées de la religion catholique.

Gilles – Pour ma part, j’ai suivi une éducation religieuse jusqu’à ma communion solennelle. J’ai même été enfant de chœur ! Pourtant, j’avais la trouille des églises (sourire). Le sujet religieux m’a toujours intéressé, notamment au cinéma – je pense entre autres aux films de Pasolini. Ce voyage en Inde nous a effectivement réconciliés avec la religion et l’imagerie chrétienne. Et on a ainsi commencé à réaliser nos premières images d’inspiration religieuse. La religion permet de s’interroger et de se poser des questions sur la vie.

Pierre – Il peut m’arriver de prier. Enfant, j’ai été brûlé au dernier degré, poussé par mon frère dans l’eau bouillante du bain et ce jour-là la Sainte Vierge m’est apparue. Je n’ai aucun souvenir de cet accident domestique, mais on me l’a raconté ultérieurement.

Le livre de l’exposition La Fabrique des idoles ressemble d’ailleurs à un missel…

Pierre – Oui, c’est un clin d’œil à notre sens religieux.

Gilles – Pour la couverture, on a choisi cette représentation de Lio en madone au cœur blessé car c’est l’une nos images les plus importantes que l’on n’a jamais pu exposer depuis des années.

Pierre – Pour chaque exposition, on travaille naturellement et les thématiques surgissent sans qu’on s’en rende forcément compte. Après La Fabrique des idoles à la Cité de la Musique, on aura une exposition sur le cinéma à Cannes (Pierre et Gilles, le goût du cinéma, à partir du 19 décembre au Centre d’art La Malmaison, ndlr).

On a l’impression que le septième art nourrit moins votre travail que la musique.

Gilles – Pourtant, dans mon enfance, j’ai été beaucoup plus marqué par le cinéma que par la musique. Comme j’étais le cinquième d’une famille nombreuse de neuf enfants qui passaient leur temps à se chamailler, ma mère me donnait de l’argent pour avoir la paix et aller au cinéma le jeudi après-midi et le dimanche. Je voyais donc deux films par semaine, la séance coûtait un franc à l’époque. J’allais voir tout et n’importe quoi. A neuf, dix ans, j’avais déjà vu Certains l’aiment chaud (1959) de Billy Wilder avec Marilyn Monore sans savoir qui elle était. Comme Le Havre était une ville communiste, il y avait un cinéma qui diffusait plein de films de propagande soviétique qui me passionnaient. J’adorais aussi les films avec Joselito, un chanteur espagnol des années 1950-1960. Sans oublier évidemment les dessins animés de Walt Disney et les péplums.

Pierre – A Cannes, on présentera les portraits des acteurs et actrices qu’on a réalisés : Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Béatrice Dalle, Jérémy  Renier et Natacha Régnier pour l’affiche d’un film de François Ozon. Contrairement à Gilles, je n’avais pas la chance d’aller au cinéma dans ma jeunesse à La Roche-sur-Yon. Alors j’en rêvais en feuilletant les pages du magazine Cinémonde chez ma nourrice. En arrivant à Paris, j’ai découvert d’un seul coup les films de Kenneth Anger, James Bidgood, Pasolini et aussi ceux avec Marlene Dietrich. Quand on vivait dans le quartier de Bastille, on habitait au-dessus d’un cinéma qui passait plein de films de karaté qu’on voyait gratuitement.

Gilles – Il y a aussi eu la découverte des films de Bruce Lee quand il était encore vivant. A l’époque du Palace, on n’allait plus dans les salles obscures. Le cinéma était dans la vie (sourire). Aujourd’hui, on s’intéresse en priorité au cinéma asiatique.

Diriez-vous que Pink Narcissus (1971) a été un film fondateur et vous a inspirés dans son univers visuel ?

Gilles – Une révélation énorme découverte par hasard à la Cinémathèque alors que je m’apprêtais à voir un film d’Andy Warhol. J’ai attendu un an pour le revoir une deuxième fois lorsqu’il est sorti dans les salles à Paris.

Pierre – On se sent proche de la démarche de James Bidgood, que l’on a déjà rencontré plusieurs fois à New York. On a des influences et une sensibilité communes.

Gilles – Il nous est déjà arrivé de faire des hommages à son travail, comme le garçon dans un cœur. On aime bien faire des clins d’œil précis à d’autres artistes, de Bernard Buffet à Gustave Courbet ou Rembrandt.

Pierre – A chaque vision de Pink Narcissus, on y redécouvre toujours de nouvelles choses. C’est fou qu’il ait filmé chez lui, dans son petit appartement new-yorkais. Il a fait tous les décors lui-même, comme nous. Après avoir travaillé sept ans sur son film, James Bidgood a refusé de voir son nom mentionné au générique final car on l’a forcé à le sortir en 1971, en pleine période du porno hard-core. Plus qu’un film pornographique, Pink Narcissus est devenu un objet d’art.

Il vous est déjà arrivé de photographier des porn-stars comme François Sagat ou de représenter des sexes masculins en érection. Quelle est votre approche de la sexualité voire de la pornographie ?

Pierre – On avait aussi photographié Jeff Stryker habillé par Thierry Mugler ou Titof. Auparavant, on avait la liberté de montrer des images d’acteurs porno dans nos expositions alors qu'Instagram, on se fait censurer de partout.

Gilles – On adore les réseaux sociaux, mais on abhorre la censure. Je n’aurais jamais imaginé assister à un tel retour en arrière et à une telle régression morale.

Quelle est l’idole ou l’icône que vous auriez rêvé immortaliser ?

Pierre – Marilyn Monroe. Ou Elvis.

Gilles – Nous ne sommes pas tellement malheureux parce que nous n’avons jamais rien demandé ni même réclamé. Nous avons déjà eu tellement de chance d’approcher autant d’artistes.

Pierre – Je songe aussi à Michael Jackson.

Gilles – On avait échangé avec lui par téléphone, mais il souhaitait soixante-dix photos, pensant qu’on travaillait uniquement sur Photoshop. On regrette néanmoins de ne pas l’avoir rencontré.

Pierre – Madonna est l’une de rares personnalités que nous n'avons pas photographiée dans notre atelier, mais à New York en 1995. Elle était alors probablement la femme la plus célèbre du monde. A l’occasion d’une soirée avec Jean Paul Gaultier et elle, nous étions allés voir un spectacle de Zingaro à Aubervilliers. Quand on marchait avec elle dans la rue, les enfants la regardaient comme la Sainte Vierge ! Ça reste un souvenir assez incroyable.

Comment s’opère finalement la commercialisation de votre travail ?

Gilles – Nous sommes représentés par la galerie d’art contemporain Templon. En étant deux, nous avons un fonctionnement très artisanal qui nous procure beaucoup de libertés. Nous ne sommes pas comme certains artistes qui montent une véritable petite entreprise autour de leur art. Nous avons simplement un assistant pour les tirages numériques. Faire une image nécessite du temps et exige un certain prix.

Pierre – Il nous faut entre quinze jours et trois semaines pour réaliser un tableau. En une année, on en fait entre douze et quinze.

Gilles – De toute façon, on travaille tout le temps. On ne prend jamais de vacances. On voyage uniquement à l’occasion de nos expositions. Si je m’arrête de travailler, je déprime. Notre travail, c’est avant tout une œuvre, qui raconte notre histoire et illustre toute une époque.

La Fabrique des idoles du 20 novembre au 23 février à Paris (Cité de la Musique)

10 juin 2017

Mathias Depardon est libre et de retour en France

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Arrivée de Mathias Depardon en France

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mathias_Depardon

Etabli en Turquie depuis cinq ans, Mathias Depardon avait été arrêté le 8 mai alors qu’il réalisait un reportage sur le Tigre et l’Euphrate pour « National Geographic ».

Le photojournaliste français Mathias Depardon, détenu depuis un mois en Turquie après avoir été arrêté pendant un reportage dans le sud-est du pays, est rentré vendredi 9 juin en France, selon Reporters sans Frontières (RSF). « J’ai été accusé », a dit le journaliste en touchant le sol français, « de propagande terroriste et d’aide et soutien à des groupes terroristes, à savoir le PKK, suite à des images que j’avais faites ces dernières années, dont je ne cachais pas l’existence ». « Je pense que l’idée était d’envoyer un message assez fort auprès des journalistes étrangers et turcs qui ont pour but de faire des sujets dans le sud-est de la Turquie », a-t-il dit.

Son avion s’est posé peu après 22 heures hier à l’aéroport de Roissy où il a été accueilli par le directeur de cabinet de l’Elysée, Patrick Strzoda, et le conseiller diplomatique Philippe Etienne, a précisé le secrétaire général de RSF, Christian Deloire.

Arrivée vendredi soir avec Christophe Deloire de Mathias Depardon après 1 mois de détention arbitraire en Turquie. Le comité de soutien et le président de RSF, Christophe Deloire, remercient tous ceux qui se sont mobilisés avec nous pour sa libération. C'est un immense soulagement.  La Turquie occupe la 155e place sur 180 au Classement 2017 de la liberté de la presse, établi par RSF. Alors qu’une vague de répression sans précédent s’abat sur les médias turcs, plusieurs dizaines de journalistes étrangers ont été expulsés depuis deux ans. Plus de cent journalistes turcs sont toujours emprisonnés. Photo @laurenttroude #mathiasdepardon @mathiasdepardon #rsf #christophedeloire @rsfinternational @cdeloire

Une publication partagée par Libération (@liberationfr) le 9 Juin 2017 à 23h43 PDT

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13 novembre 2019

Nadine Trintignant considère Roman Polanski comme « une victime »

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Alors que plusieurs avant-premières et invitations média ont été annulées à la suite de la polémique autour de Roman Polanski, la réalisatrice – dont la fille a pourtant été victime de féminicide – est venue sur BFMTV défendre le réalisateur.

Par L'Obs

C’est un soutien pour le moins étonnant, pour ne pas dire choquant. Nadine Trintignant, dont la fille a succombé aux coups de son conjoint Bertrand Cantat, est venue sur le plateau de BFMTV défendre le réalisateur Roman Polanski, alors que sort en pleine tourmente son film « J’accuse », ce mercredi 13 novembre.

Visé par une nouvelle accusation de viol par la photographe française Valentine Monnier, Roman Polanski a été contraint d’annuler sa tournée de promotion pour son nouveau film. Jean Dujardin et Emmanuelle Seigner ont annulé des interviews télévisées tandis que des émissions enregistrées avec Louis Garrell n’ont pas été diffusées ces derniers jours.

Quelques dizaines de féministes ont également bloqué mardi soir une avant-première dans un cinéma parisien en scandant « Polanski violeur, cinémas coupables » et en brandissant des pancartes sur lesquelles est écrit « Polanski persécute les femmes ».

Le réalisateur compte néanmoins quelques soutiens. Catherine Deneuve, qui avait tourné avec lui dans « Répulsion », n’a ainsi jamais cessé de le soutenir, comme elle l’a fait à nouveau avant la Mostra, où la sélection de « J’accuse » avait indigné les féministes. Le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, avait aussi estimé en 2017 que « c’est une affaire qu’il faut bien connaître pour pouvoir en parler ». « Ça fait quarante ans […] Le pardon est nécessaire dans la société », a encore observé récemment le réalisateur Costa-Gavras, président de la Cinémathèque française. Et cet été, le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, a plaidé pour « faire une distinction très claire entre l’homme et l’artiste ».

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« Ce ne serait pas Roman Polanski, on lui ficherait la paix »

Sur le plateau de BFMTV, Nadine Trintignant a également défendu Roman Polanski. « Je suis là pour défendre Roman Polanski. Je trouve très grave de l’embêter en ce moment » a-t-elle déclaré d’emblée, lorsqu’on lui a demandé une réaction. Elle ne plaide pas pour distinguer l’homme de l’artiste mais voit le réalisateur de « J’accuse » comme une victime :

« On est sans arrêt contre lui. Ce ne serait pas Roman Polanski, on lui ficherait la paix. […] En ce moment en Europe, il y a un antisémitisme sournois qui se réveille. Ce n’est pas le moment d’accabler Roman Polanski. » Elle porte même une accusation contre Valentine Monnier : « J’ai tendance à croire Roman Polanski plutôt qu’une femme qui a mis quarante-quatre ans avant de le dénoncer. […] On devrait lui ficher la paix depuis le temps. »

 

7 juin 2017

Donald Trump fragilisé par son activisme sur Twitter

Une publication partagée par TIME (@time) le 6 Juin 2017 à 15h44 PDT

Par Gilles Paris, Washington, correspondant

La micromessagerie qu’affectionne tant le président pour défendre directement son point de vue lui donne aussi l’occasion de laisser libre cours à son agressivité et d’énoncer contre-vérités et approximations.

Donald Trump s’est imposé comme le premier président-Twitter des Etats-Unis. Les millions de « followers » que son compte personnel a agglomérés avant et surtout après son élection lui permettent, selon ses dires, de contourner les médias traditionnels qu’il juge, non sans raison, globalement critiques quant à son action, afin de défendre directement son point de vue.

Mais la micromessagerie qu’affectionne le chef de l’Etat lui donne aussi l’occasion de laisser libre cours à son agressivité, au point de se fragiliser lui-même. La preuve en est apportée depuis l’attentat de Londres survenu le 3 juin.

M. Trump a trouvé là l’occasion de régler de vieux comptes avec le maire de la capitale britannique, Sadiq Khan. En décembre 2015, ce dernier avait vivement critiqué celui qui n’était encore qu’un candidat à l’investiture républicaine pour son projet d’interdire l’entrée aux Etats-Unis aux étrangers de confession musulmane, après l’attentat de San Bernardino (Californie).

Mise en cause de Sadiq Khan et défense du « travel ban »

Dimanche, M. Trump s’est appuyé sur une déclaration tronquée de l’édile pour laisser entendre que ce dernier voulait minimiser le drame. La stupeur créée par cette critique et la restitution de la citation entière de M. Khan n’ont pas dissuadé lundi matin le locataire de la Maison Blanche de renchérir, dénonçant une « excuse pathétique » du maire et la complicité des médias traditionnels.

Mais surtout, les attaques de Londres ont ravivé l’acrimonie de M. Trump concernant le blocage par la justice américaine d’un décret visant à interdire temporairement l’accès au sol américain pour les ressortissants de six pays d’Afrique et du Moyen-Orient où l’islam est la religion majoritaire. L’occupant du bureau Ovale a publié un message réaffirmant la nécessité de cette mesure samedi soir, avant même d’exprimer sa solidarité avec les Britanniques.

Le texte cité est une version édulcorée de la proposition initiale de décret visant les musulmans, peu susceptible de franchir l’obstacle de l’examen de sa constitutionnalité. Le département de la justice a demandé le 1er juin que la Cour suprême s’en saisisse, ce qui n’interviendra sans doute pas avant de longs mois, après les avis négatifs rendus par des juges fédéraux et des cours d’appel en dépit d’une nouvelle rédaction du texte.

Cette deuxième mouture avait été notamment purgée de la référence au traitement préférentiel prévu initialement pour les minorités confessionnelles présentes dans les pays ciblés, qui soulignait en creux que l’islam était bien visé.

Une insistance contre-productive

L’insistance manifestée par M. Trump dimanche et lundi s’est révélée doublement contre-productive. Tout d’abord parce que le président a affirmé que son décret constituait bien une interdiction de voyager, un « travel ban ». Le secrétaire à la sécurité intérieure, John Kelly, sa conseillère Kellyanne Conway et son porte-parole, Sean Spicer, ont pourtant assuré des semaines durant qu’il n’en était pas question. M. Kelly avait d’ailleurs répété le 28 mai qu’il ne s’agissait que d’une « pause ».

En dénonçant un « politiquement correct » et en déplorant l’atténuation que constituait la seconde rédaction du décret, M. Trump a donné de nouvelles munitions aux opposants du texte, qui pourront faire valoir que le président cible bien l’islam.

En ajoutant que son administration procédait déjà à un « contrôle extrême » des étrangers arrivant aux Etats-Unis, le président a enfin remis en cause sa nécessité. Signé dès son arrivée à la Maison Blanche, en janvier, puis réécrit en mars, le décret prévoyait en effet un gel temporaire de trois mois, le temps que soient mises en place des procédures efficaces de contrôle. M. Trump a semblé laissé entendre lundi qu’elles étaient déjà opérationnelles.

Dans un de ses messages de lundi, M. Trump a également dénoncé les démocrates du Congrès, qualifiés d’« obstructionnistes », parce que ces derniers ralentiraient selon le président le processus de nomination pour les milliers de postes qui deviennent vacants à chaque alternance. M. Trump a cependant accumulé un retard dont il est le principal responsable. Il n’a ainsi toujours pas désigné officiellement d’ambassadeur à Londres, pas plus que dans les principales capitales européennes.

En l’absence d’un titulaire, un chargé d’affaires, diplomate de carrière, a exprimé ostensiblement son soutien au maire de Londres après sa mise en cause par le président.

Un usage critiqué par une majorité d’Américains

Samedi soir, après l’annonce des attaques, M. Trump avait partagé sur son compte un lien vers l’agrégateur conservateur et controversé Drudge Report, qui faisait état de leur caractère terroriste sans la moindre confirmation officielle.

L’agence Associated Press, rappelant que M. Trump avait fait de même à tort avec une attaque survenue aux Philippines le 1er juin, a publié lundi une dépêche recensant les dernières contre-vérités et approximations du président commençant par la formule suivante : « On ne peut pas considérer que le président Donald Trump donne des informations précises aux Américains lorsque des actes de violence se déroulent à l’étranger. »

Cette mise en question de la parole présidentielle a été alimentée par Mme Conway elle-même, lundi matin, lorsque la conseillère de M. Trump a déploré « l’obsession » de médias prompts à rendre compte de « tout ce qu’il dit sur Twitter », mais « très peu de ce qu’il fait en tant que président ». Sean Spicer a adopté une stratégie d’évitement face aux messages les plus controversés du chef de l’Etat. Il se contente d’indiquer, lorsqu’il est interrogé à leur sujet, que « les tweets du président parlent d’eux-mêmes ».

Une majorité écrasante d’Américains (61 %, contre 33 % qui sont d’un avis opposé) déplore l’usage que fait M. Trump de son compte personnel depuis son arrivée à la Maison Blanche, selon une enquête de la Quinnipiac University publiée en mai. Cette dernière a confirmé les résultats sur ce point de sondages précédents. Depuis quelques jours, un site permet de publier les messages du président dans la forme des communiqués officiels de la Maison Blanche, pour insister sur le fait qu’ils n’ont rien d’anodin.

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