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Jours tranquilles à Paris
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10 avril 2011

Save the date «Terra Vulgaris» : de la magie pas à pas.

187716_720950030_2346667_nVERNISSAGE Jeudi 14 avril 2011 à partir de 19h

EXPOSITION du 14 au 30 avril 2011

La galerie est ouverte tous les jours sauf Lundi, de 16h à 20h.

«Terra Vulgaris»: de la magie pas à pas.

Photographies de Lina Prokofieff.

IG – Gallery, Galerie d’art contemporain spécialisée dans l’Art Russe, située en plein cœur de Paris à Montmartre, présente la nouvelle exposition de la photographe Lina Prokofieff. C’est la deuxième collaboration de la galerie - qui ne présentait la plupart du temps que de la peinture russe - avec la jeune photographe dont le travail a interpellé la galeriste Olga et qui n’a pas pu passer à côté de ce talent.

Le regard de Lina jusque là animé par l’introspection à travers l’autoportrait, restait néanmoins ouvert à la recherche de tout autre instant magique, neuf et curieux. Des paysages, des visions de la nature impossibles à reproduire en studio lui offraient cette autre possibilité d’explorer le vivant avec la photographie.

Elle décide de moins photographier les gens le temps d’un été pour poser son regard poétique sur la nature brute du sud de la France: une douce rêverie qui lui rappelle son enfance, où chaque pas dévoile un trésor insoupçonné.

Habituée du studio et de la mise en scène de ses prises de vues, c’est avec détachement et sans prétention qu’elle a posé son regard autour d’elle, pour redécouvrir la magie et la beauté qu’offre la nature: «J’avais besoin de revenir à des choses simples, sans sophistication».

Lina Prokofieff a exploré des chemins abandonnés et poussiéreux bordés de végétation parfois violente, parfois sculpturale. Elle s’est montrée téméraire et persévérante dans cette exploration. Chaque pas était comme un test d’elle-même: sous le soleil caressant, mais dans les herbes peu accueillantes, égratignant sa peau, elle était toujours à la recherche de la beauté à travers des sensations inédites.

Elle s’est faite belle pour ce chemin, elle portait une robe pour être ne serait-ce qu’un peu à la hauteur de ce qu’elle découvrait. Mais elle s’est effacée, s’est faite fantôme pour mettre en lumière ce monde de fragments magiques et poétiques. Elle a retenu son souffle pour ne déranger en rien ces merveilles terrestres - que l’on piétine bien trop souvent sans y prêter attention - de les laisser s’offrir à son objectif, humble et respectueux.

A travers cette nouvelle série, Lina a voulu donner de l’importance à ce monde dont la valeur est inestimable pour elle, et que son regard a réinterprêté avec l’éternel soucis de magnifier son sujet.

(extrait dossier de presse réalisé par Macha Krouglova)

DOSSIER DE PRESSE

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26 mai 2017

Video exposition ORLAN en Capitales à la Maison Européenne de la Photographie

ORLAN, cette artiste qui a fait de son corps un médium artistique, voire une oeuvre d'art à part entière, s'expose ici à la Maison Européenne de la Photographie. Une exposition qui nous invite à dépasser les apparences autour d'une réflexion sur notre rapport au corps, codifié, jugé, exhibé, un corps que nos sociétés nous font parfois davantage subir que diriger.

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Photos : J. Snap

28 mai 2017

Paris-Plages invente la plage… sans sable

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Pas de sable cet été... mais des plages de pavés entre le pont Marie et le pont de Sully (en haut, à g.), de bois près du pont Neuf (en haut à dr.), et d’herbeentre le pont Notre-Dame et le pont au Change (en bas à g.). Sans oublier les espaces de baignade dans le bassin de la Villette (en bas à dr.).

L’événement phare de l’été fait peau neuve pour sa 16e édition et revient avec un nouveau concept : des plages qui ne compteront pas un seul grain de sable.

Par  Juliette Bénézit

«Paris-Plages demeure mais Paris-Plages change », a prévenu Bruno Julliard, 1 er adjoint à la mairie de Paris chargé de la culture et du patrimoine, hier matin. Et c’est en effet sous un autre jour que l’événement estival emblématique de la capitale débutera, le 8 juillet. Si les bords de Seine seront habillés, comme les années précédentes, de différentes plages, de centaines de transats et d’une cinquantaine de palmiers, il n’y aura en revanche pas un seul grain de sable à l’horizon du fleuve parisien.

Paris-Plages fait ainsi peau neuve pour sa 16 e édition et revient avec un nouveau concept : celui des plages sans sable. Cette idée, Bruno Julliard l’explique tout d’abord par « des raisons déontologiques ».

Plus écolo... et moins scandaleux

L’adjoint à la Ville de Paris indique, en effet, que « [leur] ancien fournisseur en sable, le groupe Lafarge, ayant été accusé d’avoir entretenu des relations commerciales avec Daech, la poursuite d’un quelconque contrat n’était pas concevable ». Mais d’autres justifications sont également invoquées par le responsable culture et patrimoine de la Ville de Paris comme la volonté de préserver l’environnement ou le souci de moderniser un événement conçu pour la première fois en 2002. Fini donc les 3 500 tonnes de sable acheminées sur les bords de Seine, chaque été. Cette année, les rives droite et gauche du fleuve parisien seront jonchées de plages d’herbe, de bois et de pavés, pour un Paris Plages « plus moderne et plus contemporain », se félicite Bruno Julliard. Une initiative qui réjouit Frédéric, un consultant de 55 ans : « L’herbe, c’est plus propre, plus sympa et plus permanent et puis ça va rajouter un peu de verdure ». Dona Martine, une retraitée de 64 ans, est quant à elle plus dubitative : « A mon âge, je ne compte plus faire des châteaux de sable, mais c’est peut-être dommage pour les enfants », analyse la sexagénaire.

Les plus jeunes ne seront néanmoins pas en reste. « La suppression du sable s’est faite au profit du développement d’autres activités et animations » explique Bruno Julliard. Et d’ajouter : « L’argent libéré par cette suppression a également permis d’investir dans du mobilier, des buvettes et des aires de jeux qui seront mis à disposition des visiteurs. » Le tout pour « un Paris-Plages plus grand, plus beau et au même prix pour les Parisiens », assure l’adjoint à la mairie tout en affirmant que la Ville de Paris a tiré les leçons des critiques qui lui ont été faites par la Cour des comptes, en 2015, sur la gestion financière de l’événement.

@leparisien_75

26 mars 2011

Vu au Petit Palais (aujourd'hui)

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Imprégné des théories impressionnistes sur la lumière et la couleur, de leur prédilection pour les scènes de la vie quotidienne et fort d’un trait puissant, Forain traite les thèmes de la modernité : champs de courses, scènes de rues, de cafés, de spectacles, lieux d’élégance et de plaisirs, soirées mondaines.

2223634227Surnommé Gavroche par Verlaine et Rimbaud, cet impressionniste de mœurs aime mettre en relief les dessous de la société de son temps. Il a su rendre le banal étonnant et dénoncer les tares et les ridicules de ses contemporains. Les coulisses de l’Opéra, où les abonnés s’encanaillent avec les petits rats, constituent par exemple un haut lieu d’observation sociale, un condensé d’humanité qui lui offrent matière à sa représentation caustique de la vie parisienne.

Après 1900, en peintre moraliste, son style se métamorphose tant dans sa technique que dans le choix des sujets. Il dénonce les injustices dans ses peintures de prétoires où la lumière se répand dans un clair-obscur proche de Rembrandt. La guerre de 1914-18 lui offre une cause à la mesure de sa fougue. Paris, dans les années vingt, l’artiste septuagénaire ne recule devant  aucune audace et retranscrit l’atmosphère endiablée des Années Folles avec une écriture rapide et puissante qui sera une des révélations de l’exposition.

L’exposition sera présentée ensuite aux USA, à La Dixon Galery & Gardens billryde Memphis. Au Petit Palais, elle  comprend  240 œuvres empruntées principalement à des collections publiques et privées françaises, américaines et européennes.

« L’exposition a été organisée par le Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, en collaboration avec la Dixon Gallery et Gardens »

Pas de photos car photos interdites (exposition temporaire)

Dossier de Presse

 

1 novembre 2019

SNCF. Qui est Jean-Pierre Farandou le nouveau patron ?

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Ingénieur des Mines, mais « pas un formaté traditionnel » : Jean-Pierre Farandou va prendre, ce vendredi, la direction de la SNCF. Une entreprise qu’il a l’avantage de connaître sur le bout des doigts et où il jouit d’un a priori plutôt favorable.

Jean-Pierre Farandou « connaît tous les rouages », « n’est pas un formaté traditionnel » et « peut tout à fait être un grand président de la SNCF », salue son ami d’enfance Philippe Dorthe, conseiller départemental (PS) de Bordeaux.

Le défi est de taille pour ce natif du Sud-Ouest, âgé de 62 ans : faire fonctionner une SNCF qui doit devenir, en janvier 2020, une société anonyme à capitaux publics, travailler en bonne intelligence avec les syndicats, ou encore poursuivre la rénovation du réseau tout en réussissant à faire d’importantes économies…

P-DG depuis 2012 de l’opérateur Keolis - filiale de la SNCF spécialisée dans les transports en commun -, Jean-Pierre Farandou a rejoint la SNCF en 1981 . Il y a connu une trajectoire ascendante, depuis ses débuts comme chef de gare à Rodez (Aveyron), via, notamment, le lancement du TGV Paris-Lille en 1993, la direction générale de Thalys International à Bruxelles (1993-1998), la direction des Cadres RH (1998-2000), les grandes lignes (numéro 2 en 2000-2002), puis près de trois ans à la tête de l’imposante région SNCF Rhône-Alpes.

« La discussion peut avoir lieu »

Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, l’a pratiqué à cette occasion en tant qu’élu du CE : « Nous nous sommes beaucoup opposés sur les mesures des premiers plans fret en 2003-2004. Mais il me donne l’impression de savoir qu’il faut trouver un équilibre entre objectifs financiers, attentes des usagers et traitement des salariés. Donc la discussion peut avoir lieu ».

Reste que, s’il parle volontiers de culture cheminote et de valeurs du service public, le grand amateur de musique classique qu’est Jean-Pierre Farandou veut aussi améliorer la productivité. « C’est quelqu’un du sérail, c’est le système Pepy », avertit Fabien Dumas, secrétaire fédéral de Sud-Rail.

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21 mai 2017

Que l'on aime ou pas Macron, ce qui se passe est drôle et jouissif

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Il se passe depuis quelques jours en France un bouleversement politique qui remue le «microcosme parisien» et chacun d’entre nous, ou presque. Ce spectacle inhabituel fait voler en éclats nos certitudes, mais aussi nos réflexes et nos scepticismes. C’est drôle et, si l’on parvient à se détacher de toute étiquette partisane, profondément jouissif.

Un gamin a surgi, qui a cassé nos jeux et, avec assurance, invente de nouvelles règles. Ou plutôt, l’air de rien, retrouve la vérité de la Ve République, d’un président au-dessus des partis, créant le sien, à sa mesure, pour faire voler en éclats ce qui lui a précédé.

Depuis longtemps, nous n’avions pas été à ce point bousculés. N’est-ce pas profondément drôle? Et même jouissif?

Peu importe au fond les jugements, généralement tranchés (à droite ou à gauche? Libéral ou étatiste? Profond ou marketé?), que chacun peut émettre sur Emmanuel Macron. Qu’il séduise ou agace, le personnage tranche radicalement avec ce à quoi la politique nous a habitués. Une ascension fulgurante, beaucoup de chance et autant de talent, pas de chapelle identifiée, un projet plus qu’un programme: en quelques jours, le monde politique a pris un coup de vieux ahurissant, sourire insolent du président en bonus. Dents écartées, on n’ose écrire dents de lait, tant il paraît poupin au regard de ses prédécesseurs.

Une République insaisissable

A droite comme à gauche, dans les rouages des partis, vieux briscards et jeunes ambitieux ne savent comment réagir, voyant tout leur échapper: les discours convenus, les oppositions irréductibles, les postes, le pouvoir. Leur vie.

Pour se protéger, sauver ce qui peut l’être, ils recourent à la panoplie habituelle: langue de bois, exclusions, appels au rassemblement, créations de mouvements au nom procrastinatoire. Rien de tout cela aujourd’hui ne peut être audible. Ce n’est pas ce que réclame l’instant, qui est au grand chambardement. Les ors de la République ne sont plus donnés en héritage aux patients et retors, par alternances et accords plus ou moins secrets.

On dirait que les vieux partis ont vécu. Et ce, même jusqu'aux extrêmes où l'on s’époumone en lendemains amers, rancoeurs de mauvais joueur pour l’un, grisaille de la défaite médiocre pour l’autre. Le risque d’éclatement guette, à droite, à gauche, à l’extrême-droite, à l’extrême-gauche. Qui l’eût cru?

Sigmund Macron

Mais ce bouleversement ne serait rien s’il n’ébranlait les électeurs. La France, du moins ce que j’en lis et entends, s’est couchée sur le divan collectif de la psychanalyse politique. Spectacle étrange qui montre que nous ne valons pas mieux que nos (anciens) représentants. À force de nous morfondre dans notre pays immobile, le mouvement nous fait peur, nous séduit, nous agace, nous perturbe, nous charme ou nous écœure. Nous prenons la nouveauté en pleine gueule. Violence de nous découvrir vieux quel que soit notre âge.

On résiste. Chacun s’accroche à ses certitudes. Au jugement confortable des convictions jamais questionnées. Droite ou gauche, ou UMPS, ou ultra-libéralisme: les grilles de lecture sont là, connues, utiles pour refuser une forme d’inconnu. Nos attachements idéologiques sont profondément ancrés, viscéraux, les repas de famille en témoignent. Y renoncer est douloureux et c’est pourtant ce qui nous est proposé imposé.

Je vous l’avais bien dit, ça ne marchera pas

Le scepticisme bien sûr, est là, qui cherche des rapprochements historiques, des précédents, d’autres grilles de lectures, plus érudites mais aussi vaines. Le scepticisme encore qui prédit déjà l’échec d’un gouvernement le jour où il s’installe. Comme des parents observant chez leurs enfants leurs enthousiasmes d’autrefois, depuis longtemps taris.

Entre les traîtres à leur camp, les «La société civile, ça n’a jamais marché» ou la majorité indécise de la future Assemblée, les prétextes ne manquent pas à qui se veut Cassandre. L’échec serait une satisfaction. On vous l’avait bien dit. La citation de Lampedusa est bien pratique, toujours d’actualité bien sûr, qui pare de vernis intellectuel une pensée figée.

Et puis, les arguments, plus ou moins fondés, les petits cris de rage. On déterre des tweets, les déclarations d'avant, intempestives, comme preuve de la duplicité des ministres, de leur mépris, d'un dessein secret, on exhume livres machistes ou casse-gueule. Et, pêle-mêle, avec cette machine de guerre, tout est en péril: droits des travailleurs, laïcité, écologie, école, croissance… Il manque des ministères, drame. On déplore le poids de l’énarchie, l’âge des ministres, la parité dévoyée, le diktat de Bruxelles ou d’Angela Merkel… Déjà, un sondage, bonheur du rassurant sondage!, prédit la fin de l'état de grâce. Retour à la normale, tout est écrit, forcément.

Rien n’est écrit de manière prévisible

Mais rien, justement, n'est écrit. Incrédules, nous regardons ce spectacle avec une forme de sidération agacée. Pour notre ventricule droit ou notre ventricule gauche, ce curieux assemblage d'inconnus et de «prises de guerre» n'est-il pas voué à l'échec? La vérité est que le pays, dans sa représentation, bouge, et vite. Il ne s’agit pas que d’une simple passation de pouvoirs, qui nous rassurerait, en supporters comblés ou déçus. Nous perdons nos repères, et l’assurance du président revêt une forme d’insolence. Il sait où il va. Il semble savoir où il va. Que sait-il? Nous ne le savons guère. Pour notre pays, nous voulons qu’il réussisse, pour notre confort, il faudrait qu’il échoue. Terrible paradoxe de la France d'aujourd'hui.

Selon les jours et les décisions, nous oscillerons sans doute entre craintes et espoirs. Nous sommes secoués, comme l’action EDF, qui grimpe de 7% lorsque le Premier ministre, ancien salarié d’Areva, est nommé, puis perd 7% le lendemain, lorsqu'arrive Nicolas Hulot.

On prend du recul et on rigole (de nous-mêmes)

Avant de m’accuser de macronisme bêlant, essayez, lecteurs, de vous abstraire de vos préjugés politiques. Reculez-vous, prenez la hauteur nécessaire, fumez un joint. Puis, détendus, oubliez la droite, la gauche, le capital, le travail, vos haines et vos enthousiasmes... Regardez le spectacle qui nous est donné. Un personnel politique prié de prendre la porte et qui s’y refuse, sans mesurer l'ampleur du «dégagisme». Des électeurs qui refont le match, s’accrochent à des slogans devenus désuets, contemplant sans l'accepter la bourrasque que leurs votes, multiples, ont provoquée. En nous, le «dégagisme» n'a pas encore produit ses derniers effets. Comme des poulets à qui on vient de couper la tête, nous courons en tous sens pour en trouver une autre de rechange.

Bien sûr, l’exercice du pouvoir effacera cette séduction des premiers instants, la beauté du possible. Il y aura des couacs, des échecs, nul n’est infaillible. La presse s’extasiera bientôt d’un président avec un ordinateur sur son bureau. Puis elle s’en détachera, lorsque surviendront les orages. Mais ces premiers jours auront eu le mérite de mettre en valeur nos crispations, montrant notre difficulté à penser la France et le monde en dehors du cercle confortable de nos préjugés.

Ne serait-ce que pour cela, on a déjà envie de lui dire: Manu, merci pour ce moment!

Jean-Marc Proust - Journaliste

 

1 novembre 2019

Bretagne. Un fort coup de vent attendu ce week-end

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La Bretagne - et en particulier sa côte nord - peut s’attendre à un fort coup de vent, voire à une tempête, samedi. Les prévisions pour dimanche sont encore très incertaines.

La météo sera agitée, ce week-end, dans le nord-ouest de la France et sur la façade Atlantique. La Bretagne devrait notamment subir a minima un fort coup de vent, voire une tempête. « Un vaste système dépressionnaire se met en place entre le sud-ouest de l’Islande et l’Europe du nord-ouest, indique Pascal Scaviner, responsable du service prévisions de la Chaîne Météo. Plusieurs dépressions se forment, dont une principale qui va traverser les îles britanniques d’est en ouest, samedi, et qui va générer en périphérie, dans la Manche, une situation de coup de vent à risque de tempête ». Le départ de la Brest Atlantiques, prévu initialement dimanche à 13 h 02, a par ailleurs été ajourné en raison de conditions météo trop dégradées.

L'approche d'une dépression bien creuse ce #weekend apporterait un temps très agité, notamment sur le quart nord-ouest avec un bon coup de vent. Situation à confirmer ces jours prochains.

Des rafales entre 90 et 130 km/h sur la côte nord

À 48 heures du week-end, le doute est encore présent sur ce à quoi il faut s’attendre précisément. À partir de la fin de la nuit de vendredi à samedi, « on peut toutefois déjà parler, avec une fiabilité à 80 %, d’un fort coup de vent à risque de faible tempête sur la côte nord de la Bretagne », souligne Pascal Scaviner. Il évoque des vents pouvant aller de 90 à 130 km/h (dans le langage courant, on parle de tempête au-delà de 100 km/h). Dans les terres, les estimations font plutôt état de vents entre 70 et 100 km/h. Dans la Manche, il faudra s’attendre à des vagues d’au moins cinq mètres.

Et pour dimanche ? Concernant la Bretagne, c’est encore très imprécis, selon Pascal Scaviner. « Des dépressions secondaires vont se former d’ici dimanche, mais on ne sait pas encore précisément quelles conséquences elles pourraient avoir sur la Bretagne, indique-t-il. On pourrait avoir beaucoup de vent ou assez peu ».

 

31 octobre 2019

Entretien Jean-Paul Goude : « J’ai toujours été du côté de ceux qui défendent le mélange et le métissage »

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Par Michel Guerrin

Invité de l’album de Reporters sans frontières « 100 images pour la liberté de la presse », le créateur s’explique sur la notion d’appropriation culturelle, centrale dans son travail.

Jean-Paul Goude, 78 ans, est l’un des plus importants créateurs de la seconde moitié du XXe siècle. Pour révéler son époque, voire la devancer, il produit des images d’une grande force graphique, mêlant spectaculaire, ironie et références culturelles multiples. Dessinateur, photographe, metteur en scène, cinéaste, chorégraphe, il joue sur tous les tableaux. Son univers révèle un goût prononcé pour l’exotisme, la danse et les transformations identitaires.

On doit ainsi à Jean-Paul Goude l’invention du « style minet » dans le Paris de l’avant-Mai 68, de la « French Correction » – améliorer les proportions du corps au moyen de prothèses – au début des années 1970, du « style black » au début des années 1980 et du « style beur » un peu plus tard. En 1989, pour le 14-Juillet, il crée un défilé métissé sur les Champs-Elysées, à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française.

En s’installant à New York, en 1970, pour devenir directeur artistique du mensuel Esquire qui, sous l’impulsion d’Harold Hayes, met en avant le nouveau journalisme et les modes de vie, Jean-Paul Goude vit au quotidien dans le bouillon de la culture noire américaine, qui sera centrale dans son travail.

Il impose son style dans le portrait, la mode et la publicité, donnant aux genres une patte arty, comme le prouvent ces travaux – photos ou films – pour Kodak, Chanel (des mannequins au balcon d’un palace pour le parfum Egoïste en 1990, Vanessa Paradis en cage pour le parfum Coco en 1992), Perrier, Cacharel, Kenzo, Jean Paul Gaultier, Azzedine Alaïa, John Galliano, Harper’s Bazaar, les Galeries Lafayette et tant d’autres.

La plupart de ses créations ont été réunies dans le livre Tout Goude (La Martinière, 2005). Il est aussi exposé dans le monde entier, notamment en 2011 au Musée des Arts décoratifs, à Paris.

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Que signifie pour vous la liberté de la presse ?

C’est un slogan, qui a ses mérites, comme tout slogan, mais qui m’est a priori étranger, au sens où je n’ai pas souffert des violences du monde et où mon travail n’a pas été entravé par les censures d’Etat. J’ai travaillé pour nombre de magazines, mais sans être journaliste. Je suis un artisan artiste qui explore la fiction. Je suis pleinement heureux en studio, comme je l’étais quand je dessinais dans ma chambre d’enfant, à Saint-Mandé [Val-de-Marne]. Je suis un illustrateur qui essaie de coller à l’époque. Je me situe donc dans un entre-deux : entre le reportage et l’art.

Vos images des années 1970 et 1980 autour du métissage des cultures ne heurtent-elles pas aujourd’hui les revendications communautaires – les Noirs, les femmes, les homosexuels, les Amérindiens, etc. ?

Oui, nombre d’images d’antan qui m’ont valu des louanges ne peuvent plus être montrées ou publiées. J’ai décliné récemment une invitation à exposer mon travail à New York, car il m’aurait fallu retirer trop d’œuvres importantes. La vulgate autour de l’appropriation culturelle, le blackface, le décolonialisme, tout cela est un cauchemar pour moi.

L’anachronisme devient la norme : on juge mes images du passé dans le contexte d’aujourd’hui. A ce compte, une bonne partie des œuvres d’art qui marquent l’histoire sont condamnables. Cet anachronisme est imposé par de nouveaux inquisiteurs, qui considèrent l’art non plus sous l’angle esthétique ou culturel, mais communautaire.

Quelles images posent problème ?

Beaucoup. Celle de Grace Jones que je photographie nue et en cage est un bon exemple, car si on ne donne pas le contexte, on peut me jeter en prison. Nous sommes en 1978, à New York, pour une performance au Roseland Ballroom, salle mythique prisée de la communauté gay – Grace Jones était une icône gay. C’est la nuit d’Halloween, il y a 2 000 personnes dans la salle, presque toutes travesties.

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Avec Grace, nous devons aller loin dans la provocation, afin de capter l’attention d’un public qui n’attend que ça, à une époque où tout est possible. D’où ce « numéro » : Grace, grimée en tigresse, interprète son tube Do or Die, tout en marchant à quatre pattes autour d’un vrai tigre en cage. Au moment précis où elle ouvre la cage, coup de théâtre ! La lumière s’éteint. Effroi dans la salle. Quelques secondes passent et la lumière se rallume. Le vrai tigre a disparu, Grace est seule dans la cage, mâchonnant un morceau de viande factice.

On oublie le spectacle, alors que l’image reste…

L’image en question servait de carton d’invitation au concert, et j’ai cru bon d’ajouter un panneau sur la cage : « Do not feed the animal ! » (« ne pas donner à manger à l’animal »). C’est vrai, j’y suis allé un peu fort. Mais il faut savoir qu’à l’époque, pour un oui ou pour un non, Grace Jones cultivait son rôle de mangeuse d’hommes. Elle adorait poser en bête sauvage et jouait de cette réputation.

Regrettez-vous d’avoir créé cette image ?

A l’époque, pas le moins du monde. Elle figure en couverture de mon premier livre, Jungle Fever, paru en 1981. Harold Hayes, le rédacteur en chef d’Esquire, qui avait bien voulu m’aider à écrire le texte, m’avait encouragé à l’utiliser. Je ne voyais pas où était le problème. Grace Jones non plus. J’ai été critiqué, mais cela restait de l’ordre du débat – un débat devenu impossible.

Avec le recul, disons que ce n’est pas du meilleur goût, mais qu’après tout, Grace était une chanteuse disco qui flirtait avec la décadence ; on est loin de Shakespeare, mais c’est efficace. Aujourd’hui, l’image est quasiment impossible à montrer, et pourtant elle colle si bien à l’époque…

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Avez-vous eu des problèmes pour des images moins scandaleuses ?

Bien sûr, et récemment, même. Il y a quelques mois, j’ai photographié Lady Gaga pour un magazine américain alors qu’elle était en course pour l’Oscar de la meilleure actrice, avec A Star Is Born. Elle est venue dans mon studio à Paris.

Sur une des images, j’ai blanchi son visage, un peu comme le mime Marceau, et je lui ai dessiné un costume en paille de forme triangulaire. Elle était ravie, au point de poster fièrement l’image sur son compte Instagram. Mais ses manageurs, changeant brusquement d’avis, ont refusé de la publier au motif qu’elle risquait d’être perçue comme une appropriation culturelle. J’imagine que le visage blanc pouvait être assimilé à un détournement du théâtre nô, et la paille à une citation africaine. Personne n’a pourtant le monopole de ces codes. Et puis je ne fais pas de copier-coller, je me nourris de motifs que je transforme.

Ce portrait de Lady Gaga a-t-il finalement été publié ?

Oui, mais avec un visage plus réaliste retouché en rose. C’est moche. En revanche, j’inclus le portrait originel dans mes expositions, notamment celle qui aura lieu à Milan à partir de novembre. Là, c’est moi qui décide.

Cette image, c’est votre « blackface » à vous ?

D’une façon, oui. J’ai toujours défendu une approche ironique du blackface. J’ai peint des Noirs en jaune, en bleu ou en blanc, et des Blancs et des Jaunes en noir. C’est ma façon de dénoncer cette pratique raciste en vogue dans l’Amérique du XIXe siècle. Une de ces images a servi d’affiche pour une exposition « antiraciste » au Musée de l’homme, en 1992.

Cette affiche serait-elle aujourd’hui publiée de nouveau ?

Je ne crois pas. Parce que nombre d’œuvres antiracistes sont désormais jugées racistes par certains.

N’est-ce pas la nature même de votre œuvre qui pose problème à certains ?

J’en ai peur. Depuis cinquante ans, j’ai toujours été du côté de ceux qui défendent le mélange et le métissage, alors qu’aujourd’hui certains prônent la séparation.

Depuis cinquante ans, j’ai toujours rêvé de faire dialoguer les cultures, quand certains font primer le mot « origine » sur le mot « culture ». Le défilé de 1989 sur les Champs-Elysées était une ode au métissage, il associait Blacks, Blancs, Beurs, tirailleurs sénégalais, valseuses maghrébines… Je ne crois pas que ce défilé serait encore possible aujourd’hui.

Parce que vous êtes Blanc et que vous ne restez pas dans votre culture ?

Pas seulement, mais oui, être Blanc et évoquer la culture noire, par exemple, la citer, voire me l’approprier, fait de moi une cible. Toute communauté qui se considère comme minoritaire et opprimée refuse à l’homme blanc, perçu par elle comme dominant et oppresseur, de s’approprier ses codes. Chacun cultive l’entre-soi : les Noirs avec les Noirs, les femmes avec les femmes, etc. C’est grave pour la liberté de tous. Quand Kim Kardashian porte des tresses africaines, elle est violemment attaquée par des membres de la communauté afro-américaine. Un exemple parmi des dizaines…

Mais la question de l’appropriation culturelle restreint aussi la liberté des créateurs. Regardez ce qui est arrivé au metteur en scène canadien Robert Lepage, que je connais depuis longtemps et dont j’admire les pièces. Il a dû annuler son spectacle Kanata, à Montréal, en 2018, parce qu’il n’a pas impliqué d’acteurs amérindiens dans sa relecture de l’histoire de son pays. Nous étions habitués aux censures d’Etat, au nom de l’ordre moral. Nous devons désormais affronter des revendications communautaires, portées par les réseaux sociaux. Le combat a changé de nature, mais il est tout aussi rude.

Vous sentez-vous légitime à vous approprier la culture noire ?

Chacun doit se sentir autorisé à s’inspirer, voire à s’approprier la culture de l’autre ! Cela dépend du contexte et de la façon dont on le fait. Mais aujourd’hui, le débat est autre. Certains Noirs veulent faire payer aux Blancs le colonialisme. Pour ma part, j’estime que je n’ai pas à payer pour les erreurs de nos ancêtres. Et puis, si mon origine est blanche, ma culture est noire.

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C’est-à-dire ?

Depuis toujours, je me sens plus attiré par d’autres cultures que par la mienne, je suis plus proche des Noirs que des Blancs, des gays que des hétéros. Pourtant, je ne devrais pas avoir à me justifier, je ne devrais pas expliquer pourquoi, depuis tout petit, je suis aimanté par le rythme noir, par la danse et la transe. Je ne devrais pas expliquer pourquoi, à 14 ans, je vais danser avec des Noirs dans des « boîtes de jour » parce que je n’ai pas l’âge pour aller dans les boîtes de nuit. Je ne devrais pas justifier mon dandysme qui, pour certains, doit être insupportable. A la sortie de l’adolescence, comme je suis de petite taille, je veux rendre jaloux mes copains en sortant avec des filles spectaculaires, grandes, intimidantes, souvent noires. Mais ce dandysme colle à ma vie et à ma création.

Ceux qui m’attaquent ne connaissent même pas mon parcours et mes engagements. Je connais dix fois mieux la culture africaine-américaine que ceux qui m’accusent de faire des images racistes, mais passons.

Comment avez-vous vu le débat identitaire se crisper ?

J’ai habité dans le New York très politisé des années 1970, je vivais avec des artistes et des musiciens noirs et je soutenais les manifestations pour les droits civiques. L’ambiguïté de mon travail avec des Noirs était acceptée, voire saluée, notamment quand j’ai proposé dans Esquire, en 1972, l’« afro-look total » avec ma compagne new-yorkaise d’alors, Radiah Frye.

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Les années 1980 ont été celles de l’utopie du métissage, où personne, dans la culture, ne semblait se soucier de qui était Noir ou qui était Blanc. Je passais beaucoup de temps avec la famille de ma compagne, Grace Jones, et je travaillais quotidiennement avec ses musiciens, presque tous d’origine jamaïcaine. Tout cela sous l’égide de l’Anglais Chris Blackwell, fondateur du label Island Records, à qui l’on doit la diffusion de la musique jamaïcaine en général, et celle de Bob Marley en particulier.

Cette atmosphère de liberté et d’ouverture, je crois qu’on la ressent bien dans mon livre Jungle Fever. Mais dix ans plus tard, en 1991, le cinéaste noir américain Spike Lee a repris mon titre pour le donner à un mélodrame banal, presque exclusivement focalisé sur les préjugés raciaux. Ce film annonce une fracture, portée par la montée des cultural studies dans les universités américaines.

Depuis, l’époque a changé. Les attitudes ont changé. Les jeunes ont changé. Les relations ont changé. Les mots ont changé aussi. « Appropriation culturelle », « décolonialisme », « racisé » sont des mots nouveaux, inconnus il y a trente ans.

Mais ce débat, vous comprenez qu’il puisse exister ?

Bien sûr. Je pense même l’avoir vu monter en France avant d’autres. C’est grâce à ma double culture. J’ai une mère américaine, danseuse à Broadway dans les années 1930. Je parle anglais depuis tout petit. A New York, j’ai vu monter les ghettos, les fractures sociales et culturelles. Lors de mon défilé de 1989, je n’étais pas convaincu par la petite musique ambiante sur la fraternité intercommunautaire. Je voyais bien comment le débat aux Etats-Unis allait gagner la France, avec ses quartiers et ses ghettos. Mais le retour de manivelle va trop loin. Il y a assez de problèmes de racisme en France pour ne pas en créer d’autres, artificiels ceux-là, quand on s’en prend aux artistes.

Vous jouez avec l’exotisme dans votre œuvre. C’est un problème ?

Le mot est devenu suspect. J’ai beau détourner les clichés de l’exotisme, les actualiser, ajouter une forte dose d’ironie… En fait, j’aggrave mon cas.

Les nouveaux censeurs ne prennent pas en compte l’imaginaire de l’artiste, ni ce qui sépare la réalité de sa représentation. Si vous convoquez une autre culture dans vos images, mieux vaut éviter la subtilité et l’ambiguïté. Vous devez rester au premier degré et vous cantonner aux « clichés positifs » sur cette culture. Peu importe que le résultat soit souvent creux et déborde de bons sentiments.

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Ces polémiques vont-elles se réduire à l’avenir ?

Je crains au contraire qu’elles n’empirent. Ce mouvement, qui semble irréversible, va s’étendre à d’autres communautés. Il faudra s’y faire, le raisonnement binaire va s’imposer : vous êtes avec eux ou contre eux ! J’espère sincèrement me tromper.

Cet entretien est également publié dans l’album de Reporters sans frontières « Jean-Paul Goude, 100 images pour la liberté de la presse », 9,90 €. En kiosque.

19 mai 2017

Urgent : Mathias Depardon est emprisonné en Turquie depuis 11 jours.

Bonjour,

Mathias Depardon est un photographe français. Basé en Turquie depuis cinq ans, il a été arrêté le 8 mai dernier au cours d'un reportage dans le sud-est du pays pour le magazine National Geographic.

Les autorités n’avaient aucune raison d'arrêter le journaliste. Pourtant, sa libération se fait attendre. Inexplicablement, bien que son expulsion ait été ordonnée il y a plus d'une semaine, Mathias Depardon croupit toujours dans un centre de rétention à Gaziantep.

Nous avons décidé d'agir. Avec deux autres organisations de défense de la liberté de la presse et 19 rédactions ayant collaboré avec Mathias Depardon, nous demandons aujourd'hui à Ankara sa libération immédiate et inconditionnelle.

N'hésitez pas à relayer le plus possible cet appel sur Twitter ou sur Facebook et d'en parler autour de vous, pour que l'absurde et l'arbitraire ne triomphent pas dans l'indifférence générale.

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20 mai 2017

Un Basquiat atteint le record de 110,5 millions de dollars aux enchères

L’œuvre a été adjugée après plus de dix minutes, une durée très inhabituelle. Le prix de départ avait été fixé à 57 millions de dollars.

Un tableau sans titre de Jean-Michel Basquiat a été vendu, jeudi 18 mai, 110,5 millions de dollars (99,5 millions d’euros) lors d’enchères organisées par Sotheby’s à New York. C’est un record pour le peintre new-yorkais.

Ce grand tableau (1,83 m sur 1,73 m), qui représente une tête noire inquiétante sur fond bleu azur a été adjugé après plus de dix minutes d’enchères, une durée très inhabituelle.

Le précédent record datait de mai 2016. Un autre tableau sans titre, gigantesque (2,38 m sur 5 m) avait atteint 57,2 millions de dollars lors d’une vente de la maison Christie’s.

Duel

Jeudi, le prix de départ avait été fixé à 57 millions de dollars, soit quasiment le record pour celui qui se fit connaître sous le pseudonyme SAMO en taguant les murs de New York.

L’enchère s’est rapidement résumée à un duel entre un acheteur dans la salle et un autre qui suivait la vente par téléphone.

Le premier est allé jusqu’à 97 millions de dollars, laissant finalement le second l’emporter avec une offre à 98 millions de dollars, auquel il faut ajouter les frais et les commissions.

Le coup de marteau marquant la fin de l’enchère a été salué par la clameur du public présent, ainsi que par des sifflets admiratifs.

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30 octobre 2019

Au Liban, la démission en faux-semblants du premier ministre Saad Hariri

Par Benjamin Barthe, Beyrouth, correspondant

La chute du cabinet plonge le pays dans l’incertitude, après treize jours de manifestations. Mais le manque de prétendants crédibles à son poste pourrait lui permettre de se maintenir au pouvoir.

Il aura fallu treize jours aux manifestants libanais pour faire tomber leur gouvernement. Mardi 29 octobre, en milieu d’après midi, le premier ministre Saad Hariri, a remis au président Michel Aoun la démission de son cabinet. Cette décision, prise contre l’avis de ses partenaires au sein de la coalition au pouvoir, sans accord sur la manière de répondre au mouvement de protestation, aggrave la crise politique dans laquelle le pays du Cèdre est plongé depuis bientôt deux semaines.

Saad Hariri devrait toutefois rester au pouvoir pour gérer les affaires courantes, comme le veut la Constitution. Mais le bras de fer entre la rue, qui réclame désormais la mise en place d’un cabinet d’indépendants, et le pôle tripartite opposé à tout changement – composé du Hezbollah et de Amal, deux mouvements chiites, et du Courant patriotique libre (CPL), une formation chrétienne – promet de s’intensifier, sur fond de dégradation continue de la situation financière du pays.

Dans son discours de démission, Saad Hariri, dont le gouvernement avait été investi fin janvier, a présenté son retrait comme « une réponse à la volonté de nombreux Libanais qui sont descendus dans la rue ». Depuis le 17 octobre, ils sont en effet des centaines de milliers à avoir protesté, du nord au sud du pays, contre leur classe politique, jugée inepte et corrompue.

A Beyrouth, la capitale, comme à Tripoli, la grande ville sunnite du Nord, ainsi qu’à Tyr et Nabatieh, les localités du Sud à dominante chiite, des rassemblements ont eu lieu tous les jours, dénonçant l’incapacité des partis de gouvernement à assurer le bon fonctionnement des services de base, comme la distribution de l’eau et de l’électricité, et à enrayer la dégradation des conditions de vie de la population.

Rage dégagiste irrépressible

Surpris par l’ampleur de cette révolte, touchant tous les milieux et toutes les confessions, le premier ministre a initialement réagi en fixant à ses partenaires de gouvernement un ultimatum : 72 heures pour surmonter leurs divisions et accoucher d’une feuille de route économique et sociale à la mesure des attentes des Libanais.

Présenté le 21 octobre, ce programme de réformes comprenait une série de mesures se voulant spectaculaires, comme la baisse de 50 % du traitement des ministres, une hausse des impôts sur les intérêts bancaires et la création, avant la fin de l’année, d’un nouveau régime de retraite et de protection sociale.

Mais, échaudés par des années de promesses non tenues et mus par une rage dégagiste irrépressible, les manifestants ont rejeté cette offre et réaffirmé leur exigence de renouvellement intégral de la classe politique. Saad Hariri s’est alors tourné vers le trio Hezbollah-Amal-CPL, le principal pôle de pouvoir au sein de son cabinet, sans lequel aucune décision ne peut être prise.

« Hariri a compris que la foule n’allait pas disparaître et qu’il fallait lui donner quelque chose qui aille au-delà de la feuille de route, explique un fin connaisseur de la scène politique libanaise, désireux de rester anonyme. Il a proposé aux membres de la coalition un remaniement, qui exclue les ministres les plus contestés par les manifestants. »

La manœuvre s’est heurtée au véto du ministre des affaires étrangères Gebran Bassil, chef du CPL et gendre du président. Etant la figure la plus conspuée par les foules, il aurait été le premier perdant d’une telle opération. Selon le quotidien L’Orient-Le Jour, le chef de la diplomatie libanaise s’est aussi opposé à la formation d’un gouvernement de technocrates, dirigé par M. Hariri. Le Hezbollah, par fidélité à son allié chrétien, a aussi rejeté les offres du premier ministre.

« Hariri s’est remis en position de force »

Le chef du mouvement chiite, Hassan Nasrallah, a prononcé, vendredi, un discours très musclé, en soutien au système libanais, accusant les manifestants de semer le chaos et d’être à la solde des « ambassades étrangères ». Un message bien compris par sa base : mardi, deux heures avant le discours de démission du premier ministre, une nuée de casseurs venus des quartiers chiites de Beyrouth ont saccagé les tentes érigées par les manifestants dans le centre de la ville. « Hariri aurait voulu partir avec un accord politique sur le jour d’après, mais ça n’a pas été possible », affirme la source citée plus haut.

La suite des événements est particulièrement incertaine. La Constitution veut que le chef de l’Etat consulte les groupes parlementaires les uns après les autres. Ceux-ci devront lui suggérer un nouveau nom en guise de premier ministre, la règle voulant qu’il s’agisse d’un sunnite. La personnalité disposant du plus large soutien au sein de la Chambre sera ensuite chargée par le président de constituer le nouveau gouvernement. Voilà pour la théorie.

Dans la pratique, ce processus, qui peut prendre des mois, se conduit essentiellement en coulisses, dans des tractations entre partis. Et nul à l’heure actuelle ne peut préjuger du résultat. Selon plusieurs sources bien informées, Saad Hariri espère être en mesure de se succéder à lui-même. Rien n’empêche en effet les députés de reproposer son nom au président Michel Aoun.

« Il s’est remis en position de force, il va négocier son retour de l’extérieur, tout en observant la manière dont le mouvement de protestation évolue, avance un observateur averti des mœurs politiques libanaises. Dans ce pays, tout est possible. » « Il a le sentiment d’avoir marqué des points, il n’est pas du tout dans l’idée de mettre un terme à sa carrière politique. S’il est renommé, il formera un gouvernement à ses conditions », suggère une autre source.

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« Situation de quasi-faillite »

La faiblesse des alternatives à M. Hariri sur la scène sunnite plaide en faveur de son come-back. Les trois anciens titulaires du poste de premier ministre que sont Fouad Siniora, Najib Mikati et Tammam Salam, ne semblent pas en mesure de récupérer ce siège. « Le premier est une option inacceptable pour le Hezbollah, leurs relations sont trop mauvaises, décrypte le politologue Hilal Khashan. Le second est hors jeu car il vient d’être inculpé pour enrichissement illicite. Quant au troisième, c’est un homme politique de second rang que personne ne prendrait au sérieux dans la situation présente. »

Le retour de Saad Hariri au poste de chef du gouvernement nécessiterait cependant un revirement de l’alliance Hezbollah-Amal-CPL. Il supposerait que confrontés au risque d’un effondrement du pays, les trois partis lèvent leurs objections à la formation d’un cabinet de technocrates ou du moins d’un exécutif mixte, purgé des visages qui font polémique. Cette hypothèse semble pour l’instant peu probable.

Le Hezbollah, relais de l’Iran au Proche-Orient, redoute que les Etats-Unis ne profitent d’une ouverture du champ politique libanais pour tenter de l’affaiblir. En l’absence d’accord avec Hariri, le mouvement chiite pourrait chercher à imposer au poste de premier ministre une personnalité sunnite proche de ses vues ou tout du moins malléable.

Mais dans ce cas de figure, il pourrait se réexposer au danger qu’il pensait neutraliser. Au motif que le nouveau gouvernement lui est inféodé, les bailleurs de fonds du Liban pourraient décider de réduire voire de couper leur aide. Les Etats-Unis pourraient même choisir de placer le pays sous sanctions, ce qui rejaillirait négativement sur le Hezbollah.

Faute de compromis réaliste, le gouvernement intérimaire dirigé par Saad Hariri risque de rester en place de longs mois. « La situation de quasi-faillite dans laquelle nous sommes exige de trouver une solution immédiate à la crise politique, dit Hilal Khashan. Mais le cartel de dirigeants communautaires qui nous gouvernent refuse de lâcher prise. Je crains que le blocage ne soit total. »

28 octobre 2019

Amélie Nothomb figure parmi les finalistes du prix Goncourt

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Dimanche 27 octobre, le jury du Goncourt a annoncé le nom des quatre auteurs en lice pour le prix 2019. Dans la liste, trois hommes et une femme bien connue du grand public, puisqu'il s'agit d'Amélie Nothomb, dont le roman Soif, qui relate les derniers jours de Jésus à la première personne, caracole en tête des ventes depuis sa sortie. C'est la troisième fois que la romancière belge se retrouve dans la sélection du prestigieux prix littéraire, attribué il y a cent ans à Marcel Proust pour À l'ombre des jeunes filles en fleurs.

Les autres finalistes sont Jean-Luc Coatalem pour La part du fils, une histoire familiale avec la Seconde Guerre mondiale en toile de fond, Jean-Paul Dubois pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon qui retrace l'amitié de deux individus en prison, et enfin Olivier Rolin avec Extérieur monde, un récit de voyages, qualifié comme « le roman de [la] vie [de l'auteur]» par Pierre Assouline, membre du jury.

Il faudra toutefois attendre le 4 novembre pour connaître le nom du successeur de Nicolas Mathieu, lauréat en 2018 pour Leurs enfants après eux.

17 mai 2017

CANNES : Charlotte Gainsbourg ouvre le bal

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Elle partage avec Marion Cotillard l’affiche des « Fantômes d’Ismaël », d’Arnaud Desplechin, projeté ce soir en ouverture du Festival. Mais où en est-elle donc avec ses propres fantômes ?

De l’un de nos envoyés spéciaux Pierre Vavasseurà Cannes (alpes-Maritimes)

Ce soir, pour elle en haut des marches, ce sera tout pour le glamour et rien pour l’inquiétude. Présenté en ouverture du 70 e Festival de Cannes, « les Fantômes d’Ismaël », d’Arnaud Desplechin (« Comment je me suis disputé… », « Esther Kahn »…), dans lequel Charlotte Gainsbourg partage l’affiche avec Marion Cotillard, Mathieu Amalric et Louis Garrel, échappe par tradition à la compétition. « Une fois rentrée chez moi, je ne serai pas près du téléphone à attendre », sourit l’actrice de 45 ans.

La jeune femme, qui porte désormais les cheveux mi-longs encadrant avec élégance son visage, nourrit d’autant moins de regrets que Cannes a su la combler. Elle y a reçu en 2009 le prix d’interprétation féminine pour l’épique et sulfureux « Antichrist », de Lars von Trier. En 2001, l’année de « la Chambre du fils », de Nanni Moretti, elle a fait partie du jury. La fille de Jane Birkin et Serge Gainsbourg n’a pas très bien vécu l’expérience. « J’étais trop jeune et je n’assumais pas de juger des films avec mes armes à moi qui n’étaient qu’émotion. Je ne trouvais pas ça suffisant. Je ne me sentais pas assez cinéphile. »

Dans « les Fantômes d’Ismaël », qui sort aujourd’hui dans 260 salles*, Charlotte incarne une astrophysicienne qui partage la vie de Mathieu Amalric, cinéaste, lequel voit ressurgir son épouse (Marion Cotillard), disparue vingt ans plus tôt, qu’il croyait morte. Il émane de son personnage une résignation douce qui ne ressemble guère à la comédienne.

Son père, ce « mort-vivant »

« Elle est beaucoup plus posée que moi, qui ai tendance à monter très vite dans l’hystérie. Je l’ai d’abord trouvée trop gentille. Trop maternelle. J’avais dit à Arnaud ( NDLR : Desplechin) : J’espère que j’aurai assez à faire. Je n’ai pas envie d’être passive. Il m’a fait comprendre que je me trompais. Je me suis servie d’une timidité qui m’a longtemps accompagnée et de toute la maladresse qui va avec. » Dans la vie, elle n’est pas du genre à lâcher. « Parce que je suis têtue. Bêtement têtue. » Pour Desplechin, avec qui elle rêvait de tourner, l’ex-petite « Effrontée » révélée par Claude Miller a accepté d’être une femme « raisonnable ». Loin des « tourbillons » que lui a fait vivre le réalisateur danois Lars von Trier, qui ne lui font pas peur. Au contraire ! En héroïne de « Nymphomaniac », qui porte bien son titre, elle se souvient d’une aventure « paisible ». Quant à « Antichrist » ? « C’était éprouvant mais je l’ai vécu comme un rêve éveillé. Lars m’a donné la possibilité d’explorer des choses qu’on ne m’avait jamais demandées. »

Le film de Desplechin évoque les « fantômes » d’Ismaël. Où en est-elle, vingt-six ans après sa mort, avec le fantôme de son père ? « Je n’ai pas tellement avancé avec ça, dit-elle. Pas beaucoup mûri. J’ai encore à dealer avec le regard des gens. Comment peut-on faire le deuil de quelque chose que l’on vous remet dans la figure chaque jour de votre vie et qu’il serait malvenu de dénoncer parce que ça provient d’une telle bienveillance… Aujourd’hui je comprends que mon père, c’est un mort-vivant. » En octobre, Serge aura une belle occasion de se pencher sur l’épaule de sa fille. Charlotte sort un album de chansons qu’elle a écrites elle-même. Elle en est fière, confie-t-elle dans un large sourire qui est une aube à lui tout seul.

* La version cannoise a été écourtée de vingt-cinq minutes. C’est celle que la majorité des salles de France projettent. La version longue sort au cinéma du Panthéon (Paris V e) et dans quelques salles de province.

28 octobre 2019

Pour en finir avec les zones érogènes

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Par Maïa Mazaurette

En matière de sexualité, il n’y a pas de passages obligés, souligne la chroniqueuse de la Matinale Maïa Mazaurette.

LE SEXE SELON MAÏA

Commençons par le commencement : est érogène ce qui éveille notre désir et/ou notre plaisir sexuel. Chouette programme, non ?

Sans surprise, le sujet suscite un intérêt soutenu : ainsi, alors que nous disposons, a priori, du même câblage que nos grands-parents, on voit parfois paraître des articles proposant de découvrir de « nouvelles » zones érogènes. Comme s’il allait nous en pousser une sous la rotule ou entre les omoplates.

En attendant la généralisation des orgasmes rotuliens, la liste des zones érogènes révélée par la revue Cortex, en 2013, est aussi prévisible qu’une traversée de la Picardie en pleine nuit. Elle est composée en premier lieu du duo « primaire » clitoris/pénis, puis du trio vagin/vulve/testicules. A quoi s’ajoutent les grands égalisateurs que sont les lèvres/la bouche, les tétons, les seins, la nuque, les oreilles ou l’intérieur des cuisses.

Il en manque ? Je ne vous le fais pas dire, puisque cette charmante étude a « oublié » deux poids extra-lourds du plaisir et de l’excitation : la prostate et l’anus. Les chercheurs n’ont pas jugé utile de les intégrer dans leur liste… Car comme chacun sait, 1) le plaisir anal n’existe pas (du coup, on se demande pourquoi la pornographie ne le remplace pas par du Scrabble), 2) les hommes perdent leur potentiel super-orgasmique.

Parties (trèèès) honteuses

Nous voici bien embêtés face à notre carte du tendre : si la zone érogène était une donnée scientifique incontestable, on ne pourrait pas en effacer certaines sous prétexte qu’elles nous mettent mal à l’aise, ou qu’elles ne font pas sérieux dans une publication scientifique. Ici, on atteint quand même le pompon : un classement officiel où les omoplates (22e position chez les femmes, 26e pour les hommes), et les rotules (respectivement 38e et 39e position) ont droit de cité, mais pas nos parties (trèèès) honteuses.

Les bras (érogènes) nous en tombent, tandis que notre suspicion s’élève. Et pourtant, on devrait y être habitués : l’anatomie est une science, mais la science dépend de notre vision du monde. Ici, nous avons littéralement une vision du monde sans anus. Et croyez-moi, je n’imaginais pas un jour écrire une phrase pareille.

D’ailleurs, la géométrie variable du corps érogène ne s’arrête pas là. Comme le note le docteur Damien Mascret dans une analyse de cette même étude pour Le Figaro (vous pouvez la lire ici), les femmes seraient favorisées : « Pour elles, six zones s’avéraient intensément érogènes (le clitoris, le vagin, la bouche et les lèvres, le haut de la nuque, les seins et les mamelons) avec une note supérieure à 7 sur 10, alors que ce n’était le cas que pour deux régions masculines (le pénis, la bouche et les lèvres). »

Les femmes sont-elles plus sensibles que les hommes ? Au niveau purement anatomique, je ne suis pas certaine que leurs terminaisons nerveuses soient constituées de super-transmetteurs à paillettes qui seraient deux fois plus efficaces.

Pourtant, il n’est pas absurde d’imaginer que les femmes soient culturellement plus sensibles : elles sont encouragées dès leur enfance à faire attention à leurs sensations. A l’inverse, les hommes sont souvent conditionnés à faire taire les réponses de leur corps, au risque de se priver de zones érogènes aussi « puissantes » que celles des femmes. C’est exactement comme si on vous avait toujours répété que vous étiez nul en maths ou doué en jardinage : nous avons tendance à nous conformer aux prophéties.

Corps fragmentés

Ces prophéties s’appliquent aussi aux codes sociaux : les fesses sont-elles anatomiquement érogènes (les toucher nous excite), ou culturellement érogènes (les toucher nous excite parce qu’elles sont cachées et interdites) ? Le contact sur la nuque est-il agréable en lui-même, ou parce qu’il traduit une intimité ?

Au poids des cultures de genre et de l’air du temps s’ajoute le poids des cultures civilisationnelles. Nous voici bien embarrassés : le corps de la science est un corps occidental, découpé à l’occidentale. Une étude égyptienne, parue en 2016, a trouvé que 12 % des Egyptiennes rapportaient des orgasmes obtenus sans les parties génitales (par la stimulation des seins, des lèvres, des fesses, du cou ou des oreilles). Cette carte érogène-là est différente. Comme elle le serait celle dans des pays pratiquant l’excision.

Rien que l’idée de découpage est culturelle. La penseuse américaine Judith Butler l’écrivait déjà en 1990 : « Le fait que le pénis, le vagin, les seins et autres traits soient nommés “parties sexuelles” est un acte qui réduit le corps érogène à ces parties, et de ce fait, fragmente le corps pris comme une totalité. »

Les organes sont reliés les uns aux autres : faudrait-il inclure à notre carte du tendre le cerveau, le souffle, les palpitations du cœur ? Est-ce un clitoris qui jouit, ou ses nerfs, ou les muscles traversés de spasmes ? Grâce à l’afflux sanguin, ou au déferlement des hormones ? Au fait, un membre fantôme peut-il être érogène ?

S’il fallait vraiment cartographier le plaisir, un découpage organe par organe serait de toute façon trop imprécis. Le pénis, d’accord, mais quid des différences de sensibilité entre la hampe et le gland ? Peut-on mettre dans le même panier (pardon) le sillon des bourses et les bourses elles-mêmes ? Peut-on raisonnablement avancer que le gland du clitoris est, dans une proportion de 82,4 %, plus érogène que les racines du clitoris, mais surtout les jours impairs, sauf chez les intolérantes au lactose ? Comment se porte la capacité orgasmique de vos prémolaires ?

« Energie diffuse »

Sans pousser cette démonstration par l’absurde, nous sentons bien que la question des zones érogènes est insuffisante : trop zonée, comme son nom le suggère. Nous savons bien que l’excitation repose autant sur l’interaction, l’intention, la compétence et l’émotion, que sur la description clinique d’une pelote de nerfs. La zone érogène n’a de sens que quand on la touche. Sur catalogue, elle reste une pure virtualité.

Enfin, la zone érogène est piégeuse. Elle crée des passages obligés qui, peut-être, ne correspondent pas à notre sensualité. Elle nous coince dans la géographie (où toucher) sans tenir compte de la modalité (comment toucher), au risque d’oublier le contexte : quand les urologues et gynécologues manipulent ces zones explosives, ils et elles ne réveillent pas le moins du monde Eros. Au contraire. Bon, d’accord : ça dépend du sourire du gynécologue.

Finalement, nous faisons face ici à nos ambivalences habituelles : en sexualité, poser des balises nous rassure. Mais une fois que les balises sont posées, elles font leur job de balises et limitent notre potentiel. Une reprise d’espace est pourtant possible. La cartographie érogène officielle est floue aux entournures, c’est le moins qu’on puisse dire : vous pouvez la contester, et même bricoler la vôtre.

A ce titre, on laissera le mot de la fin à l’historienne et sociologue Delphine Gardey, qui, dans son ouvrage Politique du clitoris, paru ce mois-ci chez Textuel (160 pages, 15,90 euros), évoque une « énergie diffuse » plus accordée à nos trajectoires contemporaines ; l’érotique n’y serait cadrée « dans aucune partie spécifique du corps, ni même dans le corps ». Cette fluidité du désir remet en question les dogmes bien sages du passé : elle nous rend, aussi, notre plein potentiel de liberté et de jouissance. Jusque dans les rotules.

14 mai 2017

Remonter les Champs-Elysées dans un 4x4 militaire, tout un symbole...

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Une première. C’est à bord d’un véhicule militaire qu’Emmanuel Macron, tout juste officiellement investi président de la République, a remonté les Champs-Elysées pour aller raviver la flamme du Soldat inconnu. Le symbole est fort. Alors que des doutes s’étaient élevés lors de la campagne du candidat Macron sur sa capacité à traiter des dossiers régaliens et de Défense, le nouveau président a tout de suite endossé son costume de chef des armées. Malgré l’état d’urgence, c’est dans ce 4X4 entièrement découvert qu’il a tenu à saluer la foule. Une façon d’affirmer qu’il entend clairement assumer les risques liés à ses fonctions. Alors bien sûr, la pluie, qui avait marqué dès le début le quinquennat Hollande, n’a pas été totalement absente de cette cérémonie, mais Macron a voulu montrer d’emblée que le changement, c’est bien maintenant. 

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17 mai 2017

Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie

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Double actualité pour Act Up, avec le film de Robin Campillo, joué à Cannes, qui revient sur les débuts du mouvement, et la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie de ce 17 mai. Petite histoire de l'activisme d'Act Up, racontée par ses militants en quatre temps.

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 Vue générale sur le préservatif rose géant placé par Act Up sur l'obélisque de la Concorde, à Paris, 1er décembre 1993• Crédits : Gérard Julien - AFP

L'obélisque de la Concorde transformé en préservatif géant en 1993, une parodie de mariage lesbien à Notre-Dame de Paris en 2005, du faux sang déversé à flots sur la façade de la Fondation Lejeune en 2013... Retour en quatre temps sur trente ans d'activisme du mouvement Act Up, alors qu'au festival de Cannes est projeté le film 120 battements par minute, de Robin Campillo consacré à ce mouvement, et que ce 17 mai est dédié à la lutte contre l'homophobie et la transphobie. Découvrez des témoignages de militants historiques ou anonymes puisés dans les archives, mis en regard avec des interviews de membres actuels d'Act Up.

Act Up naît à l'époque où "les flics portaient des gants en plastique" et où les médicaments contre le sida étaient très chers

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Des militants de l'association Act Up-Paris "font la morts" après avoir "ensanglanté" la façade du siège social du groupe pharmaceutique Pfizer France, le 26 avril 2005 à Montrouge• Crédits : Jean Ayissi - AFP

C'est en 1981 qu'apparaissaient les premiers cas identifiés de sida aux Etats-Unis. Arrivée plus tardivement en France, la maladie y fait 30 000 victimes de 1983 à 1995, d'après l'Institut de veille sanitaire. Des chiffres très certainement sous-évalués, faute d'outils adaptés : la déclaration anonyme et obligatoire de l'infection par le VIH aux autorités sanitaires ne date que de 1998.

En 1987, alors que le sida, encore très méconnu, fait des ravages dans la communauté gay, le mouvement Act Up naît outre-Atlantique. Son ambition : utiliser les médias comme relais, toucher les gens du fin fond de l'Amérique pour les sensibiliser à la maladie et au prix exorbitant des traitements. Un mouvement qui, comme Aides, est issue de la communauté homosexuelle, mais qui est plus activiste, et plus marqué dans sa communication.

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Didier Lestrade, journaliste et écrivain, créateur du magazine Têtu, est l'une des figures historiques du mouvement Act Up Paris, qu'il a co-fondé en 1989. Dans des Nuits magnétiques de France Culture consacrées à l'Amérique, en juin 1996, il se souvenait de sa découverte d'Act Up aux Etats-Unis, et de l'une des premières actions du mouvement : envahir Wall Street et en fermer les accès pour protester contre le coût astronomique de l'AZT, alors seul traitement disponible contre le sida.

Le cofondateur d'Act Up Paris se souvient aussi combien le fait de descendre dans la rue de façon impromptue, était quelque chose de nouveau et signifiant pour la communauté gay. Car en 1987, "les séropositifs ne se montrent pas à la télé, ne témoignent pas à visage découvert". Le fait de battre le pavé est une action hautement symbolique, qui demande du courage : "Il faut se rappeler que la Gay Pride à New York est quelque chose de très organisé, il y a des barrières de chaque côté de la rue, les gens qui sont sur les trottoirs ne sont pas mélangés avec ceux qui sont dans la rue, tout ça c’est très organisé, à l’américaine. Act Up a complètement déstabilisé tout ça. Si on faisait une réunion et s’il fallait intervenir tout de suite sur quelque chose, il y avait 250 personnes qui descendaient dans la rue et qui bloquaient le quartier."

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On descend dans la rue, et on n’a pas peur de provoquer une désobéissance civile, et on va risquer même de se faire embarquer par les flics. Les flics vont porter des gants en plastique parce qu’ils ont peur… à l’époque, le message sur le sida était tellement complexe que les flics avaient peur d’attraper le sida juste en trimbalant les manifestants d’un point A à B. Didier Lestrade

Mikaël Zenouda est l'actuel président d'Act Up-Paris. Il explique que malgré l'amélioration de la qualité de vie des malades et de leur espérance de vie, le sida est toujours au centre des préoccupations du mouvement : “L'épidémie n’est pas finie. Il y a toujours, en tout cas en France, 6000 contaminations par an. Et même en France, on en meurt encore : il y a entre 1200 et 1500 morts par an." Il s'agit donc de préserver les acquis : assurer une bonne prise en charge des séropositifs au sein de l’appareil sanitaire, du dépistage au traitement.

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Femmes, hétéros, séronégatifs... un mouvement ouvert à tous

Le 8 décembre 1999, Emmanuelle Cosse, alors jeune thésarde en droit de 25 ans, passait sur les ondes de France Culture dans l'émission Première édition. Pourquoi ? Militante chez Act Up Paris depuis 7 ou 8 ans, elle en avait été élue présidente quelques mois auparavant, et ce malgré son identité hétérosexuelle, séronégative, et féminine. Pourtant, “Act up est un groupe identitaire quand même, qui est un groupe de malades, qui se définit comme un groupe homosexuel de malades du sida. [...] On ne peut pas faire comme si chez nous ça n’avait pas traversé le groupe, et si on n’en avait pas discuté”, relatait-elle. Mais foin des discussions : Act Up est simplement un groupe qui accepte que son président n'ait pas l'identité de ses membres.

La proportion de femmes a toujours augmenté chez Act Up, notait Emmanuelle Cosse dans cette émission : "On a vu ça sur le nombre des adhésions. Il y a à peu près un bon tiers de femmes pour deux tiers d’hommes." Parmi ces femmes, la moitié étaient hétérosexuelles. A l'époque de cette émission, 50% des membres étaient séropositifs, détaillait Emmanuelle Cosse, alors qu'à la naissance du mouvement, les militants ne comptaient que très peu de séronégatifs. Aujourd'hui, les militants d'Act Up-Paris sont moins nombreux, souligne Mikaël Zenouda, qui estime que la proportion séropositifs/séronégatifs est toujours de l'ordre de 50/50.

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Il y a beaucoup moins de séropositifs qui s’engagent. Sans doute depuis la fin des années 1990, grâce aux trithérapies qui sont arrivées à partir de 1996. Les conditions de vie des malades se sont beaucoup améliorées, l’espérance de vie a beaucoup augmenté, ce qui fait qu’il y avait moins d’urgence à se battre pour sa vie. Mikaël Zenouda

Hugues Fisher, militant à Act Up-Paris depuis sa création, nous apprend que le mouvement, qui a connu un redressement judiciaire en 2014, ne compte aujourd'hui plus que "quelques dizaines" d'activistes, contre 250 à 300 dans les années 1990. L'un des coupables de cette désertion selon lui ? Internet, source d'information suffisante pour les malades, et les curieux : "Quand j'ai rejoint le mouvement, je travaillais, et pendant longtemps, ce qui m'intéressait, c'était de repartir avec de l'information."

Concernant les femmes, le déséquilibre historique persiste, explique Mikaël Zenouda, qui précise que le mouvement est en train de monter une commission spécifique sur les problématiques des femmes confrontés aux IST et au cancer. Act Up s'affaire aussi concernant l'égalité des droits en matière de procréation pour les couples lesbiens et les femmes célibataires : “On n'a toujours pas acquis la PMA et ça a été remis aux calendes grecques en attendant l’avis du conseil consultatif national d’éthique. Ça fait au moins deux ans qu’il doit le rendre, son avis." Avant de préciser que les militants espèrent aussi, par leur action, améliorer le changement d’état civil pour les personnes transexuelles.

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Les grandes campagnes d’"outing"

A partir de 1991, 1992, l'activisme des membres d'Act Up se traduit également par l'outing... pratique très vite controversée. Le principe ? Dévoiler l’homosexualité, voire le statut sérologique d'une personnalité publique, dans certaines conditions. "Par exemple, des personnes qui sont notoirement homophobes, ou qui par leur action politique, seraient séropositifs eux-mêmes mais ne feraient pas ce qu’ils devraient faire en terme d’action politique pour faire avancer les choses, pour que la lutte contre le sida soit facilitée", expliquait Didier Lestrade dans les Nuits Magnétiques (première archive).

Dans ce cas-là, des groupes vraiment très minoritaires à New York ont décidé qu’il valait le coup, que c’était intéressant de dévoiler la sexualité des gens puisque la sexualité c’est la même chose que l’identité en tant que séropositif, c’est quelque chose qu’on ne devrait pas cacher, c’est quelque chose dont on ne devrait pas avoir honte, et donc à partir du moment où on cache sa sexualité ou sa sérologie, on contribue d’une manière logique et politique à répercuter un écart ou une discrimination envers les séropositifs ou les personnes homosexuelles. Didier Lestrade

C'était l'époque, précisait-il, où Act Up était au sommet de sa gloire et commençait à péricliter un peu aux Etats-Unis, après avoir gagné les grandes villes.

Le 14 septembre 2005, l'émission La Suite dans les idées se demandait si la délation pouvait être civique. Fabien Jobard, chercheur au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales, revenait sur ces campagnes d'outing menées par Act Up. Et notamment sur la publication d'une tribune par le mouvement en 1999, qui répondait à l'indignation suscitée par son projet de révéler l'homosexualité d'un député ayant pris part aux manifestations contre le PACS : “Ils ont pris l’indignation qu’a suscitée ce projet, pour témoin de l’opprobre qui marque le fait à l’époque, en 1999, d’être homosexuel. En disant simplement 'Interrogeons nous sur le fait que l’outing puisse même être une arme dans une société où chacun pourrait être également digne de l’espace public, qu’il soit homosexuel, ou hétérosexuel. Eh bien l'outing ne serait pas une arme, il serait dépourvu de toute sorte de frappe.’"

Aujourd'hui, l'outing est-il encore susceptible d'être utilisé comme une arme ? “La question parfois se pose, lorsqu’il y a des rumeurs qui circulent un peu. Sauf qu’il faut avoir des preuves solides derrière soi", explique Mikaël Zenouda, avant de s'attarder sur le fait que les temps ont de toute façon changé : "A l’époque, il y avait vraiment une chape de plomb sur les élus homosexuels, mais aussi sur toute la population, donc c’était encore plus intenable quand des élus homosexuels non déclarés tenaient des propos contre l’égalité des droits, contre leurs propres droits, en participant par exemple à des manifs type anti-Pacs à l’époque."

“Aujourd’hui il faut avoir des preuves solides, parce qu’il y a plein de rumeurs qui courent, comme sur Fillon et sur Macron, mais ça ne sert à rien de colporter des rumeurs. Et puis, si l’homosexualité de Fillon ou de divers cadres du FN avaient été révélée, est-ce que ça aurait changé la donne auprès de ses électeurs ?” Mikaël Zenouda

Des actions coup de poing pour appâter les médias

Seulement six mois après sa fondation, Act Up-Paris déployait une grande banderole sur les tours de Notre-Dame de Paris pour pointer du doigt l'attitude de l'Eglise catholique, opposée à l'usage du préservatif notamment. D'ailleurs, parmi les actions coup de poing du mouvement, figure la pose d'un préservatif géant rose sur l'obélisque de la Concorde, en décembre 1993.

En juin 2005, un an tout juste après le mariage homosexuel de Bègles (célébré en 2004 par Noël Mamère, et définitivement annulé en 2007) et huit ans avant le "mariage pour tous", une vingtaine de militants d'Act Up-Paris organisait une parodie de mariage entre deux femmes à Notre-Dame, s'attirant les foudres de l'Eglise parisienne. Dans l'émission Cartier Libre sur France Inter, Caroline Cartier se faisait l'écho de cette action, qu'elle avait vécue et enregistrée en temps réel :

Souvent dans les églises on a des réactions super violentes des gens (...) Tout le monde nous laisse passer, c’est très très respectueux. Génial, il y a l’orgue qui se met en route...” Un militant d'Act Up

A la sortie, le "service d’ordre" de l’église, dont le recteur (qui portera ensuite plainte pour "Atteinte à la liberté de culture"), vient leur demander des comptes. Les militants refusent toute confrontation en s’allongeant par terre : “La dérision c’est pour nous un vrai moyen d’action face à la puissance du lobby catholique.”

Les actions coup de poing du mouvement se sont raréfiés, pour plusieurs raisons, explique Mikaël Zenouda : “Aujourd’hui on est moins médiatisés, à la fois parce qu’on est assez peu au sein d’Act Up, et aussi parce que les médias s’intéressent beaucoup moins à la lutte contre le sida. Même si on fait des actions visibles, elles sont peu reprises. Quand on fait des actions, on les fait dans un but précis, pour sensibiliser des propos de politiques qui sont intolérables, en terme de prévention, ou de propos discriminants. Ça passe peut être par moins d’actions de grande ampleur."

On est aussi un peu mieux reçus par les pouvoirs publics, donc il y a moins besoin de faire des actions coup de poing, comme jeter du faux sang sur les ministères, ou autre. Après, ça ne veut pas dire que quand on est reçu, les dossiers avancent, il faut relancer de nombreuses fois.. Mikaël Zenouda

Hélène Combis-Schlumberger

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13 mars 2011

Lara Stone photographiée par Hedi Slimane

26 octobre 2019

L’usage des trottinettes désormais encadré par le code de la route

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Cette « nouvelle catégorie de véhicule » devra rester sur les pistes cyclables, mais rouler sur les trottoirs pourra être exceptionnellement autorisé.

Les trottinettes sont maintenant des moyens de transport à part entière et soumises à ce titre à des règles. Vendredi 25 octobre, un décret a été publié au Journal officiel pour encadrer leur usage, ainsi que ceux des autres « engins de déplacement personnels motorisés » (EPDM) comme les gyroroues et les hoverboards.

Le texte, appelé à entrer en vigueur en partie dès samedi (une autre partie concernant les aspects technologiques entrera en vigueur le 1er juillet 2020), modifie le code de la route et s’adresse aux usagers, aux collectivités territoriales et aux forces de l’ordre.

Il vise à « définir les caractéristiques techniques et les conditions de circulation des engins de déplacement personnel », motorisés ou non motorisés, présentés comme de « nouvelles catégories de véhicules ».

Trottoirs interdits. En ville, les trottinettes devront rester sur les pistes cyclables, lorsqu’elles existent. Rouler sur le trottoir sera en principe interdit, mais pourra être exceptionnellement autorisé, « à condition [que les engins] respectent l’allure du pas et n’occasionnent pas de gêne pour les piétons ». En revanche, le stationnement sur les trottoirs est permis, tant que ça ne gêne pas les piétons. Mais certains maires, comme Anne Hidalgo à Paris, ont d’ores et déjà fixé leurs règles : il est ainsi interdit de se garer sur les trottoirs de la capitale.

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Un seul conducteur. Les engins de déplacement personnel motorisés ne peuvent transporter qu’un seul conducteur « âgé d’au moins douze ans », prévoit le décret, qui interdit à ce conducteur de « pousser ou tracter une charge ou un véhicule » ou de « se faire remorquer par un véhicule ».

Vitesse limitée à 25 km/h. La loi prévoit désormais que ces engins ne doivent pas pouvoir dépasser une vitesse de 25 km/h, alors que certains constructeurs offraient la possibilité d’atteindre jusqu’à 80 km/h. Conduire un engin conçu pour dépasser cette vitesse (par construction ou après avoir été débridé) sera passible de 1 500 euros d’amende, voire 3 000 euros en récidive.

Equipements obligatoires la nuit. « Lorsqu’il circule la nuit, ou le jour lorsque la visibilité est insuffisante », un conducteur d’EDPM devra porter soit un gilet de haute visibilité, soit un équipement rétro-réfléchissant. Le port d’un tel équipement, ainsi que celui d’un casque, est obligatoire dans le cas d’une circulation – si elle est autorisée – hors agglomération. Des maires peuvent en effet « autoriser la circulation sur les routes dont la vitesse maximale autorisée est inférieure ou égale à 80 km/h, sous réserve que l’état et le profil de la chaussée ainsi que les conditions de trafic le permettent ».

Feux et freins obligatoires. Comme les vélos, les engins devront être équipés de feux de position avant et arrière, d’un système de freinage et d’un avertisseur sonore.

25 octobre 2019

Erdogan porte plainte contre "Le Point" qui le qualifiait d'"éradicateur" en une

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Le magazine affirme qu'il "ne lâchera rien".

AFP

MÉDIAS - La une du Point de cette semaine qualifie le président turc d’”éradicateur” et demande: “va-t-on le laisser massacrer les Kurdes (et menacer l’Europe)?”

Suite à celle-ci, l’avocat de Recep Tayyip Erdogan, Hüseyin Aydin, a déposé une plainte auprès du bureau du procureur général d’Ankara pour “insulte au chef de l’État”. Cette plainte vise le directeur du magazine Étienne Gernelle ainsi que le rédacteur en chef de la rubrique “International”, Romain Gubert.

Erdogan porte plainte contre

LE POINT

L’hebdomadaire a assuré ce vendredi 25 octobre par la voix de son directeur qu’il “ne lâcherait rien” face au président turc.

Dans un édito publié sur le site du magazine, Étienne Gernelle juge qu’Erdogan poursuit Le Point “pour crime de lèse-majesté”. “Recep Tayyip Erdogan a décidément un problème avec la liberté”, écrit le directeur du magazine.

“Nous ne retirons pas un mot de ce que nous avons écrit”, insiste Étienne Gernelle. L’enquête du Point évoque “le nettoyage ethnique” à l’encontre des Kurdes de Syrie et affirme que le pouvoir turc a “pactisé avec d’anciens de Daech et d’Al-Qaïda qui se chargent pour lui des sales besognes”.

Étienne Gernelle rappelle que dans un précédent numéro (en mai 2018), le magazine avait qualifié Erdogan de “dictateur”. À l’époque des affiches du Point avec cette une avaient été arrachées et des kiosquiers menacés. “Notre journal avait reçu des menaces de mort directes”, rappelle-t-il encore.

“Erdogan a fait emprisonner de nombreux journalistes en Turquie et pense peut-être que ses pulsions de censure peuvent s’exercer aussi dans des pays où la presse est libre”, poursuit le journaliste.

“L’hubris du maître d’Ankara connaît visiblement peu de limites. Il sera déçu: nous ne lâcherons rien”, conclut-il.

24 octobre 2019

Jane Birkin : “Je n’ai pas l’impression de me dévoiler tout à fait”

Par Nelly Kaprièlian, Jean-Marc Lalanne, Frank Vergeade - Les Inrocks

Icône sans prétention, Jane Birkin publie Post-Scriptum, le deuxième volume de son journal qui couvre la période 1982-2013. L’occasion d’un retour sur une vie riche en rencontres amoureuses (John Barry, Serge Gainsbourg, Jacques Doillon…) et un parcours artistique qui l'a vue passer du cinéma populaire au cinéma d’auteur, du théâtre à la chanson.

Je t’aime… moi non plus, 69 année érotique, La Décadanse, le panier et la ligne androgyne en ont fait une icône. Pourtant, pour la France entière, elle est simplement "Jane", comme lui est soudainement devenu "Serge". Parce qu’elle a accompagné notre enfance et notre adolescence, et tout le reste de notre vie. D’emblée, quand elle nous retrouve dans un hôtel près du Luxembourg, quartier où elle vit désormais, une paradoxale impression d'extrême familiarité nous saisit.

L’œil bleu ciel, le cheveu en bataille, le trench large, l’inséparable bouledogue français : c’est notre Jane que l’on retrouve, celle dont on a chanté les chansons, vu les photos de famille dans toute la presse, copié le style, qu'on a aimée chez Claude Zidi comme chez Jacques Doillon, Jacques Rivette ou Agnès Varda. Le charme opère, passant de la légèreté à la gravité.

Toujours sincère, généreuse, elle passe de la difficulté à prononcer encore certains mots français ("orang-outang" reste un problème) à une façon de s’exprimer toujours délicate. Jane aura bientôt 73 ans. Elle révèle les coulisses d’une vie dans la lumière, hantées par la mélancolie, en publiant le deuxième tome de son journal intime, Post-Scriptum – période post-Serge, période Doillon, qui lui ouvre les portes du cinéma d’auteur –, qui s’achève en 2013 à la mort de sa fille Kate Barry.

Vous publiez votre journal en deux volets, comme si vous aviez eu deux vies : la jeune Anglaise sexy et marrante avec Gainsbourg dans les seventies, puis début 1980, période Doillon, vous devenez plus sobre, vous affichez votre gravité, votre mélancolie, tournez des films d’auteur… Cette rupture, autour de 1980, diriez-vous que c'est la coupure la plus importante de votre vie ?

Jane Birkin — Je ne sais pas. C’était très spontané. Quand j’ai fait le Bataclan en 1987, Serge m’avait dit : "Mais tu vas faire un effort, mettre un peu de gloss…" Je lui ai dit qu’au contraire j’allais couper mes cheveux et m’habiller en garçon. Je voulais juste que l’on entende ma voix et ses chansons, pas que l’on me regarde comme une jolie chose. Ce dépouillement, j'y ai pris goût en effet avec Jacques Doillon, parce que pour tourner notre premier film en commun, La Fille prodigue (1981), il m’a fait enlever le maquillage, les jeans serrés, tous les attributs avec lesquels j’avais joué avant, pour me faire interpréter une femme en dépression… Je trouvais ça excitant d’être différente, ou plutôt de pouvoir être ce que j’étais vraiment, de ne pas avoir à divertir tout le temps – même si j’aime bien ça aussi. Je ne suis pas devenue sérieuse pour autant, mais ça paraissait un tournant sérieux par rapport aux films frivoles qu’on me demandait de faire avant. Après La Fille prodigue, les demandes étaient autres. Et ma vie privée coïncidait avec ça : vivre derrière les murs de ma maison rue de La Tour, ne plus faire de photos pour Paris Match avec mes enfants autour d'un barbecue dans le jardin... Tout cela n’enchantait pas Jacques – alors que ça avait enchanté Serge. C’était une tout autre vie.

Lorsque commence le second tome de ce journal, vous êtes donc devenue la compagne de Jacques Doillon et vous donnez naissance à une nouvelle fille, Lou. Est-ce que vous étiez heureuse dans ces années-là, au début des années 1980 ?

Oui, j’étais très heureuse. Même si le visage de Serge était omniprésent. Ce n’était pas si simple.

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Jane et Serge avec Kate et Charlotte en 1972 © Photo12/Alamy

Vous éprouviez une forme de culpabilité de l'avoir quitté ?

Carrément, oui. Les personnes qui ont divorcé se reconnaîtront peut-être dans cette culpabilité. Pour moi, ne pas perdre Serge, qu’il reste dans ma vie, était une évidence, mais ce n’était pas dit qu’il le veuille aussi. Ce qui est extraordinaire, c’est que c’est à ce moment-là qu’il m’a écrit les chansons les plus belles, les plus déchirantes, comme Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve, Les Dessous chics…

L'album où elles se trouvent, Baby Alone in Babylone, sorti en 1983, est un disque sublime…

C’est peut-être le meilleur disque que j’aie jamais fait. Ça coïncide avec sa détresse à lui. Il me la donnait à interpréter. Il m’a confié cette facette de lui qu’il ne montrait plus parce que lui, il était devenu Gainsbarre, ce personnage provocateur et clownesque. Il avait besoin d'exprimer sa peine à travers moi, qui en étais la raison… Et par la suite, il y a eu encore douze chansons aussi poignantes (Lost Song, 1987), puis encore douze, jusqu’à sa mort. Amours des feintes (1990), c’est à peine six mois avant de mourir…

Quand vous avez pris la décision de le quitter, vous aviez pensé au fait que vous ne chanteriez peut-être plus ses chansons ?

Les chansons, ce n’est vraiment pas ce qui m’a alors traversé l’esprit, il y avait des choses bien plus importantes (sourire). La question était : est-ce qu’il allait vouloir rester mon complice ? Ce n’était pas sûr du tout, surtout venant de quelqu’un qui n’avait jamais été mon ami, mon confident. Qu’il ait vingt ans de plus que moi a peut-être fait qu’il a accepté… après tout de même quelques années…

Pendant lesquelles Serge était fâché avec vous ?

Pas fâché, mais complètement blessé. On a tous connu ça. J’ai connu ça avec John Barry. Quand quelqu’un vous quitte, vous ne pouvez pas passer tout de suite à l’amitié. Cependant, c’est ce qu’il y a de plus formidable, parce que ça dépasse tout. Rester dans son cœur, et qu’en plus il écrive pour moi, a été un vrai privilège… Je ne l’avais pas complètement mesuré à l’époque. Je pensais qu’il me faisait chanter ses chagrins pour que je comprenne bien comme je l'avais fait souffrir. Peut-être qu’il y avait un peu de ça... Mais avec Baby Alone in Babylone, j’ai compris que j'obtenais la plus belle chose que je pouvais avoir, même si les chansons d’avant étaient charmantes. Quand j’étais en dépression il m’a écrit une chanson qui s’appelait Dépression, mais elle n’était pas très bien.

Vous avez fait une dépression ? Pendant l’année où vous étiez partagée entre lui et Doillon ?

Non, avant. Serge me disait : "Mais tu as tout !" Le côté marrant, sexy, qui avait été mon image à ses côtés, je ne me sentais plus tout à fait y correspondre en dépassant la trentaine. Mais ça, il ne pouvait pas le comprendre. Et puis, quand on est avec une personne aussi puissante que Serge, peut-être qu’à un moment on se rebiffe. J’en avais marre d’être traitée comme une petite. Jacques (Doillon) m'a permis d'exprimer que j'avais changé. Après La Fille prodigue, des personnes qui n’auraient jamais pensé à moi sont venues me chercher.

Comme Jacques Rivette ?

Rivette, c’est différent, parce qu’il avait une forme de fantaisie qui fait qu’il avait aimé La moutarde me monte au nez (Zidi, 1974). Il avait un côté très frais, très peu dans le jugement. Il était ravissant… Je crois qu’il aimait bien le mélange. Sur le plan films et théâtre, ma vie est devenue plus riche après, et Chéreau y est aussi pour beaucoup. Mais je suis très consciente d’avoir des limitations qui font que je ne peux pas faire des choses plus intéressantes que ça. Je me déçois moi-même quand je me vois… L’autre soir, j’ai revu Sept Morts sur ordonnance avec Piccoli et Depardieu (Jacques Rouffio, 1974). Ils sont formidables, et moi, je suis juste jolie. L’accent et la voix haut perchée sont insupportables. Disons que j’ai fait du mieux que j’ai pu avec mes limites.

Dans La moutarde me monte au nez de Claude Zidi vous êtes très bien…

Géniale (elle rit ironiquement) ! Disons que ma prestation est regardable parce que c’est une comédie de situation, donc la voix haut perchée, c’est un peu grinçant mais ça passe. Avec Pierre Richard, on formait un couple tellement zinzin que c’était charmant.

La Piscine (Jacques Deray, 1969), c’est un bon souvenir ?

Non, mais pas à cause du film, que j’ai revu l’autre jour et qui n’a pas pris une ride, qui est magnifique. Mais moi, non. J'ai été desservie par mon manque d’audace : je n’ai pas osé enlever tout le maquillage, la frange, la minijupe… Du coup, je suis une petite caricature de teenager. Cela dit, c’est comme ça que Jacques Deray me voulait, telle qu’il m’avait vue dans Slogan (son premier film français en 1969, sur le tournage duquel elle rencontre Serge Gainsbourg – ndlr), c’est pour ce côté directement importé du Swinging London qu’il m’avait choisie. Si j’étais restée en Angleterre, personne ne m’aurait rien demandé, je pense.

Même après Blow Up d’Antonioni, où vous devenez un symbole de liberté sexuelle parce que vous y apparaissez nue ?

Ça, ce sont de faux bons plans. Si John Barry ne m’avait pas quittée, je serais encore là-bas, à faire sa soupe à la tortue. Parfois, les catastrophes, ça a du bon : être quittée m’a obligée à me réveiller, à trouver un job, à avoir de l’audace – celle de venir faire un screen test en France alors que je ne parlais pas un mot de français. En Angleterre, je n’étais pas originale : j’étais juste une copie de Jean Shrimpton, de Twiggy, des filles très belles et très stylées photographiées par David Bailey. Le monde vivait intensément la révolution culturelle anglaise, les David Bailey, Terence Stamp avaient les clés de l'époque...

Vous les connaissiez bien, David Bailey et Terence Stamp ?

C’étaient des amis de John Barry. Ils étaient tous présents à ma fête de mariage. Michael Caine aussi. Le souvenir que j’ai de cette période, ce sont les fringues que vous pouviez récupérer pour 5 livres. Et, à 20 ans, vous marchez pieds nus avec un T-shirt sur King’s Road et c’est vous qui incarniez la mode, pas les Françaises chics de 35 ans qui ont des sous. C’était une vraie révolution, et cette révolution touchait aussi la musique bien sûr.

Justement, vous fréquentiez les Beatles, les Stones, etc. ?

A ma grande déception, j’ai trouvé une entrée dans l’un de mes journaux qui dit : "Déjeuner avec J. Lennon, very nice". Et c’est tout (rires) ! J'aurais bien aimé en savoir plus mais je ne me souviens plus ! Bref, oui, je sortais dans les mêmes restos, dans les mêmes boîtes de nuit qu'eux. Mais sur le moment, ça ne me paraissait pas si important. Ma vraie libération, je l'ai vécue à Paris, parce que tout à coup je me suis sentie acceptée comme une originale. Je n’étais plus surveillée par ma famille, je n’avais plus de complexes vis-à-vis de la beauté de ma mère, par le fait qu’elle faisait tout très bien. Elle ne parlait pas français, donc j’étais peinarde. En France, j’osais tout. Cette liberté me donnait une sorte d’arrogance rigolote, soutenue par quelqu’un qui était encore plus libre que moi.

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BlowUp.jpg"Blow Up" de Michelangelo Antonioni (1966) avec David HemmingsJane BirkinDavid Hemmings. © Bridge Films/Carlo Ponti Production/MGM/Collection ChristopheL/AFP

A Londres, vous étiez déjà assez libre pour accepter de tourner nue dans Blow Up…

J’ai beaucoup dit pourquoi j’avais accepté Blow Up : parce que John Barry m’avait dit que je n’oserais pas. Alors, j’ai osé.

Enfant et ado, vous étiez audacieuse ou soumise à l’autorité de vos parents ?

L’autorité de mes parents (sourire)… J’ai connu John à 17 ans, mon père, qui était colonel dans la Royal Navy, m’a demandé d’attendre d’en avoir 18 pour l’épouser. Il y a un petit film de famille assez drôle sur les négociations dans le jardin entre mon père et moi au sujet de mon mariage, et puis papa a cédé. Il fallait que l’on se marie parce qu’à l’époque on ne pouvait pas vivre avec quelqu’un sans être marié. Avant, j’étais à l’internat, et là non, je n’étais pas courageuse du tout, j’étais juste malheureuse. Ce qui était très gai, c’était les vacances avec mon frère. Ça m’a toujours plu de jouer avec des garçons.

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Avec Catherine Deneuve en 1977 DPA/Picture Alliance/Leemage

Pour vous, Blow Up est-il le film qui capte le mieux le Swinging London ?

Le film est situé en Angleterre parce que c’est là où tout se passait alors. Et David Hemmings joue le rôle de David Bailey (photographe star de l'époque – ndlr). Je n’arrivais pas à jouer, je voyais juste des caméras partout et j’essayais de me cacher. C’est ça qui a fait le charme de ma scène dans le film, s’il y en a un… Antonioni était très, très chic. C’était un architecte en fait, chaque détail avait son importance, il était très perfectionniste : il a fait peindre nos vêtements car il ne trouvait pas ce qu’il voulait dans le Swinging London. Le tournage de cette scène où on se roule dans le papier a été assez rapide. Il y avait des garçons qui montaient sur les lampadaires dans la rue pour jeter un coup d’œil sur ce qui se passait au premier étage. Je n’ai jamais revu Antonioni par la suite. Mais j’ai su qu’il avait voté pour moi lorsqu'il était président du jury au festival de Venise, où je présentais L'Amour par terre de Jacques Rivette (1984). Ça m'avait touchée, j'y ai vu une sorte de fidélité.

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"La Fille prodigue" de Jacques Doillon (1981) avec Michel PiccoliJane Birkin (Anne) et Michel Piccoli (le père) © Gaumont

Qu’est-ce que Jacques Doillon a vu en vous pour vous inclure dans son cinéma très intimiste et dramatique ?

Nous avions une amie en commun, Anne-Marie Berri, l’épouse de Claude Berri. C’est elle qui lui a suggéré mon nom pour le rôle principal de La Fille prodigue. Elle me connaissait personnellement, et elle savait qu’en privé je n’étais pas si légère que ça. Il est venu me rencontrer. Il m’a dit, je crois, qu’il me trouvait très bien dans La moutarde me monte au nez. Décidément (rires) ! Le personnage de La Fille prodigue est une jeune fille en dépression qui se demande si son père l’aime ou pas. Ce n’était pas moi du tout, peut-être lui plutôt. Pourtant, j’ai eu l’impression qu’il voyait clair en moi. Le scénario était le plus intéressant que j’avais jamais eu à lire, à cent lieues de tout ce que l’on m’avait proposé jusque-là. Je ne connaissais pas son cinéma. Du coup, j’ai vu La femme qui pleure, La Drôlesse, pour comprendre son cinéma.

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Jacques Doillon et Jane Birkin chez Régine, en 1981 © Bertrand Rindoff Petroff/Getty Images

Après La Fille prodigue, vous tournez La Pirate (1984), qui est très mal reçu à Cannes. Dans le documentaire d’Arte (Jane Birkin, simple icône), il y a un extrait de la conférence de presse de l’époque où vous défendez le film avec une conviction rare…

Je crois qu’une des choses dont je suis la plus fière dans ma vie, c’est peut-être cette conférence de presse à Cannes ; peut-être plus encore que du film (rires) ! J’avais un tel sentiment d’injustice face à cet accueil. Dès le générique de début, pour se moquer de la nudité dans le film, les spectateurs de la projection presse sifflotaient dans la salle le générique des publicités Dim ! C’était d’une violence. A la conférence de presse, l’accueil était glacial, mais j’étais très investie, je répondais longuement à toutes les questions. Pour moi, être dans un film était un engagement total, que j’ai tenu jusqu’au bout. Depuis, j’ai croisé des gens dans la rue, dans des parcs, qui m’ont dit à mi-voix, comme une confidence : "Merci pour La Pirate." Ni ce film ni La Fille prodigue n’ont été assez vus. Très peu à la télé par exemple. J’espère que si je casse ma pipe on les montrera tous les deux.

En lisant votre journal, ce qui est frappant, c’est que dans un premier temps vous refusez tout : Zidi, Rivette, Chéreau… Parce que vous doutiez de vous ?

Quand j’ai lu le scénario de La moutarde me monte au nez, j’ai dit à Zidi qu’il devrait prendre une vraie star, genre Brigitte Bardot. Il m’a répondu : "Après mon film, vous serez une star !" (rires). C’était vraiment gentil, je ne pouvais plus dire non. Jacques Rivette, j’étais perplexe du fait qu’il veuille tourner sans scénario. Sa méthode me faisait peur, j’ai dit non. Jacques (Doillon) m’a dit : "Tu devrais quand même voir Céline et Julie vont en bateau." Il m’a sauvée. Le film m’a enchantée et j’ai voulu absolument faire L’Amour par terre. Quant à Patrice Chéreau, j’avais adoré son film L’Homme blessé. Mais quand il m’a proposé de jouer sur scène La Fausse Suivante de Marivaux, j’ai paniqué car je n’avais jamais fait de théâtre. Je lui ai dit que dire Marivaux avec mon accent, ce n’était pas possible, que je ne savais pas parler fort, que j’aurais trop le trac…, et il a répondu à toutes mes objections avec beaucoup de calme et de fermeté : "Faux problème !" Patrice était tellement séduisant… Je ne cessais de le rappeler pour lui dire que j’avais envie de le voir mais en lui demandant de me promettre de ne surtout plus me parler de La Fausse Suivante (rires) ! Il me disait : "Ça non, je ne peux pas vous le promettre."Et il a vaincu toutes mes résistances.

Pour continuer à survoler votre filmographie, vous avez aussi tourné avec un cinéaste récemment disparu, Jean-Pierre Mocky, dans Noir comme le souvenir (1995). Quel souvenir en gardez-vous ?

Un cauchemar ! Peut-être le pire tournage de ma carrière. Ça n’est pas habituel de rencontrer des types aussi dingues ! On n’avait pas encore tourné un plan qu’il s’en désintéressait pour passer au suivant. Il hurlait en permanence sur les techniciens, les figurants. Il me gueulait dessus en me demandant sans arrêt de davantage fermer la bouche. Je lui répondais que je ne pouvais pas à cause de mes dents en avant. Après, il s’en prenait à mon accent… Je ne comprenais pas pourquoi il m’avait choisie. Franchement, j’aurais dû partir, mais face à une telle violence, j’étais sans défense, je manquais de courage. Heureusement, ma partenaire Sabine Azéma faisait le clown tout le temps pour me dérider et m’a beaucoup soutenue.

Une autre cinéaste récemment disparue avec qui vous avez tourné, c’est Agnès Varda.

Nous avons enchaîné deux films, Jane b. par Agnès v. et Kung-Fu Master. On ne se connaissait presque pas, mais après nous sommes devenues assez proches. Ça ne m’est pas arrivé souvent de devenir amie et de continuer à voir les cinéastes avec qui j’ai tourné. Agnès était une des femmes les plus attractives que j’ai connue. J’ai plein de souvenirs merveilleux avec elle. Je me souviens par exemple que l’on est parties ensemble dans un festival en Afrique du Nord. Notre vol faisait escale à Madrid. Je m’apprêtais à aller avec Lou, qui était toute petite, dans le salon des premières classes en attendant de reprendre le voyage. Mais Agnès m’a dit : "Mais tu n’y penses pas ? ! Tu ne vas pas passer plusieurs heures dans le salon comme une bourgeoise alors qu’on est à Madrid ! On va au Prado." Je lui ai dit qu’on n’aurait jamais le temps, que ça serait la cavalerie... Impossible de la contredire. Nous voilà parti.e.s avec Mathieu (Demy) qui était ado et baby Lou au Prado. Et là, on se retrouve devant tous ces Goya, Vélasquez… J’ai acheté tous les catalogues, les cartes postales, et ces tableaux m’ont accompagnée durant tout le voyage. C’était toujours comme ça avec Agnès : ça commençait par un grand énervement et après on la remerciait de vous avoir forcée à faire ce que vous ne vouliez pas faire. J’adorais son énergie, son culot, sa culture.

A sa disparition, vous avez témoigné dans les Inrocks et vous avez cité une réplique de Jane b. par Agnès v. :"Même si on déballe tout, finalement on ne dévoile pas grand-chose." Vous y avez pensé en publiant votre journal ?

Oui, je suis assez d’accord avec cette phrase. Quand on se raconte, on donne des anecdotes, des détails. Mais je n’ai pas forcément l’impression de me dévoiler tout à fait.

En lisant ce journal, on a quand même l’impression de vous percevoir différemment. On découvre une femme très angoissée, qui a souvent eu peur d’être trompée, d’être quittée. Est-ce que vous diriez aujourd’hui que vous avez été heureuse en amour ?

Les deux. Angoissée et heureuse. Mais ce qui est trompeur avec un journal, c’est que l’on s’épanche plutôt quand on est malheureux. Si on est amoureuse de quelqu’un arrive très vite la peur de le perdre. Et avec cette peur apparaît un visage dans le miroir qui fait un peu peur, celui tout tordu de la souffrance.

Pensez-vous que si les pères de vos trois filles sont des artistes importants, c’est que vous tombez amoureuse autant des hommes que des œuvres ?

Non, je ne suis pas sûre. Même si j’ai beaucoup d’admiration pour leurs trois œuvres. John Barry, un peu, car je savais qu’il était un très grand compositeur. Et sûrement que ça me flattait qu’il s’intéresse à quelqu’un comme moi. Serge, je ne savais rien de lui. On s’est rencontrés sur un tournage de film, je débarquais en France, je l’envisageais simplement comme un acteur. Offensé que je ne sache pas qui il était, il m’a offert un petit livre rouge, un recueil de chansons cruelles. Mais avant d’adorer l’œuvre, j’étais attirée par lui, son caractère. Serge était un enchanteur, loin de tous les hommes que j’avais connus en Angleterre. Il dégageait aussi quelque chose de très érotique. On n’aimait rien tant que d’être à ses côtés.

Pourquoi ?

Pour ça. L’érotisme et l’amusement. Bien avant qu’il ne m’écrive des chansons. Quant à Jacques, je le percevais comme un homme compliqué et marginal, et ça me fascinait complètement. Olivier Rollin, quand je l’ai rencontré, je savais qu’il était un grand écrivain. Je suis attirée par les personnes qui peuvent m’apprendre quelque chose.

Après vous être émancipée de la rivalité imaginaire avec votre mère en quittant l’Angleterre, vous êtes-vous interrogée sur le rôle de mère concurrente que vous pourriez faire peser, même inconsciemment, sur vos trois filles ?

C’est une question que je ne me suis jamais posée, tout simplement parce que je ne me considérais pas assez belle ou grande actrice. Le problème, c’était surtout d’avoir une mère à poil. C’était sans doute gênant pour elles. Quand je lis les propos de Bulle Ogier qui s’est interdit de faire certains films ou de poser pour Playboy à cause de sa fille Pascale, je me dis que j'ai fait tout le contraire. J’étais tellement contente d’avoir des pages dans les journaux, de poser nue dans Playboy, que je ne pensais pas à la façon dont pouvaient le percevoir mes filles.

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"Je t'aime moi non plus" de Serge Gainsbourg (1976) avec Joe DallesandroJoe Dallesandro et Jane Birkin © George Pierre/Président Films/Renn Productions/Collection ChristopheL

Ont-elles déjà exprimé leur honte que vous soyez nue publiquement ?

Non, mes filles n’ont été que tendres avec moi. Je sais simplement que Kate s’est déjà fait casser la gueule en voulant me défendre parce qu'on lui avait dit à l’école que sa mère était une pute. Ce sont des faits que l’on apprend souvent trop tardivement. C’était sans doute difficile pour elles de vivre avec deux personnes qui apparaissaient tant dans les journaux, et même parfois d’y figurer à leurs côtés. En revanche, je ne pense pas avoir été un obstacle pour la carrière de mes filles. Au contraire, je les ai plutôt encouragées dès leur plus jeune âge, conseillant notamment à Charlotte, que je trouvais si originale, de passer le casting de Paroles et Musique (1984) d’Elie Chouraqui. Le film est sorti l’année de Lemon Incest, le duo avec son père qui est devenu un énorme tube. Puis il y a l'énorme succès, en 1985, de L'Effrontée de Claude Miller, son premier César en 1986... Dès lors, je suis devenue la mère de Charlotte Gainsbourg ; elle n’était plus la fille de Jane Birkin. Idem pour Kate ou Lou, même si cette dernière a dû se montrer plus patiente pour la musique. Mais dès que j’ai entendu sa chanson I.C.U., j’ai demandé à Etienne Daho d’y jeter une oreille. J’aurais bien aimé être le manager de Lou (sourire), mais il était un bien meilleur producteur artistique que n’importe qui… Je ne pense pas avoir empêché mes filles de trouver leur propre voie et leur propre style.

Votre premier album avec Serge est paru il y a exactement cinquante ans. Quels sont les premiers souvenirs qui vous reviennent en mémoire ?

Je ne me souviens pas tellement de l’enregistrement. Serge avait peur que je ne parvienne pas à chanter les notes hautes tellement je m’emportais dans les soupirs. A cette époque-là, on faisait deux prises au maximum. En studio, on nous appelait “les enfants”. Tout me semblait léger à ce moment.

Votre dernier disque de chansons originales, Enfants d’hiver, date de 2008. Par quelques indiscrétions, on sait que vous travaillez actuellement sur un nouvel album avec Etienne Daho.

C’est indiscret (sourire) ! Nous sommes l’un comme l’autre occupés jusqu’à la fin de l’année, mais on va reprendre les maquettes en janvier. On a déjà quelques chansons en boîte, mais il faut écrire la suite. Une fois que la promotion de mon journal intime sera derrière moi, un exercice parfois semé d’embûches, nous nous remettrons avec joie au travail.

A la disparition de Serge Gainsbourg, avez-vous imaginé que vous ne chanteriez plus jamais de nouvelles chansons écrites et composées par quelqu’un d’autre que lui ? Il s’est d’ailleurs écoulé huit années entre Amour des feintes (1990) et A la légère (1998)…

Sans l’aide du producteur Philippe Lerichomme, je n’aurais jamais osé franchir le pas. Et il m’est encore très compliqué de penser que ça en vaut la peine sans Serge. Un jour, Philippe m’avait dit, sur le ton de la plaisanterie, qu’il valait mieux être infidèle avec plusieurs personnes qu’avec un seul homme… Donc j’ai enregistré un premier disque en multipliant les auteurs et compositeurs de mon époque (de Chamfort à Miossec, de Daho à Manset – ndlr), et en reprenant définitivement goût à la musique. Finalement, je suis beaucoup plus fière de ma carrière de chanteuse que d’actrice ou de comédienne, même s’il y a certaines pièces de théâtre qui m’ont marquée. J’estime être une bonne interprète des chansons de Serge, en ayant gardé ma voix et en n’abusant pas de mon accent anglais. Mais ça tient surtout à la qualité extrême de ses chansons.

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Au Grand Rex en 2017, pour une version symphonique des chansons de Gainsbourg © Alain Leroy/L'Œil du spectacle

Avez-vous été sensible à des formes d’inégalités entre les hommes et les femmes ? Car vous n’avez pas l’image publique d’une féministe.

Je considère avoir fait les démarches en ce sens, sans être pour autant une figure de proie. Euh, une figure de proue – quel joli lapsus ! J’étais évidemment contre la peine de mort et pour l’avortement. C’est à cette occasion que j’ai découvert et participé à mes premières manifestations en France. Le sentiment d’injustice m’a toujours révulsée.

Qu’avez-vous éprouvé finalement à la relecture de vos journaux pour en tirer Munkey Diaries et Post-Scriptum ?

Ma plus grande peine, c’est d’y retrouver le bonheur de Kate. Dans le premier volume, j’évoquais sa naissance et son petit trait porte-bonheur dans l’œil. Je me réconforte en pensant à la chance d’avoir pu la côtoyer pendant quarante-six ans.

Avez-vous encore envie d’écrire, d'autres livres, de la littérature, un scénario ?

Pour reprendre les derniers mots de mon livre, “et pourquoi pas…”

Post-Scriptum – Le journal intime de Jane Birkin 1982-2013 (Fayard), 432 p., 23 €

Jane Birkin, simple icône Arte, 1er novembre, 22 h 30

1 avril 2020

Paris : Christo va emballer l’Arc de Triomphe en 2020

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Pour l’Arc de Triomphe, 25 000 m2 de tissu recyclable et 7 000 m de corde vont être nécessaires à l’artiste. Il avait déjà emballé le Pont-Neuf en 1985.

35 ans après le Pont-Neuf, Christo va empaqueter l'Arc de Triomphe à Paris. L'artiste plasticien va l'emballer en 2020, ont annoncé mercredi le Centre des Monuments nationaux et le Centre Pompidou.

Cet emballage nécessitera 25 000 m2 de tissu recyclable de couleur argent bleuté et 7 000 mètres de corde rouge, sera visible pendant 14 jours, du 6 au 19 avril 2020 (en fait à l'automne à cause du coronavirus)

Parallèlement, le Centre Pompidou proposera du 18 mars au 15 juin 2020 une exposition retraçant la période parisienne du duo formé par Christo et Jeanne-Claude (décédée en 2009) et l'histoire du projet « Le Pont-Neuf empaqueté ».

« L'Arc de Triomphe empaqueté sera autofinancé par Christo grâce à la vente de ses études préparatoires, dessins, collages du projet ainsi que des maquettes, œuvres des années cinquante-soixante et des lithographies originales dédiées à d'autres sujets », indique le Centre des Monuments nationaux qui précise que l'œuvre éphémère ne bénéficiera d'aucun financement public.

Dès 1962, Christo et Jeanne-Claude avaient signé un photomontage avec l'Arc de Triomphe empaqueté, vu depuis l'avenue Foch. « Près de 60 ans plus tard, ce projet sera concrétisé. Durant toute la période où l'œuvre sera visible, comme pendant la durée des travaux d'installation, l'espace sous l'Arc de Triomphe qui surplombe la dalle sacrée où brûle en permanence depuis 1923 la Flamme de la Nation devant la tombe du Soldat Inconnu sera entièrement préservé », souligne le Centre des Monuments nationaux.

« Associations, bénévoles et volontaires attachés aux valeurs de la République continueront à s'y relayer pour assurer la continuité du souvenir et de la mémoire et assurer les cérémonies quotidiennes du ravivage de la flamme et les hommages au Soldat inconnu dans la solennité requise », ajoute le CNM.

22 octobre 2019

Chronique - La bisexualité, c’est compliqué !

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Par Maïa Mazaurette

Très minoritaire, cette orientation sexuelle, qui suscite souvent suspicion, déni voire mépris, reste difficile à appréhender, souligne Maïa Mazaurette, la chroniqueuse de « La Matinale ».

LE SEXE SELON MAÏA

Ah, le désir polymorphe ! L’élan indistinct vers son prochain, sans limites, sans questions dépassées ! Si nous sommes toutes et tous, comme a pu l’avancer Freud, psychiquement bisexuels, il faut alors se demander comment on peut, en 2019, n’être pas bisexuel. Imaginez l’aubaine : chacun verrait son potentiel sexuel multiplié par deux. Ce serait merveilleux. Le soleil brillerait en octobre. Et puis franchement… ce serait tellement plus simple.

Alors, comment dire ? S’il y a bien une orientation sexuelle à laquelle le qualificatif de « simple » ne s’applique pas, c’est la bisexualité.

Laissons les sociologues Mathieu Trachman et Tania Lejbowicz nous guider dans ce qu’il faut bien appeler un énorme foutoir : selon leurs derniers travaux (pour l’INED, 2018), seuls 0,9 % des femmes et 0,6 % des hommes se disent bisexuels. Déjà, en termes de prévalence, ça ne casse pas trois pattes à un canard sauvage (lequel aurait des comportements bisexuels, comme plus de 450 autres espèces, dont les lions ou les girafes).

Facile ? Attendez un instant : 2,2 % des femmes et 1,6 % des hommes ont déjà couché avec des personnes des deux sexes. Donc, moins de la moitié des bisexuels pratiquants se revendiquent comme bisexuels. Vous êtes, présentement, entourés de bi invisibles. Angoissant, hein ?

Sauf qu’une fois encore, c’est plus compliqué que ça. Par exemple, certains hommes couchent avec des hommes de manière opportuniste, tout en véhiculant l’image d’une forte hétérosexualité (donc de forte virilité). Pensez aux détenus, aux militaires et aux cow-boys. Certains homosexuels n’aiment pas le mot « homosexuel », ni le mot « gay », et revendiquent d’autres identités. Dans la pornographie, la catégorie gay-for-pay représente des performeurs hétérosexuels ayant des pratiques gays devant la caméra.

Le sexe qu’on pratique et celui qu’on revendique

Pour arranger encore nos affaires, les chercheurs de l’INED nous informent que « la majorité des individus qui se disent homosexuels (61 % des homosexuelles, 49 % des homosexuels) ont eu des partenaires des deux sexes au cours de leur vie. Et une part non négligeable d’entre eux se disent autant attirés par les deux sexes (17 % des homosexuelles et 9 % des homosexuels) ».

Etes-vous perdus ? Reprenez un bretzel, redécoupez nos sexualités en morceaux (métaphoriquement, sachant que les fantasmes de castration ont déjà eu leur chronique), et répétez après moi : le sexe anatomique, le sexe psychique, le sexe qu’on pratique et la sexualité qu’on revendique sont des choses différentes. Vous opérez des découpages similaires à longueur de temps : certains « gourmets » savent à peine cuire des pâtes, d’autres refusent cette appellation mais maîtrisent la moussaka comme des dieux grecs.

Les arrangements entre les mots et leur définition, entre les actes et les paroles, ne sont pas propres à la sexualité. Mais à cause de ces décalages, les bisexuelles en particulier suscitent une certaine incrédulité – elles ne seraient pas des « vraies » bisexuelles. On minimise : « c’est juste une phase », « elle veut titiller les garçons ». Parce qu’on réduit la sexualité à la pénétration, et qu’on n’imagine pas toujours la sexualité entre femmes comme pénétrative (bisou aux lectrices lesbiennes)… on estime que le sexe entre femmes, « ce n’est pas grave ». Résultat : une femme se revendiquera plus facilement comme bisexuelle (elle n’a pas grand-chose à perdre). Mais elle sera plus facilement disqualifiée comme bisexuelle (elle cherche à faire son intéressante).

Spectre

En parlant de disqualification : non, les bisexuels ne sont pas plantés comme la Suisse au milieu des catégories plus connues. Ils ne couchent pas avec tout le monde. D’abord parce que 7 milliards de partenaires sexuels, ça fait beaucoup de bretzels (pour l’énergie). Mais surtout parce que celles et ceux qui couchent « avec tout le monde » s’appellent les pansexuels – dont les intérêts, totalement indifférents aux questions de sexe et de genre, incluent les intersexes et les trans.

Oui, désolée, il faut rajouter encore un degré de complexité dans notre histoire « toute simple » : la bisexualité est un spectre (sexuel, pas un spectre d’Halloween). Il existe des bi-curieux comme des bi-convaincus. Mais à partir du moment où on emploie le préfixe « bi », il y a reconnaissance d’une fondation binaire de la sexualité. Or en 2019, la bipartition du monde n’est plus franchement une donnée incontestable.

En réalité, la portion des bisexuels qui sont indifférents au sexe et au genre (rappelez-vous : il faut découper) utilisent cette appellation uniquement pour vous éviter une migraine. Elles et ils sont pansexuels.

Avez-vous mangé ce bretzel ? Pas encore ? Remplacez-le par une aspirine, parce qu’aimer les hommes et les femmes ne signifie absolument pas qu’on les aime pareil. Selon Mathieu Trachman et Tania Lejbowicz, « 89 % des bisexuelles ont eu un premier rapport avec un homme, 77 % des bisexuels ont eu un premier rapport avec une femme ». La majorité d’entre eux rapportent plus de désir pour les personnes de l’autre sexe. Coup de grâce ? 12 % des hommes bisexuels se disent attirés uniquement par le sexe opposé (si vous vous demandez comment une telle chose est possible, repassez sur la planche à découper : on n’a pas besoin de désirer quelqu’un pour coucher avec).

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« Biphobie »

Vous allez bien ? Non ? Eh bien, les bisexuels non plus, qui sous le motif d’aimer le rose autant que le bleu, en voient de toutes les couleurs. Le compte Instagram @payetabi (Paye ta biphobie, plus de 10 000 abonnés) recense les vexations subies : suspicion, déni, mépris, accusations d’immaturité ou de manque de fiabilité… Cette « biphobie » s’exprime de manière genrée : on a d’un côté le bisexuel incontrôlable qui sème le chaos sur son passage (comme Jules César, « mari de toutes les femmes et femme de tous les maris »), et de l’autre la bisexuelle très contrôlée, forcément soumise aux fantasmes de harem.

Dans les faits, effectivement, les deux profils divergent – tant au niveau de l’âge que de la catégorie socio-culturelle. Les bisexuelles sont plutôt plus jeunes (moins de 30 ans) et plus diplômées que les hétérosexuelles. Leur choix peut constituer une prise de pouvoir, ou au contraire, une soumission à des désirs phallocentrés. Les bisexuels mâles sont plutôt plus âgés (plus de 50 ans) et moins diplômés que les gays et hétérosexuels. Ce qui laisse à penser qu’on y trouve au moins quelques gays à demi sortis du placard. Doit-on généraliser pour autant des stéréotypes condescendants ? Certainement pas.

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D’ailleurs, pourquoi cette condescendance ? Aux réflexes biphobiques se mêle une indéniable fascination : si la bisexualité existe, alors les désirs spécifiques sont possiblement mesquins, pauvres en générosité, amputés dans leur imagination. Coincés par le sexe, balisés par le genre. Et si les bi avaient fondamentalement raison ? Et si les pansexuels dominaient le monde ?

Face à cette menace pesant sur notre paradigme Mars/Vénus, on a vite fait de menacer les bisexuels eux-mêmes. Pourtant, en sexualité, personne ne nous oblige à choisir entre fromage et dessert. Dire que les bi « trichent », clamer qu’ils ne peuvent pas « tout avoir », qu’ils en veulent « trop »… ça commence à ressembler à de la jalousie. Alors d’accord : avec les bisexuels, ce n’est peut-être pas simple. Mais au moins, on ne risque pas de s’ennuyer. Un petit bretzel ?

12 mai 2017

Exposition. « La Bretagne traite mal ses roux »

Quand un roux photographie des roux... Pascal Sacleux expose actuellement ses clichés à l'aéroport de Rennes.

Article de Philippe Créhange

Agent d'escale à l'aéroport de Rennes, Pascal Sacleux est aussi photographe. Il expose en ce moment ses clichés. Thème : les roux.

C'est une exposition originale que propose actuellement l'aéroport de Rennes. Au moment de l'enregistrement de leurs bagages, les voyageurs peuvent observer une trentaine de photographies grand format, accrochées aux murs et représentant... des rousses et des roux, âgés de 6 mois à 70 ans

« Il y a des gens qui sont très malheureux »

On doit cette série de clichés d'anonymes, pris à l'aéroport, à Pascal Sacleux. « J'ai voulu photographier mes semblables », confie ce roux, qui a fait des minorités une de ses spécialités. Avec un objectif bien précis en tête : « Je veux que les gens s'habituent à regarder les roux en face et que les roux s'habituent aussi à s'aimer car on ne leur fait pas une bonne publicité dans la société ».

Victimes de quolibets quand ils sont enfants, sans compter les réputations sans fondements sur leur mauvaise odeur supposée ou leur sexualité débridée quand ils sont plus grands, les roux n'ont pas toujours la vie facile. Y compris en Bretagne, où on en compte pourtant beaucoup. « La Bretagne traite mal ses roux. C'est historique. C'est tellement ancré dans les croyances que c'est toujours le cas aujourd'hui en 2017. Il y a des gens qui sont très malheureux en Bretagne parce qu'ils sont roux », affirme Pascal Sacleux.

Un livre et un festival ?

En tant que roux, le photographe a lui-même été choqué, lorsqu'à 17  ans, un garçon s'est approché de lui et l'a humilié en public. « Il m'a dit devant tout le monde que " les roux, c'est comme les noirs, ça sent le chien mouillé quand il pleut " ». Une insulte et une bêtise qui l'ont sans doute inconsciemment poussé à afficher des roux sur les murs bien des années plus tard.

L'exposition se tient à l'aéroport de Rennes jusqu'au 15 juin. Et après ? « J'espère qu'elle va bouger », confie le photographe qui lance, par ailleurs, un appel à tous les roux et rousses de Bretagne qui seraient d'accord pour se faire prendre en photo. Car après l'exposition, il pense déjà à un livre. Et pourquoi pas, demain, un festival des roux. « Ça existe déjà en Écosse. Mais j'aimerais que cela soit un festival ouvert, pas uniquement réservé aux roux. Il ne faudrait pas non plus que ça fasse ghetto », insiste Pascal Sacleux.

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https://www.facebook.com/PascalSacleuxPhotographe/?fref=ts

13 mai 2017

Scènes de la vie conjugale - Théâtre de l'Oeuvre- vu hier soir

21 octobre 2019

FEMEN a lancé une action contre l'industrie du sexe

FEMEN a lancé une action contre l'industrie du sexe en coopération avec diverses associations féministes, comme le réseau Ella, un groupe de défense des femmes de la prostitution. Devant l'entrée de la foire érotique Vénus, ils se sont souvenus, avec un enterrement symbolique, des victimes de l'industrie du sexe.

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Chaque jour, nous sommes confrontés à la violence mentale, verbale et physique à l'égard des femmes. Cela veut être considéré dans l'industrie du sexe, comme fétichisé et comme la liberté sexuelle (discours). On dit souvent que la violence se fait dans la prostitution ou dans la pornographie serait juste une pièce de théâtre, mais un jouer n'a pas d'impact réel sur l'épisode. La pénétration, l'humiliation et la douleur sont réelles.

Les femmes qui se prostituent sont exposées à la violence mentale et physique de la part des pigistes et des proxénètes. Dans l'industrie du porno, on vit non seulement la violence visible et directe du partenaire de tournage, mais aussi la violence invisible des producteurs et des réalisateurs, des plateformes qui distribuent ces vidéos et des consommateurs qui font aussi partie de cette chaîne de violences. Sur Internet, vous trouverez d'innombrables vidéos qui n'ont pas été tournées à l'unanimité, ou à l'insu et sans le consentement de ceux qui sont montrés. C'est une violation des droits de la personne. Des millions de consommateurs se masturbent chaque jour devant cette violence. Vous n'êtes pas seulement terne et empathique, vous appréciez la torture et le pouvoir que ces films ont sur les femmes. Votre cerveau ne peut pas être différencié entre positif et négatif l'adrénaline, ce qui signifie que vous devez voir de plus en plus de matériel extrême afin d'obtenir la satisfaction. Cette cascade n'est pas seulement en utilisant la consommation de pornographie. Ainsi, même chez les jeunes femmes qui ne font pas partie de l'industrie du sexe, les blessures s'accumulent. Par exemple, ils sont admis à l'hôpital avec des fissures anales et des blessures graves au cou. Une enquête menée en 2010 a révélé que 90 % des clips les plus populaires montrent de la violence à l'égard des femmes. Une société engagée en faveur de l'égalité des sexes ne doit pas faire exception à la violence sexuelle ! Parce que la pornographie n'est pas un phénomène marginal. Un quart de toutes les recherches sont pornographiques, les garçons voient leur premier porno avec une moyenne de 11 ans.

#Berlin #protitution #femen #porno

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