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Jours tranquilles à Paris
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13 octobre 2019

Hans Hartung - La fabrique du geste - au MAM de Paris - vu aujourd'hui

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Du 11 octobre 2019 au 01 mars 2020

À l’occasion de sa réouverture après d’ambitieux travaux de rénovation, le Musée d’Art Moderne présente une rétrospective du peintre Hans Hartung (1904-1989).

La dernière rétrospective dans un musée français datant de 1969, il était important de redonner à Hans Hartung (1904-1989) toute la visibilité qu’il mérite. L’exposition porte un nouveau regard sur l’ensemble de l’oeuvre de cet artiste majeur du XXe siècle et sur son rôle essentiel dans l’histoire de l’art. Hans Hartung fut un précurseur de l’une des inventions artistiques les plus marquantes de son temps : l’abstraction.

Acteur d’un siècle de peinture, qu’il traverse avec une soif de liberté à la mesure des phénomènes qui viennent l’entraver – de la montée du fascisme dans son pays d’origine l’Allemagne à la précarité de l’après-guerre en France et à ses conséquences physiques et morales – jamais, il ne cessera de peindre.

Le parcours de la rétrospective comprend une sélection resserrée d’environ trois cent oeuvres, provenant de collections publiques et particulières françaises et internationales et pour une grande part de la Fondation Hartung-Bergman. Cet hommage fait suite à l’acquisition du musée en 2017 d’un ensemble de quatre oeuvres de l’artiste.

L’exposition donne à voir la grande diversité des supports, la richesse des innovations techniques et la panoplie d’outils utilisés durant six décennies de production. Hans Hartung, qui place l’expérimentation au coeur de son travail, incarne aussi une modernité sans compromis, à la dimension conceptuelle. Les essais sur la couleur et le format érigés en méthode rigoureuse d’atelier, le cadrage, la photographie, l’agrandissement, la répétition, et plus surprenant encore, la reproduction à l’identique de nombre de ses oeuvres, sont autant de recherches menées sur l’original et l’authentique, qui résonnent aujourd’hui dans toute leur contemporanéité. Hans Hartung a ouvert la voie à certains de ses congénères, à l’instar de Pierre Soulages qui a toujours admis cette filiation.

L’exposition est construite comme une succession de séquences chronologiques sous la forme de quatre sections principales. Composée non seulement de peintures, elle comprend également des photographies, témoignant de cette pratique qui a accompagné l’ensemble de sa recherche artistique. Des ensembles d’oeuvres graphiques, des éditions limitées illustrées, des expérimentations sur céramique, ainsi qu’une sélection de galets peints complètent la présentation et retracent son itinéraire singulier.

Afin de mettre en relief le parcours d’Hans Hartung, en même temps que son rapport à l’histoire de son temps, cette exposition propose des documents d’archives, livres, correspondances, carnets, esquisses, journal de jeunesse, catalogues, cartons d’invitations, affiches, photographies, films documentaires, etc.

Figure incontournable de l’abstraction au XXe siècle, Hans Hartung ne se laisse pas pour autant circonscrire dans ce rôle de précurseur historique, car sa vision d’un art tourné vers l’avenir, vers le progrès humain et technologique, vient nous questionner aujourd’hui encore. Le parcours met en tension et en dialogue ces deux aspects complémentaires qui constituent le fil rouge de cette exposition.

Un catalogue comprenant une quinzaine d’essais et une anthologie de textes est publié aux Éditions Paris Musées.

Commissaire : Odile Burluraux

Assistante : Julie Sissia

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Hans Hartung (1904-1989) fut ^ un protagoniste majeur de l'un des plus grands bouleversements que connut l'histoire de l'art moderne : l'abstraction. De ses débuts dans l'Allemagne des années 1920 à sa mort quelques jours après la chute du mur de Berlin, Hartung a traversé une époque mouvementée avec unesoif de liberté à la mesure des phénomènes venus l'entraver. Jamais il ne cessera de peindre. Cette rétrospective, la première consacrée à l'artiste depuis cinquante ans, retrace le déploiement ininterrompu d'une œuvre fondamentalement expérimentale. Le parcours, chronologique, s'articule autour des peintures les plus emblématiques de l'artiste, qui a connu de son vivant une véritable consécration en tant que pionnier de la peinture gestuelle. L'exposition propose un regard renouvelé sur le cheminement du peintre, en accordant une place inédite aux travaux sur papier ainsi qu'aux photographies qu'il réalise par milliers. Elle nous immerge dans le processus de l'artiste, qui crée et expose ses œuvres sans hiérarchie entre les mediums; elle nous situe au plus près d'un geste qui enregistre constamment les rythmes et les puisions de son monde intérieur. Cette exposition présente également des œuvres peu vues jusqu'à aujourd'hui, tels les grands tableaux des années 1970 aux couleurs pop. Rassemblant un corpus inédit de documents d'archives, elle met aussi au jour la grande singularité de l'œuvre d'Hartung, entre spontanéité et maîtrise Avec le soutien de la Fondation Hartung Bergman, le musée d'Art moderne de Paris poursuit ici sa mission essentielle: revisiter les grandes figures de l'art moderne et leur rendre toute leur visibilité.

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Hans Hartung, peintre mouvementé

Pionnier de l’abstraction lyrique, amputé d’une jambe en 1944, il a produit une œuvre motivée par « la fabrique du geste ». Le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, pour sa réouverture, lui consacre une exposition.

Par Harry Bellet 

Il était une fois un petit garçon auquel on avait dit qu’il fallait craindre les orages. Alors, il décida de les regarder en face et, sur un cahier, de dessiner la fulgurance des éclairs. Plus tard, étudiant les tableaux de Rembrandt, ou le Tres de mayo, de Goya, il en reprit les grandes masses et les réduisit à des taches. C’était en 1922, et le jeune Hans Hartung (il était né à Leipzig en 1904) devint un des pionniers de ce qu’on appela plus tard l’« abstraction lyrique ».

C’est cette histoire que raconte, en près de 400 peintures, dessins, ou photographies, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, avec l’exposition « La Fabrique du geste ». L’institution avait déjà montré Hartung, en 1980, mais s’était cantonnée à ses premières années, s’interrompant avec les œuvres de 1939, afin peut-être de montrer à quel point il fut précurseur. En fait, on l’a su depuis, jusqu’en 1960 au moins, ses œuvres, que l’on croyait spontanées, où le geste primait tout, étaient peintes avec la plus grande minutie et de tout petits pinceaux.

« Ta voie est claire : il te faut obtenir, dans tes tableaux à l’huile, la fraîcheur de tes aquarelles. Agrandis-les ! »

Hartung accumulait les dessins, les aquarelles, les gouaches, qu’il exécutait avec une liberté totale. Puis il en sélectionnait certaines, en faisait une mise au carreau pour les agrandir fidèlement, et les reproduisait soigneusement à la peinture à l’huile sur une toile. Il suivait en cela un conseil donné par le peintre et graveur Jean Hélion en 1935 : « Ta voie est claire : il te faut obtenir, dans tes tableaux à l’huile, la fraîcheur de tes aquarelles. Agrandis-les ! » Cela lui permettait en outre de faire des économies de matériel, car il fut longtemps fort pauvre.

Il était pourtant né dans une famille de la petite bourgeoisie, si on peut qualifier ainsi un père médecin militaire. Il fait de bonnes études dans des académies d’art à Leipzig, à Dresde, puis à Paris, auprès d’André Lhote, où il apprend les principes du cubisme et se passionne pour les possibilités de composition fondées sur le nombre d’or. Il a une première exposition personnelle dans une galerie de Dresde en 1931, mais son père meurt l’année suivante. Hartung voyage, en France et en Espagne, et abandonne totalement l’Allemagne après qu’il a été interrogé par la Gestapo lors d’un séjour en 1935. Installé à Paris, il fréquente les milieux d’avant-garde. Il commence à se faire connaître, expose à Paris, mais aussi à Londres et à New York.

Une blessure déterminante

Vient la guerre. Antinazi, mais allemand, il est interné, puis s’engage dans la Légion étrangère. Après bien des péripéties, il participe au débarquement de Provence et sert comme brancardier. Il est blessé à Belfort en 1944, et amputé de la jambe droite. Sa conduite au combat lui vaudra la croix de guerre et la médaille militaire. Quant à sa blessure, elle sera déterminante dans la suite de son œuvre. C’est du moins l’avis de l’artiste Jacques Villeglé, qui l’exprime crûment mais clairement dans le catalogue de l’exposition : « La gestualité exige de la souplesse. Hartung a dû penser son métier, le penser vraiment, réfléchir à ses outils et les réinventer en permanence pour conduire une œuvre sans cesse changeante. Son handicap en a fait un artiste plus réfléchi que les autres. »

Secret d’atelier : il interdit aux critiques qui le visitent de décrire et même de nommer ses outils

Car, au faîte de sa gloire, au moment où, en 1960, il vient d’obtenir le Grand Prix de la Biennale de Venise (ex aequo avec Jean Fautrier), il bouleverse complètement sa méthode. Cessant d’agrandir ses petits dessins, il attaque enfin directement la toile, avec des outils adaptés. Le premier, c’est un aspirateur ! Un ingénieux bricolage lui permet d’inverser sa fonction, et il souffle l’air et la peinture sur le tableau. De là, il passe rapidement aux compresseurs et aux pistolets des carrossiers, abandonne l’huile pour l’acrylique, et, en excellent graveur qu’il est, incise la peinture encore fraîche avec les instruments les plus saugrenus, de la brosse à étriller les chevaux jusqu’à ces râteaux en éventail si utiles pour ramasser les feuilles d’automne. Tout cela est un secret d’atelier : il interdit aux critiques qui le visitent de décrire et même de nommer ses outils.

La construction d’un grand atelier à Antibes, l’emploi d’une équipe d’assistants qui lui préparent ses toiles et ses couleurs le libèrent totalement. Paradoxalement, c’est à la fin de sa vie, alors qu’il éprouve les plus grandes difficultés à se déplacer, que sa peinture devient totalement libre : des formats gigantesques, giflés à coups de branches de genêt, aspergés à la tyrolienne de maçon ou au pulvérisateur à vigne. Les dernières années sont les plus productives, Hartung peignant presque un tableau par jour : le vieillard fou de dessin jubile enfin, et c’est épatant.

« Hans Hartung. La Fabrique du geste », du 11 octobre 2019 au 1er mars 2020.

Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Musée d’art moderne de la Ville de Paris.

Harry Bellet

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11 octobre 2019

Le prix Nobel de la paix, comment ça marche ?

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Le nom du lauréat de la prestigieuse récompense va être connu vendredi matin, à l’occasion d’une cérémonie à Oslo, en Norvège.

Les spéculations sont ouvertes alors que le nom du prochain prix Nobel de la paix va être connu, vendredi 11 octobre, à 11 heures, à Oslo, en Norvège. Ce qu’il faut savoir avant la désignation du lauréat 2019.

301 candidatures, dont 78 organisations

Cette année, 301 candidatures ont été soumises au comité Nobel norvégien, parmi lesquelles 223 personnes et 78 organisations. C’est un peu moins que les années précédentes (331 candidats en lice en 2018, 318 en 2017). Le record absolu remonte à 2016, avec 376 candidats.

Qui sont les pressentis ?

Grande favorite des bookmakers, Greta Thunberg, jeune égérie suédoise de la lutte contre le changement climatique – déjà distinguée par le « Nobel alternatif » (le Right Livelihood) et un prix d’Amnesty International –, tient la corde sur les sites de paris en ligne avant l’attribution de la prestigieuse récompense. De sa « grève » de l’école, seule, devant le Parlement suédois aux rassemblements auxquels participent désormais des millions de jeunes dans le monde, l’adolescente a, en l’espace d’un an, provoqué un électrochoc dans l’opinion publique sur la question climatique.

Artisan de la réconciliation de son pays avec l’Erythrée, le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, est, lui, un des favoris des experts. Le comité pourrait aussi mettre l’accent sur la liberté de l’information à l’heure où celle-ci est l’objet d’énormes pressions dans les régimes autoritaires, mais aussi dans les démocraties occidentales. Des associations de défense des médias comme Reporters sans frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) sont ainsi évoquées.

Autres noms qui circulent à un moment où les crises migratoires occupent toujours les devants de la scène : ceux du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) et de son chef, Filippo Grandi, ou bien de l’organisation SOS Méditerranée.

Comment sont désignés les candidats ?

C’est dès le mois de septembre précédant la remise du prix que commencent à être soumis les noms aux différentes institutions chargées de choisir leur candidat. On ne peut pas envoyer sa propre candidature. Seules certaines personnes ou organisations sont habilitées à faire des propositions, par exemple un parlementaire, un professeur de sciences politiques, d’histoire ou de relations internationales, ou encore un ancien Nobel de la paix. Une fois la liste des candidats établie, elle reste secrète et ne peut être dévoilée que cinquante ans après la remise du prix.

Qui décide de l’attribution du Nobel ?

Le Parlement norvégien – les lauréats des autres prix sont sélectionnés par l’Institution académique suédoise – élit un comité composé de cinq membres. Il s’agit le plus souvent de professeurs d’université possédant une vaste expertise dans les domaines ayant une incidence sur le Nobel. Pour parvenir à s’accorder sur plusieurs noms, ils travaillent par listes successives. Lors de leur première réunion, ils procèdent à une première sélection ne conservant qu’une vingtaine de candidats. Le comité peut parfois solliciter d’autres experts pour obtenir des informations complémentaires. L’objectif est d’obtenir l’unanimité sur le ou les lauréats. Dans de rares occasions, la désignation a été faite par majorité simple.

Que rapporte un prix Nobel ?

Outre la reconnaissance internationale et la médaille, le prix Nobel de la paix rapporte huit millions de couronnes suédoises, soit environ 835 000 euros, au lauréat d’un Nobel. S’ils sont plusieurs, ils se partagent la somme. Cet argent sert généralement à poursuivre les recherches primées dans les domaines scientifiques ou est reversé à des associations.

27 avril 2017

Mois de la photo. L’action photographique à la MEP

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Jusqu'au 18 Juin 2017 - MAISON EUROPÉENNE DE LA PHOTOGRAPHIE MICHEL JOURNIAC

L’exposition « L’action photographique » à la Maison européenne de la photographie propose une rétrospective de l’œuvre de Michel Journiac. Plus de cent photographies témoignent d’une pratique qui se nourrit de l’installation, de la performance et de la poésie pour interroger le corps et l’identité.

L’exposition « L’action photographique » à la Maison européenne de la photographie, à Paris, revient sur la carrière du photographe Michel Journiac, qui fut un des initiateurs de l’art corporel en France. Elle est organisée dans le cadre du mois de la photo du grand Paris.

« L’action photographique » de Michel Journiac autour du corps et de l’identité

Plus de cent œuvres originales créées entre 1969 et 1994 sont rassemblées dans l’exposition qui explore chacun des thèmes majeurs abordés par Michel Journiac à travers les séries des Pièges, des Rituels, des Contrats et des Icônes.

La pratique de Michel Journiac fait appel à de nombreuses disciplines artistiques comme la sculpture, l’installation, la performance, la poésie et la photographie. C’est à travers des mises en scène de sa propre personne qu’il parodie les rituels sociaux et religieux et engage une réflexion sur la morale, le sacré et la sexualité. Le corps, considéré comme « une viande consciente socialisée » est au centre de son œuvre et le sien est la matière première de son exploration de la notion d’identité.

La photographie est chez Michel Journiac un moyen de fixer des actions artistiques d’autre nature. Plus qu’une image figée, elle parachève de façon active une démarche qui serait sans elle laissée en suspens. Ainsi ses clichés sont-ils réunis en séries qui permettent de garder la trace de ses actions et d’archiver de façon plastique, thématique et exhaustif l’acte créatif.

Michel Journiac, plasticien emblématique de l’art corporel

Ces séries photographiques, archives d’actions, sont traversées par un vocabulaire sociologique et critique et une logique de la revendication qui s’exprime à travers leurs titres : Messe pour un corps, Hommage à Freud, Piège pour un travesti, L’inceste, Le vierge Mère ou encore Les icônes du temps présent. La photographie de Michel Journiac questionne les notions de volonté, de décision, d’exposition et du rapport à l’autre et privilégie une approche subversive à une approche esthétique.

L’exposition met en lumière un acteur majeur de la scène artistique des années 1970 et 1980, plasticien emblématique de l’art corporel, qu’il introduisit en France aux côtés de Gina Pane et Vito Acconci, et source d’inspiration de nombreux artistes contemporains.

Voir mon précédent billet sur Michel Journiac

10 octobre 2019

En Syrie, Ankara met ses menaces à exécution

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Par Hala Kodmani 

Laissée libre d’agir par les Etats-Unis, la Turquie a entamé son offensive sur les territoires kurdes syriens à l’est de l’Euphrate, bombardant plusieurs localités. Les Européens s’indignent…

En Syrie, Ankara met ses menaces à exécution

Attendue et redoutée depuis des mois, la guerre de la Turquie contre les forces kurdes dans le nord-est de la Syrie a éclaté mercredi. Recep Tayyip Erdogan a annoncé lui-même sur Twitter le déclenchement de l’opération «Source de paix». «Les Forces armées turques et l’Armée nationale syrienne [des rebelles syriens soutenus par Ankara, ndlr] ont débuté l’opération», a écrit le président turc. Quelques minutes plus tard, les premières frappes de l’aviation turque visaient Ras al-Ain, localité frontalière évacuée lundi par les soldats américains. De fortes explosions ont secoué la ville et des colonnes de fumées s’échappaient des immeubles, a rapporté le correspondant de CNN Türk sur place. L’artillerie turque a aussi visé des cibles des YPG, les milices kurdes qui contrôlent la région, à Tall Abyad, une autre localité du nord-est de la Syrie. Les forces kurdes ont répliqué en tirant des obus sur la ville turque frontalière de Ceylanpinar, sans faire de victimes.

«Immense panique»

Peu après le début des hostilités, les habitants ont commencé à fuir massivement la zone. Le porte-parole des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, Mustapha Bali, a indiqué que les «raids aériens ont visé des zones civiles, jetant une immense panique parmi la population». L’angoisse monte parmi les Kurdes, mais aussi les autres Syriens habitant la région, qui accueille des dizaines de milliers de déplacés des autres provinces ravagées par la guerre.

Le compte à rebours a commencé quand Donald Trump a donné le feu vert dimanche soir. Après une conversation téléphonique avec Erdogan, le président américain a annoncé dans un communiqué laconique un retrait de ses forces armées du nord-est syrien pour permettre une «opération militaire turque prévue de longue date». Un laissez-passer qui aurait même surpris Erdogan, tant il dépassait ses espérances. Les Turcs se sont mis immédiatement à accélérer les préparatifs militaires et politiques de leur offensive. «Nous allons tenir l’ONU et tous les pays concernés, y compris la Syrie, informés» du déroulement de l’opération, a déclaré mercredi le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu. Le porte-parole d’Erdogan s’est entretenu mercredi avec le conseiller de Trump à la sécurité nationale, Robert O’Brien, au sujet de la mise en place de la zone de sécurité ; et l’ambassadeur américain à Ankara a été convoqué au ministère des Affaires étrangères pour être briefé sur l’attaque. L’opération vise «les terroristes des YPG et de Daech», a précisé Erdogan dans son tweet. «La zone de sécurité que nous allons créer va permettre le retour des réfugiés syriens dans leur pays», a-t-il ajouté à l’intention de son opinion intérieure, de plus en plus hostile à la présence de quelque 3,5 millions de Syriens dans leur pays.

Réunion d’urgence

Le déclenchement de l’offensive turque a soulevé un tonnerre de protestations internationales. Les pays européens, engagés dans la coalition antiterroriste qui s’est appuyée sur les forces kurdes sur le terrain pour mener la guerre contre l’Etat islamique, ont été les premiers à réagir. La France a condamné «très fermement» l’offensive et saisi le Conseil de sécurité de l’ONU. Celui-ci doit se réunir d’urgence et à huis clos ce jeudi à la demande de ses membres européens, la Belgique, la France, l’Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni. Le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, a exigé pour sa part l’arrêt de l’offensive : «La Turquie doit cesser l’opération militaire en cours. Elle ne donnera pas de résultat. Et si le plan de la Turquie est la création d’une zone de sécurité, n’attendez pas de financement de l’Union européenne.» Même le président russe, Vladimir Poutine, a appelé son partenaire turc «à bien réfléchir à la situation afin d’éviter de porter atteinte aux efforts communs visant à résoudre la crise syrienne». Autant d’appels tardifs, alors qu’aucune solution politique n’a été sérieusement recherchée avec la Turquie, qui menaçait depuis longtemps de passer à l’attaque. Hala Kodmani - Libération

22 avril 2017

Cessez le feu

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En route vers le cinéma...

 

Cessez-le-feu  par Emmanuel Courcol

Cessez-le-feu dresse une série de portraits. Ceux de trois gueules cassées qui ne sont pas revenues physiquement blessées de la guerre de 14-18, mais qui ont des traumatismes plein le bagage. Georges (Romain Duris, intense et juste) a essayé de fuir son passé en partant en Afrique. Son frère, Marcel (Grégory Gadebois, tout simplement exceptionnel), est rentré chez leur mère mais reste totalement mutique. Enfin, Hélène (campée par l’irresistible Céline Sallette) tente d’apprendre la langue des signes à Marcel pour qu’il puisse recommencer une vie presque normale. En 1923, au retour de Georges d’Afrique, les destins de ces trois personnalités vont se croiser pour ne plus jamais se défaire.

Il y aurait tant à dire sur ce film d’un peu moins de deux heures. Premier long-métrage d’Emmanuel Courcol (qui est passé maître dans l’art des scénarios réussis), Cessez-le-feu est un film très ambitieux. Ambitieux parce qu’il se penche sur une thématique si complexe qui est celle de la « vie après« . Ambitieux aussi parce qu’il dresse le portrait de trois personnages parfaits d’ambivalence et d’humanité. Ambitieux enfin parce qu’il veut condenser leurs destins en une heure et quelques.

Et c’est sur la durée que le film pêche. Malheureusement, Cessez-le-feu laisse un petit goût d’inachevé. On se serait bien penchés plus longuement sur le destin de ces personnages à part entière, de ces destins forts et touchants. Certaines mini-séries gagneraient à être des films ? Ce long-métrage aurait pu être décliné en épisodes sans aucun problème !

Mais derrière ce petit écueil se cache un cinéaste qui se révèle dans toute son intensité. Sans sentimentalisme, le réalisateur entouré d’une bande de très grands acteurs, livre un film très juste et humain qui donne vraiment envie de suivre Emmanuel Courcol à la trace.

Article de Louise-Camille Bouttier

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9 octobre 2019

Brexit : Londres accuse Dublin et Berlin de l’échec des négociations

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Par Eric Albert, Londres, correspondance, Cécile Ducourtieux, Londres, correspondante, Virginie Malingre, Bruxelles, bureau européen

Alors que l’ultime proposition de Downing Street n’a pas convaincu les Vingt-Sept, la perspective d’un nouveau report du divorce paraît désormais très probable.

Les Britanniques ont une expression que les Européens ont volontiers reprise ces derniers temps : le « blame game » (« c’est la faute aux autres »). Boris Johnson a consacré l’essentiel du mois de septembre à convaincre ses concitoyens qu’il était le véritable « Monsieur Brexit », celui qui allait leur délivrer le divorce avec l’Union européenne (UE) dans les temps, le 31 octobre. Quitte à aller au « no deal ».

Début octobre, après avoir enfin formulé sa proposition pour résoudre l’épineux problème de la frontière irlandaise, le premier ministre britannique a semblé sincèrement vouloir décrocher un accord avec Bruxelles. Mais son idée – l’Irlande du Nord resterait dans le marché intérieur et sortirait de l’union douanière – reste trop éloignée des lignes rouges des Vingt-Sept. Downing Street a d’ailleurs reconnu, mardi 8 octobre, que les chances d’un « deal » pour le sommet européen des 17 et 18 octobre étaient infimes.

La perspective d’un nouveau report du Brexit (le troisième) paraît désormais très probable, les députés britanniques ayant légiféré pour éviter un « no deal ». Du coup, le gouvernement britannique est passé brutalement en mode « blame game ».

Le but ? Eviter que les partisans du divorce en veuillent trop à Boris Johnson de n’avoir pas tenu sa promesse, et n’aillent voter pour le Parti du Brexit de Nigel Farage aux prochaines élections générales ; elles ne devraient pas tarder : le chef du gouvernement britannique n’a plus de majorité au Parlement.

Menace britannique

A en croire des sources officielles anonymes, dont les confidences se sont multipliées ces dernières heures, le prévisible échec des négociations serait donc la faute des Irlandais, de Bruxelles, de la chancelière allemande Angela Merkel…

James Forsyth, journaliste au Spectator, publiait ainsi lundi soir un édifiant « mail » provenant « d’un contact » à Downing Street, quasiment sans mise en perspective. « Les négociations vont probablement se terminer cette semaine. (…) Leo Varadkar [le premier ministre irlandais] ne veut pas négocier. (…) Il est clair qu’il parie sur un deuxième référendum », affirme cette source.

Et de menacer : si la proposition britannique pour l’Irlande « meurt dans les prochains jours, elle ne sera plus valable du tout », les conservateurs feront campagne alors pour un « Brexit immédiat ». Et tous les pays qui soutiennent un report du divorce « se retrouveront dans la queue en matière de coopération » avec le Royaume-Uni…

Tout aussi étonnantes, mardi, ces confidences de Downing Street, notamment à la BBC – et toujours des sources anonymes –, détaillant le contenu de la conversation téléphonique le matin même entre Angela Merkel et Boris Johnson. La chancelière « a dit clairement qu’un accord était très improbable et elle pense que l’UE dispose d’un veto sur notre volonté de quitter l’union douanière. » Une rhétorique bien improbable dans la bouche d’une dirigeante connue pour son extrême prudence. Berlin s’est gardé de tout commentaire. Tout comme le porte-parole du premier ministre britannique…

Contre-offensive européenne

Alors qu’au Royaume-Uni, un début de polémique naissait au sujet de ces propos non attribués relayés sans nuances dans les médias, Donald Tusk, le président du Conseil européen fut le premier à sonner la contre-offensive mardi.

Sans prendre de gants, comme à son habitude, l’ancien premier ministre polonais a lancé sur Twitter : « Ce qui est en jeu, ce n’est pas de gagner un stupide “blame game”, c’est le futur de l’Europe et du Royaume-Uni, ainsi que la sécurité et les intérêts de nos populations. Vous [Boris Johnson] ne voulez ni d’un deal, ni d’un décalage du Brexit, vous ne voulez pas révoquer [l’article 50 du traité de l’UE, mettant ainsi fin au Brexit]. Mais où va t-on ? »

Dans une interview aux Echos et à L’Opinion, le président de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a pris le relais, disant refuser « ce blame game consistant à faire porter la responsabilité d’un éventuel échec des négociations sur l’UE. Si tel est le cas, l’explication se trouve dans le camp britannique » car « le péché originel se trouve sur les îles et non sur le continent. »

David Sassoli, le président du Parlement européen, qui s’était déplacé à Londres mardi, pour rencontrer M. Johnson, est sorti furieux de son entrevue. « Les idées qu’il suggère ne sont pas une proposition sérieuse. (…) Il ne semble pas vraiment vouloir un accord. » M. Sassoli est clair : « le responsable [de l’échec des négociations], c’est Boris Johnson. Il nous force à créer une frontière et à faire des contrôles douaniers en Irlande ». Le premier ministre britannique lui a répété que le Royaume-Uni serait sorti de l’UE le 31 octobre. « Mais il n’a donné aucun élément pour raviver les négociations », ajoute l’Italien.

Fermeté des Vingt-Sept sur la question irlandaise

Les trois dirigeants ont dit tout haut ce que nombre d’Européens pensent tout bas depuis des semaines. Ils veulent un accord avec Londres, mais pas à n’importe quel prix. Il n’est ainsi pas question d’accepter une solution réinstaurant une frontière en Irlande, et menaçant les accords de paix nord-irlandais.

« La plupart pensent que Johnson ne négocie pas vraiment. Ils ne sont donc pas prêts au compromis dans cette situation. Ils attendent l’application du Benn bill », selon un diplomate européen. Le « Benn bill » est cette loi imposée par les députés britanniques « anti-no deal » – opposés à une sortie sans accord – au chef du gouvernement, l’obligeant à réclamer à Bruxelles, au plus tard le 19 octobre et en l’absence d’accord, un report du Brexit au 31 janvier 2020.

Les Européens eux aussi jouent au « blame game », mais mezza voce : ils ne veulent surtout pas être tenus responsables de l’échec des négociations. Ils rejettent les accusations de « rigidité » et répètent – ils le diront probablement jusqu’au Conseil européen des 17 et 18 octobre et au-delà – qu’ils sont « ouverts aux discussions ». Mardi soir, Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, assurait ainsi que « les efforts continuent pour trouver un accord » avec Londres.

Même son de cloche à Dublin. « Nous travaillons d’arrache-pied avec Bruxelles pour arriver à un accord avant la fin du mois. Il est toujours possible à condition qu’il y ait de la bonne volonté des deux côtés, assurait Simon Coveney, ministre irlandais des affaires étrangères, mardi. Il n’y a pas de pays qui souhaite davantage un deal que l’Irlande. »

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« Aucune avancée »

Les discussions techniques ont bien repris à Bruxelles, lundi, entre les équipes de M. Barnier et celles de Steve Barclay, l’émissaire de M. Johnson. Mais « il n’y a à cette heure aucune avancée sur les deux points fondamentaux nous posant problème », commente un diplomate. A savoir le dispositif douanier entre l’Irlande du nord et la République d’Irlande, qui impliquerait le retour, selon Dublin, d’une forme de frontière sur l’île, et le droit de veto que Downing Street prévoit d’accorder au Parlement nord-irlandais.

Les Européens ont donné jusqu’à la fin de la semaine à Londres pour améliorer ses propositions. Il ne resterait alors que quatre ou cinq jours pour finaliser un improbable accord avant le sommet européen. « Ces discussions sont très techniques. On ne peut pas négocier en dernière minute lors d’un sommet sur de tels sujets », estime un autre diplomate.

Boris Johnson pourrait rencontrer Leo Varadkar en fin de semaine, afin d’avancer sur la question irlandaise. Le rendez-vous n’était pas confirmé par Dublin mardi soir. Encore un faux-semblant de part et d’autre pour éviter d’avoir à dire la vérité toute crue, l’échec définitif des discussions ?

9 octobre 2019

Le baiser, c’est (vraiment) du sexe !

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Par Maïa Mazaurette

Les Romains avaient trois mots pour exprimer l’acte d’embrasser, selon les situations (relations, amour, sexe). Si nous n’en avons qu’un, c’est que l’ambiguïté nous arrange bien, explique notre chroniqueuse Maïa Mazaurette, qui estime que le baiser mérite une meilleure place dans notre répertoire.

LE SEXE SELON MAÏA

Parler d’embrassades dans une chronique sexe ? Allons donc, il ne faut pas « tout sexualiser » ! Le baiser bénéficie en effet d’une triple exemption : il est traditionnellement la première marque d’affection que se donnent les amants (pour marquer le début de leur relation), le seul échange de fluides autorisé en public, et le seul geste romantique que nous laissons les enfants singer sans nous inquiéter (« comme c’est mignon, ils se font des bécots »). A ce titre, on peut estimer que le baiser appartient plus à l’amour qu’au sexe : un acte innocent, ne prêtant pas à conséquence.

Et pourtant. Quand nous limitons le baiser au monde des plaisirs chastes, nous confondons le sexe (les organes) et la sexualité (les pratiques). En l’occurrence, toute la sexualité n’est pas génitale. Si vous embrassez les fesses rebondies de votre partenaire avant de lui lécher les orteils jusqu’à la garde, tout en lui susurrant des mots brûlants à l’oreille (« réacteur thermonucléaire, bouilloire, Pompéi »), vous êtes bel et bien engagé ou engagée dans une activité sexuelle. Sans même parler des plaisirs « mixtes » que sont les rapports oro-génitaux : on embrasse ailleurs que sur les lèvres – et dans le cas du cunnilingus, on embrasse les « lèvres d’en bas » (pour mieux pénétrer le vagin « denté » ?).

Mais d’accord, le baiser n’est pas forcément investi d’une charge érotique profonde – ça dépend de la relation entre les protagonistes, du sens de la langue et de nos intentions. Les choses se compliquent quand nous utilisons un seul mot pour décrire des situations allant du poutou de mamie… à la levrette orgiaque.

Les Romains, eux, en avaient trois. Selon Wikipédia, il faudrait distinguer l’osculum (littéralement « petite bouche »), qui est le baiser lèvres fermées que l’on échange entre membres d’une même corporation ou d’un même ordre social, le basium (« baiser »), qui est le baiser sur la bouche de la tendresse amoureuse qu’on se donne entre époux ou entre membres d’une même famille, et le suavium, qui est le baiser sexuel, érotique, profond (avec intromission de la langue), qu’on donne à une courtisane.

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Ambiguïté

La langue française n’a gardé de ces subtilités que la version intermédiaire du baiser, avant de lui accoler une tripotée de « bisous », « pelles » et « patins », plus explicites, sans parler des variations modernes : « se pécho », « s’attraper »… ou tout simplement « s’embrasser ». Parfois, le contexte nous fournit une grille de lecture (c’est rarement un suavium quand on embrasse son avocat fiscaliste). Parfois, on ne saura pas.

Si cette ambiguïté est maintenue, c’est évidemment que nous y trouvons un intérêt. Dans le cas contraire, nous aurions clarifié la situation depuis longtemps. Nous apprenons ainsi que pour 46 % des Français, embrasser c’est tromper (Ipsos/Gleeden, 2014) – et soit dit en passant, les hommes sont plus nombreux que les femmes à y voir une transgression de la fidélité (50 % contre 42 %). Mais de quelle embrassade parle-t-on ? Un smack ? Un French kiss ? Silence radio. Nous préférons ne pas savoir.

Les statistiques sont encore plus étranges quand on les observe en détail : seuls 10 % des Français associent le baiser à une tromperie si l’acte ne se produit qu’une seule fois. Traduction : sur un malentendu, savamment entretenu, les neuf dixièmes d’entre nous estiment qu’on peut mettre sa langue dans la bouche du voisin de manière inconséquente… pourvu qu’on ne recommence pas. C’est sûr qu’avec des règles de comportement aussi malléables, on peut prendre quelques permissions (« ce n’était qu’un smack, ça ne compte pas, et puis ça ne s’est reproduit que 8,6 fois, même si on était en slip »).

D’ailleurs, on pourrait avancer que si le baiser est l’une de nos pratiques préférées, c’est parce qu’elle est effectivement inconséquente. On ne fait pas (encore) d’enfants comme ça. Mais ce n’est pas si simple. On ne fait pas non plus d’enfants lors d’une fellation ou d’une séance sado-maso, et pourtant, pas grand monde ne considère ces joyeusetés comme innocentes.

Le « Kama-sutra » lui consacre de belles pages

Si nous nous embrassons autant (mais pas de la même manière, et pas dans toutes les sociétés), c’est que le baiser combine un imaginaire érotique (pensez au cinéma), un plaisir physique (la bouche est une zone érogène) et des avantages évolutifs. Eh oui : si le baiser ne féconde pas les femmes, il participe quand même, dans une certaine mesure, à la reproduction, en permettant l’échange d’informations immunitaires, par l’odeur ou la salive. Il déclenche aussi la diffusion d’hormones du plaisir, du désir et de l’attachement.

Au niveau symbolique, il rappelle le sein de la mère, donc l’amour inconditionnel, la sécurité, la survie (c’était le point « stade oral » de cette chronique). Il mobilise aussi l’idée du souffle vital : nous y échangeons notre âme – et nous pouvons, éventuellement, la voler à l’autre.

On l’aura compris : le baiser est aussi sexuel que, mettons, le cunnilingus (sauf que personne ne s’amuse à exciser les dents comme on le fait du clitoris). Il nous fait plaisir. Il nous électrise. Et puis, sans lui, saurait-on reconnaître le happy ending dans les films ? Le baiser est formidable.

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A ce titre, il mérite une meilleure place que celle qui lui est dévolue – celle d’une pratique certes piédestalisée (dans les stéréotypes, les prostituées n’embrassent pas, c’est donc qu’on n’embrasse que les personnes à qui on voue des sentiments sincères), mais finalement peu explorée (alors que le Kama-sutra lui consacre de belles pages). Tout se passe comme si le baiser avait le cul entre deux chaises : à la fois surinvesti émotionnellement (comme symbole de l’amour passionnel), et sous-investi sexuellement (en quinze ans de chroniques, personne ne m’a jamais demandé comment augmenter ses performances bucco-buccales).

Un souci contemporain de catégoriser

Si nous extirpions le baiser de son rôle de « préliminaire aux préliminaires » pour le réintégrer pleinement dans notre répertoire sexuel, alors nous pourrions le réérotiser, en faire une forme de communication lisible (selon qu’on a envie d’obtenir la télécommande ou un missionnaire), et l’améliorer (si nous sommes d’accord pour dire qu’il y a des mauvais « baiseurs », c’est que certaines et certains arrivent à tirer leur fil dentaire du jeu).

Nous aboutissons alors à un problème courant en sexualité : l’ambiguïté nous permet de prendre plus de libertés (au pot de Noël du bureau, quand on renverse le livreur de chips sur la machine à café, quand on brouille les limites entre acte sexuel privé et marque d’affection publique). Mais quand nous cultivons ce flou artistique, nous nous privons des outils qui permettraient de rendre cette pratique encore plus exaltante, variée et efficace.

D’un côté l’érotique du passé, reposant sur le secret, la suggestion, l’interprétation parfois élastique des gestes. De l’autre, un souci contemporain de catégoriser, d’expliciter et de quantifier, non pas pour limiter les interactions mais pour avoir la capacité d’en inventer encore d’autres.

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D’un côté, l’idée que le sexe soit meilleur quand on conserve un certain mystère, donc une certaine ignorance. De l’autre, l’idée que la connaissance, en sexe comme en astrophysique (pourquoi notre grille de valeur serait-elle différente quand nous parlons de sexe ?), ne sert pas tant à désenchanter le monde qu’à le réenchanter – car plus nous disposons de connaissances, plus nous augmentons notre capacité d’action et, in fine, notre liberté.

Le baiser non seulement n’échappe pas à la zone grise, mais nous y emmène tout droit : pour une pratique innocente, c’est sournois – et pour une activité chaste, nous voici à deux doigts du vice.

7 octobre 2019

Pénétration : que ressentent-ils quand ils sont en nous ?

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Par Marie-Claude TregliaSasha Pieszecky

Poncif récemment émaillé de la sexualité, la pénétration pose toujours autant question, tant pour la personne qui pénètre, que pour le ou la pénétrée. Deux mondes, des sensations différentes. Nous avons voulu savoir ce que ressentent ceux et celles qui s'adonnent aux joies de la pénétration.

Doux, humide, confortable voire même cocooning ou du tout moins accueillant. Voilà ce que l'on imagine communément à propos de l'intérieur d'un orifice tel que le vagin, pour ne citer que lui. Mais comment savoir ce que les personnes qui pénètrent, avec un pénis, un doigt ou autre objet dédié, ressentent réellement ? En leur posant la question pardi.

Nous avons donc demandé à des personnes hétérosexuelles et homosexuelles de nous parler pénétration, en se plongeant à corps perdus dans leur ressenti pendant l’acte. Évidemment leurs réponses, aussi diverses soient-elles, ne font pas office de référence : chacun et chacune vit et ressent des choses différentes.

Toutefois, cette invitation au voyage le plus intime qui soit, permet d’entrer dans un monde nouveau fait de révélations, de confidences, et de découvertes. Ceux et celles qui ont courageusement relevé le défi de répondre sans tabou ni faux semblant à cette question nous ont parfois ravi de minutieuses descriptions dignes de l'orfèvrerie érotique, tandis que d’autres ont préféré l'exposé métaphysique.

Et si certains étaient d'emblée émoustillés, d'autres un peu interloqués par le sujet ont finalement été convaincus par la portée d’une telle enquête.

Une texture douce comme de la soie

Commençons d’abord par la texture, le ressenti au toucher. Les premiers mots qui reviennent à l’esprit à la plupart de nos interrogé.es sont “chaleur, douceur, humidité”. Pas trop de surprise. Certains vont jusqu’à comparer la sensation à de la soie, d’autres à du velours. Evidemment, tout dépend de chaque personne pénétrée.

"Il y a autant de sensations que de femmes. La sécheresse, la gourmandise, l'envie... Les sept péchés capitaux", s’amuse par exemple Edouard, 41 ans, hétérosexuel. Une idée que partage Emmanuel, 52 ans : "J'arrive souvent à deviner un peu le sexe d'une femme à sa personnalité : timide, élégant, animal, brutal, coquin... Son sexe fait partie de ce que j'aime en elle, comme sa taille, ses hanches, ses seins, sa peau".

Une position que partage Pauline*, 32 ans, qui a fait son coming-out en 2013 après avoir passé des années à sortir (et coucher) avec des garçons. "Que je la pénètre avec mes doigts ou un “dildo”, la pénétration c’est finalement l’aboutissement du désir que j’ai pour ma partenaire dans son entièreté. Il y a autant de vagins qu’il y a de femmes et bien que je n’ai pas eu des dizaines de partenaires, chaque pénétration a provoqué chez moi une émotion différente, au-delà des sensations assez communes de chaleur, d’humidité, etc", explique la jeune femme.

Même chose pour Daniel*, 28 ans, homosexuel : “Il y a généralement une sensation d'humidité, de chaleur et douceur. Néanmoins cela change beaucoup d'un partenaire à l'autre, c’est biologique on n’a pas les mêmes corps.” concède-t-il.

À l’inverse pour Robin, 30 ans, homosexuel, les sensations sont plus ou moins similaires. "Un trou est un trou dit-on, non ?", plaisante-t-il, précisant que son ressenti, lors qu’il pénètre son partenaire, relève plus du mental que du sensoriel. "Honnêtement, je ressens souvent moins de sensations avec mon sexe qu'avec ma main mais c'est une excitation de partage plus psychologique. Le frottement est agréable, je ressens une légère sensation de succion mais cela ne vaut pas une bonne fellation !", avoue le trentenaire

Julien, 34 ans, n’arrive pas à détacher la sensation du toucher de la globalité. "Il y a aussi les parfums, les odeurs. C'est difficile d'isoler la sensation de pénétration de tout ce qui l'entoure. C'est global, explique-t-il avant d’ajouter que le préservatif change aussi beaucoup la donne, quand il s’agit de se concentrer sur le ressenti". Pour Bernard, 28 ans, "c'est fluide, enveloppant", alors que pour Pascal, c’est plutôt "absorbant" et "ça vibre". "La pression, la chaleur, la manière dont elle joue avec... C'est ce qui fait toute la différence. Caressant ou pas, coulissant ou pas. Plus ou moins humide : trop, ce n'est pas confortable, tu ne sens plus rien", ajoute-t-il.

Pour moi, ça sent la mer : l'élément originel

Ils et elles sont intarissables sur les variations, les nuances, les subtilités qui font qu'aucune pénétration ne ressemble à une autre. Sauf que deux images reviennent systématiquement dans leurs premières impressions: celle du monde clos, hyper-sécurisant, qui renvoie certains au ventre maternel ; et d’autres, à l'univers marin.

Julien par exemple, sépare le ressenti durant la sodomie et la pénétration vaginale. "Contrairement à la sodomie, où on a l’impression de toujours pouvoir aller plus loin, au fond d'un vagin, on a la sensation d'être dans une gaine", explique-t-il.

Emmanuel, quant à lui, fait partie de ceux pour qui le sexe féminin a trait à la mer. "Ce n'est pas une grotte... Plutôt un cocon humide qui m’évoque le coquillage. Pour moi, ça sent la mer : l'élément originel", décrit-il. Et d'ajouter, "pour moi, l'odeur d'un vagin c’est super rassurant, presque émouvant".

Pascal, quant à lui, a l’impression de faire une plongée en apnée. "Tu prends une bouffée d'air avant, et tu y vas. Tu entres dans un univers liquide qui t'aspire, comme un aimant. Elle, elle s'ouvre un peu comme un lotus, et là tu expires. C'est un univers familier, une sensation tellement naturelle, peut-être parce qu'un jour, lointain, on est déjà passé par là", raconte-t-il.

Tout est dans la contraction

Peut-on alors différencier une bonne et une mauvaise pénétration ? Quelle est la sensation qui fait l’unanimité ? Celle de se sentir à l’étroit ou d’avoir l’impression de ne faire qu’un ? Difficile là encore de trouver une réponse qui puisse satisfaire tout le monde.

Edouard par exemple, aime la contraction. "Tout est dans la contraction, le rythme qui crée une caresse tout le long du sexe. Comme dans la masturbation. On découvre la sexualité avec nos mains, c'est un jeu de pression", explique-t-il, avant de vendre les mérites d’un vagin tonique. "Ce n'est pas une question d'âge mais de bonne volonté. Il y a des exercices tout simples pour muscler le vagin. L'idée c'est d'être dans un vagin actif, vivant, qui ne subit pas", dérive-t-il...

À l’inverse, pour Robin, trop de contraction peut s’avérer douloureux. "La sensation d'étroitesse peut faire mal au pénis au début, comme une main bien serré, une constriction. Alors que quand c'est plus large, on a plus une sensation de succion. On peut jouer à entrer et sortir très facilement, ce qui est aussi très excitant !", commente-t-il.

Charles, quant à lui, est sans appel : une bonne (ou une mauvaise) pénétration est avant tout déterminé par de bons (ou de mauvais) préliminaires mais aussi par le comportement de son partenaire. “En tant qu'actif, je dirais qu'une mauvaise pénétration se caractérise par le manque d'implication du partenaire durant l'acte (bonjour à toi étoile de mer!). Ou à l'inverse la personne qui décide de s'exciter tout seul sans écouter le corps de son partenaire. Je pense en effet qu'une "bonne" pénétration est avant tout une bonne harmonie des corps avant d'être une question technique ou performative stricto sensu."

Bernard, quant à lui, n’est pas très regardant sur l’étroitesse. En fait, ce qu’il aime par-dessus tout, c’est le lâcher-prise, et autant le sien que celui de sa partenaire. "Aimer sa partenaire c'est un plus. L'abandon et la perte de soi peuvent parfois aller plus loin", confie-t-il. Même son de cloche pour Paul, 37 ans, qui va même jusqu’à parler de pleine conscience sexuelle : "quelle que soit ta partenaire et la qualité du rapport, c'est surtout tes propres sensations que tu perçois. Jamais tu n'es si proche et si à l'écoute de toi-même".

Emmanuel, enfin, ne lâche plus sa métaphore filée de la mer. “J’aime sentir l'humidité qui monte, comme une vague. Plus généralement, j’aime de plus en plus le sexe féminin. Un partenaire faussement silencieux, jamais soumis. Il s'ouvre, se ferme : c'est lui qui fait tout…”, témoigne-t-il.

Le moment de vérité

On aurait pu se contenter de ce tableau impressionniste. Mais nos témoins ont été plus que généreux. Pris au jeu, toutes barrières tombées, aucun n'a rechigné à entrer dans les détails. Et à préciser les sensations de cette lente montée vers l'extase. Est-ce à la première entrée, la seconde ou quand la pénétration amène à l’orgasme ?

On entre alors dans le vif du sujet. La encore, pas de regard unique sur la question : certains voient en la pénétration, un véritable aboutissement, d’autres comme un geste presque sacrificiel. Pour notre lot d’hommes hétérosexuels, le regard est presque suranné. Edouard parle d’un "truc sacrificiel" de la part de sa partenaire. Pour Pascal et Paul, c’est même l’aboutissement d’une partie de jeu coquin. "La pénétration, c'est un aboutissement. En termes de chasse, c'est le coup de fusil, compare ainsi Pascal. Pour en arriver là tu as pataugé des heures dans la forêt. Et enfin, ce n'est plus elle qui te balade, c'est toi qui décides. Avec une nouvelle partenaire, c'est une jubilation. Une fierté. La femme te fait confiance, elle s'offre. Tu deviens machiste même si tu n'es pas macho".

"Qu'on soit dans la séduction ou avec une femme qu'on connaît depuis quinze ans, c'est toujours l'aboutissement, renchérit alors Paul. Le moment intense où on passe à la fusion, à l'alchimie. L'essentiel pour moi, c'est de retarder le plus possible cet instant. Ce que j'adore c'est entrer et sortir juste le bout de mon sexe. Rester à l'orée, d'elle et de moi. Un jeu très jouissif", ajoute alors cet adepte des préliminaires. Ce regard sur son propre pénis qui pénètre, Emmanuel l’a aussi. "J'adore regarder mon sexe qui entre en elle, c'est toujours aussi magique pour moi. Ce pont entre nous. Comme si mon sexe devenait extérieur à moi, un être à part entière".

En revanche, pour Robin, la pénétration n’est qu’un jeu sexuel parmi tant d’autres qu’il n’idéalise pas plus qu’il ne le diabolise. "Je suis très excité par le fait de pénétrer mais cela peut consister tout simplement à doigter mon partenaire pendant que je me masturbe. L’excitation me vient du fait de voir le plaisir sur le visage de mon partenaire, son désir. Dans ce contexte, la pénétration anale n’est qu’un des nombreuses options possibles pour y aboutir", raconte-t-il, précisant être un grand adepte du sexe soft, c’est-à-dire sans pénétration génitale.

Un discours qui fait écho à celui de Pauline, qui explique que la pénétration ne détermine en aucun cas l’effectivité d’une relation sexuelle entre deux femmes. "Cela "compte" autant qu’un cunnilingus, des frottements ou autres “moves” sexuels que les hétéros vont réduire à de simples préliminaires", explique-t-elle. "Pour moi, l’important c’est de donner du plaisir à ma partenaire (et d’en recevoir aussi!)."

"Non la pénétration n'est pas du tout un passage obligé de l'acte sexuel. Pour moi le meilleur moment est l'acte en soit lorsque que les corps s'étreignent et l'excitation s'accentue peu à peu", ajoute également Charles.

J'adore regarder mon sexe qui entre en elle, c'est toujours aussi magique pour moi.

Pendant la pénétration, le plaisir n’est pas garanti

La pénétration, c'est comme une danse où chacun, tour à tour, invente le rythme. Place au dialogue, à l'échange, au partage. Mais tous nos volontaires sont-ils au fait que la pénétration s’assure ni plaisir garanti et encore moins orgasme ?

Parfois en communion, d’autres fois plongé dans l’ennui, Bernard a un regard plutôt ouvert sur la question. "Il m'est déjà arrivé de bâiller, et même une fois de m'endormir. Ce n'est pas juste un truc mécanique, être dans une femme. Le plaisir n'est pas garanti. Tout dépend de la manière dont les corps s'entrechoquent et de ce qui se passe dans l'esprit...", témoigne-t-il.

Pour Édouard, cela se passe avant tout dans la tête. "Moi je suis un cérébral. Dans ma tête, c'est toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Tu mesures l'envie, la correspondance. Tout le reste c'est un jeu de contractions. Parfois on se sent comme aspiré. C'est délicieux. C'est un langage muet, un accès direct à l'âme", confie-t-il.

Julien est moins pensif et plus dans le partage. "Quelle douceur d'être dedans! Ce n'est pas seulement moi qui la pénètre mais elle qui m'accueille, me veut en elle, me prend... Mon plaisir est très lié à l'envie qu'elle a de moi", commence-t-il. S’il ne devait choisir qu’une sensation, ce serait lorsque le gland vient cogner contre le col de l'utérus. "Surtout à certaines phases du cycle, quand il est ouvert. J'ai l'impression alors que le col m'aspire et que je pourrais aller très, très loin…", précise-t-il. Avant d’ajouter, "j'ai plus de sensations lorsque les mouvements sont lents. Quand la fille demande un va-et-vient plus violent, le plaisir est plus psychologique. C'est sa façon de s'abandonner qui comble. Quand je la sens trembler, frissonner, miauler, crier, j'ai toutes les sensations décuplées".

Plus il vieillit, plus Emmanuel voit changer son rapport à la pénétration. "Désormais, j'adore rester, sans forcément aller et venir en elle. Il m'est même arrivé de ne plus savoir qui était en qui. J'ai parfois l'impression d'être totalement passif", raconte-t-il. Pascal a d’autres petits plaisirs : "j’adore poser ma main sur son ventre quand je suis en elle, pour sentir mon pénis en elle."

L'orgasme de l'autre, vous le sentez ?

Et l'orgasme de leurs partenaires, alors ? Les pénétrants les sentent-ils ? Pas toujours déplorent la plupart. Parfois la vibration est trop fugace, d’autres fois, ils connaissent si bien leur partenaire que l’orgasme peut arriver à l’unisson.

"Avec ma fiancée, je repère le moment où elle va jouir, et je peux, en me calant sur ses contractions, jouir à l'unisson. Ces moments-là, c'est de la téléportation", confie ainsi Sébastien. Pascal ajoute que "dans le ventre d'une femme, je détecte tout : l'ennui, la simulation, l'orgasme. Il y a une contraction que j'ai appris à repérer : de légers spasmes, hors contrôle. Ça, c'est la jouissance". Julien se souvient d'une femme fontaine : "j'adorais la sentir couler sur moi. J'adore la sensation du mouillé. J'adorais cet abandon, que ça procurait".

Quant à Robin, ses connaissances anatomiques aiguisées lui permettent de faire de l’orgasme de son partenaire un moment de plaisir partagé. "Lorsque l’autre approche de l’orgasme, le sphincter se serre, le corps se tend, on ressent une pression supplémentaire sur la verge qui accentue et facilite notre propre orgasme", explique-t-il. "Quand je suis passif, j’aime jouer avec cette contraction du sphincter et les positions pour varier les sensations de constriction et succions", ajoute-t-il. Un discours que l’on retrouve de façon un brin plus laconique chez Charles. "Oui je ressens mon partenaire lorsqu'il a un orgasme, le corps se contracte, la respiration est saccadée, les gémissements diffèrent, cela renforce mon excitation menant souvent à mon orgasme."

Pour Pauline, coucher avec une femme en étant elle-même de sexe féminin présente des avantages formidables. "J’ai passé des années à coucher avec des hommes qui, grosso modo, n’y connaissaient, n’y comprenaient rien et s’en fichaient pas mal. Ça peut paraître cliché mais oui, quand je couche avec une femme, je couche avec une personne qui connaît mon anatomie, ses sensibilités, ses complexités et inversement", précise-t-elle.

J’ai passé des années à coucher avec des hommes qui, grosso modo, n’y connaissaient rien

Pas envie d’en sortir...

Tous nos volontaires pourraient continuer à parler comme ça pendant des heures. Mais il faut bien mettre un point final à cette discussion, ainsi qu’à la pénétration. Même si certains de nos témoins avouent qu’ils aiment bien rester dedans. Et savourer, dans une semi-conscience, le calme après la tempête.

Julien a rarement envie "de sortir". "Ce qui est jouissif avec celle qu'on aime, c'est jouir en elle, rester et s'endormir. L'un dans l'autre", confie-t-il. Emmanuel est un aficionado : "ma nouvelle fiancée, j'ai envie d'être en elle tout le temps. De dormir ainsi. Malheureusement, en se retournant, on finit toujours par se séparer".

Même chose pour Robin qui avoue aimer rester quelques instants "à l’intérieur" de son partenaire : "communier ensemble, se regarder, se câliner, prolonger ce moment tendre plutôt que de courir se rincer". "Je n'ai pas de politique ferme sur le retrait en tant qu'actif. En tant que passif, j'aime bien que mon partenaire reste jusqu'à j'atteigne mon orgasme", nuance Charles

Et à Paul de conclure, que la fin est peut-être son moment préféré. "Avec moi, ce sont toujours les femmes qui finalement se séparent. Surtout ne plus bouger, fermer les yeux, ne pas parler. L'animalité est là, dans ce moment de plénitude, de calme, après le jeu, la fièvre, éventuellement le combat. Plus rien n'existe autour. Peut-être même plus l'autre, qui devient une part de toi. C'est un moment très égoïste, en fait, où tu profites pleinement de toi. En mode relaxation. Ça à voir avec la spiritualité, avec une sensation mystique".

5 octobre 2019

Féminicides : action choc des Femen au cimetière du Montparnasse à Paris

114 femmes sont mortes depuis le début de l’année. Les militantes réclament des moyens pour lutter contre les crimes conjugaux.

Des silhouettes zombiesques, couvertes de cendres. Les Femen ont mené ce samedi matin à Paris une action choc pour dénoncer les féminicides et le manque de moyens alloués par le gouvernement pour enrayer ce fléau. Depuis le début de l'année, selon le collectif qui tient ce tragique compte, 114 femmes sont mortes sous les coups de leurs compagnons.

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« PLUS ÉCOUTÉES MORTES QUE VIVANTES »

114 femmes en cortège calme, déterminées à se faire entendre, ces femmes assassinées sont revenues pour protéger celles qui sont encore vivantes.

#JeNeVoulaisPasMourir #pasunedeplus #femen

« Plus écoutées mortes que vivantes », a clamé une centaine de jeunes femmes dans les rues du XIVe arrondissement, mobilisées un mois après le Grenelle des violences conjugales.

« Agir »

Elles ont poursuivi leur parcours au cimetière du Montparnasse. Là, en silence, les amazones militantes ont pris place derrière des panneaux noirs symbolisant des pierres tombales. Chantal, Josiane, Marie-Alice, Ophélie, Véronique, Josette, Bernadette… Autant de prénoms de femmes, souvent en attente d'une réponse des institutions après avoir dénoncé les violences dont elles étaient les victimes, que leur compagnon ou ancien compagnon a tuées dans un accès de rage, ne supportant pas qu'elles essaient de se soustraire à leur mainmise.

« Nous appelons chaque membre du gouvernement, chaque policier, chaque policière, chaque juge, chaque voisin, chaque voisine, chaque sœur, chaque mère, chaque père, chaque frère, chaque ami, qui que vous soyez, à agir », a clamé une militante.

Jeudi soir, quelques dizaines de femmes s'étaient réunies devant le ministère des Finances pour réclamer qu'un milliard soit alloué à la lutte contre les féminicides.

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6 octobre 2019

Distribution gratuite de goûters dans le métro ! N'IMPORTE QUOI !!!

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La RATP est en pleine campagne d'information pour lutter contre les malaises voyageurs. Au programme ? Conseils et fruits secs.

Il ne se passe pas un jour sans que le trafic d'une ligne de métro ou de RER soit interrompu. Au micro, le conducteur annonce sur un ton désolé que la rame sera immobilisée suite à un « malaise voyageur ».

Pour la santé des voyageurs et surtout leur confort, la RATP a lancé une campagne d’information hier. En plus de quelques conseils bienvenus, les agents distribueront des "kits anti-coups de mou". Ces kits contiendront des noix, des graines et des fruits sec. Ça dépanne, ça prévient les malaises et c’est bon pour la santé.

Ils seront distribués dans 10 stations :

Montparnasse Bienvenüe sur la ligne 4

Bastille sur la ligne 5

Chaussée d’Antin Lafayette sur la ligne 7

Opéra sur la ligne 8

République sur la ligne 11

Saint-Lazare sur les lignes 13 et 14

Gare de Lyon sur le RER A

La Défense sur le RER A

Denfert-Rochereau sur le RER B

Bourg-La-Reine sur le RER B

[Prévention] Coup chaud, fatigue, vertiges… la #RATP lance du 2 au 9 octobre une campagne pour sensibiliser ses voyageurs aux bons réflexes à adopter en cas de malaise léger. Plus d'infos➡️https://t.co/YWR9vJAi6I pic.twitter.com/o3pxnqHP0W

La RATP recense en moyenne 10 malaises par jour sur son réseau, et 98 % d'entre eux sont légers et pourraient éventuellement être évités. Des malaises pas sans conséquence pour les autres voyageurs, puisqu'ils peuvent engendrer jusqu’à 45 minutes de retard.

En plus de ces distributions de kits anti-malaise, la RATP rappelle les bons gestes à adopter lorsqu'on se sent mal : ne pas hésiter à rester sur le quai plutôt que de continuer son trajet ; si on est déjà dans la rame, descendre à la station suivante où des bornes d’appel sont disponibles ; ne pas actionner le signal d’alarme lorsque le métro est en marche.

Dans tous les cas, cette campagne avec distribution a commencé hier, et dure jusqu’au 9 octobre !

5 octobre 2019

La lettre politique de Laurent Joffrin - Un message venu de Hongkong

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Nouvelle tension à Hongkong : les partisans de la démocratie protestent contre l’interdiction du port du masque dans les manifestations que Carrie Lam, la marionnette de Pékin qui gouverne l’archipel, se dispose à promulguer. Les manifestants masquent leur visage pour éviter d’être identifiés : la mesure a de toute évidence un but répressif.

Exotique en apparence, le conflit qui oppose la Chine populaire dictatoriale et les habitants de Hongkong attachés aux libertés publiques a néanmoins une résonance très proche : il vient illustrer le débat qui se développe en France – et en Europe – autour de l’universalisme des droits de l’homme. Un courant «zemmourien» estime que le «droit-de-l’hommisme», selon le vocabulaire en vigueur dans ces parages, menace l’identité traditionnelle du pays en accordant trop de droits à l’individu et pas assez à la communauté nationale, qui doit défendre «sa culture et son mode de vie». Symétriquement, l’extrême gauche «décoloniale» tient les principes républicains pour un paravent commode de la domination «blanche» et une hypocrisie «post-coloniale». Ironie de l’actualité : l’exemple de Hongkong, quoique lointain, fait voler ces deux thèses en éclats.

Arrachée naguère à la Chine par la force, l’enclave de Hongkong est le type même de la création coloniale, restée sous le contrôle de la métropole britannique, telle un «confetti de l’Empire», jusque dans les années 1980. Si la logique identitaire était si naturelle, si puissante, si légitime, les Hongkongais auraient dû se réjouir de leur rattachement «décolonial» à la Chine. Curieusement, il semble bien qu’ils tiennent, comme à la prunelle de leurs yeux, à l’héritage laissé par la puissance coloniale. La Chine libérée au XXe siècle de l’emprise occidentale a même dû le reconnaître, en acceptant la devise consacrée au moment du retrait britannique : «un seul pays, deux systèmes».

Pour une raison toute simple : quoique de culture évidemment chinoise, les habitants de Hongkong estiment que les principes universels de liberté doivent les protéger du pouvoir dictatorial qui sévit en Chine. C’est quand le régime de Pékin a donné le sentiment de vouloir porter atteinte au système judiciaire hérité de l’Empire britannique qu’ils sont descendus dans la rue. Autrement dit, la liberté leur tient plus à cœur que l’unité nationale prônée par le gouvernement de Xi Jinping. Quoique culturellement issus de la civilisation chinoise millénaire, ils préfèrent obéir aux lois d’origine occidentale qui garantissent leurs droits individuels : ils placent la liberté au-dessus de l’identité. Voilà un paradoxe sur lequel les tenants d’une politique identitaire, qu’on trouve sous des formes différentes à l’extrême droite et à l’extrême gauche, devraient réfléchir quelques instants. Les hommes et les femmes sont attachés à  leurs racines, certes. Mais à Hongkong comme ailleurs, dès qu’il s’agit de leur liberté, ils se battent au nom de l’universalisme.

LAURENT JOFFRIN

30 janvier 2011

Le Journal du Dimanche (JDD) cartonne sur Jacques Chirac

5 octobre 2019

A Paris, les événements à ne pas manquer d’une Nuit blanche aux airs de carnaval

Par Emmanuelle Lequeux

« La Matinale du Monde » a sélectionné pour vous les expositions, performances et autres promenades marquantes de la 18e édition de l’événement, qui a lieu dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 octobre.

On n’aura jamais autant marché durant une Nuit blanche ! De Concorde à Bastille, des Champs-Elysées à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), cette 18e édition de l’événement désormais grand-parisien se fera, dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 octobre, au pas de course.

Une Nuit blanche définitivement « mobile, circulatoire, promeneuse », promet son directeur artistique, Didier Fusillier, président de la Villette, assisté de Jean-Max Colard, du centre Pompidou, qui cherchent ainsi à fluidifier au maximum les parcours.

Plus de queues interminables, donc, mais des tubas, des tatous, de la barbe à papa à gogo, de la cornemuse et du feu d’artifice, des bulles et du karaoké… Bref, une nuit carnavalesque qui la joue à fond bon enfant et grand public, sans sacrifier à ses exigences artistiques.

Une parade de chars de Concorde à Bastille

Comme à Rio ou à New York pour la parade de Macy’s, des chars festifs vont traverser la ville, imaginés par des plasticiens comme de micro-saynètes. Avec « Copacabana Machine Sex », Bill Vorn met en scène un music-hall de science-fiction, agrémenté de robots qui se lancent dans samba et French cancan. La Californienne Shana Moulton la joue temple new age, avec signes occultes et croissant de lune, références astrologiques et ballon de yoga.

La détonante Sylvie Fleury s’est offert un avatar gonflable, bitmoji numérique qui fait soudain irruption dans la vie réelle. Pascale Marthine Tayou a invité une « armée cinglée » qui chante toute la nuit sur son camion « forêt noire ». Les Plasticiens volants font surgir des Godzilla gonflés à l’hélium, tandis que trente orchestres ambulants, invités par la Philharmonie, emportent la foule au rythme des sons de la planète, batucada brésilienne et balangajur d’Indonésie.

Vous ne pouvez pas assister à ce drôle de défilé ? Pas d’inquiétude, avant de se mettre en branle, les chars s’offrent à voir en préambule, de 14 à 17 heures, le long de l’avenue Winston-Churchill, entre Grand et Petit palais, et certains trouvent refuge ailleurs dans Paris après leur traversée.

Les chars circuleront entre 19 à 22 heures de la place de la Concorde à la place de la Bastille.

nuit blanche 5 oct

Un tonitruant carnaval des animaux

Un véritable théâtre d’ombres chinoises, qui vacillent et disparaissent derrière la paroi d’une tente lumineuse. Cris d’oiseaux, hurlements de loup, grognements d’ours… Quelles sont ces créatures ? Des hommes-animaux, bêtes humaines, qui s’agitent, s’affolent et se dévorent, attifés de poils ou de cornes du diable. Encore une fois, la grande plasticienne Annette Messager a fait vriller la proposition vers l’étrangeté. « Ta nuit est blanche est ma nuit noire », fait-elle hurler aux habitants de cette jungle urbaine. Tiré par des chevaux endimanchés de pompons et rubans (« parce que ras-le-bol des voitures à Paris », s’amuse-t-elle), ce char « interespèces » participe à la parade, puis vient ensuite se poser jusqu’à l’aube au parc Montsouris.

Œuvre visible après la parade au parc Montsouris, de 20 heures à 2 heures (entrée côté avenue René-Coty, Paris-14e).

Daniel Buren se paie la Tour Eiffel

Pas une Nuit blanche sans qu’un plasticien ne s’attaque à la tour Eiffel. Cette année, c’est l’un des plus fameux, Daniel Buren, qui se propose de déconstruire complètement le monument. Pas boulon par boulon, qu’on se rassure. Mais grâce à l’une de ces illusions d’optique dont il a le secret. Il lui suffit en effet de poser deux larges miroirs en pyramide sous sa structure d’acier pour métamorphoser de façon vertigineuse le paysage. Un bel hommage à la puissance de cette icône parisienne, que l’homme des colonnes signe de quelques rayures, bien sûr.

Œuvre visible sur le parvis de la Tour Eiffel samedi de 23 heures à 0 h 45.

C’est Carmen qu’on assassine

Un vieux fantasme de soprano sommeille en vous ? Vos trémolos de ténor étonnent vos amis ? Venez faire le test grandeur nature, sur la magnifique scène de l’Opéra-Comique qui s’ouvre à un immense karaoké collectif, ou Opéraoké. Voilà pour le divertissement, The Voice tendance Callas. Mais l’artiste andalouse Pilar Albarracin vient aussi nous rappeler les tristes réalités de ce monde : à son signal fera irruption une horde de plus de cent femmes (et quelques hommes aussi) revêtues de robes de Flamenco. Tous viennent protester symboliquement contre la mort de Carmen. Et, plus largement, contre toutes les violences faites aux femmes.

Opéra Comique, 1 place Boieldieu, Paris-2e, de 19 heures à 4 heures (de 23 h 30 à 0 h 30 pour Pilar Albarracin).

Buller au palais royal avec Hans Walter-Müller

Ceux qui auraient envie d’une ambiance plus intimiste peuvent se réfugier dans les jardins du Palais-Royal. Roi de l’architecture gonflable depuis les années 1970, Hans Walter-Müller y a posé deux immenses bulles de plastique. Eclairées de l’intérieur, elles se déplacent lentement dans les allées, habitées par les performeuses du collectif Les Mirettes.

Jardin du Palais-Royal. Accès au niveau du 8 rue de Montpensier, Paris-1er, de 20 heures à 2 heures.

Nuit Sans Lune au Saint-Esprit

La Nuit blanche, c’est aussi l’occasion de découvrir quelques-uns des secrets bien gardés de Paris. Pour la toute première fois, la Congrégation du Saint-Esprit ouvre aux profanes les portes de sa chapelle du XVIIIe siècle, près du Panthéon. Les théologiens ont été convaincus par la force du projet de Martine Feipel et Jean Bechameil. Le duo luxembourgeois a posé près de l’autel une énorme cloche, qui semble tombée du ciel. Elle sert en fait de haut-parleur, d’où sourdent tous les bruits du monde. Idéal pour un temps de recueillement après la furie de la parade.

Congrégation du Saint-Esprit, 30 rue Lhomond, Paris-5e, de 19 h 15 à minuit.

Vélodrome, le périph’à bicyclette

La fermeture du périph’sera certainement l’un des grands débats des prochaines municipales. Pour se faire son opinion, que direz-vous d’une petite balade nocturne, à vélo ou à pied, sur cette autoroute urbaine ? Cette nuit, c’est exceptionnellement possible : le périphérique est entièrement fermé de la porte de Pantin jusqu’à la porte de la Villette. Pour ajouter au spectacle, les cyclistes peuvent venir retirer des loupiotes à accrocher à leur biclou place de la Fontaine aux Lions, dans le parc de la Villette. Attaque de lucioles sur Paris !

Entre la porte de Pantin et la porte de la Villette, avec un accès porte de Pantin, de 19 heures à 6 heures. Des animations sont proposées au Village Vélo, Place de la Fontaine aux lions, devant la Grande Halle de la Villette, entre 14 heures et 3 heures.

Bataille de polochon pour les reines de la nuit

En trois coups de pédale, vous pouvez passer du périph au Centre sportif Ladoumègue. Le sport y est mis à toutes les sauces. Mais on recommande surtout la performance déjantée imaginée par Mehryl Levisse : un tournoi de Travball, Trav, comme traversin, mais aussi comme travesti. Soit une équipe affolante de drag queens, qui quittent leurs talons de 15 cm pour se lancer dans une bataille de polochons hilarante. Seule règle du jeu : on ne tire pas sur les perruques des copines, ni sur les faux-cils ! Le pom-pom boy est assez craquant lui aussi, avec son déhanché et sa tête de minotaure en peluche. Un sacré pied de nez à la masculinité qui règne d’ordinaire sur les stades.

Centre sportif Ladoumègue, 39 route des Petits-Ponts, Paris-19e, de 19 heures à 1 heure.

Nuit blanche à la Philharmonie

Vous ne savez pas quoi faire des gamins ? La Philharmonie est idéale ! De 18 heures à 22 heures, la Nuit des petits (à partir de 6 ans) mêle toutes les musiques. Les grands ne sont pas oubliés non plus, avec le chœur de chambre Mikrokosmos, qui envahit le musée en invitant à une « contemplation sonore du ciel étoilé », et une performance d’un des plasticiens les plus intenses de la scène islandaise, Ragnar Kjartansson, digressera neuf heures durant sur le Dichterliebe de Robert Schumann (et non, vu la personnalité du gaillard, ce ne sera pas rasoir !). Tout aussi envoûtante, la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton vous fera tenir jusqu’à l’aube

Philharmonie, 221 avenue Jean Jaurès, Paris-19e, de 18 heures à 22 heures.

Le groupe F prend la Bastille

La Bastille prend feu ! Avec ses pyrotechniciens de génie, le Groupe F a notamment installé une ronde d’immenses torches autour du génie, et promet un festival de pétards à faire trembler la Colonne de Juillet. N’oublions pas, Paris est une fête, aussi !

Place de la Bastille, de 22 h 30 à 23 heures.

Tout le programme de Nuit Blanche sur nuitblanche.paris

6 octobre 2019

Le Moulin-Rouge, machine à succès made in France

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Par Nicole Vulser

Contrairement à ses concurrents parisiens, le cabaret est resté intégralement familial depuis le milieu des années 1950. La direction de l’établissement a entamé une vaste politique de diversification.

« Le French cancan, cela ne s’apprend pas en danse classique, c’est très acrobatique », assure Mégane, une des plus jeunes danseuses de la troupe du Moulin-Rouge. Longues jambes campées dans des bottines, les « girls » de la troupe s’y adonnent tous les soirs à un rythme endiablé, sous un flot de froufrous tricolores. Ce numéro reste la marque de fabrique de ce cabaret mythique de la place Blanche, à Paris, immortalisé dans le film de Jean Renoir French cancan (1955). Le Moulin-Rouge a vu le jour le 6 octobre 1889, la même année que la tour Eiffel, et fêtera donc ses 130 ans dimanche, avec un faste exceptionnel.

Dans l’imagerie populaire, le Moulin-Rouge, cabaret fondé par deux hommes d’affaires avisés, Joseph Oller et Charles Zidler, évoque les danseuses la Goulue, Jane Avril ou Nini Pattes-en-l’air, qui ont fasciné Toulouse-Lautrec. Il s’agit alors d’amuser les foules avec des attractions inspirées du cirque, des concerts-bals ou des défilés qui font parfois scandale. Plus tard, Mistinguett y a chanté Il m’a vue nue… Avant que Luis Mariano, Edith Piaf ou Charles Trenet ne montent sur scène.

Le « Moulin », véritable institution, est resté intégralement familial depuis le milieu des années 1950. Contrairement à ses concurrents parisiens directs, comme le Lido (filiale de Sodexo), le Crazy Horse, aux mains de l’homme d’affaires belge Philippe Lhomme, ou le Paradis latin, racheté par le président du fonds d’investissement BPC, Walter Butler. Repris par le Divan du monde, le cabaret travesti Madame Arthur a rajeuni son public, tandis que les Folies Bergère, dans le giron du groupe Lagardère, sont devenues une simple salle de spectacle. Sans plumes ni danseuses.

Le Moulin a été racheté en 1955 par l’arrière grand-père de Jean-Victor Clérico, l’actuel directeur général, qui travaille toujours avec son père et sa sœur. « On ne veut pas ouvrir le capital, quitte à se développer moins vite », dit-il. Ce business reste très particulier. « Les coûts fixes sont extrêmement élevés », explique-t-il. Qu’on en juge : la revue Féerie, à l’affiche depuis le 23 décembre 1999 et conçue par Doris Haug et Ruggero Angeletti, a coûté 8 millions d’euros et, chaque année, entre 4 millions et 5 millions d’euros d’investissement sont nécessaires pour financer notamment des centaines de costumes et de paires de chaussures sur mesure.

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Près de 450 salariés

Le show intemporel, kitsch et hors mode, trouve son public. « La salle de 900 places est remplie à 97 % », assure Jean-Victor Clérico. Et ce, même si le spectacle va fêter fin décembre ses 20 ans. Au fil du temps, des aménagements y sont apportés, les costumes sont remplacés, mais Féerie attire toujours. Une longévité qui s’apparente à celle des comédies musicales à succès que sont par exemple Les Misérables, Le Fantôme de l’Opéra, Le Roi lion ou West Side Story.

La machinerie Moulin-Rouge, ce sont près de 450 salariés, dont une centaine d’artistes, qui ont pour particularité d’être embauchés en contrats à durée indéterminée et non pas comme intermittents du spectacle. Les soixante « Doriss Girls » et les « Doriss Dancers » sont recrutés aux quatre coins du monde : actuellement quatorze nationalités cohabitent. La direction artistique vient tout juste de revenir d’auditions au Canada et en organise, en octobre, à Londres et à Paris. Jean-Victor Clérico précise : « Ce sont des profils très demandés, difficiles à ferrer », tout comme les artistes exceptionnels du show, comme le jongleur, la contorsionniste ou les patineurs.

Descendre l’escalier nécessite, selon l’annonce du site, « une formation en danse classique et jazz, une excellente présentation sur scène, un physique harmonieux, une silhouette gracile pour les danseuses et une plastique finement musclée pour les danseurs ». Et une taille minimum de 1,75 mètre pour ces dames et 1,85 mètre pour ces messieurs.

« On commence à 3 000 euros nets par mois »

Quid des conditions de travail au sein de cette adresse culte du tourisme dans la capitale ? Mathilde, danseuse de 31 ans, fait valser les chiffres. « On commence à 3 000 euros nets par mois, avec un treizième mois. » Deux fois plus pour les trois meneuses ou meneurs de revue. Des conditions qu’elle estime être dans le haut de la fourchette pour la profession. Physiquement, pas de droit à l’erreur. Le rythme est particulièrement soutenu, à raison de deux spectacles quotidiens d’une heure et quarante-cinq minutes, six jours par semaine. Sans compter les répétitions et les entraînements. Mathilde, également licenciée en marketing, envisage déjà une reconversion dans les cinq ans à venir. Comme pour les sportifs de haut niveau, les carrières sont courtes. Après 35 ans, les danseurs quittent la scène. « Ce sera le plus dur », dit-elle.

Afin de conserver sa réputation plus que centenaire de spectacle « si français », le Moulin-Rouge a racheté le bottier Clairvoy en 2007, qui réalise sur mesure les chaussures de ses danseurs, puis la maison Février, en 2009, l’un des rares plumassiers qui travaillent encore les plumes d’autruche, de faisan, de marabout ou de coq. Trois ateliers de couture s’affairent également soir et matin à remplacer les perles oxydées, recoller des strass sur les strings ou recoudre les doublures déchirées.

Une baisse de 5 % de la fréquentation en raison de la canicule

Sur le modèle de l’industrie du tourisme, la bonne santé économique des cabarets et music-halls reste tributaire de facteurs aussi peu contrôlables que la météo, les mouvements sociaux ou les risques terroristes. Daniel Stevens, délégué général du syndicat professionnel des cabarets, music-halls et lieux de création, le Camulc, le secteur a évidemment été affecté, fin 2018 et début 2019, par le mouvement des « gilets jaunes ».

Cette année, le Moulin-Rouge a pâti de la canicule, avec une baisse de 5 % de la fréquentation. « La maison avait souffert des grandes grèves de 1995, ainsi que de la reprise des essais nucléaires en Polynésie », juste avant les commémorations du cinquantenaire des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, rappelle Jean-Victor Clérico. « Cela a fait fuir notre clientèle japonaise », alors très largement majoritaire, et acculé le Moulin-Rouge au dépôt de bilan en 1997. Un plan de continuation avait été mis en place, et les créanciers ont été remboursés avant les échéances prévues.

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Clientèle composée « à 50 % de Français et à 50 % d’étrangers »

Cet épisode fâcheux affecte encore aujourd’hui – de manière assez inattendue – l’assortiment des champagnes servis tous les soirs dans la grande salle au décor Belle Epoque. Sur les 240 000 bouteilles annuelles – le cabaret reste le principal consommateur privé mondial (hors grande distribution) –, aucune n’est achetée à LVMH. « On ne trouvera jamais ici une seule bouteille de Moët ou d’une autre filiale de LVMH. Mon grand-père était fou de rage, LVMH était le seul créancier à ne pas nous avoir suivis dans le plan de continuation », explique le directeur général. Seuls les champagnes Laurent-Perrier, Duval-Leroy, Delamotte et Chaudron remplissent dorénavant les coupes des clients.

Autre leçon : le Moulin s’attache désormais à diversifier sa clientèle, composée « à 50 % de Français – en majorité provinciaux – et 50 % d’étrangers, dont le top 4 ne varie guère : d’abord les Américains, puis les Britanniques, les Australiens et les Chinois », égrène le directeur.

Aujourd’hui, l’entreprise a repris des couleurs : le chiffre d’affaires devrait atteindre 62 millions d’euros en 2019, dont 59 millions uniquement pour la salle de spectacle, et vise un bénéfice net entre 4 millions et 5 millions d’euros.

Politique de diversification

Le Moulin-Rouge a entamé une politique de diversification, en rachetant sa marque dès 2005. Le cabaret a autorisé – moyennant rétribution – l’utilisation de son nom par le parc à thèmes allemand Europa-Park. L’entreprise est aussi devenue propriétaire de ses murs et a repris La Nouvelle Eve, une salle de spectacles parisienne de 280 places, qui compte sa propre troupe. Pour toucher une clientèle plus jeune, M. Clérico a procédé à l’acquisition de la boîte de nuit La Locomotive, rebaptisée La Machine du Moulin-Rouge, puis a créé deux bars. En espérant qu’un jour ces 20-35 ans franchiront la porte du music-hall, fréquenté par une clientèle plus âgée.

Pour les cinq ans à venir, Jean-Victor Clérico ne manque pas de projets : montée en gamme dans la restauration – 450 couverts sont servis chaque soir par le chef David Le Quellec –, agrandissement de la salle de spectacle, création d’« un parcours immersif à l’entrée », et pourquoi pas le lancement d’une nouvelle revue pour succéder à Féerie. Avec en ligne de mire une déclinaison internationale. Le Moulin avait ouvert un clone, à Las Vegas, de 1975 à 1985. Mais derrière ces ambitions, un seul souhait : « Conserver un actionnariat familial. »

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5 octobre 2019

Lubrizol : des normes et des contrôles en régression pour les sites industriels à risque

rouen

Par Stéphane Mandard

En janvier et en juin, la préfecture a donné son feu vert à l’extension des capacités de stockage de l’usine Seveso en produits dangereux sans évaluation environnementale.

L’incendie de l’usine Lubrizol, le 26 septembre à Rouen, a rappelé avec fracas, dix-huit ans après la catastrophe d’AZF (31 morts, le 21 septembre 2001, à Toulouse), que les Français n’étaient toujours pas à l’abri d’un accident industriel majeur et que le territoire français restait constellé d’établissements à risque. Environ 500 000 installations sont « classées pour la protection de l’environnement » (ICPE). Et 1 379 ICPE présentant des « risques d’accidents majeurs impliquant des substances dangereuses » sont rangées dans la catégorie Seveso. Parmi ces sites Seveso, 744 sont estampillés « seuil haut », en raison de la quantité très importante de matières dangereuses qu’ils exploitent. C’est le cas de l’usine Lubrizol.

A l’instar des autres sites Seveso, Lubrizol est censée être très surveillé. Or, depuis une dizaine d’années, la simplification de la réglementation sur les ICPE a conduit à desserrer les contraintes qui pèsent sur les industriels. Dernier assouplissement en date, la loi dite Essoc, « pour un Etat au service d’une société de confiance », d’août 2018. Elle permet au préfet d’autoriser un exploitant à modifier son établissement sans passer par une autorité environnementale indépendante et une étude d’impact systématique. Ainsi, la préfecture de Seine-Maritime a donné son feu vert à Lubrizol, en janvier puis en juin, pour deux demandes d’extension de ses capacités de stockage de produits dangereux, sans les soumettre au préalable à une évaluation des risques.

La première demande portait sur une augmentation de 1 598 tonnes de produits stockés sur le site, dont 1 436 tonnes de « substances inflammables » et 36 tonnes à la « toxicité aiguë ». Celle de juin concernait pas moins de 240 conteneurs (des récipients de stockage destinés à être manutentionnés) d’une capacité de 4 800 m3, dont 600 tonnes de substances inflammables et dangereuses pour l’environnement. La préfecture n’a pas répondu aux sollicitations du Monde.

« C’est inacceptable. On est face à une dégradation préjudiciable du droit de l’environnement », réagit Guillaume Blavette, administrateur de France Nature Environnement (FNE) en Normandie. M. Blavette siège au conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). « Il y a quelques années, ce type d’information essentielle aurait été soumis à la consultation du Coderst. Mais aujourd’hui, de plus en plus d’informations nous passent sous le nez. Il ne faut pas s’étonner ensuite de la défiance vis-à-vis de la parole publique, et que les gens ne croient pas à la “transparence totale” du gouvernement », témoigne le militant écologiste, très actif dans la mobilisation citoyenne à Rouen.

JESSICA MAKOWIAK DÉNONCE « UNE MULTITUDE DE RÉGRESSIONS DU DROIT DANGEREUSES POUR LA PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT ET DES POPULATIONS »

Directrice du Centre de recherches interdisciplinaires en droit de l’environnement, de l’aménagement et de l’urbanisme, à Limoges, Jessica Makowiak est tout aussi critique. Elle dénonce « une multitude de régressions du droit dangereuses pour la protection de l’environnement et des populations ». Pour la spécialiste, la première « régression » remonte à la création en 2009 du régime de l’« enregistrement », intermédiaire entre la « déclaration » (pour les installations les moins dangereuses) et l’« autorisation » (catégorie des sites Seveso). A la différence de l’autorisation, dans le cadre de l’enregistrement, une usine n’est pas systématiquement soumise à une étude d’impact environnemental pour pouvoir fonctionner.

Conséquence, le nombre d’ICPE soumises au régime de l’autorisation a chuté (de 32 200 en 2014 à 25 000 en 2018), tandis que celui des installations relevant du régime moins contraignant de l’enregistrement a grimpé (de 11 900 en 2014 à 16 000 en 2018).

Depuis une ordonnance de 2017, même les installations soumises à autorisation ne sont plus systématiquement astreintes à étude d’impact – seulement au cas par cas. Le 16 septembre, Matignon annonçait l’élargissement du régime de l’enregistrement aux entrepôts allant jusqu’à 900 000 m3. Et trois jours avant l’incendie de Lubrizol, Edouard Philippe annonçait un nouveau chantier de simplification. Un projet de décret, dans les cartons depuis un peu plus d’un an, prévoit de transférer l’examen au cas par cas des projets au préfet de région. Une prérogative qui incombait jusqu’ici aux missions régionales d’autorité environnementale, des structures indépendantes. Dans un avis rendu en juillet 2018, l’Autorité environnementale (AE) pointait « le risque de divergences d’interprétation et de postures (…) au regard de l’indépendance nécessaire à l’exercice de la mission d’autorité environnementale » qui pourrait être confiée au préfet. « Le dispositif proposé apparaît très complexe, voire illisible », concluait l’AE. « C’est un bordel sans nom, avec des vrais risques juridiques », résume un fin connaisseur du dossier.

Des inspections en chute

Cette vague de simplifications était censée raccourcir les délais d’instruction des dossiers pour renforcer les contrôles des installations classées, rappelle Jessica Makowiak. « Mais à défaut de permettre un renforcement du contrôle des ICPE, les réformes engagées depuis dix ans ont surtout contribué à simplifier la vie des exploitants au détriment de l’exigence de protection de l’environnement et des personnes », décrypte la professeure des universités. Le nombre d’inspecteurs de l’environnement a légèrement diminué entre 2016 (1 627) et 2018 (1 607). Celui des inspections a chuté, passant de 30 000 en 2006 à 18 196 en 2018 alors que le nombre d’ICPE est resté le même. Les statistiques du ministère de la transition écologique et solidaire ne précisent pas la part de sites Seveso concernés par cette baisse, seulement que la directive européenne impose au moins une visite tous les trois ans.

Contacté par Le Monde, le ministère assure que « le gouvernement a entrepris des simplifications visant à alléger certaines charges procédurales qui n’étaient pas justifiées et qui mobilisaient de manière croissante les inspecteurs des installations classées aux dépens des contrôles ». Il rappelle « l’objectif d’une augmentation de 50 % des contrôles d’ici 2022 » et indique qu’il n’y aura « pas de baisse des effectifs l’an prochain ».

Au sujet de Lubrizol, « rien ne peut laisser penser que le site aurait manqué de contrôles », précise-t-on de même source. Selon le ministère, 39 inspections ont ainsi eu lieu depuis le dernier accident de 2013 – une fuite de mercaptan, un gaz très irritant, s’était fait ressentir jusqu’en région parisienne –, dont dix depuis 2017. Les plus récentes remontent à juin et septembre. Le ministère relève enfin que des sanctions ont été prises « lorsqu’elles devaient être prises », citant une mise en demeure en 2017, précisément sur le risque incendie. Un risque que les inspecteurs de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de Normandie avaient estimé à « au maximum une fois tous les 10 000 ans ».

Un nombre de sanctions « dérisoire »

A l’échelon national, le nombre d’arrêtés de mise en demeure est en légère baisse (2 116 en 2018 contre 2 280 en 2014). Seules les sanctions administratives ont progressé : 433 en 2018, contre 250 quatre ans plus tôt. Mais, comme le note Jessica Makowiak, leur nombre reste « dérisoire ».

« Dérisoire », tout comme l’amende de 4 000 euros à laquelle Lubrizol avait été condamnée au civil, après l’accident de 2013, estime Gérald Le Corre. Inspecteur du travail et responsable des questions de santé et travail à la CGT de Seine-Maritime, il assure, avec ses collègues, avoir « maintes fois alerté le ministère du travail et la préfecture des risques d’un nouvel AZF sur des sites Seveso de la région ». Le slogan du syndicaliste (« Lubrizol coupable, Etat complice ! ») a été repris à toutes les manifestations depuis l’incendie : « Quand on donne des peines aussi faibles, c’est comme si on accordait un permis de polluer. Si le patron de Lubrizol avait été poursuivi pour mise en danger d’autrui et condamné à une amende de 75 000 euros et à une peine de prison avec sursis, comme le prévoit la loi, on n’aurait sans doute pas vécu cette catastrophe aujourd’hui. »

5 octobre 2019

Laetitia Casta incarne une agricultrice lesbienne dans Le Milieu de l'horizon

horizon

Dans cette adaptation du roman de Roland Buti, Laetitia Casta incarne une mère de famille agricultrice qui tombe sous le charme de l'une de ses amies, incarnée par Clémence Poésy.

Après avoir donné la réplique à son compagnon, Louis Garrel, dans "L'Homme fidèle", Laetitia Casta sera bientôt de retour dans les salles obscures avec "Le Milieu de l'horizon". Un film réalisé par Delphine Lehericey et adapté de l'oeuvre de l'auteur suisse Roland Buti, dans lequel l'actrice prête ses traits à Nicole, une mère de famille agricultrice, qui va avoir une aventure avec une autre femme, Cécile, interprétée par Clémence Poésy.

"On parle de l'amour pour un individu"

Interrogée sur cette relation homosexuelle par la version suisse de 20 Minutes le 3 octobre 2019, celle qui est récemment passée derrière les caméras a indiqué : "C'est pareil (de tourner des scènes d'amour avec une femme ou avec un homme). On parle de l'amour pour un individu. Ça ne change rien. Quand j'incarne un rôle, je vais vers ce quoi le personnage tend, donc je ne me pose pas ce genre de question."

Au cours du film, son fils (incarné par Luc Bruchez) découvre son homosexualité. Et si cela crée des tensions entre eux, "l'amour est toujours là malgré les jugements" selon Laetitia Casta, qui en a profité pour souligner que cette histoire peut faire évoluer les mentalités : "Tout cela fera en sorte que ce garçon deviendra meilleur. Il fera partie d'une génération beaucoup plus ouverte."

D'ailleurs, elle en est persuadée, il est important d'aborder ce sujet avec ses enfants : "C'est notre rôle de mère d'ouvrir l'esprit de nos enfants. Ils sont assez réactionnaires. Ils ont des idées de ce que devrait être la famille ou pas, de la position de la mère. Moi, je leur dis toujours de faire attention : une maman est aussi une femme, une amante, une travailleuse. On est plein de choses en même temps."

16 avril 2017

Commémoration du centenaire de l'offensive du Chemin des Dames

Le président François Hollande participe, dimanche 16 avril, dans l'Aisne, au centenaire de l'offensive du Chemin des Dames, une bataille longtemps négligée par la mémoire officielle, car symbolique des errements sanglants de l'état-major français lors de la première guerre mondiale.

Mobilisant un million de combattants français, l'attaque était censée mettre fin à la guerre de tranchées. Mais l'offensive s'est fracassée sur les lignes allemandes. Les conditions exécrables achèvent de transformer l'offensive en calvaire pour les soldats, dont 40 000 meurent en une semaine. L'assaut est suspendu avant de reprendre au début du mois de mai 1917, sans succès.

Cent mille Français tués en un mois

Le fiasco provoque une déception à la hauteur de l'espoir qu'avait suscité l'offensive, et les soldats, harassés par trois années de guerre, déclenchent une vague de mutineries, durement sanctionnées avec des exécutions pour l'exemple.

C'est la première fois qu'un chef de l'Etat participe aux commémorations de ce chapitre meurtrier de la Grande Guerre qui fit en un mois quelque 100 000 morts côté français et fut à l'origine de mutineries dans l'armée. Pour François Hollande, la bataille revêt un caractère particulier, son grand-père Gustave, alors sergent dans l'infanterie, ayant participé à l'assaut.

Un programme chargé pour le président

Le président de la République se rendra sur les sites marquants de la bataille, comme la Caverne du dragon, ancienne carrière transformée en caserne souterraine pendant les combats, désormais aménagée en musée.

Il doit également se recueillir aux côtés de l'ambassadeur d'Allemagne, Nikolaus Meyer-Landrut, dans le cimetière militaire allemand de Cerny-en-Laonnois (Aisne), avant de se rendre à la nécropole nationale qui abrite les restes des soldats français morts dans les combats, où il présidera la cérémonie officielle du centenaire.

Voir mes précédents billets sur la Première Guerre Mondiale

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Chemin des Dames

L'échec de l'offensive Nivelle

En 1917, après trois années d'une guerre meurtrière et indécise, la lassitude touchait l'ensemble des armées européennes dont le moral était au plus bas.

À l'intérieur des troupes françaises, le coût humain élevé de l'offensive Nivelle sur le chemin des Dames au printemps 1917, dont les gains sont seulement tactiques, les conditions de vie effroyables dans le froid, la boue, les bombardements d'artillerie et la rareté des permissions, tous ces facteurs s'additionnent et provoquent une montée de la protestation parmi les hommes au front.

L'espoir suscité par l'offensive avait été énorme à la veille du 16 avril 1917 : le général Nivelle promettait la fin de la guerre et donc, pour chaque soldat, le retour chez soi. L'offensive ayant été enrayée face aux fortifications allemandes, puis terminée sur ordre du gouvernement fin avril, la déception et la colère grondent : les soldats ont l'impression que la bataille a été mal préparée.

Or début mai, l'ordre est donné de reprendre l'offensive dans les mêmes conditions sur un terrain toujours aussi désavantageux pour les Français. Face à l'entêtement de l'état-major qui souhaite poursuivre cette offensive à outrance, des mutineries éclatent et gagnent progressivement toutes les armées le long du front pendant 8 semaines. Par leur paroxysme, elles touchent 68 divisions sur les 110 qui composent l'Armée française1.

Beaucoup de mutins ou de protestataires sont des soldats aguerris, qui ont prouvé leur valeur au combat. Ils demandent moins un arrêt de la guerre, ce qui aurait peu de sens dans la mesure où les Allemands n'ont pas l'intention de se retirer, qu'un commandement plus soucieux de la vie des soldats et plus attentif aux conditions réelles du combat moderne.

16 avril 2017

Donald Trump découvre la menace nord-coréenne et la géopolitique en Asie

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Par Harold Thibault

Alors qu’une nouvelle démonstration de force de Pyongyang est imminente, le président américain admet que la situation est plus compliquée que ce qu’il imaginait.

La République populaire démocratique de Corée du Nord (RPDC) pourrait être sur le point de réaliser son sixième essai nucléaire, faisant à nouveau la démonstration de ses progrès techniques, malgré le régime de sanctions qui lui est imposé.

Cette image satellite, publiée et annotée par Airbus Defence & Space et 38 North, le 12 avril, montre le site de test nucléaire de Punggye-ri, en Corée du Nord. | AP

Le site spécialisé 38 North de l’université américaine Johns-Hopkins (Maryland), relève, à partir de photographies satellite, une hausse de l’activité ces dernières semaines autour du site d’expérimentation de Punggye-ri, dans le nord-est de la péninsule coréenne. En particulier autour de son tunnel nord, duquel ont été déclenchées les dernières détonations nucléaires.

Le calendrier laisse penser qu’une démonstration de force nord-coréenne – à défaut d’un essai nucléaire, il pourrait s’agir d’un tir de missile – est imminente.

Répétitions pour le défilé de la fête nationale dans le centre de Pyongyang, le 12 avril. | DAMIR SAGOLJ / REUTERS

La fête nationale Jour du soleil, le 15 avril, marque la naissance du fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), Kim Il-sung. A cette date sont généralement organisées une parade militaire et des danses de masse. Ce même jour, en 2016, Pyongyang avait procédé à un tir de missile balistique de moyenne portée qui avait échoué. Dix jours plus tard, le 25 avril, c’est l’anniversaire de la création de l’Armée populaire de Corée.

« La plus grande menace » pour Donald Trump

Le nouveau président des Etats-Unis s’initie au problème nord-coréen. Donald Trump a de nouveau prévenu, jeudi 13 avril, que les Etats-Unis allaient s’occuper du « problème » nord-coréen, après qu’une activité sur le site de test nucléaire nord-coréen a été rapportée. Le républicain a répété à de nombreuses reprises qu’il utiliserait toutes les options pour empêcher Pyongyang de se doter de missiles nucléaires lui permettant d’atteindre les Etats-Unis, au risque d’une escalade militaire.

Et alors qu’il avait attaqué la Chine sur de nombreux sujets durant la campagne présidentielle puis pendant la période de transition, M. Trump a, depuis, fait volte-face. En retour, il demande la coopération de Pékin pour convaincre la RPDC de renoncer à la voie nucléaire. Il s’est rangé en février à la politique tenue par tous ses prédécesseurs depuis 1972 sur la question de Taïwan et l’existence d’une « Chine unique ».

Après avoir promis, en 2015, qu’« au premier jour d’une administration Trump », la Chine serait placée sur la liste des Etats manipulant le cours de leur monnaie, le milliardaire a également changé d’avis sur ce dossier. Dans un entretien au Wall Street Journal publié mercredi 12 avril, il a expliqué que, à ses yeux, la Chine avait cessé de tricher sur le cours du yuan.

S’il plie sur tous ces dossiers, au risque de décevoir ses électeurs et de passer auprès de la Chine pour un « tigre de papier », c’est qu’il espère en retour la coopération de Pékin sur la Corée du Nord. Il juge désormais que ce pays est « la plus grande menace » : « Vous voulez faire un “great deal” ? Résolvez le problème en Corée du Nord », lance-t-il à destination de la Chine.

« Non, ce n’est pas si facile »

Au grand quotidien économique américain, M. Trump a rapporté son échange avec le président chinois, Xi Jinping, qu’il a reçu en Floride les 6 et 7 avril. Il aurait dit à M. Xi que la Chine pourrait aisément régler le problème nord-coréen, avant de comprendre que la situation était plus complexe qu’il l’imaginait. Le chef d’Etat chinois lui a expliqué l’histoire de la Chine et de la péninsule coréenne. « On parle de milliers d’années… et de nombreuses guerres, a relaté le magnat de l’immobilier. Et après avoir écouté pendant dix minutes, j’ai réalisé que non, ce n’est pas si facile. »

Au même moment, l’armée américaine montre ses muscles. Depuis le début de mars se tiennent des exercices organisés chaque année avec les forces sud-coréennes. Pyongyang les voit comme une menace directe à sa sécurité. Un porte-avions états-unien, le Carl-Vinson, qui était déjà dans la région en mars mais faisait depuis route pour l’Australie, a rebroussé chemin le 8 avril pour retourner à proximité de la péninsule coréenne.

Ce déploiement ajoute aux tensions, le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, ne pouvant se permettre de paraître faible auprès de sa population. « Nous tiendrons les Etats-Unis pleinement responsables des conséquences catastrophiques entraînées par leur action outrageuse », lançait la Corée du Nord, le 10 avril.

Arrivé au pouvoir en 2011 après la mort de son père, Kim Jong-un a adopté deux ans plus tard une politique qualifiée de « ligne Byungjin » : le « développement parallèle » d’une capacité de dissuasion nucléaire et de l’économie du pays ; deux objectifs a priori irréconciliables. Le pays se voit imposer de nouvelles sanctions après chaque essai nucléaire. Elles pèsent sur son économie, mais celle-ci tient jusqu’à présent grâce, d’une part, aux échanges avec la Chine et, d’autre part, à la place croissante que le Parti des travailleurs laisse au privé.

L’arme nucléaire, une question de survie

Après avoir observé le sort réservé à Saddam Hussein en Irak et Mouammar Kadhafi en Libye, pays qui n’étaient pas dotés de l’arme nucléaire, le régime nord-coréen considère que disposer de cette arme est la clé de sa survie.

De son côté, la Chine juge qu’il en va de son intérêt stratégique de maintenir en vie cet Etat tampon. Environ 28 500 soldats américains sont stationnés en Corée du Sud et il n’est pas question pour l’empire du Milieu qu’une réunification sur le modèle du Sud – comme elle s’est faite sur le modèle de l’Ouest en Allemagne – permette de placer ces troupes américaines à sa propre frontière.

Le nouveau secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, a déclaré en mars que la politique dite de « patience stratégique » menée par l’administration Obama n’avait plus cours. « Vous ne pouvez pas permettre à un pays comme ça d’avoir la puissance nucléaire, des armes nucléaires », conclut dans le journal conservateur M. Trump.

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La Corée du Nord a tenté d'effectuer un nouveau... par euronews-fr

30 septembre 2019

Claude Martin : « Jacques Chirac a été, en politique étrangère, un président gaulliste, sans doute le dernier »

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Par Claude Martin, ancien diplomate

Souveraineté des Etats, refus des affrontements de bloc à bloc, construction d’une Europe forte et solidaire… telles furent les grandes lignes de l’action de l’ancien chef de l’Etat qui contribua au rayonnement de la France, estime l’ex-diplomate dans une tribune au « Monde ».

Sur la scène internationale, Jacques Chirac n’était pas seulement connu, apprécié, admiré. Il était aimé. Et il faisait aimer la France. Peu de Français mesurent à quel point ses prises de position, ses déplacements, ses initiatives, ont contribué au rayonnement de notre pays. A quel point, pendant douze années, la France a eu une grande politique étrangère.

Certes, on a gardé en mémoire le refus courageux de faire participer notre pays à l’aventure irakienne. Mais la plupart des choix et des hauts faits d’une diplomatie qui n’a cessé d’être, tout au long de ces douze ans, inspirée, déterminée, et brillante, restent dans l’ombre ou sont traités avec une distance et une rapidité qui n’aident pas à les apprécier à leur juste valeur.

Jacques Chirac a été, en politique étrangère, un président gaulliste, sans doute le dernier. Inspiré par les principes du fondateur de la Ve République, il a suivi sur la scène internationale la ligne qui a fait, pendant un demi-siècle, la force du message français : respect de la souveraineté des Etats, de l’identité des nations, de la dignité des peuples. Refus des affrontements de bloc à bloc. Construction d’une Europe forte et solidaire, faisant entendre une voix qui soit vraiment la sienne, dans un monde multipolaire et équilibré.

Dialogue avec la Chine et la Russie

Nulle part, mieux qu’en Chine, où j’ai eu l’occasion de le voir à l’œuvre, Jacques Chirac n’a illustré son attachement à cette sage politique. Il a su défendre à Pékin, avec force mais sans tapage, les valeurs de la France, dit ce qu’il fallait dire, mais su tendre la main.

Qui se souvient qu’il avait reçu, à l’Hôtel de Ville, le dalaï-lama, pour s’entretenir avec lui, de l’avenir de la culture tibétaine ? L’ambassadeur de Pékin était venu lui reprocher une « grave erreur » qui pourrait « compromettre sa carrière politique ». Il lui avait rétorqué : « Laissez-moi apprécier moi-même, Monsieur l’Ambassadeur, la façon dont je conduis ma carrière politique, et permettez-moi de m’informer comme je l’entends de l’état d’esprit des Tibétains, dont je ne conteste nullement l’appartenance à votre pays. »

Chirac avait, dans le dialogue avec la Chine, une longueur d’avance. Dès 1975, Il avait noué avec celui qui en deviendrait le nouveau timonier, Deng Xiaoping, une relation personnelle forte qui permit à la France de prendre toute sa place dans le mouvement de réformes de l’empire du Milieu.

Après la tragédie de Tiananmen, en 1989, Jacques Chirac lutta pour que ce lien privilégié ne fût pas rompu. Il avait compris que les sanctions renforceraient le pouvoir et le conduirait à riposter par une attitude de défi à l’égard de l’Occident. « La Chine, disait-il, sera un jour une grande démocratie, mais elle le sera à sa façon, par son propre combat, et non en se laissant persuader par nos discours où perce trop souvent l’arrogance ou le mépris. »

IL A TOUJOURS ESTIMÉ QUE LA RUSSIE AVAIT TOUTE SA PLACE DANS LA MAISON EUROPÉENNE
Gaulliste, Jacques Chirac l’était tout autant à l’égard de la Russie. Il a toujours estimé que celle-ci avait toute sa place dans la maison européenne, et qu’elle finirait par rejoindre le cercle de famille. En attendant nous devions, pensait-il, offrir à Moscou un partenariat étroit, et surtout éviter, au moment où les anciens pays du bloc soviétique allaient rejoindre l’Europe, de reconstruire un mur qui continuerait à couper, plus à l’est, le continent européen.

Il s’est employé parallèlement à renforcer nos liens avec elle, et n’a pas ménagé ses efforts pour obtenir qu’elle soit reconnue dans le concert des grandes nations. C’est à son initiative qu’à Denver (Colorado), la Russie fut admise enfin au G7, devenu G8. Elle en sera chassée quelques années plus tard, pour mauvaise conduite. A nouveau cette politique des sanctions inefficace, la seule que l’Europe sache apparemment pratiquer à l’égard d’un pays qui a dérivé sans doute mais par notre faute. Parce que nous l’avons isolé, exclu du continent européen, et finalement poussé à renouer avec Pékin.

Profondément européen

C’est à l’Europe, à sa conception, à son organisation, à son avenir, que tout cela nous ramène. A rebours de certains jugements portés ces jours-ci sur son action, je suis convaincu que Jacques Chirac était profondément européen.

Mais il voulait une Europe solidaire, cohérente, agissante, à l’image de celle qu’il avait pratiquée en défendant la PAC [politique agricole commune]. Il avait approuvé sans enthousiasme le traité de 1992, convaincu que tout le système institutionnel européen était à revoir, et que l’élargissement de l’UE à dix nouveaux membres imposait sa réforme, profonde et urgente.

JACQUES CHIRAC A DÉFENDU LE PROJET « CONSTITUTION EUROPÉENNE » DU BOUT DES LÈVRES. CE N’ÉTAIT PAS SON ŒUVRE
A la direction des services européens du Quai d’Orsay, j’ai, sous sa direction et celle du premier ministre Alain Juppé, conduit une réflexion qui allait dans le sens d’une vraie refonte du système européen, avec la création d’un mécanisme de « pilotage » de l’UE par un petit groupe de pays décidés à s’unir pour permettre à l’Europe d’avancer. Ces réflexions rejoignaient celles formulées en Allemagne. Elles n’ont pas abouti, par une conjonction des résistances des pays et des institutions.

Quelques mois plus tard, le projet de « Constitution européenne », qui aurait permis de rebondir après cet échec, l’a plutôt aggravé, rendant la mécanique plus complexe, moins capable d’agir, alors que l’UE allait s’alourdir, avec l’entrée de douze nouveaux membres. Jacques Chirac a défendu le projet du bout des lèvres. Ce n’était pas son œuvre. Il a finalement, et à juste titre, laissé le peuple français décider.

Un nouveau « couple » franco-allemand

En réalité, il conduisait au même moment une autre politique européenne adaptée aux défis du moment. Il avait reconstitué avec Gerhard Schröder un nouveau « couple » franco-allemand, aussi fort et solide que celui formé en leur temps par Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, puis Helmut Kohl et François Mitterrand.

Les deux partenaires avaient constaté leur accord sur de nombreux sujets : le refus de la guerre d’Irak, la nécessité de réformer le pacte budgétaire, l’urgence d’une politique industrielle commune dans le domaine naval, aéronautique, nucléaire, chimique, l’intérêt de parler ensemble à la Russie, à l’Inde, au Japon, à la Chine.

Les premiers ministres du Royaume-Uni, d’Italie, d’Espagne demandaient à les rejoindre. Le « directoire » dont le général de Gaulle avait souhaité l’émergence pour piloter l’Europe était, peut-être, sur le point de naître. Mais Gerhard Schröder perdit les élections, et Angela Merkel lui succéda, ramenant l’Allemagne sur des voies plus orthodoxes. Jacques Chirac quitta le pouvoir. Et Nicolas Sarkozy fit approuver par la voie parlementaire le traité constitutionnel rejeté par les Français. L’Europe retomba dans ses ornières.

LE DIALOGUE AVEC LA RUSSIE EST DEVENU EMPREINT DE MÉFIANCE, LE PARTENARIAT STRATÉGIQUE AVEC LA CHINE BAT DE L’AILE
Que reste-t-il de cette politique étrangère, volontariste et réaliste à la fois, que Jacques Chirac s’est efforcé de mener, à l’égard de la Chine, de la Russie, de l’Allemagne, de l’Europe ?

Peu de choses, en vérité. Au cours de ces douze dernières années, la France s’est éloignée des grands principes de la démarche gaulliste. Elle a rejoint les structures intégrées de l’OTAN. Elle s’est engagée dans des opérations militaires contre des Etats souverains, sur des bases juridiques très douteuses. Elle s’est laissée entraîner en Afrique dans des interventions prolongées, sans issue visible. Elle prend en Europe des initiatives brillantes, mais souffre de ne pas trouver de vrai soutien. La relation avec l’Allemagne est devenue fragile, le dialogue avec la Russie empreint de méfiance, le partenariat stratégique avec la Chine bat de l’aile.

La France a certes continué à prendre, depuis douze ans, de belles initiatives sur la scène internationale. Hier sur le climat. Aujourd’hui sur l’Iran. Mais sur les grands dossiers, elle a perdu une part de son influence. Une grande diplomatie, c’est un pays fort, une vision claire, et à long terme, un homme enfin, écouté et respecté, pour la mettre en œuvre. Jacques Chirac a incarné tout cela. C’est la raison pour laquelle il fut estimé et respecté. C’est la raison pour laquelle il sera regretté.

Claude Martin a été ambassadeur en Chine (1990-1993), puis en Allemagne (1999-2007) Ancien directeur général des Affaires européennes au Quai d’Orsay (1994 à 1999), il est l’auteur de « La Diplomatie n’est pas un dîner de gala » (Editions de l’Aube, 2018).

15 janvier 2011

Louise Bourgeois

Hommage à Louise Bourgeois mise à l’honneur fin 2008 dans le cadre du parcours privé de la FIAC à la Maison Guerlain. Shalimar était le parfum préféré de l'artiste qui l'a mis en scène plusieurs fois, notamment dans cette création « Spider » (1997), qui montre une araignée juchée sur une cage métallique dans laquelle pendent des flacons vides de Shalimar.

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A propos de Louise Bourgeois, lire ou relire mes billets des 06 juin 2010, 31 mai 2010 et 31 mai 2010 (de nouveau).

1 octobre 2019

Les mannequins du défilé Balenciaga ont-ils eu recours à la chirurgie esthétique ?

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Pommettes sculptées, lèvres gonflées... Zoom sur les makeups troublants des mannequins du défilé Balenciaga printemps-été 2020, réalisés par le maquilleur Alexis Kinebanyan et son studio KFX.

Si Balenciaga a choisi d’explorer la garde-robe professionnelle pour la saison printemps-été 2020, côté maquillage la maison a fait fort. Habituée à représenter des archétypes totalement identifiables, on a vu défiler sur le catwalk 11 mannequins aux visages hors normes. Le make up artist Alexis Kinebanyan et son studio KFX ont créé pour l'occasion des pommettes sculptées en 3D et des lèvres exagérément gonflées. A l'arrivée : l'impression frappante que les mannequins avaient subis de la chirurgie esthétique. C’est à l’aide de prothèses que le maquilleur a réussi à créer des visages squelettiques et l’illusion de lèvres XXL. Le résultat était résolument déroutant.

14 avril 2017

La Tchétchénie accusée de persécuter des homosexuels

Au moins une centaine de personnes auraient été arrêtées, selon le journal russe indépendant « Novaïa Gazeta ». Le secrétariat d’Etat américain réclame l’ouverture d’une enquête.

Les autorités de Tchétchénie auraient lancé, depuis la fin mars, une opération de répression contre des homosexuels, ou des personnes soupçonnées de l’être. Ces informations, révélées le 1er avril par le quotidien d’opposition russe Novaïa Gazeta et traduites en français par Courrier international, ont depuis été relayées par de nombreux médias et ONG dans le monde entier.

Le journal indépendant russe rapporte que plus d’une centaine de personnes, des hommes entre 16 et 50 ans, auraient été arrêtées, torturées, et qu’elles sont détenues dans des « prisons secrètes » du pays, non loin de Grozny, la capitale. « Trois d’entre elles seraient mortes, mais, selon des témoins, il y en aurait beaucoup plus », rapporte Courrier international, alors que le journal Novaïa Gazeta affirme connaître l’identité des victimes.

« Véritables meurtres »

D’après les témoignages recueillis par Novaïa Gazeta, les détenus seraient torturés et contraint de livrer les noms d’autres homosexuels de leur entourage. Parmi les hommes arrêtés se trouveraient des représentants des instances religieuses du pays, dont certaines proches de Ramzan Kadyrov, le dirigeant autoritaire de la Tchétchénie.

D’après Novaïa Gazeta, cette vague de répression ferait suite aux démarches entreprises début mars par des militants de la communauté LGBT qui voulaient organiser des Gay Prides dans plusieurs villes du Caucase du Nord. « C’est à partir de ce moment que fut donné l’ordre d’entreprendre un nettoyage préventif, que l’opération a abouti à de véritables meurtres », écrit le quotidien.

Le 4 avril, Novaïa Gazeta a publié deux nouveaux témoignages anonymes de victimes, accompagnés de photos choquantes montrant les blessures de ces hommes. Certains hommes auraient disparu.

Demandes d’enquêtes

En réaction à ces publications, le département d’Etat américain, qui se dit « extrêmement préoccupé » et « profondément dérangé » par ces allégations, a réclamé l’ouverture d’une enquête « indépendante et crédible » par les autorités fédérales russes.

L’ONG Amnesty International, qui appelle à une « action urgente » dans un communiqué, rapporte que des membres de l’ONG Russian LGBT network ont confirmé ces persécutions, et ont ouvert une ligne téléphonique d’urgence pour aider les personnes qui auraient besoin de se mettre en sécurité en dehors de la région.

Amnesty International a également lancé une pétition en ligne pour « cesser d’enlever et de tuer des homosexuels », et a appelé le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, en visite en Russie pour parler de la Syrie, à aborder « la situation désastreuse des droits de l’homme » en Russie et en Tchétchénie.

Contacté par L’Obs, Alexandre Artermyev, porte-parole de l’ONG Amnesty International à Moscou, précise que pour l’instant, son ONG n’a pas pu vérifier elle-même l’information de Novaïa Gazeta, qu’il estime toutefois être « une source fiable ». Il pense que ces « prisons » ne sont pas dédiées aux seuls homosexuels :

« Selon l’information publiée par Novaïa Gazeta, on peut tirer la conclusion que ce ne sont pas seulement des homosexuels qui y sont détenus ; les drogués ou d’autres personnes arrêtées pour différentes raisons y seraient également enfermés. »

Dans le New York Times, Ekaterina L. Sokiryanska, experte au sein de l’International Crisis Group, confirmait le 1er avril qu’il y a « de nombreux signaux provenant de trop nombreuses sources pour ne pas être vrais ».

Les autorités tchétchènes nient

De son côté, Human Right Watch souligne dans un communiqué que « les informations publiées par Novaïa Gazeta sont conformes aux rapports que Human Rights Watch a récemment reçus de nombreuses sources de confiance, y compris des sources sur le terrain. Le nombre de sources et la cohérence des cas ne laissent aucun doute quant au fait que ces événements ont effectivement eu lieu. ». Mais la directrice du programme russe de l’ONG précise ne pas pouvoir « révéler ses sources », afin de ne pas les mettre en danger.

Niant les accusations, un porte-parole de la présidence tchétchène a déclaré à l’agence de presse Interfax : « Vous ne pouvez pas arrêter ou réprimer des gens qui n’existent pas dans la République. L’homosexualité n’existe pas ici ». Et d’ajouter : « Si ces personnes existaient en Tchétchénie, la loi n’aurait pas à se soucier d’eux, vu que leurs propres parents se seraient déjà occupés définitivement de leurs cas. »

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Photo ci-dessus : Terry Richardson

1 octobre 2019

Pékin commémore en fanfare le 70e anniversaire du régime

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La Chine s’est livrée, mardi, à une démonstration de force à l’occasion du 70e anniversaire du régime communiste, alors qu’à Hongkong, des manifestants prodémocratie ont promis de gâcher la fête.

Quinze mille soldats, des centaines de chars, missiles et avions de combat ont défilé, mardi 1er octobre, à Pékin devant les plus hauts dirigeants du pays rassemblés au balcon de la porte Tiananmen, l’endroit même où Mao Tsé-toung proclama la République populaire le 1er octobre 1949.

« Rien ne peut ébranler les fondations de notre grande nation. Rien ne peut empêcher la nation et le peuple chinois d’aller de l’avant », a lancé le président Xi Jinping, habillé en costume Mao sombre, en donnant le coup d’envoi des célébrations.

Des milliers d’invités rassemblés sur l’immense place ont agité une mer de fanions rouges face au président chinois, qui venait de passer les troupes en revue, avant le départ du défilé, le plus grand jamais organisé par la Chine, selon le quotidien nationaliste Global Times.

Des hélicoptères ont ouvert le défilé aérien en deux formations dessinant le chiffre « 70 » dans le ciel de la capitale chinoise, voilé par un indésirable nuage de pollution. La pointe de la technologie militaire chinoise a été exhibée, notamment le missile nucléaire intercontinental DF-41, qui a défilé pour la première fois. Cet engin, d’une portée supposée de 14 000 km, pourrait en théorie atteindre le territoire des Etats-Unis.

« Journée de colère » à Hongkong

L’événement vise à faire vibrer la fibre patriotique en célébrant l’émergence de la République populaire au cours des dernières décennies et son statut de deuxième puissance économique mondiale.

Mais à 2 000 km au sud de Pékin, les manifestants hongkongais, qui défient le régime communiste depuis près de quatre mois, ont appelé à une « journée de colère » ce mardi, également férié dans l’ancienne colonie britannique rendue à la Chine en 1997.

« Nous nous attendons à ce que la situation demain soit très, très dangereuse », a averti lundi John Tse, haut responsable de la police locale dans le territoire autonome. « Les émeutiers radicaux sont en train d’élever leur niveau de violence. La profondeur et l’ampleur de leurs violences et de leurs projets montrent qu’ils se livrent de plus en plus à des actes de terrorisme », a-t-il accusé.

Dès mardi matin, les autorités de Hong Kong ont intensifié les contrôles d’identité et les fouilles dans les rues et les transports en commun alors que plus d’une douzaine de stations de métro ont été fermées.

Les manifestants entendent profiter des célébrations pour crier encore plus fort leur ressentiment à l’encontre du régime chinois, dénoncer le recul des libertés et la violation, selon eux, du principe « Un pays, deux systèmes » qui avait présidé à la rétrocession de 1997.

« L’unité, c’est le fer et l’acier »

S’exprimant lundi soir, Xi Jinping s’est engagé à poursuivre l’application de ce principe, tout en défendant l’unité nationale. « L’unité, c’est le fer et l’acier. L’unité est source de force », a-t-il lancé, alors que son régime a laissé planer ces derniers mois le spectre d’une intervention pour rétablir l’ordre.

Trente ans tout juste après la répression sanglante du mouvement démocratique de la place Tiananmen à Pékin, qui avait donné un coup d’arrêt au développement économique chinois, nombre d’experts doutent cependant que le régime communiste prenne un tel risque dans un centre financier international comme Hongkong.

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Xi Jinping, qui a encore renforcé l’autorité du Parti communiste chinois (PCC) depuis son arrivée au pouvoir fin 2012, est parfois considéré comme le plus puissant dirigeant chinois depuis le règne de Mao (1949-1976).

Feu d’artifice colossal

Le pouvoir glorifie le rôle historique de Mao Tsé-toung comme fondateur du régime, tout en gommant ses aspects dramatiques. Selon un bilan avancé par de nombreux sinologues à l’étranger, les campagnes politiques et économiques lancées par le « Grand timonier » se sont traduites par la mort de 40 à 70 millions de personnes.

La puissance chinoise est contestée par le président américain Donald Trump, qui a déclenché l’an dernier une guerre commerciale contre Pékin à coup de droits de douane punitifs. L’économie chinoise a commencé à accuser le coup.

Les festivités se déroulent sous très haute surveillance : seul un public trié sur le volet est admis sur l’immense avenue de la Paix éternelle pour voir passer le défilé. Le défilé militaire est suivi d’une grande parade rassemblant quelque 100 000 figurants enthousiastes autour de 70 chars de carnaval, un drapeau national géant et un portrait de Mao.

La journée soit s’achever par un feu d’artifice colossal tiré depuis la place Tiananmen.

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13 avril 2017

Exposition RANCINAN à Chartres

14 avril 2017

MEP = Mois de la photo. ORLAN en capitales - 20 Avr - 18 Juin 2017 (save the date)

L’exposition « ORLAN en capitales » à la Maison Européenne de la Photographie propose une rétrospective de l’œuvre pionnière de la plasticienne ORLAN. A travers plus d’une centaine de photographies, installations et films est retracée sa vaste entreprise d’émancipation, de représentation, de déconstruction et de reconstruction de son corps et de son identité.

L’exposition « ORLAN en capitales » à la Maison Européenne de la Photographie, à Paris, rassemble plus de cent photographies, installations et films d’ORLAN, et offre ainsi un vaste panorama de l’œuvre multiforme de cette artiste pionnière.

« ORLAN en capitales » : une rétrospective à travers des œuvres capitales

Le titre de l’exposition « ORLAN en capitales » est à sens multiple. Il renvoie bien sûr à la façon dont l’artiste écrit son nom, avec chaque lettre en capitales, pour signifier son refus de s’inscrire dans des lignes établies, de rentrer dans le rang. Mais il évoque aussi l’intérêt suscité par son œuvre qui est aujourd’hui connue dans les plus grandes capitales du monde et de l’art. Enfin, il souligne la sélection effectuée pour cette exposition organisée dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris  et qui privilégie des œuvres capitales permettant une parfaite compréhension de la démarche d’ORLAN.

L’exposition présente des œuvres restaurées et reconstituées qui n’avaieent quasiment jamais été présentées auparavant. Ainsi les pièces intitulées Têtes à claques, jeu de massacre et Déshabillage, habillage, réhabillage libres et changeants, datant de 1977, et Panoplie de la fille bonne à marier de 1981 sont des assemblages de photographies détourées collées sur bois et de divers objets formant des ensembles à taille humaine qui étaient utilisés dans des installations souvent interactives.

Le parcours se divise en trois parties qui suivent le cheminement d’ORLAN de façon à la fois thématique et chronologique. On découvre comment, dès les années 1960, la plasticienne a opéré un travail sur la figuration, en mettant « de la figure sur son visage », c’est à dire de la représentation. Puis comment, à travers ses œuvres plastiques et performatives, elle a constamment remis en question les conventions, le déterminisme social, les pressions religieuses ou politiques et toute forme de domination.

L’œuvre d’ORLAN : les multiples façons de sortir du cadre

La première partie, intitulée « Sortir du cadre » montre comment ORLAN n’a eu de cesse de développer des moyens de se libérer de tout encadrement ou formatage. Le ton est donné dès 1965 avec la série de photographies intitulée Tentative de sortir du cadre où l’on voit l’artiste nue s’extraire de diverses manières d’un grand cadre doré pour tableau. Pour ORLAN, sortir du cadre, c’est notamment s’émanciper du conditionnement imposé aux femmes et affirmer leur réappropriation de leur corps comme l’expriment l’installation Panoplie de la femme bonne à marier et la série photographique Strip-tease occasionnel dans les draps du trousseau.

La deuxième partie est consacrée à l’utilisation par ORLAN de la chirurgie pour sculpter son corps et montre comment elle a fait de la chirurgie esthétique un médium artistique. En témoignent les les opérations qu’elle a successivement subies, traitées comme des installations, de véritables œuvres artistiques et intitulées Couture et suture, Opération réussie , Opération-Opéra ou encore Omniprésence. Enfin, la troisième partie, « Self-hybridation », s’intéresse à l’usage des nouvelles technologies par ORLAN qui, à partir de la fin des années 1990, se tourne vers et le numérique pour réaliser des autoportraits mutants, sortes d’avatars digitaux d’elle-même, comme la série Défiguration / Refiguration puis Self-hybridations africaines. La vidéo La Liberté en écorchée réalisée en 2013, un autoportrait 3D qui la montre le corps plus qu’à nu, en écorché de la médecine anatomique de la Renaissance, témoigne de la démarche la plus récente d’ORLAN pour qui les techniques d’imagerie 3D, de réalité virtuelle et augmentée, sont de nouveaux moyens de mettre en image et de construire ou reconstruire son corps et son identité.

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