« Je resterai la même mais en mieux » : la Guadeloupéenne Clémence Botino a été désignée Miss France 2020 par les téléspectateurs de TF1, succédant à la Polynésienne Vaimalama Chaves.
La lauréate de ce concours de beauté, critiqué par des féministes à l’heure de #Metoo mais suivi chaque année par des millions de téléspectateurs, est étudiante en première année de master d’histoire de l’art à la Sorbonne, à Paris. Avant cela, elle a passé un an à Miami en voyage d’étude et parle l’anglais. Un parcours scolaire qui l’aura peut-être aidé à obtenir la belle note de 17,5/20 au concours de culture générale organisé début décembre. « J’ai passé beaucoup de concours lorsque je faisais des prépas, j’emmagasinais des informations par milliers, en me disant que ça n’allait jamais me servir » se souvient la Miss quelques minutes après son élection, tout en assurant « que la beauté, c’est l’intelligence, c’est se mettre en avant, se connaître soi-même ».
Passionnée d’art, de musique et de cinéma
Originaire de la commune du Gosier, elle est âgée de 22 ans et mesure 1,75 mètre. Elle se présente comme passionnée d’art, particulièrement de musique et de cinéma, aimant aussi les voyages, la mode et jouer du piano.
« Les Guadeloupéens avaient envie de cette victoire, sans eux tous, je ne serais pas là aujourd’hui », a déclaré lors d’une conférence de presse la jeune femme. Qualifiée de « petite boule d’énergie » par l’organisatrice de Miss France Sylvie Tellier, Miss France 2020 a dit souhaiter « continuer à être une personne humble, agréable ».
Préférée par les téléspectateurs
Interrogée sur les critiques de féministes qui dénoncent un concours de beauté sexiste et rétrograde, Miss France a répondu que le concours était aussi là pour « encourager les jeunes femmes à faire ce qu’elles veulent, ce en quoi elles croient ». « Le féminisme, (les femmes le font) au quotidien, en allant travailler, en créant des familles ».
Avec 31,95 % des voix, Clémence Botino a été préférée par les téléspectateurs aux quatre autres finalistes, Miss Provence (30,66 %), puis Miss Tahiti, Miss Bourgogne et Miss Côte d’Azur. Au total 30 jeunes femmes de toute la France étaient en compétition. Elle succède à la Polynésienne Vaimalama Chaves, elle aussi originaire d’outre-mer.
« On n’avance pas tant que ça »
Pour la 25e année, l’inoxydable Jean-Pierre Foucault était aux manettes de la soirée, organisée sur le thème du « Tour du monde des Miss » pour la première fois dans une grande salle de sa ville natale, Marseille. Au-delà des paillettes, Miss France reste un gros enjeu financier pour TF1.
L’an dernier, la cérémonie avait décroché la deuxième meilleure audience de l’année (7,3 millions de téléspectateurs) toutes chaînes confondues. Les chiffres semblent toutefois s’éroder : le record de 2006, avec 9,4 millions de téléspectateurs, est loin, et Miss France n’a plus dépassé la barre des 8 millions depuis l’édition 2015.
Des chiffres toujours trop élevés aux yeux des féministes, qui dénoncent une vision rétrograde des femmes. Malgré la prise de conscience de la société sur le harcèlement sexuel ou les violences faites aux femmes, « on est un peu désespérés (par le succès de Miss France) et on voit qu’on n’avance pas tant que ça », expliquait avant l’émission l’une des porte-paroles de l’association Osez le Féminisme.
David Hockney, né le 9 juillet 1937 à Bradford au Royaume-Uni, peintre et photographe anglais habitant dans la ville californienne de Los Angeles, aux États-Unis. Depuis 2005 il est revenu en Angleterre et réside dans le Yorkshire, la province de son origine. Il est une figure du mouvement Pop Art des années 1960.
La prochaine Marche des fiertés de Paris aura lieu samedi 28 juin 2014. C’est l’occasion de défiler dans une ambiance festive pour demander l’égalité pour les personnes LGBT et de nouveaux droits pour toutes et tous. La marche des fiertés est une manifestation, chacun est invité-e à rejoindre le cortège et à défilé avec l’organisme de son choix.
Attention, cette année, le parcours change ! RDV à 14h au métro luxembourg, pour se diriger vers la place de la République, via le boulevard saint michel, le boulevard saint germain, passage au pont de sully avec la récolte de fond pour financer la marche, puis place de la Bastille et enfin place de la République.
Encore une nouveauté, podium plus beau, plus grand avec encore plus de spectacle vous attendra place de la république, en partenariat avec We Are Family !
Je ne serais pas arrivé là si… « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. Cette semaine, l’acteur et réalisateur explique en quoi ses origines, mi-immigrées mi-aristocratiques, l’ont amené à composer son personnage de poète burlesque.
Avec son personnage lunaire, Pierre Richard a longtemps incarné le cinéma burlesque populaire. Aux côtés de ses amis Jean Carmet ou Gérard Depardieu, cet acteur et réalisateur a attiré des millions de spectateurs dans les salles.
A 85 ans, il n’a quitté ni le grand écran ni le théâtre. Il revient, jusqu’au 8 mars 2020, dans Monsieur X, la nouvelle création de Mathilda May au Théâtre de l’Atelier à Paris. Un spectacle sans paroles mais tout en mouvement, dans lequel Pierre Richard est seul en scène.
Je ne serais pas arrivé là si…
… Si mon grand-père maternel, qui était mon idole, mon dieu, n’avait pas dit à ma mère, juste avant de mourir : « Pierre sera le seul de mes petits-fils qui y arrivera. » J’avais 11 ans, c’était comme une sorte de message. J’ai galéré pendant plusieurs années, mais sans impatience, sans stress, sans angoisse, parce que j’étais porté par cette phrase.
En disant cela, mon grand-père ne pensait pas que je ferais du théâtre ou du cinéma. « Y arriver », c’était au sens large. Mais cette prédiction m’a aidé dans les moments où j’aurais pu désespérer. Elle m’a rendu confiant, patient.
Pourquoi ce grand-père était-il votre « dieu » ?
C’était aussi le dieu de ma mère. J’admirais son parcours d’Italien immigré. Onzième d’une famille issue d’un petit village près d’Ancône, il a, à l’âge de 20 ans, traversé l’Italie à pied, en faisant tous les métiers : bûcheron, tailleur, etc., pour finalement arriver à Valenciennes (Nord) – où je suis né.
Intelligent, il a fini par monter une petite entreprise, puis une moyenne, puis une grosse. Il avait la même prestance, le même physique de colosse, les mêmes colères homériques que Raimu, acteur dont j’étais fou. Il pouvait monter très haut, puis ne plus très bien savoir pourquoi il était en colère, ça en devenait touchant !
Est-ce ce grand-père qui vous a envoyé en pension ?
Non, c’est l’autre. Mais je ne lui en veux pas. Ce n’était tellement pas le même monde, la même philosophie de la vie. Mon grand-père paternel était un polytechnicien, rigide, directeur d’une aciérie du Nord. J’étais, à ses yeux, un petit couillon qui ne foutait pas grand-chose. J’ai vécu une enfance en étant des deux bords : d’un côté, un château avec un aristocrate et, de l’autre, un immigré italien. Cela m’a fait faire des grands écarts constants, m’a donné une grande souplesse avec, parfois, des choses qui me stupéfiaient.
« J’ÉTAIS, À SES YEUX, UN PETIT COUILLON QUI NE FOUTAIT PAS GRAND-CHOSE. »
Mon grand-père paternel était profondément catholique, profondément croyant, mais il pouvait dire à sa femme : « Ce Lumumba [une des figures de l’indépendance du Congo belge], il n’y aurait personne pour l’assassiner ? » Tout ça parce qu’il avait des intérêts industriels au Congo belge ! Ce type pouvait à la fois aller à l’église et balancer des choses pareilles. Cela pose des questions fondamentales sur la complexité humaine.
Votre père, lui, était totalement absent…
Mon père a quitté ma mère avant que je naisse. C’est pour cela que mon grand-père maternel a été si important. C’était ma figure masculine. Il avait une énorme affection pour moi. Mon père a été banni de la famille par mon grand-père paternel. Pendant quinze ans, il n’a jamais voulu le voir. Il a fallu les fausses langueurs de ma grand-mère pour qu’il accepte que mon père revienne dans le giron.
Pourquoi vous ne « foutiez pas grand-chose » ? Vous n’aimiez pas l’école ?
Non seulement je n’aimais pas l’école, mais en plus j’avais une bonne raison : j’étais en pension ! Ça n’aide pas à l’aimer ! Je suis le contraire des 45 millions de Français de l’époque : pendant la guerre, je vivais une vie de petit sauvageon, à la Huckleberry Finn. Une grande liberté. Et quand Paris a été libéré, moi j’ai été enfermé ! Sept années de pension religieuse, de dortoir glacé, de nourriture infecte. Face à cette réalité, je foutais le camp dans ma tête, le rêve éveillé était la seule façon de m’en sortir.
Mais, au fond, cet univers a peut-être contribué, de manière inconsciente, à ce que je devienne acteur. En pension, il n’y avait pas trente-six manières de survivre : c’était soit être très fort physiquement, soit très fort intellectuellement, soit être très drôle. Faire rire ses camarades était très important. Il y en avait toujours qui disaient : « Ne touche pas à Pierre parce qu’il me fait rire ». J’étais le bouffon du roi, le roi étant celui qui était le plus costaud de la classe. Le dimanche, je rentrais chez moi : j’étais le seul qui mangeait de la merde pendant six jours et du caviar le septième ! Mais je m’emmerdais les dimanches dans ce château, sans frère et sœur et sans copain. Je me promenais dans le parc, je lisais Racine, Camus.
Pourquoi vous sentiez-vous « inadapté » à ce milieu familial aristocratique ?
Ah, ça, c’est sûr que je me sentais inadapté ! C’est un sentiment que j’éprouvais mais que je n’analysais pas. J’avais le don de faire exactement le contraire de ce qu’on attendait de moi.
Je me souviens qu’un jour où des invités devaient arriver, j’avais, avec un bâton, écrit « merde » en énorme sur le terre-plein en graviers rouges devant l’entrée du château familial. Je ne vous dis pas le scandale dans la famille ! Pourquoi ai-je fait ça ? J’étais sans doute anar sans le savoir. J’avais d’ailleurs lu beaucoup de choses sur les anarchistes, notamment Marius Jacob [1879-1954]. J’aurais bien aimé faire un film sur lui.
L’année du bac, vous découvrez au cinéma Danny Kaye, dans « Un fou s’en va-t-en guerre ». Et ce film vous bouleverse. Pourquoi ?
Je ne serais pas arrivé là si je n’étais pas allé, un après-midi, au cinéma Novéac, à Valenciennes, au lieu d’aller au lycée. Avant cette séance, je ne savais absolument pas ce que je voulais faire après le bac. Et là, j’ai eu un coup de foudre. J’ai vu un acteur – que je ne connaissais pas car je n’allais pas souvent au cinéma – grand, blond, qui chantait, dansait, qui était drôle et émouvant. J’ai été pris d’une extase, ce fut presque mystique ! J’avais compris : voilà ce que je veux faire ! C’était une révélation. Evidemment, je n’ai rien dit à ma famille car je n’étais pas censé sécher les cours pour aller au cinéma.
« ON NE VOUS DEMANDAIT PAS D’ÊTRE CONNU MAIS D’ÊTRE BON. ET SURTOUT DRÔLE. »
Dès que j’ai eu mon bac, j’ai quitté Valenciennes pour retrouver ma mère à Paris et m’inscrire au cours Charles-Dullin. Elle ne m’a jamais freiné dans mon souhait de devenir comédien. C’est un des rares privilèges d’avoir des parents divorcés. D’un côté, on m’a dit « non », de l’autre, « oui bien sûr », rien que pour emmerder l’autre moitié ! J’ai divisé pour mieux régner. Mais j’ai enlevé mon nom – Defays – et je n’ai gardé que mon prénom – Pierre-Richard – pour ne pas gêner la famille.
Comment s’est fait le passage au music-hall ?
Grâce aux conseils d’un ami, j’ai rencontré Victor Lanoux et on s’est mis à travailler ensemble. Comme tous les jeunes acteurs, on avait besoin de gagner de l’argent. A l’époque, il y avait les cabarets de la rive gauche. On ne vous demandait pas d’être connu mais d’être bon. Et surtout drôle. On s’est produit à L’Ecluse, où Barbara faisait ses débuts, et à la Galerie 55, où démarraient des artistes comme Jean Yanne, Jacques Dufilho, Guy Bedos… Notre duo a eu la chance d’être pris pour les premières parties de Brassens, une des personnes les plus attachantes que j’ai connues dans le métier.
Mais si j’en suis là, c’est parce qu’en 1962, j’ai décroché un tout petit rôle dans une pièce de Bertolt Brecht – Dans la jungle des villes – mise en scène par Antoine Bourseiller. Trois ans après, Bourseiller m’appelle : « Je vais te faire passer une audition pour une pièce de Slawomir Mrozek, mais je te préviens, ce n’est pas moi qui choisis, ce sera l’acteur principal, quelqu’un de très connu ». Trois jours après l’audition, j’apprends qu’Yves Robert m’a choisi. Encore un « je ne serais pas arrivé là si… » !
Et deux ans plus tard, Yves Robert vous offre un rôle dans « Alexandre le bienheureux ». Pendant le tournage, il vous dit : « Tu n’es pas un acteur, tu es un personnage. Fais ton cinéma ». Vous avez toujours dit que c’est le meilleur conseil qu’on vous ait donné. Pourtant, cela aurait aussi pu vous déstabiliser ?
N’oubliez jamais la phrase de mon grand-père ! En réalité, je n’avais conscience de rien. Mais ce conseil d’Yves Robert n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.
« BURLESQUE, POÉTIQUE ET CONTESTATAIRE : TELS ÉTAIENT LES FONDEMENTS DE MON CINÉMA. »
Quand j’ai raconté tout cela à mes copains, André Ruellan m’a dit : « Tu devrais lire Les Caractères de La Bruyère ». Le lendemain j’ai acheté le livre et lu le portrait de Ménalque le distrait. Il avait raison, c’était pour moi. Ruellan et moi, nous nous sommes mis à écrire Le Distrait. Un an plus tard, je suis allé voir Yves Robert : « Tu te souviens de ce que tu m’avais dit ? Eh bien, voilà un film. » Il a lu le scénario et m’a annoncé : « Tu vas le faire toi-même. »
Vous dites souvent que votre cinéma est « burlesque et poétique, dénonciateur et dévastateur »…
Cela a été le cas des trois premiers films que j’ai réalisés : Le Distrait était une satire de la pollution de la publicité. Je n’ai pas réussi mon coup, le problème s’est aggravé ! Les Malheurs d’Alfred dénonçait l’imbécillité des jeux télés. Ça ne s’est pas arrangé non plus. Et Je sais rien, mais je dirai tout – le plus personnel car j’étais le fils d’un gros industriel et me préoccupais de social – était contre la vente d’armes. Là encore, ça ne s’est pas arrangé !
Burlesque, poétique et contestataire : tels étaient les fondements de mon cinéma. Par la suite, je me suis prêté à d’autres metteurs en scène en étant moins attentif à ce triangle. J’ai fait beaucoup de burlesque, quelquefois poétique, mais j’ai oublié la contestation. Je le regrette parfois.
Le public va rapidement apprécier votre personnage inadapté au monde. Comment expliquez-vous cet attachement ?
Quand Le Distrait est sorti, en 1970, je n’étais pas connu. J’ai eu la chance d’avoir Bernard Blier à mes côtés. A sa sortie, le film a bien marché. Yves Robert m’a dit : « Tu as de la chance, le public adore ton personnage parce que la distraction est un défaut poétique. Les gens qui sont comme toi s’identifient et les autres, ça les fait rire. »
Par contre, cela a été plus compliqué avec la critique…
J’étais parfois critiqué assez méchamment. Dans Combat, lors de la sortie du Grand blond avec une chaussure noire (1972), le critique Henry Chapier s’étonnait de mon succès et trouvait cela désolant. Sinon, j’étais toujours considéré avec une certaine condescendance.
« POUR RECEVOIR LE CÉSAR D’HONNEUR, J’AI MIS UN SMOKING MAIS DES BASKETS BLANCHES. C’ÉTAIT UNE MANIÈRE DE DIRE : JE NE SUIS PAS CONTRE VOUS, MAIS JE NE SUIS PAS NON PLUS AVEC VOUS. »
Il a fallu que j’attende quarante années pour que Les Inrocks sortent un long papier. J’étais stupéfait qu’on reconnaisse pour la première fois mon style de cinéma. Quinze jours après, c’était Télérama, puis Les Cahiers du cinéma : je me demandais ce qui se passait ! Et puis, en 2006, j’ai même eu droit aux honneurs de la Cinémathèque française.
D’où, aussi, mon énorme étonnement, ma stupéfaction même, quand j’ai reçu, cette année-là, le César d’honneur. Je ne voulais pas y aller mais, autour de moi, tout le monde m’y a incité. J’ai mis un smoking, parce que c’était obligatoire, mais des baskets blanches. C’était une manière de dire : je ne suis pas contre vous, mais je ne suis pas non plus avec vous.
Pourquoi dites-vous souvent que votre film préféré, c’est « Le Jouet » ?
Pour plusieurs raisons. D’abord – et c’est une chose très étonnante de la part du réalisateur Francis Veber qui est vraiment tout sauf un homme de gauche – ce film dénonce la puissance de l’argent, avec une charge virulente contre Marcel Dassault, et décrit des relations père-fils nulles, comme celles que j’ai eues avec le mien. Ensuite, le talent de Veber a été de parvenir à faire une satire sociale tout en étant drôle. Enfin, il y a une raison plus personnelle : l’admiration et l’affection que j’ai pour Michel Bouquet. L’idée de jouer avec lui me terrorisait, mais on a tout de suite eu des rapports formidables.
Votre père est-il toujours resté un inconnu pour vous ?
Oui. Mon père était une espèce de seigneur des temps modernes, toujours avec de belles voitures et de belles femmes. Un jour où je tournais une séquence au casino de Deauville pour Je suis timide mais je me soigne, j’avais demandé à un salarié du casino si mon père y était déjà venu jouer. Il est allé consulter un gros livre : « Ah oui, il est venu et on lui autorisait des découverts énormes ! » Mon père a passé son temps dans les casinos, aux courses de chevaux et à la chasse. Il a fini fauché car il a tout perdu. Un jour, il m’a attendu à la sortie de la Galerie 55 où je jouais avec Victor Lanoux pour m’inviter à boire un verre. En fait, c’était pour me demander de l’argent, alors qu’à l’époque je gagnais 50 francs par soir ! C’est pour vous dire dans quel état il s’était mis !
A 85 ans, vous remontez seul sur scène dans un spectacle sans paroles. Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet ?
L’idée de Mathilda May m’a séduit. Au fond, je fais dans cette pièce ce que je faisais à une époque au cinéma. Je dis toujours non aux scénarios qui annoncent : « Il est dans une chambre d’hôpital avec un déambulateur. »
« JE N’AI JAMAIS PRIS MON MÉTIER POUR UN TRAVAIL. »
Avec ce spectacle, je retrouve tout ce que j’aime : la musique, le rythme, le muet. Tout passe par le corps, c’est complètement fou. C’est un défi, mais ça m’amuse beaucoup.
Finalement vous êtes heureux de votre parcours ?
Je n’ai jamais pris mon métier pour un travail. J’ai fait 70 films, je me suis amusé 70 fois, à deux ou trois exceptions près. J’ai eu du bol.
Je n’ai pas de mérite à aimer la vie. En revanche, je suis très pessimiste sur le monde. La déforestation massive, la fonte des glaces, la pollution des océans, les animaux qui disparaissent… c’est atterrant. Le communisme a raté son coup et le capitalisme est en train de nous foutre en l’air. Nicolas Hulot a eu raison de dire que capitalisme et écologie sont fondamentalement antinomiques. Tant qu’on voudra gagner un maximum d’argent dans un minimum de temps, on bousillera la planète. Et je ne vois pas le capitalisme disparaître…
« Monsieur X », écrit et mis en scène par Mathilda May, jusqu’au 8 mars 2020 au Théâtre de l’Atelier, à Paris
Née au Canada en 1981, Kourtney Roy a étudié aux Beaux-arts de Vancouver. Elle consacre son apprentissage à la photographie alors qu’elle s’orientait dans un premier temps vers la peinture. Elle vit et travaille aujourd’hui à Paris. Si une partie de son activité est la photographie de mode, elle réalise un travail personnel dès son entrée à l’université. Elle explore la pratique de l’autoportrait tout en photographiant d’autres modèles dans des mises en scène très personnelles et représentatives de son œuvre.
Le rendu léché et d’une esthétique proche de la grande peinture brouille la perception du spectateur. Kourtney Roy critique t-elle une image consensuellement sexualisée de la figure féminine ? Au contraire, l’artiste, qui est aussi une femme, n’enferme t-elle pas ses modèles dans le rôle de femmes objets ?
Sa démarche interroge la condition féminine. Dès 1977, l’artiste Cindy Sherman est une des pionnières de cette réflexion dans la photographie d’art. Elle travaille sous forme de séries où elle critique l’image et le rôle assignés à la femme.
Kourtney Roy interroge aussi le statut de la femme en se mettant en scène et en mettant en scène des modèles. Si ses photographies portent nettement l’empreinte de l’esthétique du magazine de mode, elles reprennent aussi tous les clichés de la photographie érotique. La femme y est fétichisée.
Elle arbore des accessoires apparentés à des pratiques sadomasochistes ou prend des poses suggestives. Elle est dans la confusion des genres entre ultra-féminité et attitude dominatrice. Ce qui interpelle plus particulièrement dans le travail de Roy est ce qui le différencie aussi d’une démarche critique comme celle de Sherman.
Kourtney Roy semble se délecter de ce doute dans lequel elle laisse son spectateur. L’artiste entretient ce goût du mystère dans un autre pan de son œuvre. Elle crée des images que l’on pourrait assimiler à des photoromans tragiques. Dans une atmosphère lourde et angoissante, les photographies deviennent narratives même si le sens de l’histoire reste insaisissable.
Tous les éléments sont réunis pour créer le malaise et l’angoisse. La photographe utilise sans modération le clair-obscur, les teintes sombres et profondes ainsi que des mises en scènes où la tension est palpable. Il ya des résonnances hitchcockiennes dans l’iconographie et des rappels du Caravage dans le traitement stylistique. On perçoit qu’un acte de violence va se commettre instamment ou que le pire vient déjà d’arriver.
Kourtney Roy crée des images picturales et cinématographiques pour raconter une histoire. Elle met en scène des femmes à la sensualité poussée à l’extrême. La photographe interroge le rôle et l’image assignés à la femme : quand l’objet des désirs devient dangereux.
Située dans le quartier du Haut-Marais, la galerie Taglialatella est l’unique galerie parisienne spécialisée en Pop Art à proposer une Collection aussi importante tant par la rareté des œuvres de certains artistes proposés que par la diversité de sa sélection. En effet, la galerie compte un fonds de plus d’une centaine d’œuvres dont beaucoup de pièces uniques.
Les artistes Pop Art exposés sont internationalement reconnus : Andy Warhol, Keith Haring, Tom Wesselmann, Jim Dine ou encore Jean-Michel Basquiat, Robert Indiana, Mel Ramos et Arman. Par la richesse et la qualité de sa collection, elle se veut une source dynamique pour les Collectionneurs d’Art, des amateurs aux plus expérimentés et chevronnés et aspire à devenir la référence par excellence en matière de Pop Art
Cet été, la galerie Huberty-Breyne crée l’événement en consacrant une grande rétrospective au maître de la Bande Dessinée érotique : Milo Manara. Des premiers strips mettant en scène le héros Giuseppe Bergman, au Parfum de l’Invisible en passant par Candide Camera et autres Histoires Courtes, l’exposition rassemble près une centaine d’oeuvres, illustrations, dessins et planches originales réalisées par le Maestro Italien au cours de ses 40 années de carrière. L’occasion de revenir sur les succès qui ont ponctué la vie de l’auteur et de découvrir en avant-première des oeuvres récentes, ainsi que les premières planches de son album « Le Caravage », dont la sortie est prévue prochainement chez Glénat.
HUBERTY-BREYNE GALLERY (Galerie Petit Papiers Paris) 91 rue Saint-Honoré 75001 PARIS
L’actrice explore avec ses photos son rapport au public et à la médiatisation. Son travail est présenté aux Rencontres de la photographie à Arles. Entretien.
Audrey Tautou fait de la photographie depuis plus de vingt ans. Ses clichés témoignent de son quotidien d’actrice et, particulièrement, un ensemble d’autoportraits, mis en scène ou spontanés, dans lequel elle joue de son image et du regard que les autres portent sur elle.
En tant qu’actrice, vous avez été beaucoup photographiée… Est-ce que cela vous a rapprochée de la photo ?
Curieusement, une séance photo représente un exercice dans lequel je n’ai jamais été à l’aise. En revanche mon métier m’a appris des choses techniques comme la fabrication d’un plan, l’éclairage.
Vous exposez à Arles une série de photos des journalistes que vous avez photographiés lors de vos interviews. Est-ce que c’était pour échanger les rôles ?
L’arroseur arrosé ? Je n’ai jamais pensé à ça. J’ai fait ces photos, je pense, pour prendre du recul par rapport à ce tourbillon médiatique qui m’a emportée après le succès du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, en 2001. J’avais besoin de trouver du sens à la promotion.
Bien sûr, c’est indispensable pour faire exister une œuvre, mais le processus était tellement fou que j’ai eu envie de garder quelque chose pour moi. J’ai pris plus de 800 photos sur lesquelles j’écrivais le nom du média et la date. Quand je les regarde aujourd’hui, ce que je trouve saisissant, ce sont tous ces regards posés sur moi par centaines, du jour au lendemain.
Comment ont réagi les journalistes ?
Sur les 800, un seul a refusé. Certains étaient un peu inquiets de savoir ce que j’allais en faire, comme si j’allais créer des poupées vaudoues et y planter des aiguilles ! Mais ce n’est pas mon genre. Ma photo est joyeuse et légère, c’est dans ma nature d’apporter un peu de dérision, d’humour.
Vous exposez aussi des autoportraits pris par dizaines. Pourquoi montrer ces images aujourd’hui ?
Depuis vingt ans, j’écris, je dessine, je photographie, je produis. Il m’a fallu toutes ces années pour que le puzzle prenne forme. Jusqu’ici, je réalisais juste un tirage contact et je m’arrêtais là. Les gens proches savaient un peu que je faisais ça, mais aucun n’a vu tout ce qui sera exposé à Arles. Même moi, ça va me faire un choc.
Mais j’ai eu profondément envie de parler avec ma propre voix, ou plutôt je l’ai toujours fait mais là j’ai eu envie qu’on l’entende. La photo est pour moi un travail extrêmement intime, je ne triche pas. C’est pour ça que je m’occupe de tout pour chaque image, je fais tout en argentique, sans retouche, je ne recadre pas. Mes autoportraits sont personnels jusque dans leur imperfection technique.
Pourquoi y a-t-il dans vos images autant de reflets, de dédoublements, de dissimulation, comme si vous vouliez vous cacher et vous montrer à la fois ?
Je ne sais pas du tout. C’était instinctif, pas réfléchi. La photo « mugshot » [portrait pris par la police après une arrestation] je ne l’avais pas planifiée, elle est venue comme ça. Et dans mes portraits mis en scène, je suis moi-même surprise qu’il y ait des atmosphères si différentes… Parfois je découvre mes images, alors que c’est moi qui les ai composées.
Et comment avez-vous fait pour fabriquer toute seule vos portraits mis en scène, qui visiblement ont demandé beaucoup de préparation ?
J’ai choisi des lieux toujours intimes, et je m’y suis adaptée. Je déclenchais à distance, et c’est compliqué avec mes deux appareils : avec mon Leica, il y a une poire et ça fonctionne une fois sur deux. Le Hasselblad dispose lui d’une commande infrarouge mais c’est un format carré…
Pour les accessoires, ce sont des objets qui m’appartiennent, ou bien que je fabrique : j’ai confectionné un costume d’officier avec des mèches de faux cheveux. Il y a de la pacotille, des choses qu’on m’a offertes… Tout a un sens, mais je ne révèle pas tout. Et je suis le plan que j’ai dans ma tête, c’est très précis. J’en ai encore une quarantaine d’autres à réaliser mais ça prend énormément de temps !
Le cinéma influence-t-il vos images ?
Non. Ça ne m’a jamais traversé l’esprit. La seule photo en lien avec le cinéma, c’est celle où je pose en train de lire un scénario, avec en fond le film Certains l’aiment chaud. Mais c’était une commande d’un magazine qui m’avait demandé un autoportrait pendant le Festival de Cannes. Et puis, c’est moi, je ne joue pas un rôle.
Pourtant, être actrice impose forcément un rapport particulier à son image…
Ce n’est pas tant lié à mon métier qu’au statut qui va avec. Il y a tout un monde qui se crée par la médiatisation. On est l’objet de fantasmes, on véhicule malgré soi certains clichés. Avant d’être moi, je suis leur. Quand vous êtes actrice de cinéma, votre image vous précède. Et j’ai toujours eu du mal avec le succès, la notoriété.
Je ne comprenais pas que certaines choses me déstabilisent : les avant-premières, les interviews, les soirées… Je me sers de ce statut qui me dépasse, je joue avec. Les autoportraits existent depuis toujours dans l’histoire de l’art. Mais ce qui fait ma particularité de photographe, c’est le regard intime que je porte sur tout cela : je suis bien placée pour jouer avec ce que je représente.
Quel genre de photographie vous a marquée ?
Plutôt des trucs d’aventuriers ! Enfant, j’étais fascinée par Dian Fossey, je me voyais en Amazonie en train de photographier les primates ! Après j’ai découvert Martin Parr, Diane Arbus, André Kertész, Brassaï… Et Annie Leibovitz, qui expose cet été à Arles. Son expo à Paris en 2008 est une des plus belles que j’ai vues : elle montrait des photos de sa famille et son travail de magazine. Il y avait un côté très intime, et en même temps très équilibré, très maîtrisé.
« Superfacial », exposition d’Audrey Tautou, abbaye de Montmajour, Arles (Bouches-du-Rhône), jusqu’au 24 septembre, de 10 heures à 18 h 30.
Le réalisateur, visé par les accusations de viol de dix femmes, dont une Française, livre sa version des faits dans un long entretien accordé au magazine "Paris Match". Une interview âprement négociée par la magazine, dont le directeur de la publication, Hervé Gattegno, explique auprès d'Europe 1 la démarche au nom du "droit à se défendre".
Le magazine Paris Match consacre sa Une de la semaine à Roman Polanski, le réalisateur de J’accuse, de nouveau sous le coup d'une accusation de viol. Dans un long entretien à l’hebdomadaire, le metteur en scène de 86 ans se défend des faits rapportés par Valentine Monnier mi-novembre. Ces déclarations, publiées par Le Parisien, avaient obligé les acteurs à arrêter la promotion de son film, et poussé le réalisateur au mutisme.
On sait qu’en pareilles circonstances, les conditions de l’interview sont extrêmement encadrées, d’autant que la communication de Roman Polanski est gérée par Anne Hommel, spécialiste de la communication de crise. Le grand public a connu son nom et son visage lors de l’affaire DSK, qui était l'un de ses clients. "Il a fallu faire un travail d’approche, contacter les gens qui travaillent pour lui, son agence de communication, son avocat, faire passer des messages à certains de ses proches que je connais", explique à Europe 1 Hervé Gattegno, le directeur de la direction de Paris Match. "Il a fallu le rassurer, le convaincre que notre démarche était sincère et ouverte, que l’on n’était pas là pour l’accuser, mais au contraire pour lui donner la parole." Un long déjeuner avec le réalisateur aura finalement achevé de le convaincre.
Au nom de la "présomption d‘innocence"
Dans ce contexte, on imagine que tout doit être pris en compte, notamment la question de la parole de la victime et le poids de celle de l’accusé, surtout lorsqu’il est aussi célèbre que Roman Polanski. "Je crois que les affaires d’abus sexuels, de violences, de féminicides sont un phénomène utile. Cela fait du bien que l’on puisse dire ces choses et avancer. Néanmoins, comme pour les affaires de corruption dans les années 1980 ou les affaires de pédophilie dans les années 1990-2000, on a tendance à passer d’un extrême à l’autre. Il faut, plus que jamais, s’attacher à la présomption d'innocence", plaide Hervé Gattegno. "Roman Polanski, comme d’autres gens célèbres accusés de telles choses, a le droit de se défendre, de s’exprimer sans que l’on considère que parce qu’il est accusé, il est coupable."
La version de Roman Polanski
Dans cet entretien, Roman Polanski nie en bloc les accusations de Valentine Monnier dont il dit se souvenir "à peine". "Et je n'ai évidemment aucun souvenir de ce qu'elle raconte puisque c'est faux. Je le nie absolument". Et le réalisateur d'expliquer qu'en plus, la photographe affirme que c'est une amie qui l'avait invitée chez lui, mais qu’elle ne se rappelle plus qui précisément. "C'est facile d'accuser quand tout est prescrit depuis des dizaines d'années." Et lorsque les journalistes précisent que Valentine Monnier l'accuse aussi de l'avoir battue, il répond : "C'est délirant ! je ne frappe pas les femmes. Sans doute les accusations de viol ne font plus sensation, il fallait en ajouter une couche !".
" Depuis des années, on essaie de faire de moi un monstre "
Roman Polanski revient également sur l'affaire Samantha Geimer, qui l'a accusée de l'avoir droguée puis violée dans la villa de Jack Nicholson en 1977, alors qu'elle n'avait que 13 ans. "Depuis des années, on essaie de faire de moi un monstre. Pour les enfants et pour Emmanuelle [Emmanuelle Seigner, son épouse, ndlr], c'est épouvantable." "Pour ma famille et moi, ça n'est vraiment pas facile", a d’ailleurs confié l'actrice a Europe 1.
Enfin, dans cette interview à Paris Match Roman Polanski cible aussi les médias, qui "se jettent sur lui avec une violence inouïe. C'est comme une malédiction qui revient, et je ne peux rien y faire" estime-t-il.
Europe 1
Par Cyril Lacarrière, Jean-Pierre Montanay, Alexandre Homar et Mathieu Charrier
Accrochez-vous bien ! Une banane collée sur un mur avec du ruban adhésif a été vendue à 120.000 dollars. Je vous assure ce n’est pas une blague ! On vous raconte l’histoire…
L’œuvre intitulée « Comedian » est signée Maurizio Cattelan un artiste italien qui à la base imaginait une sculpture en forme de banane. D’après le galeriste de l’exposition, plusieurs modèles avaient été réalisés, en résine puis en bronze avant qu’il choisisse finalement d’exposer une vraie banane. Cette œuvre était exposée à l’exposition d’art contemporain Art Basel à Miami Beach aux États-Unis quand elle fût dévorée sous les yeux stupéfait des autres visiteurs. David Datuna, un artiste américain s’avance, décolle délicatement la banane, il l'a pèle puis la mange sans scrupule tout en regardant la foule devant lui ! Une action surprenante et audacieuse qui pousse à la réflexion… David Datuna y voit une performance artistique qu’il nomme « Hungry Artist », une interprétation culotée, il faut le dire !
Ceci dit, d’après la Galerie Emmanuel Perrotinqui a d’ailleurs vendu « Comedian », cet homme n’a pas détruit l’œuvre. "Il n'a pas détruit l’œuvre. La banane, c'est l'idée", a expliqué son directeur des relations avec les musées Lucien Terras, au quotidien Miami Herald. L’idée est que toute la valeur de l’œuvre réside dans le certificat d’authenticité surtout en sachant que le fruit est censé être changé fréquemment, car oui un fruit ça pourrit ! La banane a d’ailleurs été remplacée dès sa disparition.
Abdelmajjid Tebboune à son bureau de vote à Alger, jeudi.
Photo Ryad Kramdi. AFP
Par Madjid Zerrouky
L’ancien premier ministre a obtenu 58,15 % des voix lors du scrutin de jeudi, avec seulement 39,83 % de participation. Et dès vendredi, il a fait face à des manifestations de masse.
A peine proclamé, c’est un président d’ores et déjà conspué par des marches gigantesques. C’est le paysage politique qu’offre sans surprise l’Algérie au lendemain de la tenue de la très contestée présidentielle du 12 décembre, sur fond de boycott et de manifestations.
Donné vainqueur par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), vendredi 13 décembre vers 11 h 30, Abdelmadjid Tebboune est arrivé en tête avec 58,15 % des voix pour une participation annoncée officiellement à 39,83 %. Soit le niveau le plus bas de l’histoire des scrutins présidentiels organisés dans le pays que l’opposition dénonce comme étant quand même artificiellement gonflé.
Ephémère premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika et représentant de la vieille bureaucratie d’Etat, M. Tebboune, 74 ans, passait pour le plus proche de l’homme fort du pays, le général Ahmed Gaïd Salah, parmi les cinq candidats en lice. Il aura connu un état de grâce d’à peine deux heures. Une marée humaine a envahi le centre de la capitale et d’autres villes à l’annonce des résultats pour dénoncer sa victoire. Jamais un président algérien n’avait eu droit à un tel d’accueil…
Lors d’une conférence de presse tenue à Alger en fin de journée, le nouveau président a dit « tendre la main au Hirak [le mouvement de protestation en cours contre le régime] pour un dialogue afin de bâtir une Algérie nouvelle et restaurer la confiance entre les enfants du pays ». Il s’est également engagé à « amender la Constitution qui sera soumise à un référendum populaire » sans en préciser ni le contenu ni les modalités.
Déclarations de bonnes intentions
Une main tendue dans le vide ? Pas sûre que ces quelques déclarations de bonnes intentions rassurent pour l’instant les Algériens qui se mobilisent massivement depuis maintenant dix mois et qui considèrent que rien ne répond aux revendications exprimées par le Hirak. A savoir un renouvellement des figures politiques et une mise à plat du fonctionnement des institutions pour qu’elles soient transparentes et démocratiques.
Des cinq candidats, Abdelmadjid Tebboune est celui qui est resté le plus vague concernant ses projets de réformes institutionnels ou relatifs aux libertés publiques. « On cherchait quelqu’un pour traduire politiquement et dans les institutions l’agenda du Hirak, lui traduit l’agenda de Gaïd Salah », résumait, amer, le journaliste Ihsane El Kadi sur Radio M. « Jour d’après », ce vendredi était attendu avec fébrilité. Parmi les Algérois hostiles au vote rencontrés les jours précédents, certains disaient avoir réservé cet après-midi-là pour contester le nouvel élu et préférer ne pas manifester le jour de la tenue du scrutin, par peur de violences et de provocations.
Au petit matin, Alger a sa mine des mauvais jours. Le ciel est bas et gris, des files interminables de véhicules de police sont garés le long des avenues, des passants sont résignés et des opposants accusent le coup. « C’est à pleurer », admet un sympathisant du RAJ, un mouvement éprouvé par la répression. On commente avec appréhension les événements en Kabylie, secouée par des émeutes après la dispersion des marches du jeudi qui ont vu des dizaines de bureaux de vote fermés par les manifestants, urnes et bulletins dispersés dans les rues.
« Cette élection est illégitime »
C’est après l’annonce du vainqueur par l’ANIE que tout bascule. Vers 14 h 30. Ils arrivent, par quartiers, en groupes, en famille. Une foule immense prend d’assaut les principales artères de la capitale avec un parfum des grandes heures du mois de février. Dans une ambiance bon enfant mais avec un florilège de colères : « Cette élection est illégitime, le chiffre de participation est une insulte au peuple. On se fiche de nous mais on ne s’arrêtera pas. On ne peut pas rester muselés comme ça. On veut vivre dignement », prévient Réda Ouhib, un cadre dans l’assurance enveloppé dans le drapeau national, rencontré près de la Grande Poste.
« Cette élection, c’est un non-événement pour l’Algérie. On s’y attendait. Mais le scénario est tellement idiot. Ils se sont surpassés. L’Algérie veut se libérer. Le premier préalable, c’est la libération des détenus. Sinon on ne s’arrêtera jamais », ajoute Madjid Azla, un cadre dans la fonction publique.
Avenue Assalah-Hocine, une immense procession s’écoule depuis le quartier populaire de Bab El-Oued : « Elections militaires, ils ont fait voter les soldats jour et nuit ! » Plus loin, les jeunes de la banlieue populaire d’El Harrache remontent vers la rue Didouche-Mourad avec tambours et drapeaux.
Compagnon des colères algéroises, l’humour fraye son chemin dans les cortèges. Nez poudrés de farine, déversée par paquets depuis les balcons, de nombreux manifestants moquent « l’affaire de la cocaïne » dans laquelle le fils d’Abdelmadjid Tebboune, Khaled, est impliqué. Il est en détention provisoire dans une affaire de trafic d’influence liée à la saisie de 700 kg de cocaïne en mai 2018. Sur l’air des printemps arabes – Le peuple veut la chute du régime –, on s’époumone : « Le peuple veut de la blanche gratuitement ! »
Un drapeau berbère, interdit dans les manifestations par le pouvoir, est brandi par défi devant le commissariat du 6e arrondissement. Une scène inimaginable depuis ce printemps, quand le chef d’état-major a interdit l’emblème, réprimant sévèrement les manifestants qui bravaient cette consigne. « La Kabylie, bravo à vous, l’Algérie est fière de vous », crie-t-on du côté de Bab El-Oued.
Avec humour ou rage, les rues algériennes posent un immense défi à Abdelmadjid Tebboune. Et loin de ses déclarations apaisantes, la répression s’abat sur Oran. Dans la capitale de l’ouest algérien, près de 400 manifestants ont été arrêtés ses trois derniers jours, a dénoncé la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme. Les témoignages sur les violences policières se multiplient.
Depuis la convocation du corps électoral, le 15 septembre, le seul horizon de l’armée aura été l’organisation de l’élection du 12 décembre, maintenue contre vents et marées dans un climat de plus en plus tendu. Sans parti ni base sociale, c’est un président mal élu qui fait face aujourd’hui à un pays en ébullition.
Le premier ministre Boris Johnson va pouvoir rester à Downing Street cinq ans, et surtout réaliser comme promis le Brexit au 31 janvier 2020, ayant totalement renouvelé un Parlement jusqu’alors dans l’impasse.
On l’aime ou on le déteste, avec sa fausse allure brouillonne, son mépris des détails et surtout pour son slogan « Get Brexit done » (« réalisons le Brexit »), simpliste, répété ad nauseam durant toute la campagne des élections générales au Royaume-Uni. Pour autant, Boris Johnson a magistralement réussi son pari. Son camp conservateur a remporté une victoire historique, jeudi 12 décembre, avec 362 sièges à la Chambres des communes (évaluation à 5 heures du matin, heure de Londres), soit 36 sièges au-delà de la majorité absolue (326), une avance jamais vue depuis 1987, lors de la troisième victoire d’affilée du parti sous le leadership de Margaret Thatcher.
Le premier ministre sortant va pouvoir rester à Downing Street cinq ans, et surtout réaliser comme promis le Brexit au 31 janvier 2020, ayant totalement renouvelé un Parlement jusqu’alors dans l’impasse, sans majorité pour (ou contre) le divorce avec l’Union européenne (UE). Les nouveaux députés feront leur entrée à Westminster dès mardi 17 décembre et pourraient avoir à se prononcer sur le « Withdrawal bill », l’acte législatif de retrait de l’Union européenne (UE) avant Nöel. « On nous a donné un mandat fort pour unir ce pays et réaliser le Brexit » a martelé Boris Johnson vers 3 h 45 du matin, depuis sa circonscription d’Uxbridge, dans le nord-ouest de Londres.
Débâcle du parti travailliste
Le parti travailliste, deuxième force politique du pays, encaisse en revanche une véritable débâcle, passant juste au-dessus des 200 sièges (selon les estimations du début de la matinée, vendredi), contre 262 jusqu’en novembre dernier. Il paie lourdement un message flou sur le Brexit – le parti s’engageait à renégocier l’accord de divorce puis à organiser un référendum, un programme très radical (plus de 400 milliards de livres de dépenses publiques supplémentaires, environ 482 milliards d’euros) et surtout, l’image très dégradée de son chef, Jeremy Corbyn, accusé de n’avoir pas sérieusement lutté contre l’antisémitisme rampant dans le parti. A 3 h 30 du matin, juste après avoir appris sa réélection dans le nord de Londres, à Islington, M. Corbyn a d’ailleurs annoncé qu’il renonçait à mener d’autres campagnes électorales et qu’il quitterait la tête du parti, mais « après une période de réflexion » au sein de ce dernier. C’est la quatrième élection générale d’affilée perdue par le parti travailliste.
Les Libéraux démocrates (Libdem) qui en début de campagne espéraient capter l’essentiel du vote Remain, ont complètement raté leur pari, reculant de sept sièges (à treize sièges, évaluation de 5 heures du matin). Leur promesse d’annuler purement et simplement le Brexit s’est révélée une erreur tactique majeure : les électeurs ont jugé que c’était antidémocratique. Cruellement symbole : Jo Swinson, leur jeune leader, qui prétendait vouloir devenir première ministre en début de campagne, a perdu son siège de Dunbartonshire East, au sud-ouest de l’Ecosse, à 150 voix près, au profit d’une toute jeune candidate du SNP, le parti indépendantiste écossais. Combien de temps tiendra t-elle à la tête de sa formation, s’interrogeaient déjà les commentateurs politiques vendredi matin ?
« Une note de bas de page dans l’histoire »
Nigel Farage, ex-fondateur du Ukip, grand promoteur du Brexit, n’a une fois de plus décroché aucun siège pour son « parti du Brexit » à Westminster, les Britanniques s’en détournant largement pour le parti conservateur. Il devrait aussi, logiquement, perdre son poste de député européen, une fois le Brexit réalisé. « Vous allez rester comme une note de bas de page dans l’histoire » lui a lancé Andrew Neil, le redoutable interviewer de la BBC.
Les Britanniques ont donc tranché : ils ont largement confirmé le résultat du référendum de 2016, confirmé qu’ils voulaient le Brexit ou du moins que le résultat du référendum devait enfin être honoré, après trois années et demi d’atermoiements. On a aussi assisté jeudi à un grand réalignement de la politique britannique autour de la fracture du Brexit. Le fameux « mur rouge » du centre et nord de l’Angleterre, bastion travailliste depuis des décennies, mais ayant voté en majorité pour quitter l’UE en 2016, a préféré le vote conservateur.
Sur ces terres traumatisées par les années Thatcher, paupérisées par la fermeture des mines et des usines dans les années 1980, les votants n’ont même pas fait payer le parti Tory pour ses neufs années de politique d’austérité. Première circonscription rouge à tomber, jeudi dans la nuit : Blyth Valley, dans l’extrême nord est de l’Angleterre, était aux mains du Labour depuis les années 1970. Puis sont successivement devenues bleues (la couleur des conservateurs) : Bolsover, Workington ou Leigh. A Bishop Aukland, dans le nord-est, une toute jeune candidate Tory, Dehenna Davison (25 ans), a même gagné avec 8 000 voix de majorité sur la députée labour sortante. « Ce vote prouve qu’on ne peut pas oublier la démocratie [et le référendum de 2016] » a déclaré Ian Lavery, président du Labour.
Le parti travailliste ne s’est maintenu que dans le Pays de Galles et sur Londres, qui avait largement voté pour rester dans l’UE. Mais même dans la capitale, le parti a échoué à décrocher l’énorme trophée d’Uxbridge et South Ruislip, la circonscription de Boris Johnson. Le Premier ministre n’y a quasiment pas mis les pieds de toute la campagne, mais son jeune concurrent travailliste Ali Milani n’a pas réussi à le défaire, malgré la très forte mobilisation des activistes du Labour sur le terrain.
Election « focalisée sur le Brexit »
M. Corbyn réussira t-il à maintenir son leadership dans les jours qui viennent ? John McDonnell, un de ses très proches, ministre des finances de son cabinet fantôme, a tenté de ralentir sa chute, vendredi dans la nuit, en mettant l’échec de son camp sur le dos d’une élection « focalisée sur le Brexit », une manière de ne pas parler du programme, très radical et de la personnalité de Jeremy Corbyn, très mal perçue sur les pas-de-porte un peu partout dans le pays.
Mais la guerre de succession a commencé dans le parti de la gauche britannique. Caroline Flint, députée sortante de Don Valley, qui a perdu son poste jeudi, twittait dans la nuit : « nous allons entendre les Corbynistas blâmer le Brexit, et les Remainers du Labour, blâmer Corbyn. Mais tous ont tord et cette nuit est affreuse pour le parti. » Pour Gloria De Piero, ex-députée Labour ayant renoncé à se représenter le 12 décembre, « mon parti n’a pas tenu compte des signaux d’alerte […] et a échoué à reconnaître que les gens qui ont voté pour quitter l’UE méritaient que leur voix soit entendue ». Très remonté, Ian Murray, le seul élu Labour à avoir réussi à conserver son poste en Ecosse, a fait remarquer vendredi matin : « à toutes les portes auxquelles j’ai frappé durant la campagne, mon équipe et moi avons parlé à 11 000 personnes, tous ont mentionné Corbyn. Pas le Brexit, mais Corbyn. Le résultat, c’est que nous avons laissé tomber le pays, nous devons changer de direction et vite ».
La victoire écrasante de Boris Johnson et de son « Get Brexit done », signifie aussi la fin de l’espoir pour beaucoup de Britanniques proeuropéens, qui depuis trois ans et demi, refusaient la fatalité du résultat du référendum de 2016, réclamaient un deuxième référendum. En raison de la résistance d’une partie d’entre eux à Westminster, la date du Brexit avait été déjà repoussée trois fois. Significatif : même Kensington, circonscription très remainer du centre de Londres (elle a voté à 69 % pour rester dans l’UE en 2016), a choisi une députée conservatrice pro-Brexit, Felicity Buchan. Le candidat Libdem, Sam Gyimah a probablement fait perdre des points à la députée sortante travailliste, signant une défaite cuisante pour le camp du Remain.
Mains libres
Boris Johnson a désormais les mains libres, avec une majorité assurée, un Parlement renouvelé, des leaders des partis d’opposition sur le départ ou très affaiblis. Le traité de retrait de l’UE est prêt, il a été négocié en octobre entre Londres et Bruxelles, il avait même passé la barre de la première lecture à la Chambre des communes avant sa dissolution. Il doit être définitivement validé à la majorité par le Parlement dans les jours qui viennent – peut-être même avant Nöel. Le Parlement européen aura encore à le ratifier de son côté, mi-janvier. Dès début février, le Royaume-Uni sera devenu un « pays tiers », et entamera la négociation de sa relation future avec l’UE. Boris Johnson a assuré qu’il l’aura bouclée avant fin 2020.
Saura t-il tenir ce délai ? Surtout : pour quel type de relation optera t-il ? Personne n’en sait encore rien. Une chose, cependant : sa majorité aux Communes lui permettra de renier des promesses, pour, par exemple, réclamer plus de temps à Bruxelles afin de négocier la relation future. Il pourrait aussi passer outre les exigences des plus extrêmes des brexiters, qui exigent un Brexit dur et une relation la plus distante possible avec Bruxelles. Après tout, M. Johnson n’était-il pas considéré comme un conservateur « libéral » quand il était maire de Londres ?
Il ne devrait plus non plus dépendre du DUP, les unionistes irlandais, qui ont tenu la dragée haute à Theresa May pendant deux ans (elle dépendait d’eux pour sa majorité), mais sont sortis abîmés du scrutin de jeudi : Nigel Dodds, leur tête de file à Westminster, a perdu son siège au profit du Sinn Fein.
Mais jeudi soir, tous les commentateurs s’interrogeaient sur ce que signifiait cette impressionnante vague bleue en Angleterre alors que le SNP, le parti indépendantiste écossais, a enregistré de son côté une très belle performance, regagnant le terrain perdu lors des élections générales de 2017, et trustant 48 des 59 sièges réservés à l’Ecosse à Westminster. M. Johnson avait beau insister, vendredi aux aurores, sur le concept de parti conservateur « One Nation », tous les commentateurs politiques s’inquiétaient d’un risque accru d’éclatement du Royaume-Uni.
Nicola Sturgeon réclame depuis des mois un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, pour cause de Brexit, après celui de 2014 (perdu au profit de l’Union). Le résultat de jeudi va donner de très forts arguments à la cheffe du SNP. Au détail près qu’elle a besoin d’une majorité à Westminster pour que son deuxième référendum soit autorisé. Boris Johnson a déjà fait savoir, qu’il refuserait ce nouveau scrutin aux Ecossais. Mais combien de temps pourra t-il résister ? « Les conservateurs ont perdu des voix en Ecosse, j’ai un mandat pour offrir aux Ecossais le choix, cela ne fait pas de doute » a réagi Mme Sturgeon, vendredi matin.
Le jeune artiste Ivan Plusch présente " Shibari Translation ", série inaugurale de son nouveau projet " Infinity Cycle ". Le Shibari, équivalent japonais du bondage occidental, apparait au XVe siècle comme technique de torture consistant à ficeler et suspendre la victime...
Une chanteuse, un piano, quelques éléments de décors, des ombres et des projections vidéos ? Oui mais pas que... Mademoiselle A raconte et chante son histoire : brûlante, palpitante, politiquement incorrecte mais aussi terriblement drôle et sensible à la fois. Au départ, rien de plus qu’une fillette de onze ans passionnée par le chant, encouragée par sa « mamie » mais empêchée par son père. Quand, deux ans plus tard, sa grand-mère s’éteint et ses parents se séparent, tous ses repères volent en éclats. La recherche du bonheur va dès lors ouvrir chez la jeune femme un large champ d’expériences. A travers l'interprétation subtile des chansons revisitées de son idole de toujours - Serge Gainsbourg – la jeune femme va chercher à atteindre un épanouissement sexuel et intellectuel absolu. Où se cache le véritable amour ? Dans la réalisation artistique ? Du côté des hommes ou des femmes ? Dans la douleur ?
Dans l’abandon total, la soumission ou la domination ? Et s'il était un peu partout à la fois ? A travers les textes subversifs de Gainsbourg, la curiosité et le culot de la jeune femme soulèvent la question du "Jusqu’où aimer, pour aimer jusqu'au bout ?" Parce que la belle jeune femme ne se contente pas de se poser des questions mais tente d'y répondre, la passion à laquelle elle succombe en rencontrant « son Gainsbourg » repoussera contre toutes attentes des limites qu'elle pensait infranchissables. L'intérêt du spectacle réside tout autant dans l’originalité de l'histoire racontée que dans sa forme habilement pluridisciplinaire - transformant un récit de vie très subversif en une œuvre musicale et spectaculaire. Au final, une vraie grande histoire d’amour farouchement moderne qui aurait pu s’intituler « je t’aime, moi non plus ». Arrangements et piano : Mathieu LUCAS PRESSE : « Elle est libre, elle est rock et poétique… Mademoiselle A » (Olivier Daudé, France Bleu) « Energique, émouvante, mutine… Mademoiselle A sait aussi se montrer coquine, avec son interprétation des « Sucettes » de Serge Gainsbourg (…) Très beau » (La Charente Libre) « Nous avons pu juger au plus près de l’aisance de Mademoiselle A dans les chansons du grand Serge qu’elle interprète avec son caractère, assurément bien trempé ! » (Revue-spectacles)."Mademoiselle A mêle le récit aux chansons, aux rythmes résolument modernes, de l'artiste sulfureux . Elle a du tempérament, chante bien (...) Pour redécouvrir l'insolence transgressive et les rythmes jazzy de Gainsbourg, le spectacle est agréable" (TELERAMA - sortir)
Femininities – Guy Bourdin ? C’est un événement et il est signé Chloé. En ce mois de juillet, la célèbre Maison française dévoile son tout nouveau lieu artistique non loin de son siège parisien dans le 8e arrondissement. Et le programme fait rêver : dans un immense immeuble haussmannien se succèderont tout au long de l’année événements et expositions mettant à l’honneur l’histoire, les créations et la vision des femmes de la Maison Chloé à travers ces 65 dernières années : de la fondatrice Gaby Aghion aux filles Chloé d’aujourd’hui.
Pour sa toute première exposition temporaire, la Maison Chloé n’a pas choisi de faire les choses à moitié : c’est le célèbre photographe français Guy Bourdin qui est mis à l’honneur. C’est un lien fort qui existe entre le photographe et la Maison. Pour preuve, ce dernier a créé le plus grand nombre d’éditoriaux de mode mettant en avant les créations Chloé.
Judith Clark, commissaire d’expo et scénographe a imaginé un parcours singulier et un jeu de mise en scène habile qui oppose deux types de féminité : celle d’images chocs, explosives voire controversées du photographe de mode, et celle carrément plus chic bohème représentée par les vêtements de ces mêmes images. Le contraste est bluffant, offrant une toute nouvelle vision du travail du talentueux artiste.
Les visiteurs pourront alors circuler dans une expo bien pensée et originale, située rue de la Baume. De l’entrée jusqu’aux showrooms, ils découvriront une pléiade d'objets, de vêtements et de photographies. Le point de départ ? Une salle bien nommée "Chloé Girls - The Anthology A-Z", et dont l'installation permanente vous fera découvrir les créations devenues des icônes de la maison. Vous saurez alors comment, dès 1952, en décidant de se lancer dans le prêt à porter de luxe, Gaby Aghion a réinventé l'élégance sous le signe de la liberté, avec ses directeurs artistiques : Karl Lagerfeld et Stella McCartney.
Bref l'expo, immanquable et gratuite, se déroulera du 4 juillet au 6 septembre. Elle sera accompagnée d’un catalogue créé par John Morgan Studio. Les billets seront disponibles ici, et sur inscription. Chaque visite se fera par groupes de 12 personnes avec un conférencier, pour une ambiance résolument intimiste. Si on pouvait résumer, et en deux mots seulement, on dirait : allez-y !
Quoi ? • L'exposition Femininities − Guy Bourdin à la Maison Chloé
Rendez-vous ce week-end de pentecôte pour le festival Art Rock, aux multiples visages, qui convoque toujours les arts sur scène ou dans les lieux les plus atypiques de Saint-Brieuc. Musique, danse, arts plastiques et multimédia, théâtre, photographie, s'y confondent dans une synergie parfaite.
En plus des concerts des artistes les plus en vue et les plus solides du moment, les performances artistiques seront de la partie. Tandis que Miss.tic investit les murs de Saint- Brieuc et l'ancien Monoprix, les six peintres chanteurs de la compagnie Luc Amoros composent et décomposent leurs fresques éphémères comme autant de fenêtres sur le monde. Provoquant et subversif, 'The Ballad of sexual dependency ' bouscule à son tour les pensées. Le milieu punk new-yorkais, immortalisé par la célèbre artiste Nan Goldin dans les années 80, y est mis en musique par le trio surréaliste et savoureusement cynique The Tiger Lillies dans une alchimie palpable.
- L'ancien Monoprix, le pavillon des arts numériques, le 7 BIS, le village du festival, les projections au Petit Théâtre, les concerts du vendredi et du samedi après-midi au forum, le Parc des Promenades sont libres d'accès.
Épreuve de force hier soir, à Erdeven, entre les gens du voyage et les élus de la commune qui refusaient de leur laisser l'accès au camping municipal, sur la dune dominant la plage de Kerhillio.
Hier, tout au long de l'après-midi, un important convoi de gens du voyage de la mission évangélique Vie et Lumière sur les routes de l'est du département, a causé, à Auray, un bouchon sur la voie express dans le sens Vannes-Auray et la paralysie du sud de la ville au niveau des zones d'activités. Le lieu de rendez-vous se situant sur le parking d'un centre commercial. Le bouchon s'est ensuite déplacé vers Erdeven où les caravanes ont bloqué les routes sur plusieurs kilomètres et durant plusieurs heures. Puis ils se sont dirigés vers le camping municipal qui domine la plage de Kerhillio où ils ont trouvé porte close car la mairie avait mis en place un barrage composé d'un tracteur et du fourgon d'un adjoint. Les véhicules de gendarmerie ont complété ce dispositif.
Plus de 350 caravanes
Pour le pasteur Meyers, ce rassemblement était annoncé mais le terrain proposé par la préfecture, à Damgan, était trop petit pour plus de 350 caravanes et 1.500 personnes. «La demande portait sur 250caravanes. Le terrain de Damgan, qui fait 4,5 hectares, répond à cette demande», précisait-on du côté de la gendarmerie, présente avec plus de 80 militaires, et même un hélicoptère.
Des élus remontés
«Il est hors de question qu'ils s'installent ici, ce serait un préjudice inacceptable pour l'activité touristique et l'image d'Erdeven, et pour tous les commerçants. La loi doit être la même pour tous», s'insurgeait le maire, Françoise Le Jossec, épaulée par son conseil, le député Michel Grall et des habitants prêts à organiser une manifestation. Vers 21h30, c'est le préfet lui-même qui s'est déplacé à Kerhillio. Un accord a finalement été trouvé. À 23 h 30, les caravanes s'apprêtaient à lever le camp.(source : Le Télégramme)
Ce matin vers 08 heures du côté de Kerhillio.
Dans un champ, ce matin, juste à côté du Manoir de Kercadio.
Accès aux champs barré à la hâte par les agriculteurs.
Ces photos ont été prises ce matin vesr 8h00. Il apparait que les caravanes sont disséminées sur toute la commune d'Erdeven. A suivre...
La galerie parisienne Huberty-Greyne consacre une grande rétrospective à l'auteur du Déclic, succès incontesté de la bande dessinée érotique. Une centaine d'œuvres seront présentées où la sensualité le dispute à l'élégance.
Courbes vertigineuses, jambes interminables, silhouettes sculpturales et gracieuses, tour à tour insolentes ou sensibles, telles sont les héroïnes de Milo Manara. Du 20 juin au 6 septembre 2014, la galerie parisienne Huberty-Breyne consacre une grande rétrospective au maître de la bande dessinée érotique, Manara de Bergman au Caravage. L'exposition rassemble près d'une centaine d'œuvres du maestro, illustrations, dessins et planches originales, témoignages à la virtuosité indéniable de sa passion pour les femmes. L'art de Milo Manara est avant tout celui de magnifier le corps féminin.
Né en 1945 en Italie, rien ne prédisposait l'auteur à embrasser cette prestigieuse carrière dans la BD érotique, ses débuts dans le dessin découlant d'impératifs financiers pour payer ses études d'architecture. Mais sa découverte de Barbarella créée par Jean-Claude Forest fut une illumination. L'héroïne inspirée par Brigitte Bardot lui donnera définitivement le goût de l'érotisme: «Lorsque j'ai lu Barbarella, j'ai d'emblée découvert un univers pour moi, dans la mesure de mes possibilités, pour mon travail... À ce moment-là, j'ai décidé de faire uniquement ce travail dans la vie» explique le maestro sur son site officiel.
Le chef de file mondial de la BD érotique est né, s'imposant avec des œuvres comme Le Déclic ou Le Parfum de l'invisible. L'«aventure» chez Manara, influencé par le cinéma italien de son temps (Fellini, Pasolini...), sera avant tout personnelle, corporelle, érotique, et touchera un large public.
Des premières péripéties de Giuseppe Bergman, parues en 1978 dans la collection [À SUIVRE] chez Casterman, en passant par le succès planétaire du Déclic et de sublimes dessins en couleurs mettant en scène ses héroïnes, c'est tout l'univers éclectique du génial Italien, que met à l'honneur la galerie Huberty-Greyne.
Les planches issues de ses prestigieuses collaborations avec Hugo Pratt (L'Été indien) et Fellini (Voyage à Tulum), côtoient ses aquarelles en grand format ayant servi pour les couvertures alternatives de l'univers Marvel pour l'album X-Women.
Côté marché de l'art, Milo Manara est à ce jour l'auteur érotique le plus coté en galerie et en salle de vente. Le prix de ses œuvres oscille entre 1500 et 5000€ pour les planches noir et blanc, et 20.000€ et 50.000€ pour les illustrations couleurs, parmi lesquelles les lavis d'une série illustrant les signes du zodiaque. Source le Figaro.fr
Manara, de Bergman au Caravage, du 20 juin au 6 septembre 2014, galerie Huberty-Breyne, 91 rue saint-Honoré 75001 Paris.
Michel Le Scouarnec va laisser son fauteuil de sénateur à la rentrée.
En septembre prochain les grands électeurs investis en fin de semaine dernière lors des conseils municipaux se prononceront sur les trois sénateurs à élire pour représenter le Morbihan. Michel Le Scouarnec n'en fera pas partie. Il s'apprête à laisser la place, après ce dernier mandat... On dira contrasté
C'est une grande page d'histoire locale qui va se tourner en septembre prochain. Michel Le Scouarnec, après 28 années ininterrompues de mandat, va se retrouver sans fonction électorale. « J'avais déjà dit qu'après 65 ans, il était évident que je ne devais plus me présenter », sourit l'ancien maire d'Auray et bientôt ancien sénateur. « Je n'ai pas vraiment réfléchi à la suite... Il y a la famille d'abord. Mais je vais certainement m'investir dans une ou plusieurs associations, certainement avec mon épouse... Il est temps qu'on puisse s'impliquer ensemble... ».
Difficiles débuts
Toujours aussi passionné par le combat politique au sens noble du terme et par la vie de la cité, Michel Le Scouarnec va quitter le Sénat avec quelques regrets teintés d'amertume. « Je me suis senti plus utile à la population comme maire qu'au Sénat », avoue-t-il sans qu'on le pousse. « On passe beaucoup trop de temps sur des sujets qui, au final, ne sont pas écoutés ». Pragmatique et à l'écoute des besoins de la population pendant sa période en mairie d'Auray, Michel Le Scouarnec a découvert un autre monde, dans les coursives et les bancs du Sénat. « Je me souviens d'un débat sur l'école maternelle avec Luc Chatel... Cela avait été très, très dur. C'était ma première vraie intervention dans l'hémicycle. À minuit. On va dire que je n'avais pas vraiment été préparé à ce qui m'attendait. La scolarisation des enfants de maternelle et de moins de 3 ans était évoquée. J'étais alors dans la Majorité de gauche. L'opposition n'était pas d'accord et affirmait que rien n'était budgété. Il y a eu une suspension de séance. C'était un vrai bazar. On ne savait pas si on allait reprendre. Il m'a été demandé de faire un rappel au règlement, quelque chose auquel personne ne m'avait préparé... Après, toutes mes interventions ont été faciles. C'est comme si j'avais commencé par un col dans le Tour de France avec une série de plats à suivre ».
« Qu'est-ce qu'on a vraiment fait bouger ? »
Au-delà des mots, on sent se dessiner chez Michel Le Scouarnec une déception après ces six années passées au coeur de ce rassemblement d'élus qui apprennent à se connaître, viennent d'environnements et de territoires différents, n'ont pas obligatoirement les mêmes objectifs et les mêmes attentes. « Cela a été très dur au départ. J'ai toujours apprécié les relations humaines et j'ai toujours pensé au territoire plus qu'au parti auquel j'adhérais. Il faut le dire : je ne suis pas un spécialiste du combat politique ». Les luttes de pouvoir et d'appareils, pas vraiment la tasse de thé de l'Alréen. Il préfère faire bouger les choses pour la population. Mais là aussi, frustration : « Qu'est-ce qu'on a fait évoluer pour la population pendant six ans ? Très peu de choses. Un document fort sur le dopage ? Oui, mais est-ce que cela a réglé le problème en France ? On peut en douter », soupire-t-il avec sa franchise habituelle, qu'on imagine désarmante dans certains cénacles parisiens. « L'impression de ne pas avoir été écouté par les différents ministres auxquels je posais des questions me restera ».
À y relire à deux fois, l'image d'un homme politique usé se dessine. Mais c'est bien mal connaître Michel Le Scouarnec. Car au moment de refermer son passage au Sénat, l'homme fort de la politique alréenne de ces 30 dernières années préfère conclure sur le positif : « Nous avons fait de belles choses sur le travail saisonnier notamment, sur nos propositions sur l'expérimentation dans les dents creuses, même si cela devra encore repasser dans les mois qui viennent au Sénat... De nombreux maires sont venus me remercier pour ce combat des dents creuses. J'ai fait des rapports sur la pêche, sur les gens du voyage. J'ai rencontré beaucoup de monde, j'ai reçu un millier de personnes durant ces six années, proposé 262 questions écrites et 18 orales pour les séances particulières... Même la réserve parlementaire, à laquelle j'étais plutôt hostile, car j'assimilais cela à du clientélisme, a servi la population en établissant des liens encore plus forts et en donnant un coup de pouce important à certaines petites communes... ». Michel Le Scouarnec va donc passer la main. Il restera un observateur attentif du paysage politique en cours de renouvellement. « Il ne faut pas que les mêmes partis dominent les deux assemblées pour que le débat démocratique demeure. J'espère que la gauche continuera à se faire entendre. On a besoin de ça ».
Supreme vient de dévoiler le lookbook de sa très attendue collaboration avec Louis Vuitton.
Photographié par Terry Richardson, le lookbook rassemble le team skate de Supreme: Rowan Zorilla Tyshawn Jones, Nakel Smith, Sage Elsesser, Jason Dill, Kevin Rodrigues, Mark Gonzales, Vincent Touzery, Kevin Bradley, Sean Pablo, Ben Kadow, Aidan Mackey et Greg Cuadrado, habillés bien entendu de pièces issues de la collection.
Dévoilée en janvier dernier, la collection a suscité, bien avant sa présentation, des rumeurs les plus folles et un engouement phénoménal sur les réseaux sociaux.
Le lookbook a permis d’avoir un aperçu plus complet sur la collection et surtout d’avoir une idée des prix, dans la grande majorité très élevés, des produits: des porte-clés à 195 euros, des vestes en jean à 1 970 euros et la malle sur-mesure vendue pour 30 000 euros.
Les lettres de correspondance entre Jack Kerouac et Youenn Gwernig seront vendues aux enchères, lundi, à Brest.
Photo DR Catherine Le Guen - Le Télégramme
La correspondance entre Jack Kerouac (1922-1969) et Youenn Gwernig (1925-2006) à la fin des années 60 sera vendue aux enchères, lundi, par Adjug'art, à Brest, au cours des deux journées de vente de « L'Âme bretonne ».
La part bretonne de Jack Kerouac sera livrée aux enchères lundi à Brest. La lecture de « Satori à Paris » a conduit Youenn Gwernig, le poète breton, alors installé à New York, à contacter, en 1966, l'auteur de la Beat Generation. Les deux hommes vont se lier d'amitié et échanger une correspondance jusqu'au décès de Jack Kerouac.
Rendez-vous manqué
Ces lettres, la plupart tapées à la machine, le photographe René Tanguy les connaît bien : il les avait en poche quand il a marché sur les traces des deux hommes en Bretagne, au Canada et aux Etats-Unis, pour son livre « Sad Paradise, la dernière route de Jack Kerouac » (*) dans lequel elles sont reproduites en fac-similé et traduites.
« Kerouac, c'était toute mon adolescence. Quand Youenn Gwernig, que j'ai photographié en 1999, m'a montré cette correspondance, j'étais scotché. C'était des lettres inédites que presque personne ne connaissait, même de l'autre côté de l'Atlantique. J'avais demandé à l'une des filles de Youenn de me les traduire, parce que c'était un mélange d'argot new-yorkais des années 60, de joual (NDLR : français québécois) avec des mots de breton mais ces lettres ont un contenu très fort. Ils avaient même commencé à écrire un livre ensemble », dit René Tanguy qui a sorti ces lettres de l'oubli en publiant son livre. À partir de cette correspondance, il a construit un récit photographique. Ces lettres montrent bien toute la recherche d'identité bretonne de Kerouac. Elles racontent une amitié et un rendez-vous manqué de Kerouac avec la Bretagne de Youenn. Un faux-bond qui a failli coûter une amitié mais les deux hommes ont renoué peu avant le décès de Kerouac.
Toutes les correspondances connues de Kerouac aux États-Unis s'arrêtent pratiquement en 1966, ces lettres sont quasiment les dernières et sont d'autant plus précieuses. Difficile d'en apprécier la valeur marchande, l'estimation se situant entre 30 et 50.000 €.
« Ce sont des documents extrêmement rares, Kerouac reste important aux États-Unis. Bien sûr, j'aimerais que cela reste dans un musée breton mais c'est une vente exceptionnelle. Et c'est marrant que cela parte de Brest en pleine commémoration de la venue des Américains en 1917 et quelques mois après la sortie de " Sad Paradise " », ajoute René Tanguy.
Du même coin de Bretagne
Gwernig pensait sauver Kerouac de son alcoolisme en le faisant venir en Bretagne, mais l'auteur de « Sur la route » meurt avec le billet d'avion dans la poche. « Tous deux ignoraient à ce moment-là qu'ils étaient issus quasiment du même coin de Bretagne, près d'Huelgoat (29) ».
(*) Sorti en octobre 2016 aux éditions Locus Solus.
Pratique
La vente « L'Âme bretonne » d'Adjug'art aura lieu dimanche et lundi, à 14 h 15. Des faïences, tableaux, objets d'art populaire, dont des pièces de la collection Hemar, ainsi que des costumes seront aussi dispersés. Les lettres seront vendues en un seul lot le lundi après-midi.
L'exposition commence aujourd'hui de 17 h à 20 h, et se poursuit demain, de 15 h à 20 h, dimanche et lundi de 9 h 30 à 10 h 30, à la salle des ventes, 13, rue Traverse, à Brest.
Président de l’Association des maires de France, premier magistrat de Troyes, membre du conseil stratégique des Républicains… François Baroin ne manque pas d’activités. Pourtant, à droite, nombreux sont ceux qui voudraient lui en proposer une autre : candidat à la présidentielle. L’intéressé louvoie.
On trouve tout sur Internet. Même des conseils pour ouvrir les huîtres. C’est de saison. D’abord, repérer le muscle qui ferme le coquillage, puis insérer la lame du couteau et la faire glisser jusqu’à ouverture complète du mollusque. Avec un peu d’adresse et d’entraînement, ça fonctionne. Sauf pour François Baroin… On a pourtant essayé, en le suivant du Parc des expositions de la porte de Versailles, à Paris, où s’est tenu le congrès de l’Association des maires de France (AMF), du 18 au 21 novembre, à son bureau de président de ladite association, jusqu’à Troyes, cette belle préfecture de l’Aube dont il est le maire depuis 1995.
A chaque fois, celui qui fut le plus jeune député de France, et qui se trimballa un ridicule surnom de magicien anglais jusqu’à un âge avancé, a opposé à notre curiosité une amabilité sincère, un franc sourire qui lui fait plisser les yeux, et quelques pirouettes exprimées d’une voix sourde et séduisante, patinée par des milliers de paquets de cigarettes blondes. Le reste ? Sa vie très privée, dont il ne parle jamais, avec sa compagne, l’actrice Michèle Laroque, l’ambition qu’on lui prête de devenir le prochain candidat des Républicains à la présidentielle de 2022, le chagrin provoqué par la disparition de Jacques Chirac, son tuteur et son guide en politique ? Nib de nib, nada, macache bono.
« ETUDIANT, IL ÉTAIT COMME ÇA, DÉCONTRACTÉ, COOLOS. MAIS IL BOSSAIT. C’EST UN FAUX GLANDEUR. » UN COPAIN DE FAC
En revanche, nous pouvons annoncer qu’il a repris le tennis après une longue interruption. Licencié du TC Dunois, le club de Dun-le-Palestel (Creuse), le village d’origine de sa mère, il vient d’enchaîner dix victoires d’affilée, ce qui lui permet d’être classé 15/5. C’est peut-être un détail pour vous, mais, pour lui, ça veut dire beaucoup. « C’est une vraie victoire sur moi-même, dit-il. J’avais l’épaule en vrac. »
On s’attendait à cette réserve. Voilà un quart de siècle que les médias butent sur le mystère Baroin, personnage affable mais cadenassé, que l’on n’ose pas secouer parce qu’il est plein de larmes. Son chagrin le protège de la curiosité des autres. Histoire connue, mais qu’il faut toutefois rappeler. Le 26 avril 1986 : sa sœur Véronique meurt, renversée par une voiture. Le 5 février 1987, le Learjet à bord duquel avait pris place son père, Michel, patron de la GMF (Garantie mutuelle des fonctionnaires), ancien grand flic des RG et de la DST, ancien sous-préfet de l’Aube et ancien grand maître du Grand Orient de France, s’écrase peu après son décollage de Brazzaville.
Jacques Chirac, dont Michel Baroin avait été le condisciple à Sciences Po, prend l’orphelin sous son aile. A sa biographe, Anne Fulda, auteure de François Baroin, le faux discret (éditions JC Lattès, 2012), il confie : « On était une famille. On était quatre et puis, pratiquement du jour au lendemain, on s’est retrouvés à deux. » Pourquoi en dire davantage ? Il sait que la douleur est encombrante. « Quand je monte dans un avion, lâche-t-il, j’ai l’impression d’entrer dans un cercueil. » On loue sa pudeur à défaut de partager sa peine.
Depuis 1993 et sa première élection de député de l’Aube (3e circonscription), l’interrogation s’est imposée aux journalistes. Le jeune homme est intrigant, mélange de force de caractère et de nonchalance. C’est, encore aujourd’hui, le style Baroin. Un copain de fac, à Assas : « Etudiant, il était comme ça, décontracté, coolos. Mais il bossait. C’est un faux glandeur. » « Baroin dents de lait ou dents de requin ? », se demande le magazine VSD en 1995, après sa nomination éphémère comme porte-parole du gouvernement Juppé. Il est alors le plus jeune ministre de la Ve République depuis François Mitterrand.
Neuf ans plus tard, alors qu’il est secrétaire général délégué de l’UMP après la démission contrainte d’Alain Juppé à la suite de sa condamnation, Le Figaro magazine se demande : « Qui est ce Harry Potter de la droite qui, à 38 ans, a de l’ambition et du temps devant lui ? » En 2007, Le Monde le présente aux côtés de Jean-François Copé, de Xavier Bertrand et de Renaud Dutreil comme un de ceux qui pourraient incarner l’avenir de la droite à l’horizon 2012 ou 2017. Mais le quotidien du soir se garde de départager ce quatuor de quadras. « L’énigme François Baroin », titre Le Figaro en 2012. En 2019, Le Journal du dimanche le présente comme « le réserviste de la République ». Réserviste ou planqué ?
« POURQUOI AURAIS-JE DÛ ENDOSSER L’HABIT DU TRAÎTRE ? » FRANÇOIS BAROIN
A chaque élection présidentielle, l’ancien député et sénateur de l’Aube fait partie du casting de la droite. Espoirs vite déçus. Les bonnes raisons, selon lui, ne manquent pas pour expliquer ses choix que d’aucuns appellent des « dérobades » : protéger l’unité de sa famille politique, respecter la parole donnée, la fidélité qu’il doit aux uns et aux autres. En 2004, il refuse de céder à la pression de Chirac qui voudrait l’envoyer à la conquête de la présidence de l’UMP contre Sarkozy, qu’il a toujours admiré même s’il a trahi la cause chiraquienne en 1995. « Un casse-pipe », juge-t-il.
En 2016, il renonce à se porter candidat à la primaire des Républicains, estimant que Sarkozy, qu’il soutient, mérite « un match retour contre François Hollande ». Quelques mois plus tard, nouveau refus d’obstacle. Il aurait pu achever François Fillon, plombé par les affaires, mais il laisse passer son heure. « Pourquoi aurais-je dû endosser l’habit du traître ? », questionne-t-il. Alors que nous traversions l’immense hall d’exposition où se tenait le congrès de l’AMF, nous croisons un élu local de droite, vieille connaissance personnelle. « Que fais-tu là ? », me demande-t-il.
– Un papier sur Baroin.
– Ah ! oui, Baroin, l’homme qui a dit “non”… »
Ancrage ancien
A deux ans et demi du rendez-vous de la présidentielle, l’éternelle « promesse de l’Aube » est de nouveau dans le paysage. Qui pour emmener la droite républicaine à la présidentielle ? Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse, tous deux en marge du parti, ou Baroin, toujours fidèle et qui les domine dans les sondages ? Ses amis s’accordent à louer ses compétences acquises au porte-parolat, à l’outre-mer, à l’intérieur, au budget et aux finances. Ils insistent sur son ancrage ancien. Comme dit l’un d’eux dans une parodie involontaire d’une réclame des années 1950 : « Il possède encore le charme de la nouveauté allié à la solidité de l’expérience. » Reste juste une question à régler. En a-t-il vraiment envie ou bien cède-t-il à un autre désir que le sien en endossant un habit de possible candidat à la présidence de la République ?
Son copain de chasse et de jeunesse du temps des bébés Chirac, Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, analyse : « Aujourd’hui, notre génération n’a plus personne au-dessus d’elle, plus de chef. La responsabilité tombe sur nos épaules. François a stabilisé sa vie personnelle et professionnelle. Il est à la croisée des chemins. » Président du Sénat, Gérard Larcher enchaîne : « Il aime les gens. Il les écoute, il est profondément humain. Sera-t-il candidat ? Il reste maître de sa décision. Personne ne décidera pour lui. »
Copain de fusil, Christian Jacob
« Frère de lait en Chiraquie » et copain de fusil, Christian Jacob, devenu président des Républicains et qui l’a fait entrer au comité stratégique du parti, le verrait bien lui aussi à l’Elysée, mais il ajoute, prudent : « Je ne ferai pas de pari sur son choix. Mon père disait : « Dans un pari, il y a un menteur et un voleur. » » Son ami l’avocat Francis Szpiner : « Personne ne lui fera faire ce dont il n’a pas envie. Il est équilibré et pas influençable. Sa décision impactera nécessairement ses proches, mais il a le sens de l’Etat. »
Hervé Morin, président de la région Normandie et ancien ministre de la défense, anime la claque : « Il va remettre du lien dans une société déchirée et qui menace de faire sécession. Les Français ont l’intuition qu’Emmanuel Macron est un “fake”. » Julien Dray, qui tenta de le débaucher pour le compte du PS à la demande de François Mitterrand – qui lui aussi fréquentait Michel Baroin – à la fin des années 1980, renchérit : « Sa candidature aurait du sens. Il va tenter sa chance. C’est un homme de circonstances. Seul petit souci : il n’aime pas rendre des coups. » Bref, personne ne sait.
« J’AI ASSUMÉ DES DÉFAITES QUI N’ÉTAIENT PAS LES MIENNES. » FRANÇOIS BAROIN
Dans son bureau de l’AMF, dont les fenêtres s’ouvrent sur la Seine (mais il vaut mieux les tenir fermées, sinon on ne s’entend pas à cause de la circulation sur le quai d’Orsay), François Baroin a tenté de nous éclairer sur ses intentions sans rien en dévoiler. Il a l’habitude de cet exercice. Lors du premier rendez-vous, il nous a dit : « Pendant vingt-cinq ans, j’ai fait de la poloche matin, midi et soir. J’ai soutenu Sarko en 2017, puis je suis allé jusqu’au bout avec Fillon et avec nos candidats aux législatives. J’ai assumé des défaites qui n’étaient pas les miennes. Je voulais aller à la fin de ce cycle. J’ai pris du recul, mais je veux rendre à ma famille politique ce qu’elle m’a apporté. Si on accepte la dualité que Macron et Le Pen veulent installer, on finira un jour par accepter leur alternance. Je ne veux pas me sentir coupable de cette désertion. » Nous en avions déduit qu’il était candidat.
Second rendez-vous, une semaine plus tard, même endroit. « J’ai un rapport au temps qui n’est pas partagé par beaucoup de monde en politique. Je ne me suis jamais précipité. Je suis comme Chirac : je crois que nous sommes en sursis sur cette Terre. Les circonstances familiales font que je sais que tout peut s’arrêter en une seconde. Il faut que ce que j’entreprends soit utile et me corresponde. »
Autour de nous, le photographe et son assistant réglaient les lumières. Il a poursuivi : « Je sais bien qu’on me reproche de ne pas franchir le pas. Mais je suis libre. Je fais ce que je veux. Je ne dois rien à personne sauf à Chirac et aux Troyens. C’est à la fin de l’histoire que l’on sait si on a eu un destin ou pas. Ce sont les autres qui le diront. Ma liberté, c’est de me dire que je suis utile. Je suis moi-même dans toutes mes activités. A Troyes, j’ai pu inscrire mon travail dans la durée. C’est un travail de fond, de marathonien. » On en a donc déduit qu’il ne serait pas candidat.
Avocat, conseiller d’affaires, prof à HEC
La liberté de François Baroin, son emploi du temps en témoigne. Réservant désormais ses interventions publiques à l’élaboration d’une image d’homme politique les deux pieds dans le terroir et buriné par l’expérience, soit le contraire de celle du président de la République (« Les points faibles de Macron sont les points forts de Baroin », synthétise Christian Jacob), il a multiplié les activités. Sa semaine est découpée en tranches aussi fines qu’un jambon de Parme chez un charcutier italien.
Maire de Troyes en fin de semaine et le week-end, où il retrouve son bureau décoré des meubles de son père (table de travail, fauteuils, bibliothèque) lorsqu’il était président de la GMF, il est aussi avocat dans le cabinet de son ami Francis Szpiner, external senior advisor à la banque d’affaires britannique Barclays et professeur à HEC à raison de quelques heures par trimestre. A quoi s’ajoutent aussi la présidence de l’AMF qu’il compte conserver encore un peu, la chasse, la pêche dans la Creuse et le tennis bien sûr.
« François n’a jamais voulu dépendre de la politique, nous raconte Francis Szpiner. Très tôt, il m’a parlé de devenir avocat. Il savait qu’il ne pourrait pas revenir au journalisme après avoir été élu. Nous avons attendu qu’il n’ait plus de mandat parlementaire pour l’associer au sein du cabinet. »
Encore un politique reconverti dans le droit ? « Je peux vous dire que c’est un vrai avocat, s’enthousiasme le défenseur historique de Jacques Chirac. Demandez à Dupont-Moretti qui s’est retrouvé face à lui en décembre 2014 dans l’affaire du lynchage de l’A13 [un homme battu à mort par une bande des Mureaux en juin 2010]. Depuis, François a plaidé une demi-douzaine de fois devant la cour d’assises dans des dossiers lourds tels que des viols sur mineurs. [Il est le défenseur de l’association La Voix de l’enfant.] Il n’est pas venu vendre un carnet d’adresses. Il s’engage vraiment, mais a un grand avantage sur les médiocres : il donne l’impression de tout faire facilement. »
« MON PÈRE ME DISAIT TOUJOURS QU’IL FALLAIT “HISSER SON NIVEAU DE JEU”. C’EST CE QUE JE FAIS. » FRANÇOIS BAROIN
Toutes ces casquettes, dit-il, « élargissent [s]on champ de vision ». Il se sent lui-même où qu’il soit. « Mon père me disait toujours qu’il fallait “hisser son niveau de jeu”. C’est ce que je fais. » Que ce soit aux côtés d’Edgar Faure à la mission du bicentenaire de la Révolution, de Jean-Pierre Elkabbach, qui le recrute à Europe 1 en 1988 après l’avoir vu présenter le livre posthume de son géniteur (La Force de l’amour, Editions Odile Jacob, 1987) sur le plateau de l’émission de télévision « Apostrophes », de Jacques Chirac, qui lui mit le pied à l’étrier en politique, ou encore de Sarkozy, dont il fut le ministre après l’avoir affronté, Baroin observe, enregistre, décrypte.
« De tous les métiers, c’est le journalisme que j’ai préféré et particulièrement le portrait », affirme-t-il comme une évidence. Ajoutant des expériences aux expériences, le maire de Troyes semble toujours à la recherche de lui-même, de sa vérité profonde. Nicolas Sarkozy lui adresse un compliment rare, étrange et très elliptique dans son livre Passions (Editions de l’Observatoire, 2019) : « Il est intelligent, sympathique et fidèle. A n’en point douter, ces qualités en font un compagnon rare. » Mais un président de la République ?
« IL NE SORTIRA DE LA TRANCHÉE QUE SI LES BOMBES CESSENT DE PLEUVOIR. » UN AMI
Comme tous ceux qui savent que le bonheur est fragile, François Baroin connaît le prix du sien. Toutes ses activités l’étayent comme un édifice fragilisé par un tremblement de terre. « Il ne sortira de la tranchée que si les bombes cessent de pleuvoir », raconte un des amis avec qui il réfléchit à une éventuelle candidature. « Douze combats, douze victoires », se félicite le président de l’AMF quand il détaille ses trophées électoraux.
Alors faut-il prendre le risque d’une défaite ? « Déjà, quand on y pense tous les jours, ce n’est pas facile, alors… », a lâché Nicolas Sarkozy, qui a fait le deuil du bonheur durant sa campagne marathon conduite pendant tout le dernier mandat de Jacques Chirac. « A la chasse, le tir n’est jamais obligatoire », nous a confié Christian Jacob. Et, en politique, la dernière marche est-elle nécessairement un aboutissement ?
Président de l’Assemblée des départements de France et ancien ministre notamment des gouvernements Raffarin et Fillon, Dominique Bussereau concède : « La question de son bonheur, ça le rend sympathique, mais cela ne plaide pas pour son engagement. Il n’ira pas pour faire 15 % comme Rachida Dati à Paris. »
Député des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti est un autre compagnon de chasse de François Baroin. « Il dit souvent : “Si je ne suis pas président, ma vie ne sera pas ratée pour autant.” En 2017, déjà, la question de sa candidature s’est posée comme une alternative à celle de Fillon. La majorité des parlementaires étaient pour. Il n’a pas voulu brusquer son destin. Pourtant, un appel de 200 sénateurs et députés pour une candidature Baroin, ça aurait eu de la gueule, non ? Un Wauquiez aurait foncé ! » « Est-ce qu’il a envie de se sortir les doigts ? », s’interroge, soudain inquiet, Hervé Morin. A Brice Hortefeux, l’ami de quarante ans de Nicolas Sarkozy, François Baroin a lâché : « Vous pouvez m’encourager, mais pas me pousser. » Nuance…
Un Chirac moins mécanique
Jeudi 28 novembre, François Baroin a appuyé sur le bouton qui déclenche les illuminations à Troyes. Il y avait des enfants partout. Il a serré des centaines de mains, fait des dizaines de selfies avec des jeunes filles, lancé des « Ça va ? » à quiconque le regardait, claqué des bises à qui mieux mieux. Ça sentait la pomme d’amour, la guimauve et le vin chaud. On a bien cru revoir le Jacques Chirac de 1994. Mais un Chirac moins mécanique peut-être, plus naturellement empathique, authentiquement sincère.
Auparavant, il avait présidé une table ronde dans le quartier des Marots. Au menu : pistes cyclables dangereuses, crottes de chiens qui collent aux roues des fauteuils roulants, poubelles pas assez nombreuses ou mal placées. Entouré de quelques-uns de ses adjoints, le maire prend des notes. Il détend l’assistance d’un bon mot, d’une blague.
A la fin, un habitant a dit : « Bon, c’est bien toutes ces promesses, mais serez-vous encore là pour les tenir dans les années qui viennent ? » François Baroin a pris le temps de répondre, sourire en coin : « Ce qui m’intéresse le plus, et de loin, c’est d’être maire. J’ai grandi dans cette ville. J’en connais les rues, les maisons. Les gens me sourient. Ce sourire emporte tout et toutes les supputations. » Bon sang, mais c’est bien sûr ! Tout devenait plus clair à présent. Oui, il allait se présenter. A Troyes pour commencer.
Petit papa Banksy est descendu cette année à Birmingham, non pas avec des jouets par milliers, mais pour réaliser une nouvelle fresque tout en poésie. Celle-ci représente les rennes du Père Noël tirant un sans-abri assoupi sur un banc public.
I’ll Be Home by Christmas (« Je serai à la maison pour Noël », en français). C’est avec cette chanson en guise de bande-son que Banksy a dévoilé sur Instagram sa toute dernière peinture murale. Le Street Artiste a en effet publié, mardi 10 décembre, une vidéo (qui compte actuellement plus de 3 millions de vues) tournée dans le Jewellery Quarter, un quartier industriel de la ville de Birmingham, et présentant un sans-abri qui s’endort, entouré de toutes ses affaires, sur un banc public installé devant un mur de briques rouges. Lorsque le champ de la caméra s’élargit, on découvre que Banksy y a réalisé un trompe-l’œil au pochoir figurant deux rennes qui s’envolent dans le ciel étoilé et semblent tirer derrière eux, tel le traîneau du Père Noël, ce lit de fortune.
Une œuvre poétique et pleine d’espoir d’un Street Artiste engagé
« Banksy est-il le nouveau Charles Dickens ? », demande le magazine « The Guardian » en réaction à cette nouvelle œuvre. La question est légitime. Outre sa dimension esthétique, cette fresque est avant tout porteuse d’un message politique et social. Révélé deux jours avant les élections législatives en Grande-Bretagne, le pochoir met en lumière la situation des sans-abri qui passent l’hiver dehors. Mais Banksy ne fait pas dans le misérabilisme. Au lieu de chercher à inspirer la pitié, il propose un message humaniste, poétique et chargé d’espoir. Le Street Artiste ne représente par les sans-abri comme des parias mais montre ici « Ryan », tel que l’identifie Banksy, comme un individu serein et le transporte dans une mise en scène féerique grâce à son trompe-l’œil de saison.
Dans le texte qui accompagne la vidéo sur Instagram, Banksy précise : « Dieu bénisse Birmingham. Lors des vingt minutes au cours desquelles nous avons filmé Ryan sur ce banc, des passants lui ont donné une boisson chaude, deux barres de chocolat et un briquet – sans qu’il n’ait demandé quoi que ce soit », soulignant par la même occasion l’humanité des habitants de la ville anglaise. D’autre part, le choix de la musique qui accompagne les images accentue la poésie de la fresque, en sous-entendant que Ryan passera Noël à la maison. Cette œuvre reflète également la triste réalité britannique des sans-abri dans les villes. D’après « France Inter », la Grande-Bretagne en compte plus de 300 000.
Quelques heures après que Banksy a graffé les deux rennes, un inconnu leur a ajouté chacun un nez rouge. Depuis, le pochoir a été couvert d’une plaque de plexiglas afin d’éviter toute dégradation supplémentaire et de le protéger.
Son travail consiste à mettre celui des autres en valeur. Sauf qu'ici, les autres c'est Miró, Giacometti, Chagall ou, aujourd'hui, Picasso. Depuis 2011, Éric Morin, 52 ans, est le scénographe du Fonds Leclerc à Landerneau (29) où ses propositions semblent systématiquement susciter unanimité et enthousiasme au sein du monde de l'art.
C'est une longue et fine silhouette qui se promène dans les grands espaces de la halle des Capucins. Discret, voire effacé, l'homme passe inaperçu au milieu de la foule qui assiste, nombreuse, aux différents vernissages. Peu savent qu'ils viennent de croiser celui qui met en scène toutes les expositions du Fonds Leclerc (sauf celle de Yann Kersalé).
Pourtant, ancien directeur de la fondation Maeght et commissaire d'une précédente rétrospective consacrée à Marc Chagall, Jean-Louis Prat disait de lui en 2016 : « Éric Morin, c'est un génie ». Diantre. Il ne nous est pas donné de rencontrer un tel spécimen tous les jours. Cela vaut peut-être la peine de s'en approcher des fois que, par capillarité, nous soyons aussi à notre tour touchés par la grâce. On peut rêver.
Amateur d'art et d'architecture
Originaire de Nantes, ce Rennais d'adoption a une double formation : à la fois ancien des Beaux-Arts et diplômé en architecture. Et, apparemment, cela tombe plutôt bien. « La scénographie, qui est la mise en espace des oeuvres, est justement à la croisée de ces deux domaines », explique-t-il.
La scénographie, voilà plus de dix ans maintenant qu'Éric Morin la pratique dans tout le Grand Ouest : le musée de Bretagne ou l'Écomusée à Rennes, le musée départemental breton à Quimper, le Hangar à bananes à Nantes et, depuis la création de celui-ci, le Fonds Leclerc.
À Landerneau, c'est d'ailleurs par un travail d'architecte qu'il a fallu débuter. Nous sommes en 2011, soit un an avant le premier accrochage. « J'ai commencé à intervenir alors que le gros oeuvre se terminait à la halle des Capucins. L'espace était encore totalement vide et il me fallait soumettre une proposition muséographique pour habiller ce lieu. Ce qui m'a tout de suite intéressé, c'était d'avoir un plateau libre, sans murs porteurs. J'ai notamment proposé un principe de parois mobiles et réutilisables qui rendent l'espace modulable à l'infini », poursuit Éric Morin.
Skate-park moquetté !
On se souvient de l'exposition « 3e scène de l'Opéra de Paris » (2016), pour laquelle le lieu avait pris les airs d'un énorme skate-park moquetté avec ses creux et ses bosses. Avec celle dont bénéficia l'illustrateur Lorenzo Mattotti (2015), il s'agit certainement là de la scénographie la plus spectaculaire d'Éric Morin. Car il fallait sans doute un regard plus aiguisé, un oeil plus aguerri pour apprécier les jeux d'échelle et de perspective développés pour les oeuvres de Giacometti (2015). « C'était un grand défi, un vrai challenge parce qu'il s'agissait de sculptures auxquelles il fallait donner de la lisibilité. Pour rayonner, elles avaient besoin d'espace vide autour d'elles ».
Organisée en chapitres chronologiques, l'exposition Picasso, à voir actuellement, a fait l'objet d'un autre traitement. « On ne voulait pas que ces sections soient closes, imperméables, complètement fermées comme des boîtes. On voulait au contraire susciter un dialogue, un va-et-vient entre elles. J'ai donc imaginé, disons, non pas des meurtrières, mais des sortes de failles en diagonale qui permettent à des oeuvres de différentes sections d'entrer en résonance ».
L'objectif, lui, reste toujours le même : « Il s'agit de créer des situations de présentation, d'imaginer le point de vue du visiteur et le parcours de celui-ci ». Mais, il y a les contraintes. Éric Morin ne décide pas de l'artiste exposé. Ce n'est pas lui qui a réalisé les oeuvres, qui les a sélectionnées ou a déterminé leur nombre. Il doit aussi composer avec les volumes, les lumières et l'atmosphère d'une salle qui, à Landerneau, offre heureusement espace (1.000 m²) et liberté (modulable). Par ailleurs, la nature des pièces exposées induit aussi parfois quelques obligations : « Les oeuvres sur papier ne peuvent pas être éclairées par plus de 50 lux ». Sans parler de l'aspect sécurité qui oblige une nécessaire mise à distance du public.
D'abord le bonheur des visiteurs
Mais, au final, c'est quoi une belle scénographie ? « On doit être au service des oeuvres. La scénographie est forcément très présente mais doit presque s'effacer. Il faut une certaine retenue, ne rien surjouer, penser au public. S'il ne peut pas voir les oeuvres ou comprendre le discours du commissaire, c'est raté. Il convient d'éviter ce qui est trop bavard, trop démonstratif et qui risque de noyer l'artiste ». Et quand on lui fait remarquer que son travail passe sans doute inaperçu aux yeux du plus grand nombre, il ne s'en émeut guère : « On se dit tout simplement que c'est réussi lorsque les visiteurs sortent heureux ».
Pratique
Exposition jusqu'au 1 ernovembre 2017, au Fonds Leclerc, aux Capucins, à Landerneau. Tous les jours de juin à août de 10 h à 19 h et de septembre à novembre de 10 h à 18 h. Entrée : 8 €; tarif réduit : 6 € et gratuit pour les moins de 18 ans.