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Jours tranquilles à Paris
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2 octobre 2018

Jean-Michel Basquiat

Commence demain : 3 octobre 2018 → 14 janvier 2019

L’œuvre de Jean-Michel Basquiat, l’un des peintres les plus marquants du XXe siècle, se déploie dans quatre niveaux du bâtiment de Frank Gehry.

L’exposition parcourt, de 1980 à 1988, l’ensemble de la carrière du peintre en se concentrant sur plus de 135 œuvres décisives. À l’image des Heads de 1981-1982, pour la première fois réunies ici, ou de la présentation de plusieurs collaborations entre Basquiat et Warhol, l’exposition compte des ensembles inédits en Europe, des travaux essentiels tels que Obnoxious Liberals (1982), In Italian (1983) ou encore Riding with Death (1988), et des toiles rarement vues depuis leurs premières présentations du vivant de l’artiste, telles que Offensive Orange (1982), Untitled (Boxer) (1982), et Untitled (Yellow Tar and Feathers) (1982).

Dès la sortie de l’enfance, Jean-Michel Basquiat quitte l’école et fait de la rue de New York son premier atelier. Rapidement, sa peinture connaîtra un succès à la fois voulu et subi. L’exposition affirme sa dimension d’artiste majeur ayant radicalement renouvelé la pratique du dessin et le concept d’art. Sa pratique du copier-coller a frayé la voie à la fusion des disciplines et des idées les plus diverses. Il a créé de nouveaux espaces de réflexion et anticipé, ce faisant, notre société Internet et post-Internet et nos formes actuelles de communication et de pensée. L’acuité de son regard, sa fréquentation des musées, la lecture de nombreux ouvrages lui ont donné une réelle culture. Mais son regard est orienté : l’absence des artistes noirs apparaît avec une douloureuse évidence ; l’artiste s’impose alors de faire exister, à parité, les cultures et les révoltes africaines et afro-américaines dans son œuvre.

Le décès de Basquiat en 1988 interrompt une œuvre très prolifique, réalisée en à peine une décennie, riche de plus de mille peintures et davantage encore de dessins. L’exposition se déploie sur près de 2500m2. Elle s’organise chronologiquement, mais aussi par ensembles d’œuvres définissant des thématiques et dictant des rapprochements. Pour Dieter Buchhart, « L’exposition suit sa création, depuis ses premiers dessins et travaux monumentaux jusqu’aux sérigraphies, collages et assemblages plus tardifs, mettant en lumière son inimitable touche, son utilisation de mots, de locutions et d’énumérations et son recours à la poésie hip hop concrète. À l’existence de l’homme afro-américain menacée par le racisme, l’exclusion, l’oppression et le capitalisme, il oppose ses guerriers et héros. »

Le parcours proposé est chronologique.

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1 mars 2016

Leonardo Di Caprio et Kate Moss

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"For us, the photograph of Kate Moss and Leonardo Dicaprio taken in New York by Larry Clark in 1993, perfectly sums up that moment in time. The New Museum’s inventive new exhibition opened this week and spans five floors, all of which are devoted entirely to the art of New York during just one year, 1993. The show “Experimental Jet Set, Trash and No Star” takes its name from the Sonic Youth album of the same name, recorded in NY that year." source: WHATWELIKENYC.com #katemoss #leonardodicaprio #oscars #newyorkcity #90s

18 septembre 2020

Street art - Banksy risque d’être dépossédé de sa propre marque

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THE GUARDIAN (LONDRES)

L’artiste britannique a perdu un procès contre une société de carte de vœux qui souhaitait utiliser une image de sa fresque Flower Thrower. Pour les autorités européennes, en raison de son anonymat, Banksy n’est pas considéré comme le propriétaire incontestable de ses œuvres, rapporte le Guardian.

Banksy est-il propriétaire de ses œuvres et de ses marques ? Rien n’est moins sûr selon le Guardian : l’artiste britannique a en effet perdu un procès contre une société de cartes de vœux, Full Colour Black, qui soutenait qu’elle devait pouvoir utiliser une image de la fresque au pochoir Flower Thrower, que Banksy avait peinte à Jérusalem, en raison de l’anonymat de l’artiste.

En 2014, les représentants de Banksy avaient déposé une demande de marque européenne pour le Flower Thrower, mais cette demande a été rejetée lundi 14 septembre, après un litige de deux ans.

D’après le Guardian, l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) a déclaré avoir refusé d’accorder une marque déposée à l’artiste parce que ce dernier “ne pouvait pas être identifié comme le propriétaire incontestable” de ses œuvres, son identité restant cachée.

Une marque qu’il n’exploite pas lui-même

“Banksy a choisi de rester anonyme et, le plus souvent, de peindre des graffitis sur la propriété d’autres personnes sans leur permission, plutôt que de les peindre sur des toiles ou sur sa propre propriété”, a déclaré l’EUIPO.

En octobre 2019, Banksy avait pourtant ouvert une boutique à Croydon, dans le sud de Londres, pour contester à la société Full Colour Black le droit de “vendre légalement sa fausse marchandise Banksy”.

D’après le quotidien britannique, cela a aggravé son cas auprès des autorités européennes. Ces dernières ont considéré que Banksy vendait dans ce magasin des marchandises “inexploitables et offensantes”, dont des boules de discothèque “fabriquées à partir de casques antiémeutes usagés de la police”.

Pour l’EUIPO, l’artiste n’avait pas pour intention d’exploiter la marque Flower Thrower pour vendre des marchandises mais “pour contourner la loi” et empêcher que Full Colour Black ne l’utilise.

Ce qui fait dire à Aaron Mills, avocat de l’éditeur de carte de vœux interrogé par le site spécialisé World Trademark Review, que le jugement pourrait signifier que d’autres marques de Banksy sont concernées :

S’il n’y a pas d’intention d’utiliser la marque, alors elle est invalide. En réalité, toutes les marques de Banksy sont en danger.”

Source

The Guardian

LONDRES www.theguardian.com

25 octobre 2020

Négociations - Qui sont les vrais responsables de l’interminable bras de fer du Brexit ?

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L’obstacle souvent oublié qui freine les négociations réside dans les approches divergentes de Paris et Berlin vis-à-vis de la future relation avec le Royaume-Uni. Politico décrypte leurs désaccords.

Les négociations pour le moins tendues sur le Brexit ne sont pas vraiment, au fond, un affrontement entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Les avancées vers un accord dépendent en réalité de l’issue du combat acharné (et souvent oublié) qui oppose Paris et Berlin.

Car il existe entre les deux capitales des désaccords subtils, mais réels, sur la forme que doit prendre le futur partenariat avec les Britanniques. Et pour qu’il y ait un accord commercial post-Brexit, il va falloir naviguer avec adresse entre ces écueils.

Depuis le début des négociations, l’UE s’est rangée comme un seul homme, ou presque, derrière son négociateur en chef, Michel Barnier. Loin d’aiguiser les divisions qu’annonçaient les eurosceptiques, le Brexit a fait figure pour l’Europe de séminaire de team building. Il faut dire qu’entre la stratégie “beurre et argent du beurre” de Theresa May, qui voulait être à la fois en dehors et au-dedans du marché unique, et la rhétorique ouvertement europhobe de Boris Johnson, les gouvernements conservateurs qui se sont succédé à Londres ont aussi contribué à fédérer les Européens.

Autant dire que jamais l’UE ne s’est sentie sous pression. Rien ne l’a incitée à accepter des compromis.

Mais aujourd’hui que Londres montre des signes d’évolution sur l’un des points chers à l’UE (les aides publiques, c’est-à-dire le système de subventions du Royaume-Uni post-Brexit), des difficultés vont se faire jour entre les capitales européennes. Jusqu’où peuvent-elles aller dans leurs concessions ? À quel moment l’accord devient-il préférable à l’absence d’accord ?

Berlin inquiet des conséquences géopolitiques

La réponse de l’UE à ces questions dépendra de la dynamique à l’œuvre entre Paris et Berlin.

La chancellerie allemande et le palais de l’Élysée ont toujours eu une vision différente du Brexit. Fait plutôt étonnant, c’est l’Allemagne qui n’a cessé de s’inquiéter des conséquences stratégiques et géopolitiques de la sortie du Royaume-Uni, qu’elle considère comme une grande perte, à la fois pour elle et pour l’ensemble de l’Union.

Aussi a-t-on vu Angela Merkel, tout au long de la procédure de divorce et des négociations commerciales, maintenir avec Londres une attitude polie, civilisée et constructive. “S’ils ne sont pas avec nous, au moins qu’ils ne soient pas loin” : telle est, selon un haut responsable allemand, l’idée que se fait la chancelière d’un bon rapport avec les Britanniques.

Du côté de la France, Emmanuel Macron a choisi une posture plus défensive, qui doit davantage à son contexte politique national. Confronté en 2019 à des élections européennes compliquées, le président français a estimé que les trois issues possibles du divorce (à savoir un accord moins avantageux, pas d’accord ou bien un nouveau référendum et l’annulation du Brexit) lui seraient favorables dans son duel avec Marine Le Pen – toutes sont la preuve de ce qu’il en coûte de sortir de l’UE.

Un raisonnement que vient renforcer la conviction qu’a l’Élysée que le Brexit est en réalité une chance pour la France et pour l’UE. Dans une UE à 27, la France a tout pour devenir, côté politique étrangère et sécurité, le contrepoids à ce qu’est l’Allemagne sur la scène économique. Ce n’est pas un hasard si la conception de l’Europe selon Macron (une union “géopolitique” qui ne craint ni de déclarer l’Otan en état de “mort cérébrale” ni de viser l’“autonomie stratégique” par rapport au reste du monde) met en avant les domaines où Paris a l’avantage sur Berlin.

L’Élysée juge par ailleurs le Royaume-Uni en position de faiblesse pour négocier. Contrairement à ce qu’on aurait tendance à penser, de hauts fonctionnaires français assurent que la France a moins à perdre en cas de “no deal” que l’Irlande, l’Allemagne ou les Pays-Bas par exemple, pour qui les échanges commerciaux UE - Royaume-Uni pèsent bien plus lourd.

Paris intransigeant par calcul

Autant de différences qui expliquent que la France reste dans le camp des intransigeants du Brexit et se montre peu disposée aux compromis sur cet énorme point de blocage qu’est la pêche.

Il y a aussi des raisons électorales à cela. Si Macron a toujours voulu éviter de se mettre à dos les pêcheurs français, sa marge de manœuvre s’est encore réduite avec la chute de confiance dont pâtit son gouvernement avec sa gestion de la crise du coronavirus.

Mais la pêche n’est pas le seul motif qui pourrait pousser Macron (qui préférera toujours marquer des points plutôt que faire la paix) à renâcler devant des conditions du Brexit que l’Allemagne et d’autres jugent acceptables : la France tient à ce que les règles d’équité imposées au Royaume-Uni soient draconiennes et vérifiables.

L’“Europe stratégique” à laquelle croit Macron est à la fois économique et diplomatique. Sa vision d’une locomotive européenne de l’industrie et de l’innovation, capable de conserver son indépendance à l’égard des États-Unis et de la Chine, n’est pas compatible avec un Royaume-Uni qui s’affranchirait de toute contrainte réglementaire pour servir de base avancée aux États-Unis et à la Chine et contribuer à perpétuer leur domination économique sur l’Europe des Vingt-Sept.

De son côté, Merkel refuse de voir l’UE sombrer dans une guerre civile à cause du Brexit étant donné ce qui lui reste de mandat. “Merkel tient à son héritage”, poursuit le haut responsable allemand proche de la chancelière.

Et cet héritage, c’est ne pas avoir permis que l’Europe se déchire.”

Chers Britanniques, veuillez traîner les pieds

Cette double tension à Berlin (parvenir à un accord tout en préservant l’unité européenne) déterminera le niveau de pression que Merkel mettra sur Macron. L’Allemande pourra compter sur le soutien de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui, en privé, dit son attachement à un accord avec Londres : elle ne veut pas voir ses propres objectifs politiques, et son propre héritage, sabotés par la crise potentielle d’un “no deal”. Cependant, Ursula von der Leyen est aussi redevable à Macron : c’est lui qui l’a soutenue pour prendre la tête de la Commission l’année dernière, quand les négociations postélectorales étaient dans l’impasse.

Le président français ne peut pas se permettre d’avoir l’air mesquin. Pas plus qu’il ne peut se permettre de jouer les durs sur la scène européenne pour finalement flancher, comme il l’a déjà fait.

Il y aura des décisions pénibles à prendre. Les Britanniques pourraient faciliter la tâche de l’UE s’ils continuent à traîner les pieds sur la question des aides publiques, car Barnier pourra ainsi affirmer aux dirigeants européens que Londres n’a pas fait suffisamment d’efforts. Certains hauts responsables européens l’espèrent même.

C’est qu’ils savent que dans le cas contraire, Paris et Berlin vont droit vers un règlement de comptes à l’issue imprévisible.

Mujtaba Rahman

Source

Politico

BRUXELLES http://www.politico.eu/

8 septembre 2020

Lionel Jospin dresse l’inventaire des trois premières années du macronisme

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Par Solenn de Royer - Le Monde

Avec une sagesse teintée de mélancolie, l’ancien premier ministre socialiste analyse dans un livre, « Un temps troublé » (Seuil), la présidence d’Emmanuel Macron et les raisons de sa victoire en 2017.

Livre. C’est une voix qui vient de loin. Près de vingt ans après avoir quitté la vie politique, Lionel Jospin – qui a retrouvé sa liberté de parole après avoir passé quatre années au Conseil constitutionnel – s’invite dans le débat public avec un livre, Un temps troublé (Seuil, 256 pages, 19 euros), publié le 3 septembre.

L’ancien premier ministre socialiste (1997-2002), qui a été sèchement battu dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2002 – ouvrant la voie à un second tour inédit et saisissant entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen – a voulu comprendre ce qui s’était passé en 2017 avec l’avènement surprise d’Emmanuel Macron, dans un paysage politique totalement bouleversé.

Dans ce livre court, net, précis, à l’écriture impeccable et fluide, celui qui a gardé une réserve quasi constante pendant dix-huit ans, refusant de se transformer en commentateur galvaudé de la vie politique, commence par dresser un inventaire implacable des vingt-cinq dernières années : depuis la trahison de Jacques Chirac, en 1995, qui a renoncé à réduire la fracture sociale comme il s’y était engagé, jusqu’aux désillusions de l’électorat socialiste pendant le quinquennat de François Hollande, en passant par les erreurs et les excès du sarkozysme.

Aux déceptions suscitées par trois présidents successifs se sont ajoutés le référendum perdu sur l’Europe en 2005 (suivi du déni de celui-ci) ainsi que la crise financière de 2008, ces deux événements ayant eu des conséquences économiques, sociales et politiques « rudes pour les peuples », observe l’auteur, contribuant à alimenter le scepticisme et les frustrations des Français.

Pour Lionel Jospin, âgé de 83 ans, l’avènement d’un quasi-inconnu de 40 ans est ainsi bien davantage le fruit des faillites du passé – et de circonstances particulières ayant entouré l’élection présidentielle de 2017 – que d’une véritable adhésion au projet de ce dernier. Faute de l’avoir compris, Emmanuel Macron et sa majorité feraient preuve, selon lui, d’une « confiance excessive », les conduisant à l’imprudence. « Le succès entraîne souvent une griserie et celle que procure la croyance d’avoir gagné seul est trompeuse », écrit M. Jospin.

« Le macronisme : le plus efficace des dégagismes »

L’ancien premier ministre n’hésite pas à se montrer sévère avec ce jeune président « énergique et talentueux », mais « sans attaches » ni expérience politique. Si Macron a prôné la « révolution », la rupture avec le passé et les forces politiques antérieures, c’était d’abord et avant tout par opportunisme, pour conquérir plus efficacement le pouvoir, relève Jospin. « Le macronisme est devenu le plus efficace des dégagismes », analyse-t-il.

Dans une partie du livre intitulée « La désillusion », l’ancien premier ministre dresse le bilan décevant des trois premières années du quinquennat, évoquant des mesures ayant largement profité aux plus riches, des performances économiques « contrastées et modestes », de « fortes tensions sociales » et des promesses d’exemplarité politique réduites à néant. Il juge aussi sévèrement la méthode et la gouvernance choisies par Emmanuel Macron, cette verticalité érigée en dogme, laquelle aurait mécaniquement entraîné une violente réplique horizontale venue du peuple, incarnée par les « gilets jaunes ».

« La promesse chimérique d’un “nouveau monde” est restée lettre morte, résume Lionel Jospin. Notre pays est loin d’adhérer à ce qu’on lui propose aujourd’hui : un néolibéralisme orné de progressisme. »

« NOTRE PAYS EST LOIN D’ADHÉRER À CE QU’ON LUI PROPOSE AUJOURD’HUI : UN NÉOLIBÉRALISME ORNÉ DE PROGRESSISME », SELON LIONEL JOSPIN

Pour le socialiste, le logiciel libéral de Macron et « l’idéologie de la réforme à tout prix » sont datés et anachroniques, alors que la dérégulation et la financiarisation de l’économie ont entraîné, au cours des dernières années, des crises et des désordres majeurs, « en même temps qu’elles creusaient profondément les inégalités ».

L’ex-animateur de la gauche plurielle pourfend également le « progressisme » porté haut par les macronistes. Ce concept ne serait qu’un paravent masquant les orientations néolibérales de la politique menée et une « facilité de langage destinée à construire une opposition politique commode » – et dangereuse – face au Rassemblement national (RN).

L’ancien premier secrétaire (1981-1988 ; 1995-1997) du Parti socialiste (PS) voit, en outre, le mouvement présidentiel, La République en marche (LRM), comme une coquille vide dans laquelle « ceux qui y adhèrent – par un clic ! – n’ont pas d’obligations et pas non plus de droits ».

Il souligne aussi le paradoxe existant entre la promesse de rénovation de la vie politique, d’un côté, et le manque de démocratie interne, de l’autre, avec des méthodes « relevant du centralisme démocratique jadis en usage dans les partis communistes ». Fuyant les débats de fond, LRM se bornerait à « gérer son capital électoral », poursuit-il.

Une victoire du RN à l’élection de 2022 non exclue

A l’égard de François Hollande, à qui il a confié le PS en 1997, Lionel Jospin n’est pas plus tendre. A son actif, il met la gestion des attentats, l’obtention de certains résultats économiques et l’accord de Paris de 2015 sur le climat. Mais il reproche au président socialiste un « défaut d’autorité » ainsi que son « surprenant changement de cap » en 2014 (le tournant de la politique de l’offre), ces deux caractéristiques ayant ouvert la voie aux frondeurs et accéléré la « désagrégation de l’identité politique » du PS.

L’ancien premier ministre observe aussi que le renoncement de François Hollande à se représenter en 2017 et le faible score obtenu par Benoît Hamon ont mécaniquement abouti à l’élection d’Emmanuel Macron. « Il est déconcertant de mesurer le peu qu’il est resté, au terme du quinquennat, de cette impressionnante réunion de forces », résume l’auteur d’Un temps troublé, en rappelant qu’en 2012 le PS détenait tous les leviers de pouvoir, exécutifs, législatifs et territoriaux.

Pour la présidentielle à venir, « incertaine », Lionel Jospin n’exclut rien, y compris une victoire du RN. En vieux sage, il livre ses conseils à une gauche fragile et éclatée, qui s’est perdue en laissant le socialisme se dissoudre dans le libéralisme. Une gauche écologique aurait une chance de l’emporter en 2022, si elle parvenait à s’unir, estime-t-il toutefois, plaidant pour la mise en œuvre d’un « mouvement économique, social et écologique » à la hauteur des enjeux.

Adoptant une position en surplomb, Lionel Jospin se permet même de distiller quelques conseils à la droite, qu’il appelle à « retrouver une identité cohérente », afin de stabiliser l’échiquier politique.

Des partis « irremplaçables » dans la vie démocratique

Dans ses adieux, en 2002, l’ancien premier ministre avait « assumé pleinement la responsabilité de [son] échec » à la présidentielle. Il ne se livre pourtant ici à aucune autocritique sur son propre bilan, évitant d’évoquer ce qui lui avait été alors reproché par une partie des Français, notamment une certaine rigidité et un aveuglément supposé sur l’insécurité. Ce qui, dans un contexte de profonde division de la gauche, avait contribué à sa brutale éviction du jeu présidentiel.

Dans son livre, il préfère rappeler les « performances plus qu’honorables » de sa « dream team » ministérielle : deux millions d’emplois créés en cinq ans, baisse du chômage, stabilité de l’emploi industriel et réduction du déficit budgétaire, sans compter des « avancées sociales », comme les 35 heures. A plusieurs reprises, il rend hommage à François Mitterrand, en dépit des relations délicates qu’il entretenait avec l’ancien président.

Plus largement, Lionel Jospin s’emploie à défendre les partis, qui sont pour lui « irremplaçables » dans la vie démocratique, tout comme le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, qui ont profondément changé la nature du régime, accentuant pour certains le malaise démocratique français.

Dans une quatrième partie consacrée aux désordres du monde, l’auteur d’Un temps troublé examine enfin « trois confrontations décisives » entre « démocratie et despotisme », « migrations et nations », « expansion de l’homme et sauvegarde de la vie sur Terre ».

Postface sur la pandémie de Covid-19

Il clôt son essai par une longue postface sur la pandémie de Covid-19. Loin des polémiques, loin aussi de toute amertume, Lionel Jospin adopte ici un ton calme et modéré, apaisé. Celui d’un « homme face aux incertitudes que ressentent aujourd’hui beaucoup de nos concitoyens et qui veut partager sa vision du temps qui vient, en disant ce qu’il voit, ce qu’il craint et ce qu’il souhaite ». Dans un long entretien accordé le 3 septembre à L’Obs, il le dit d’ailleurs lui-même, assurant qu’il n’a pas voulu écrire en « combattant ». Comme s’il livrait finalement ici une sorte de testament.

Certains, au PS, croient voir dans ce livre la promesse d’un retour. Mais alors que Lionel Jospin sera âgé de 85 ans à la prochaine présidentielle, il est permis d’en douter.

Bien au contraire affleure dans ces pages sobres et rigoureuses une certaine sagesse teintée de la mélancolie – douce mais poignante – de celui qui sait que son temps est passé. L’intéressé ne dit pas autre chose à la fin de son entretien à L’Obs : l’histoire qui reste à écrire le sera par d’autres que lui.

SEUIL - « Un temps troublé », de Lionel Jospin, Seuil, 256 pages, 19 €.

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22 septembre 2020

MICHAEL LONSDALE, SLOW LIFE

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Par Camille Nevers - Libération

Le comédien et metteur en scène, génialement singulier et singulièrement génial chez Duras comme James Bond, chez Eustache comme Spielberg, chez Truffaut ou Régy, est mort lundi à 89 ans. Tentative de déchiffrer l'allure de l'homme, l'axe de son jeu, traversés par l'étrange autorité de la lenteur.

Michael Lonsdale.

Une porte doit être ouverte ou fermée. Michael Lonsdale devait être debout ou assis. Dans un proverbe irlandais, il est dit que «l’Anglais pense assis, et le Français debout»… Michael Lonsdale, donc, était l’un et l’autre, à tour de rôle. On a appris lundi après-midi la mort du comédien et metteur en scène (au théâtre), à 89 ans.

Qui l’imaginerait monter à cheval, faire de l’alpinisme, danser une valse, s’adonner à d’exténuants exercices physiques ? Personne. On ne le revoit pas courant, marchant trop vite, ni d’un bon pas pressé, et s’il danse, conduisant de blondes créatures, Delphine Seyrig ou Sylvia Kristel, c’est au rythme d’un slow. Slow, c’est le mot : Michael Lonsdale ou la lenteur ; d’une lenteur bien tempérée qui vise au dépouillement, à une impassibilité apparemment calme et étrangement «posée». Etrangement, parce que Lonsdale est dans ses gestes et sa réticence à s’emballer un comédien posé, ce qui assure prestance et autorité aux personnages qu’il incarne, mais il est aussi comme «posé là», ce qui met en péril la blanche assurance, menace l’aisance précise où perce toujours une pointe d’inquiétude hébétée : être «posé là», c’est courir un gros risque – le risque de faire partie des meubles et que nul ne songe bientôt plus à noter sa présence, à lui accorder un regard.

Le numéro d’équilibriste consiste dès lors à balancer discrètement, mine de rien, entre le jeu mondain le plus hiératique (tenir un cigare dans une main, dans l’autre un verre de whisky, par exemple) et l’insignifiance défaite de ses personnages. Entre l’extrême solennité et l’extrême solitude. Tout se passe indistinctement, mais assez lentement, le temps d’un geste précautionneux dont on se demande toujours si c’est politesse cauteleuse ou timidité maladive de sa part, machiavélisme ou couardise, flegme ou flemme, le temps d’une phrase prononcée d’abord gravement, sentencieuse et affirmative, qui s’achève en interrogative par une simple inflexion finale plus aiguë, ou le temps d’un déplacement du corps assez ralenti pour qu’on en distingue l’élégance et la gaucherie simultanées, d’une station à une autre.

Aller-retour vertical et ralenti

C’est ainsi qu’on imagine à peine Lonsdale en mouvement, et qu’on le revoit d’abord toujours, ou debout, ou assis. Surtout assis. Ou à l’extrême limite : à genoux. Mais tout son être, pour ainsi dire toute son existence à l’écran, semble tenir dans ce déploiement minimal, dans cet aller-retour vertical et ralenti : se lever, s’asseoir, se redresser, regagner son siège, se mettre debout, s’incliner à nouveau… et puis s’affaler – car si la chaise ou le fauteuil vient soudain à manquer, il ne reste au comédien qu’une alternative : tenir debout, le plus droit et le plus longtemps possible, ce qui n’est pas tâche facile car tenir son rang est fatigant, ou bien se laisser choir, ce qui est une vraie tragédie, car on l’aura compris, chez Lonsdale la loi de la gravité devient une loi morale. A la manière d’un Montaigne lorsqu’il écrit, «au plus élevé trône du monde, nous ne sommes assis que sur notre cul». Sur les tapis exotiques d’India Song, sur le sable au soleil couchant d’Out 1, dans le cagibi sous l’escalier de la Mariée était en noir ou sur la moquette épaisse d’Un linceul n’a pas de poche, lorsque l’acteur s’écroule, ce que l’on voit, c’est l’homme qui chute. C’est lamentable, et déchirant, comme le cri du vice-consul.

En ce sens, qu’Eustache ait fait appel à lui pour narrer une Sale histoire est sidérant : cela demande un effort de pensée – et l’histoire pourtant sordide émerge alors parée de reflets proprement fantastiques – que d’imaginer un instant Lonsdale, son corps immense, mou et massif, s’allonger volontairement sur le sol des toilettes publiques et se contorsionner pour regarder par le trou de la porte le sexe de femmes anonymes… Sa plus grande prouesse physique, performance à effets spéciaux plus inouïs que ceux de Moonraker ou de Billy Ze Kick, il la doit au mirage eustachien de la parole, à sa puissance d’évocation obscène et hypnotique : qu’est-ce qui est le plus obscène, d’ailleurs, cette histoire d’attentat à la pudeur que Lonsdale nous raconte, ou l’image même, fantasmatique, de sa posture improbable, de cette station couchée à plat ventre d’un corps si peu fait pour cela, si peu enclin à telle outrance physique ?

La conscience détachée de n’être maître de rien

Que peut bien faire l’homme qui s’assoit, s’il ne veut pas qu’on l’oublie dans un coin, sinon prendre la parole, mais sans élever la voix ? Pour dire quoi ? «Je veux savoir pourquoi on m’aime pas» (Baisers volés), ou «Alex, tu me fais peur…» (Stavisky), par exemple. Le manque d’amour, une angoisse légère et distante. Michael Lonsdale ne ressemble véritablement à personne, mais s’il fallait citer un comédien dont la lenteur physique et la douceur traînante de la voix le rapprochent obscurément, sensiblement, ce ne serait pas un Français mais un Anglais : ce serait Herbert Marshall. D’ailleurs cette lenteur, cette patience infinie attendant son heure, cette haute stature un peu voûtée qui fait le gros dos comme un chat (quoique Lonsdale m’évoque d’abord ce plantigrade herbivore : le panda), proviennent chez tous deux d’une infirmité qu’on dissimule : Marshall a tenté de masquer toute sa vie sa jambe de bois, une jambe qu’il avait perdue dans un accident lors de la Grande Guerre ; Lonsdale, tout jeune, en pleine Seconde Guerre mondiale, eut les jambes brisées dans un accident de voiture et crut ne jamais pouvoir remarcher…

Toutefois ce n’est pas du tout une ressemblance physique, mais une pensée secrète qui à nos yeux les apparente : la conscience détachée de n’être maître de rien, et de personne – aussi passent-ils leur temps à seulement rester maîtres d’eux-mêmes ; tous deux ont ce demi-sourire flottant, intimidé et énigmatique, mi-candide mi-cynique, mi-matois mi-pantois, sourire «sous cape» dont on ne saura jamais exactement s’il est le signe d’une capitulation souveraine ou d’une victoire discrète : on soupçonne juste que pour eux cela revient au même.

Il y a chez Lonsdale et Marshall un fond malheureux, et d’un malheur sans honte, juste un peu risible, un fond de tristesse dont la féminité douce, vaguement rouée, n’est pas à tenter de masquer sous des dehors virils ou une violence rentrée, plutôt à livrer avec cette résignation feutrée des amoureux non payés de retour, ou des maris modestes.

Lonsdale est à lui-même, en parlant, sa propre voix off

Et Lonsdale a enfin de commun avec Herbert Marshall (et aussi Michel Bouquet) de n’articuler qu’à peine, le moins possible on dirait ; mais chaque mot mâchouillé, ânonné, se détache avec une grande netteté. Cette diction est pure distinction, cette façon du comédien de débiter calmement son texte, posément donc, et le plus poliment du monde, comme s’il n’y était pour rien. Avant même de la laisser pousser, Michael Lonsdale semblait déjà parler dans sa barbe. Cette voix qu’on reconnaît entre mille, ce n’est alors pas un hasard sans doute si, par Duras la première, elle fut si souvent utilisée en voix off, en voix radiophonique. Car même à l’écran et plein cadre, Lonsdale est à lui-même, en parlant, sa propre voix off. Sa manière recto tono est toujours à la limite de la ventriloquie, le mouvement quasi inarticulé de la bouche aux lèvres très minces, sans compter barbe et moustache, donne au timbre un effet naturel de play-back. Cette curieuse, infime dissociation du corps et de la voix ouvre peut-être une perspective pour finir : que Michael Lonsdale soit debout ou assis, sa parole, elle, ne paraît jamais tout à fait en phase, ou en place. Comme si l’envers de l’immobilité impassible et bonhomme de l’acteur était cette volatilité de la voix qui tient sous son empire son interlocuteur : la voix d’un hypnotiseur, et d’un conteur. A lui seul revenait de nous confier en chuchotant des histoires à dormir debout. Ou assis.

Mes précédents billets sur Michael Lonsdale :

http://jourstranquilles.canalblog.com/tag/michael%20lonsdale

13 octobre 2020

Rachida Dati et Anne Hidalgo, les deux Parisiennes qui pensent déjà à 2022

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Par Denis Cosnard

Rachida Dati a effectué vendredi à Reims un premier déplacement de précampagne présidentielle. Anne Hidalgo réfléchit aussi à sa possible candidature. Le chemin s’annonce ardu pour l’une comme l’autre.

Destination Reims pour Rachida Dati. Vendredi 9 octobre, la maire du 7e arrondissement de Paris a passé une journée dans la principale ville de la Marne. Son premier déplacement d’une précampagne présidentielle qui ne dit pas encore son nom. Sans surprise, il a été centré sur l’insécurité, son thème fétiche depuis des années.

Un sujet sur lequel elle insiste dans un grand entretien accordé pour l’occasion au quotidien régional L’Union. Au programme, visite du « Centre de supervision urbain » où convergent toutes les images des caméras de vidéosurveillance installées dans la commune, puis rencontre avec les associations chargées de prévenir la délinquance. Avant de partir, l’ex-garde des sceaux a retrouvé le maire Les Républicains (LR) Arnaud Robinet, les élus et militants locaux.

Plus de doute : à 54 ans, Rachida Dati est repartie en campagne. Parler aux passants, capter leur regard, montrer qu’elle s’intéresse à la vie concrète des électeurs, c’est là qu’elle est la meilleure. Fin septembre, beaucoup, dans son propre camp, sont restés dubitatifs lorsqu’elle a lâché au Times de Londres : « Je me suis battue contre les élites françaises. Maintenant, je veux être présidente. » Ce n’était pas une foucade. Les sénatoriales passées, l’ancienne ministre sarkozyste a décidé de forcer sa chance.

Avec la poignée de fidèles qui l’entoure à Paris, elle entame une série d’allers-retours en province, ponctués d’interviews, pour donner une dimension nationale à sa possible candidature. « Le travail effectué à Paris pour retourner son image reste à effectuer ailleurs », explique un membre de son équipe. Après Reims, elle devrait notamment se rendre dans les Ardennes pour parler des « fractures territoriales », ainsi que dans une ville d’Ile-de-France. Et côté financier, son micro-parti existe déjà.

Parcours croisés

Anne Hidalgo n’est pas aussi déterminée. « Elle a encore besoin de longs mois pour se forger une conviction, assure un de ses proches. Elle ne tranchera qu’après les régionales du printemps 2021. » Mais, après avoir longtemps balayé cette hypothèse, la maire de Paris n’exclut plus d’être candidate à l’Elysée en 2022, et plusieurs de ses adjoints et conseillers réfléchissent à cette éventuelle échéance.

« Je vois bien que le regard sur moi a changé, a-t-elle confié au Point mi-septembre pour justifier cette évolution. J’entends les commentateurs, je vois les réactions chaleureuses des Parisiens, celles des Français que j’ai croisés cet été. Ils aiment les responsables politiques combatifs, qui ont des cicatrices et ont relevé des beaux défis, surtout lorsqu’on est une femme. Nous ne sommes pas si nombreuses à nous être inscrites dans le paysage politique sur la durée. » Des propos que Rachida Dati aurait pu tenir, mot pour mot.

CES DEUX FILLES D’ÉTRANGERS SONT PERÇUES COMME DES PARISIENNES, ET DES BOURGEOISES. UN ATOUT LOCAL. UN POINT PLUS DÉLICAT DANS UN SCRUTIN NATIONAL

Rachida Dati, Anne Hidalgo : une fois de plus, l’histoire fait se croiser les parcours de ces deux femmes. Pendant la campagne des municipales, elles bataillaient l’une contre l’autre pour le fauteuil de maire… et tiraient d’un même mouvement sur les candidats de La République en marche (LRM). A présent, elles continuent à ferrailler dans l’hémicycle de l’Hôtel de ville. Mercredi encore, Rachida Dati a endossé son costume d’opposante en chef, et mené une longue charge sans nuance contre « l’enlaidissement de la ville » signé d’après elle Anne Hidalgo.

Les municipales, cependant, ont un peu changé la donne, pour l’une comme pour l’autre. Donnée perdante un an plus tôt, Anne Hidalgo est sortie de l’épreuve auréolée de sa victoire, et de l’union qu’elle a su maintenir entre les écologistes et toutes les composantes de la gauche, hormis La France insoumise (LFI). De son côté, Rachida Dati a perdu, mais avec les honneurs et un résultat bien meilleur que prévu. Si bien que dans l’opinion, toutes deux bénéficient d’un statut un peu similaire, celui, donc, de femmes « qui ont des cicatrices et ont relevé des beaux défis ».

De quoi être vivement applaudies, chacune dans son camp. A gauche, la maire de Paris fait partie des six personnalités les plus appréciées, avec 49 % d’opinions positives selon le sondage réalisé les 6 et 7 octobre par Elabe auprès de 1 000 Français pour Les Echos et Radio Classique. Rachida Dati recueille le même taux d’approbation chez les sympathisants de droite.

Multiples embûches

Seront-elles pour autant candidates en 2022, et peuvent-elles gagner ? Le chemin s’annonce ardu. Ces deux filles d’étrangers sont en effet perçues comme des Parisiennes, et des bourgeoises. Un atout lors d’une campagne à Paris. Un point plus délicat dans un scrutin national où il faut séduire aussi les paysans bretons, les ouvriers victimes de la désindustrialisation ou encore les commerçants des centres-villes qui dépérissent.

Une campagne présidentielle impose en outre de bâtir un programme traitant tous les grands sujets, y compris internationaux. Un défi à relever pour Rachida Dati, qui avait concentré sa campagne municipale sur la sécurité et la propreté des rues parisiennes, mais aussi pour Anne Hidalgo. « Aura-t-on le temps d’ici à 2022 ?, s’interroge un pilier de son équipe. Ce n’est pas évident, alors que la gauche est divisée sur la laïcité, la politique économique, ou encore l’équilibre à trouver entre l’écologie et le social. »

Autre difficulté, les deux éventuelles candidates souffrent de plusieurs faiblesses. Anne Hidalgo devra expliquer pourquoi elle a si longtemps juré qu’elle ne serait jamais candidate à la présidentielle. Rachida Dati, pourquoi elle a semble-t-il reçu 900 000 euros d’honoraires de la part de Carlos Ghosn entre 2010 et 2012, pour des prestations de conseil assez insaisissables. Une enquête judiciaire est en cours, et risque de se traduire par divers rebondissements au fil des mois. Une mise en examen n’a rien d’impossible. « Heureusement, cela pèse peu sur son image à droite, plaide un de ses soutiens. Ses électeurs l’acceptent telle qu’elle est, en bloc, un peu comme Nicolas Sarkozy. »

Quel espace politique ?

Pour l’une comme l’autre, surtout, reste une question-clé : disposeront-elles de l’espace politique nécessaire à une candidature victorieuse ? A ce stade, les sondages sur la future présidentielle placent Emmanuel Macron et Marine Le Pen loin devant tous les autres candidats possibles. La droite classique comme la gauche pourraient être absentes du second tour.

A 61 ANS, LA MAIRE DE PARIS NE PEUT ROMPRE AVEC SES PROMESSES DE SE CONSACRER À CETTE FONCTION MAJEURE QUE SI SES CHANCES DE SUCCÈS À LA PRÉSIDENTIELLE PARAISSENT SUBSTANTIELLES

Au sein de leurs camps respectifs, Rachida Dati comme Anne Hidalgo sont en outre loin d’être seules en piste. La première doit compter avec la concurrence de Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau et d’autres.

La seconde, avec les ambitions de figures comme Yannick Jadot, Eric Piolle ou Jean-Luc Mélenchon. « Mélenchon ira au bout de sa démarche, jusqu’à l’absurde, anticipe un proche d’Anne Hidalgo. Mais s’il y a une bonne candidature de gauche face à lui, il peut ne réunir que 6 % des voix. En captant le reste des voix de gauche, des écologistes et d’une partie des déçus de Macron, une candidature sociale-démocrate pourrait franchir le cap du premier tour. »

Rien d’un boulevard, néanmoins. C’est la raison pour laquelle Anne Hidalgo ne veut surtout pas se déclarer trop tôt. A 61 ans, la maire de Paris ne peut rompre avec ses promesses de se consacrer à cette fonction majeure que si ses chances de succès à la présidentielle paraissent substantielles. Rachida Dati, elle, n’est pas entravée par la même contrainte. Au pire, sa précandidature ne débouchera pas, mais la droite appréciera sa pugnacité et l’en récompensera d’une façon ou d’une autre.

Denis Cosnard

Un ex-adjoint d’Anne Hidalgo mis en examen pour viol et agressions sexuelles. L’ex-adjoint à la Mairie de Paris Pierre Aidenbaum a été mis en examen pour viol et agressions sexuelles par personne ayant autorité, a fait savoir une source judiciaire à l’Agence France-Presse vendredi 9 octobre. Le 14 septembre, il avait démissionné de son poste d’adjoint, après avoir été accusé par une proche collaboratrice. A la suite de cette annonce, la maire de Paris, Anne Hidalgo, lui a demandé de « démissionner immédiatement » de son mandat de conseiller de Paris, qualifiant les faits pour lesquels la mise en examen a été prononcée d’« extrêmement graves ». A 78 ans, Pierre Aidenbaum est une figure de la politique parisienne. Conseiller de Paris depuis trente et un ans, il a en outre présidé, de 1993 à 1999, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Elu maire du 3e arrondissement dès 1995, le socialiste a conservé son fauteuil durant un quart de siècle, jusqu’en juin de cette année. Dans le cadre de la fusion de son arrondissement avec trois autres (1er, 2e et 4e), il s’est alors effacé derrière un autre socialiste, Ariel Weil, devenu maire d’un nouveau secteur appelé « Paris Centre ». Après les accusations de harcèlement sexuel de la part d’une proche collaboratrice de M. Aidenbaum, la Mairie de Paris avait annoncé en septembre avoir « immédiatement » signalé ces faits au parquet qui, dans la foulée, avait confirmé l’ouverture d’une enquête pour « agression sexuelle » confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la police judiciaire parisienne.

5 octobre 2020

Madame Claude : sous le chic, une sordide entreprise de prostitution

madame claude

Par Vanessa Schneider, Samuel Blumenfeld - Le Monde

Loin du joli conte licencieux que la plus célèbre proxénète de la France gaulliste et pompidolienne se plaisait à raconter, Fernande Grudet était une pourvoyeuse de sexe impitoyable. Cette femme d’affaires, morte en 2015 à 92 ans, a inspiré le cinéma : un biopic de Sylvie Verheyde doit sortir dans les prochains mois.

La somptueuse demeure en pierre de taille bleu clair surplombe la mer Méditerranée, un jardin fleuri l’enrobe comme un écrin ou une prison végétale. Un détail intrigue la visiteuse : le portail rouillé du domaine est ouvert et personne ne répond à son coup de sonnette. La jeune femme, une beauté à la mise élégante, en a vu d’autres. Elle est l’une des « filles » de Madame Claude, la plus célèbre proxénète des « trente glorieuses ». Elle est habituée au luxe et aux demandes parfois excentriques de ses clients. La caméra la suit dans un parc en forme de labyrinthe, à la recherche d’invisibles occupants. Le « jeu » peut alors commencer.

Tour à tour, trois hommes d’une quarantaine d’années dont on distingue à peine les traits surgissent et la frappent sans vergogne dans différentes pièces de la bâtisse. C’est à celui qui cognera le plus fort, avec juste suffisamment de retenue pour la laisser vivante. Ces hommes sans visage, mais au portefeuille garni, ont assouvi leur fantasme. Ils laissent derrière eux la call-girl en état de choc, défigurée, le corps couvert ­d’ecchymoses. Dans son sac, on aperçoit plusieurs liasses de ­billets. Le prix de son martyr.

« LES CHOSES ÉTAIENT LOIN D’ÊTRE MERVEILLEUSES DANS L’UNIVERS DE MADAME CLAUDE. CROIRE QU’UNE PROSTITUÉE, MÊME DANS CE CADRE-LÀ, PRENNE DU PLAISIR À SON TRAVAIL RELÈVE DE LA MÊME HYPOCRISIE QU’IMAGINER UNE FEMME DE MÉNAGE AMOUREUSE DU NETTOYAGE. » SYLVIE VERHEYDE, RÉALISATRICE

Dans Madame Claude, le film de Sylvie Verheyde (dont la date de sortie, prochainement, n’est pas encore fixée), rien n’est éludé, ni la violence ni les dessous sordides de ce qui a été longtemps présenté comme une activité librement consentie où chacun, « filles » et clients, trouvait son compte. Madame Claude détestait le mot « prostitution », préférant évoquer des « échanges de bons services ». Il ne fallait pas confondre ses filles avec des prostituées effectuant vingt passes par jour. « Passe », le terme, jugé trop vulgaire à son goût, avait d’ailleurs été effacé de son vocabulaire. « Mon métier consiste à rendre le vice joli », expliquait-elle dans une interview au magazine Lui en 1981.

Sylvie Verheyde, qui s’était déjà intéressée à la prostitution dans Sex Doll (2016), assume dans ce nouveau long-métrage consacré à la « mère maquerelle de la Ve République », après Madame Claude (1977), de Just Jaeckin, et Madame Claude 2 (1981), de François Mimet, de déconstruire, à partir d’un rigoureux travail de documentation, le mythe consciencieusement tissé par cette dernière. « Les choses étaient loin d’être merveilleuses dans l’univers de Madame Claude, explique la réalisatrice. Croire qu’une prostituée, même dans ce cadre-là, prenne du plaisir à son travail relève de la même hypocrisie qu’imaginer une femme de ménage amoureuse du nettoyage. »

L’histoire de Madame Claude a longtemps résonné comme un festival de paillettes et de glamour. Son nom évoque le franc, les DS noires, le Concorde, les voyages exotiques, le temps béni du plein-emploi. Cette France gaulliste dans laquelle les fortunes se consolidaient, où les hommes aux attachés-cases en cuir rigide régnaient en maître sur une économie triomphante ainsi que sur leurs épouses, pour la plupart cantonnées à leur intérieur. Une société à la découverte du plaisir, mais où le sexe était encore tabou.

Société en pleine ébullition

Si le nom de Madame Claude reste attaché aux fastes d’une époque, il était inévitable que sa fortune décline avec l’évolution des mœurs et l’émancipation des femmes dans la société. Après plusieurs condamnations, une réprobation quasi unanime et des séjours en prison, elle est morte, en 2015, dans l’anonymat, à 92 ans. Sa légende affiche néanmoins une surprenante résilience. Dans l’imagerie des années 1970, elle était cette petite femme décidée et nimbée de mystère au service des grands de ce monde.

En 2020, dans le film de Sylvie Verheyde, elle est dépeinte en proxénète dure et intraitable, mais aussi comme une sorte d’icône féministe, femme délimitant son territoire et affirmant son indépendance dans un monde d’hommes qu’elle se plaisait à dominer. « Ma mère avait quitté son Auvergne natale pour monter à Paris et, pour elle, Madame Claude symbolisait la réussite, se souvient la ­metteuse en scène. C’est tout de même paradoxal de choisir une maquerelle comme exemple, sauf qu’il n’existait pas tellement de modèles d’ascension sociale chez les femmes à l’époque. Or, Madame Claude a grimpé les barreaux de l’échelle sociale de manière stupéfiante, dans un monde strictement masculin. »

Si le parcours de Madame Claude fascine autant, c’est parce qu’il raconte les mutations d’une société en pleine ébullition. Née le 6 juillet 1923 à Angers, dans une famille pauvre — son père vendait des sandwichs sur une charrette devant la gare –, Fernande Grudet, de son vrai nom, avait parfaitement compris son époque et ses besoins. « Deux choses marchent dans la vie : la bouffe et le sexe. Je n’étais pas douée pour la cuisine », aimait-elle à répéter.

Elle possédait en revanche un véritable talent de conteuse, s’inventant une enfance bourgeoise avec un père industriel, des études chez les sœurs visitandines, un passé de résistante et une déportation à Ravensbrück. Même le récit de son « éducation » parisienne, la prostitution occasionnelle, la fréquentation du milieu et une histoire d’amour avec l’un des cerveaux du gang des tractions avant, Pierre Loutrel, plus connu sous le surnom de « Pierrot le Fou », n’a jamais été vérifié.

Le téléphone, accessoire du désir

Celle qui avait érigé le mensonge en art de vivre savait combien les hommes aiment se bercer d’illusions. Elle inventa la « call-girl » pour des individus désireux d’oublier qu’ils couchent avec une putain, sortant la prostitution du caniveau pour répondre aux fantasmes d’une clientèle aisée, soucieuse de discrétion : grands patrons, élus de la République, hauts fonctionnaires, stars du cinéma, chefs d’Etat.

La réputation des filles de Madame Claude avait, depuis le début des années 1960, largement dépassé les frontières de l’Hexagone. Le chah d’Iran, l’industriel italien de l’empire Fiat Gianni Agnelli réservaient les plus belles créatures du catalogue pour leurs fêtes fastueuses. Hussein de Jordanie et le guide libyen Mouammar Kadhafi auraient eu recours aux services de « Madame ». La légende raconte que John F. Kennedy, en visite officielle à Paris en 1961, aurait exigé le sosie de son épouse Jackie « en plus libérée ».

Femme d’affaires avisée et génie du marketing, elle a établi, dès 1957, les bases d’une fructueuse et efficace entreprise en s’appuyant sur l’une des nouvelles technologies de l’époque, le téléphone. Dans une France où celui-ci restait un luxe réservé aux entreprises, où même le général de Gaulle affirmait en plaisantant qu’il n’en pos­sédait pas à son domicile, Madame Claude avait saisi l’usage qu’elle pourrait tirer de cette invention : cet outil pouvait se muer en accessoire du désir. Au sommet de son pouvoir, au mitan des années 1970, elle avait directement appelé le ministre des télécommunications pour lui demander de remplacer au plus vite l’un de ses trois appareils tombés en panne.

10 000 francs la soirée

Plutôt que de se déplacer dans une maison close clan­destine ou de ramasser une fille dans la rue pour échouer dans une chambre d’hôtel minable, les clients – ou plutôt les « amis », puisque c’est ainsi que Claude préférait les désigner – appelaient la proxénète, qui leur envoyait, chez eux ou dans un palace du 8e arrondissement, la compagne de leur choix pour quelques heures, une nuit ou un voyage, au tarif de 10 000 francs la soirée.

Pour justifier de tels honoraires – la proxénète a toujours insisté sur le fait qu’elle n’avait jamais forcé ses filles à monnayer leurs charmes –, « Madame » s’engageait à fournir du haut de gamme. Ses recrues devaient être jeunes, entre 25 et 30 ans. Une certaine taille était également exigée. Si les mannequins sont aussi longilignes, remarquait-elle, ce n’est pas par hasard. Les hommes riches préfèrent toujours les filles grandes, estimait-elle, à l’image de la démesure de leur maison ou de leur yacht.

Les jeunes femmes devaient aussi être dotées d’un minimum d’éducation, Madame Claude se targuant de ne pas supporter les mauvaises manières. Elle offrait à ses filles une formation intellectuelle, avec des rudiments d’anglais et de culture ­générale. Même si la leçon se limitait à un abonnement à la revue Historia et à un encoura­gement à parcourir le dernier prix Goncourt, l’idée était que la femme d’un soir puisse devenir celle d’une vie, une épouse modèle. « Plusieurs d’entre elles ont fait de beaux mariages », se rengorgeait la pygmalion.

Chirurgien esthétique

La maquerelle recrutait au Crazy Horse, dans les boîtes de nuit, chez Castel ou Régine. Ses protégées étaient modèles ou apprenties actrices, mais elle se vantera aussi d’avoir engagé des femmes mariées et des bourgeoises désireuses de pimenter leur vie. Elisabeth Antébi et Anne Florentin, deux journalistes, autrices, en 1975, de l’enquête Les Filles de Madame Claude, un empire qui ne tient qu’à un fil (Julliard), ont infiltré le processus de recrutement pour intégrer l’agence de Madame Claude.

« NOUS ÉTIONS BIEN ROULÉES, PLUTÔT PAS BÊTES, NOUS FAISIONS 1,70 MÈTRE, MINCES, BRUNES. CELA CORRESPONDAIT AUX CRITÈRES. NOUS AVONS ÉTÉ ACCEPTÉES. » ELISABETH ANTÉBI, JOURNALISTE

Un rendez-vous leur avait été fixé dans un restaurant parisien avec Catherine Vergitti, numéro deux de la proxénète. Cette grande blonde, toujours de cuir vêtue, ­roulant à moto, était chargée de repérer les candidates potentielles. « Nous étions bien roulées, plutôt pas bêtes, nous faisions 1,70 mètre, minces, brunes. Cela correspondait aux critères. Nous avons été acceptées », se souvient Elisabeth Antébi, qui n’ira jamais au-delà du processus de sélection.

Un passage chez le chirurgien esthétique attitré de Claude était également requis pour intégrer son écurie, afin de corriger une poitrine, relever des pommettes, redessiner une bouche. Même la fille la plus parfaite nécessitait une « correction », Madame Claude voulant imprimer sur elle sa signature comme l’on marque au fer les bêtes de son troupeau.

La proxénète s’était imposé un traitement comparable. Elle se jugeait laide et s’était infligé plusieurs opérations au visage, sans jamais parvenir à en gommer l’indélébile sécheresse. En revanche, elle possédait un certain charisme. « Dans une pièce, on ne voyait qu’elle », raconte Philippe Thuillier, collaborateur de Laurent Ruquier et producteur des « Confessions de Madame Claude », l’émission diffusée sur TF1 en 1993, où la mère maquerelle s’exprima pour la première fois face caméra.

« LA GRANDE IDÉE DE MADAME CLAUDE, C’ÉTAIT DE FAIRE COMME SI TOUT SE PASSAIT ENTRE GENS DE BONNE COMPAGNIE. » SYLVIE VERHEYDE, RÉALISATRICE

Une fois la plastique de ses filles « corrigée », elle s’occupait de leur constituer une garde-robe de luxe, avec chaussures et sacs à main de marque, l’uniforme indispensable pour ressembler à une femme du monde, son idée fixe. Perfectionniste, elle n’autorisait que le port de dessous blancs. Elle enseignait aussi les règles de la bienséance : comment allumer une cigarette, se tenir à table, ranger son sac. Devenir une femme trophée demande du travail. « La grande idée de Madame Claude, c’était de faire comme si tout se passait entre gens de bonne compagnie », note la réalisatrice Sylvie Verheyde.

La proxénète se prévalait de garantir une hygiène irréprochable, soumettant régulièrement ses travailleuses du sexe à des tests de dépistage de maladies vénériennes chez un médecin de sa connaissance. La drogue était formellement proscrite. Une fois sa recrue jugée prête, « Madame » l’envoyait à un « testeur », un ami qui lui faisait un compte rendu des performances au lit de la jeune femme.

Jacques Quoirez, le frère de Françoise Sagan, qui, en 1975, cosignera avec la proxénète son autobiographie édulcorée, « Allô, oui » ou les Mémoires de Madame Claude (Stock), tiendra longtemps cet emploi si particulier de goûteur ou d’inspecteur des travaux finis. « Je les travaillais parfois une année entière. Quand je les lançais, elles étaient parfaites », avait confié Madame Claude, glaciale et glaçante à l’écrivaine Eve de Castro.

Esthétique de papier glacé

Just Jaeckin a eu l’occasion de prendre la mesure de ce perfectionnisme. Les films de cet ancien photographe de mode – Emmanuelle (1974) et Histoire d’O (1975) – ont rencontré un succès considérable. Ils incarnaient un érotisme d’élite, avec des protagonistes issus de la bourgeoisie à une époque de libération des mœurs, où l’esthétique de papier glacé du réalisateur se conjuguait au licencieux.

« ELLE M’A ENVOYÉ LE SOIR MÊME UNE FILLE DE 30 ANS, LA BLONDE QUE J’AVAIS DEMANDÉE. NOUS AVONS PASSÉ UNE SOIRÉE MAGNIFIQUE. » JUST JAECKIN, RÉALISATEUR

Lorsqu’il est entré, en 1976, dans le bureau de la proxénète, rue de Marignan, près des Champs-Elysées, pour discuter de la réalisation de Madame Claude, cette dernière l’a interpellé d’emblée : « Comment pouvez-vous réaliser un film sur moi sans tester une de mes filles ? », raconte-t-il. Jaeckin, sensible à la proposition, lui a alors détaillé ses goûts. « Elle m’a envoyé le soir même une fille de 30 ans, la blonde que j’avais demandée, se souvient-il, très satisfait. Nous avons passé une soirée magnifique. »

La jeune femme, apparemment heureuse de pouvoir aider le réalisateur à documenter l’écriture de son film, s’était révélée loquace. « C’est elle qui m’a raconté comment elle se rendait en jet privé chez le chah d’Iran, pour en revenir avec un bijou de valeur, que récupérait systématiquement Madame Claude », poursuit Jaeckin.

Informations très privées

« Madame » affichait une extrême discrétion sur le nom de ses clients. Son succès reposait sur ce goût du secret, même si elle ne contredisait jamais les journalistes quand ils s’aventuraient sur le terrain des devinettes. Plus on lui prêtait d’habitués prestigieux, plus son aura grandissait. Elle jouissait de son pouvoir sur la gent masculine. « C’est si excitant d’entendre un milliardaire ou un chef d’Etat solliciter ce que vous pouvez lui donner avec une voix de petit garçon », s’amusait-elle, avec un sens aigu de la formule. Elle ne dédaignait pas faire patienter un client au téléphone ou lui annoncer que telle fille avec laquelle il avait passé une nuit, et qu’il désirait tant revoir, n’était pas disponible ce soir-là.

« ELLE A PU PROSPÉRER EN TOUTE IMPUNITÉ, PROTÉGÉE AU PLUS HAUT NIVEAU. ELLE AVAIT ACCÈS À DES RENSEIGNEMENTS UTILES, LE SYSTÈME TOURNAIT BIEN, TOUT LE MONDE ÉTAIT CONTENT. » MARTINE MONTEIL, EX-COMMISSAIRE DE POLICE

Dans le monde du cinéma comme dans celui de l’entreprise, du marchand de canons au marchand de béton, on faisait appel à ses services pour faciliter la conclusion d’une affaire. « Personne ne me connaît, mais je connais tout le monde », se réjouissait celle qui était devenue une femme d’influence.

Elle se régalait de détenir les informations très privées recueillies par ses filles. Untel aimait, par exemple, se faire talquer, un autre fouetter, un troisième insulter ou sodomiser. Les préférences sexuelles des puissants se retrouvaient consignées dans les fameuses notes blanches des Renseignements généraux qui, en échange de ces « données », assuraient à « Madame » une indéfectible protection.

Pendant presque vingt ans, elle a été intouchable. « Elle a pu prospérer en toute impunité, protégée au plus haut niveau. Elle avait accès à des renseignements utiles, le système tournait bien, tout le monde était content », raconte l’ex-commissaire de police Martine Monteil, qui l’a arrêtée en 1992. « J’ai mené ma coupable industrie avec la bénédiction de l’Etat », admettait la proxénète dans les colonnes de Lui. « A l’époque, tout cela se savait et ne choquait personne, se souvient le journaliste et écrivain Philippe Labro. On connaissait des femmes embourgeoisées dont les gens disaient qu’elles étaient des anciennes de Madame Claude, c’était tout à fait accepté. » « C’est une femme incontestée dans un domaine contestable », résumait son « testeur » et ami Jacques Quoirez.

Avide d’argent

Madame Claude ne s’aimait pas, détestait les hommes et ne manifestait aucune tendresse pour les femmes. « Il faut être con ou tordu pour payer une fortune une partie de jambes en l’air », expliquait-elle froidement. Loin du plaisir, elle voyait dans le sexe un moyen de domination, de prise de pouvoir. « Elle méprisait les hommes horriblement et les femmes encore davantage. Pour elle, les premiers étaient des portefeuilles, les secondes des trous », se souvient l’actrice Françoise Fabian, qui avait déjeuné avec elle à plusieurs reprises avant de jouer son personnage dans le film de Just Jaeckin.

« ELLE AVAIT TROUVÉ UNE MANIÈRE D’ÊTRE INDÉPENDANTE ET D’AVOIR DU POUVOIR DANS UN MONDE D’HOMMES, MAIS ELLE N’ÉTAIT PAS DU TOUT FÉMINISTE, ELLE ÉTAIT MÊME TRÈS TRADITIONNELLE. » FRANCIS SZPINER, SON ANCIEN AVOCAT

Fernande Grudet était en effet, et surtout, avide d’argent. Elle prélevait 30 % des gains de ses filles, lesquelles ne pouvaient pas se défaire de son joug si facilement. Si elles souhaitaient partir, il leur fallait auparavant rembourser le prix des opérations de chirurgie esthétique endurées ainsi que celui des vêtements de luxe.

Ceux qui l’ont rencontrée gardent le souvenir d’une femme peu amène. « C’était quelqu’un d’assez froid, dans le contrôle d’elle-même et de son image, toujours sur son trente et un », rapporte son ancien avocat et maire du 16e arrondissement, Francis Szpiner. Une patronne pensant avant tout à l’efficacité de ses affaires, sans grande considération pour ses filles. « Elle avait trouvé une manière d’être indépendante et d’avoir du pouvoir dans un monde d’hommes, mais elle n’était pas du tout féministe, elle était même très traditionnelle », poursuit-il. « Une maîtresse femme avec un caractère presque masculin qui avait une très haute estime d’elle-même et qui traitait les filles avec sévérité », note Martine Monteil, l’ex-patronne de la Mondaine.

Françoise Fabian évoque « quelqu’un d’assez terrifiant. Elle était prétentieuse et complètement mythomane ». Madame Claude voyait pourtant en la vedette de Ma nuit chez Maud et de La Bonne Année un alter ego de rêve. « Claude était enchantée en apprenant que Françoise Fabian tiendrait son rôle, assure Just Jaeckin. Elle lui ressemblait, selon elle ! ». « Elle était fière de sa légende », s’amuse Francis Szpiner, qui remarque que, après avoir officié dans de grands procès, comme ceux de Jacques Chirac ou de l’ordre du Temple solaire, on ne lui parle que de celui de Madame Claude.

Talents de maître chanteur

Narcissique et mégalo, celle dont le grand public ne connaissait pas le visage jusqu’à ses ennuis judiciaires s’était enivrée de sa célébrité. « Madame Claude, c’est un peu comme Frigidaire, une marque déposée », se réjouissait-elle, en janvier 1993, dans une interview au Parisien. Dans le même journal, un an plus tard, elle s’enorgueillissait d’avoir « dressé des jeunes filles » : « J’ai été la meilleure maquerelle du siècle ! » Ce titre lui permettait de menacer ceux susceptibles de ternir sa légende. « J’ai reçu des coups de téléphone menaçant de me défigurer au sucre, se souvient la journaliste Elisabeth Antébi alors qu’elle enquêtait sur la proxénète. Quand j’ai publié Droits d’asile en Union soviétique [Julliard, 1977], j’ai eu moins de menaces qu’avec Madame Claude. »

C’est paradoxalement au moment où le mythe Madame Claude atteint son apogée que ses ennuis commencent. Valéry Giscard d’Estaing, arrivé à l’Elysée en 1974, la soupçonne d’avoir essayé de le piéger en lui jetant une de ses filles dans les bras. Les talents de maître chanteur de la proxénète inquiètent le nouveau président de la République. Ordre est donné au plus haut sommet de l’Etat de se débarrasser d’elle.

Les protecteurs de « Madame » ont laissé place à de nouveaux venus moins indulgents pour ses pratiques. Comme pour le gangster américain Al Capone, c’est par le biais fiscal que la justice cherche et réussi à la coincer. En effet, la mère maquerelle ne déclarait pas les revenus reversés par ses filles. En octobre 1976, elle est condamnée à dix mois de prison avec sursis et 11 millions de francs d’amende. Dans une époque où l’image de la prostitution est en train de changer, « Madame » a fait son temps.

Reconversion dans la boulangerie

Quelques mois plus tard, en 1977, l’année de la sortie du film de Just Jaeckin, elle s’exile en Californie pour échapper à sa condamnation. L’ancienne proxénète tente une reconversion dans la boulangerie, mais vendre des baguettes semble être moins dans ses cordes et elle fait rapidement faillite. Huit ans après, elle est à nouveau en France dans sa bergerie de Carjac, dans le Lot, où elle est arrêtée le 31 décembre 1985 et un temps incarcérée pour s’être soustraite à la justice. L’histoire aurait pu s’arrêter là.

En 1991, lorsque Martine Monteil, chef de la brigade des mœurs, reçoit un tuyau qui lui apprend que « la mamie s’est remise en selle » et a remonté un réseau à Paris, elle n’en revient pas. « Elle habitait sous un faux nom dans un appartement du Marais. On a fait des planques pour la saisir en flagrant délit avec une de ses recrues ! » La commissaire mène discrètement son enquête sans en parler à son supérieur tant elle craint qu’une fuite ne fasse capoter l’opération.

Le jour de son arrestation, Madame Claude est en train d’« évaluer » une jeune femme en petite tenue. Outrée de se retrouver à nouveau face aux gendarmes, elle les traite de tous les noms. Martine Monteil se charge de la recadrer : « Si vous ne vous calmez pas, le procès-verbal va être terrible pour vous. » Le calme revenu, Monteil lui fait la faveur de demander à des policiers de l’accompagner chez elle pour qu’elle puisse prendre une douche et se changer. Madame Claude ne voulait pour rien au monde poursuivre sa garde à vue le cheveu plat. Elle est réapparue coiffée, maquillée, vêtue d’un blazer en flanelle et d’un pantalon bien coupé.

« De l’artisanat, monsieur le juge ! »

Le 16 septembre 1992, à 69 ans, Fernande Grudet comparait pour « proxénétisme aggravé ». Elle reconnaît avoir employé une dizaine de filles entre janvier 1991 et mars 1992, « de l’artisanat, monsieur le juge ! », lance-t-elle au magistrat. Francis Szpiner tente de plaider une « affaire banale » pour sa cliente qui avait été « sous haute surveillance après avoir été sous haute protection ». « La réputation de ma cliente est plus lourde que les charges du dossier », explique-t-il. En vain : elle écope de trente-six mois d’emprisonnement, dont trente avec sursis. « Elle trouvait cela totalement injuste, se rappelle l’avocat. Elle disait : “Je n’ai fait de mal à personne.” Elle estimait qu’elle avait été d’utilité publique et avait rendu service à l’Etat. »

Quatre ans plus tard, à 73 ans, l’ancienne mère maquerelle posait en escarpins, vêtue d’un seul body en dentelles noires ajourées, loin du chic qu’elle avait toujours prôné. Mais il fallait bien vivre et « Madame » monnayait alors ses interviews. « Au fond d’elle, se souvient le producteur Philippe Thuillier, elle restait ­nostalgique de cet argent qu’elle avait gagné et gaspillé. Elle vivait chichement dans son appar­tement, sa femme de ménage était payée par la mairie. » Fernande Grudet est morte seule à l’hôpital de Nice, le 19 décembre 2015. A son enterrement, six personnes ont fait le dépla­cement, dont Philippe Thuillier et quatre de ses coiffeurs, derniers témoins d’une époque ­disparue.

19 octobre 2020

C’était en octobre 2014

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L’œuvre de l’artiste Paul McCarthy, installée sur la place Vendôme pour la Fiac, s’intitule “Tree”, soit “Arbre”. Et pourtant…

Elle s’appelle “Tree”, elle ressemble à un grand sapin vert stylisé ou à un plug anal géant, c’est selon, et c’est un must de l’artiste californien Paul McCarthy décliné en format bronze ou gonflable dans le monde entier. Erigée sur la place Vendôme, qui avant d’être le terrain de jeux des joailliers parisiens fut aussi une place révolutionnaire (détail qui n’aura sans doute pas échappé au très érudit Paul McCarthy), cette sculpture publique de 24 m de haut est programmée dans le parcours hors les murs de la Fiac (la Foire internationale d’art contemporain qui ouvrira ses portes le mercredi 22 octobre).

“Paris défiguré et Paris humilié” s’offusquent déjà les extrémistes du Printemps français et les réacs de la Manif pour tous qui font mine d’être choqués par la dimension éminemment sexuée de ce plug anal géant quand il s’agit, une nouvelle fois, d’une attaque en règle et de principe contre un art contemporain jugé symptomatique de la dégénérescence d’un monde qu’ils ne comprennent pas.

A ces puritains qui crient au loup (les mêmes que ceux qui s’attaquèrent à plusieurs reprises au Piss Christ d’Andres Serrano et firent entendre leur grosse voix dans l’affaire Présumés Innocents, l’exposition éponyme du Capc de Bordeaux dans laquelle (comp)paraissait déjà McCarthy), on ne saurait que trop conseiller de jeter un œil aux godes chocolatés sagement brandies par les Pères Noël que le même Mc Carthy produira dès la semaine prochaine dans sa Chocolate Factory présentée dans les nouveaux espaces de la très respectable Monnaie de Paris.

27 janvier 2017

Les années 40 et 50 : L’Optimisme contagieux – Harold Feinstein

Les années 40 et 50 : L’Optimisme contagieux – Harold Feinstein – du 3 février au 30 avril 2017 – galerie Thierry Bigaignon

Vernissage– jeudi 2 février de 18h à 21h  

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Harold Feinstein, la renaissance d’un prodige de la photographie !

La Galerie Thierry Bigaignon présente, pour la première fois en Europe, une rétrospective exceptionnelle de l'oeuvre du photographe américain Harold Feinstein, né à New York en 1931 et décédé en juin 2015.

Digne représentant de la "New York School of Photography", Harold Feinstein étend son oeuvre sur près de six décennies, période pendant laquelle il va s'évertuer à faire le portrait intime d’une Amérique exubérante et pleine de vitalité.

La première partie de la rétrospective se consacrera aux jeunes années du photographe, les années 40 et 50, offrant une sélection de photographies en noir et blanc, à la fois riches, diverses et bouleversantes d’humanisme.

Galerie Thierry Bigaignon

Hôtel de Retz, 9 rue Charlot, Paris III

http://www.thierrybigaignon.com/

19 novembre 2016

Une manifestation anti-Trump dans les rues de Paris

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Entre 300 et 400 personnes, surtout des Américains, ont manifesté samedi à Paris pour protester contre l'élection du républicain Donald Trump aux Etats-Unis, qu'ils ont accusé de « racisme » et de « sexisme ».

« Nous ne sommes pas là pour contester le résultat de l'élection, nous respectons le processus démocratique. Mais par contre, nous ne respectons pas ses valeurs », a expliqué à l'AFP Youssef Almujhrabi, un étudiant américain installé à Paris depuis six mois.

Sous des bannières proclamant « Dump Trump » (« jetez Trump ») ou « Paris contre Trump », les manifestants ont défilé jusqu'à la Tour Eiffel. « Bâtissez un mur autour de Trump, je paierai pour ! », avait écrit un manifestant sur sa pancarte, en référence au mur que le milliardaire populiste a promis de faire construire à la frontière avec le Mexique.

« Cette élection a des conséquences »

Certains, comme Jessie Kanelos qui travaille à Paris depuis quelques mois, étaient venus pour se réconforter. « Les 48 heures qui ont suivi l'élection j'ai beaucoup pleuré. Je suis toujours choquée mais il faut avancer et être ici m'aide beaucoup », a-t-elle confié.

Des Français s'étaient joints au cortège. « Cette élection a des conséquences sur le monde entier, pas uniquement aux États-Unis », avait souligné en amont l'un des organisateurs, Sylvestre Jaffard, interrogé sur la radio France Info, en référence aux critiques exprimées par Donald Trump contre l'Alliance transatlantique, l'accord sur le climat de l'ONU ou l'accord sur le nucléaire iranien.

Depuis la victoire choc du magnat de l'immobilier le 8 novembre, des manifestations se sont tenues à travers les États-Unis pour dénoncer la rhétorique souvent incendiaire du républicain pendant la campagne. Des rassemblements ont également eu lieu à Berlin et Londres.

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https://www.periscope.tv/w/1zqJVNaBDddJB

https://www.periscope.tv/w/1yNxaAvZOpqxj

3 novembre 2020

Séparatisme, caricatures : Emmanuel Macron sur la défensive à l’international

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Par Olivier Faye - Le Monde

La tempête se déchaîne dans de nombreux pays musulmans depuis que le chef de l’Etat a répété dans son hommage au professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, le 21 octobre, que la France ne renoncera pas aux caricatures du prophète Mahomet.

Il y a le front intérieur et le front extérieur. Deux jours après l’attentat contre Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), survenu le 16 octobre, une source haut placée à l’Elysée s’inquiétait de l’effet produit hors des frontières françaises par le projet de loi contre les séparatismes, présenté par Emmanuel Macron, deux semaines plus tôt. « Il faut construire un contre-discours face à ceux qui disent, notamment à l’étranger, que le propos du président de la République aux Mureaux est dirigé contre les musulmans », estime alors ce conseiller. Le sujet apparaît suffisamment sérieux pour atterrir ce jour-là sur la table du conseil de défense réuni à l’Elysée.

Mais cela n’a pas empêché la tempête d’éclater dans de nombreux pays musulmans. Surtout depuis que le chef de l’Etat a répété dans son hommage au professeur d’histoire-géographie, le 21 octobre, que la France ne renoncera pas aux caricatures du prophète Mahomet.

Grimé en diable dans la presse iranienne, Emmanuel Macron a vu son portrait foulé aux pieds lors de manifestations en Cisjordanie, son effigie brûlée au Bangladesh ; il a été la cible d’attaques virulentes de la part de nombreux dirigeants, du Pakistan à l’Indonésie. Un appel au boycottage des produits français – encouragé par le président turc, Recep Tayyip Erdogan – a aussi été lancé, mais finalement peu suivi, selon un diplomate.

Expliquer et défendre le modèle républicain français

S’il reste soutenu en bloc par l’Union européenne, cette vague de critiques marque un tournant pour le président de la République, qui voulait afficher à l’étranger l’image positive d’un héraut du progressisme et de la lutte pour le climat. Elle attise surtout la menace. L’ancien premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, a écrit sur Twitter que « les musulmans ont le droit d’être en colère et de tuer des millions de Français pour les massacres du passé », et critiqué l’attitude du président français, « très primitif » selon lui.

Pour tenter d’éteindre l’incendie – et répondre à ce que l’exécutif perçoit comme une campagne organisée contre la France et le président de la République –, le locataire de l’Elysée a accordé un long entretien, samedi 31 octobre, à la chaîne qatarie Al-Jazira. Un média choisi en raison de son audience – entre 35 millions et 40 millions de téléspectateurs –, mais aussi des messages émis récemment sur son antenne au sujet du président français.

« Beaucoup de choses fausses ont été dites », a déploré Emmanuel Macron, qui voulait apporter à travers cette interview « un message d’apaisement et de paix ». « Je comprends et respecte qu’on puisse être choqué par ces caricatures, mais je n’accepterai jamais qu’on puisse justifier une violence physique pour ces caricatures. Je défendrai toujours dans mon pays la liberté de dire, d’écrire, de penser, de dessiner », a assuré le chef de l’Etat, tout en rappelant que ces dessins ne sont pas « le projet ou l’émanation du gouvernement français ou du président de la République ».

Au-delà, Emmanuel Macron a tenté d’expliquer et de défendre le modèle républicain français, fondé sur la laïcité, « ce terme si compliqué qui donne lieu à tant de malentendus ». « Les sociétés anglo-saxonnes ont un multiculturalisme qui fait que les religions cohabitent », a-t-il rappelé avant de défendre « la beauté du modèle français », « qui est l’idée qu’au fond on peut avoir la même représentation du monde parce qu’on est citoyens d’un même pays ».

Une manière de répondre, aussi, aux critiques d’une partie de la presse américaine. Le Washington Post a ainsi dépeint une France plus soucieuse de « réformer l’islam » que de « combattre le racisme systémique » sur son sol − rhétorique dont le chef de l’Etat s’est agacé lors du dernier conseil des ministres. « Pour lui, il n’y a pas de projet commun dans le multiculturalisme, c’est une juxtaposition de communautés, le contraire de ce qu’on défend », souligne un membre du gouvernement.

« La laïcité n’a jamais tué personne »

Signe de cette fracture, l’exécutif déplore la faiblesse du soutien exprimé par le premier ministre canadien, Justin Trudeau, suite aux attaques de Conflans et de Nice. Ce dernier a estimé que la liberté d’expression n’est « pas sans limites » et ne doit pas « blesser de façon arbitraire et inutile ». « Il semble que nous ayons des exigences qui soient plus importantes que celles de M. Trudeau », grince un interlocuteur régulier d’Emmanuel Macron.

« Ce n’est pas simplement l’opposition des modèles communautaristes ou non-communautaristes, relativise François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique. Les débats français n’intéressent les Etats-Unis que dans la mesure où ils peuvent servir de miroir à leurs propres débats, en l’occurrence ceux sur Black Lives Matter [« les vies noires comptent »]. »

De la même manière, l’interview d’Emmanuel Macron à Al-Jazira ne s’adressait pas seulement au public étranger, mais aussi aux Français, dont il affirme vouloir défendre la « souveraineté » de leur modèle. « La laïcité n’a jamais tué personne », a-t-il martelé.

Certains voudraient remettre en cause l’égalité entre les femmes et les hommes au nom d’une religion ? « Pas chez nous », a répété à deux reprises le chef de l’Etat : « Les gens qui croient ça, qu’ils aillent le faire ailleurs, pas sur le sol français ». Ou comment se poser en protecteur à l’heure où, pour reprendre les termes d’un proche, « la France est attaquée comme jamais, ici et à l’étranger ».

Olivier Faye

Les Emirats arabes unis soutiennent Macron face aux critiques. Les Emirats arabes unis ont pris la défense du président français dans la polémique qui a enflé ces derniers jours dans le monde musulman à son encontre, au sujet des caricatures du prophète Mahomet. Dans un entretien paru lundi 2 novembre dans le quotidien allemand Die Welt, le ministre émirati des affaires étrangères Anwar Gargash a rejeté l’idée selon laquelle Emmanuel Macron aurait exprimé un message d’exclusion des musulmans. « Il faut écouter ce que Macron dans son discours a vraiment dit, il ne veut pas de ghettoïsation des musulmans en Occident et il a tout à fait raison », a-t-il déclaré. Les musulmans doivent mieux s’intégrer, et l’Etat français est en droit de chercher des moyens d’y parvenir tout en luttant contre le radicalisme et l’enfermement communautaire, a ajouté le chef de la diplomatie. Les protestations anti-françaises dans certains pays musulmans ont éclaté en réaction aux déclarations d’Emmanuel Macron défendant le droit à la caricature au nom de la liberté d’expression. Il réagissait à la décapitation le 16 octobre par un islamiste d’un enseignant français qui avait montré à ses élèves des caricatures du prophète de l’islam, en plein procès de l’attentat de 2015 contre Charlie Hebdo. Pour le ministre émirati, la controverse est surtout le résultat d’une récupération politique orchestrée par le chef de l’Etat turc Recep Tayyip Erdogan. « En tant que musulman, je me sens offensé par certaines caricatures », précise M. Gargash. « Mais en tant que personne réfléchie, je vois les politiques qui sont menées autour de ce sujet. Avec ses attaques contre la France, Erdogan manipule une question religieuse à des fins politiques », dénonce-t-il. Selon M. Gargash, les propos du président français ont été sortis de leur contexte. « Dès que Erdogan voit une faille ou une faiblesse, il l’utilise pour accroître son influence. C’est seulement lorsqu’on lui montre la ligne rouge qu’il se montre prêt à négocier », a ajouté M. Gargasch.

30 octobre 2020

Le duel entre Trump et Biden, un référendum sur l’“âme de la nation”

elections americaines

THE NEW YORK TIMES (NEW YORK)

PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE J-5. Cette année, les électeurs américains ne choisissent pas seulement le prochain locataire de la Maison-Blanche, ils se prononcent plus généralement sur la question morale et philosophique du devenir de leur pays.

C’est une formule que démocrates et républicains répètent à l’envi. C’est aussi l’indicateur le plus révélateur de l’humeur actuelle du pays et ce que les électeurs estiment être l’enjeu central du scrutin du 3 novembre. Et tout le monde semble prêt aujourd’hui à vouloir se battre en son nom.

“Dans cette campagne, il ne s’agit pas seulement de remporter des voix. Il faut conquérir les cœurs et, oui, l’âme de la nation”, a ainsi déclaré Joe Biden lors de la convention nationale démocrate, en août, quelques jours seulement après que la formule “la bataille pour l’âme de la nation” avait été inscrite sur la page d’accueil de son site Internet, juste à côté de son nom.

En réaction, la campagne de Donald Trump a diffusé une vidéo reprenant des images des démocrates évoquant l’“âme” de l’Amérique, entrecoupées d’images de violences entre manifestants et forces de l’ordre. Le tout se terminant par un appel à “sauver l’âme de la nation” et à envoyer un don par SMS avec le message “SOUL” [“âme”].

Le fait que cette élection se transforme en un référendum sur l’âme de la nation semble indiquer que, dans un pays de moins en moins religieux, le vote est devenu un marqueur de moralité individuelle. Et que les résultats du scrutin vont en partie dépendre de questions philosophiques et spirituelles qui transcendent le jeu politique habituel : qu’est-ce au juste que l’âme de la nation ? dans quel état se trouve-t-elle ? que faut-il faire pour la sauver ?

L’identité et l’avenir de l’expérience américaine

Les réponses à ces questions vont bien au-delà des slogans de campagne, de la politique et des élections de novembre. Elles touchent à l’identité et à l’avenir de l’expérience américaine, a fortiori en cette période où les esprits sont éprouvés par une pandémie.

“Quand je pense à l’âme de la nation, déclare Joy Harjo, poétesse lauréate des États-Unis et représentante de la nation creek muscogee, je pense à un processus de devenir, à ce que nous voulons être. Or c’est bien là que les choses se corsent, nous sommes aujourd’hui arrivés à une impasse. Que veulent devenir les Américains ?”

Pour Joy Harjo, l’âme de la nation se trouve “à un carrefour”. Elle explique :

C’est comme si tout s’écroulait en même temps. Nous sommes à un moment de grande fracture, tout le monde s’ausculte, s’observe et s’interroge.”

À Carlsbad, en Californie, Marlo Tucker, directrice de l’association Concerned Women for America [“Femmes préoccupées pour l’Amérique”], se réunit régulièrement avec une dizaine d’autres femmes pour prier pour l’avenir du pays. Ce groupe de militantes chrétiennes travaille pour inciter les gens à s’inscrire sur les registres électoraux. “Finalement, la question est de savoir ce pour quoi vous voulez vous battre, et ce pour quoi vous refusez de vous battre”, résume-t-elle.

“Je sais que c’est une nation chrétienne, les pères fondateurs étaient influencés par les valeurs bibliques, souligne-t-elle. Les gens sont déboussolés, ils sont influencés par tout ce sensationnalisme, ils sont en colère, ils se sentent frustrés. Ils veulent que le gouvernement leur redonne espoir. Ils cherchent des dirigeants qui se soucient réellement de leurs problèmes.”

Le corps politique a-t-il une âme ?

Cela fait des décennies que la stratégie des républicains consiste à poser les enjeux de toute une campagne en termes moraux – et avec un discours fortement teinté de christianisme.

Il est plus rare de voir les démocrates déployer ce genre d’arguments, leur base électorale présentant une plus grande diversité religieuse. L’âme du corps politique est un concept philosophique et théologique très ancien, et l’une des meilleures façons de comprendre la façon dont les individus pensent leur identité individuelle et leur vie en tant que membres d’une communauté.

En hébreu biblique, les mots que l’on traduit par “âme” – nefesh et neshama – viennent du verbe “respirer”. Dans la Genèse, Dieu insuffle la vie à l’homme en soufflant dans ses narines.

Cette image trouve des résonances frappantes à l’heure où se répand un virus qui s’attaque au système respiratoire et que des policiers usent de violence contre des citoyens noirs qui hurlent “Je ne peux plus respirer”.

Pour les poètes homériques, l’âme était ce que les hommes risquaient en allant au combat, ce qui faisait la différence entre la vie et la mort. Platon a relaté les explorations socratiques sur le lien créé entre l’âme et la République grâce à la vertu de la justice. Pour saint Augustin, auteur de La Cité de Dieu, il est possible de juger la cité à travers ce qu’elle valorise.

L’âme de la nation est une “figure rhétorique très ancienne qui resurgit chaque fois que des variétés de concepts culturels se rencontrent, explique Eric Gregory, professeur d’études religieuses à l’université de Princeton. C’est une expression révélatrice de l’atmosphère politique actuelle, en période de crise et de bouleversements, comme le symptôme d’un mal.”

On insiste souvent sur les systèmes et les institutions, continue-t-il, mais avec la présidence Trump on assiste à un retour de concepts anciens comme le “bien de la cité”, où la mission du politique est de définir des relations justes entre citoyens. “Dans l’Antiquité, la bonne santé de la société était étroitement liée aux vertus morales de ses dirigeants”, explique-t-il.

Une notion historique

Aux États-Unis, la question de savoir qui pouvait définir l’âme de la nation a été faussée dès le départ par le génocide des Amérindiens et l’esclavage des Noirs.

L’état de l’âme de la nation a souvent été lié à l’oppression institutionnelle des Noirs. Les abolitionnistes comme Frederick Douglass se sont battus au nom d’une “aversion absolue pour tout le système de l’esclavage”, un problème qui devait être “corrigé dans l’âme de la nation”.

Pour l’ancien président Lyndon B. Johnson, les États-Unis ont retrouvé leur “grandeur d’âme” sur le champ de bataille de Gettysburg [tournant de la guerre de Sécession, en 1863]. Lorsque Martin Luther King a formé l’organisation Southern Christian Leadership Conference avec d’autres militants des droits civiques en 1957, leur mot d’ordre était de “sauver l’âme de l’Amérique”.

Cette année, le président Trump se présente comme le champion d’une Amérique chrétienne menacée. “Aux États-Unis, on ne compte pas sur le gouvernement pour sauver son âme, on a foi dans le Tout-Puissant”, a-t-il déclaré lors de la convention nationale républicaine. Le pasteur évangélique Franklin Graham, fervent partisan de Trump, écrivait l’année dernière que l’on assistait à “une bataille pour l’âme de la nation” au moment où “le cadre moral et spirituel qui a fait tenir ce pays pendant deux cent quarante-trois ans est en train de s’effondrer”.

Un soupçon de bon sens

Pour Joe Biden, l’âme de la nation est devenue un sujet de préoccupation après le rassemblement meurtrier de suprémacistes blancs à Charlottesville en août 2017 [durant lequel la militante antifasciste Heather Heyer a été tuée par une voiture-bélier]. “Nous devons montrer au reste du monde que le flambeau américain brille toujours”, écrivait-il à l’époque.

Dès le départ, le candidat démocrate a inscrit sa campagne sur le terrain de la moralité plutôt que celui de la politique ou de l’idéologie. Lorsque Joe Biden parle de bataille pour l’âme de la nation, il ne l’entend pas au sens religieux mais comme synonyme de “caractère”, explique Jon Meacham, biographe de plusieurs présidents américains qui a souvent débattu de ces questions avec le candidat démocrate.

“Les gens comprennent ce combat de façon binaire, la lumière contre les ténèbres, l’idée de servir contre celle de se servir, Trump contre le reste du monde”, résume-t-il. “J’ai l’impression qu’il s’agit plutôt […] d’un désir de revenir à un jeu politique plus conventionnel et moins agité, explique-t-il. Les gens veulent simplement d’un dirigeant capable de gouverner avec un minimum d’efficacité et de bon sens.”

31 octobre 2020

Berlin : Helmut Newton One Hundred

Le 31 octobre 1920 naissait à Berlin de Klara “Claire” (née Marquis) et Max Neustädter, un propriétaire d’usine de boutons, un garçon prénommé Helmut. C’était il y a 100 ans !

Helmut Newton One Hundred

31 Oct. – 8 Nov. 2020

Fondation Helmut Newton + ville de Berlin

Köpenicker Straße 70,

Berlin-Kreuzberg, Allemagne

https://helmut-newton-foundation.org/en/

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24 octobre 2020

A Jean-Pierre Pernaut, TF1 reconnaissante

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Par Sandrine Cassini, Aude Dassonville - Le Monde

Le présentateur du journal de 13 heures de TF1 cédera sa place le 18 décembre, après trente-trois ans de règne sans partage sur ce créneau horaire. Retour sur un style et une méthode sur lesquels la critique n’a jamais eu de prise.

Il faisait beau, ce 16 septembre. Un temps à chausser des lunettes de soleil, enfiler un maillot de bain et profiter de l’existence sans culpabilité. Moins de vingt-quatre heures après l’annonce de son prochain retrait de la présentation du « 13 heures », Jean-Pierre Pernaut – alias « JPP » – faisait de cette météo enchanteresse l’ouverture de son journal sur TF1.

Le sourire aux lèvres, émerveillé, le journaliste n’a pas fait mention du caractère inquiétant de cette canicule tardive, de la sévérité de la sécheresse en cours dans l’Hexagone, voire du réchauffement climatique. « Encore des vacances pour pas mal de chanceux. On en profite au maximum en Corse autour de l’Ile Rousse », déclarait au contraire le présentateur d’un air débonnaire.

Le même jour, dans le « 13 heures » de France 2, Marie-Sophie Lacarrau remarquait aussi à quel point il faisait chaud. Mais quand même un peu trop, et pas seulement en France. En Californie, les forêts brûlent, rappelait-elle, ajoutant au réchauffement climatique ; à Milan, on plante des arbres pour rafraîchir l’atmosphère de la ville, confirmait l’un des reportages du journal. Sur la Deux, la dolce vita était en soins palliatifs ; sur la Une, elle battait son plein. Le lendemain, on apprenait que Marie-Sophie Lacarrau succéderait à Jean-Pierre Pernaut.

CHAQUE JOUR, LE JOURNAL ATTIRE 5 MILLIONS DE FIDÈLES (LE DOUBLE DE CELUI DE FRANCE 2), SOIT 41 % DE PART DE MARCHÉ SUR LES TÉLÉSPECTATEURS DE 4 ANS ET PLUS

Installé au « 13 heures » depuis le 22 février 1988, « JPP » quittera son fauteuil le 18 décembre, laissant à sa consœur le soin de lui succéder, début janvier 2021. Un changement qui n’est pas sans risque pour TF1, tant la formule installée par le septuagénaire plaît. Chaque jour, le journal attire 5 millions de fidèles (le double de celui de France 2), soit 41 % de part de marché sur les téléspectateurs de 4 ans et plus, et un tiers des « femmes de moins de 50 ans, responsables des achats », selon Médiamétrie. Autant de passionnés de ce rendez-vous tourné vers la France des régions, « qui n’a pas beaucoup voix au chapitre dans d’autres médias », se félicite Thierry Thuillier, le directeur de l’information du groupe TF1.

C’est même en pensant à elle que la formule du journal a été « marketée », main dans la main avec Etienne Mougeotte. A l’époque, l’ancien vice-président de TF1 et directeur de l’antenne de 1987 à 2007 avait chassé le duo Yves Mourousi-Marie-Laure Augry pour installer son poulain, avec ces mots : « “Si tu ne fais pas de bêtises, tu es là pour vingt ans”, se rappelle l’ex-dirigeant. Je m’étais trompé : il a duré presque trente-trois ans ! »

« Une vision rassurante »

Le JT façon « JPP » est alors un ovni dans le paysage audiovisuel français. « On montre de belles images, on livre de beaux récits, c’est l’idée d’une France telle qu’elle devrait être, où la vie, ce sont des choses simples et vraies. C’est une vision rassurante », résume Virginie Spies, sémiologue et analyste des médias audiovisuels. Jean-Pierre Pernaut privilégie les bonnes nouvelles aux mauvaises, et le citoyen lambda aux institutionnels, surtout parisiens. Sans avoir à se forcer : natif de la Somme, le journaliste, qui vit à Louveciennes, dans les Yvelines, a commencé sa carrière au Courrier picard, avant de faire ses armes télévisuelles dans une édition locale de France 3.

« Jean-Pierre Pernaut est un peu une exception culturelle dans le journalisme français actuel, a salué Marine Le Pen, la patronne du Rassemblement national, dans un Tweet envoyé pour célébrer l’icône sur le départ. Qui mieux que lui a donné une visibilité à une certaine France, celle des terroirs, celle qui fait encore rêver le monde ? » Une définition pas très éloignée de celle de Daniel Schneidermann dans sa chronique pour Libération du 21 septembre, dans laquelle il fustigeait ce présentateur qui s’adresse à « la France mythologique des marchés et des clochers, de l’école en blouse et des déjeuners à la maison ».

« Ce côté “information feel good”, je l’assume totalement », commente Thierry Thuillier, avant de détailler la dimension « servicielle » du journal (qui met en relation des repreneurs avec des commerces en perdition, par le biais de l’opération SOS Villages, par exemple), de rappeler les riches éditions spéciales consacrées aux décès de Jacques Chirac ou de Johnny Hallyday, de vanter l’indifférence de « JPP » aux faits divers, etc.

« JEAN-PIERRE A VU ÉMERGER LA “FRANCE PÉRIPHÉRIQUE” DÉCRITE PAR LE GÉOGRAPHE CHRISTOPHE GUILLUY DEPUIS TRÈS LONGTEMPS », ASSURE UN MEMBRE DE LA RÉDACTION

Comme si, au moment de tourner la page, il serait injuste de refuser au professionnel l’hommage qui lui serait dû. « Il ne faut pas se tromper : Jean-Pierre est un très grand journaliste », défend à son tour un salarié. Et de vanter ses éditions post-élections, « ciselées, précises, formidables », son sens remarquable du direct et de l’improvisation. Les téléspectateurs sont séduits : « En province, les gens que vous interrogez vous disent : “Ah bon, c’est pour Pernaut ?” C’est comme un dieu. Il est vraiment identifié », indique une journaliste de l’antenne, qui nourrit « affection » et « lucidité » vis-à-vis de l’animateur qui l’a vue débuter.

Pensé pour attirer l’attention de ceux qui déjeunent à domicile – salariés travaillant près de chez eux, artisans, commerçants (surtout le lundi, quand les magasins sont fermés), sans-emploi, grands-parents gardant leurs petits-enfants, mères au foyer… –, le « 13 heures » repose sur un réseau d’environ 80 correspondants installés sur tout le territoire, et dont les agences qui les emploient dépendent des quotidiens régionaux.

Acharnement fiscal

C’est ce maillage serré, inspiré de l’ancienne FR3, qui lui aurait permis de percevoir un certain malaise français en pionnier. « Jean-Pierre a vu émerger la “France périphérique” décrite par le géographe Christophe Guilluy depuis très longtemps », assure un membre de la rédaction. « Si je prends la disparition des villages et de certains services publics, l’utilisation de la voiture pour conduire les enfants à l’école, l’impact potentiel des taxes carbone sur le budget des Français… Tous ces sujets ont été couverts dans le “13 heures” de Jean-Pierre bien avant l’apparition des “gilets jaunes” », revendique Thierry Thuillier.

« PERNAUT REPREND LES THÈMES POPULISTES DES ÉLITES DÉCONNECTÉES, DU CONTRIBUABLE QUI PAIE TOUT, DE L’AUTOMOBILISTE CONSPUÉ » FRANÇOIS JOST, PROFESSEUR EN SCIENCES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION

Dans les jours qui ont précédé le premier samedi de mobilisation, en novembre 2018, la référence « aux taxes et aux impôts », dont la France serait championne du monde, revenait régulièrement dans la bouche du présentateur. L’acharnement fiscal que subirait le citoyen fait partie des thématiques récurrentes du JT, qui, à l’inverse, s’interroge rarement sur le rôle de l’impôt dans le financement des services publics.

« Jean-Pierre Pernaut reprend tous les thèmes populistes des élites déconnectées, du contribuable qui paie tout, de l’automobiliste conspué, constate François Jost, professeur émérite en sciences de l’information et de la communication. C’est un monde présenté comme dépolitisé, alors qu’il est profondément politique. » Sans avoir l’air d’y toucher, l’animateur colore son journal de sa propre vision du monde. Quand, enfin, il évoque l’augmentation des températures à la surface du globe, c’est lorsqu’elles baissent, suggérant à un public convaincu qu’il ne s’agit que d’une mode. « Il parle de l’écologie à sa manière. Il défend, par exemple, beaucoup les circuits courts », plaide Thierry Thuillier.

S’exprimant sans prompteur, Jean-Pierre Pernaut n’évite pas les sorties de route. En 2016, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), pourtant plus prompt à la magnanimité qu’à la critique, avait considéré comme un potentiel encouragement à « un comportement discriminatoire » l’un de ses commentaires. « Voilà : plus de places pour les sans-abri, mais, en même temps, les centres pour migrants continuent à ouvrir partout en France », avait-il souligné.

Droit dans ses bottes face à Yann Barthès dans « Quotidien », sur TMC – une chaîne du groupe TF1 –, le 16 septembre, Jean-Pierre Pernaut n’en démordait pas. « Ce sont des commentaires de bon sens, qui correspondent à ce que pensent les gens », revendiquait le septuagénaire, devant l’animateur que l’on a connu plus mordant du temps où il pilotait « Le Petit Journal », sur Canal+. En interne, on s’est habitué à ce style tout personnel. « Il y a une part d’éditorialisation qui n’a pas sa place dans les JT », reconnaît pourtant une rédactrice. Mais avec une carrière si longue dans la maison, « JPP » « n’est pas quelqu’un à qui la direction peut dire quelque chose », estime-t-elle. Ce que conteste Thierry Thuillier : « On a des échanges. Jean-Pierre est très humble, il écoute. »

Pas de modification de la ligne éditoriale

Même si le « 13 heures » entre dans une nouvelle ère, TF1 n’envisage pas d’en modifier la ligne éditoriale. Les régions resteront d’autant plus à l’honneur que Marie-Sophie Lacarrau, originaire de l’Aveyron, « est elle-même très enracinée », explique Thierry Thuillier. Ce qui n’empêche pas une certaine inquiétude dans la maison. Il ne faudrait pas que se reproduise l’« accident industriel » du remplacement raté de Patrick Poivre d’Arvor par Laurence Ferrari, en 2008.

« Le public de la mi-journée consomme la télévision de la même manière depuis vingt ou trente ans, rappelle Christophe Koszarek, producteur de « La Quotidienne », l’une des émissions arrivées le plus récemment sur le créneau, chaque jour, à midi, sur France 5. Les rendez-vous sont les mêmes, les incarnants aussi : “JPP” depuis trente-trois ans, Nagui et Jean-Luc Reichmann depuis dix-huit ou vingt ans. »

Sans doute la présence quotidienne de Marie-Sophie Lacarrau en concurrence frontale avec Pernaut depuis quatre ans, a-t-elle permis aux téléspectateurs de s’habituer à son visage, sinon à son style tout en douceur et sourires, et à TF1 d’espérer un passage de relais sans heurt. Et puis, qui sait : peut-être la journaliste chérit-elle, elle aussi, les sujets sur la galette des rois ou la Chandeleur, tout autant que les éditions improvisées dans l’urgence d’une actualité brûlante ?

6 novembre 2020

Fête des lumières 2020 à Lyon : annulation ou maintien ? Réponse mi-novembre

fete des lumieres lyon

Face aux annonces d'annulation diffusées dans certains médias, le maire de Lyon a réaffirmé vendredi matin que la décision du maintien ou non de l'événement serait prise mi-novembre "en fonction de la situation sanitaire".

La Fête des lumières 2020 aura-t-elle lieu malgré la crise sanitaire ? Contrairement à ce qui a été diffusé par certains médias, son annulation ne serait pas encore actée. Le maire de Lyon, Grégory Doucet, a publié ce vendredi 23 octobre un message sur Twitter pour réaffirmer que l'événement était pour le moment maintenu et que la décision définitive serait prise d'ici mi-novembre "en fonction de la situation sanitaire". Il ajoute qu'il continue, à ce jour, de travailler à l'organisation de l'événement en coordination avec le préfet.

Une information diffusée notamment dans le journal de 20 heures de TF1 jeudi 22 octobre affirmait que la ville de Lyon devait renoncer à sa spectaculaire Fête des lumières en raison du placement de l'ensemble de la métropole de Lyon en zone d'alerte maximale.

Plusieurs options à l'étude

La semaine dernière déjà, et notamment sur l'antenne de France 3 Rhône-Alpes, le maire de Lyon Grégory Doucet indiquait ne pas renoncer à la Fête des lumières et qu'il souhaitait prendre sa décision mi-novembre. Toujours selon les informations de France 3 Rhône-Alpes, plusieurs options seraient à l'étude pour cette édition 2020 : une fête restreinte qui se tiendrait dans les grands parcs de la ville, Tête d'Or et Blandan, du 5 au 8 décembre (de 18h à 23h) ou bien une fête artistique annulée et limitée à la seule procession le 8 décembre.

La Fête des lumières attire chaque année, des centaines milliers de visiteurs sur plusieurs jours autour du 8 décembre. L'édition 2014 était même une édition record en matière de fréquentation avec trois millions de personnes venues admirer les installations lumineuses lyonnaises.

13 octobre 2020

Nucléaire : Macron veut relancer la filière française

nucleaire

Article de Thierry Mestayer

Le chef de l’État devrait effectuer un déplacement à l’usine Framatome du Creusot avant la fin du mois. Après ses déclarations sur la 5G, Emmanuel Macron entend réaffirmer son positionnement sur « l’écologie du mieux ».

Emmanuel Macron compte renouveler son soutien aux acteurs du nucléaire français avec un déplacement dédié, d’ici à la fin octobre. Le président de la République devrait se rendre sur le site de l’usine de Framatome du Creusot, en Saône-et-Loire, selon nos informations.

C’est sur ce site industriel emblématique, où une immense presse hydraulique de 9 000 tonnes écrase, avec la plus grande précision, des blocs d’acier en fusion de plusieurs dizaines de tonnes, que sont fabriquées les cuves des centrales nucléaires. L’usine Creusot Forge, auparavant dans le giron d’Areva, est désormais détenue directement par EDF.

La transition s’annonce compliquée

Lors de ce déplacement au Creusot, Emmanuel Macron devrait réaffirmer l’importance du nucléaire dans le mix énergétique français et son caractère indispensable à la politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Celle-ci vise 100 % d’énergies renouvelables d’ici à 2050. D’ici là, la transition s’annonce compliquée comme le révèle la remise en service, en septembre, de centrales à charbon, du fait de l’insuffisante disponibilité du parc nucléaire (un réacteur sur deux est à l’arrêt) et de la faiblesse de la production éolienne.

La prise de parole présidentielle est très attendue par la filière française, qui compte 2 600 entreprises et 220 000 emplois. Elle a été ébranlée par le naufrage d’Areva et par les coûteux retards des centrales EPR à Flamanville (Manche), comme à Olkiluoto, en Finlande. L’usine du Creusot n’a d’ailleurs pas été épargnée : sa production a été interrompue jusqu’en 2018 par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à la suite d’anomalies détectées dans la cuve de l’EPR de Flamanville.

Faire émerger une « écologie du mieux »

Les acteurs du nucléaire, et EDF en tête, veulent tourner la page. Ils attendent aussi, avec impatience, le résultat des négociations avec Bruxelles sur l’organisation de la filière. Le gouvernement travaille sur un projet détachant la production nucléaire et le réseau de transport d’électricité du reste des activités de l’ex-monopole public.

Pour Emmanuel Macron, l’objectif est aussi de marteler sa doctrine écologique. « Face aux Verts et à tous les partisans de la décroissance, il veut montrer qu’il est possible de faire émerger une "écologie du mieux" qui accompagne, en sauvegardant l’emploi, la transition vers l’économie décarbonée », explique un proche. L’idée est de clarifier son positionnement et de se différencier des « amish », comme il avait surnommé les opposants à la technologie 5G, en référence à la communauté américaine rétive au progrès technologique. L’occasion encore de fracturer l’électorat de la gauche écologiste et d’en capter la partie la plus pragmatique.

8 octobre 2020

Présidentielle américaine - Kamala Harris et Mike Pence s’affrontent autour du Covid-19, lors d’un débat “tendu” mais civil

trump debat

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Huit jours après le premier face-à-face entre le président républicain et son adversaire démocrate qui avait viré au pugilat verbal, le duel entre les colistiers a donné lieu à des échanges sur le fond, plus posés, dominés notamment par la gestion de la pandémie, le système de santé et l’environnement.

Derrière des vitres en plexiglas censées les protéger du Covid-19, Kamala Harris et Mike Pence ont fait preuve mercredi soir à Salt Lake City, d’un peu plus de courtoisie l’un envers l’autre que Joe Biden et Donald Trump lors du premier débat présidentiel. Mais si le ton était nettement plus civil et “moins explosif” qu’entre les deux candidats à la Maison Blanche, “les tensions étaient bien là”, note le Wall Street Journal.

Le vice-président républicain et la sénatrice démocrate se sont d’entrée de jeu affrontés sur la gestion du Covid-19, un thème qui domine la campagne électorale et qui a naturellement occupé tout au long de la soirée “une place importante dans le débat”, remarque le quotidien financier conservateur.

Kamala Harris à l’offensive sur la gestion de la crise du Covid-19 par Trump

“Le fait que l’échange ait débuté sur la question de la pandémie a clairement profité à la démocrate, qui a pu passer à l’offensive en attaquant la mauvaise gestion de l’administration Trump”, estime Melanie Mason, journaliste au Los Angeles Times. “Harris maîtrisait bien les faits et les chiffres de la crise. Et même si Pence était bien meilleur qu’elle pour exprimer son empathie et son inquiétude pour les Américains touchés par le Covid-19, il a néanmoins été contraint de se placer sur la défensive dès le début du débat”, analyse la reporter.

“Les Américains ont été témoins de ce qui est le plus gros échec de toute administration présidentielle dans l’histoire de notre pays”, a lancé d’emblée la sénatrice démocrate de 55 ans. “Le président Donald Trump a fait ce qu’aucun autre président américain n’a jamais fait”, a rétorqué Mike Pence, 61 ans, en louant notamment sa décision de fermer les frontières avec la Chine.

Le vice-président a accusé Kamala Harris de “saper la confiance” des Américains dans un vaccin actuellement en préparation, après que celle-ci a affirmé au cours du débat qu’elle ne ferait pas confiance à un sérum approuvé par l’administration Trump mais qui n’aurait pas reçu le soutien d’experts sanitaires gouvernementaux. “Arrêtez de faire de la politique en jouant avec la vie des gens”, lui a lancé Mike Pence.

Refusant de “recevoir des leçons” de son contradicteur, la sénatrice a aussi défendu l’Obamacare, la loi d’assurance-maladie dont l’administration républicaine veut se débarrasser. Elle a “descendu en flammes” Pence sur la question des “preexisting conditions”, note le magazine de gauche Mother Jones. Les démocrates craignent que ces antécédents médicaux utilisés par les assureurs avant l’introduction d’Obamacare pour refuser de couvrir des patients considérés à risque, puissent être réintroduits par Trump lors d’un second mandat, avec l’appui d’une Cour suprême plus conservatrice.

“Joe Biden n’arrêtera pas le fracking”

Tentant de reprendre l’offensive, l’ancien gouverneur de l’Indiana a saisi l’opportunité d’une question sur le changement climatique pour essayer de marquer des points. “Tout en reconnaissant la réalité du réchauffement”, Pence a averti que le plan environnemental de Biden “écraserait le secteur de l’énergie américaine”, note Anthony Zurcher, correspondant de la BBC en Amérique du Nord. Il l’a notamment accusé de vouloir “abolir” les combustibles fossiles et d’être prêt à interdire le fracking, ce que Kamala Harris a nié en bloc. “Joe Biden n’interrompra pas le fracking” a répété plusieurs fois la sénatrice de Californie, s’attirant sur Twitter les foudres d’une partie de la gauche américaine favorable au Green New Deal.

“Biden doit marcher sur des œufs lorsqu’il aborde la question de l’environnement”, estime Anthony Zurcher. Lui et Kamala Harris “ont jusqu’ici évité de défendre ouvertement” les mesures audacieuses qui seraient nécessaires pour combattre le réchauffement “de peur que cela n’aliène des électeurs encore indécis dans des swing states”, comme en Pennsylvanie ou dans l’Ohio, car ils craignent que ces Américains ne perçoivent “des réglementations gouvernementales supplémentaires comme une menace pour leur gagne-pain”.

La sénatrice de Californie a utilisé ce débat “pour rassurer les électeurs en leur montrant qu’elle et M. Biden ne sont pas aussi progressistes que ce que prétendent les républicains”, remarque le New York Times. Elle n’a ainsi pas hésité à “renier certaines idées sur lesquelles elle avait elle-même fait campagne lorsqu’elle était candidate aux primaires démocrates”, comme le Green New Deal.

Noémie Taylor-Rosner

8 octobre 2020

Juliette Gréco

J

greco viollet

uliette Gréco (1927-2020), actrice et chanteuse française, en studio. Photographie d'Erwin Blumenfeld (1897-1969). New York 1952. © The Estate of Erwin Blumenfeld / Roger-Viollet

L'ŒIL DE LA PHOTOGRAPHIE8 OCTOBRE 2020

Juliette Gréco, la muse iconique de Saint-Germain des Prés, nous a quitté la semaine dernière. L’agence Roger-Viollet nous a envoyé ce portrait inédit par Erwin Bumenfeld photographié à New York en 1952.

Agence Roger-Viollet

6, rue de Seine 75006 Paris

www.roger-viollet.fr

8 octobre 2020

Étel - Les travaux de l’Épi de la barre redémarrent

barre etle

Le chantier de réfection de la digue de la barre d’Etel a repris mardi matin.

Le chantier de réfection de la digue de la barre d’Etel a été réactivé avec le retour sur site des équipes et des engins ; il s’agit de positionner les tétraèdres en attente depuis l’hiver dernier.

Les travaux de la restauration de l’épi de la barre, côté sémaphore, vont reprendre, à Etel. Ils avaient été lancés avec un petit décalage - à cause de la météo - à la veille du confinement et très vite stoppés. Immobilisée durant plusieurs semaines, la grande grue avait été démontée en mai.

Les travaux n’avaient pu être relancés au cours de l’été en raison des impératifs environnementaux sur ce site sensible classé, par rapport à la préservation de la faune, notamment d’espèces protégées d’oiseaux. Pour ces mêmes raisons, ils doivent s’achever avant la mi-avril.

Restauration dans sa configuration originelle

L’objet de ce chantier est de restaurer l’ouvrage, fortement endommagé par la houle lors des tempêtes de mars 2014. Cette digue avait été construite en 1962, en même temps que l’actuel sémaphore, pour protéger l’entrée de la rivière de l’ensablement et de la houle.

Après sa destruction partielle, plusieurs options avaient été suggérées et envisagées, allant de sa suppression pure et simple à la réalisation d’un ouvrage plus long en mer qui bloquerait le sable. Il a finalement été décidé de le restaurer dans sa configuration originelle. L’ouvrage sera restructuré par comblement des parties arrachées avec la pose de tétraèdres de béton de 15 tonnes et la reprise des maçonneries en partie haute.

Le coût budgété est de 720 000 €, financés par l’État (50 %), le département (30 %), les communautés de communes Auray Quiberon Terre Atlantique (Aqta) et Blavet Bellevue Océan (BBO) (10 % chacun) ; l’État a désigné la commune d’Etel pour le portage administratif, et la Compagnie des ports du Morbihan pour la maîtrise d’œuvre.

7 octobre 2020

La Cour d’appel de Paris entre en rébellion contre le garde des Sceaux

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L’Union syndicale des magistrats exige parallèlement d’Éric Dupond-Moretti qu’il se désiste de ses pouvoirs en faveur du premier ministre.

Par Paule Gonzalès

«Le 5 octobre, le cabinet du garde des Sceaux (Éric Dupont-Moretti, ci-dessus) a contacté le bureau national de l’USM pour fixer une réunion de travail avec le ministre», annonce sa présidente Céline Parisot.

«Le 5 octobre, le cabinet du garde des Sceaux (Éric Dupont-Moretti, ci-dessus) a contacté le bureau national de l’USM pour fixer une réunion de travail avec le ministre», annonce sa présidente Céline Parisot. Jean-Christophe Marmara/JC MARMARA / LE FIGARO

À l’unanimité. La Cour d’appel de Paris et ses chefs de cour, son premier président, Jean-Michel Hayat et son procureur général, Catherine Champrenault, ont voté une motion clouant au pilori le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti. Cette motion dénonce notamment le «conflit d’intérêts majeur dans lequel se place le garde des Sceaux qui a mis en cause le parquet national financier», «s’alarme d’un détournement pur et simple de procédure», accuse le ministre de la Justice de «piétiner le principe démocratique de la séparation des pouvoirs au profit d’intérêts strictement privés» et appelle le président de la République à agir. Cette motion particulièrement virulente s’ajoute aux 90 et bientôt 100 motions votées par les juridictions françaises.

Dans ce contexte, l’Union syndicale des magistrats n’entend pas non plus lâcher le garde des Sceaux. «Le 5 octobre, le cabinet du garde des Sceaux a contacté le bureau national de l’USM pour fixer une réunion de travail avec le ministre», annonce sa présidente Céline Parisot, mais qui prévient: «Préalablement à toute rencontre, la note du 29 septembre relative à la limitation des remontées d’informations ne saurait suffire à mettre fin à la polémique». «Nous demandons donc au garde des Sceaux de mettre en œuvre l’article 2-1 du décret n°59-178 du 22 janvier 1959 modifié relatif aux attributions des ministres», exige-t-elle et de citer le texte: «Le ministre, qui estime se trouver en situation de conflit d’intérêts en informe par écrit le premier ministre, en précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions. Un décret détermine, en conséquence, les attributions que le Premier ministre exerce à la place du ministre intéressé. Ce dernier s’abstient de donner des instructions aux administrations placées sous son autorité ou do

6 octobre 2020

Traitements anti-Covid : de quoi Trump est-il le cobaye ?

Par Camille Gévaudan — Libération

trump dans sa suite hopital

Une photo diffusée dimanche par la Maison Blanche montrant le Président dans sa suite à l’hôpital Walter-Reed. (Photo Reuters)

Patient à haut risque, le président américain s’est vu administrer plusieurs traitements : le remdésivir, développé contre Ebola, un stéroïde anti-inflammatoire et surtout un cocktail d’anticorps testé sur seulement 275 personnes.

C’est par un tweet triomphant que Trump a annoncé lundi soir sa sortie de l’hôpital. «Je me sens vraiment bien ! N’ayez pas peur du Covid. Ne le laissez pas dominer votre vie», a indiqué le président américain sur le réseau social, minimisant à nouveau les dangers du virus alors qu’il a été placé sous oxygène au moins deux fois. Quelques heures plus tôt, s’ajoutant à une communication cacophonique, la porte-parole de la Maison Blanche, Kayleigh McEnany, annonçait avoir été testée positive. Cette nouvelle contamination dans l’entourage de Trump est un énième signe, s’il en fallait encore, que la Maison Blanche n’a pas pris la mesure de l’épidémie de Covid et des risques de contagion. «Nous avons développé sous l’administration Trump de très bons médicaments et savoirs», a trompeté le président américain. A l’hôpital militaire Walter-Reed de Bethesda, dans la banlieue de Washington depuis vendredi, Trump a en effet reçu plusieurs traitements et médicaments qui font de lui un cobaye.

Remdésivir connu de longue date

Vendredi soir, le médecin de Trump, le Dr Sean Conley, annonce que le Président est traité au remdésivir, un antiviral largement utilisé depuis le début de la pandémie, mais aussi avec un cocktail expérimental d’anticorps de synthèse pas encore autorisé. Dimanche, on apprend que Trump reçoit en outre de la dexaméthasone, un stéroïde, sans compter la vitamine D, le zinc, la famotidine (contre les brûlures d’estomac), la mélatonine (pour les troubles du sommeil) et l’aspirine. A-t-on déjà vu un tel traitement de choc administré si précocement à un patient qui, selon les premières déclarations de son équipe médicale, allait pourtant «très bien» ?

Le remdésivir est un médicament connu de longue date : initialement développé contre le virus Ebola durant l’épidémie de 2014-2016, il a montré une certaine efficacité contre les précédents coronavirus, celui ayant sévi au Moyen-Orient en 2012 et celui responsable du Sras. Il a donc été testé dès le printemps contre le nouveau coronavirus, le Sars-CoV-2. En tant qu’antiviral, le remdésivir bloque la réplication des virus, les empêchant de créer des copies d’eux-mêmes pour infecter les cellules de leur hôte.

Un grand essai clinique aux Etats-Unis a conclu que le remdésivir pouvait accélérer de quatre jours, par rapport au placebo, le rétablissement des patients hospitalisés avec une pneumonie nécessitant une oxygénation. Sur la base de ces résultats, le médicament a été autorisé en procédure d’urgence aux Etats-Unis au mois de mai. Et le 3 juillet, le remdésivir a été approuvé en Europe, premier médicament anti-Covid à obtenir ce feu vert.

Mais la molécule du laboratoire Gilead a perdu de son aura depuis le début de l’été où elle faisait figure de solution miracle (quand Trump en a acheté 92 % des stocks mondiaux). Le 17 septembre, la Haute Autorité de santé a rendu un avis mitigé sur le remdésivir : s’il ne réussit qu’à réduire les hospitalisations de quatre jours, «le service médical rendu est jugé faible». En plus, son efficacité semble limitée aux «patients qui nécessitent une oxygénothérapie à faible débit», et il «ne montre pas d’effet global sur la mortalité à quatorze jours». Bref, il y a «encore beaucoup d’incertitudes sur l’efficacité et la tolérance du remdésivir».

Peut-être ne sert-il à rien dans le cas de Trump. «Les médecins qui conseillent Donald Trump veulent faire diminuer très rapidement la charge virale même si on n’a aucune démonstration chez l’homme que ça fonctionne», juge l’infectiologue Nicolas Dauby pour la RTBF. Toute aggravation de sa santé serait catastrophique, «parce qu’on sait que, vu l’âge du patient Trump, son pronostic ne sera pas bon». Agé de 74 ans, Trump est obèse et suit un traitement pour son cholestérol : c’est un malade à très haut risque.

Cocktail d’anticorps pour patient VIP

Quant aux anticorps de synthèse que reçoit le président américain, ils n’ont pas encore été approuvés par l’autorité américaine de régulation des médicaments (FDA). Il n’y a aujourd’hui que deux manières d’y avoir accès : soit en participant à un essai clinique, soit par la procédure de l’«usage compassionnel». Habituellement réservée aux personnes gravement malades, en urgence vitale ou atteintes de maladies rares, elle permet au médecin de solliciter un traitement expérimental pour un patient particulier, en justifiant que les bénéfices potentiels pour sa santé valent bien les risques encourus.

C’est donc par une sorte de passe-droit dû à son statut de VIP que Trump a pu tester l’un des médicaments prometteurs dans la recherche contre le Covid. «Ils nous ont demandé l’autorisation de l’utiliser, racontait vendredi le patron de Regeneron, Leonard Schleifer, et nous avons accepté avec plaisir. […] Quand c’est pour le président des Etats-Unis, bien sûr, ça retient notre attention.» Schleifer, qui précise que Trump n’est pas le premier patient à recevoir ces anticorps en usage compassionnel, fréquente le Président depuis des années, notamment sur les parcours de golf.

Le cocktail qui lui est administré s’appelle REGN-COV2. Développé par l’entreprise pharmaceutique Regeneron, qui avait déjà développé un médicament similaire contre Ebola, il consiste à injecter au patient deux anticorps de synthèse imitant ceux naturellement produits par le système immunitaire lors d’une infection au coronavirus. Les anticorps s’accrochent aux molécules pointues qui enveloppent le virus, l’empêchant de se fixer aux cellules humaines. C’est donc un traitement qu’il est pertinent d’administrer le plus tôt possible dans l’évolution de la maladie, pour freiner sa progression dans le corps avant d’avoir pu y faire des dégâts.

Les résultats des premiers essais du REGN-COV2 ont été publiés le 29 septembre, quelques jours avant le diagnostic de Trump. Ils sont encourageants : la charge virale (et avec elles les symptômes du Covid) baisse de manière significative en l’espace de sept jours, surtout chez les patients les plus lents à développer une défense immunitaire. Mais les essais cliniques n’ont concerné pour l’instant que 275 cobayes non hospitalisés. Les tests devront continuer sur de plus grandes cohortes, à divers niveaux de gravité et d’évolution de l’infection, avant que le médicament soit autorisé.

Dexaméthasone contre les autres agressions

De son côté, enfin, la dexaméthasone est une hormone stéroïdienne, prescrite pour son effet anti-inflammatoire. Car chez un patient atteint du Covid, l’attaque du virus elle-même n’est qu’une partie du problème. L’autre agression vient du système immunitaire qui se défend très fort, gonflant les muqueuses des bronches et des poumons. La respiration s’en retrouve d’autant plus compliquée ; le myocarde peut subir des lésions, et une inflammation, menant parfois jusqu’à l’insuffisance cardiaque. Des anti-inflammatoires sont donc proposés aux patients gravement malades. Dont la dexaméthasone, souvent utilisée contre la polyarthrite rhumatoïde, le lupus ou la maladie de Crohn.

«La médecine présidentielle a toujours été unique», analyse Arthur Caplan, professeur d’éthique médicale à la faculté de médecine de l’université de New York, dans le Seattle Times. «Si ses docteurs pensent qu’une intervention peut être utile, si leur jugement est confirmé par des experts et que la situation paraît grave ou urgente, le Président pourra avoir accès à n’importe quel traitement.»

5 octobre 2020

Opinion - Sommes-nous prisonniers du Covid-19 pour toujours ?

prisonnier du covid

THE SPECTATOR (LONDRES)

Plusieurs mois après le début de la pandémie, de nombreuses restrictions sanitaires, censées être temporaires, demeurent en place. Certaines, à l’approche d’une possible deuxième vague, ont même été renforcées. La question de savoir quand nos sociétés pourront retrouver leurs libertés sociales et économiques est devenue urgente, estime cet écrivain suédois.

La grande pandémie de 2020 s’est traduite par une expansion extraordinaire du pouvoir de l’État. Partout, les pays se sont empressés de fermer leurs frontières, et la moitié de la population mondiale s’est vu imposer un confinement plus ou moins strict. Des millions de firmes, de l’autoentreprise à la multinationale, ont été forcées de suspendre leur activité. Dans des sociétés prétendument libres et libérales, des piétons et des coureurs sans histoire se sont retrouvés traqués par des drones et soumis à d’incessants contrôles de police. C’est uniquement pour vaincre le Covid-19, nous dit-on, tout cela est temporaire. Mais le temps passe, et l’heure est venue de poser la question : temporaire jusqu’à quand ? Comme l’a fait remarquer l’économiste Milton Friedman, “il n’y a rien de plus permanent qu’un plan temporaire du gouvernement”.

Des mesures impensables il y a seulement quelques mois ont été mises en œuvre à la hâte, et sans débat. Au Royaume-Uni et dans de nombreux autres pays, le raisonnement invoqué a évolué. D’abord, le confinement a été instauré pour “gagner du temps” et permettre aux services de santé de se préparer. Puis, il est devenu nécessaire pour “aplatir la courbe”. Mais la courbe est montée en flèche quelques semaines plus tard, et les restrictions non seulement sont restées en place, mais elles ont même été dernièrement renforcées.

Les despotes ont sauté sur l’occasion

L’efficacité du port du masque n’est pas très solidement étayée par la science ? Peu importe, rendons-le obligatoire tout de même. A-t-on des preuves que la fermeture des frontières peut significativement ralentir la propagation du virus ? Le Parlement étant suspendu, personne ne viendra les demander. Nul n’a jamais douté que Xi Jinping ou Vladimir Poutine sauteraient sur tous les incendies du Reichstag pour étendre leur pouvoir. Il est beaucoup plus inquiétant de voir ce genre de comportements dans des démocraties libérales.

En Chine, en Iran, en Turquie, le Covid-19 a fourni à des despotes un prétexte idéal pour traquer les déplacements de leurs citoyens grâce à leur téléphone portable. Mais le plan de test et de traçage du gouvernement britannique entendait aussi collecter des données personnelles et les conserver dans un registre central. Il a fallu qu’Apple refuse d’y participer pour que le projet soit abandonné. Des autocrates mal placés dans les enquêtes d’opinion ont repoussé des élections, mais le président des États-Unis, à la traîne, a lui aussi proposé un report du scrutin de novembre, car, dans le cas contraire, “2020 sera l’élection la plus FAUSSÉE et FRAUDULEUSE de l’histoire”. En Hongrie, Viktor Orbán s’est débrouillé pour obtenir de son docile Parlement le droit de gouverner par décret et en a profité pour autoriser les arrestations pour “mensonge” sur le virus. De son côté, le gouvernement suédois aussi a demandé des pouvoirs spéciaux pour contourner son Parlement au motif (splendide) qu’on ne pouvait faire confiance aux parlementaires pour être réveillés, lucides et prêts à appuyer sur le bon bouton sans les avoir prévenus longtemps à l’avance.

Noyer le virus dans la paperasse

Partout, l’État providence vole à la rescousse. Comme si la seule façon d’éradiquer le coronavirus était de le noyer sous la paperasse. La différence entre la droite et la gauche ne tient plus qu’à un fil : faut-il dans la bataille contre la récession jeter toutes nos forces (et tous nos moyens), ou bien plus encore ? Selon l’agence de notation financière Fitch Ratings, cette année, 20 des plus grosses économies mondiales vont consacrer 5 000 milliards de dollars à des plans de relance budgétaire, et les banques centrales, débloquer plus encore pour renflouer l’ensemble du secteur financier, y compris des fonds spéculatifs. La dette publique du Royaume-Uni dépasse désormais 100 % de son PIB, à plus de 2 000 milliards de livres sterling.

Cette crise entraîne partout des réflexes protectionnistes. Les Français ont toujours pensé que la mondialisation allait trop loin, mais, plus étonnamment, ce sont les Allemands qui ont changé de position. Angela Merkel estime ainsi que la pandémie a révélé la nécessité de relocaliser en Europe, et la nouvelle stratégie industrielle de l’Union européenne (UE) évoque “une occasion [sic] de rapporter davantage de production industrielle dans l’UE”.

Du tort aux travailleurs et à la production

Des restrictions conçues à la hâte font aujourd’hui du tort aux travailleurs et à la production. Quand la Pologne a fermé ses frontières mi-mars, des ouvriers polonais n’ont plus eu la possibilité de rejoindre en République tchèque l’usine où ils travaillaient à la fabrication d’équipements de protection destinés aux hôpitaux européens.

Ces accès de protectionnisme face à la crise due au coronavirus s’expliquent par l’inadéquation fondamentale de nos cerveaux de l’âge de pierre au monde moderne. L’instinct qui nous poussait à dresser ou à défendre des fortifications et à tuer les étrangers se justifiait quand la menace venait d’incursions barbares – mais aujourd’hui ?

Dessin de Ramsès, Cuba. Dessin de Ramsès, Cuba.

La pratique politique a pour objectif, essentiellement, de faire en sorte que le peuple, maintenu dans la peur, exige toujours la sécurité, s’amusait le journaliste américain H.L. Mencken [1880-1956]. Ce dont il parle, au fond, c’est d’un instinct chez l’être humain. Quand nous nous sentons en danger, cela déclenche souvent un réflexe de lutte ou de fuite : soit nous cherchons des noises à des boucs émissaires ou à des étrangers, soit nous allons nous cacher derrière une enceinte fortifiée ou des barrières douanières. Et nous nous mettons en quête de l’homme providentiel (ou dans le cas des Écossais, de la femme providentielle) qui assurera notre sécurité. Peu de gens ont alors envie de faire un pas de côté, de critiquer, de se singulariser. Quiconque ose s’élever contre des mesures prises au nom de la sécurité nationale est vite la cible des huées.

La coopération plus utile que jamais

Mais tout de même, maintenant qu’a été lancée cette expérience grandeur nature de fermeture des sociétés et des économies, sans doute devrions-nous entamer une franche discussion sur ses avantages et ses inconvénients, et sur la pertinence de ce genre d’instincts dans une économie mondiale aux équilibres complexes. Car l’ennemi est un virus, et non des incursions barbares. L’idée n’est pas de chasser les étrangers, mais, au contraire, de coopérer pour mieux partager les savoirs et apporter des solutions.

Regardez l’avalanche d’études scientifiques produites en temps record et publiées gratuitement sur des sites comme MedRxiv et BioRxiv. C’est la plus grande collaboration scientifique jamais vue à l’échelle de la planète, une sorte de division mondiale du travail intellectuel. Malgré le manque de transparence du gouvernement de Pékin au début de la pandémie, les chercheurs chinois ont été capables de séquencer le génome du virus en une semaine, et ils ont publié [leurs résultats] en ligne. Six jours plus tard, des scientifiques allemands avaient pu exploiter ces données pour mettre au point et lancer un test diagnostique permettant de détecter les nouvelles contaminations. Et dès qu’une équipe aura révélé le mécanisme du virus, c’est toute la planète qui pourra se mettre à en chercher les points faibles.

Le libre-échange a imposé ses règles

Tout se passe à une vitesse étourdissante. La Chine avait reconnu la propagation d’un nouveau virus depuis trois mois seulement que, déjà, la Bibliothèque nationale de médecine des États-Unis dénombrait 282 médicaments potentiels et candidats vaccins contre ce même virus. Certes, certains gouvernements soutiennent financièrement tel ou tel traitement qui a leurs faveurs, mais le plus important, c’est cette gigantesque mobilisation de la communauté scientifique et des outils numériques, combinée à l’usage de l’anglais comme lingua franca, pour permettre au monde de collaborer.

Il est frappant de voir avec quelle rapidité ont été résolues les pénuries d’équipements constatées au début de la pandémie. Les États ont eu beau inventer de nouvelles barrières, le libre-échange a imposé ses règles. Les entreprises n’ont cessé d’adapter leurs processus de fabrication et leurs chaînes logistiques afin de continuer de produire, d’acheminer et de fournir leurs biens. Des distilleries de vodka et des fabricants de parfum se sont lancés dans la production de désinfectants et de gel hydroalcoolique. D’autres industriels ont commencé à fabriquer des gants chirurgicaux et des masques. En deux mois, le nombre d’entreprises européennes fabriquant des masques de protection est passé de 12 à 500.

Retour de bâton contre la mondialisation

Si ces changements rapides ont pu avoir lieu, c’est parce qu’ils n’étaient pas centralisés. Ils ont été rendus possibles par une connaissance locale de ce qui pouvait être fait à chaque endroit, et plus précisément par la connaissance de ce qui pouvait être interrompu sans créer ailleurs de pénurie catastrophique. Et c’est tout le problème : alors que les crises déclenchent des réflexes étatistes et nationalistes, ce dont nous avons besoin pour en sortir, c’est précisément de plus d’ouverture.

Jusqu’à quelles extrémités ira ce retour de bâton contre la mondialisation ? Dès les premiers jours de la pandémie, les populistes nationalistes se sont empressés de dire que la seule façon de vaincre le virus était d’en finir avec l’ordre libéral. Steve Bannon, nationaliste féru d’histoire, a bien compris qu’une guerre totale contre le virus pouvait favoriser l’entrée dans une nouvelle ère d’isolationnisme commercial et migratoire. “Prenez des mesures draconiennes, exhortait-il dans son podcast en mars. Verrouillez tout.”

Quand bien même la crise liée au coronavirus n’aurait pas raison de la mondialisation, l’extension des pouvoirs de l’État et l’accentuation des tendances protectionnistes semblent inévitables dans l’ensemble du monde. Peut-être le Royaume-Uni se retrouvera-t-il avec un accord de sortie de l’UE beaucoup moins ouvert sur le monde que certains partisans du Brexit ne l’avaient imaginé. La pandémie poussera peut-être Londres, comme le reste de l’Europe, vers une politique industrielle inspirée des années 1970, c’est-à-dire limitant la pression concurrentielle, et avec elle l’innovation et la croissance. Nous pourrions voir le rôle de l’État renforcé, et ses pouvoirs “exceptionnels” devenir permanents. Les grandes villes devront vivre quelque temps sous la menace du confinement. Dans Crisis and Leviathan [“La Crise et le Léviathan”, non traduit] (1987), analyse désormais classique de l’expansion de l’État, Robert Higgs mettait en garde déjà : attention à l’effet de cliquet. Après une crise, en général, les États renoncent à certaines de leurs nouvelles prérogatives mais pas à toutes. Les nouvelles mesures ont créé un précédent et de nouvelles forces politiques puissantes.

Les politiques ne veulent pas d’un retour à la normale

C’est très certainement ce qui se passera cette fois, quand bien même certains acteurs politiques voudraient un retour à la normale. En majorité, ils n’en voudront pas – pourquoi d’ailleurs en voudraient-ils ? Quand Orbán a pris des pouvoirs spéciaux en juin, cela n’a pas été beaucoup dit, mais il a aussi obtenu du Parlement des prérogatives l’autorisant à déclarer l’état d’urgence s’il identifiait une autre menace pour la santé publique.

Mais enfin, me direz-vous, nous vivons une situation inédite (les politiques nous le rappellent assez) et à situation sans précédent, mesures sans précédent. Cette pandémie n’est pas grand-chose à l’échelle de l’histoire. À ce jour encore, le bilan mondial des victimes du Covid-19 reste inférieur à celui de la grippe de Hong Kong, ou grippe de 1968. À l’époque, il n’y avait eu ni confinement ni fermeture généralisée d’écoles, et nous n’avions pas foulé aux pieds nos vieilles libertés civiles et économiques. Ce qui est nouveau aujourd’hui, ce n’est pas le virus, c’est notre réaction. Tôt ou tard nous tombera dessus une pandémie plus grave ou une autre crise dévastatrice. Que serons-nous encore prêts à sacrifier, cette fois ?

L’histoire n’est jamais écrite d’avance

Dans mon dernier livre, j’explore notre façon de créer le progrès, et de le détruire. J’y avance que les âges d’or qu’ont connus les différentes civilisations au fil de l’histoire avaient deux dénominateurs communs. Ces périodes fastes étaient toutes le produit de sociétés et de marchés relativement ouverts, et toutes ont pris fin parce qu’à un moment la peur et des crises (récession, invasion, catastrophe naturelle ou pandémie, peu importe) ont entraîné des réactions autoritaires et protectionnistes. Tout auteur espère un jour produire un écrit qui aura anticipé les événements.

Heureusement, l’histoire n’est jamais écrite d’avance. Nous ne sommes pas condamnés à basculer dans un avenir fait d’étatisme, de restrictions permanentes et de frontières supplémentaires : il est en notre pouvoir de rester ouverts. Notre avenir n’est jamais que le fruit de nos choix collectifs. Le jeu en vaut la chandelle.

Johan Norberg

Source

The Spectator

LONDRES http://www.spectator.co.uk

3 octobre 2020

Cindy Sherman, liesse d’identités

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Par Judicaël Lavrador — Libération

La Fondation Louis Vuitton accueille une rétrospective des portraits de l’artiste américaine qui, depuis ses débuts, se déguise pour endosser des rôles qui dynamitent de façon virtuose les codes et les genres.

Cela fait maintenant quarante-cinq ans que Cindy Sherman prend la pose et les atours de personnages en tout genre sans donner le moindre signe d’avoir épuisé le filon, dont elle creuse encore régulièrement une nouvelle veine. Et, comme de juste, la rétrospective à la Fondation Louis Vuitton s’achève sur un ensemble inédit, bouclé cette année même, où l’artiste américaine joue les mecs, en les tirant vers une pente féminine qui, à mi-côte, verse dans un troisième sexe («Men»).

Que la créatrice persiste et signe, insiste et ne lâche pas son dispositif original (se tirer le portrait, déguisée), tout en l’amendant à la marge en se frottant à de nouvelles techniques, paraît proprement bluffant. Cette fidélité, plus que tenace, à son œuvre, à son intuition et à ses motivations premières, cette exposition pleine à ras bord de 170 photographies - 170 fois Cindy Sherman (ou plutôt 170 fois les autres) - en fait prendre la mesure, physiquement. D’autant plus que la scénographie en rajoute une couche en optant pour des cimaises aux couleurs stridentes (rose et vert) et en glissant, sur leurs tranches, des miroirs où le reflet des portraits qu’on a dans le dos surgissent au milieu de ceux qu’on a sous les yeux. L’effet est un peu terrifiant : on se sent suivi et débordé par une meute d’êtres à la mine pas toujours très amènes. Et vient alors cette conviction réjouissante : si pendant tout ce temps, Sherman fait du Sherman, tout en échappant à Sherman, c’est simplement qu’elle prend plaisir à le faire. Et que c’est là la potion de son œuvre magique.

Bricolage

Son secret, non pas de beauté (ce n’est pas trop l’enjeu), ni même d’éternelle jeunesse (la vieillesse ayant posé ses rides sur les derniers portraits), mais de bonheur se révèle en grand dans l’enfilade des salles : Sherman se marre au travail comme une gosse qui se déguise et s’invente, sans s’en interdire aucune, des vies, des identités, des professions, des destinées. Reprenant un album de portraits de la toute jeune Sherman, elle inscrit ainsi, à chaque page «That’s me», comme pour mieux souligner que se reconnaître soi-même, bambin, enfant, ado, est loin d’être une évidence. A 66 ans (elle ne fait son âge sur aucune photo), elle n’a pas changé sa manière de travailler : seule dans son atelier new-yorkais, elle fait tout toute seule. Aujourd’hui, tandis que la plupart des artistes de son rang (une superstar) s’entourent d’équipes techniques et délèguent, elle endosse tous les rôles : maquilleuse, costumière, accessoiriste, metteuse en scène, photographe, technicienne photo, sans oublier ceux de modèle et d’actrice. Son œuvre est un jeu de bricolage, qu’elle monte et démonte, sans se répéter comme elle monte et démonte les apparences, dynamitant l’assignation sociale et politique des genres et des identités. Mais, d’abord, sans doute, celle qui pèse sur les femmes. Marie Darrieussecq l’écrit ainsi au catalogue : «Cindy Sherman sait que toute femme est d’abord déguisée en femme… elle joue ces femmes… qui jouent le jeu… où la joueuse ne cesse de perdre».

Que devant chaque photographie, on croie ressentir le plaisir simple pris par l’artiste à échafauder ses mises en scène, n’empêche pas en effet d’éprouver un malaise bienvenu. Car là réside l’autre secret du génie de Sherman : nourrir ses photos d’une ambiguïté, sans cesse renouvelée, qui crispe et dérange, fait rire jaune et fait peur, révulse et attendrit, fait fuir et puis y retourner. Un exemple parmi tant d’autres avec la série «History Portraits» (1989-1990) dans laquelle Sherman se moule dans la posture hiératique et le luxueux apparat des modèles de la peinture classique. Pour incarner une Vierge à l’enfant aux seins carrossés comme des roues de secours, un bourgeois assis, replet et satisfait ou bien un seigneur de principauté italienne à la Renaissance affectant la bienveillance, elle fait au mieux (chinant aux puces les tissus dont elle confectionne les vêtements d’apparat, s’affublant de perruques, de prothèses et d’accessoires divers).

Déviants

Elle fait l’impossible. Car, comment une photo pourrait-elle reproduire une peinture ancienne, et une femme du XXe siècle ces versions du pouvoir ou de l’Immaculée Conception, sans que ça grince et que ça coince ? Les êtres qu’on voit poser ne sont d’aucun temps ni d’aucune chair. A la fois très ressemblants à ceux qu’on admire en peinture, et pourtant complètement déviants. On pourrait dire qu’en vivant leur vie, le temps d’une pose, Sherman rend service aux gens, archétypes d’une classe sociale, d’une tranche d’âge, d’un genre (sexuel ou artistique), d’un lifestyle, en démontrant que ça ne peut pas coller. Que la photo qu’ils donnent d’eux-mêmes n’imprime pas. Ainsi, ces femmes riches et âgées, mondaines amatrices d’art, de la série «Society Portraits» peuvent bien afficher leur plus beau sourire, perce derrière, dans leurs yeux, et leurs rides récalcitrantes à la chirurgie esthétique, l’angoisse de vieillir, de se flétrir et de voir son image, sa place dans le cadre public ou privé, dans la sphère amoureuse, familiale, amicale, partout, se rétrécir. Cette angoisse, la mieux partagée du monde peut-être, l’est en tout cas par l’artiste qui, même si ellea beau se marrer en se déguisant, l’avoue sans ambages : «Pour moi, c’est un peu effrayant de me voir. Et c’est encore plus effrayant de me voir dans ces femmes âgées.»

Cindy Sherman Une rétrospective (de 1975 à 2020) Fondation Louis Vuitton, 75016. Jusqu’au 3 janvier 2021.

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26 septembre 2020

Cindy Sherman à la Fondation Vuitton : caractères et mythologies de la société américaine

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Par Philippe Dagen

Depuis 1975, Cindy Sherman documente par ses portraits professions et générations, créant un inventaire exhaustif de ses contemporains. La Fondation Louis Vuitton, à Paris, lui consacre une vaste rétrospective.

En 1688, Jean de La Bruyère publie la première édition de ses Caractères ou les Mœurs de ce siècle, portraits et maximes. Ses observations sont rangées en seize chapitres, dont « Des femmes », « Des biens de fortune », « Des grands » ou « De la mode ». C’est une encyclopédie de la société française sous le règne de Louis XIV.

Depuis 1975, Cindy Sherman compile par la photographie une encyclopédie de la société nord-américaine contemporaine. Elle est ordonnée par séries thématiques. La plupart des sujets étudiés par La Bruyère s’y retrouvent. La volonté d’exhaustivité et la netteté de l’expression sont égales. Seule différence : La Bruyère, qui vit dans une civilisation du livre, en fait un. Sherman, qui vit dans une civilisation des images, en fait des centaines.

Il y en a cent soixante-dix sur deux étages à la Fondation Louis Vuitton, à Paris. Deux partis pris caractérisent l’accrochage. Le premier est dicté par l’organisation interne de l’œuvre : il respecte l’unité des séries et les montre ensemble dans des espaces dessinés à cet effet et qui portent les titres de ces suites : « Fashion », « Society Portraits » ou « Masks ».

Selon la règle établie par l’artiste depuis ses débuts, aucune œuvre n’a de titre spécifique, mais seulement un matricule : Untitled # suivi d’un numéro. Ce protocole a deux effets. D’une part, il accentue ce que le travail a de méthodique et de neutre : l’archivage raisonné de clichés de laboratoire. D’autre part, il laisse libre l’interprétation.

Cohérence inflexible

Le second principe de l’accrochage, qui aurait pu être employé plus souvent, est de prendre des libertés avec la chronologie et d’insérer une série plus récente à proximité d’une plus ancienne de deux ou trois décennies. La cohérence inflexible de la méthode Sherman ne s’en voit que mieux, conformément à ce qu’elle en dit elle-même.

CINDY SHERMAN EST L’ACTRICE UNIQUE, LA SCÉNOGRAPHE, L’ÉCLAIRAGISTE, LA MAQUILLEUSE, L’HABILLEUSE, LA DÉCORATRICE, LA DOCUMENTALISTE ET LA PHOTOGRAPHE DE CHACUNE DES IMAGES, NE DÉLÉGUANT QUE LE TIRAGE

Entre celle qui exécute les « Untitled Film Stills », de 1977 à 1980, et celle qui réalise les « Flappers » (« garçonnes » en anglais) de 2015 à 2018, il y en a en effet peu de différences, si ce n’est le passage du noir et blanc à la couleur, de l’argentique au numérique et du tirage de petits ou moyens formats aux grandes impressions par sublimation thermique sur métal, technique qui produit des tirages parfois trop brillants.

Pour le reste, le processus demeure inchangé. Cindy Sherman est l’actrice unique, la scénographe, l’éclairagiste, la maquilleuse, l’habilleuse, la décoratrice, la documentaliste et la photographe de chacune des images, ne déléguant que le tirage. Alors que tant de ses confrères croient utile d’avoir des équipes pléthoriques, elle travaille seule. Se déguisant, se plaçant dans un décor d’objets significatifs, s’approvisionnant dans musées, albums, films, publicités et séries – de Desperate Housewives à Game of Thrones –, elle compose des faux instantanés emblématiques.

On pourrait énumérer à l’infini : la jeune fille indécise, la femme de 50 ans en surpoids, la fashion victim qui ne veut pas vieillir, la Texane électrice de Trump, la grande bourgeoise de Park Avenue ou, de l’autre sexe, une sorte de Bill Gates soupçonneux.

Ainsi passe-t-elle en revue professions et générations. Ainsi dessine-t-elle une géographie sociale des Etats-Unis, des banlieues cossues à Manhattan, et réunit-elle un inventaire des mythologies collectives américaines de la réussite et de la beauté. Il est donc logique que la série des « History Portraits » (1988-1990) se réfère aux meilleurs peintres des expressions humaines, de Fouquet à Ingres, en passant par Cranach et le Caravage. Ce sont les prédécesseurs de Sherman, selon une autre technique.

Imitations d’organes

La question sexuelle est implicite dans la quasi-totalité des images, que la séduction soit affaire de vêtements, de postures ou de regards. Elle est explicite dans les « Sex Pictures » (1992-1996), conçues avec des mannequins et des imitations d’organes en plastique. Lors de la rétrospective au MoMA de New York, en 2012, cette série était à peine mentionnée. A Paris, elle se présente dans toute sa crudité, amas de corps forcés et désarticulés, visages d’enfants balafrés : une forme de réalisme physique et psychique à peine supportable.

Les deux autres étages de la fondation font écho à l’exposition : des pièces choisies dans la collection y sont disposées. Il y en a de remarquables, ce qui ne surprend pas, d’Annette Messager, Rosemarie Trockel, Andy Warhol, Gilbert & George, Christian Boltanski et Samuel Fosso. Il y en a de médiocres, ce qui ne surprend pas, d’Albert Oehlen ou Damien Hirst.

Parmi ces œuvres se trouve un échantillon des collections de photographies d’anonymes et d’amateurs que Sherman accumule depuis les années 1970, ainsi que sa récente série de grandes tapisseries tissées d’après des selfies retravaillés sur ordinateur grâce à des applications censées parfaire les visages. Il est probable qu’elles déplairont, ce qui est normal parce que Sherman continue de viser juste et de montrer la vérité nue.

Cindy Sherman, Fondation Louis Vuitton, 8, avenue du Mahatma-Gandhi, Paris 16e. Du mercredi au lundi de 11 heures à 20 heures, 21 heures le vendredi et à partir de 10 heures le samedi et le dimanche. De 5 € à 14 €. Jusqu’au 3 janvier 2021. Fondationlouisvuitton.fr

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