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Jours tranquilles à Paris
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26 septembre 2020

Roman Polanski n'ira pas à l'assemblée générale des César

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"Roman Polanski n’a jamais assisté aux réunions de l’assemblée générale des César et n’a pas l’intention de le faire à l’avenir."

Roman Polanski assure qu'il n'a pas l'intention d'assister à l'assemblée générale des César

CÉSAR - Roman Polanski, visé par des accusations de viol, a annoncé ce vendredi 25 septembre qu’il n’assisterait pas mardi à l’assemblée générale des César, une institution en pleine crise dont il est resté membre au grand dam des féministes.

“Bien qu’animé par un profond respect envers le travail de l’Académie des César et ses 182 membres, Roman Polanski n’a jamais assisté aux réunions de l’assemblée générale et n’a pas l’intention de le faire à l’avenir”, a transmis à l’AFP l’entourage du réalisateur de 87 ans dans un communiqué.

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24 septembre 2020

JULIETTE GRECO

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Juliette Gréco, il n’y a plus d’après

Par Clément Ghys — Libération

Icône du Saint-Germain-des-Prés de l’après-guerre, connue pour son élégance comme pour sa liberté de ton, la chanteuse est morte mercredi, à 93 ans. Proche de Jacques Prévert, Boris Vian ou Miles Davis, elle avait donné à sa longue silhouette noire une place à part sur la scène française.

«Ce dos, cette façon de bouger, je crois que je les reconnaîtrais n’importe où dans le monde.» Voilà ce qu’aurait dit, à la fin des années 80, Miles Davis alors qu’il revoyait, des années après leur histoire d’amour, Juliette Gréco. Sans avoir jamais connu la chanteuse, tout le monde peut en dire autant. Ce dos, cette façon de bouger, mais aussi cette allure de diva enroulée de noir surplombée d’un regard de jais, ces mains qui bougeaient et exprimaient la chanson - elle les qualifiait de «traductrices» -, on pourrait les deviner en un clin d’œil, reconnaître en seulement quelques mots déclamés ce phrasé particulier, cette manière de réciter des textes, quelque part entre le «spoken word» et la mélodie. La chanteuse, figure unique de la chanson française, est morte mercredi, à 93 ans.

Traversée du siècle

Juliette Gréco n’a jamais vraiment changé. Elle a toujours gardé son élégance. Les années avaient passé, vieilli ce magnifique visage. Mais elle faisait tout pour le conserver - non pas ses traits à elle, mais ceux que sa carrière lui avait donnés. Comme un Michael Jackson dont l’apparence corporelle avait muté mais qui avait gardé quelques signes distinctifs, Gréco soulignait toujours ses paupières d’un fard noir corbeau, en accord avec ses cheveux et ses habits. La chanson française avait deux dames en noir, il n’y en avait plus qu’une depuis la mort de Barbara en 1997. Cette obscurité qui, comme chez la longue dame brune, tranchait avec un sourire et un pétillement fréquent, rappelait ce que Gréco avait été, ce qu’elle est sans doute encore : un souvenir. De quoi ? D’un autre temps qui semble aujourd’hui complètement révolu.

Retracer la discographie de la chanteuse, voir qui lui a écrit des morceaux, faire la liste de celles et ceux qu’elle a connus revient à se plonger dans une époque qui semble si lointaine. Prévert, Merleau-Ponty, Sartre, Beauvoir, Brel, Brassens, Maurice Fanon, Boris Vian, Serge Gainsbourg, Joseph Kosma, Etienne Roda-Gil, autant de personnalités dont il paraît presque surprenant que quelqu’un qui, hier encore, était notre contemporaine, avait pu les croiser, partager la table du Flore avec eux. C’est une de ces trajectoires qui traversent le siècle, se nourrissent des changements et avancent avec les mutations des époques.

Juliette Gréco naît en 1927 à Montpellier. Elle ne connut que très peu son père, policier corse, et grandit avec ses grands-parents maternels à Bordeaux. Au début des années 30, sa mère l’emmène, avec sa sœur Charlotte, vivre à Paris. Elle y est petit rat. Quand la guerre éclate, le trio retourne dans le Sud-Ouest. La mère entre dans la Résistance. Elle et Charlotte sont arrêtées par la Gestapo en 1943, sous les yeux de Juliette, qui gifle un policier pour se faire embarquer et ne pas laisser sa sœur seule. Elle est incarcérée pendant un mois à Fresnes. Jugée trop jeune pour la déportation des résistants, elle n’ira pas à Ravensbrück comme sa mère et sa sœur (qui en sortiront en 1945). Gréco vivote jusqu’à la fin de la guerre. Quand la Libération arrive enfin, elle traîne dans Saint-Germain-des-Prés, rencontre, rue Saint-Benoît ou ailleurs, ce pot-pourri d’intellos, de soldats américains en relève, d’artistes, de pique-assiettes… Gréco est misérable, vit à la petite semaine, déménage à la cloche de bois. Elle est aussi magnifique, fascine tout le monde. L’anecdote veut qu’un jour, faisant tomber son manteau dans un bar de la rue Dauphine, elle découvre une cave, propose d’y organiser des cafés-concerts. Ce sera le mythique Tabou, night-club où défileront les zazous (avec leurs faux cols qui montaient «jusqu’aux amygdales», disait la chanson) et les existentialistes. Tous se battent pour écrire des chansons pour elle. Sartre lui écrit Rue des Blancs-Manteaux, elle chante Si tu t’imagines, un poème de Raymond Queneau, la Fourmi, de Robert Desnos, Je suis comme je suis ou les Feuilles mortes, de Prévert, Je hais les dimanches d’Aznavour.

Tout cela, encore une fois, paraît bien loin, et ancré dans le classicisme, dans un univers musical qui n’avait pas encore connu la modernité sixties. Et pourtant, il s’agissait bien du quotidien de cette coterie, faite d’histoires d’amour, d’amitié, de rivalité. Juliette Gréco danse avec Merleau-Ponty, scandalise tout le monde, devient très proche de Françoise Sagan, multiplie les conquêtes. Elle rencontre Miles Davis, vit avec le jazzman une histoire passionnée. Elle est blanche, il est noir, ils sont tous les deux magnifiques. Elle l’emmène dans un grand restaurant vide, où on leur dit que tout est complet. Gréco prend la main du maître d’hôtel, crache dedans et le splendide couple s’en va. Davis dira plus tard qu’il ne l’a pas épousée pour ne pas qu’aux Etats-Unis, elle passe pour une «pute» mariée à un noir. Il dira également que c’est avec Gréco qu’il avait appris «ce que voulait vraiment dire "faire l’amour à une femme"».

Muse de la rive gauche

Saint-Germain-des-Prés est alors le centre du monde. Et Gréco en est la reine. Les gosses de riches du monde entier viennent imiter son look d’allumette carbonisée, alors même que cette allure, elle l’avait conçue faute de moyens pour s’acheter des habits. Elle est devenue une star. Elle multiplie les enregistrements, les concerts. A l’étranger, la muse de la rive gauche plaît. A Libé, en 2003 (lire pages 6), elle racontait son premier séjour à Rio de Janeiro : «Pour des raisons bizarres, dès le premier soir, il y a eu une émeute, mais pas du tout pour mon talent. On avait dit à ces gens que les existentialistes, ça chantait nu. Ils se sont retrouvés en face d’une femme habillée des pieds à la tête, bizarrement maquillée, ça les a étonnés.» Elle y restera plusieurs mois et en gardera un goût pour la musique brésilienne, qui parfumera ses albums. Elle tourne au cinéma avec Cocteau (Orphée), Melville (Quand tu liras cette lettre), Huston (les Racines du ciel)…

L’âge adulte est là, et Gréco chante les jeunes auteurs que sont alors Brassens, Léo Ferré (Jolie Môme), Serge Gainsbourg (la Javanaise), Brel (J’arrive, la Chanson des vieux amants). C’est au milieu des années 60 qu’elle enregistre ses tubes les plus connus du grand public : Un petit poisson, un petit oiseau, Déshabillez-moi.

Vie folle et distinguée

Ces deux morceaux sont traversés par un esprit qui sera qualifié dans le monde entier de «très français». Voilà ce qui caractérise le plus sa carrière : sa capacité à franchir les barrières, à les exploser. Muse des intellos, des «branchés» avant même que le mot n’existe, elle sera une véritable vedette, une star connue de tous. Grâce à la chanson, mais aussi à la télévision : en 1965, elle est l’héroïne de la mini-série Belphégor ou le fantôme du Louvre dans laquelle elle joue un rôle double et terrifie la France d’alors, explosant les audiences et marquant l’imaginaire collectif.

Juliette Gréco, c’était la sophistication, l’élégance, diffusée sur les écrans de l’ORTF, la promesse d’une vie parisienne folle et distinguée, cultivée. Mais également une figure de gauche, et pas seulement de la rive parisienne de la Seine. Elle a été proche du Parti communiste, puis compagne de route de combats humanistes, à l’image de celui qui fut son époux, Michel Piccoli, auquel elle n’aura survécu que quatre mois. Gréco a enchaîné les galas pour des causes liées aux droits de l’homme, s’est levée médiatiquement contre le Front national, ou toute boursouflure d’extrême droite qui a toujours jalonné la société française de l’après-guerre. Elle a connu en 2015 le feu de ceux qui appellent au boycott de l’Etat hébreu pour ses concerts en Israël, qu’elle a maintenus.

Elle n’a jamais été autrice. Ses chansons les plus emblématiques sont celles des autres. Ainsi de Parlez-moi d’amour, susurrée notamment avant elle par Lucienne Boyer. Gréco a surtout chanté les musiques de ceux qu’elle admirait, quels que soient les genres, les registres émotionnels dans lesquels ils s’inscrivaient. Elle était, sans aucune comparaison possible dans le panorama de la chanson française, l’exemple même de l’interprète. Elle s’en est toujours vantée, élevant le statut de «muse intime des auteurs, traductrice des chansons» à un niveau rare. L’intelligence de Juliette Gréco aura été de savoir s’entourer comme il le fallait, et de renouveler ce cheptel lettré qui voulait la célébrer. Ainsi, il n’y eut pas que Brel, Prévert ou Kosma mais aussi Abd al Malik, Miossec (qui dira d’elle qu’elle est une «punk») ou Benjamin Biolay. Quasiment à chaque fois était présent Gérard Jouannest, un temps accompagnateur de Brel mais qui fut surtout son pianiste et compagnon de longue date.

Grâce et gouaille

Et puis il y avait cette (omni) présence sur scène. Vu d’aujourd’hui, Gréco donne l’impression d’y avoir passé sa vie, comme une cousine de Bob Dylan et son «never-ending tour». Son ombre noire a été vue dans des lieux aussi variés que la Philharmonie de Berlin, les prestigieuses salles de Tokyo, la Fête de l’Huma ou des festivals en plein air. On pourrait enchaîner les compliments sur sa grâce sur scène, son élégance à la vie, qu’elle soit vestimentaire ou morale. Mais la force des personnages mythiques tient également à leur pas de côté permanent, à leur capacité à envoyer valser le sérieux et à fissurer le marbre de l’institution. Un jour de 1981, au Tribunal des flagrants délires, Gréco se lança dans une reprise de Bécassine de Chantal Goya. Elle récitait ce texte si nunuche avec un érotisme pervers. C’est évidemment un minuscule détail de la très longue discographie de Gréco. Mais, dans cet infime fragment, se retrouve ce qui a fait l’essence même de cette vie, son charme, sa capacité d’attraction, son mordant. L’insolence de Juliette Gréco, son mélange de grâce et de gouaille, tout cela disparaît avec elle. Il n’est pas certain que beaucoup d’autres alchimies de ce genre soient possibles.

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Juliette Gréco : «J’étais un objet de scandale à deux pattes»

Par Ludovic Perrin, (Libération du 4 novembre 2003) et Antoine de Baecque — 23 septembre 2020 à 21:01

Son enfance, la politique, l’existentialisme, Boris Vian, la scène, la Bible… En 2003, à l’occasion de la parution d’un nouvel album, la chanteuse se livrait à «Libération».

Fin 2003, Juliette Gréco sort un album en forme de credo impératif : Aimez-vous les uns les autres ou bien disparaissez. A cette occasion, elle reçoit Libération dans une suite d’hôtel du quartier Saint-Germain-des-Prés.

Pourquoi un nouvel album ?

Au début, je me suis dit : «Je vais fouiller dans ma malle aux trésors et prendre des vieilles chansons qui n’ont pas eu la carrière qu’elles auraient dû avoir.» Puis j’ai pensé que ce serait bien de trouver quand même quelques jeunes gens qui me plaisent…

De la même façon que Brel, Ferré, Béart et Bashung vous avaient présenté leurs premières chansons ?

Les gens ne sont plus les mêmes, les conditions de travail non plus. Autrefois, nous allions lentement. On se faisait un chemin de chèvre, avec plein de cailloux, mais parfumé. Maintenant, c’est l’autoroute. On est tous passés dans des petites boîtes, à la dure. Moi, ça n’a pas duré, je suis partie pour mon premier voyage en 1950, à Rio…

Vous étiez déjà connue là-bas ?

Pour des raisons bizarres, dès le premier soir il y a eu une émeute, mais pas du tout pour mon talent. On avait dit à ces gens que les existentialistes, ça chantait nu. Ils se sont retrouvés en face d’une femme habillée des pieds à la tête, bizarrement maquillée, ça les a étonnés. De huit jours, je suis restée trois mois.

Vous avez vite représenté ça à l’étranger…

Ça m’émeut, mais ça rend aussi les choses difficiles : je passe ma vie à essayer de justifier ça. Il n’y a pas de physique existentialiste, de même qu’il n’y a pas de coiffure nietzschéenne ou de maquillage hégelien… Simplement, je représentais dans l’après-guerre ce que la jeunesse de Paris avait décidé que j’étais : une image qui lui convenait. J’étais plutôt étrange, vêtue de noir, de grands cheveux. Ce n’était absolument pas à la mode, les gens étaient souvent outrés par mon physique. On m’a jeté des pierres sur les Champs-Elysées comme à une lépreuse. J’étais un objet de scandale à deux pattes. Ma manière de vivre était scandaleuse : je faisais ce que je voulais, je ne parlais à personne. On me voyait danser avec Merleau-Ponty. C’est quoi ce truc-là ? Qui est cette fille ?

«Cette fille», d’où vient-elle ?

De moi. Je n’avais pas d’argent. Ma mère avait été envoyée, sans que je le sache, en camp à Ravensbrück. Je me suis retrouvée seule avec un père divorcé de ma mère. Depuis que j’avais 3 ans, je l’avais vu deux fois… Donc, il a fallu que je me mette à travailler et que je m’habille, je me promenais déjà pieds nus… J’ai vécu dans une pension de famille ; que des garçons, des gens de théâtre et un archange du nom de Gérard Philipe. Il montait les escaliers comme s’il avait des ailes. J’ai commencé à travailler, standardiste dans une boîte en verre. Un jour, le patron a dit : «Vous allez faire un peu de secrétariat.» Le secrétariat s’est avéré avoir la main baladeuse, il a reçu la mienne en pleine gueule. […]

Aimez-vous les uns les autres, sinon disparaissez, c’est biblique ?

[…] J’ai toujours trouvé la Bible très pratique. J’ai une petite bible en papier pelure. Quand ça ne va pas bien, j’ouvre, il y a réponse à tout. Ça calme. Pourtant je ne suis pas croyante. Je l’ai été. A 9 ans, comme une oie, je voulais entrer au couvent. La chapelle était un endroit exquis, ça sentait bon et personne ne parlait. Il y avait un silence formidable. J’ai retrouvé cette qualité de silence quelquefois dans des salles de spectacle où tout à coup on n’est plus qu’un. C’est un sentiment puissant, fusionnel, un moment de rencontre que je souhaite à tout le monde.

Les gens ne semblent pas morts quand vous en parlez. Ils sont…

…là. Je ne vais pas aux enterrements, jamais. Je ne peux pas considérer quelqu’un comme mort quand on le chante ou qu’on le lit. Ce qui est agaçant en revanche, c’est ce qui m’arrive avec Boris Vian… J’ai des problèmes avec Boris parce que je voudrais lui téléphoner. Mais je ne peux pas. Et ça, ça s’appelle la mort. Là, on réalise quand même.

L’enfance prend tellement d’importance en vieillissant ?

La place est prise depuis longtemps. C’est un truc très tenace. Mais ça n’augmente pas. Ce qui change, c’est le regard sur les autres, plus de tolérance, plus de patience. Mais la violence reste intacte. Même à l’âge que j’ai, fatiguée comme je le suis, je me retiens quelquefois pour ne pas foutre mon poing dans la gueule de quelqu’un.

A qui, ce coup de poing ?

En général, c’est politique. Ce sont des positions racistes et des attitudes que je trouve aberrantes, le manque de mémoire, le manque de respect dû à tous ceux qui ont été emprisonnés, torturés. Tout cela est ignoble, le mépris avec lequel on a traité tous ces gens : l’humiliation. […]

Quelle a été la période où vous vous êtes sentie le plus à l’aise avec votre temps ?

Probablement l’élection de Mitterrand. J’ai eu une immense confiance, et voilà…

Qu’est-ce que l’engagement pour un chanteur ?

Ça fait un peu opérette. Je suis allergique à plein de choses, genre Téléthon. Tout prend tellement de proportions médiatiques. La compassion, oui, la pitié, non. J’ai mal au sang des autres.

Sur votre nouvel album, vous êtes plus légère ?

J’ai toujours adoré cette expression : «dorer la pilule». Pour dire des choses terribles, l’emballage est très important. Si l’on hurle «je vous hais !», on n’entend pas. Mais si l’on regarde quelqu’un dans les yeux : «Vous êtes détestable et je vais vous casser la gueule», il se passe quelque chose. J’ai beaucoup crié quand j’étais jeune, des romances de bête sauvage, Je hais les dimanches, mais je pense finalement que la douceur est plus efficiente. Quand les gens m’insultaient dans une salle, je chantais de plus en plus doucement et ils se calmaient.

On a l’impression qu’un rituel vous accompagne, quand vous chantez…

Je ne sais pas chanter pour faire plaisir : quand j’apprends mes chansons, je les ingère, je les mange. Si je chantonne, je chantonne des conneries, du Tino Rossi, n’importe quoi. Mais une de mes chansons, je ne peux pas. Il me faut autre chose, un cérémonial. D’abord, j’arrive très tôt au théâtre. J’ai besoin de renifler partout, de savoir où est ma place, et si j’y suis. Puis, dans ma loge, je range mes affaires. Je place les crayons bien droits, je fabrique un lieu que j’investis. Et je cultive ma terreur. Je l’arrose un peu, en attendant que le temps passe…

Jusqu’à ce que vous entriez en scène…

A ce moment-là, il y a rencontre. C’est un moment très important, sacré. Et cela varie beaucoup. Je peux chanter très différemment la Chanson des vieux amants selon ce qui s’est passé dans la journée, ou J’arrive, ma chanson sur la mort. Il y a des jours où je l’insulte, et d’autres, plus rares, où je meurs un peu, où je suis anéantie. Je ne m’habitue pas. […]

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23 septembre 2020

Entretien avec Pete Souza

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Photographe de la Maison Blanche pendant les mandats des présidents Reagan (1983-1989) et Obama (2008-2016), le photojournaliste Pete Souza sort ces jours-ci son documentaire The Way I See It. Passant jours et nuits aux côtés de ces deux présidents, les photographies remarquées de Pete Souza ont profondément changé la perception des deux locataires de la Maison Blanche, racontant aussi bien la tension durant les décisions nationales et internationales, l’orchestration du pouvoir à Washington, comme les simples habitudes de chaque décisionnaire.

The Way I See It livre une simple chronique de deux administrations différentes, tout en dévoilant un regard précis sur la fonction présidentielle américaine, la vie quotidienne des élus, leur intimité et ligne de conduite. Il fournit une affirmation vibrante contre les abus de pouvoir, mettant en lumière l’appréhension comme la pratique profondément conflictuelles du pouvoir du président actuel, Donald J. Trump

Dans votre documentaire The Way I See It, vous résumez votre fonction, photographe officiel du Président Barack Obama pendant ses deux présidences, de la sorte : « Mon objectif fut de façonner la meilleure archive photographique jamais créée ». Avez-vous réussi ?

Pete Souza : Je pense avoir réussi du mieux possible. Je laisserai les autres juger si j’ai atteint ce but ou non. Mais je pense sincèrement avoir fait de mon mieux.

La présidence Reagan marqua vos premiers pas au sein de la Maison-Blanche. Aviez-vous alors des inspirations, un photographe guidant vos premiers gestes ?

Une inspiration franche, sans doute possible, fut Yoshi R. Okamoto, tant par son accessibilité que par sa couverture du président Lyndon B. Johnson. Il fut le photographe présidentiel officiel [Chief Presidential Photographer] pendant sa présidence. À cette époque, j’essayais simplement de m’approcher le plus près de son travail.

Okamoto eût accès à tout ce que fit Johnson, je fis de même avec le président Obama. Ses photographies étaient fantastiques, dans une veine véritablement documentaire, authentique, sans mise en scène. Sous toutes les coutures, il prenait ses clichés d’un point de vue artistique. C’était alors une époque différente. Dans les années 1960, Okamoto photographiait avec une pellicule noir et blanc, tandis que j’utilise le numérique, la couleur. Le médium est différent.

Vous affirmez également vous considérer « comme un historien… avec un appareil photographique ». Les historiens se sont-ils saisis de vos images ?

La professeure en communication à l’Université de l’Illinois Cara Finnegan publie ces jours-ci un livre sur le lien entre photographie et Maison-Blanche, pas uniquement sur mon travail, mais également sur d’autres présidents et photographes. Elle considère mes travaux comme des documents historiques. Quant à Michael Shaw, qui dirige l’organisation à but non lucratif Reading the Pictures, il analyse fréquemment de nombreuses  photos. Sans surprise, mes clichés de Reagan ont un caractère plus historique que ceux d’Obama, le temps n’est pas encore passé depuis la fin de cette administration. Et revenir sur les photographies de Reagan me permet d’observer de nouveaux aspects, simplement parce que trente ans ont passé. Je regarde ces images d’un nouvel œil.

Il faut comprendre qu’à chaque fin d’un mandat présidentiel, toutes les photographies réalisées, chacune d’entre elles, sont confiées à nos archives nationales. Les photographies ainsi que tout autre document, courriels présidentiels, notes… Tous sont rendus publics. Ainsi, toutes les photos réalisées sous Reagan sont en ligne à la Bibliothèque Nationale. Et il en sera de même pour les photographies sous Obama. Soit deux millions, j’ignore qui pourrait bien passer en revue autant d’images…

Pour revenir à cette expression « un historien… avec un appareil photographique ». Dans la Maison-Blanche, je suis le seul à ne pas prendre part aux réunions. Je suis un simple observateur, avec une caméra. Mon rôle est de photographier, pour les archives. Pour l’histoire. Ce rôle est primordial afin de saisir l’atmosphère et les émotions d’une réunion, avec quels acteurs, dans quel contexte. Dans cinquante ans, les gens pourront alors se faire une idée de ce que fut la présidence Obama, quel être humain il fut, en regardant simplement mes images.

Suivre un président au quotidien, c’est s’intéresser au corps, au visage, à ses émotions physiques, une somme de portraits. Il existe d’autres manières de montrer le lien politique, l’influence du politique par le corps. Je pense au train funéraire de Robert Kennedy immortalisé par Paul Fusco, où l’environnement généra, la présence symbolique d’un corps révèle une facette du politique ? Plutôt que le simple portrait, cherchiez-vous à illustrer différemment le politique ?

De bien des façons, j’ai fait attention à la façon dont les gens interagissaient avec Obama, directement ou non. Je détournais souvent mon objectif du président Obama. C’était un réflexe sous-jacent. Et je crois que ces photographies auront un écho dans les années à venir. Nous aurons alors un bon marqueur, une bonne idée de la façon dont les gens étaient, rien que par leur visage.

Une image parmi bien d’autres symbolise ce que fut la Présidence Obama, comment il structura son autorité à Washington. Dans le bureau ovale, on devine le président et trois conseillères, et plutôt que de voir leurs visages, nous découvrons leurs pieds. 

J’ai reculé pour trouver un plan plus large. En me concentrant sur leurs pieds, on peut tout aussi bien deviner à qui Obama s’adresse. Ce sont trois femmes. Et cette photographie souligne ce symbole : parmi les plus hauts fonctionnaires, parmi les décisionnaires, on comptait un très grand nombre de femmes, de personnes de couleur. Désormais, vous regardez une photo d’un conseil présidentiel sous Trump et vous ne verrez que des hommes blancs.

Vous avez suivi pour la toute première fois Barack Obama quand il fut élu sénateur, en 2005. Vous avez immédiatement trouvé en lui « bon sujet ». Fut-il par moment un mauvais sujet ?

(rires) Qu’il soit « un bon sujet » signifie surtout qu’il était à l’aise avec le fait d’être photographié, que la présence de mon appareil photo n’altérait pas son comportement. En tant que photojournaliste, vous souhaitez plus que tout faire des photos authentiques. Mais si votre sujet s’avère trop conscient de la présence de l’objectif, il devient parfois difficile d’avoir une photographie naturelle, authentique. Le sujet devient alors soucieux de ses gestes. Et dès 2005, lorsqu’il était sénateur, Obama se fichait de ma présence.

Le documentaire revient sur la nuit du 2 mai 2011, l’exécution d’Oussama alors chef d’Al-Quaida. Le président Obama et les hauts gradés de l’armée américaine suivirent depuis une salle stratégique l’ensemble des opérations. Cette photographie où l’on voit Obama en retrait, la tension habitant le dénouement de l’opération, est restée fameuse. Quelqu’unes de vos photos apparaissent, par endroit, brouillées. Probablement pour raison d’État. Furent-elles vérifiées quotidiennement ?

Elles le furent chaque fois qu’un élément sensible apparaissait, s’agissant de documents administratifs, classifiés, top-secret. Dès lors, cela pouvait poser problème. Parfois, il y avait une réunion dans la « Situation Room », et, selon le contexte, vous pouviez identifier et lire dans mon image les mots d’un document. C’était la seule contrainte. Il s’agissait alors de ne pas rendre la photographie publique, ou bien de brouiller les éléments sensibles, tout en avertissant le lecteur. Nous avons souvent choisi cette seconde option, tout en étant transparents dans la légende.

Votre documentaire souligne combien un président rencontre, bien plus que le commun des citoyens, la mort. Cette mort, ou plus largement l’épreuve tragique, est non seulement liée à des crimes ­— comme, par exemple, le massacre de l’école primaire Sandy Hook à Newtown dans le Connecticut —, mais aussi à des accidents, à des désastres naturels, à des pertes militaires, à des morts quotidiennes. Le documentaire aide à saisir la réaction d’un président face à ces événements d’une simplicité désarmante, tout autant que troublante. Elle souligne que la politique est parfois submergée par la tragédie, au sens premier du terme. Vous avez vécu ces événements à travers votre objectif et vous avez vu le président Obama faire face à ces difficultés.

La première fois qu’il fit face à ce genre d’événements, il s’agissait d’une fusillade de masse à Forthood, au Texas [le 5 novembre 2009]. Ce fut la toute première fois et je pense qu’il n’existe aucun manuel, clé en main, étape par étape, expliquant au président : « Voici comment réagir lorsque vous rencontrerez des personnes en situation de détresse ». Il s’agit d’empathie et de compassion, et soit vous en avez, soit vous n’en avez pas. Je me souviens de cette « première fois », car Obama ne savait pas ce qu’attendaient de lui ces familles venant de perdre un des leurs, tués par un fou armé… et il s’avéra que ce qu’ils souhaitaient, c’était une accolade et une chance de parler de leur fils, de leur fille, de leur mari.

Je dois l’avouer… Il a dû faire cela trop souvent. Sa présidence rencontra de multiples fusillades de masse, des catastrophes naturelles. Et l’un des moments les plus difficiles à surmonter fut effectivement celui de l’école primaire de Sandy Hook, où 26 personnes furent tuées par balle, dont 20 enfants en CP, âgés de six à sept ans. Peut-on imaginer ce que cela représente pour un parent d’apprendre la mort de son petit garçon de six ans ? Celui tout juste accompagné au bus scolaire quelques heures auparavant. Vous devez aller identifier le corps, et comprendre qu’il a été exécuté par balle à bout portant. Ces jours-là, il fut entièrement submergé par les émotions. Il avait alors de jeunes enfants. Il voyait ce drame comme un parent, se mettant à la place de ces parents. À Newtown, deux jours après la fusillade, ce fut l’une des choses les plus difficiles qu’il eût à faire pendant sa présidence. Et il fit cela en consolant ces gens, en étant compatissant, empathique…

Comparons cela avec la présidence Trump. Nous avons connu une autre fusillade de masse à Santa Fe, au Texas [le 18 mai 2018]. [Après s’être rendu sur place] Trump est allé dire à tout le monde que les gens l’avaient traité comme une rock star ! Je me dis… « ce n’est pas la question. Ce n’est pas l’objectif de cette visite aux familles. Ce n’est pas la raison de votre visite à ces familles. Vous êtes là pour consoler ces familles, sans chercher à vous faire prendre en photographie avec elles, afin de dire au public comment vous avez été si bien accueilli ». Pour ce type, tout événement est vécu à travers son prisme ! Et ce n’est pas le rôle du président. Son rôle, son travail est de nous représenter tous, et pas uniquement lui-même. Nous espérons d’un dirigeant qu’il soit compétent, honnête, compatissant et empathique. Mais il n’est pas un dirigeant. Il est faible, inefficace.

The Way I See It

Un film documentaire de Pete Souza 2020

Une production ACE Content et Jaywalker Pictures production en collaboration avec Plateform One Media

23 septembre 2020

Diplomatie - Washington et Pékin s’affrontent à l’ONU dans un climat de "nouvelle guerre froide"

onu pekin washington

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

La rivalité entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping a largement dominé mardi l’Assemblée générale annuelle des Nations unies. Face aux attaques de Donald Trump l’accusant d’être responsable de la crise du Covid-19, Pékin a cherché à jouer la carte stratégique de la coopération internationale.

“L’acrimonie entre les États-Unis et la Chine a largement pesé” mardi “sur la 75e session de l’Assemblée générale des Nations unies”, organisée de manière virtuelle en raison, du Covid-19, note le South China Morning Post.

Le président américain Donald Trump a utilisé son discours préenregistré pour s’en prendre à Pékin, accusant de nouveau la puissance rivale d’avoir laissé le “virus chinois”, une formule qui suscite l’ire de Xi Jinping,” infecter le monde”. Il a également demandé aux Nations Unions de tenir la Chine pour responsable de ses actes.

Contrairement à Washington, “Pékin sait utiliser le multilatéralisme à son avantage”

Le président chinois qui s’est exprimé, après son homologue américain, a lui pris le contre-pied de l’attitude agressive de Washington, faisant preuve, selon Jen Kirby, journaliste à Vox, de davantage de subtilité stratégique. Sans mentionner directement les États-Unis, Xi Jinping a souligné que “la Chine n’avait pas l’intention d’entrer dans une Guerre froide” et a mis en garde contre “le piège d’un choc des civilisations”, appelant à ne pas “politiser” la lutte contre le coronavirus.

Xi Jinping, “qui s’exprimait avec derrière lui une vue d’artiste de la grande muraille”, remarque Le Soir, a préféré mettre en avant son engagement en faveur de la coopération internationale et d’une réponse humanitaire au Covid-19.

Dans leurs discours, les deux dirigeants ont largement “déformé les réalités de leurs pays et du monde en ce moment”, note Vox. Mais “75 ans après la création des Nations unies, la Chine a montré que contrairement aux États-Unis, elle savait utiliser le multilatéralisme à son avantage”.

La Chine s’engage à atteindre la neutralité carbone d’ici 2 060

À la surprise générale, Xi Jinping est même allé jusqu’à annoncer mardi que la Chine s’engageait à atteindre la neutralité carbone d’ici 2 060. “C’est la promesse la plus audacieuse qu’ait jamais faite la Chine en matière de climat”, note le New York Times. “Si les Chinois la concrétisent, cet engagement jouera un rôle crucial dans la lutte mondiale contre le changement climatique”.

“Les observateurs estiment qu’avec cette annonce, le leader chinois cherche à profiter des réticences américaines à répondre au défi climatique”, note Matt McGrath, journaliste en charge des questions d’environnement à la BBC. “L’engagement climatique de Xi Jinping à l’ONU, quelques minutes seulement après le discours du président Donald Trump, était clairement une décision audacieuse et bien calculée”, estime Li Shuo, spécialiste de la politique climatique chinoise à Greenpeace Asie, interrogé mardi par la radio britannique.

Agacé par la guerre entre Pékin et Washington qui a occupé le devant de la scène mardi, le président français Emmanuel Macron a tenté de reprendre la main en “critiquant de manière à peine voilée” les deux géants, note Bloomberg. Le monde “ne peut pas se résumer à la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis”, a-t-il lancé. Nous ne sommes pas collectivement condamnés à un pas de deux qui, en quelque sorte, nous réduirait à n’être que les spectateurs désolés d’une impuissance collective”.

Noémie Taylor-Rosner

22 septembre 2020

L’acteur franco-britannique Michael Lonsdale est mort

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Le comédien, qui a brillé aussi bien au théâtre qu’au cinéma, notamment chez Buñuel, Duras, Welles, Costa-Gavras ou Beauvois, est mort lundi à l’âge de 89 ans.

Par Mathieu Macheret - Le Monde

Comédien excentrique et sophistiqué dont le maintien britannique lui permettait tous les dérapages possibles, Michael Lonsdale, mort le 21 septembre à Paris, à l’âge de 89 ans, a offert au cinéma français de ces cinquante dernières années l’une de ses présences les plus fascinantes et insaisissables. On se souvient de sa haute silhouette légèrement voûtée, plantée comme un point d’interrogation, de son visage aux bajoues plongeantes, mais surtout, peut-être, de sa voix sinueuse et grésillante, infiniment souple et capable de voler en éclats tonitruants.

Cette labilité corporelle et émotionnelle est précisément ce qui l’autorisait à passer d’un rôle à l’autre en restant exactement lui-même, comme tous les grands acteurs. Habitué à ces seconds rôles marquants qui volent la vedette aux premiers par leur force drolatique dans les films de Luis Buñuel, Jean-Pierre Mocky, Marguerite Duras, François Truffaut ou Orson Welles, il fut surtout un homme de théâtre chevronné et assidu, ayant joué sous la direction de Claude Régy, Peter Brook ou Jean-Marie Serreau.

Il est né le 24 mai 1931, dans le 16e arrondissement de Paris, d’une passion intempestive de sa mère, une Française d’ascendance bourgeoise, pour un officier de l’armée britannique, ami de son mari. L’enfant, qui tirera son bilinguisme de sa double nationalité, grandit sur l’île de Jersey, où ses parents tiennent un hôtel, puis quelques années à Londres, avant d’arriver, en 1939, au Maroc, où son père prend un emploi de représentant en engrais chimiques.

Ce dernier, soupçonné de traîtrise, est fait prisonnier par les autorités vichystes, après la destruction de la flotte française par les Britanniques lors de l’attaque de Mers el-Kébir, en Algérie, du 3 au 6 juillet 1940. Il ne sera libéré que deux ans plus tard, en novembre 1942, à la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord : revenu à la maison, il n’est plus que l’ombre de lui-même. L’acteur confiera s’être inspiré de son apathie pour incarner le personnage du vice-consul, dans India Song, de Marguerite Duras.

Choc avec Strindberg

C’est dans le sillage de cette libération que, à Casablanca, le jeune Michael Lonsdale découvre le cinéma, grâce aux films américains projetés dans les casernes pour les GI’s. Il voit les films de Howard Hawks, John Ford, George Cukor, qui lui font éprouver pour la première fois le désir de devenir comédien.

En 1947, il revient en France seul avec sa mère, désormais séparée de son second mari. Ils s’installent d’abord à Meudon, dans une maison où l’adolescent s’initie à la musique et à la littérature, à travers les ouvrages de Sacha Guitry, Mark Twain et Gustave Flaubert. Ils reçoivent régulièrement la visite d’un oncle, l’écrivain Marcel Arland, pilier de la NRF et Prix Goncourt (1929), qui présente son jeune neveu à tout le petit milieu de la littérature. Lui et sa mère emménagent définitivement à Paris, dans un grand appartement que leur laisse son grand-père.

Lire notre entretien publié en 2006 : Michaël Lonsdale et le métier d'acteur

Le jeune Lonsdale tourne alors autour des écoles de théâtre, mais n’ose en franchir le seuil. C’est en voyant La Sonate des spectres, d’August Strindberg, mis en scène par Roger Blin, qu’il reçoit un choc et décide de se lancer. Au début des années 1950, il intègre le cours de Tania Balachova, au Studio des Champs-Elysées, « professeure de génie » dont il dira qu’elle était « capable de révéler à ses élèves une dimension d’eux-mêmes totalement insoupçonnée », mais aussi qu’elle « travaillait les comédiens comme un matador, jusqu’à ce qu’ils succombent. »

Double orientation

Il reçoit une seconde révélation en 1955, celle du théâtre de Bertold Brecht, devant Le Cercle de craie caucasien joué au Théâtre des Nations par le Berliner Ensemble. Il passe alors une audition auprès de Raymond Rouleau, metteur en scène de boulevard, en même temps qu’il rejoint la troupe de Laurent Terzieff, portée vers des aventures théâtrales novatrices. Il joue Chers zoiseaux, de Jean Anouilh, avec le premier, et L’Echange, de Paul Claudel, avec le second.

On reconnaît ici la double orientation qui présidera à toute la carrière de Michael Lonsdale : complice irréductible des avant-gardes et des auteurs contemporains, il semble s’être fait connaître du grand public par ricochets – notamment pour son apparition dans Hibernatus (1969), au côté de Louis de Funès, et son rôle de méchant nazi, Sir Hugo Drax, dans le volet Moonraker (1979) de la saga James Bond.

Au théâtre, il devient le compagnon de route du metteur en scène Claude Régy, maître du silence et de la suspension, sous la direction duquel il jouera 18 pièces, interprétant les textes de Marguerite Duras, Peter Handke ou Luigi Pirandello.

Avec un autre dramaturge, Jean-Marie Serreau, il travaille au défrichage scénique des textes d’Eugène Ionesco et de Samuel Beckett, encore fraîchement accueillis en ce mitan des années 1960. Sa rencontre avec Beckett est déterminante : en 1966, l’écrivain supervise en personne une mise en scène de Comédie, où Lonsdale se retrouve aux côtés de Delphine Seyrig et Eléonore Hirt. Il restera fidèle à Beckett tout au long de sa carrière, portant lui-même sur scène certaines de ses pièces, telles que Dis Joe, L’Impromptu d’Ohio, Berceuse et Catastrophe.

Autre rencontre déterminante, celle de Marguerite Duras qui assiste aux répétitions de L’Amante anglaise, mise en scène par Claude Régy en 1968. Duras se souviendra du comédien et l’invitera à jouer dans trois de ses films : Détruire, dit-elle (1969), son tout premier long-métrage, où l’acteur joue Stein, personnage récurrent de son œuvre, Jaune le soleil (1971) et, surtout, l’inoubliable India Song (1975).

Michael Lonsdale y incarne un vice-consul languissant, dont la silhouette fantomatique se traîne dolemment à travers les salons et courts de tennis d’une propriété abandonnée. Sur la bande-son, audacieusement désynchronisée de l’image, il pousse de terribles hurlements d’amour et de désespoir (précédemment enregistrés lors d’une représentation radiophonique du texte en 1974).

Dérision magistrale

Son premier grand rôle au cinéma avait eu lieu quelques années auparavant, dans Snobs (1961), de Jean-Pierre Mocky, où il jouait déjà avec une dérision magistrale de cette affectation guindée qui lui semblait si naturelle. Mais le film fut interdit pendant deux ans pour outrage à l’armée et à l’Eglise. La suite de la carrière cinématographique de Michael Lonsdale est majoritairement faite de seconds rôles et d’apparitions ponctuelles, à chaque fois si puissamment drolatiques ou étranges, qu’ils en viennent souvent à voler la vedette.

« J’ai toujours eu horreur du copinage entre les comédiens, de ce rire franc et massif qui peut réunir les uns et les autres sur un tournage », déclarait Michael Lonsdale

Dans Le Procès (1962), d’Orson Welles, d’après Kafka, il pousse une harangue inquiétante, dans un anglais parfait, sous la défroque d’un prêtre. Dans Baisers volés (1968), de François Truffaut, il interprète un marchand de chaussures comme un petit commerçant étriqué et hautain. Dans Le Fantôme de la liberté (1974), de Luis Buñuel, il incarne un chapelier sadomaso, qui se fait fouetter les fesses devant une assemblée outragée.

Il faut évidemment ajouter à tout cela sa participation à des expériences de cinéma hors du commun, comme les douze heures du ciné feuilleton Out 1 (1970) de Jacques Rivette, où il se livre à de longues séances d’improvisation théâtrale en roue libre, ou encore au magnifique cycle des « Quatre Saisons », de Marcel Hanoun, où il incarne le double du cinéaste à l’écran.

Le jeu de Michael Lonsdale se caractérise à chaque fois par une forme de distance envers le personnage, dans laquelle peuvent aussi bien se loger l’ironie que la réflexivité. L’acteur est capable de passer de l’onctuosité la plus suintante à une forme de dureté brute, voire à d’impressionnants coups de colère. Il sera également voyeur des toilettes publiques chez Jean Eustache (Une sale histoire, 1977), érotomane patenté chez Alain Robbe-Grillet (Glissements progressifs du plaisir, 1973) et collaborateur vichyste chez Costa-Gavras (Section spéciale, 1975).

L’un des rares films où il occupe le premier rôle est une merveille méconnue tournée pour la télévision : Bartleby (1976) de Maurice Ronet, d’après Herman Melville, où il joue un notaire troublé par l’un de ses employés qui se refuse à tout. Dans les dernières années de sa carrière, on l’avait retrouvé en sublime patriarche prostré, dans Gebo et l’ombre (2012), du Portugais Manoel de Oliveira, ou en double de fiction du cinéaste Eric Rohmer, dans Maestro (2014), de Léa Fazer.

La foi chrétienne

Une part plus secrète de sa filmographie concerne les rôles ecclésiastiques qu’il a ponctuellement interprétés au fil des années, fondés sur son aisance à incarner l’obséquiosité, le dédain, la dissimulation ou plus simplement l’aménité.

Michael Lonsdale a joué un abbé bibliophile dans Le Nom de la rose (1986), de Jean-Jacques Annaud, d’après Umberto Eco, le cardinal Barberini, dans Galileo (1974), de Joseph Losey, et surtout le frère Luc Dochier, dans Des hommes et des dieux (2010), de Xavier Beauvois, sur l’assassinat des moines de Tibéhirine. Un rôle qui lui vaudra la reconnaissance ainsi que le César du meilleur acteur de second rôle. Il raconte toutefois avoir refusé de jouer un évêque de Rome dans Amen. (2002), de Costa-Gavras, pour son parti pris « anti-papiste ».

Derrière ces choix et ces refus pouvait se lire en filigrane l’adhésion de Michael Lonsdale à une foi chrétienne dont il ne s’est jamais caché, et qui ne l’a surtout jamais empêché d’accepter des rôles transgressifs ou anticléricaux. Il confiait à ce sujet : « Certaines personnes, dans le métier, se sont détournées de moi parce que le seul mot de “religion” leur donne des boutons… La peur d’être rejeté, de ne plus travailler, en a muselé plus d’un, et loin de moi l’idée de les juger ! »

Cette foi assumée fut peut-être moins une marque d’anachronisme que d’anticonformisme suprême, de la part d’un artiste qui est toujours resté « à part » et ne s’est jamais vraiment fondu dans le milieu artistique. Situation d’isolement qu’il évoquait lui-même en ces termes : « Ah, cette grande famille des acteurs… Je m’y sens parfois si décalé, n’ayant pas du tout l’esprit blagueur, pas le moindre goût pour la grosse farce, au point de me sentir parfois très mal à l’aise. J’ai toujours eu horreur du copinage entre les comédiens, de ce rire franc et massif qui peut réunir les uns et les autres sur un tournage. »

Michael Lonsdale restera pour toujours ce comédien extraterrestre, cet acteur venu d’ailleurs qui semblait incarner une certaine condition humaine tout en posant un regard extérieur sur elle, comme s’il ne lui appartenait pas vraiment. Et sans doute faut-il voir là le véritable secret de son génie.

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Michael Lonsdale en dates

24 mai 1931 Naissance à Paris

1966 Interprète de la pièce « Comédie » de Samuel Beckett

1968 Interprète de la pièce « L’Amante anglaise » de Marguerite Duras

1975 Acteur dans le film « India Song » de Marguerite Duras

1979 « Moonraker » de Lewis Gilbert

1986 « Le Nom de la rose » de Jean-Jacques Annaud

2010 « Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois

2012 « Gebo et l’ombre » de Manoel de Oliveira

21 septembre 2020 Mort à Paris

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21 septembre 2020

François Truffaut à propos de Julie Christie

julie

« Julie Christie, pour moi ? D'abord une bouche ahurissante même sur son visage : une immensité... Julie est un cocktail d'imperfections fascinantes : un visage assez animal de louve, avec un corps de petite fille. Il faut ajouter sa voix, un peu en contradiction avec son physique.

Comme si elle avait bu 1800 whiskies, ce qui n'est pas vrai. Elle ne fume pas, ne boit pas, mais elle se ronge les ongles. Son physique est fait de contradictions (...) Julie, je l'ai rencontrée à Londres... La première mini-jupe que j'aie vue. Ce n'était pas courant alors : j'ai pensé qu'elle était un peu folle... En fait, elle ne faisait que précéder la mode. »

François Truffaut - Le plaisir des Yeux (Cahiers du cinéma) #juliechristie #francoistruffaut

19 septembre 2020

Couvrez ce nombril que le bahut ne saurait voir

tenues

lolita

Par Virginie Ballet — Libération

Collégiennes et lycéennes se mobilisent depuis lundi pour revendiquer le droit de porter jupes, crop-tops et décolletés. En cause : le flou juridique permettant à certains établissements d’interdire des tenues jugées provocantes.

Il est encore un peu tôt dans l’année scolaire, voire dans leur cursus, pour plancher sur le bac philo. Pourtant, depuis le début de la semaine, nombre de collégiennes et lycéennes ont entrepris de décortiquer d’épineux concepts. Qu’est-ce que la décence ? Et la norme ? Quid de la liberté ? Ces idéaux s’appliquent-ils de la même manière selon les sexes ? Lundi, des élèves se sont mobilisées partout en France pour revendiquer le droit d’arborer jupes, crop-tops (petits hauts qui dévoilent le nombril), shorts et autres tenues légères, à grand renfort de hashtags sur les réseaux sociaux (#Balancetonbahut, #Lundi14septembre), de pétitions, ou encore de storys Instagram et vidéos TikTok. En cause : des règles qui interdisent, dans plusieurs établissements, le plus souvent exclusivement aux filles, de dévoiler épaules, nombril et décolleté. De Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) à Dax (Landes), en passant par Paris et la Réunion, ces normes jugées aléatoires et sexistes suscitent une vague de ras-le-bol.

Grands principes

Ce n’est pas la première fois que cette thématique fait irruption dans le débat public : en octobre 2019, en Isère, une élève de troisième avait fait l’objet d’une procédure disciplinaire pour un débardeur jugé «provocant». Au début des années 2000, c’était la mode du string dépassant des pantalons qui mettait le feu aux poudres. Auparavant, les survêtements et pantalons baggy révélateurs de caleçons s’étaient retrouvés dans le viseur. Il faut dire qu’un certain flou règne dans les textes : depuis la loi de 2004 sur les signes religieux dans les écoles publiques, «le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit». Le reste est de la compétence du règlement intérieur propre à chaque établissement. Elaboré en collaboration entre direction, représentants de parents d’élèves, et personnels élus, voté en conseil d’administration puis transmis au rectorat, il exige souvent une «tenue correcte», notion souvent laissée à l’appréciation des personnels éducatifs.

Le ministère de l’Education nationale fournit toutefois quelques lignes directrices, sous la forme de grands principes tels que «la liberté d’expression», «le devoir de tolérance» ou encore «les garanties de protection contre toute agression physique». Dans une tentative de clarification maladroite, le ministre Jean-Michel Blanquer en a appelé lundi «au bon sens» et estimé que «les chefs d’établissement sont évidemment dans leur rôle à faire respecter des tenues normales, tout simplement». Encore faudrait-il expliciter «tenues normales»…

Pétition

Retour au bac philo. «Lundi, alors qu’il faisait 35 degrés, on m’a demandé de mettre un pull, parce que je portais un débardeur à fines bretelles, jugé vulgaire, s’insurge Shana, en quatrième dans un collège privé catholique de Lille (Nord). Les mecs ont droit à tout, y compris les shorts au-dessus du genou. Les profs mettent des jupes, et nous, on nous prive de plein de choses, soi-disant à cause des garçons !» Au-delà de sa tenue à l’école, Shana rêve que «filles et garçons soient égaux. Pourquoi un garçon ne pourrait pas lui aussi mettre un crop-top sans se faire insulter ? Pourquoi on se fait traiter de pute dans la rue l’été ? Pourquoi on change de trottoir parce qu’on a peur ?»

Isis, 17 ans, en terminale dans un lycée de Carrières-sur-Seine (Yvelines), a lancé une pétition pour «le droit au crop-top au lycée». Elle y voit «un symbole de la sexualisation du corps des femmes dans la société. Ce que dit Blanquer, c’est le signe que moins on voit notre peau, mieux c’est pour eux». Isis espère que la mobilisation permettra, «même si c’est un peu utopique», de sensibiliser les garçons sur le respect, les violences sexistes et sexuelles, le harcèlement de rue et la culture du viol. «Il reste encore un pourcentage dingue de Français pour qui la tenue d’une femme est une circonstance atténuante pour l’agresseur», se désole-t-elle. De fait, selon un sondage de juin 2019 (1), pour 42 % des Français, la responsabilité d’un violeur est atténuée si la victime a une attitude jugée provocante en public.

Pour Isis, la clé, c’est l’éducation. Mais au cours de sa scolarité, la jeune fille n’a reçu que deux heures de sensibilisation à l’éducation sexuelle, et si la notion de consentement a été abordée, «rien sur le respect dans l’espace public». Ce constat rejoint les résultats d’une enquête de 2016 du Haut Conseil à l’égalité, selon laquelle 4 % des collèges et 11,3 % des lycées ne respectent pas l’obligation (légale depuis 2001), de dispenser de telles séances. «On milite depuis longtemps pour mettre en place un brevet de la non-violence obligatoire à l’école, sur le modèle de la sécurité routière, et pour que soient renforcées les formations des personnels de l’éducation sur ces questions. C’est plus vrai que jamais», martèle Madeline Da Silva, du mouvement #NousToutes. Pour elle, la mobilisation en cours est le signe que «l’héritage de la pensée #MeToo rentre dans la société, imprègne une jeune génération qui se l’approprie dans son quotidien».

«Poids des réseaux»

Interrogée par Libération, Elisabeth Moreno, ministre déléguée à l’Egalité entre les femmes et les hommes, souligne que «les femmes ont mis des siècles à pouvoir s’affranchir de codes vestimentaires. Cette liberté conquise de haute lutte n’a pas de prix». Tout en insistant elle aussi sur «l’enjeu d’éducation des jeunes garçons», la ministre estime que se pose aussi «la question du poids des réseaux sociaux qui assignent parfois des jeunes à des diktats de beauté, de mode et qui peuvent créer des complexes et de l’isolement».

Lily Rose, 15 ans, en première au lycée Bellevue de Saintes (Charente-Maritime), a à l’inverse trouvé beaucoup de soutien sur ces réseaux, où sa lettre ouverte contre l’hypersexualisation des corps féminins, qui entraîne dans son lycée l’interdiction de se passer de soutien-gorge, a été très partagée. «A notre époque, alors que des voix courageuses se lèvent et parlent, alors que des femmes exemplaires se battent pour nous, on continue d’éduquer les nouvelles générations dans un contexte de culture du viol», écrit-elle. Elle précise ne pas vouloir «attaquer directement l’administration ou les profs, mais le système» responsable de leur mode de pensée. On ne sait pas sur la philo, mais sur la lutte contre le patriarcat, elle pourrait rafler un 20/20.

(1) Sondage Ipsos pour l’association Mémoire traumatique et victimologie réalisé sur 1 000 individus représentatifs de la population française de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

18 septembre 2020

Polémique Polanski : «Roman», le livre qui associe le cinéaste au Diable

rheims nathalie

Quitte à se brûler, l’écrivaine Nathalie Rheims s’apprête à publier «Roman», un essai fouillé sur l’œuvre et la personnalité du cinéaste. Le tout sous l’œil du Diable.

 En voyant la cérémonie des Césars, Nathalie Rheims a vu en Roman Polanski « son Faust », personnage de contes du XVIe siècle, qui a pactisé avec le Diable.

Par Pierre Vavasseur

Sur la couverture, l'image d'un bouchon d'encrier qui représente la figure du Diable. Et puis ce titre : « Roman »… Comme un roman? Non, comme le prénom. Celui du cinéaste Roman Polanski. Mercredi prochain, le 23 septembre, sortira en librairie le 21e livre de Nathalie Rheims (éditions Léo Scheer, 200 pages, 16 euros) et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il va faire parler. L'autrice de « Lettres d'une amoureuse morte » a toujours préféré la discrétion aux coups d'éclat.

Mais un soir de ce début d'année, tandis qu'elle regardait par hasard à la télévision une rediffusion de la cérémonie des Césars, l'écrivaine est sortie de ses gonds en entendant l'acteur Jean-Pierre Darroussin, chargé de remettre le prix de la meilleure adaptation, écorcher avec une moue de mépris le nom du lauréat : Roman Polanski pour « J'accuse » (NDLR : l'acteur a plaidé la maladresse depuis).

« Je l'ai pris en pleine figure. J'ai trouvé ça terrifiant. Moi je ne suis pas juge. Je ne suis pas la Justice. Or il y a aujourd'hui une justice des hommes qui condamne en première instance. Il (NDLR : Darroussin) savait qu'il y avait une chance sur quatre pour que ce nom sorte. Quand on joue à la roulette russe, il ne faut pas avoir peur de se prendre une balle dans la tête. Il aurait dû le dire, ce nom, puisqu'il était là pour ça. Ou alors il ne fallait pas venir ! J'ai trouvé ça lâche et tellement significatif de ce monde qui veut toujours se montrer sous un jour parfait et n'étaler que ce qu'on a envie de montrer de soi. L'être humain est beaucoup plus complexe que ça. »

A cette époque, la fille de l'académicien Maurice Rheims, sœur de la photographe Bettina Rheims et qui partagea les dix dernières années de la vie de Claude Berri, n'en finissait pas de vivre un confinement imposé deux ans plus tôt par une greffe du rein et deux mois de coma. De cet enfer balisé par les dialyses elle se remet encore doucement, patiemment, et a dans ses projets d'écrire sur le Diable, « qui me fascine » dit-elle.

L'incendie qui a frappé Notre-Dame l'a alors sidérée. « Je me suis dit que Diable était en train de prendre le pouvoir sur notre monde. En tout cas, sur un plan romanesque ça pouvait tenir. » Mais il lui manquait « son Faust ». Un personnage, sur Terre, en lien avec le Démon. « Et là, devant ma télévision, je me dis, le voilà, c'est lui mon Faust. C'est Polanski ! Il est là ce personnage sur lequel toute l'époque se cristallise au prisme de ce qui se passe dans cette cérémonie. A partir de là je fais le pari, fictionnel, qu'il y aurait un pacte passé entre le Diable et lui. Si on revoit ses films, et je les ai tous revus – je me suis aussi plongée dans son autobiographie où j'ai tout appris parce que je ne savais rien de lui – le Diable est tellement présent dans son œuvre… »

«Je n'aurais pas pu faire ce livre si je l'avais rencontré»

Inutile de chercher des atomes crochus entre Nathalie et Roman. « Nous avons dû nous croiser deux ou trois fois dans un restaurant lorsque j'étais avec Claude Berri. Claude avait produit Tess, et monter le film avait été difficile. Il avait moyennement apprécié que Roman soit allé ensuite se faire produire ailleurs. Toujours est-il qu'il ne m'a jamais dit bonjour. J'ai toujours eu l'impression d'être une chaise vide et qu'il laissait dans son sillage un courant d'air glacial. De toute façon, je n'aurais pas une seconde pu faire ce livre si je l'avais rencontré parce que ça aurait tout faussé. »

17 septembre 2020

Incendies : “Ça finira par se refroidir” - en Californie, Trump sort de nouveau la carte du déni climatique

trump refroi

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

Le président américain a balayé lundi d’une phrase les inquiétudes sur le réchauffement lors d’une visite en Californie, en proie comme toute la côte ouest des États-Unis à des incendies d’une ampleur historique. Ces feux ont injecté la question du changement climatique dans une campagne dominée jusqu’ici par la pandémie, l’économie et la justice raciale, note la presse américaine.

Sa petite phrase choc a été reprise en boucle lundi par tous les médias américains. “Ça va se refroidir”, a lancé Donald Trump à un journaliste qui l’interrogeait sur le rôle joué par le changement climatique dans les incendies.

Le président américain a “profité de sa visite” dans la région de Sacramento, en raison des immenses feux de forêt qui ravagent la Californie, pour “remettre en question le consensus scientifique selon lequel le réchauffement de la planète est une cause majeure de ces incendies destructeurs”, note le Washington Post.

Le candidat démocrate Joe Biden s’est au même moment déchaîné contre son rival en le qualifiant de “pyromane du climat”, lors d’un discours en plein air à Wilmington, dans l’État du Delaware où il habite. “Ces visions contraires de la question climatique se sont retrouvées en pleine lumière médiatique lundi, alors que l’avion du président américain atterrissait à Sacramento”, raconte le Mercury News.

Le réchauffement, grand oublié de la campagne

Pour le Washington Post, les feux “ont directement injecté la question du changement climatique dans une campagne présidentielle dominée jusqu’à présent par la pandémie, l’économie chancelante, les manifestations pour la justice raciale et la question des capacités de leadership des deux candidats”. Mais “le réchauffement de la planète et son impact sur la vie quotidienne sont désormais difficiles à ignorer”, conclut le quotidien américain.

“Trump qui a, par le passé, qualifié le réchauffement climatique de canular, s’est très peu exprimé au sujet des dizaines d’incendies qui ont déjà brûlé 1,2 million d’hectares en Californie, tué au moins 20 personnes et recouvert l’État de fumée”, rappelle le San Francisco Chronicle. La semaine dernière, il a brisé son silence lors d’un meeting de campagne dans le Nevada en jugeant que les feux étaient entièrement la conséquence d’une “mauvaise gestion forestière”.

57 % des forêts en Californie appartiennent à l’État fédéral, 3 % seulement au Golden State

“Certes, la Californie et d’autres États de la côte ouest pourraient faire beaucoup plus pour rendre les forêts plus résilientes face au feux. Mais comme l’a rappelé lundi le gouverneur Gavin Newsom, le gouvernement fédéral possède 57 % des forêts en Californie, contre 3 % seulement pour le Golden State, et le reste est privatisé”, note le comité de rédaction du Los Angeles Times, dans un éditorial.

“Malgré ce déséquilibre”, le gouverneur démocrate a aussi précisé que la Californie dépensait “cinq à six fois plus” que le gouvernement fédéral dans la lutte contre les incendies et la foresterie. “C’est donc au gouvernement fédéral d’en faire beaucoup plus”, “en partenariat avec les États et les propriétaires fonciers”, souligne les journalistes du Los Angeles Times.

“Mais au-delà de ça, l’approche myopique de Trump consistant à se concentrer sur la gestion des forêts passe à côté du plus gros problème”, conclut le quotidien californien. “Le réchauffement climatique est indéniablement la cause de l’aggravation des feux”.

Noémie Taylor-Rosner

17 septembre 2020

Explosion à Brest....

bombe brest

Un grand boum attendu en rade de Brest...

Article de Didier Déniel

Une mine marine allemande de 970 kg, immergée depuis plus de 70 ans dans le port de Brest, va être détruite ce mardi. Cette opération délicate a été confiée aux démineurs de la Sécurité civile et au groupe des plongeurs démineurs (GPD) de la Marine nationale.

Cette mine a été retrouvée par des plongeurs, effectuant des relevés techniques, en plein cœur du port de commerce de Brest, fin août. D’après nos informations, l’engin de 970 kg - 815 kg d’explosifs équivalent TNT - repose par plusieurs mètres de fond, dans la vase, à proximité des quais, dans la partie la plus occidentale du port de commerce. « Cela fait donc plus de 70 ans qu’elle est là. On peut dire que certains marins ont eu de la chance. Avant d’équiper les plus gros bateaux de propulseurs d’étrave, il était d’usage de mouiller une ancre pour se rapprocher au mieux des quais. Des ancres qui pouvaient peser cinq tonnes et qui auraient pu, en la frappant, déclencher le détonateur », souligne un fin connaisseur de la vie maritime.

Immergée dans le port

Plusieurs plongées ont ensuite été réalisées, du 24 au 28 août, autour de la mine. « Elles ont permis de définir le mode opératoire le mieux approprié pour traiter cette munition en toute sécurité », expliquent les préfectures maritime et du Finistère.

Cette munition ne sera pas neutralisée à quai, à l’air libre comme le sont la plupart des explosifs retrouvés. Car son état, extrêmement dégradé, empêche toute intervention humaine sur le déclencheur mais aussi un long déplacement hors de la rade. Il se peut aussi que l’enveloppe de la bombe ait été considérablement altérée par l’eau de mer qui a pu s’infiltrer et rentrer en contact avec la poudre, rendant l’engin inoffensif. « Nous ne retenons jamais ce scénario, explique-t-on en préfecture maritime. Nous partons toujours du principe qu’un engin peut exploser ».

Les experts ont conclu qu’il était préférable de remorquer l’engin, du port jusqu’à une zone située au sud de la ville, entre la pointe des Espagnols et le bout de la presqu’île de Plougastel-Daoulas. C’est l’équipe de la Sécurité civile qui aura en charge les opérations de relevage de l’engin dans le port et de son remorquage en rade. Puis, le GPD Atlantique prendra la relève pour l’amener sur zone et procédera alors à sa destruction sous l’eau, en y fixant une charge explosive. L’onde de l’explosion pourrait être ressentie par les riverains. Des mesures d’effarouchement acoustique seront prises afin d’écarter les mammifères marins.

Des périmètres de sécurité à terre et en mer

Toute activité nautique de loisir (kayak, plongée, planche à voile, baignade etc.) sera interdite sur une vaste zone de la rade, de 14 h 30 à 20 h 30. Les bateaux de commerce, eux, devront s’écarter à plus de 1 500 m du contre-minage. Les bateaux de plaisance et de pêche seront tenus de respecter une distance de 720 m autour de l’engin. Au port de commerce, un périmètre de sécurité d’un rayon de 360 m sera délimité dans lequel toute circulation sera interdite de 14 h à 18 h. Les bateaux se trouvant à quai à proximité de la mine seront tenus de quitter le bassin, le temps des opérations de remorquage. « Le fonctionnement du port, chargement ou déchargement, ne sera pas affecté, précise la capitainerie. Nous avons eu le temps de tout planifier pour ne pas que ces activités soient impactées ».

C’est la première fois qu’un explosif d’une telle puissance est retrouvé à Brest. D’habitude, ce sont des bombes américaines ou anglaises de la Seconde Guerre mondiale qui sont mises régulièrement au jour, la ville ayant fait l’objet d’intenses bombardements alliés pour venir à bout des installations des Allemands qui avaient fait main basse sur le port et d’autres infrastructures.

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12 septembre 2020

Brexit : la fuite en avant de Boris Johnson

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Le 31 janvier, Boris Johnson prononçait un discours signant le départ officiel du Royaume-Uni de l’Union européenne. Après 17 196 jours et quarante-sept ans, il lui disait «bye bye», souhaitant «que ce jour marque le début d’une nouvelle ère de coopération amicale entre l’UE et un Royaume-Uni énergique».

Huit mois plus tard, le paysage ressemble à un champ de ruine. Etape après étape, Boris Johnson et son gouvernement ont sapé la confiance et la bonne volonté des Européens. Le message posté jeudi soir sur Twitter par Andreas Michaelis, ambassadeur allemand à Londres, en disait long sur la frustration européenne. «En plus de trente ans comme diplomate, je n’ai jamais expérimenté la détérioration si rapide, intentionnelle et profonde d’une négociation.»

Evidemment validé par Berlin qui occupe la présidence tournante de l’UE, le signal est clair : «Ça suffit, il est temps de redevenir sérieux», résume une source diplomatique. Jusqu’ici, les Britanniques ont toujours pensé qu’Angela Merkel était plus conciliante que les Français et serait toujours prête à arrondir les angles. Ce n’est plus le cas. Les conséquences précises de la décision britannique d’introduire et de voter, à marche forcée, une loi prévoyant de fait la possibilité de violer des traités internationaux sont encore incertaines. Mais Johnson a franchi un nouveau cap dans l’outrance, provoquant la fureur et une profonde incrédulité à l’étranger. L’UE a demandé le retrait des articles contentieux de la loi. Michael Gove, ministre en charge du Brexit, a catégoriquement refusé. Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants aux Etats-Unis, a exclu tout futur accord de libre-échange si le gouvernement britannique revenait sur l’accord du Brexit et le protocole nord-irlandais.

Le malaise est présent aussi au Royaume-Uni, y compris au sein du Parti conservateur. Comment un Premier ministre, membre du parti tory, pour lequel l’Etat de droit et la primauté du marché sont cardinales, en est-il arrivé à assumer de ne pas respecter ses engagements internationaux ? Les réactions outrées de Theresa May, de John Major ou de ministres conservateurs se sont multipliées. «Comment pouvons-nous accuser la Russie, la Chine ou l’Iran d’une conduite en dessous des standards internationaux si nous montrons nous-mêmes un tel dédain pour nos obligations contenues dans des traités ?» s’est indigné Michael Howard, chef des Tories.

Officiellement, les négociations avec l’UE pour un éventuel accord de libre-échange se poursuivent. Une nouvelle session est prévue la semaine prochaine à Bruxelles. Mais que se diront les négociateurs alors que les questions qui coincent - pêche, conditions de concurrence et gouvernance - n’ont pas avancé d’un iota ? Et que le vote de la loi sur le marché intérieur est attendu en milieu de semaine ? Dans cette fuite en avant, jusqu’où ira Boris Johnson ? Et jusqu’à quand ?

12 septembre 2020

La Belgique à l’honneur au Bon Marché Rive Gauche dans une expo gigantesque

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Si la rentrée te donnait matière à déprimer, voilà de quoi te remonter le moral instantanément. Le Bon Marché Rive Gauche et La Grande Epicerie de Paris posent leurs valises en Belgique avec une nouvelle exposition entièrement dédiée au plat pays, avec un plongeon dans l'univers de la BD, de l'humour, une sélection de produits 100% belges de plus d'une centaine de marques de mode, de design ou de food... et une programmation artistique, musicale et culturelle unique. On fonce.

Après le Japon, le Brésil ou encore Los Angeles, c’est désormais aux couleurs de la Belgique que se pare Le Bon Marché Rive Gauche. Et qui dit Belgique, dit humour, chocolat, BD, bière, et même Stéphane de Groodt, autant de spécialités belges qui sont au rendez-vous, évidemment. Pendant plus d'un mois, le grand magasin se transforme en une véritable exposition géante avec plus d'une centaine de marques de mode, de design ou de food invitées à présenter des produits sourcés en Belgique. De la beauté, de la mode femme, homme ou enfant avec Sea me happy, Essentiel Antwerp, Suspicious, Arte ou Bellerose, Simple Kids, Kidywolf ou encore Bonjour Maurice, au lifestyle avec des lunettes et montres Komono, vélos Achielle, skates inédits signés The Skateroom, tee-shirts de Joh Clothing qui font référence à l'amour des Belges pour le cyclisme, des produits Magritte, en passant par des chocolats cocréés avec Romeo Elvis, une offre de bières belges, et même un bar à chocolat signé Pierre Marcolini. Prêt à vivre au rythme de la Belgique ?

Une expo aux couleurs de la Belgique

Tous ces pop-up aux couleurs du plat pays montrent son réel art de vivre. Et comment parler de ce pays sans évoquer ses spécialités culinaires à se damner ? Pour l'occasion, rendez-vous à La Grande Epicerie de Paris et au Bon Marché Rive Gauche pour déguster les meilleures gaufres liégeoises (uniquement dispo à La Table), les délicieuses bières artisanales, les spéculoos légendaires de la Maison Dandoy, les bonbons de la confiserie familiale Joris, bref, c'est la promesse d'un aller-retour immédiat pour notre palais. On en salive.

Pour prolonger l'immersion, l'exposition est aussi un véritable saut dans l'univers de la BD, art à part entière en Belgique. Du Marsupilami à Largo Winch, de Gaston Lagaffe aux Schtroumpfs, les héros belges prennent d'assaut Le Bon Marché Rive Gauche et La Grande Epicerie de Paris et s'accaparent les escalators, les vitrines, les stands... Et sont même déclinés en produits inédits et en objets d'art ! Et pour les accompagner, les jeux de mots de Stéphane de Groodt, invité d'honneur, se fraient un chemin sur les vitrines et sur une sélection d'objets. Plaisir garanti.

Ne manquez surtout pas l'espace Brocalabelge, entièrement pensé comme une brocante avec une offre vintage et particulièrement alléchante de mobilier venant tout droit de Belgique et de Hollande. Meubles, luminaires, vaisselle, tout y est !

Une programmation éclectique

Pour accompagner l'exposition, Le Bon Marché Rive Gauche frappe fort une fois de plus avec une programmation aux petits oignons. Pendant plus d'un mois, des évènements, masterclass, ateliers cuisine ou encore dédicaces se relaient pour notre plus grand plaisir. On commence fort avec une masterclass autour de la bière le 10 septembre avec les maîtres brasseurs du Brussels Beer Project, pour découvrir les secrets de la bière autour d'un cours de zythologie et apprendre à réaliser une pâtisserie à base de bière avec le chef pâtissier de La Grande Epicerie de Paris. Les plus petits, eux, vont adorer le cours de cuisine pour enfants, dont le thème est le trompe l’œil gaufre/pizza, le 26 septembre (déjà victime de son succès - et oui, chaque évènement dispose de place limitées. On ne tarderait pas à votre place !).

Le voyage se poursuit avec des dédicaces d’auteurs belges. Fabrice Armand et Medhi Dewalle, auteurs de la Minute Belge, seront présents le 26 septembre, Miguel Diaz, auteur des Schtroumpfs, le 3 octobre… Pour faire signer ton exemplaire préféré de Boule et Bill ou du Marsupilami, c’est maintenant ou jamais ! Et ce n'est pas tout, de nombreuses autres surprises et évènements sont encore à venir... Restez à l'affût !

Plus d’infos

"Il Etait Une Fois La Belgique" jusqu'au 18 octobre 2020 au Bon Marché Rive Gauche

Retrouvez le Bon Marché Rive Gauche sur Instagram

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9 septembre 2020

Récit - Au procès des attentats de janvier 2015, les mots des survivants, remplis de morts

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Par Henri Seckel, Pascale Robert-Diard - Le Monde

Avec force, douleur, tendresse, détresse et même humour, ces femmes et hommes ont témoigné, mardi, devant la cour d’assises spéciale de Paris.

Seuls comptent leurs mots. Le miracle de ces mots prononcés par des femmes et des hommes debout, là, parmi nous, au milieu du prétoire de la cour d’assises spéciale de Paris, mardi 8 septembre. Des survivants, des revenants, avec leurs mots qui disent l’horreur en sujet verbe complément. Avec force, douleur, tendresse, détresse et même drôlerie. Oui, aussi la drôlerie. Avec leur souffle qui cogne si fort dans le micro quand les mots jaillissent et leurs silences suspendus quand ils ne viennent plus.

Pour chacun d’eux, Corinne Rey, Angélique Le Corre, Sigolène Vinson, Laurent Léger, Cécile Thomas, Gérard Gaillard, s’ajoute la culpabilité du survivant. La seconde où l’un s’est jeté sous une table, où un autre s’est laissé glisser, un troisième a reculé, une quatrième a eu peur plus tôt et a eu le temps de disparaître, un cinquième n’a pas été repéré, une sixième a été épargnée. Le hasard qui a fait que ce jour-là, Cécile Thomas a changé de place pendant la conférence de rédaction parce que sa chaise, au deuxième rang, juste derrière Elsa Cayat, était coincée contre le mur et qu’elle est allée s’installer un peu plus loin, à l’extrémité de la salle de rédaction. La volonté des deux terroristes qui ont écarté Angélique Le Corre – « Toi, tu restes là » – quand ils ont remonté l’escalier en prenant Corinne Rey en otage. L’échange de regards entre Cherif Kouachi et Sigolène Vinson, qui a fait baisser son arme au terroriste et lui a fait dire « On ne tue pas les femmes », alors qu’il venait de tirer sur Elsa Cayat assise autour de la table avec les autres. Le réflexe de Laurent Léger qui s’est recroquevillé sous un bureau.

En les appelant tour à tour à la barre, le président Régis de Jorna avait dit maladroitement : « Nous entendons aujourd’hui les témoins qui n’ont pas été blessés dans l’attentat du 7 janvier. Nous entendrons demain les blessés. »

« Victimes sans blessure apparente », selon les mots de Cécile Thomas, ils sont survivants, mais remplis de morts. Sur son bras gauche, Corinne Rey s’est fait tatouer la baleine de Moby Dick, entourée de barques. « Et dans les barques, il y a douze personnes. Frédéric Boisseau [le technicien de maintenance qui est le premier tué au 10, rue Nicolas-Appert] et Ahmed Merabet [le policier abattu dans la rue après la fusillade chez Charlie Hebdo] y sont. En faisant ça, je me suis dit que c’était une cicatrice qui allait quitter ma tête pour aller dans mon avant-bras. Ce tatouage me constitue autant que la couleur de mes yeux, la carnation de ma peau. Il fait partie de moi », dit-elle.

Ils nous racontent ces secondes, leur éternité, où Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, Elsa Cayat, Mustapha Ourrad, Bernard Maris, Franck Brinsolaro et Michel Renaud, ont perdu la vie. Ils parlent mais eux revoient. Nous écoutons, ils revivent. Toute la violence de ces dix heures de témoignages est dans cette infranchissable distance.

Corinne Rey, dite Coco

Arrivée pour un stage de dessin à Charlie Hebdo en 2007, Corinne Rey y est revenue après ses études en 2008, comme pigiste. « Je voulais juste dessiner et quand j’ai rencontré cette rédaction, ça a été comme une révélation. C’est bizarre ce mot pour une athée comme moi », dit-elle. Elle dessine toujours pour le journal. Elle a 38 ans.

Ce 7 janvier j’ai déposé ma fille à la crèche, je suis passée chez Franprix acheter un paquet de galettes parce qu’il y a beaucoup de gourmands autour de la table, et je suis arrivée rue Nicolas-Appert. C’était une rue où les gens amenaient leur chien faire caca, c’était la rue idéale pour faire ça tellement c’était désert.

Quand je suis arrivée, Simon Fieschi s’affairait, j’ai chambré Tignous parce qu’il était un peu en avance, Charb dessinait déjà. Cabu discutait avec ses deux invités [Michel Renaud et Gérard Gaillard] qui lui avaient apporté un jambon. La réunion a commencé. On parlait du livre de Houellebecq [Soumission] qui faisait la couverture ce jour-là, et de ces jeunes qui partaient faire le djihad en Syrie. Il y a eu un débat entre Tignous et Bernard Maris sur le sujet. La réunion allait se terminer, je devais partir chercher ma fille à la crèche à 12 h 30. J’étais installée entre Honoré et Tignous, j’ai mis ma main sur l’épaule de Tignous et je suis partie discrètement. Je suis allée chercher Angélique pour lui demander de descendre fumer une cigarette avec moi.

Je sais pas si c’est le choc, mais dans ma tête, les terroristes sont arrivés au moment où on sortait de l’immeuble. Or, ils sont arrivés quand on était dans la cage d’escalier. Ils ont surgi du couloir en m’appelant « Coco ! Coco ! ». J’étais stupéfaite. Ça a été d’une fulgurance dingue. L’un m’a immédiatement attrapée par le bras pour me pousser dans la cage d’escalier, l’autre a repoussé Angélique en lui disant : « Toi tu restes là ! » Dans l’escalier, l’un des deux hommes s’est mis juste derrière moi avec sa kalachnikov. Charb dessinait tellement bien les armes que je savais que c’était une kalachnikov. On a monté les escaliers, ils m’ont dit : « On veut Charlie Hebdo, on veut Charb. » J’ai ressenti une détresse absolue.

J’étais incapable de réfléchir, j’ai poussé une porte, mais on n’était pas au bon étage. Je me suis rendu compte de mon erreur et, pensant que ça me serait fatal, je me suis mise comme ça [elle s’accroupit, les mains au-dessus la tête] en disant : « Pardon pardon, je me suis trompée d’étage. » Ils m’ont dit : « Pas de blague, sinon on te descend ! » J’ai fait demi-tour, ils m’ont suivie avec leurs armes. [Silence] C’était l’effroi en moi. Ils ont dit : « Vous avez insulté le prophète, on est Al-Qaida Yémen. » Nous sommes montés au deuxième étage. Ils disaient : « On veut Charb, on veut Charb. »

J’ai eu une pensée fulgurante pour ma petite fille, j’étais dans la détresse la plus totale. Dévastée. J’ai avancé vers le code et je l’ai tapé. Je sentais l’excitation des terroristes, ils avaient atteint leur but. L’un d’eux m’a poussée à l’intérieur de la rédaction, j’ai avancé comme un automate, tout droit. J’ai entendu un tir, j’ai vu Simon tomber de son siège. Ma première pensée, absurde, ça a été de me dire : « C’est nul, le bruit d’une arme. Tac. Tac. »

J’ai entendu Luce [Lapin] dire : « Qu’est-ce que c’est ça, c’est des pétards ? » La porte de la rédaction était fermée, personne ne pouvait voir ce qui se passait à quelques mètres. J’ai couru vers le bureau de Riss pour me cacher dessous, un terroriste est rentré dans la salle de réunion, j’ai entendu des bruits de chaise, tout le monde qui se levait, puis des tirs saccadés. Ils ont dit : « Allah Akbar, on a vengé le prophète. »

Après les tirs, il y a eu silence, un silence de mort. Et puis ils sont partis. J’ai entendu des tirs beaucoup plus lointains. Je me suis dit qu’il fallait que j’aille voir.

Je suis sortie de ma cachette et j’ai vu un homme à terre. Je me suis penchée. C’était Mustapha [Ourrad], il avait les yeux ouverts, mais cette expression, c’était tellement pas lui que je ne l’ai pas reconnu tout de suite. J’ai dit : « Mustapha, Mustapha ! », mais il ne bougeait plus, le sang était déjà comme une pâte marron.

J’ai vu Jean-Luc [un graphiste du journal] et Eric [Portheault, directeur administratif et financier] sortir de leur cachette. J’ai vu Franck [Brinsolaro, le garde du corps de Charb] à terre dans beaucoup de sang, lui aussi. Et puis j’ai vu l’étendue du massacre dans la rédaction. J’ai vu les jambes de Cabu, je l’ai reconnu parce que des miettes de pain sortaient de son manteau, et qu’il mange des tartines pendant la réunion. J’ai vu les jambes d’Elsa [Cayat], elle ne bougeait plus. J’ai vu Charb, le côté de son visage, qui était d’une pâleur extrême.

J’ai vu Riss, il était blessé. J’ai dit : « J’aimerais t’aider mais je sais pas faire un point de compression, j’ai peur de te faire mal. » J’avais pris des cours de secourisme un an avant, mais là c’était tellement la détresse que je n’ai plus rien su. Riss m’a dit : « T’inquiète pas Coco. » Sigolène [Vinson] est venue, elle m’a dit : « Il y a Philippe [Lançon] au fond de la salle, j’arrive pas, vas-y si tu peux. » J’ai enjambé Charb, puis des jambes qui étaient vraisemblablement celles de Tignous et d’Honoré, et quand j’ai vu Philippe, j’ai pensé : « Il n’a plus de visage. »

C’est fou, mais je savais que ce n’était pas un point vital et j’ai pu garder un peu de sang-froid. Il avait un os de la main cassé, il a essayé de m’écrire des choses je crois. Que j’appelle sa mère, son frère. C’est vraiment étrange, comme coup de téléphone : « Allô, il y a eu un attentat à Charlie Hebdo, votre fils est vivant. Il est à côté de moi. » J’entends sa mère qui ne sait pas si c’est vrai, pas vrai. Un peu brutalement, je lui dis : « Votre fils est vivant, mais il est défiguré. » C’est ce que j’ai trouvé pour pouvoir lui faire entendre des choses.

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Patrick Pelloux est arrivé, il a crié : « Charb ! Charb, mon frère ! » et il s’est mis à côté de lui. Les pompiers sont arrivés à ce moment-là. Et puis, et puis voilà.

Les menaces, on les connaissait mais on ne les entendait pas trop. On faisait un journal. On était là pour faire rire. C’est le talent qu’on a assassiné ce jour-là. L’intelligence. Des gens d’une extrême gentillesse, qui avaient une manière d’être drôles. C’est pas facile d’être drôle. Toute cette rédaction était à la fois joyeuse et sérieuse.

Après, comme un réflexe de défense, j’ai voulu dessiner et m’occuper l’esprit le plus possible. Ça me crevait le cœur de voir qu’en plus, ce journal pouvait s’arrêter à cause de ça. Ce journal, c’était la chose précieuse qui restait. Se remettre à dessiner, refaire le journal, c’était une manière de résister à ce qui s’était passé le 7 janvier. Je n’ai pas été suivie tout de suite sur le plan psychologique. On manquait de dessinateurs, je n’avais pas le temps de faire autre chose que le journal.

C’est difficile de parler de soi devant des gens qui ont perdu un père, un frère. Je n’ai pas été tuée, je n’ai pas été blessée. Je me suis sentie impuissante. Je me suis sentie coupable. Ça a été très dur de traverser ça.

Je n’ai pas pu beaucoup en parler, c’est une solitude extrême, je crois que personne ne peut se mettre à ma place. Parfois, j’aurais aimé qu’on me pose des questions, mais personne ne peut imaginer cette fulgurance, ces armes, ce sang-froid qu’ils avaient. Ils étaient portés par une idéologie, ils voulaient tuer, ça se sentait dans leurs gestes, leur façon de me parler, leur façon de dire « Charb ! ».

Je me suis sentie très longtemps coupable. J’ai travaillé avec un psychologue de « Paris aide aux victimes » que je vois encore régulièrement, et au bout de deux ans, j’allais mieux, suffisamment pour me rendre compte que ce n’est pas moi la coupable là-dedans. Les seuls coupables, ce sont les terroristes islamistes, les Kouachi et leurs complices et ceux qui les ont aidés. Et ceux qui, dans la société, baissent leur froc devant l’islamisme. Si j’ai voulu parler à ce procès, c’est aussi parce qu’il y a un problème de société, et je voulais le dire ici.

Sigolène Vinson

OLIVIER DANGLA POUR LE MONDE

Avocate en droit du travail, elle avait été repérée par Patrick Pelloux qui avait lu un de ses livres et l’avait recommandée à Charb. Il lui avait confié la chronique judiciaire au journal. Après les attentats, elle a quitté Paris et vit dans le sud de la France. Elle a 46 ans.

Le 7 janvier, il faisait froid et gris, et j’aime pas quand il fait froid et gris. J’ai proposé à mon compagnon de passer à la réunion de la rédaction pour qu’il rie, parce que c’est bien de rire en hiver. Finalement, quand on est arrivés boulevard Richard-Lenoir, il m’a dit : « Je vous laisse entre vous. »

J’ai croisé Cécile [Thomas], l’éditrice, j’ai demandé si elle connaissait une boulangerie, parce que c’était l’anniversaire de Luz et je voulais marquer le coup avec autre chose que les chouquettes que j’apportais habituellement. A la boulangerie, il n’y avait plus que du gâteau marbré, je n’ai jamais trouvé ce gâteau joli et bon, mais comme il ne restait que ça, je l’ai pris.

Je suis arrivée à Charlie, dans la cuisine Cabu était hilare avec ses invités, Tignous préparait un café, c’était tellement joyeux. Il m’a réclamé une bise. Charb était à son bureau. La réunion a commencé. Depuis octobre 2012, je n’ai jamais raté une… [elle craque] conférence de rédaction.

Bernard Maris et Philippe Lançon discutaient de Soumission de Houellebecq, ils avaient tous les deux aimé le livre, et voulaient savoir ce qu’on en pensait. Bernard m’a recommandé un livre d’Alexis Corbière, j’ai noté la référence sur le livre de Zola que j’avais avec moi. Et puis on a parlé des banlieues et de certains jeunes qui partaient faire le djihad. Tignous disait qu’il pouvait les comprendre et essayait d’expliquer. Le ton est monté, et comme je n’aime pas le conflit, je suis allée dans la cuisine préparer un café pour Cabu. Quand je suis revenue, Philippe [Lançon] était prêt à partir. Il s’arrête, sort de son sac un beau libre sur le jazz et le montre à Cabu, qui sourit à chaque page.

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Et puis Bernard Maris a dit à Philippe : « Ce serait bien que tu fasses un papier sur Soumisision. » Il a répondu : « J’en ai déjà fait un pour Libé, je peux pas faire une resucée. » Charb a dit : « Oh si Philippe, resuce-nous ! » Et là, on a entendu les premiers coups de feu.

Luce a dit : « C’est des pétards ? » Riss a dit : « C’est un radiateur ? » Moi j’avais compris que c’était des coups de feu. J’ai vu le regard de Charb, je pense qu’il avait compris aussi. Franck [Brinsolaro] s’est levé. Il a dit : « Il ne faut pas bouger de façon anarchique. » Et à ce moment-là, moi, j’ai bougé de façon anarchique.

J’ai senti derrière moi la porte qui s’ouvrait, quelqu’un qui cherchait Charb et disait « Allah Akbar ». Ça tirait, ça tirait. Des coups secs, pas des rafales. J’ai eu très mal dans le dos, j’ai pensé que j’avais été touchée, je suis tombée violemment. J’ai rampé derrière un petit muret du bureau des correcteurs en pensant que les secours viendraient peut-être à temps pour me sauver. Je me suis recroquevillée, et j’ai vu Jean-Luc, le graphiste, recroquevillé aussi, les mains sur la tête.

Le silence s’est fait, un silence de plomb comme j’en avais jamais entendu. J’ai entendu des pas, j’ai compris que le tueur m’avait vue partir et me suivait. Et me suivant, forcément, il est tombé sur Mustapha. J’ai senti le corps de Mustapha tomber comme un fusillé. Le tueur a contourné le muret, il me surplombait, il avait son arme contre mon front. Je crois qu’il a secoué la tête comme s’il sortait d’un mauvais rêve, et qu’il avait l’impression de s’être trompé sur qui j’étais.

Il a mis son arme de côté et a levé le doigt à la place. J’avais accepté de mourir, je pensais que c’était mon tour. Je pensais à mes proches qui seraient tristes que je sois morte comme ça. J’ai pensé qu’une balle dans la tête, c’était très rapide. Quand il s’est penché vers moi, j’ai trouvé qu’il avait le regard doux, des yeux veloutés. J’ai cru qu’il me consolait. Il disait qu’il ne me tuerait pas, et il me demandait de me calmer. Vraiment, je suis désolée d’avoir cru qu’il était doux, mais c’est ce qui m’a semblé.

Il m’a dit que ce que je faisais, c’était mal, mais je ne comprenais pas. J’écrivais des chroniques prud’homales, je défendais toujours les salariés, je me disais que j’étais du bon côté. A un moment je me suis dit que j’allais lui dire ça, en pensant que ça pourrait me sauver, de défendre les salariés.

Et c’est là qu’il me dit qu’il ne tue pas les femmes. Je trouve ça injuste, mais je comprends que s’il ne tue pas les femmes, il tue les hommes, et j’ai toujours Jean-Luc dans mon dos. Je ne quitte pas le regard de Kouachi, je me dis que si Jean-Luc est tué là, dans mon dos, je m’en remettrai pas. Ça n’est pas une pensée altruiste. C’est pas pas pour sauver Jean-Luc, c’est pour me sauver moi.

Ensuite, il me dit que, puisqu’il ne me tue pas, il faut que je lise le Coran. Je n’ai pas le temps de lui dire que j’ai grandi au pied d’un minaret [à Djibouti] et que j’entendais les cinq prières par jour. Il a dit « Al-Qaida Yémen », et moi j’habitais à 3 km du Yémen par la mer, et ça me fait d’autant plus mal. Puis ils s’en vont.

Je me relève. Je vois le corps de Mustpaha, je vois Lila, le cocker roux de Portheault qui passe dans le sang de Mustapha. Il y a un nuage de poudre en suspension, une odeur de poudre très forte. Je passe une jambe par la fenêtre pour m’échapper, mais c’est trop haut pour sauter. Je repasse par-dessus le corps de Mustapha, je vois le corps de Brinsolaro, Tignous, Cabu, Elsa [Cayat]. Très vite, je vois Philippe [Lançon], il a sa joue dans sa main. Il me regarde, avec un regard d’enfant qui a fait une bêtise. Il me dit : « T’as vu ? » Et je voyais, oui.

J’ai vu les corps d’Honoré et de Bernard Maris emmêlés. Maris, ce jour-là portait un costume pied-de-poule que j’aimais pas, je trouvais que la veste et le pantalon, ça faisait trop de pied-de-poule pour un seul homme. J’ai vu des éclats d’os, c’était des paillettes partout qui brillaient. Et de la matière que j’ai identifiée comme de la cervelle. Quelques instants avant, c’était de la générosité, de l’intelligence, de l’humanisme. Parce que l’humour, c’est de l’humanisme, faire comprendre l’économie, c’est de l’humanisme. Je me suis reculée, j’ai enjambé les corps, le corps de Wolinski. J’ai appelé les pompiers, j’ai dit : « Ils ont tous morts », et au fond de la salle, j’ai entendu : « Non, je suis pas mort. » C’était Riss.

J’ai vu le corps de Charb avec sa marinière bleue et rouge, et son visage, c’était comme le passe muraille, il était absorbé par le sol. Comme si le sol avait bu le visage de Charb. Je me suis dit qu’il manquait une partie de sa face.

A côté, il y avait Fabrice Nicolino, et je me suis dit que c’était plus facile de m’occuper de lui que de Philippe Lançon, parce qu’il était blessé aux jambes. Il voulait quelque chose de frais. J’ai mouillé un torchon, je lui ai caressé le visage avec, et le torse pour savoir s’il était blessé au torse. Ses jambes, il y avait les os qui sortaient. Il y avait la chair, et l’os, perpendiculaire. J’ai dit : « C’est bon, tu n’es blessé qu’aux jambes. » A un moment, j’ai vu une jeune femme dans l’encadrement de la porte. J’ai appris ensuite qu’elle s’appelait Suzy. Elle dira plus tard que cette scène, c’était Le Radeau de la méduse de Géricault.

Le 7 janvier, j’ai pensé qu’on avait ouvert le bal. Je me suis dit : « Si des hommes sont capables de faire ça à Paris à 11 heures du matin, c’est parti. »

Laurent Léger

Journaliste d’investigation, il est entré en 2009 à Charlie Hebdo, où il rédigeait de grandes enquêtes. Il en est parti en 2018, et travaille désormais à L’Express. Il a 54 ans.

Le 7 janvier 2015, je rentre de vacances, c’était la première réunion de rédaction de l’année. On a beaucoup ri, comme souvent, beaucoup discuté, on s’est écharpé sur les banlieues, et Cabu, qui est pourtant plutôt quelqu’un de discret, était très en colère contre Houellebecq.

A la fin de la réunion, quelqu’un autour de la table entend des bruits de pétards qui se rapprochent. Tout d’un coup, une odeur de pétard. La porte derrière moi s’ouvre très brutalement, et ça va très, très vite, quelques nanosecondes. Je vois un type très massif dans toute l’embrasure de la porte, tout en noir, on aurait dit quelqu’un du GIGN. Quelque chose de blanc était écrit sur son gilet noir, j’ai même cru qu’il y avait écrit « police ».

En réalité, il crie « Allah Akbar » et là, je comprends qu’on est attaqués. Très vite, je me retrouve par terre sous une table, complètement recroquevillé sur moi-même. Une image m’apparaît régulièrement depuis cette date : le dessus du crâne de Wolinski qui gît devant moi. Il murmure, il souffle un peu, il a de petites taches de sang en haut du crâne. Un peu plus loin, je vois passer les jambes d’un terroriste.

Toute ma vie défile dans ma tête, un kaléidoscope d’images, de sensations, de souvenirs, comme si tout explosait. Je suis terrorisé, dans un état second. J’essaie d’analyser ce qui se passe, je n’y arrive pas, et il y a ces bruits, les coups secs qu’on vous a déjà racontés. « Tac, tac, tac. » Des tirs séparés, comme s’ils essayaient de viser les uns et les autres. Je me prépare à être tué moi aussi.

Un terroriste dit : « On les a tous tués. » Puis : « On tue pas les femmes. » Pourtant, quand ils ont fait irruption dans la salle, j’avais vu qu’Elsa Cayat s’était levée en même temps que tout le monde, et dans un éclair, j’avais vu son corps tomber.

Petit à petit, le silence revient. Je reste immobile. Je me dis qu’ils sont peut-être toujours là. Je ne sais pas combien ils sont. Quand j’entends des détonations lointaines, je comprends qu’il n’y a plus de terroriste dans la salle. Je me lève, et là… C’est épouvantable. C’est un amas de tables renversées, de corps enchevêtrés… Je me rue vers mon bureau pour téléphoner à mon compagnon, je lui dis d’appeler la police. Ensuite, seulement, je fonds en larmes.

Luce est là, elle me caresse l’épaule. Je croise ceux qui sont encore vivants. On est tous hébétés, sidérés, comme des zombies, complètement figés, n’ayant plus aucune capacité de réagir. Je vois Simon [Fieschi] qui gît sur son fauteuil, je lui prends la main et je lui parle, je ne sais plus ce que je lui dis. Il n’a pas perdu connaissance. Je crois qu’il a soif, j’essaie de l’aider, mais je culpabilise parce que je ne sais pas quoi faire.

Un policier de la brigade criminelle me demande si je peux l’aider à identifier les corps dans la salle de rédaction. Je vois les corps réunis une dernière fois, tous ensemble, comme une sorte de famille qu’ils avaient été. J’ai mis un nom sur chacun des personnages qui étaient par terre.

En partant, je vois mon téléphone éclaboussé de sang, je décide de ne pas le prendre. Quand je l’ai récupéré quelques semaines plus tard, je me suis rendu compte qu’il n’avait pas du tout été tâché de sang. Mon esprit l’avait recouvert de rouge alors qu’il était noir.

20 novembre 2018

Carlos Ghosn arrêté, un choc et des questions pour Renault-Nissan

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Par Éric Béziat, Philippe Jacqué - Le Monde

L’arrestation du créateur de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi plonge le groupe dans une zone de turbulences.

Ce n’est rien de moins qu’un « tremblement de terre », pour nombre d’observateurs et d’acteurs de l’industrie automobile. Carlos Ghosn, PDG de Renault et président non exécutif de Nissan et Mitsubishi, a été arrêté, lundi 19 novembre, par la justice japonaise en raison de soupçons de malversations. Le parquet de Tokyo a confirmé mardi qu’il a été placé en garde à vue pour des soupçons de dissimulation de revenus. Nissan a annoncé la tenue d’un conseil d’administration dès jeudi pour démettre M. Ghosn de ses fonctions. Dans la foulée, Mitsubishi Motors a fait état d’une décision similaire, sans préciser de date pour la tenue du conseil.

Passage en revue des principales interrogations que soulèvent l’arrestation et l’éviction du tout-puissant patron.

L’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi peut-elle résister au départ de son fondateur ?

C’est la grande inconnue de l’éviction de Carlos Ghosn, véritable clé de voûte de cette alliance industrielle atypique puisque l’homme est encore président non exécutif de Nissan et de Mitsubishi, PDG du groupe Renault et président de Renault-Nissan BV, la coentreprise de droit néerlandais en charge notamment des achats communs. L’actuel directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa, a annoncé qu’il proposerait jeudi au conseil d’administration du constructeur japonais la mise à l’écart de son président. Mitsubishi a également annoncé lundi vouloir démettre M. Ghosn de la présidence du conseil d’administration.

En France, c’est la sidération qui prédomine tant chez les administrateurs que chez les syndicats et les personnels. Le syndicat CFE-CGC du groupe Renault s’est ainsi dit « inquiet » pour l’avenir du constructeur automobile après l’arrestation au Japon de son patron. La CFE-CGC « demande officiellement que toutes les mesures soient prises au sein du groupe pour préserver les intérêts du groupe Renault et de l’alliance », a ainsi déclaré Bruno Azière, délégué de ce syndicat de l’encadrement.

Mariette Rih, déléguée syndicale centrale de FO au sein du groupe au losange, parle d’un « traumatisme » pour l’entreprise et souhaite que tout soit mis en œuvre pour minimiser l’impact sur Renault et sur les projets communs issus de l’alliance industrielle entre Français et Japonais. Pour ne parler que de la France, la Nissan Micra est depuis 2016 fabriquée à l’usine Renault de Flins (Yvelines) et des projets de production de véhicules utilitaires sur les sites Renault de Sandouville (Seine-Maritime) et Maubeuge (Nord) ont été lancés il y a quelques jours. « C’est un modèle de développement industriel que nous ne souhaitons pas voir menacé », conclut Mme Rih.

Selon Hiroto Saikawa, il n’y a pas de risque. « L’alliance entre les trois entités ne sera pas affectée par cet événement », a-t-il promis dans sa conférence de presse au siège du groupe à Yokohama, en banlieue de Tokyo, même si l’impact sur Renault sera, lui, « significatif ». Un bon connaisseur du groupe pense, lui :

« Ni Renault, ni Nissan, ni Mitsubishi n’ont intérêt à interrompre cette alliance. Il y a beaucoup trop à perdre. En revanche, il peut y avoir la tentation d’un rééquilibrage au profit de Nissan et au détriment de Renault. »

Alors que Renault détient 43 % de Nissan, ce dernier ne détient que 15 %, sans droit de vote, du français. Un vrai traumatisme pour le constructeur japonais, qui est pourtant plus puissant. En 2017, son chiffre d’affaires était de 92 milliards d’euros, près de 33 milliards d’euros de plus que Renault...

L’an dernier, les trois constructeurs ont dégagé 5,7 milliards d’euros d’économies liées aux synergies industrielles, une somme assez importante pour réduire de manière très importante leurs coûts et rester compétitifs. D’ici 2022, M. Ghosn avait fixé un objectif de 10 milliards d’euros de synergies, en particulier grâce aux effets concrets de l’intégration de Mitsubishi. Ensemble, les trois constructeurs revendiquent le rang de premier constructeur mondial, avec 10,6 millions de véhicules vendus l’an dernier, juste devant le groupe Volkswagen.

Qui est Hiroto Saikawa, le nouvel homme fort du constructeur nippon qui cherche à pousser Carlos Ghosn hors du groupe ?

Il n’y est pas allé de main morte. Hiroto Saikawa, 65 ans, directeur général de Nissan depuis le 1er avril 2017, a décidé de pousser Carlos Ghosn, président non exécutif du constructeur, dehors… M. Saikawa a eu des mots très durs contre l’ex-PDG :

« C’est un problème que tant d’autorité ait été accordée à une seule personne (…) Je dois dire que c’est un côté obscur de l’ère Ghosn. »

Des malversations financières expliquent ce renvoi prévu jeudi 22 novembre, lors d’un conseil d’administration du constructeur nippon. « Si les faits sont avérés, cette mise à l’écart est logique, mais le coup paraît trop bien monté, relève un observateur. Vu le déroulement des faits, la direction Nissan semblait bien au courant et disposait d’un communiqué déjà prêt. »

Chez Nissan depuis 1977, Hiroto Saikawa a monté tous les échelons de la société jusqu’à prendre la succession de Carlos Ghosn, son mentor, au poste exécutif du groupe japonais. Après son coup de force, M. Saikawa a justifié cette mise à l’écart. « Le long règne de Carlos Ghosn a affecté les activités de Nissan », a-t-il ainsi déclaré. Après dix-neuf ans d’un pouvoir sans partage, Hiroto Saikawa a tué le père.

Est-ce l’heure de Thierry Bolloré pour succéder à Carlos Ghosn à la direction de Renault ?

C’est peut-être enfin son moment. Thierry Bolloré, promu en février 2018 directeur général adjoint, peut être rapidement promu au poste de directeur général de plein exercice en lieu et place de Carlos Ghosn. Pour le moment, ce dernier, reconduit PDG de Renault depuis 2006, a refusé ce titre à tous ses DG adjoints, de Patrick Pélata à Carlos Tavares. « Pour l’instant, il n’a aucun intérêt à s’agiter. Il attend tout simplement son heure. Aujourd’hui, il tient tous les leviers de l’entreprise », pense un ancien de la maison.

Cet ancien de Michelin, comme Carlos Ghosn, connaît le groupe comme sa poche. Recruté en 2012 pour s’occuper des approvisionnements, il est rapidement devenu directeur délégué à la compétitivité, poste qu’il a conservé jusqu’en début d’année avant sa promotion. Les mésaventures japonaises de son patron lui ouvrent de nouvelles perspectives. En revanche, pas sûr qu’il puisse revendiquer le poste de PDG, l’Etat, qui détient 15 % de Renault, étant désormais un adepte d’une gouvernance dissociée président et directeur général.

Que peut faire l’Etat actionnaire ?

Au sommet de la République française, c’est le branle-bas de combat. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a affirmé aussitôt la nouvelle apprise alors qu’il était à Bruxelles, que « la première préoccupation » de la France après l’arrestation de Carlos Ghosn à Tokyo était « la stabilité » de Renault et « la consolidation de l’alliance » entre le constructeur automobile français Renault et son partenaire Nissan.

M. Le Maire a déjà pris contact avec Luc Chatel, président de la filière automobile française, ainsi qu’avec Philippe Lagayette, administrateur référent de Renault. Le conseil d’administration s’est fendu d’un court communiqué indiquant que « dans l’attente d’informations précises émanant de Carlos Ghosn (…) les administrateurs consultés expriment leur attachement à la défense de l’intérêt du groupe Renault dans l’Alliance. » Le conseil d’administration est censé se réunir « au plus vite », conclut le communiqué.

A Bercy, on se dit abasourdi par un coup que « personne n’avait vu venir, conséquence d’une dénonciation interne ». Bruno Le Maire rencontrera mardi les principaux administrateurs de Renault avec Martin Vial, membre du conseil de Renault, qui préside l’Agence des participations de l’Etat. Vendredi, M. Vial a rappelé devant la presse la volonté des pouvoirs publics de renforcer l’intégration de Renault et Nissan tout en préservant l’ancrage français de l’ex-régie – ce qui inclut le siège et les centres de R&D – dans l’Hexagone.

6 mars 2016

Razzie Awards

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Et le grand vainqueur est... Cinquante nuances de Grey. Le film est reparti de cette cérémonie parodique bardé de prix, dont celui des pires acteurs, du pire film et du pire scénario. A la veille des Oscars, les "pires films de l'année" ont eu aussi droit samedi à leur cérémonie. Les Razzie Awards, la version parodique des prix hollywoodiens, ont largement "récompensé" le film Cinquante nuances de Grey, avec cinq prix, dont celui des pires acteurs pour Jamie Dornan et Dakota Johnson, du pire film et du pire scénario.  

25 avril 2013

Avec plus de 3,2 millions de demandeurs d'emploi en mars, le chômage bat le record de 1997

C'était passé tout près en février ; la barre a finalement été franchie en mars. Le record du nombre de demandeurs d'emploi sans activité a été battu avec les chiffres de mars, annoncés jeudi 25 avril. Alors que le précédent seuil, fixé en janvier 1997, était de 3 195 500 millions, Pôle emploi a recensé fin mars 3 224 600 millions de demandeurs d'emploi n'ayant pas travaillé au cours du mois (catégorie A) en métropole. Ce chiffre constitue une hausse de 1,2% par rapport à février, soit 36 900 chômeurs de cette catégorie.

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27 avril 2013

EXCELLENTE INITIATIVE : LA SNCF FAIT DE LA PÉDAGOGIE = LA CAMPAGNE DÉCRYPTÉE

Voyager en TGV intelligemment. Et si on se cultivait en prenant le train ? Afin de sensibiliser les jeunes à la richesse du patrimoine agricole français, l’opération «SNCF vous donne la clé des champs» est inaugurée demain. En association avec Passion Céréa les, qui représente l’interprofession céréalière, 50 000 carnets seront distribués d’ici au 12 mai aux voyageurs en herbe dans les TGV. Ce support les amènera à découvrir la diversité des paysages agricoles visibles depuis la fenêtre. Car si tout le monde s’accorde sur la beauté des paysages français, il est parfois difficile d’identifier les cultures. Le livret entend ainsi aider les enfants, voire leurs parents, à reconnaître les éléments qui composent la campagne. Il est également téléchargeable gratuitement sur le site www.sncf.com. Par ailleurs, demain, des agriculteurs céréaliers seront à bord dans les voitures bar de six trains pour assurer des animations.

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14 avril 2013

Atsushi Tani était hier soir au Musée de l'Erotisme

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Hier samedi 13 avril de 19h à 22h
"Soirée Spéciale Atsushi TANI"


L'artiste est venu spécialement du Japon au Musée pour son exposition, mais aussi pour la sortie de son nouveau livre qu'il a dédicacé sur place. Exposition "Histoire de l’oeil" organisée par GALLERY MAISON D'ART sera visible jusqu'en mai 2013 Musée de l'Erotisme  72, boulevard de clichy 75018 Paris

10 avril 2013

Corée du Nord

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Caricature de Kim Jong Un

La Corée du Nord a renouvelé mardi la menace d'une guerre "thermonucléaire" sur la péninsule coréenne et appelé les étrangers présents sur le territoire sud-coréen à considérer leur départ du pays. "La péninsule coréenne se dirige vers une guerre thermonucléaire", a estimé le Comité nord-coréen pour la paix en Asie-Pacifique dans un communiqué diffusé par l'agence officielle KCNA. "En cas de guerre, nous ne voulons pas que les étrangers vivant en Corée du Sud soient exposés", ajoute ce comité, rouage de la propagande du régime communiste, en exhortant "toutes les organisations étrangères, les entreprises et les touristes à mettre au point des mesures d'évacuation".

Pyongyang, qui a récemment installé deux missiles de moyenne portée sur sa côte est, avait annoncé vendredi qu'elle ne pourrait plus garantir la sécurité des missions diplomatiques dans la capitale Pyongyang à compter du 10 avril. Aucun des pays possédant une mission diplomatique à Pyongyang n'a cependant estimé nécessaire pour l'heure d'évacuer son personnel.

2 avril 2013

François Hollande prend "acte avec grande sévérité des aveux de Jérôme Cahuzac"

Jérôme Cahuzac est lâché par son camp. François Hollande a pris "acte avec grande sévérité de [ses] aveux", dans un communiqué publié par l'Elysée mardi 2 avril. Après l'avoir toujours farouchement nié, l'ancien ministre du Budget a finalement reconnu mardi l'existence d'un compte à l'étranger et a été mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale. "En niant l’existence de ce compte devant les plus hautes autorités du pays ainsi que devant la représentation nationale, il a commis une impardonnable faute morale", ajoute le chef de l'Etat.

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Aveux de Cahuzac: "Je demande pardon"          

Sur son blog, Jérome Cahuzac a reconnu avoir 600 000 euros sur un compte à l'étranger. L'ancien ministre du Budget a été entendu pendant une heure par les deux juges d'instruction en charge de l'affaire.

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30 mars 2013

Corée du Nord

La Corée du Nord s'est déclarée "en état de guerre" contre la Corée du Sud, une nouvelle menace prise "au sérieux" par Washington, mais minimisée par Séoul.

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Corée du Nord

Corée du Nord : attaque à Pâques ?

Kim Jong-un, le dirigeant nord-coréen a ordonné ce 29 mars à son armée de se mettre en ordre de bataille ; les militaires doivent déployer et "préparer" les missiles en vue d'effectuer des frappes vers le continent américain et les bases militaires des Etats-Unis dans le Pacifique, en réponse aux vols d'entraînement de bombardiers furtifs américains B-2, dans une péninsule sous tension.

Les experts estiment toutefois très peu probable une guerre véritable - que le Nord est assuré de perdre - mais s'attendent à un geste de mécontentement de Pyongyang, semblable au bombardement d'une petite île sud-coréenne en novembre 2010, qui avait fait quatre morts.

Kim Jong-un a estimé que les vols des bombardiers étaient bien plus qu'une simple démonstration de force et qu'ils équivalaient à un "ultimatum (des Américains) montrant qu'ils voulaient déclencher à tout prix une guerre nucléaire".

13 juillet 2016

Le Royal d'Auray fait peau neuve

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L'établissement spécialisé en cuisines asiatiques prend le nom de Royal d'Auray. Le Royal d'Auray : c'est sous ce nom que Liliane Chen reprend l'établissement créé depuis maintenant huit ans sous le nom « Au bonheur d'Auray ». « Nous proposons à nos clients les différentes cuisines asiatiques, tant chinoise que vietnamienne ou coréenne. Nous avons aussi introduit dans notre carte les plateaux de fruits de mer qui en étaient absents ».

Pratique : Le Royal d'Auray reçoit tous les jours, de 12 h à 14 h 30 et 19 h à 22 h 30. Zac de Kerfontaine, Pluneret. Réservations au 02.97.56.49.53

10 mai 2016

Fengyuan DING expose au Festival Européen de la Photo de Nu à Arles

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Reportage photographique : Jacques Snap

Fengyuan DING, est une femme photographe d'origine de Beijing. Depuis 15 ans de pratique photographique, elle est restée fidèle à l'argentique.

Son thème principal est la femme moderne, dont elle essaie de montrer le mondes et les pensées.

Les chinoises d'aujourd'hui doivent subir la pression de la vie et les règles morales traditionnelles... Fengyuan déshabille photographiquement ses modèles comme pour leur faire enlever ces images données par la société afin qu'elles montrent la propriété.

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10 mai 2016

Arles - Actuellement Festival Européen de la Photo de Nu (FEPN) jusqu'au 16 mai..... dépêchez-vous !

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Le Festival Européen de la Photo de Nu, crée à Arles en 2001 par Bruno Rédarès et Bernard Minier, est le principal, si ce n’est le seul en Europe, grand festival sur ce thème de nu artistique. Depuis maintenant 16 ans, ce festival est devenu indissociable de la ville d’Arles, présentant à chaque édition une 40aine d’artistes et attirant désormais autour de 15.000 visiteurs. Après quelques années de partenariat avec les Baux de Provence, le Festival se concentre de nouveau sur Arles, avec des expositions réparties dans les lieux les plus emblématiques de la ville, ainsi que la possibilité de participer à des animations, stages, conférences et diverses rencontres. Rapprocher les artistes des visiteurs et amateurs de photos de nus artistiques est l’une des volontés principales du Festival.

Le Festival a toujours présenté un mélange de grands photographes de renom et d’artistes plus éclectiques et débutants, mais non sans intérêt. Et aujourd’hui le Festival s’ouvre à la Chine avec un échange culturel qui le fait sortir très nettement du cadre de “européen”, en invitant pas moins d’une dizaine d’artistes chinois. Cet échange permettra également de présenter en retour des expositions du Festival dans les grandes villes chinoises.

http://culturebox.francetvinfo.fr/expositions/photo/la-chine-s-eveille-au-nu-au-festival-europeen-de-photo-d-arles-235981

29 avril 2016

Rendez-vous le 3 mai pour un événement exceptionnel avec la prestigieuse Maison de ventes Cornette de Saint Cyr.

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Les photographes de Paris Match à l'honneur. Catherine #Deneuve et sa soeur Françoise #Dorléac lors du tournage du film «Les demoiselles de Rochefort », de Jacques Demy. Juin 1966. Rendez-vous le 3 mai pour un événement exceptionnel avec la prestigieuse Maison de ventes Cornette de Saint Cyr. Découvrez en avant-première les plus belles photos de notre vente. LOT 89 Photo: Philippe le Tellier (1930-2011) 57 x 85 cm. Tirage postérieur sur papier baryté. Caisse américaine. Edition 1/1. 1 500-2 500 euros. Catherine Deneuve with her sister, Françoise Dorléac on the set of “The Young Girls of Rochefort” by Jacques Demy. June, 1966. 57 x 85 cm. Printed later on fiber-based paper. Floater frame. Edition 1/1 1 500-2 500 euros.

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