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Jours tranquilles à Paris

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8 avril 2020

Marisa Papen

marisa nature 22

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8 avril 2020

Déconfinement - Après 76 jours sous cloche, Wuhan a “rouvert ses portes”

wuhan

THE NEW YORK TIMES (NEW YORK)

Dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 avril, à minuit, les habitants ont à nouveau été autorisés à voyager hors de la ville et de la province du Hubei. Le New York Times y voit une nouvelle étape dans le déconfinement de Wuhan, qui reste loin du “retour à la normale”.

Wuhan n’est plus coupée du monde. Après dix semaines d’isolement, la ville “où le coronavirus est apparu pour la première fois” a “rouvert ses portes”, rapporte le New York Times.

Dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 avril, à minuit, la Chine a autorisé les habitants à quitter le centre industriel de 11 millions d’habitants, placé sous cloche depuis fin janvier.

Selon le quotidien new-yorkais, les images des médias publics chinois “ont montré un afflux de voitures aux barrières de péage de la banlieue de Wuhan immédiatement après la levée des restrictions”, et l’opérateur ferroviaire national chinois a estimé “que plus de 55 000 personnes quitteraient Wuhan en train” dans la journée de mercredi.

Cette nouvelle étape dans le déconfinement de Wuhan, entamé le 29 mars, est intervenue alors que, selon les statistiques officielles relayées par le New York Times, “seulement trois nouveaux cas de coronavirus ont été signalés dans la ville au cours des trois semaines précédentes”.

D’après le quotidien, les habitants peuvent désormais quitter Wuhan et la province du Hubei après avoir présenté aux autorités une application téléphonique “approuvée par le gouvernement chinois” qui indique, sur la base “de leur adresse personnelle, de leurs voyages récents et de leurs antécédents médicaux”, s’ils présentent “un risque de contagion”.

Une ville “profondément meurtrie”

Ces derniers jours, “de plus en plus de magasins” avaient rouvert “souvent en installant des comptoirs dans la rue pour que les clients puissent acheter des légumes, de l’alcool, des cigarettes et d’autres marchandises”. Les transports publics (bus et métro) ont “redémarré, bien qu’ils semblent souvent avoir peu de passagers”.

Mais la ville qui a rouvert ses portes après 76 jours d’isolement est “profondément meurtrie”, souligne le New York Times :

Son rétablissement sera suivi dans le monde entier pour en tirer des leçons sur la façon dont les populations surmontent les ravages causés par un tel fléau.”

À Wuhan, le “retour à la normale” n’est pas en vue, précise le quotidien. Les autorités locales “continuent de réglementer les allées et venues des habitants”. Des règles strictes s’appliquant aux individus et aux entreprises sont toujours en place “pour empêcher le virus de se propager à nouveau”. Les autorités continuent “d’exhorter tout le monde à rester chez soi autant que possible. Les écoles sont toujours fermées.”

Quant aux entreprises, 94 % d’entre elles “ont repris leurs activités”, a déclaré Hu Yabo, le maire adjoint de la ville cité par le New York Times. Cependant, ajoute le quotidien, “on ne sait pas exactement quel est leur volume d’activité réel” : dans les usines de Wuhan, “seuls 60 % des ouvriers” ont repris le travail et la consommation d’électricité est inférieure de 20 % “à ce qu’elle était à la même époque l’année dernière”.

8 avril 2020

Milo Moiré au bord de la piscine... Photos : Peter Palm

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8 avril 2020

Les applications de “contact tracing” appellent une vigilance particulière »

Pour Marie-Laure Denis, la présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, « il faut respecter le principe du consentement »

ENTRETIEN

Dans de nombreux pays, les initiatives destinées à utiliser les données personnelles pour lutter contre la pandémie de Covid-19 se multiplient. En France, l’un des comités scientifiques établis par l’Elysée doit réfléchir à « l’opportunité de la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées ». Marie-Laure Denis, la présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), l’autorité française de protection des données, explique quels sont les principaux points de vigilance pour limiter le potentiel intrusif de tels dispositifs.

La CNIL a-t-elle été saisie par le gouvernement d’un projet en lien avec la pandémie ?

Non. La CNIL se tieFnt à la disposition des pouvoirs publics. Nous voulons faire preuve de pragmatisme tout en favorisant les éventuelles solutions les plus protectrices de la vie privée. Une de nos priorités, c’est d’être en phase avec la réalité du contexte sanitaire, afin de pouvoir apprécier si les mesures mises en œuvre sont proportionnées. Le collège de la CNIL a ainsi été auditionné cette semaine par le président du comité scientifique, le professeur Jean-François Delfraissy.

Que signifie le pragmatisme que vous évoquez ? Une lecture moins stricte des textes ?

Aujourd’hui, le cadre réglementaire de l’Union européenne en matière de protection des données est à la fois souple et protecteur, et permet de tenir compte de situations d’urgence comme celle que nous traversons. Il exige néanmoins des garanties fortes. Si nous parlons de suivi individualisé des personnes, il y a deux solutions. La première, c’est que ce suivi repose sur le volontariat, c’est-à-dire le consentement libre et éclairé. Il ne faut pas qu’il y ait des conséquences pour celui qui refuserait de télécharger une application, par exemple.

Il faut aussi qu’il respecte les principes de la protection des données : proportionnalité [que les dommages à la vie privée soient à la hauteur de l’efficacité du dispositif], durée de conservation, caractère provisoire, sécurité… Dans ce cas, il n’y a pas besoin de disposition législative. Pour le suivi individualisé des personnes qui ne reposerait pas sur le consentement, il faudrait, d’une part, une disposition législative et, d’autre part, que le dispositif soit conforme aux principes de la protection des données.

Avez-vous des inquiétudes sur ce type de projets ?

Il nous faut être particulièrement vigilants pour limiter leur potentiel intrusif. D’abord, ne doivent être collectées que les données nécessaires à des finalités explicites ; s’agit-il d’informer du contact avec une personne porteuse du virus ou de vérifier le respect du confinement ? Il faut aussi respecter le principe du consentement.

Les modalités techniques des dispositifs doivent, par ailleurs, être minutieusement analysées, parce qu’elles ont une incidence sur la protection de la vie privée. Il faut enfin que ce soit temporaire, c’est un point essentiel. Tout dispositif visant à limiter de manière importante et durablement la protection des données des individus pourrait, selon la situation, constituer une ligne rouge à ne pas dépasser.

Que pensez-vous des projets d’applications de suivi des contacts qui enregistrent la liste des autres applications à proximité, afin qu’en cas de diagnostic positif, on puisse avertir tous les contacts d’un malade donné ?

Il faut se garder de penser qu’une application va tout résoudre, même si les nouvelles technologies peuvent contribuer à une sortie sécurisée du confinement, dans le cadre d’une réponse sanitaire plus globale.

Les dispositifs doivent intégrer le droit des personnes à leur vie privée, pas seulement pour respecter l’Etat de droit, mais aussi parce que c’est un gage de confiance, sans lequel les utilisateurs potentiels de ces technologies seront peu disposés à les adopter. S’agissant des applications de contact tracing, elles appellent une vigilance particulière, car leur incidence sur le respect de la vie privée est très variable.

Une application utilisant la technologie Bluetooth, pour détecter si un autre téléphone équipé de cette même application se trouve à proximité immédiate, apporte davantage de garanties qu’une application géolocalisant précisément et en continu.

D’une façon générale, il faut privilégier les solutions qui minimisent la collecte des informations, par exemple en utilisant un identifiant plutôt que des données nominatives. Les solutions doivent aussi privilégier le chiffrement de l’historique des connexions et le stockage des données sur un téléphone, plutôt que de les envoyer systématiquement dans une base centralisée.

Un élément déterminant pour l’appréciation que le collège de la CNIL pourrait porter sur un tel dispositif, outre l’assurance de son caractère provisoire, serait le recueil d’un consentement libre et éclairé de l’utilisateur.

A ce jour, en France, les pouvoirs publics, lorsqu’ils ont évoqué une réflexion sur des dispositifs de suivi numériques, ont exclu que leur éventuelle mise en œuvre se fasse sur une autre base que le volontariat.

8 avril 2020

Que faire le soir...

me toucher

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8 avril 2020

Le risque d’« une nouvelle ère de surveillance numérique invasive »

Les gouvernements vont devoir faire des choix délicats, et ce, alors que les crises sont propices aux décisions hâtives. Le danger est de faire sauter les digues en matière de libertés publiques

ANALYSE

Avec les bonnes applications, tous les bogues de l’humanité deviennent mineurs », écrivait, en 2013, l’essayiste Evgeny Morozov, moquant la propension des geeks à voir la technologie comme solution à tous les problèmes du monde. Face au Covid-19, cette tendance au « solutionnisme technologique » est de nouveau à l’œuvre. Comment ne la serait-elle pas, alors que la pandémie fait rage, tuant par milliers et plongeant des millions de confinés dans l’angoisse et l’incertitude ?

Une idée a prospéré dans le monde entier sur ce terreau favorable : l’utilisation des données numériques, en particulier des téléphones mobiles, pour combattre la pandémie. L’idée coule de source : alors que dans certains pays, notamment la France, 80 % de la population se promène avec son smartphone en poche, les données mobiles sont une mine d’or pour les épidémiologistes et les pouvoirs publics, en particulier en matière de géolocalisation.

Elles offrent aux scientifiques un aperçu fidèle des flux de populations, et donc une précieuse fenêtre sur la pandémie. Pour les pouvoirs publics, ces données peuvent permettre d’anticiper la charge des infrastructures de santé, de savoir si les restrictions de déplacement sont efficaces, voire de suivre à la trace les malades et les confinés.

Le travail sur des données agrégées, qui ne permettent en théorie d’identifier personne et qui ont fait leurs preuves par le passé, a déjà commencé, partout dans le monde. En France, Orange fournit à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), à l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) ou à certaines préfectures des données issues de ses abonnés téléphoniques. Google a, à son tour, a publié l’évolution de la fréquentation de certains types de lieux (restaurants, transports…), en se fondant sur les données en sa possession.

La tentation d’aller plus loin

Mais, avec la propagation rapide de la pandémie, la tentation d’aller plus loin est forte. En Israël, les moyens de l’antiterrorisme sont mis à profit pour identifier les malades potentiels en se fondant sur leur proximité, déduite de leurs données téléphoniques, avec des personnes infectées. A Taïwan, le respect du confinement par les personnes malades est vérifié directement par le biais des données mobiles. Dès février, la Chine a déployé dans certaines provinces une application pour filtrer les déplacements. Si le particulier reçoit un code orange ou rouge, il est soupçonné de porter le virus et doit s’isoler.

L’idée de telles applications semblait alors lointaine et dystopique. Quelques semaines et plusieurs dizaines de milliers de morts plus tard, les initiatives se multiplient pour rendre le « traçage des contacts », un des outils de base de lutte contre les épidémies, plus rapide, plus fiable, automatique et réalisable à l’échelle de dizaines de millions d’individus.

L’Allemagne et le Royaume-Uni, entre autres, travaillent sur des applications en ce sens, sur la base du volontariat. Le nouveau comité scientifique établi par l’Elysée doit aussi y réfléchir. Non seulement destinées à sauver des vies, ces applications sont même censées rendre possible le retour à la vie « normale » – et donc à l’activité économique – sans déclencher une nouvelle flambée épidémique.

Sur le papier, c’est l’exemple parfait de la « bonne application » raillée par Morozov. Les données personnelles seules ne mettront pas un terme à ce que les Nations unies qualifient de pire crise depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Mais ces données, sous certaines conditions, peuvent être utiles contre la pandémie. Elles sont déjà là : le secteur privé et certains Etats ont construit, ces vingt dernières années, de gigantesques infrastructures pour les collecter. Pour la plupart, ces données sont utilisées pour vendre de la publicité. Il est tentant d’y puiser des armes contre la pandémie.

Les grandes démocraties vont donc devoir faire des choix délicats, et ce, alors que les périodes de crise sont propices aux décisions hâtives, aux textes de loi mal ficelés et aux effets de cliquet. La grande inconnue demeure à ce jour dans l’acceptabilité sociale de ces dispositifs. L’ampleur de la crise sanitaire, et son lourd bilan, est-elle de nature à faire sauter les digues en matière de libertés publiques ? La société civile s’inquiète déjà.

« Les initiatives des Etats visant à contenir le virus ne doivent pas servir de prétexte à entrer dans une nouvelle ère de systèmes généralisés de surveillance numérique invasive. Plus que jamais, les gouvernements doivent veiller rigoureusement à ce que les restrictions imposées aux droits humains ne piétinent pas les garanties en la matière, établies de longue date », écrivent plusieurs dizaines d’ONG, dont Amnesty International ou Human Rights Watch dans une déclaration commune, publiée le 2 avril.

Car toutes les solutions ne se valent pas du point de vue de la protection des données. Certaines applications, utilisant un minimum d’informations personnelles, peuvent être respectueuses de la vie privée, à condition que les conditions de sécurité informatique et d’organisation soient réunies. L’Europe, avec son règlement sur les données personnelles, passe pour avoir la législation la plus stricte sur la question. Ce dernier n’interdit pourtant pas de développer des outils numériques contre la pandémie.

Comme le rappelle la présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, Marie-Laure Denis, si ce système de géolocalisation est contraint dans le temps, transparent, assorti de mesures de sécurité, le moins intrusif possible, et comporte un intérêt scientifique avéré, alors le droit ne devrait pas s’y opposer. Et il y a fort à parier que les citoyens non plus.

8 avril 2020

Maty Chevrière

cthy44

8 avril 2020

Coronavirus : les festivals de cinéma cherchent une issue

Par Jacques Mandelbaum

Face aux incertitudes concernant la reprise d’activité des salles et la sortie du confinement, les grands rendez-vous du 7e art tentent de trouver des alternatives.

Quel avenir pour la vie du cinéma ? Comment même l’évoquer, alors qu’elle est suspendue à l’extraordinaire incertitude du moment, dont on ne sait combien de temps elle nous confisquera, combien de morts elle enjambera avant de se dissiper.

Et pourtant. Confiné, sidéré, le milieu du cinéma n’en bruisse pas moins de mille préparatifs, de mille espoirs, de mille plans sur la comète d’une reprise – juin ? juillet ? – dont les conditions lui demeurent inconnues. A bas bruit, on se prépare. On voit les films. On communique discrètement. On fourbit ses armes pour le rush de la fin du confinement. Cela concerne, au premier chef, les sorties en salle. Mais aussi les festivals à venir, contraints aujourd’hui, grands ou petits, de se positionner, fût-ce dans le brouillard et la tourmente.

Trois solutions s’offrent à eux. L’annulation, le report, la conversion numérique. Le nombre de paramètres qui déterminent leur réflexion est suffisamment important pour qu’on s’interdise de les comparer terme à terme.

La taille du festival, son enjeu économique, sa situation géographique, sa chronologie rapportée à celle de l’épidémie, la présence ou non de sections compétitives, sa spécialisation éventuelle en termes de genre, sont des critères qui les distinguent.

Jouer la carte du numérique

On sait ainsi comment Cannes, le premier d’entre eux, mal placé sur le chemin dévastateur du Covid-19, a réagi, en misant sur un report à la fin du mois de juin. Si toutefois le ciel ne s’éclaircissait pas à cette date, quelle décision prendrait le festival ?

Thierry Frémaux, son délégué général, nous le précise : « En cas d’annulation, une conversion au numérique ne saurait être actuellement envisageable car les producteurs et auteurs eux-mêmes ne l’accepteraient sans doute pas. Le sens n’y serait pas : un festival comme Cannes est précisément un lieu où on se retrouve physiquement dans une salle avec les artistes, les professionnels et la critique. Wimbledon [la compétition de tennis], qui vient d’être annulé, ne peut pas se jouer dans des courts privés, match par match. »

A cet égard, Visions du réel, festival sis à Nyon, en Suisse, offre un exemple diamétralement opposé. Encore plus directement menacé que Cannes en raison de sa date (il devait se tenir du 17 avril au 2 mai), cette manifestation, l’une des plus importantes dans le domaine du documentaire, a très rapidement décidé de jouer la carte du numérique.

Sa déléguée artistique, Emilie Bujès, s’en explique : « Nous avons estimé, eu égard à la détresse qui s’est emparée du milieu et à l’embouteillage qui sera fatal au moment du déconfinement pour les nombreux films en attente, que nous devions jouer notre rôle en montrant ces films coûte que coûte. Nous saisissons ce moment comme un challenge et une opportunité de toucher plus de gens de par le monde, aussi bien pour les films que pour le marché. »

« En phase d’imagination »

Entre ces deux exemples opposés, le nuancier est varié. Le Festival de La Rochelle (26 juin-5 juillet) – l’un des plus enthousiasmants, agréables et généreux qui soient – fait ainsi l’objet d’un confinement d’une extrême cruauté.

Datation improbable. Report impossible eu égard aux manifestations qui se succèdent dans la ville et à la saison touristique. Conversion numérique inepte pour une manifestation non compétitive qui se veut par excellence un lieu de rencontres et de débats. Il n’est pas jusqu’à la maigre possibilité de se tenir aux dates dites qui ne soit par avance ruinée par le report annoncé de Cannes à la même période, qui priverait ipso facto la cité charentaise des professionnels (projectionnistes, régisseurs, attachés de presse, et même cinéastes) indispensables à sa tenue.

Sylvie Pras, codirectrice artistique de la manifestation, a bien de la philosophie à dire : « Nous travaillons évidemment à la tenue du festival, mais notre choix est en quelque sorte un non-choix. Outre la question du calendrier, qu’en sera-t-il de la possibilité de tenir une manifestation qui réunit 80 000 spectateurs dans des salles ? Ou de la possibilité de voyager des professionnels venant d’outre-Atlantique ? Nous devons regarder en face l’hypothèse d’une annulation. »

Moins contraint a priori, le FID Marseille (7-13 juillet), festival pointu et aventureux, s’apprête par la voix de son délégué général, Jean-Pierre Rehm, « à remplir ses obligations à l’égard des tutelles et des spectateurs, sachant que tout raisonnement ne peut se tenir que “pour l’heure”. Nous essayons par ailleurs de réfléchir à l’accueil solidaire de manifestations antérieures qui n’auraient pas pu se tenir. Il faut être prêt, au cas où cela serait possible ».

Même état d’esprit, même tentative « d’inventer des solutions » à Locarno, en Suisse, festival de premier rang international ouvert au plus large public (150 000 entrées) et dirigé par la Française Lili Hinstin. « Je parle énormément aux professionnels, dit-elle. J’envisage des hypothèses non encore soumises à mon conseil d’administration. Nous sommes en phase d’imagination. Le basculement numérique intégral ne me paraît pas pour autant la solution pour notre festival qui défend la matérialité de la salle et la puissance sensorielle de la grande image. »

Lucidité

A priori plus à l’abri sur le plan calendaire, le Festival du cinéma américain de Deauville (Calvados, 4-13 septembre) n’en partage pas moins les sueurs froides de ses collègues, eu égard au déplacement différé de la pandémie outre-Atlantique et aux réponses possiblement incertaines à une invitation au voyage.

Son directeur, Bruno Barde, dit cependant travailler « d’arrache-pied et comme si de rien n’était ». L’hypothèse que le festival ne puisse se tenir en septembre l’oblige toutefois à la lucidité : « Cela voudrait dire que cette pandémie se sera avérée une catastrophe économique, sociale et humaine considérable : on peut se poser la question de savoir qui, dans ces conditions, voudra participer à une fête du cinéma ? »

Question dont on ne sait comment y répond pour sa part Alberto Barbera, délégué artistique de la Mostra de Venise (2-12 septembre), tant, sous une enveloppe aussi aimable qu’élégante, l’homme pratique sur le terrain sémantique la même défense que l’équipe nationale de football sur celui des stades.

On voit bien pourquoi. Dans un pays très durement atteint par la pandémie, Venise a tout à gagner au cas où Cannes serait contraint de jeter l’éponge, et tout à perdre si la situation persistait et si, notamment, l’industrie américaine, qui privilégie la plate-forme vénitienne pour le lancement de la course aux Oscars, lui faisait faux bond.

« Il est trop tôt et la situation est trop compliquée pour envisager quelque scénario que ce soit, même si l’idée d’un report est envisageable, dit Alberto Barbera.. Nous y verrons plus clair, je pense, au mois de mai. En attendant, on travaille et on attend. » (Télé)travailler et attendre : qui, fors les héros à pied d’œuvre de notre survie, n’en conviendrait ?

Visions du Réel, à Nyon, en Suisse (24 avril - 2 mai). visionsdureel.ch ; Festival de Cannes (12-23 mai) : festival-cannes.com/fr/; Festival La Rochelle Cinéma (26 juin - 5 juillet). festival-larochelle.org/; FID Marseille (7-13 juillet) fidmarseille.org/; Mostra de Venise (2-12 septembre) labiennale.org/en/cinema/2020 ; Festival du cinéma américain de Deauville (4-13 septembre) : festival-deauville.com/

8 avril 2020

Avec vue sur la Tour Eiffel...

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8 avril 2020

David Bellemere - photographe

bellemere57

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